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Full text of "Revue encyclopédique : liberté, égalité, association"

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University  of  Ottawa 


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REVUE 


ENCYCLOPEDIQUE 


«  Toutes  les  sciences  sont  les  rameaux  d'uue  même  lige,  m 

Bacon. 

«  L'Anr  nVst  aulic  chose  que  le  contrôle  et  le  registre  des 

u  meilleures  j>ro(hictions A  contrôler  les  produc- 

))  tions  (et  les  actions)  d'un  chacun,  il  s'engendre  envie 
»  des  bonnes,  et  mépris  des  mauvaises.  » 

MONTAIOKE. 

<(  Les  hcllj'S- lettres  et  les  sciences,  bien  étudiées  et  bfen 
»  comprises,  sont  des  insiruniens  universels  île  raison, 
w  de  veitu,  de  bonheur.  » 

(M.  A.  J.) 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

ou 

ANALYSE  RAISONlSfÉE 

DES  PRODUCTIONS  LES  PLUS  REMARQUABLES 

DANS  LA.  LITTÉRATURE ,  LES  SCIENCES  ET  LES  ARTS  ; 

PAR   UKE   RÉUNION 

DE   MEMBRES   DE   L'INSTITUT, 

ET    d'a.UTRES    hommes    DE    LETTRES. 


TOME  VIIL 


PARIS, 


AU  BUREAU  CENTRAL  DE  LA  RETUE  ENCYCLOPEDIQUE, 

Rue  d'Enfer-Saint-Michel,  n°  i8, 

îiT    CHEZ    ARTHUS   BERTRAND,    RUE    HAUTEFEUILLE  ,    N°  23. 

LONDRES.  TREUTTEL  ET  wiÏRTZ,    ET  DULAU  ET  C» 

OCTOBRE    1820. 


X^'^Al'p-^. 


REVUE 

ENCYCLOPEDIQUE, 

ou 
ANALYSES  ET  ANNONCES  RAISONNÉES 

Des  productions     les  plus    remarquables    dans   la 
Littérature ,  les  Sciences  et  les  Arts. 

%VVVV\'VV\'VV\'VVVW/\VV>'V\VVV\'\/VV'V'V\'VV\VV\VV\VVN'V\A'VV\^A^^/VVVV'\'V\A'VV\^AA^/V^\\^V'V\AA,% 

I.  MÉMOIRES,  NOTICES, 

LETTRES    ET    MELANGES. 


NOTICE 

Sur  tes  principaux  auteurs  qui  ont  écrit  sur  /'Histoire 

NATURELLE  DE  LA  SiCILE  (l). 

La  variété  et  la  richesse  des  productions  de  la 
Sicile  ,  et  les  terribles  explosions  de  l'Etna,  ont,  dans 
tous  les  tetns  ,  attiré  l'attention  des  naturalistes  sur 
cette  ile.  Il  suffit  de  jeter  un  coup-d'oeil  sur  la  my- 
thologie ,  pour  voir ,  dans  Cérès  qui  apprend  aux 
Siciliens  à  cultiver  le  lioment  \  dans  Aristée  qui 
leur  fait  connaître  l'usage  du  lait ,  du  miel ,  des 
olives  j  dans  les  (>^x/o/?e5  qui  élèvent  de  riches  trou- 
peaux ou  qui  fabriquent  dans  les  cavernes  de  Vul- 
cain  la  foudre  de  Jupiter  ;  dans  les  Nymphes  Sici- 
liennes qui  font  naître  des  sources  chaudes  sous  les 

(i)  Cette  notice  a  étc  tirée,  en  grande  partie,  des  ouvrages  de 
M.  Ferrara,  naturaliste  sicilien,  dont  nous  avons  de'jà  parle'  dàiïs 
nalrc  cahier  du  m<Jis  de^évrier  1820  (  T.  V,  p.  298  ). 


6  NOTICE  SLK  Li:S  PRINCIPALX  ALTEURS 

pieds  d'Hercule  pour  ranimer  ses  forces,  etc.,  des  al- 
légories ingénieuses  qui  nionlrent  les  premiers  pas 
que  les  Siciliens  ont  faits  dans  la  carrière  de  la  civili- 
salioUj  Cl  qui  indiquent  en  môme  temps  les  premièics 
traces  de  l'Iiistoirc  naturelle  de  la  Sicile.  L  histoire 
ancienne  rappelle  à  notre  mémoire  les  noms 
à'Acron  ei  (ï Empedoclc  ,  naturalistes  d'Agrigente. 
Plus  tard  ,  Lycus  ,  Jheophilc  ,  Silcmis  et  ylthcnée 
écrivirent  sur  les  diflérens  produits  de  la  Sicile  ;  les 
ouvrage  àa  Iliéron^  sur  l'agriculture,  furent  loués 
par  Varron  ,  par  Columellc  et  par  Pline  -,  et  nous 
]>ourrions  ajouter  à  ces  noms  célèbres  ceux  à'Epi- 
carnie,  d'yhialus  ,  de  Phiïemaior ,  de  Cornélius 
Severus  qui  composa  un  poème  sur  TEtna  -,  ceux 
de  Srnèque,  de  Pline,  et  beaucoup  d'autres. 

Les  lettres  et  les  sciences  ,  ensevelies  sous  les 
mines  de  l'empire  romain  ,  furent  rappelées  en  Si- 
cile par  l'empereur  Frédéric  II.  Ce  prince,  l'émule 
ly/Iicron  ,  écrivit  lui-même  un  ouvrage  sur  la  na- 
ture des  oiseaux  et  sur  les  soins  qu'exige  leur  éduca- 
tion. Sous  le  roi  Alphonse  ,  le  bénédictin  de  Primis, 
dont  la  mémoire  sera  toujours  chère  aux  Siciliens  , 
établit,  en  i^'l  h  l'université  de  Catane.  On  sait  qu'à 
la  clmte  (Je  l'enipire  d'Orient,  Lnscanis  fixa  sa  rési- 
dence à  Messine,  et  que  la  réputation  immense  dont  il 
jouissait  attira  dans  cette  ville  un  grand  nombre  de 
«avans  ,  parmi  lesquels  on  doit  distinguer  le  cardi- 
nal Bruiho.  l^iofitant  de  son  séjour  dans  la  Sicile, 
rcf  hoiiiinr  érudit  visita  l'Etna  ,  et  composa  le  dia- 
logue   fju'il   iiitiiula   du    num  do   celte    montagne. 


QUI  OINT  ÉCRIT  SUR  L'HIST.  NATUR.  DE  SICILE.  7 
Dans  le  seizième  siècle  ,  Gérard  Nocito  et  FazelJo 
illustrèrent  la  Sicile  ,  l'un  par  son  ouvrage  de  Tem- 
pore  colligendi  plantas ,   publié  vers  le  commence- 
ment de  ce  siècle  •   l'autre  ,  par  ses  Décades  sur  la 
Sicile,   imprimées   à    Palerme,    en    i558.    Peu  de 
tems  après,  en   1591  ,  on   publia,   à  Venise,    une 
■Topographie   de  F  Etna  et  l'histoire  de  ses  incen- 
dies •,  l'auteur  de  cet  ouvrage  est  connu  soùs  le  nom 
de  Philotée.  Les  deux  pharmaciens  Motta^  de  Pa- 
lerme ,  et  Dragonetto,    de  Catane  ,  se   firent  une 
grande  réputation  par  leurs  écrits  sur  la  botanique  et 
sur  les  propriétés  des  médicamens.  Pierre  Carrera^ 
de  Mélitello  ,  publia,  en  i635,  à  Catane,  ses  Obser- 
vations sur  V Eruption  de  ÏEtna  de  celte  année,  avec 
une  longue  description  topographique  de  cette  mon- 
tagne et  de  ses  précédentes  éruptions^  et ,  en  i638  , 
il  publia  de  nouveau  les  mêmes  observations,  avec 
des  additions  dans  ses  Mémoires  historiques  sur  Ca- 
tane. Ce  fut  probablement  cette  éruption  qui  enga- 
gea le  P.  Kircher  à  faire  ,   dans  cette  même  année  , 
le  voyage  de  la  Sicile-,  ses  observations  sur  la  miné- 
ralogie ont  été  insérées  dans  son  Mundus  subterra^ 
neus. 

La  célébrité  dont  jouissait  à  TiomePierreCastelli^ 
engagea  les  Messinais  à  l'appeler  parmi  eux  ,  comme 
professeur  de  médecine  pratique.  Il  établit  à  Messine 
un  jardin  botanique ,  qui  fut  bientôt  enrichi  des 
plantes  récoltées  sur  l'Etna  et  dans  d'autres  endroits 
de  la  Sicile,  et  dont  il  donna  la  description  dans 
son  ouvrage  ,  intitulé  :  Hortus  Messanensis  ^  publié 


8  KOTICE  SUR  LES  PRITSCIPALiX  AUTEURS 

h  Messine,  en  iG4o.  Nicole  Catanuto^  pharn)acîenà 
Calane  ,  et  Nicole  Gen'a\i  ^  qui  exerçait  à  Palermc 
Ja  mémo  profession  ,  se  distinguèrent  en  mémo  tems 
par  lenrs  connaissances  sur  les  plantes  et  sur  la 
pharmacie  -,  leurs  ouvrages  sont  encore  consultés  par 
les  personnes  qui  riillivcnt  en  Sicile  les  sciences  mé- 
dicales. En  iG53  ,  on  imprima,  à  Venise  ,  X Histoire 
naturelle  du  Sicilien  Serpetro  ^  élève  du  trop  cé- 
lèbre CaJ7ipnneUa\  et,  peu  après,  le  s^\?iu\.  Alphonse 
Borelli ,  (jui  professait  les  mathématiques  à  Mes- 
sine, fit  paraître,  en  1669  ,  un  Mémoire  sur  ï Érup- 
tion mémorable  de  l'Etna  de  cette  même  année  5 
cet  ouvrage  est  remarquable  par  Texactilude  et  par 
le  choix  des  observations.  I/histoire  naturelle  compte 
parmi  les  écrivains  les  pins  distingués  Jean-Baptiste 
Odierna  ^  l'émule  de  Kepler  et  de  Galilée  dans  Tas- 
tronomie  -,  ses  cendres  reposent  modestement  dans 
le  village  de  Palma  ,  aux  environs  de  Licata.  Outre 
ses  Èphémérides  des  satellites  de  Jupiter  (  Palerme  , 
i656),  il  publia  son  Anatomie  de  Tœil  de  la  mou- 
che et  autres  z>;\ec/e5(  Palerme  ,  iG/j/j  )i  Vy/natnmie 
de  la  dent  de  la  vipère  (Palermc,  i6/|6  )  ,  ouvrage 
cité  avec  éloge  par  Redi  et  par  EtmuUer  ;  enfin  ^ 
un  mémoire  sur  les  Tuniques  des  plantes  et  des 
fruits ,  (jui  se  trouve  pnrmi  les  opuscules  des  aiitcurs 
siciliens.  Scilla  ,  peintre  fort  estimé  ,  se  fit,  en  itJ70, 
une  réputation  ,  comme  naturaliste  ,  par  sa  Notice 
sur  les  corps  marins  pétrifiés  qui  se  rencontrent  aux 
environs  de  Messine  ,•  cet  ouvrage  ,  orné  de  planches 
qui  en  font  le  plus  grand  méiiie  ,  foni  nil  à  VVood- 


QUI  OKT  ÉCRIT  SUR  L'HIST.  NATUR.  DE  SICILE.  9 
tvard  la  plus  grande  partie   des   observations  qu'il 
ajouta  à  sa  Théorie  de  la  terre.  En  1692  ,  parut  la 
Pyrologîe  topogvaphique ,  ou  la  dissertation  De  ignc 
juxtà  loca,  par  Dominique  Bolonne  ,  de  la  ville  de 
Lentini,  et  membre  de  la  société  royale  de  Londres. 
En  1698,  le  même  savant  publia  sa  Relation  histO' 
rico-physique  du  grand  tjemblement  de  terre  qui 
avait  désolé  la  Sicile  en   iGyS.  Son  contemporain 
Paul  Boccone  ,   de  Palerme  ,  se  distingua  par  son 
Musée  des  plantes   rares  de  Sicile,  de  Malie ,  de 
France  et  d'Italie  (  Lyon  ,   1674  ),  auquel  il  ajouta 
ensuite  les  Plantes  delà  Corse  et  de  l'Allemagne 
(Venise  ,  1694  )•  On  doit  aussi  à  ce  savant  Sicilien 
un  Traité  sur  le  Bézoard  fossile  (  chaux  carbonatée 
globuliforme  )  de  la  Sicile  (  Monte-Leone  ,   1669  )  , 
et  des  Recherches  et  observations  naturelles  touchant 
le  corail  (  Paris,  169-2  )  -,  outre  son  Muséum  expe- 
rimentale-phjsicum  (Francfort,    1697)-  Ces  dif- 
fériîis  ouvrages   sont  remplis    d'observations  judi- 
cieuses ,  et  annoncent  à  chaque  page  que  Boccone 
avait  le  coup-d'œil  juste  ,  et  même  un  vaste  génie. 
François  Cupnni ,  élève  de  Gervasi ,  fit  des  recher- 
ches sur  toutes  les  plantes  de  la  Sicile,  et  il  établit  à 
Mésilméri   un   jardin  botanique  ,   dont  il  publia  la 
description  ,  en  1696  ,  sous  le  nom  â^Hortus  Catho- 
licus  ,  en  l'honneur  du  prince  de  Cattolica  son  Mé- 
cène, et  auquel  il  ajouta  ensuite   quelques    articles 
sur  les  fossiles.  Il  avait  déjà  publié ,  à  Palerme ,  en 
1672,  son  Catalogue  des  plantes  de  la  Sicile ,  nouvel- 
lement découvertes -,  et  il  parut,    en  J'jJ^-,   après 


,«.  NOTICK  SLR  LES  PRINCIPAUX  ALTEUKS 
sa  mort,  son  Pamphyton  Simluni ,  ou  Jiaitc  des  ani- 
ntaïuc  ,  des  végêlaiLr  et  des  fossiles  i[u  on  rcucouirc 
en  Sicile  et  dans  les  îles  et  les  mers  qui  l'environiK  nt. 
Les  malheurs  occasionnés  en  Sitile  par  le  iremblc- 
nu'iU  (le  terre  de  169^,  qui  ensevelit  sous  les  ruines 
<run  grand  nombre  de  villes  et  de  Nillages  ,  60  mille 
liahit.ms,  devaient  retarder  les  progrès  des  sciences 
naturelles,  dans  un  pays  où  ceux  qui  les  cultivaient 
étaient  abandonnés  à  leurs  propres  ressources  ^  et 
c'est  précisément  ce  qui  arriva.  Forcés  de  réparer 
les  maux  qu'ils  venaient  d'éprouver  ,  les  Siciliens  ne 
purent  plus  se  livrer  avec  ardeur  à  l'étude  des 
sciences  qui  exigent  une  édiication  spéciale,  et  des 
dépenses  considérables  pour  faire  des  observations  et 
des  expériences.  Le  peu  de  succès  «[u'avaieut  obtenu 
les  naturalistes  leurs  devanciers  ,  ne  les  encoura- 
geaient pas  à  suivre  les  progrès  que  les  sciences 
faisaient  dans  les  pays  les  plus  éclairés  de  l'Europe  -, 
plusieurs  de  leurs  prédécesseurs ,  après  avoir  sq^i- 
fié  leur  vie  à  ces  éludes  ,  furent  obligés  de  s'enfer- 
mer dans  des  cloîtres  pour  jouir  de  la  tranquillité  et 
du  repos  que  réclame  la  vieillesse  ^  et  Pierre 
Carrera  fut  même  contraint  de  terminer  ses  jours  à 
riiôpital  de  Messine.  On  ne  doit  donc  pas  s'éton- 
ner ,  si ,  depuis  l'événement  désastreux  de  169!:^, 
on  ne  stiivit  presque  plus  en  Sicile  que  les  profes- 
sions susceptibles  d'oflVir  qui-bjues  avantages  à  ceux 
i\\ù  le-,  («ndirassaient ,  et  si  l'on  négligea  les  études 
rjui  ne  présentaient  aucune  perspective  d'ulililé 
dans  l'avenir.  Mais,  à  mesure  que  les  Siciliens  répa- , 


QUI  ONT  ÉCRIT  SUR  L'HIST.  NATUR.  DE  SICILE,  u 

raient  leurs  pertes  ,  les  amis  des  sciences  faisaient  des 
efï'ortspour  ranimer  le  courage  de  leurs  concitoyens. 
Le  P.  SalnUro  ,  jésuite,  établit  en  17^0  ,  à  Palerrae 
sa  patrie,  et  dans  le  collège- de  son  ordre,  un  musée 
d'histoire  naturelle,  auquel  la  reconnaissance  publi- 
que donna  le  nom  de  Musée  SalniUano.  Cet 
«xemple  fut  suivi  par  les  bénédictins  de  Palerme, 
en  1744»  ^^  ensuite  par  les  bénédictins  de  Catane  \ 
enfin  ,  en  1708  ,  Ignace  Paterno,  prince  de  Biscari, 
fit  l'ouverlure  solennelle  du  Musée  qu'il  avait  éta- 
bli dans  celte  même  ville  de  Catane.  On  doit  citer 
honorablement  ,  parmi  ceux  qui  concoururent  à  la 
restauration  des  sciences  naturelles  ,  à  cette  époque  , 
l'historien  Motigitore  j  Dominique  Schiauo  ;  le 
chanoine  Récupéro  ,  auteur  d'un  Mémoire  sur  VE' 
ruption  de  VEtna^  qui  avait  ou  li-eu  en  1765  •,  le 
botaniste  jtrt^u^t,  à  qui  l'on  àohV  Herbier  Italo-si- 
cilien  ,  imprimé  à  Naples  en  174^  ;  l'abbé  Leanti  qui 
a  renfermé  dans  un  article  de  son  ouvrage  Sur  l'état 
de  la  Sicile  ,  imprimé  k  Palerme,  en  1761  ,  une 
idée  générale  de  tout  ce  que  l'on  savait  sur  l'histoire 
naturelle  de  cette  île.  Cette  notice  de  Léanti  a  été 
copiée,  pendant  un  demi-siècle,  par  les  écrivains 
étrangers  et  nationaux  ,  et  a  fourni  au  comte  de 
Borch  les  matériaux  les  plus  intéressans  de  ses  ou- 
vrages sur  la  Sicile. 

L'Université  de  Calaiie  ue  tarda  pas  à  sortir  de 
ses  ruines ,  par  la  nomination  de  Sahador  f^enti- 
miglia  à  l'évèché  de  cette  ville  ;  les  cours  de  phy- 
8i(jue  expérimentale   qu'on   y  éfablit  ,    rappelaient 


7  3  KOTICE  SUR  LES  PRINCIPAUX  AUTEURS 
]a  jeunesse  à  rélude  de  la  nature  et  faisaient  oublier 
les  disputes  insignifiantes  de  l'école,  auxquelles  suc- 
céda l'enseignement  des  doctrines  de  Newton  ,  de 
Locke  et  de  Condillac.  Ventimiglia,  ayant  renoncé 
à  son  évêchë ,  se  réunit  à  monseigneur  Airoldî , 
philologue  d'un  grand  mérite,  et  au  prince  de 
Ton emuzza  ^  que  l'opinion  publique  plaçait  parmi 
les  antiquaires  les  plus  instruits  de  l'Europe.  Ces 
trois  savans  entreprirent  la  réforme  des  études  à 
Palcrme,  et,  en  i^^c),ils  y  établirent  une  Académie. 
Le  jardin  botanique  de  Palerme,  si  renommé  au- 
jourd'hui, fut  fondé  à  celte  même  époque,  ainsi 
que  le  cabinet  d'Histoire  naturelle  ,  le  laboratoire  de 
chimie  de  cette  ville,  et  enfin  cet  observatoire  devenu 
si  célèbre  par  les  brillantes  découvertes  do  Piazzi. 

Nous  croyons  devoir  ajouter  que  les  voyageurs 
distingués  qui  ont  visité  la  Sicile,  depuis  la  der- 
nière moitié  du  dix-huitième  siècle,  ont  contribué, 
par  leurs  recherches  et  par  leurs  ouvrages ,  aux 
progrès  des  sciences  dans  cette  île.  Nous  ne  parle- 
rons pas  de  Rietesel ,  Denon  ,  Stilbergh  et  Munster  ; 
res  savans  ont  examiné  la  Sicile  en  antiquaires,  et 
ils  ont  concouru  à  son  illustration,  sous  uu  point 
de  vue  différent  de  celui  qui  fixe  maintenant  notre 
attention.  Nous  rappellerons  à  la  mémoire  du 
lecteur  les  noms  de  quelques  voyagf'urs  qui  ont 
parcouru  la  Sicile,  pour  y  étudier  un  autre  genre 
d'antiquités,  celles  de  la  nature,  et  les  phénomènes 
toujours  curieux  du  terrible  volcan  qui  élève  une 
t*tc  si  majestueuse  au-dessus  des  autres  montagnes 


QUI  ONT  ÉCRIT  SUR  L'HIST.  INATUR.  DE  SICILE.  i3 
de  cette  île.  Swinburn,  Brydorne  et  quelques  autres 
ont  fait  connaître  les  volcans  éteints  de  la  Sicile  ; 
le  P.  de  la  Torre  a  écrit  VHisloite  de  l'Etna, ,  et 
le  chevalier  Hamillon  s'est  aussi  occupé  de  cette 
montagne.  Mais,  c'est  à  Fauj  as  -  de -Saint- Fond 
qu'on  doit  la  première  description  vraiment  instruc- 
tive sur  les  produits  de  l'Etna  ,  comme  on  peut  le 
voir  dans  ses  Recherches  sur  les  F'olcans,  impri- 
mées à  Grenoble ,  en  1778.  Au  nom  de  l'infatigable  t 
Faujas  ,  nous  devons  ajouter  celui  de  Dolomieu. 
Ce  célèbre  naturaliste  parcourut  la  Sicile  à  pied ,  en 
178 1  ,  et  fît  connaître  les  résultats  de  ses  recherches 
dans  son  Mémoire  sur  les  J^olcans  éteints  du  J^al- 
dinoto,  publié  dans  \e  Journal  de  Physique ,  1734," 
dans  son  J^oj  âge  aux  îles  de  Lipari  (Paris,  1783), 
d^ns  lequel  on  trouve  la  description  des  Macalubbi , 
Salse  (i)  ,  entre  Girgenti  et  Arragon  ;  dans  sa  Miné- 
ralogie des  F'olcans  (Paris,  1784),  qui  offre  le 
catalogue  des  produits  de  l'Etna ,  augmenté  depuis 
dans  les  Mémoires  sur  les  Isles-P onces  ^  par  le 
même  auteur  (Paris  ,  1788).  On  doit  compter 
parmi  ses  découvertes  celle  de  la  stronliane  sulfatée 
des  environs  de  Girgenti. 

Tandis  que  l'on  publiait  à  Paris  les  Mémoires  de 


<\)  Boiirhiers  argileux  provenans  îles  cniptions  qui  se  font 
presque  continuellement  à  une  profondeur  inconnue  ;  il  se  dé- 
gage orJinairement ,  pendant  les  éruptions  boueuses,  du  gnz 
liydro^ène  carbone' ,  mêlé  de  gaz  carbonique ,  et  «ne  petite 
^(uantilc    d'eau  salce  ,   de   pétrole  et  d'argile  ijrise ,  etc. 


i4        MOTICE  SUR  LES  PRINCIPAL X  AUTEURS 
Doloinieu  sur  les  Islcs-Ponces,  Spallanzani  parcou- 
rait à    son    tour   la    Sicile  -,  ses    f^oya^es  dans  les 
deux  Siciles  ,    qui    parurent   en    1791   ,   obtinrent 
une  place   honorable  dans  les  bibliollièques  des  na- 
turalistes.   Nous  ajouterons  que  PSollet,  en    17495 
et  Saussure  ,  en   177-^  ,  ont  été  aussi  du  nombre  des 
savans  qui  ont  visité  TRtna  ,  et  que  tout  récemment 
ÎNI.  Lucas  (ils  a  fait  une  excursion  en  Sicile,  d'où  il 
»     est  revenu  chargé  de  richesses  minéralogiqucs.  Il  est 
à  regretter  que  l'illustre  Werner  n'ait   pas  pu   réa- 
liser le  voyage  qu'il  projetait  dans  celle  île  -,    quel 
pas  immense  n'auraient  pas  fait  faire  à  la  minera-' 
logic  sicilienne  les  vastes  connaissances  du   profes-l 
seur  de  Krevberg  ?  Mais  ,  les   Siciliens  se  proposenti 
d'approfondir   eux-mêmes  la   minéralogie   de    leuri 
terre  natale.  Elevés,  par  l'état  actuel  de  leurs  éludes, | 
à  la  hauteur  des  sciences  naturelles,  ils  ont  sur  lesi 
étrangers  l'inappréciable  avantage  de  pou  voir  donner  ài 
leurs  recherches  tout  le  tems  nécessaire,  et  de  revenir! 
à  leur  gré  sur  leurs  pas  pour  rectifier  leurs  observa-i 
lions.    L'enthousiasme  qu'exige  celle  élude  pénibh 
s'est  déjà  réveillé  dans  leurs  coeurs  ;  nous  avons  vu 
que  l'abbé  Ferrara,  plein  de  cette  noble  ardeur  qui 
anime  la  jeunesse,  profilant ,  sans  doute  ,  de  la  belle 
collection  des  produits   volcaniques    du  professeur 
Gioeni ,    avait  publié,    en    179-5,  étant    alors   âgé 
seulement  de   19  ans,   son  Esquisse  sur  TEtna.  Il' 
a  fait   paraîln;  ,   en    1818,  un  travail  complet,  sou«| 
le  tilre  dii  Description  de  F  Etna  ^  (jui  offre  la  lopo-i 
ijcaphie  de  celte  montagne  ,   l'hisloire  de  ses    érup-J 


QUI  ONT  ÉCRIT  SUR  L'HIST.  NATUR.  DE  SICILE.  i5 
lions,  le  catalogue  de  ses  pi'oduits,  et  quelques  con- 
sidéra lions  géoliigiques  et  physiques  sur  ce  volcan. 
Nous  avons  indiqué  ,  dans  notre  Revue  (  février 
i820j,  les  autres  productions  de  cet  infatigable- 
naturaliste;  son  ouvrage  Sur  les  Champs  fie gréens 
de  la  Sicile  et  des  îles  environnantes ,  contient  la 
description  physique  et  minéralogique  de  ces  îles , 
et  mérite  une  attention  particulière.  On  distingue 
aujourd'hui,  parmi  les  botanistes  de  la  Sicile,  le 
savant  M.  Bivona  ;  il  cultive  cette  partie  des  sciences 
naturelles  avec  tout  le  succès  qu'on  doit  attendre 
de  ses  talens  et  de  son  zèle.  Nous  regrettons  qu'un 
botaniste  si  habile  n'occupe  pas ,  parmi  les  profes- 
seurs de  Palerme  ,  la  place  que  l'opinion  générale 
des  savans  lui  assigne  depuis  long-tems. 

Enfin  ,  il  a  paru  à  Palerme,  en  1818,  la  Topo- 
graphie de  celte    'ville  et  de  ses  environs.  Cet  ou- 
vrage de  M.  le  professeur  Scina  fournit  une  nouvelle 
preuve  des  progrès  que  les  sciences  naturelles  font 
tous  les  jours  dans  la  Sicile.   M.  Scina  n'a  pas  été 
chercher  dans  les  auteurs  qui  l'ont  précédé  les  faits 
qu'il  annonce  ;  il  décrit  les  lieux  qu'il  a  parcourus  ; 
.  il  examine  soigneusement  la  nature  du  sol  qui  forme 
la  plaine  de  Palerme,  les  montagnes  qui  l  entourent 
du  sud  à  l'est,  et  du  sud  au  nord,  la  hauteur  de 
ces  montagnes  ,    leurs    relations  géologiques ,   leur 
structure ,   leul'  formation  \   il    décrit  les  minéraux 
qu'elles  oflrent  à  la  curiosité  du  naturaliste,  ou  aux 
spéculations  du  commerce  -,  il  analyse  les  eaux  qui 
parcourent  la  plaine  et  celles  des  sources  les  plus 


,(.  NOTICE  SUR  LES  PRINCIPAUX  AUTEURS,  etc. 
remarquables  de  la  \ille-,  il  rend  compte  des  expé' 
rienccs  qui  ont  ité  faites  pour  déterminer  la  lem- 
pi'ralurc  moyenne  de  l'atmosphère  de  Palerme ,  et 
les  limites  entre  lesquelles  elle  Hotte  continuelle- 
ment. Les  plantes  qui  croissent  sur  les  montagnes 
et  dans  la  plaine,  les  insectes  qui  vivent  dans  les 
champs,  les  productions  marines,  n'ont  point  échap- 
pé à  ses  recherches ,  et  il  se  flatte  que  les  Siciliens, 
encouragés  par  son  exemple  ,  ne  tarderont  pas  à 
entreprendre  des  travaux  analogues  dans  les  autres 
parties  principales  de  Vile,  afin  d'obtenir,  par  des 
observations  pailielles  bien  dirigées,  une  topographie 
générale  et  à  peu  près  complète  de  la  Sicile.  L  ou- 
vrage est  écrit  avec  précision  et  élégance  ;  lis  ma- 
tières sont  disposées  avec  ordre  -,  les  explications 
qu  il  donne  des  phénomènes  que  lui  oflVent  les  lo- 
calités, sont  établies  sur  les  principes  les  plus  con- 
formes à  la  raison  et  à  l'expérience  -,  et,  lorsqu'il  ne 
se  croit  pas  assez,  fondé  pour  hasarder  une  explica- 
tion,  il  se  borne  au  rôle  de  simple  narrateur  ,  ou  il 
énonce  simplement  son  opinion ,  sans  y  attacher  au- 
cune importance.  Des  notes  destinées  à  éclaircir  le 
texte  et  une  carte  topographique  sur  beau  papier  , 
exécutée  avec  goût,  terminent  l'ouvrage  (i). 

C.  J.  L. 


fi;  Nous  ilonncroos  Tanaljsc  de  l;*.  J'opogr^iphie  Je   Païenne    , 
daos  un  de  nos  prochains  cahiers. 


^7 

t((V\IVVVVWW\'VM'».\\'WV\VWV\'VV\X\\WV>iV% 

NOTICE 

SUR  PARGA  ET  SUR  AUI  PACHA. 

(SECOND  ET  DERNIER  ARTICLE,  l^oy.  ci-deSSUS,  T.  YII,  p.  4l8.) 

Ce  jour-là  même  (  17  mars  i8i4),  la  Bacchante -^SlXvX 
dans  la  rade,  et  le  pavillon  anglais  fut  arboré,  non 
sur  les  remparts  de  la  citadelle  ,  mais  sur  une  petite 
éminence  près  du  rivage.  Le  commandant  de  la  frégate 
ne  trouvant  pas  cet  hommage  suffisant ,  ni  d'accord 
avec  le  traité  ,  fit  dire  aux  Parganiotes ,  après  quelques 
négociations,  que,  s'ils  ne  consentaient  à  placer  le  pa- 
villon anglais  sur  les  murs  de  la  citadelle,  il  mettrait 
à  la  voile,  le  lendemain,  et  les  abandonnerait  à  leur 
malheureux  sort.  D'un  autre  côté,  le  commandant  des 
troupes  françaises  avait  menacé  de  faire  sauter  la  ville, 
en  mettant  le  feu  au  magasin  à  poudre  ,  si  l'on  essaj'ait 
de  le  déloger  avec  ses  soldats.  Il  était  donc  urgent  de 
prendre  une  résolution  décisive.  Le  lendemain  ,  de  fort 
bonne  heure  ,  une  veuve  ,  qui  prétendait  avoir  affaire 
au  commandant,  entra  dans  la  citadelle,  avec  le  pa- 
villon caché  sous  ses  vêtemens.  Elle  étair  suivie  d'ua 
jeune  garçon,  q^ui  avait  coutume  de  vendre  des  fruits 
et  des  légumes  aux  soldats  ,  et  qui ,  par  conséquent , 
fut  admis  sans  éveiller  aucun  soupçon.  Après  s'être 
assuré  que  tout  était  dans  la  situation  que  désiraient 
ceux  qui  l'avaient  envoyé  ,  il  donna  le  signal ,  en  pro- 
nonçant, comme  s'il  eût  crié  sa  marchandise,  un  mot 
grec  dont  ils  étaient  convenus  d'avance.  Aussitôt,  une 
foule  de  citoyens  armés  s'élancèrent  sur  tous  les  points. 
Quelques-uns  escaladaient  les  remparts  ;  d'autres  péné- 
traient dans  l'intérieur  de  la  forteresse  par  des  passages 
TOMB  vni.  2 


,g  ^OllCK 

secrets.  En  peu  de  minutes,  ils  se  rendirent  maîtres  de 
la  place  ,  et  le  pavillon  anglais  fui  arboré  en  triomphe 
sur  le  haut  du  château.  La  Bacchante  s'avança  aussi- 
tôt vers  le  fort.  On  permit  à  la  garnison  française  de 
capituler  honor.iblenient  ;  et,  le  22  mars  iBi4,  sir 
Charles  Gordon  dubar^ua  avec  son  détachement,  prit 
possession  de  la  citadelle,  et  envoya  les  Français  à  Cor- 
fou.  Quelque  tems  après,  lord  Palhurst  exprima,  par 
ordre  du  prince- régent ,  aux  commissaires  anglais 
nommés  pour  représenter  le  gouvernement  des  Iles 
Ioniennes  ,  rapprol)ation  royale  pour  la  conduite  qu'ils 
avaient  tenue  à  l'égard  de  Parga. 

Nous  arrivons  niaintenant  au  dernier  acte  de  la  tra- 
gédie. Le  Congrès  de  Vienne  était  en  session,  lorsque 
les  Anglais  devinrent  maîtres  de  cette  petite  républi- 
que, et  d'une  grande  partie  des  Iles  Ioniennes.  Leur 
politique,  en  i8i4  >  étant  de  fortifier  l'Autriche,  afin 
qu'elle  pût  servir  de  contre-poids  à  la  France  et  à  la 
Russie,  il  est  probable  que  toutes  ces  places  auraient 
été  cédées  à  cette  puissance,  en  même  tems  que  les 
provinces  de  Venise  et  de  la  Dalmatie  ;  mais,  après  le 
retour  de  Napoléon ,  la  lenteur  de  l'Autriche ,  et  la 
grande  influence  qu'exerça  la  Russie  dans  le  Congrès  de 
l'aris  ,  par  suite  de  la  victoire  de  \N  aterloo  ,  conduisit 
à  un  arrangement  différent,  et  beaucoup  plus  funeste 
que  le  premier  pour  les  Parganiotes.  Les  lies  furent 
laissées  aux  Anglais  ;  et  l'on  convint ,  sous  prétexte  de 
se  conformer  au  traité  de  1800,  que  les  villes  ex-véni- 
tieuncs  du  continent  seraient  réunies  sans  conditions, 
et  en  pleine  souveraineté,  à  la  Porte-Ottomane,  ou, 
en  d'autres  termes ,  à  Ali ,  qui  j)rit  le  titre  de  son  re- 
présentant ,  et  qui  était  déjà  en  possession  de  toutes 
CCS  villes ,  à  l'exception  de  la  seule  Parga.  En  consé- 


SLR  PARGA  ET  SUR  ALI  PACHA.  19 

quence  de  ce  traité  ,  l'existence  politi.jue  de  Parga  fut 
détruite,  et  ses  murs  désolés  furent  rerais  au  plus  cruel 
des  barbares  par  les  agens  d'un  gouvernement  libre, 
qui  avait  juré  de  défendre  et  de  proléger  le  seul  asile 
cil  les  Grecs  modernes  retrouvassent  encore  les  souve- 
nirs de  leur  ancienne  gloire  et  de  leur  liberté!  Il  est 
difficile  d'expliquer  les  motifs  qui  ont  pu  déciderle  gou- 
vernement anglais  à  une  action  non  moins  inbumaine 
qu'injuste.  L'opinion  accréditée  sur  le  continent,  c'est 
que  les  Russes  firent  tous  leurs  efforts  près  de  lord  Castle- 
reagh  pour  en  obtenir  ce  sacrifice,  afin  d'avilir  le  ca- 
ractère anglais ,  et  de  brouiller  l'Angleterre  avec  les 
Turcs,  en  la  forçant  de  dépendre  d'Ali,  pour  l'ap- 
provisionnement de  ses  troupes  dans  les  Iles.  Mais  , 
ces  raffinemens  d'une  politique  machiavélique  nous 
semblent  peu  probables ,  et  nous  pensons  que  la  plu- 
part des  actions  des  hommes  publics ,  heureuses  ou 
malheureuses  dans  leurs  résultats,  sont  p'-is  souvent 
le  fruit  de  l'ignorance  et  de  l'inattention  ,  q  'e  de  plans 
prémédités  ,  suggérés  par  l'ambition  et  la  perfidie.  Il 
est  possible  que  lord  Castlereagh  eût  ignoré  le  traité 
conclu  entre  les  officiers  anglais  et  les  Parganiotes ,  et 
nous  sommes  presque  certains  qu'il  ne  savait  pas  de 
quelle  importance  était  Parga  pour  l'approvisionne- 
ment des  Iles  échues  en  partage  aux  Anglais.  Quant 
au  traité  de  1800,  d'après  lequel  il  a  fait  profession 
d'agir ,  il  semble  n'avoir  pas  connu  davantage  la  te- 
neur de  ce  traité  ,  et  les  événemens  qui  l'annulaient. 
Une  telle  ignorance  n'est  pas  moins  criminelle  dans  un 
ministre  que  la  violation  de  ses  devoirs  avec  connais- 
sance de  caus'' ,  puisqu'elle  conduit  aux  mêmes  résul- 
tats ;  mais,  elle  est  du  moins  plus  croyable. 

On  peut  difficilement  expliquer  la  conduite  de  l'An- 
al 


gleterre  dans  cette  circonstance.  D'abord,  il  était  im- 
politique, et  nuisible  à  ses  intérêts,  comme  possédant 
les  Iles  Ioniennes ,  de  céder  Parga  à  la  Porte  ,  puisqu'elle 
se  fermait  ainsi  le  seul  canal  d'approvisionnement  resté 
libre;  et  que  les  Turcs,  qui  brûlaient  de  reconquérir 
les  Iles,  auraient  par  cela  m«*me  un  prodigieux  avan- 
tage en  cas  d'hostilité,  et  ne  manqueraient  pas  de  s'en 
prévaloir.  En  second  lieu,  c'était  une  violation  mani- 
feste d'un  traité  conclu  par  des  officiers  anglais  ,  ap- 
prouvé par  les  commissaires  des  lies  Ioniennes  ,  et  par 
lord  Bathurst ,  au  nom  du  souverain.  On  peut  alléguer, 
il  est  vrai,  que  ces  officiers  n'avaient  aucun  des  pou- 
voirs convenables  pour  conclure  un  pareil  traité,  et 
que  l'approbation  du  prince-régent,  exprimée  d'une 
manière  générale  ,  pourrait  ne  s'appliquer  qu'à  l'oc- 
cupation militaire  d'une  ville  qui  venait  d'clre  oc- 
cupée par  une  garnison  française.  Mais,  lorsque  l'on 
considère  que  Parga  avait  été  remise  aux  Anglais  sur 
la  foi  do  ce  même  traité;  que,  pendant  un  an,  ils 
l'avaient  observé  ,  sans  faire  d'objection  sur  aucun  de 
ses  articles;  et,  surtout,  que  la  conséquence  d'un 
tardif  désaveu  de  leur  part ,  était  non  pas  de  replacer 
les  choses  i>i  statu  quo  ,  comme  ils  y  eussent  été  obligés 
suivant  les  règles  de  la  diplomatie,  mais  de  céder  tout 
un  peuple  à  son  ennemi  le  plus  acharné,  comme  pro- 
priété, ou  comme  conquête,  tandis  qu'ils  tenaient 
uniciucment  leurs  droits  sur  cet  Etat ,  du  traité  même 
qu'ils  rejetaient  :  on  conviendra  qu'il  est  impossible  de 
se  jouer  plus  ouvertement  de  la  justice,  et  des  droits  des 
nations.  En  troisième  lieu  ,  le  traité  de  1800  ,  aïKpiel 
les  agens  du  gouvernement  anglais  ont  prétendu  vou- 
loir se  conformer,  avait  été  ,  à  plusieurs  reprises,  an- 
nulé, et  abandonné  par  toutes  les  parties  intéressées, 


I 


SUR  PARGA  ET  SUR  ALI  PACHA.  ?r 

et  surtout  par  les  Turcs,  depuis  l'année  où  il  avait  été 
adopté  ,  jusqu'en  i8i5.  La  principale  stipulation  de  ce 
traité  était  l'établissement  des  Sept  Iles,  sous  la  pro- 
tection réunie  de  la  Porte  et  de  la  Russie.  Mais ,  dès 
l'année  1802,  la  Porte  admit  la  Grande-Bretagne  dans 
cette  alliance,  destinée  à  garantir  l'indépendance  des 
Iles  Ioniennes;  et,  après  la  paix  de  Tilsit,  elles  devin- 
rent toutes  des  colonies  françaises,  avec  Tassentiment 
de  la  Russie.  Il  était  donc  assez  manifeste  alors  que  le 
premier  traité  n'existait  plus.  Si  quelque  chose  man- 
quait pour  le  rendre  nul ,  les  événemerts  de  iSoq  ache- 
vèrent de  l'effacer.  Les  Turcs  ,  en  faisant  la  paix  avec 
Bonaparte,  lui  confirmèrent  toutes  ces  conquêtes  ,  y 
compris  Parga ,  dans  laquelle  il  avait  placé  une  gar- 
nison. Bientôt  après ,  lord  Collingwood  lui  enleva 
Zante  et  Céphalonie;  et  les  Turcs  gardant  alors  la  neu- 
tralité ,  l'ambassadeur  anglais  à  Constantinople  dé- 
clara solennellement  «  que,  quelques-unes  des  Iles 
Ioniennes  ayant  été  délivrées  du  joug  français  par  les 
armes  de  l'Angleterre  ,  sans  le  secours  des  autres  puis- 
sances qui  s'étaient  engagées  à  les  protéger,  Sa  Majesté 
Britannique  avait  le  droit  de  les  soumettre  à  son  pou- 
voir ,  et  qu'elle  en  userait,  si  la  Porte  ne  voulait  pas 
renouveler  sa  garantie  en.  leur  faveur.  >»  Non-seulement 
cette  garantie  fut  refusée  ;  mais  les  Turcs  violèrent  ou- 
vertement leur  prétendue  neutralité  ,  en  -fournissant 
des  munitions  aux  Français  bloqués  dans  Corfou ,  et  en 
permettant  aux  corsaires  de  cette  natio»  d'attaquer 
et  de  prendre  des  vaisseaux  marchands  à  la  vue  et  pres- 
que dans  tous  les  ports  de  l'empire  ottoman.  L'Angle- 
terre garda  ces  possessions,  sans  que  les  Turcs  s'en  plai- 
gnissent ou  les  réclamassent.  Dans  le  congrès  de  l'année 
iSig ,  la  base  des  réactions  fut  que  toutes  les  conquêtes 


aa  îvorrrr. 

faites  sur  la  France  seraient  à  la  disposition  des  puis- 
sances arniros  contre  elle.  Mais,  la  Porl«'  n'était  point 
(le  ce  nombre  ;  elle  était  demeur«'e  en  paix  avec  Napo- 
léon ,  et  n'avait  aucun  intérêt  ni  ancnn  droit  à  faire 
valoir  dans  le  partage  de  ces  conqiiêfrs.  En  consé- 
quence, l'indépendance  des  Sept-lles  ,  et  de  ton!  rr  qui 
en  flt'urnifaù  ,  fut  expressément  stipulée  par  plusieurs 
traités  signés  de  la  Prusse,  de  la  Russie,  de  l'Autriche 
et  de  la  France.  Les  Turcs  n'avaient,  au  congrès  de 
Paris  ,  en  i8i5  et  en  1816,  ni  ministre,  ni  agent  plé- 
nipotentiaire ;  ils  ne  prirent  aucune  part  à  ces  mesures 
politiques.  Il  était  donc  aussi  maladroit  que  perfide  de 
faire  revivre  un  traité,  annulé  depuis  long-tems  par 
toutes  les  parties  intéressées  ;  et  cela  pour  s'appuyer 
d'une  clause  en  faveur  d'une  puissance  qui  ne  récla- 
mait ri'^n.  Pour  admettre  que  les  Anglais  eussent  le 
droit  de  disposer  de  Parga  ,  il  ei'it  fallu  supposer  (ju'ils 
l'avaient  enlevée  aul.  Français  par  la  force  des  armes  ; 
et  même  alors  ,  toutes  les  conquêtes  faites  sur  la  Irance 
dev.Tienl  être  distribuées  entre  les  alliés;  et  la  Porte,  ne 
se  trouxaut  point  dans  leurs  rangs,  ne  pouvait  v  pré- 
tendre. En  quatrième  lien  ,  si  les  choses  se  fussent 
passées  autrement,  si  les  Anglais  n'eussent  point  eu 
d'intérêt  à  garder  Parga  ,  si  le  traité  de  1800  n'eût  pas 
été  annulé  par  la  Tur(|uie  ,  m  elle  eût  été  une  des  puis- 
sances armées  contre  la  France,  et  qu'«'lle  eût  fait  par- 
tie du  fîongrès  qm  devait  disposer  de  tout  ce  qu'on 
avait  arrache  à  celte  nation,  encore  ne  pourrait -on 
justifier  la  <onduile  de  l'Angleterre  dans  cette  circons- 
tance, qui  offre  un  ex^!nple  d'ingratitude  et  d'oppres- 
sion, tel  (ju'oii  en  trouve  p«Mj  dans  l'histoire.  Il  semble 
que  la  prétendue  obligation  de  se  conformer  au  traité 
de  1800,  ne  fut,  de  la  part  des  Anglais ,  qu'un  prétexte 


SUR  PARGA  ET  SUR  ALI  PACHA.  20 

pour  donner  à  la  Porte  le  droit  de  violer  tous  les  pri- 
vilèges des  malheureux  Grecs.  Ce  traite  ,  qui  avait  pour 
but  d'assurer  l'inde'pendance  des  Scpt-lles,  portait ,  il 
est  vrai,  que  la  domination  politique,  ou  la  protection 
des  villes  ex-vénitiennes,  situées  sur  la  côte,  appar- 
tiendrait à  la  Porte  ;  mais ,  sous  la  condition  expresse 
«  qu^  aucun  Mahomélan  ne  pourrait  acquérir  de  propriété, 
ni  s^ établir  dans  aucune  de  ces  villes  ^  qu'on  ne  pourrait 
bâtir  de  mosquées  sur  leur  territoire^  ni  rien  changer  aux 
lois  et  à  la  police  intérieure ,  7ii  lever  des  taxes  et  des 
impôts  plus  onéreux  que  ceux  établis  par  les  J^éniliens^ 
et  que  le  pouvoir  et  les  fonctions  du  bey  ou  de  Vojjicier 
chargé  de  veiller  aux  intérêts  de  la  Porte-  Ottomane  , 
seraient  déterminés  à  l'entière  satisfaction  de  la  répu- 
blique des  Sept-Iles.  »  Telles  étaient  les  stipulations  du 
traité  de  1800;  et,  quand  l'Angleterre  croit  devoir  faire 
revivre  ce  traité  en  181 5,  et  s'en  servir  pour  désavouer 
l'engagement  pris  avec  tout  un  peuple  de  le  secourir 
et  de  le  protéger  (  engagement  par  lequel  elle  se  trouve 
maîtresse  d'en  disposer) ,  elle  ne  pense  pas  à  rétablir 
les  clauses  qui  conservent  au  moins  quelques  avantages 
à  ses  victimes  ,  mais  elle  abandonne  lâchement  ceux 
qui  se  sont  confiés  à  son  honneur  et  à  son  esprit  de 
justice  ,  sans  même  les  recommander  à  la  clémence  de 
leur  plus  cruel  ennemi.  Il  n'eût  guère  été  possible  d'es- 
pérer que  les  conditions  faites  pour  toutes  les  villes 
ex  -  vénitiennes  ,  et  si  cruellement  violées,  eussent 
été  observées  pour  la  seule  Parga,  à  moins  (\ne  la 
force  et  la  crainte  n'eussent  contraint  à  les  remplir.. 
Ali  s'était  emparé  de  toutes  les  places  mentionnées 
dans  le  traité  de  1800,  non  en  vertu  de  ce  traité,  mais 
par  la  force  des  armes.  Jl  était  manifeste  qu'il  avait 
agi  en  conquérant  ;  il  y  avait  bâti  des  mosquées  et  des 


3  4  NOTICE 

scrails,  change  les  lois,  aliijnc  les  propriétés,  et  nu? 
le  peuple  en  esclavage.  Il  essaya,  à  plusieurs  reprises, 
<lc  réduire  Parp-a  ;  mais,  la  valeur  de  ses  hahilaiis,  et 
la  force  extraordinaire  de  sa  position,  enipcchèrent 
toujours  Ali  de  triompher.  Les  plus  sages  de  ses  citoyens 
comptaient  encore  sur  ces  moyens  de  défense,  lorsque 
leur  patrie  fut  livrée  aux  Anglais,  d'après  leur  pro- 
messe de  protection  de  i8i4  i  et  ^  peine  deux  ans  se 
sont-ils  écoulés,  (ju'on  la  cède  sans  coiiiiition  à  Ali  j 
qui  n'avait  jamais  déguisé  son  intention  de  la  traiter 
en  place  conquise  ,  et  qui  foulait  aux  pieds  les  clauses 
contenues  dans  le  traité  de  1800 ,  en  conformité  duquel 
les  Anglais  se  prétendaient  obligés  de  lui  remettre 
Parga!  Ah!  si  l'Angleterre  redoutait  assez  la  Turquie 
pour  consentir  à  lui  faire  un  sacrifice  à  la  fois  si  dé- 
plorable et  si  honteux  ,  que  n'avouait-elle  franchement 
cette  basse  condescendance  I  Cet  aveu  eiit  été  moins  hu- 
miliant, que  le  vain  détour  qu'on  a  osé  prendre,  pour 
justifier  une  conduite  qui  ne  pouvait  l'être  chez  aucun 
peuple,  ni  dans  aucun  pays. 

Si  l'on  descend  à  des  considérations  secondaires,  on 
trouvera  que  cette  trahison  est  peut-être  aussi  impo- 
litique que  barbare.  La  Porte  ne  peut  vouloir  sérieu- 
sement raugmenlation  de  puissance  d'un  sujet  déjà  si 
dangereux.  Toute  l'histoire  d'Ali  prouve  que  les  con- 
cessions n'ont  fait  qu'augmenter  son  insolence  ,  et  qu'il 
ne  laisse  en  p.tix  que  ceux  dont  la  fermeté  rcffraie.  Il 
est  vrai  que,  d'aprl's  le  caractère  commun  à  tous  les 
sauvages,  il  hait  ceux  qu'il  est  forcé  de  craindre;  mais, 
il  n'est  pas  moins  vrai  que  la  crainte  est  le  seul  sen- 
timent qui  puisse  dompter  sa  férocité.  Les  comman- 
dans  russes  l'ont  toujours  traité  d'une  manière  insul- 
tante ,  et  en  échange,  il  les  a  flattes  cl  caressés.  L'ua 


SUR  PARGA  ET  SUR  ALI  PACHA.  aS 

d'eux  frappa  un  de  ses  beys  en  sa  présence ,  et  loin  de 
demander  raison  de  ce  traitement  injurieux  contre  un 
de  ses  oflficiers ,  le  tyran  se  retira ,  et  tâcha  d'apaiser 
la  colère  du  Russe  par  des  présens.  De  même ,  après 
avoir  assassiné  le  général  Roze  ,  qui  l'avait  traité  avec 
une  bonté  constante,  il  se  soumit  aux  reproches  et 
aux  menaces  journalières  de  M.  Pouqueville,  son  suc- 
cesseur. Les  exemples  de  son  insolence  avec  les  Anglais 
sont  innombrables.  Sir  Hudson  Lowe  lui  ayant  permis 
de  faire  réparer  deux  maisons  des  douanes,  bâties  en 
face  de  l'île  de  Ste. -Maure  (  appartenant  aux  Anglais), 
il  les  changea  aussitôt  en  deux  forteresses ,  garnies  de 
batteries  commandant  toute  l'île  ,  et  capables  delà  ré- 
duire en  un  jour.  Dans  une  autre  occasion,  il  fit  saisir 
un  citoyen  de  Prévisa,  frère  d'un  fournisseur  qui  ap- 
provisionnait de  pain  les  troupes  anglaises  cantonnées 
à  Sainte-Maure,  et  menaça  ce  malheureux  de  le  faire 
brûler  inf  ^  si  le  fournisseur  ne  lui  envoyait  son  fils 
potxr  être  eunuque  de  son  sérail.  Cette  brutalité  fut 
bien  connue  des  Anglais,  qui  ne  jugèrent  pas  à  propos 
d'intervenir  ,  et  le  pauvre  homme  fut  obligé  de  sacrifier 
son  enfant,  afin  de  sauver  la  vie  de  son  frère.  Trois  des 
soldats  d'Ali  firent  feu  sur  un  des  officiers  anglais,  et 
le  blessèrent  grièvement  ;  on  n'en  tira  d'autre  ven- 
geance ,  que  celle  d'enfermer  les  assassins  à  Parga  ;  ils 
furent  ensuite  rendus  à  leur  maître  ,  qui  les  garda 
parmi  ses  troupes,  et  les  employa  sur  la  même  fron- 
tière qu'ils  avaient  souillée  de  ce  crime. 

Celte  étrange  indulgence  des  Anglais  ;  l'afïluence  des 
voyageurs  de  cette  nation  à  la  cour  d'Ali  ;  les  visites 
faites  à  ce  barbare  par  les  commissaires  de  Sa  Majesté 
Britannique ,  politesse  qu'il  ne  crut  pas  de  sa  dignité 
de  rendre;  tout  semble  confirmer  les  bruits  honteux 


qu'il  a  fait  adroitPinent  circuler,  sur  l'entier  dévoue- 
ment du  gonvenieiiient  anglais  à  ses  vues  ,  et  sur  les 
dons  par  lesquels  il  s'était  assuré  les  bons  offices  de 
tous  les  officiers  supérieurs  employés  dans  le  voisinage 
de  sesF.lats.  Il  a  poussé  l'audace  jusqu'à  faire  impri- 
mer ,  dans  ses  gazettes  ,  (|ue  sir  Thomas  Maitland  de- 
vait ù  sou  influence  d'avoir  reçu  l'ordre  du  Croissant , 
comme  récompense  de  sou  attachement  à  sa  personne 
et  aux  intérêts  de  la  Porte. 

Des  (jue  les  Parganiotes  commencèrent  à  prévoir 
qu'il  serait  possible  quV)n  les  remît  sous  le  joug  de 
leur  ancien  ennemi  ,  toutes  leurs  inquiétudes  se  ré- 
veillèrent ,  et  ils  adressèrent  une  pétition  très  pressante 
au  commandant  de  la  garnison  anglaise,  qui  répon- 
dit ,  en  mars  i8i-  ,  par  ordre  de  sir  Thomas  Maitland, 
que  ,  n'ayant  pas  encore  reçu  d'instructions  précises  de 
son  gouvernement,  il  ne  pouvait  leur  donner  aucune 
réponse  définitive;  mais  ,  qu'il  leur  promettait  formel- 
lement de  faire  tout  ce  qui  dépendrait  de  lui  en  leur 
faveur,  pourvu  qu'ils  ne  perdissent  pas  leurs  droits  à 
sa  protection  par  la  violence  et  la  révolte. 

La  substance  de  l'arrangement  fut  alors  générale- 
ment connue  ;  et  comme  personne  ne  doutait  ,  ni  ne 
feignait  de  douter  du  sort  qu'Ali  réservait  à  Parga , 
quand  elle  lui  appartiendrait  ;  l'humanité  et  rhonncur 
«les  commissaires  anglais  leur  suggérèrent  d'offrir  aux 
citoyens  qui  voudraient  s'expatrier,  un  asile  dans  les 
îles,  et  de  stipuler  qu'Ali  ,  au  nom  du  gouvernement 
turc  ,  paierait  une  certaine  somme  pour  les  terres,  les 
bàtimens  et  les  plantations  ajqiartenant  aux  émigrés. 
En  coiiséijucnce,  sir  Thomas  Maitland  autorisa  le  com- 
mandant anglais  à  montrer  une  lettre  dans  laquelle 
«  il  s'engageait  à  ne  céder  la  place,  que  lorsque  les 


SUR  PARGA  ET  SUR  ALI  PACHA.  27 

propriétés  de  ceux  qui  s'exilaient  seraient  paye'es  ,  et 
lorsqu'ils  seraient  enx-mêmes  transportés  dans  les  Iles 
Ioniennes.  »  On  publia  ensuite  à  Parga  une  proclama- 
tion ,  par  laquelle  le  gouvernement  anglais  prenait  les 
mêmes  engagpmens.  Ali  n'osa  s'opposer  ouvertement  à 
une  mesure  si  juste  ,  et  si  puissamment  soutenue  :  il 
nomma  Hamed  Bey,  pour  agir  en  qualité  de  commis- 
saire ,  et  pour  faire  l'estimation  des  biens  ,  de  concert 
avec  M.  Cartwright ,  désigné  par  l'Angleterre  ;  mais  il 
eut  recours  à  toutes  les  ruses  de  la  chicane  ,  et  à  tous 
les  subterfuges  ,  pour  empêcher  que  rien  put  se  con- 
clure. M.  Cartwright  s'adressa  au  commandant  anglais 
de  la  citadelle  ,  pour  avoir  une  idée  générale  de  la  va- 
leur des  possessions  qui  seraient  abandonnées  auxTurcs. 
Celui-ci  répondit ,  qu'en  supposant  que  le  peuple  entier 
dût  émigrer  ,  la  somme  s'élèverait  probablement  de 
400,000  à  5oo,ooo  livres  sterling.  Le  commandant  fiten- 
suite  visiter  et  estimer  les  terres,  les  maisons  et  les  pi  anta- 
lions:  il  se  trouva  que  la  somme  totale  surpassaitde  beau- 
coup le  prix  qu'il  avait  d'abord  fixé.  Cependant,  ou 
rejeta  ces  évaluations  ,  comme  ayant  été  faites  sans  au- 
torité directe,  et  on  supprima  un  peu  moins  d'un  tiers 
de  la  somme  totale.  Pendant  ces  négociations  ,  Ali  en- 
toura la  ville  de  ses  troupes,  insista  pour  faire  recevoir 
dans  l'intérieur  un  commissaire  avec  cinquante  hona- 
mes  de  cavalerie,  et  fit  non-seulement  tousses  efforts 
pour  séduire  la  populace  ,  pour  l'engager  à  se  révolter 
contre  la  garnison  anglaise  ,  et  à  l'admettre,  sans  con- 
dition ,  dans  la  ville  ;  mais  encore  il  proposa  à  quel- 
ques-uns des  plus  vils  citoyens  d'empoisonner  l'eau  et 
les  provisions  des  troupes;  se  vantant  publiquement 
qu'il  ne  paierait  pas  un  sou  de  ce  qu'on  lui  demandait, 
qu'il  saurait  bien  forcer  les  habitans  à  le  recevoir  ,  et 


a8  noticp: 

que  le  divan  élail  convenu  avec  sir  Ro])ert  T.islon  ,  anr— 
bassadour  anglais  à  (lonslaiitiiiople  ,  <1r  «loiincr  aux 
généraux  anglais  Co,ooo  louis,  pour  arrêter  le  projet 
d'émigration.  Ces  discours  répandirent  une  iiujnii'lnde 
et  une  terreur  si  gc-nérales ,  ((u'à  peine  se  frouvail-il  un 
Parganiote  qui  voulût  continuer  à  cultiver  ses  champs  ; 
la  plupart  vendirent  leurs  biens  à  d'avides  aventuriers, 
pour  un  prix  très  au-dessous  de  leur  valeur  réelle.  Les 
commissaires  se  réuiiireut  définitivement ,  en  juin  i8i(), 
ils  publièrent ,  chacun  de  leur  côté  ,  une  nouvelle  pro- 
clamation. Celle  des  .Vnglais  renfermait  la  promesse 
d'un  sauf  conduit  et  d'une  juste  compensation  de«i 
propriétés  qui  resteraient  aux  Turcs  ,  pour  ceux  qui 
voudraient  émigrer  ;  on  laissait  tous  ceux  qui  se- 
raient disposés  ù  prendre  ce  parti  ,  parfaitement  lilue.'- 
de  le  faire.  Celle  d'ITamed  I^ev  pressait,  au  contraire, 
les  citoyens  de  rester  dans  leur  ville  natale,  et  leur  ga- 
rantissait qu'ils  y  jouiraient  de  leur  liberté  et  de  leurs 
biens,  en  toute  sécurité  ;  mais  ,  lorsque  les  ofllciers  an- 
glais lui  demandèrent ,  ainsi  que  les  Pargaiiiotes  ,  d'aj)- 
poserson  nom  et  soil  cachet  à  cette  déclaration,  il  refusa 
positivement  de  le  faire  ,  sans  vouloir  expliquer  les 
motifs  de  ce  refus.  Après  que  ces  proclamations  eurent 
circulé  pendant  quelques  jours  ,  tous  les  citoyens  de 
Parga  furent  appelés,  un  à  un  ,  à  comparaître  devant 
les  commissaires,  et  on  les  somma  de  déclarer  solen- 
nellement leur  dernière  résolution  :  tous  répondirent 
<<  qu'ils  étaient  résolus  à  abandonner  leur  patrie,  plutôt 
que  d'y  rester  avec  déshonneur,  et  qu'ils  allaient  dé- 
terrer les  os  de  leurs  ancêtres,  afin  de  les  emporter 
avec  eux  ,  loin  d'un  sol  qui  ne  leur  appartenait  pins.  » 
Les  commissaires  continuèrent  alors  leurs  évalua- 
lions  ;  mais  ils  différèrent  bipntôt  d'avis  entre  eux ,  et 


SUR  PARGA  ET  SUR  ALI  PACHA.  -«, 

«vec  le  gouverneur;  en  conse'quence ,  ils  furent  dé- 
pouilles de  leurs  fonctions.  Ali  et  le  général  Maitland 
eurent  une  conférence  ,  en  octobre  1817  ,  à  la  suite  de 
laquelle  tout  demeura  suspendu  jusqu'au  mois  de  mai 
i8i8.  Un  nouveau  commissaire  fut  alors  nommé  par 
le  gouvernement  britannique  ;  et  tous  les  citoyens 
répétèrent  devant  lui  ,  et  devant  un  agent  d'Ali  ,  la 
ferme  détermination  oii  ils  étaient  de  laisser  leur  pa- 
trie. De  nouvelles  discussions  s'élevèrent  sur  la  ma- 
nière d'évaluer  les  églises,  les  édifices  publics,  et  les 
propriétés  appartenant  à  des  corporations.  Les  Parga- 
niotes  ,  qui  se  voyaient  réduits  à  la  plus  grande  dé- 
tresse, envoyèrent  au  parlement  anglais  un  exposé  de 
leur  situation,  avec  tous  les  renseignemens  nécessaires 
à  l'appui  ;  mais ,  comme  ils  n'avaient  point  remis  ces 
pièces  à  un  sujet  britannique  ,  la  personne  chargée  de 
cette  affaire  ne  se  crut  pas  suffisamment  autorisée  à 
la  placer  sous  les  yeux  du  parlement,  quoiqu'il  y  ait 
tout  lieu  de  croire  que  la  pétition  en  faveur  de  Parga  , 
qui  fut  lue  dans  les  chambres  ,  provenait  de  cette 
source  ;  d'autre  part ,  les  négociations  se  ralentissaient 
de  plus  en  plus.  Enfin,  au  mois  de  juin  i8rg  ,  le  géné- 
ral Maitland  déclara  que ,  vu  la  baisse  de  valeur  des 
propriétés,  par  suite  de  la  négligence  et  du  désesj)oir 
des  propriétaires,  la  compensation  qu'Ali  devait  payer 
au  nom  du  gouvernement  turc,  serait  réduite  à  la 
somme  de  142,425  livres  sterling;  et,  bientôt  après,  il 
avertit  les  citoyens  que  tout  était  prêt  pour  leur  trans- 
port dans  les  îles. 

Aussitôt  que  cet  avis  fut  donné ,  chaque  famille  sortit 
de  sa  demeure  ,  sans  larmes  et  sans  gémissemens  ;  les 
hommes  précédés  par  leurs  prêtres,  et  suivis  de  leurs 
enfans ,  s'acheminaient  lentement  vers  les  sépulcres  de 


3o  KoncF. 

leurs  pères.  Ils  délerrcreut  eu  silence  ces  ossetuens  pré- 
cieux ,  les  rassemblèrent  tous  ,  et  les  placèrent  sur  un 
immense  bûcher  qu'ils  avaient  élevé  devant  une  de  leurs 
églises;  ils  prirent  alors  leurs  armes,  et  mettant  le  feu 
au  bûcher ,  ils  demeurèrent  immobiles  à  contempler  ce 
lugubre  spectacle,  jusqu'à  ce  que  tout  fut  consumé. 
Pendant  ces  tristes  funérailles,  les  troupes  d'Ali ,  impa- 
tientes de  carnage  ,  s'approchèrent  des  portes  de  la 
ville  :  les  citoyens  envoyèrent  aussitôt  une  dc-putalion 
au  gouverneur,  pour  lui  dire  que ,  si  un  seul  infidèle 
pénétrait  dans  l'enceinte  des  murs,  avant  qu'ils  eussent 
mis  le  reste  de  leurs  ancêtres  à  l'abri  d'une  odieuse 
profanation  ,  et  qu'ils  se  fussent  embarqués ,  eux  et 
leurs  familles ,  ils  poignarderaient  à  l'instant  leurs 
enfans  et  leurs  femmes,  et  mourraient  les  armes  à  la 
main,  non  sans  s'être  cruellement  vengés  de  ceux  qui 
avaient  acheté  et  vendu  leur  patrie.  Cette  menace 
effraya  les  Anglais  à  qui  elle  s'adressait,  et  la  dernière 
volonté  de  ce  malheureux  peuple  fut  respectée.  Le  gé- 
néral Adam  parvint  à  arrêter  la  marche  des  Musul- 
mans ;  les  flammes  du  bûcher  s'éteignirent;  le  peuple 
s'embarqua  en  silence  ;  et  Parga  ,  libre  et  chrétienne  , 
devint  un  repaire  de  brigands,  de  renégats  et  d'esclaves. 

L.  S. 

Obsf.rvatiow. —  L'esprit  d'imp:irtiylif'>' qui  prrsulc  à  la  rédaction 
clcla  Revue EncyrlopiiUque,  noii>r;iit  undevoirdcparlnr  icid'iin ar- 
ticle sur  le  Dit?ai('  sujet,  qui  a  parti  dans  le  cahier  du  Quarlerly  Re- 
t'ievv,  de  mai  i8ao.  On  y  cherche  à  réfuter  quelques-uns  des  faits 
rapportes  dans  la  Revue  iT Edimbourg;  m.iis,  une  ironie  mordante, 
d<;s  insinuations  peu  généreuses  sujiplécnt  trop  souvent  aux 
preuves  «ju'on  ne  peut  donner.  Les  t\irg.iniofes  sont  représentes 
comme  uni-  poignée  «le  brigands,  d'un  raiMCtère  inquiet  et  que- 
relleur, ayant  tous  les  vices  des  sauvages  ,  et  possédant  à  peine 
quelqucs-uuea  de  leurs  rertus  grossières.  Kien  n'est  oublie'  pour 


SUR  PAKGA  F.T  SLR  ALI  PACHA,  3i 

.lilaiblir  rintérct  qu'inspire  la  situation  de  ci;  n!all,ieureux  peuple. 
Le  traite  de  1800,  conclu  entre  la  ilussic  et  la  Porte- Ottomane, 
annulé  à  plusieurs  époques,  par  la  force  des  circonstances,  est 
inis  en  avant  de  nouveau  pour  justifier  la  cession  de  Parga  aux 
Turcs  par  le  gouvernement  anglais  ,  tandis  que  les  preuves  con- 
vaincantes de  la  nullité  de  ce  traite  (i)  ne  sont  pas  combattues.  Les 
ministres ,  dont  ce  recueil  est  Torgane  ,  pre'tendcnt  n'avoir  jamais 
promis  aux  Parganiotes  la  protection  constante  de  la  Grande-Bre- 
tagne ,  mais  seulement  l'occupation  provisoire  de  leur  ville  par 
les  troupes  anglaises,  Ils  nient  également  avoir  souscrit  à  la  con- 
dition demandée  par   les  primats  de  Parga  dans  leur  déclara- 
tion ,  savoir  :  «de  faire /7a/f(7g-^r  à  Parga  le  sort  des  Iles  Ioniennes.» 
La  destinée  de  ce  petit  Etat  devait  être  réglée,  à  la  conclusion 
d'une  paix  générale  j    et  la  Porte  ajant  nommé  Ali  Pacha  pour 
en  prendre  possession,  les  agens  anglais  reconnurent  ses  pouvoirs, 
et  la  lui  remirent.  Cependant,  avant  d'en  venir  là,  ils  avaient 
jugé  prudent  et  juste  d'établir  des  commissaires  dont  les  évalua- 
tions différèrent  en  tièiement  de  celles  qu'avaient  faites  les  commis 
saires  d'Ali  ou  de  la  Porte.  Les  Parganiotes  estimaient  que  la  va  - 
leur  de  leurs  propriétés  se  montait  à  5oo,ooo  louis;  les  commis- 
saires ,  nommés  par  le   gouvernement  anglais  ,  la  jugèrent  de 
280,000   louis;    et  ceux  du   sultan   réduisirent  celte   somme  à 
56,^56  louis.  Malgré  une  telle  preuve  de  mauvaise  foi  et  de  cupi- 
dité ,  le  Quarterly  Reuiew  entreprend  de  justifier  le  caractère 
d'Ali  Pacha,  en  le  représentant  comme  un  bon  et  grand  prince, 
qui  a  beaucoup  amélioré  la  situation  de  ses  sujets,  dont  la  ca- 
pitale est  devenue  le  lieu  de  réunion  des  savans  et  des  Iiommes 
éclairés  de  la  Grèce  ,  etc..  Le  lieutenant-colonel  Bosset,  nommé 
commandant  de  Parga,  pendant  l'occupation  provisoire,  est  ac- 
cusé d'avoir,  par  son  incapacité,  élevé  les  espérances  des  Parga- 
niotes au  sujet  de  la  somme  qu'ils  avaient  à  toucher  pour  l'aban- 
don de  leurs  propriétés,  de  leur  avoir  inspiré  de  fausses  terreurs, 
et  d'être  en  partie  la  cause  du  départ  de  ce  peuple.   La  plus 
grande  faute  de  M.  de  Bosset,  aux  yeux  des  rédacteurs  du  Quar- 
terly Reuiew ,  est  sans  doute  d'avoir  donné  un  récit  exact  et  cir- 
constancié de  cette  odieuse  transaction  politique,  sous  le  titre: 

(i)  Voy.  ci-dessus,  pages  20,  ai  et  aa. 


3q  notice  SLR  PARGA  ET  SLR  ALI  PACHA. 
Ji^i'c'nemens  qui  se  sont  pam  t  a  Paii^a  ,  <  t  ditm  Us  lUs  Ionien- 
nes, avec  une  série  de  lettres,  et  d'autres  pièces  justiGcatives. — 
Froceedinffs  in  Pan^n  and  thc  lonian  IsLind,  nilli  à  séries  ofcor- 
respondfnce  and  olhcr  justijicalu'e  documents  ;  ouvrage  qui  est 
dejA  à  sa  seconde  édition. 

L'article  du  Quailerly  Hcuiew,  dicte  avec  toute  Tamertume  du 
resbintinient  que  doit  inspirer  aux  ministres  la  publicité  de 
toutes  les  circonstances  d'un  fait  aussi  généralement  comlamne  , 
ne  nous  a  semblé  contenir  aucune  re'futation  solide  de  ce  qu'avait 
avance  la  Reuue  d'Edimbourg.  Wous  eussions  accueilli  la  vérité, 
de  quelque  côte  qu'elle  fût  venue  j  mais,  si  l'ironie,  le  ridicule 
sont  des  armes  qu'on  peut  manier  avec  talent,  elles  parviennent 
rarement  à  convaincre.' 

L'n  négociant  anglais  vient  de  publier  une  brochure,  intitulée 
Estimation  des  profjiiclts  abandonnées  par  les  Parganiotes,  ou  Ré- 
fulalion  de  l'exposé  qu'en  a  fait  le  Quarterly  Rewiew,  dans  son 
N°  XLV  (i).  Ce  petit  écrit,  d'après  le  compte  qu'en  a  rendu  le 
AJonthly  jyjagasine ,  d'août ,  vient  à  l'appui  de  notre  jugement  ; 
I  combat  avec  succès  les  assertions  du  Quarlerly  Jici'iew ,  et 
prouve  que  l'estimation  des  commissaires  du  gouvernement  an- 
glais était  fausse  et  partiale;  de  sorte  que  chaque  individu  re- 
çut à  peine  moitié  de  la  somme  à  laquelle  il  avait  droit,  et  n'eut 
pas  même  cette  faible  compensation  de  ses  pertes  et  de  ses  sa- 
crifices. 

On  vient  de  publier  à  Paris  un  jietit  Précis  historique  sur  Ali 
Pacha  (in-8",  Delaunay,  libr.  i ,  qui  met  dans  un  nouveau  jour  la 
série  des  crimes  qui  ont  signalé  sa  earrière  politique.  Le  moment 
approche  où  ce  tyran,  i|ui  ne  dut  ses  succès  qu  aux  plus  noires 
perfidies,  aura  cessé  d'eseicer  sa  funeste  influence;  et  si,  à  sa 
place,  il  se  fût  trouvé  un  prince  généreux  ,  d'un  noble  caractère, 
digne  de  fixer  la  confiance  des  Grecs,  peut-être  il  aurait  eu  la 
gloire  de  présider  aux  grands  év('nenicns  qui  doivent  amener  tôt 
ou  tard  la  renaissance  ft  l'indépendance  de  la  Grèce.  L.  S. 


(»)  An  Estima  te  nflhe  propcrty  ahnn.tnrci!  hy  t/ir  Pari^aniotes  , 
in  RciuLition  of  a  sfatenniit  ,  in  IN"  \lA  ,  <>f  llie  Qiuirtci!)  iie- 
vicw.  by  a  Dritish  IMerclunt.  Londres,  ibio.  Lougmaa.  Prix, 
I  shcl. 


33 

SOCIÉTÉ    D'ENCOURAGEMENT 

POUR    L'INDUSTRIE    NATIONALE. 

SÉANCE  PUBLIQUE  DU  SECOND  SEMESTRE  182O. 

Observation.  —  Nous  avons  annoncé,  dans  notre  dernière  li- 
vraison ,  Tom.  VII,  pag.  636,  la  séance  publique  dont  nous  allons 
rendre  compte.  L'importance  des  re'sultats  obtenus  par  la  Société 
d'encouragement ,  et  l'utilité  des  produits  qui  ont  mérité  son  ap- 
probation, nous  ont  déterminés  à  in^liquer  à  la  fois,  dans  la  notice 
qui  va  suivre ,  les  prix  proposés  pour  les  années  1821  et  1822  ,  les 
prix  décernés  cette  année ,  enfin  les  principaux  objets  exposés 
dernièrement  dans  le  local  de  la  Société  ,  qui  attestent  les  pro- 
grès de  notre  industrie  et  les  nouveaux  services  qu'elle  rend  jour- 
nellement à  toutes  les  classes  de  citoyens. 

<  Le  6  septembre,  à  7  heures  du  soir,  la  Société  cV en- 
couragement pour  Vindustrie  nationale  s'est  réunie  ea 
assemblée  générale,  pour  procéder  à  la  distribution 
des  prix  que  son  conseil  d'administration  a  jugé  devoir 
être  décernés ,  cette  année. 

Le  rapport  sur  l'ensemble  du  concours  a  été  fait  par 
M.  Jo7nard ,  l'un  des  secrétaires  ,  niembre  de  l'Académie 
des  Inscriptions  et  Belles-Lettres. 

L'orateur  a  rappelé  tous  les  sujets  de  prix  que  la 
Société  avait  proposés  pour  1820,  et  qui  étaient  au 
nombre  de  dix-huit.  Malgré  la  grande  publicité  donnée 
aux  programmes,  grâce  ayx  soins  de  S.  Exe.  le  minis- 
tre de  l'intérieur  ,  secondés  par  le  zèle  de  MM.  les  pré- 
fets ,  parmi  les  questions  à  traiter,  onze  seulement  ont 
été  abordées,  deux  ont  été  complètement  résolues  ,  trois 
autres  l'ont  été  en  partie.  Plusieurs  des  auteurs  même 
qui  n'ont  pas  atteint  le  but,  ont  envoyé  des  Mémoires 
intéressans,  ont   fait  connaître  des  machines  et  des 

TOME   YUI.  3 


34  SOCltrE  DKNCOUKAGKMEINT 

procédés  ingénieux  qui  ne  seront  pas  sans  utilité  pour 

notre  industrie. 

D'après  les  conclusions  du  rappcirt  de  M.  le  sccrclaire, 
l'assemblée  a  délihcré  : 

1*.  De  remettre  à  V anm'e. prochaine  les  sujets  de  prix 
suivans  : 

Prix  pour  la  préparation  du  lin  et  du  chanvre  fr. 

San-  rouissage i,5oo 

Pour  une  niacliinek  raser  les  peaux  employées 
dans  la  cliapellerie l,ooo 

Pour  la  fabrication  du  fil   d'acier  propre  à 
faire  les  aiguilles  à  coudre 3,ooo 

Pour  la  teinture  de  la  laine  en  écarlate,  sans 
cochenille 6,000 

Pour  la  conservation  en  grand  des  substances 
aliajent.'iires 2,000 

Pour  la  découverte  ,  en  France ,  d'une  carrière 
de  j)ierres  propres  à  la  litliogr.nphie 600 

Pour  un  moulin  à  nétoyer  le  sarraein  ....         600 

2°.  De  remettre  à  Vanne'f  1822  le  prix  pour 
la  fabrication  des  niguilles G, 000 

Pour  l'application    de  la  machine   à  vapeur 
aux  presses  d'imprimerie.   .  - 2,000 

Pour  rétamage  des  glaces  à  miroirs  par  de 
nouveaux  procédés 2,^00 

Pour  la  fabrication  <lu  charbon  animal  avec 
d'autres  matières  «jue  les  os 2,000 

Pour  la  fabrication  de  la  colle  de  poisson.   .     2,000 

Pour  la    conservation   des  étoffes  de  laine  f 
des  ])elleteries  et  des  plumes 3,000 

Pour  la    construction    d'un   moulin    à   bras 

propre  à  écorcer  les  légumes  secs 1,000 

Total 33, 100 


POUR  L'INDUSTRIE  NATIONALE.  35 

3°.  De  retirer  du  concours  les  prix  qui  avaient  été 
proposés  pour  la  préparation  d'une  couleur  verte  prê- 
férabli'.  à  celle  de  Schtele  ,  et  pour  la  découverte  d'une 
boisson  saluhre  et  économique. 

Le  premier  de  ces  sujets  de  prix  a  été  supprimé,  par 
la  raison  que,  depuis  sa  promulgation,  le  problème  a 
été  résolu  par  des  personnes  étrangères  au  concours , 
et  que  nos  papeteries  sont  aujourd'hui  pourvues  de 
très  belles  couleurs  vertes,  notamment  celles  de  Paris, 
de  Strasbourg  et  de  Malhausen. 

A  l'égard  de  la  deuxième  question,  la  Société  a  jugé 
à  propos  de  la  remplacer  par  une  instruction  popu- 
laire, qui  contiendra  l'indication  des  recettes  reconnues 
les  meilleures  et  les  plus  praticables,  suivant  les  loca- 
lités, pour  préparer  ,  à  bon  marché,  des  boissons  saines 
et  agréables. 

Une  médaille  d'argent  a  été  décernée  à  M.  Donadci, 
D.  M.  à  Grasse  fVar),  pour  avoir  préparé  plus  de  2,000 
kilogrammes  de  lin  et  de  chanvre,  sans  employer  le 
rouissage;  méthode  pernicieuse,  surtout  dans  le  can- 
ton qu'il  habite. 

M.  Bouriat  a  lu  ensuite  ,  au  nom  du  comité  des  arts 
économiques,  un  rapport  sur  le  résultat  du  concours 
relatif  à  la  conservation  en  grand  des  substances  ali- 
mentaires^ d'après  le  procédé  de  M.  Appert. 

Deux  médailles  d'or,  de  5oo  fr.  chacune  ,  ont  été  dé- 
cernées :  l'une  à  M.  Appert  lui  -  m.ême  ,  l'autre  à 
M.  Quinton ,  de  Bordeaux. 

Le  but  de  la  Société,  en  proposant  ce  prix  ,  était  de 
répandre  l'usage  d'un  procédé  qui  ,  malgré  les  en- 
couragemens  donnés  à  l'auteur,  avait  été  négligé  en 
France ,  et  que  les  Anglais  paraissent  avoir  perfec- 
tionné, au  grand  avantage  de  leur  marine.  L'objet 

3* 


36  SOCIÉTK  DENCOURAGEMEKT 

principal  du  concours  est  rempli  ;  déjà  une  masse  assez. 
considérable  de  substances  alimentaires,  rendues  ,  pour 
ainsi  dire,  inaltérables  par  ce  moyen  ,  sort  de  divers 
établisscmens  qui  se  sont  formés  à  cet  effet  ;  la  marine 
française  commence  à  employer  ces  productions  natio- 
nales, et  le  commerce  à  les  transporter  dans  toutes 
les  parties  du  monde.  M.  yippert  a  pl-ouvé  par  ses 
registres,  qu'il  en  fournissait,  à  lui  seul,  pour  plus 
de  3o,ooo  fr.  par  an,  tant  à  la  consommalion  inté- 
rieure (ju'à  l'exportation.  — Ses  ateliers  sont  établis  à 
l'hospice  des  Quinze-Vingts. 

Mais  la  société  avait  exigé  que  le  pouls  des  substances 
conservées  dans  un  même  vase  ,  fût  au  moins  de  8  ou 
lo  kilogrammes.  Les  concurrens  n'ont  pu  vaincre  cette 
dijTiculté;  en  conséquence,  le  prix  a  été  ajourné  à 
l'année  1822. 

Sur  le  rapport  fait  par  'M.  le  chevalier  Tarbé  fie 
T'hait x-Clnirs ^  au  nom  du  comité  des  arts  mécaniques, 
le  prix  de  1000  fr.  proposé  j)Our  rinlrodaclion  des 
noria,  dans  le  centre  et  dans  If  nord  de  la  France ,  a 
été  adjugé  à  M.  Gâteaux,  mécanicien  à  Paris,  rue 
Saint-Victor,  n°  28.  Cet  artiste,  en  multipliant  ces 
machines  hydrauliques,  dont  l'invention  est  due  aux 
Arabes,  les  a  beaucoup  perfectionnées;  il  en  varie  la 
construction  suivant  les  besoins,  et  les  établit  à  1res 
bon  compte. 

M.  Joniard  a  fait  ,  au  nom  d'une  commission  spé- 
ciale ,  le  rapport  sur  le  prix  ayant  pour  objet  \ai  fabri- 
cation des  taj)is  de  pied  économiques.  Ce  prix  était 
de  I  ?.oo  fr.  ;  il  a  été  adjugé  à  M.  Chenavard ,  fabri- 
cant de  tapis  de  S.  A.  R.  Madame,  boulevard  iJ.iint- 
Antoine,  n"  65. 

Une  médaille  d'argent  et  une  mention  houorablc  out 


POUR  L'INDUSTRIE  NATIONALE.  37 

elé  décernées ,  pour  le  même  objet;  l'une,  à  M,  Jeanm'n, 
d'Autun,  (Saône-el-Loire) ,  l'autre  à  M.  Armoîivillc  , 
secrétaire  du  Conservatoire  des  arts  et  métiers. 

Les  tapis  pour  lesquels  M.  Clwnavard  a  mérité  le  prix 
reviennent,  au  minimum  ,  à  20  centimes  le  pied  carré, 
c'est-à-dire  ,  à  meilleur  marché  que  les  paillassons  les 
plus  grossiers  ;  ils  égalent  ces  derniers  en  solidité  et 
meublent  beaucoup  mieux. 

Quatre  nouveaux  sujets  de  prix  ont  été  proposés;  nous 
ne  ferons  aujourd'hui  qu'en  indiquer  les  titres;  plus  tard 
nous  en  publierons  les  2)rogrammes. 

Prix  pour  une   machine  à  travailler  j,  Termesju 

X  oommes.      con<-ours. 

les  verres  d'optique 2,5oof.     1821 

Pour  la  recherche  des  laines  les  plus 
propres  à  faire  des  chapeaux  communs  à 
poils 600        1822 

Pour  le  perfectionnement  de  la  fabri- 
cation des  cuivres  en  bâtons,  en  traits  et 
en  lames  ,  à  l'usage  des  tireurs  d'or.   .    .    i,5oo        Id. 

Pour  la  fabrication  du  papier  de 
feuilles  de  mûrier 3, 000        1827 


TOTAL 7,600 

Ces  prix ,  et  ceux  que  nous  venons  de  mentionner 
plus  haut ,  sont  indépendans  de  ceux  que  la  Société 
avait  proposés  dès  l'année  dernière  ,  pour  1821  et  1822; 
nous  croyons  devoir  les  rappeler  ici  : 

Prix  proposés  pour  Vannée  1821. 
Pour  la  construction  d'une  presse  hydrau- 
lique ,   destinée  particulièrement  à    exprimer 
l'huile  des  olives  et  des  graines  ,  à  pressurer  les  fr. 

raisins  et  autres  fruits,  etc 2,00a 


38  SOCII^yrÉ  DFNCOURAGKMEINT 

Pour  le  perfecf  ioniieine:it  des  luateriaux  em- 
ployés dans  la  gravure  en  taille-douce i,5o© 

Pour  la  fal)rication  du  <  uir  d'œin  re,  |i"  prix.      3,ooo 
façon  de  llussic (a' prix.      i,5oo 

Pour  la  découverte  d'un  métal  ou  alliage 
moins  oxidabic  que  le  fer  et  l'acier,  propre  à 
être  employé  dans  les  machines  à  diviser  les 
substances  molles  alimentaires 3,oor» 

Pour  la  découverte  d'une  matière  se  moulant 
comme  le  plâtre,  et  capable  de  résister  à  l'air 
autant  que  la  pierre ?.,ooo 

Pour  la  dessication    des  viandes 5i,ooo 

Pour  la  découverte  d'une  substance  végétale, 
soit  de  feuilles  naturelles  ou  préparées  ,  qui 
pourrait  remplacer  complètement  les  feuilles 
de  mûrier  pour  la  nourriture  des  vers  à  soie.    .      2,000 

Pour  la  construction  d'un  moulin  à  eau  ,  qui 
n'obstrue  pas  le  cours  des  rivières  ,  et  uc  nuise 
ni  à  la  navigation  ,  ni  au  flottage  ,  ni  à  l'irri- 
gation       3,000 

Pour  la    meillruro  instruction  élé-\ 
mentaire  et  pratique  sur  l'art  de  pcr-ï '"  prix.     3, 000 
cer  et  forer,  à  l'aide  de  la  sonde  du  j  3, pj.j^       ,  ^^^ 
mineur,  les  puits  artésiens j 

Pour  la  culture  comparée  des  plantes  oléagi- 
neuses        1,200 

Pour  un  semis  de  pins  du  Nord,  ou  de  pins 
de  Corse  ,  connus  sous  le  nom  de  laricio.    .    .    .      i,5oo 

Pour  un  semis  de  pins  d'Ecosse  (jpinus  rubrà).      i  ,000 

Prix  proposés  pour  Vannée  1822. 

pour  le  perfectionnement  de  l'art  du  b<»vaii- 
dier K.'io.. 


POUR  L'INDUSTRIE  NATIONALE.  39 

Pour  un  Mémoire  sur  les  avantages  de  l'é- 
lève des  moutons  à  laine  superfine ,  de  race 
d'Espagne,   et  sur    le  métisage   des  moutons  fr. 

indigènes  de  France 3oo 

Prime  pour  la  construction  d'un  mouHn  à 
moudre  et  à  concasser  les  grains,  qui  puisse 
être  adapté  à  toutes  les  exploitations  rura- 
les      4iO"<' 

Total 87,000 

Les  trois  sommes  réunies  forment  un  total  de  77,700 

Une  telle  munificence,  une  si  constante  sollicitude 
pour  les  besoins  de  notre  industrie  et  les  progrès  de 
nos  manufactures,  méritent  certainement,  au  plus 
haut  degré  ,  l'estime  et  la  reconnaissance  publiques. 

Nous  nous  félicitons  df»  pouvoir  seconder  les  vues  de 
celte  Société  éminemment  utile  ,  en  proclamant  ici  les 
noms  des  fabricans  et  des  artistes  qui  avaient  exposé 
leurs  produits  sous  ses  yeux,  dans  la  séance  dont  nous 
venons  de  rendre  compte. 

MM.  Nast  frères,  fabricans  de  porcelaine,  rue  des 
Amandiers  -  Popincourt ,  n°  8.  De  grands  vases,  une 
coupe  à  pied,  un  appareil  pour  distiller  à  froid,  et 
d'autres  objets  en  porcelaine  blanche  et  dorée  ,  d'une 
pfite  très  mince  et  très  légère.  On  connaît  la  pureté  des 
formes  et  le  bon  goût  d'ornemens  qui  distinguent  les 
produits  de  leur  manufacture. 

M.  Desprez,  sculpteur,  rue  des  Récolets ,  n"  2.  — 
Camées  à  l'instar  de  ceux  de  TVedgewood  ^  incrusta- 
tions en  cristal ,  échantillons  de  poterie  blanche  propre 
à  faire  des  creusets  ,  des  vases  de  cuisine ,  etc. 

M.  Le  Grosd'  Anizj'^rneân  Faubourg  Montmartre. — - 
Le  portrait,  ùe  grandeur  naturelle  ,  d'une  jeune  per- 


4o  SOCIÉTÉ  DENCOURAGEMENT 

sonne  ,  imprimé  sur  faïence  et  sous  émail.  Cet  objet 
appartient  à  M.  Lcmairc  Lizancourt ,  pharmacien  à 
Paris,  qui  avait  présenté,  en  même  teius  ,  une  fort 
belle  gravure  sur  cristal  ,  exécutée  chez  madame  I)e- 
sarnaud  ,  au  Palais-Royal. 

M.  Luton,  rue  du  Marché-Neuf,  n"  i4-  —  I^  ne  ins- 
cription sur  verre,  en  caractères  inaltérables  et  mo- 
biles. L'auteur  propose  l'emploi  de  ce  procédé  pour 
les  inscriptions  nominatives  des  rues  de  Paris.  Les  ca- 
ractères seraient  placés  dans  des  cadres  en  fonte  de  fer. 

M.  Hirsch ,  sculpteur,  rue  Porte-Foin,  n"  3o  ,  au 
Marais.  —  Un  grand  chapiteau  de  colonne  et  des  tro- 
phées en  carton  pierre. 

M.  Ga/'/ierfj",  doreur,  sculpteur ,  rue  Saint-Thomas  , 
n°  123.  —  Un  vase,  un  cadre,  etc.  ,  en  cartonnage 
doré. 

M.  Souillard ,  rue  des  Vicux-Auguslins ,  n°.j'-  — 
Plusieurs  camées  et  bas-reliefs  en  matière  plastique  de 
son  invention  ,  notamment  un  portrait  de  Sa  Majesté, 
ayant  l'apparence  de  l'ivoire  ,  et  l'imitation  d'une 
grande  agalhe  antique  représentant  une  apothéose. 

M.  /îe^,  marchand  de  couleurs,  rue  de  l'Arbre-Sec, 
n°  4^.  —  Des  échantillons  de  bitume  orlificiel. 

M.  ffcrncr,  ébéniste ,  rue  de  Grcnellc-Saint-Ger- 
main ,  n°  i?6.  —  l^n  fauteuil  doré,  un  in.ignifique 
secrétaire  en  bois  d'if,  à  trophées  militaires,  intérieur 
en  frêne,  acacia  et  prunier;  une  table  à  pied,  en 
frêne,  et  d'autres  meubles  en  bois  indigènes.  M.  Wcr- 
ner  est  un  de  nos  artistes  qui  traite  le  mieux  ce  genre 
d'ouvrages  ,  et  (jui  a  le  plus  contribué  à  le  faire  goûter. 
Il  a  reçu  ,  depuis  l'exposition  ,  des  commandes  consi- 
dérables pour  l'étranger. 

M.    Vauchelet  e\.  sœur,    rue    Chariot,   u"   j«),  au 


POUR  L'INDUSTRIE  NATIOP^ALE  4i 

Marais.  —  Un  grand  tableau  ,  des  écrans  ,  et  divers 
échantillons  de  velours  peints.  Ces  fabricans  soutien- 
nent la  réputation  que  s'était  acquise  feu  M  Vau- 
chclet ,  leur  père  ,  inventeur  de  ce  genre  de  peinture  , 
qui  s'applique  également  sur  la  soie  ,  le  colon  ,  la 
toile,  etc.  ;  les  couleurs  en  sont  très  solides,  ainsi 
qu'on  en  peut  juger  par  des  meubles  qui  existent,  sans 
altération,  depuis  neuf  à  dix  ans  ,  dans  les  palais  du 
Luxembourg  et  de  Trianon. 

M.  Chenavard ,  déjà  cité.  — Des  tapis  de  pied  et  de 
table  ,  de  grande  et  de  petite  dimension  ,  en  feutre  et 
en  papier  vernissés. 

M.  Juannin  (d'Autun) —  D'autres  tapis  ,  dits  de  Mar- 
cliaux  ,  fabriqués  en  poil  de  bœuf,  et  la  chaîne  eu  fil , 
au  prix  de  20  à  5o  centimes  le  pied  carré. 

M.  Annonville,  rue  de  Sèvres,  n°  8.  — D'autres  tapis, 
imitant  la  moquette,  à  raison  de  3o  cent,  le  pied  carré. 

M.  Gatino ,  rue  Saint-Jacques  ,  n°  3o3.  — Des  tissus, 
façon  de  cachemire  ,  très  bien  fabriqués. 

M.  Loiislcau  ,  rue  de  la  Boucherie  des  Invalides.  — 
Des  chapeaux  d'homme  et  de  femme  ,  des  shakos  en 
tissus  de  soie  et  coton  imperméables. 

M.  Janetj-,  orfèvre  ,  rue  du  Colombier  ,  no  21.  —  Vn. 
déjeuner,  et  divers  objets  de  bijouterie  en  platine, 
ornés  de  ciselures  en  relief  et  dorés. 

M.  Lelong ,  bijoutier,  rue  des  Colonnes,  n"  12.  ^ 
Colliers  et  chaînes  dites  du  Mexique  ,  en  or  et  en  ar- 
gent ;  camées  en  pâte  colorée  ,  de  son  invention. 

M.  Tourrol  aîné,  rue  Sainte-Avoie  ,  i\°  53.  — Une 
superbe  collection  d'objets  eu  doublé  ,  d'or  et  d'argent, 
tels  que  lampes  d'église  ,  soleils,  crucifix,- calices,  ai- 
guières, vases,  giraudolles,  seaux  à  rafraîchir ,  porte- 
liqueurs  ,  etc. 


4^  SOCIÉTÉ  D'KNCOURAGEMENT,  etc. 

j\I.  Pradirr ,  bijoutier  et  coutelier,  rue  Rourg- 
l'Abbé,  n°  ?.?..  —  Une  très  l)ellc  collection  d'ouvrages  eu 
nacre  do  perles  ,  en  Ire  autres  un  nécessaire  de  toilette, 
morceau  précieux  et  le  plus  cousidéral)le  peut -être 
qu'on  ait  jamais  exécuté  a\ec  cette  matière.  M.  Pra- 
dier  est  le  premier  qui  ait  fait  du  travail  de  la  nacre 
lin  ob;et  de  mamifacturc.  11  a  joint  à  celte  branche 
d'industrie  une  fabrique  de  rasoirs  ,  qui  a  déjà  pris  une 
grande  extension  ;  le  prix  et  la  qualité  de  ses  lames 
sont  les  mêmes  ,  quelle  ([ue  soit  la  richesse  de  la  mon- 
ture. 

M.  GoK'et ,  coutelier  du  Roi,  rue  Saint  -  Honore  , 
Do  i38.  —  Coutellerie  de  table  ,  perfectionnée  ,  rasoirs 
à  trempe  dite  pyromvlrique  invariahh'  ^  un  nécessaire 
dit  cosmopode ,  etc. 

M.  Lagesse  ,  serrurier,  Marché-d'Aguesseau  ,  no  5. 

—  Sculptures  en  fer,  annonçant  une  njain  très  exercée. 
M.  EngelnuiDU  ,  rue  Louis-le-Grand  ,  n»  5^.  —  Ihi 

album  lithographique ,  exécuté  parles  artistes  de  Sè- 
vres ;  souvenirs  pittoresques  du  général  Bâcler  d'All)e  ; 
deux  livraisons  du  voyage  pittoresque  ct  romantique  de 
l'ancienne  France. 

M.  yilnys  Sciicfcldor ,  rue  Servandoni.  —  Cartons 
lithographfqidc.i ,  diverses  épreuves  de  ce  nouveau  pro- 
cédé de  gravure;  presse  portative ,  du  même. 

M.  Dcgcrnon  ,  professeur  d'écriture  ,  rue  Si.-André- 
des-Arts  ,  n"  i?..  —  I  n  modèle  de  pupitre  dit  in  t  ifio- 
grajthc  ,  ;i  l'usage  des  coiiimençaus,  des  aveugles,  et 
des  personnes  qui  veulent  écrire  la  nuit.  Cet  inslrunjent 
est  très  propre  à  faciliter  renseignement  de  l'écriture. 

M.  Godi'n  ,  mécanicien  et  fabricant  ,  rue  Poliveau. 

—  Modèles  'l'une  machine  dite  l.i'irr  hydrnulifjiie  y 
propre  il  clevcr  le*  eaux  ,  à  dessécher  les  marais,  etc. 


L'EGYPTE,  DITHYRAMBE.  43 

-^  Pain  fie  sucre  de  betterave ,  raffiné  dans  son  éta- 
blissement situé  à  Chalot-Saint-Marc ,  près  Etampes. 

M.  Bordier-Marcet.  —  Un  nouveau  fanal  portatif, 
nommé  par  l'auteur ,  sj'dus  Tiaval ,  et  applicable  au 
svstcme  de  télégraphie  nocturne  et  diurne.  M.  Bor- 
dier  vient  d'obtenir  un  brevet  d'invention  pour  cet 
appareil. 

M.  Picard^  de  Piouen.  — Un  scaphandre  en  liège, 
dont  le  mérite  consiste  dans  sa  simplicité ,  et  dans  la 
modicité  de  son  prix  (6  fr.  )  qui  permet  de  multiplier 
l'usage,  jusqu'à  présent  peu  répandu  ,  de  ce  moyen  de 
sauvetage. 

Cette  exposition,  où  l'utile  et  l'agréable  se  trou- 
vaient réunis,  a  eu  des  résultats  très  avantageux  pour 
la  plupart  des  fabricans  et  des  artistes  qui  l'ont  em- 
bellie de  leurs  produits. 


b 


'vv^'W\'vv\tw\'VV^'W\'VV\vv\'W\/\/V\'VV\'W\^** 


POESIE. 


L'EGYPTE,  DITHYRAMBE, 

Par  M.  Joseph  Agoub  ,  jeune  Égyptien  (i). 

Saint  auT  plus  anciens  monurafns  qui  soient 
sortis  de  la  main  des  liommesl 

Satart;  Lettres  sur  l'Egypte. 

Eh  quoi!  j'ai  vu  les  enfans  de  Lutèce 
Exiiiimer  du  sol  de  la  Grèce 
Ses  dieux  et  ses  arts  c'clipse'sî 


"  (t)  Quoique  fe'tendue  do  notre  plau ,  l'al)ondanc'!  toujours 
croissante  des  articles  et  des  matériaux  de  tout  ginre,  fournis 
par  nos  collaborateurs  et  nos  corrf'spoodans,  et  le  caractère  ne- 
cessMircmcnt  un  peu  e;rave  de  ce  recueil,  nous  aient  fait  c'carler 
jusfju'à  présent  de  uotre  section  Ae,<i  Mémoires ,  JYotires  et  A/é- 
fani/es!,  difl'erentes  pièces  de  yers  qui  nous  avaient  c'te  adressées. 
le  Ùithjrambe  sur  U Egypte  nous  a  semble,   par  deu.x  mo'ifs, 


44  L'r;G\TTE . 

Je  les  ai  tus  ,  avides  d'harmonie. 
De  la  Ij le  de  Polj mnie 
Rassembler  sous  leurs  doigts  les  débris  dispersas. 

Et  rappeler  aux  vierges  d'Aonic 

Les  plus  beaux  jours  de  leurs  règnes  passés!... 
Et  moi!  moi,  qui  naipiis  sur  des  rives  brillantes, 

Enfant  du  INil ,  quand  je  sens  daBS  mon  sein 
Circuler  tous  les  feux  du  soleil  africain!... 

Quand  mon  sang  boi^t  dans  mes  veines  ardentes , 

Je  me  tairais!...  Esclave  des  loisirs, 
Je  n'aurais,  hôte  ingrat,  porte  sur  ces  rivages 
Qu'une  vie  indolente  et  de  l.lciies  désirs?... 
INon,  non!  «l'un  .•^oit  plus  noble  affrontons  les  orages: 
O  loi,  qui,  de'G.int  les  destins  et  les  âges. 
De  tant  d'empires  écroulds, 

Seule  debout,  as  compté  les  naufrages! 

Mère  des  dieux  ,  des  héros  et  des  sages, 
Ét.TPTEÎ...  à  ton  nom  seul,  tous  mes  sens  sont  troublés, 
ïu  remplis  mon  esprit  de  sublimes  images: 
Le  passé  se  réveille  ;  et  des  tems  écoulés 
Se  dressent  devant  moi  les  ombres  mémorables.... 
Je  vois  sur  le  sommet  de  tes  tours  vénérables, 
Quarante  siècles  assemblés  ! 

Mon  ame,  à  cet  aspect ,  soudain  s'est  agrandie.... 
Eh  bien!  puisqu'il  est  vrai  que  tu  fus  ma  patrie. 
Egypte,  inspire-moi!  Dans  l'un  de  tes  eufaus  . 

Viens  attester  ton  antique  génie! 
Viens  de  tes  souvenirs  me  prêter  l'énergie..- 
Reprends  ton  sceptre,  Egjptc,  et  règne  dans  mes  chants! 


nuTitrr  luic  exrp|ition.  n'a!i«i<l,  l;mlcur,  M.  Josmi  Ar.orn , 
est  lin  jeun»'  l"'i;>  plicn  ,  natif  du  (îianH-liaire  venu  à  ^Marseille 
avec  sa  famille,  à  la  suite  de  l'f\péililion  Irançai  e;  il  est  frèrr 
d'un  «les  bi uvi's  «pii  ont  sev\  i  «lans  nos  arm«-es ,  et  le  jonchant  «|ui 
le  poilc  ;'i  ruitivi^r  notre  littérature,  mérite  des  «•nrouiagi'ra«'n'.  ; 
en  •-(.(•i.ntl  lnu,  nous  avons  citi  renian)uer  ,  dans  c«'tle  produc- 
tion di;  '8  niuNi* ,  la  prcniière  <(ui  soii  soumise  a  re\anien  iniblie  , 
biaiiciHip  ,de  vers  heureu.'; .  qui  sont  le  fruit  «le  nobles  luspua- 
tious.  M.  A.  J. 


DITHYRAMBE.  45 

Jadis,  par  ses  beaux-arts,  son  exemple  et  sa  gloire, 

La  Grèce  instruisit  Rome,  et  Rome  l'univers; 

Mais  qu'eût  été,  sans  toi,  la  Grèce  et  sa  mémoire? 

Elle  dormait  encore  au  fond  de  ses  déserts  : 
L'obscurité ,  l'ignorance  profonde 
L'enveloppaient.  Tu  parles —  à  ta  voix 
Paraît  Cécrops ,  sortant  du  sein  de  l'onde  j 

Il  lui  porte  tes  dieux ,  ta  sagesse  et  tes  lois  : 

La  Grèce  alors  naquit  ;  et  tu  fus  à  la  fois 

La  mère  de  l'Attique  et  l'école  du  monde. 

Sous  ton  char  triomphal ,  que  de  sceptres  brisés! 
Tu  foulais,  en  marchant,  les  trônes  écrasés; 

Et  quand  de  l'orgueilleuse  Athènes 
Humble  et  fragile  encor  s'élevait  le  berceau. 
L'univers  admirait  tes  pompes  souveraines  ; 
A  ton  front  colossal  s'attachait  le  faisceau 

De  foutes  les  grandeurs  humaines! 
Ta  gloire  luit  encore  à  travers  le  tombeau  : 
Sur  la  plage  déserte,  où  tes  sables  s'agitent. 

Que  de  peuples  évanouis  ! 
Ils  passent,  ton  nom  res^'e;  ils  meurent,  tu  survis! 
Les  siècles  conjurés  en  vain  se  précipitent 

Et  s'acharnent  sur  tes  débris.... 

Faibles  assauts!  rage  inutile  ! 

La  faulx  ,  la  faulx  même  du  tems  , 

Qui  s'étonne  d'être  fragile  , 
Frappe  et  se  brise  :  assis  sur  ses  vieux  ossemens, 

Ton  cadavre  reste  immobile  ! 
De  nombreuses  cités ,  des  royaumes  puissans 
Ont  péri  comme  toi;  mais  d'éternelles  ombres 

Ont  dévoré  leur  souvenir; 
Et  leur  vaste  tombeau  n'a  pu  t'ensevelir!... 
Ta  tête,  soulevant  le  fardeau  des  décombres  , 
Se  dresse  et  parle  encore  aux  siècles  à  venir- 

Hélas!  si  de  ta  gloire  absente 
Ainsi  brille  à  nos  yeux  la  deraière  lueur  i 


4G  LÏCGYPTEi 

De  celle  gloire,  aux  jours  de  la  granJenr, 
Quand  lu  rj'giiais,  Jieurcusc  et  triompluiite , 
Quelle  dul  êlrc  la  splendeur! 

Jadis  ,  sous  tes  temples  antiques  , 
Les  Rois  venaient  s'asseoir  à  les  solennités; 
On  nVnlrnl  plus  la  voix  de  tes  ftUes  publiques  ; 
El  la  fange  a  couvert  tes  muettes  cites! 

Ali!  sur  le  front  de  tes  portiques  , 
Quand  tes  prêtres  {jravaicnf  des  emblèmes  magiques  , 
Durant  ces  premiers  jours  de  'es  prospérités  , 
Ils  confi.iient  sans  doute  aux  burins  prophétiques 

Tes  futures  calamités! 

C'en  est  fait  :  de  leurs  mains  barbares, 
Une  horde  de  vils  Tartaies 
Ont  mufilc  tes  immortels  débiis. 
Le  Kil,  sous  le  croissant,  roule  une  onde  servile! 
Frappés  de  leur  sceptre  stérile, 
Tes  ombrages  se  sont  flétris; 
Ta  sur  tes  murs  insolemment  assis, 
Ils  outragent  encor,  dans  son  dernier  asile, 
La  cendre  éteinte  de  Mcmphis  (i). 

Ég)'pte  !  ô  reine  infortunée! 
Pleure,  i)leure  à  jamais  tes  cnfans  au  cercueil  : 
Tes  cnfans  ne  sont  plus;  ta  gloire  est  détrônée; 
Et  la  pourpre  des  Rois,  dans  ta  main  consternée, 

Se  change  en  funèbre  linceuil! 

Hélas!  qii'as-tu  fait  de  tes  charmes? 
Où  sont  ces  mille  amans,  qui  flattaient  ton  orgueil? 
A  ton  chant  nuptial  succède  un  chant  de  deuil  ; 
Et  tes  ris  passager.^  ont  fait  ]dacc  à  tes  larmes. 


,i)On  raconte  que  les  'l'urcs  ont  fait  f.iire  des  fouilles  dans 
quelques-unes  des  pyramides,  croyant  y  trouver  des  trésois 
i.achés. 


DITHYRAMBE.  4, 

Partout,  autour  de  toi,  s'élève  un  cri  de  mort- 
Contre  tes  ravisseurs  vainement  tu  uiurmures  : 
Veuve  de  tes  liëros  et  victime  du  sort , 

Qui  désormais  vengera  tes  injures? 
Qui  te  rendra  Tempire,  à  ton  berceau  promis. 
Et  ce  règne  des  dieux,  fonde'  par  Osiris?,...  (i^ 
Ton  sein,  depuis  long-teras  flétri  par  ses  blessures, 

Ne  produit  que  d'indignes  fils 

Sortez  de  la  tombe  poudreuse, 
Réveillez-vous  ,  mânes  de  Sésostris! 
Secouez  du  trépas  la  nuit  injuriruse; 
Et  montant  du  cercueil  jusqu'au  trône  des  airs, 

Que  votre  ombre  majestueuse 

Plane  encore,  victorieuse, 

Sur  les  cités  et  les  déserts! 

Du  Musulman  les  cohortes  avides 

Au  INil  esclave  ont  imposé  des  fers! 

Mânes  libérateurs  ,  tonnez  sur  ces  pervers  ! 

D'un  souffle  renversez  leurs  phalanges  timides; 

Et,  debout  sur  les  pyramides, 

Dictez  des  lois  à  l'univers!.... 

Mais  hélas  !  en  quels  vœux  mon  ivresse  s'égare? 
Dans  l'étemelle  nuit  les  héros  descendus 
A  la  patrie  en  pleurs  sont-ils  jamais  rendus? 
De  leurs  mânes  conquis  l'Erèbe  est  trop  avare  ; 
Et  les  cris  des  vivans  n'y  sont  point  entendus! 

Joseph  Agoub. 
» 

(i)  Ce  vers  fait  allusion  à  l'époque  où  ,  selon  d'anciennes  tra- 
ditions ,  l'Egypte  fut  gouvernée  par  des  dieux. 


IL  ANALYSES  D'OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

Voyages  paws  la  Guamje  -  Bretaoe  ,  entrepris 
relativement  aux  services  publics  de  la  i^uerre , 
de  la  marine  et  des ponts-et-chaussées ^  etc.  ;  par 
M.  Ch.  Dlpin,  membre  de  f Institut,  elc. 

Prcwii^rc  punie.  —  1  okck  mii.itaike. 

(«ECoitD  Anxicn lAmles  et  trawaux  militaires. — Voy.  ci-dessus, 

T.  VII ,  pag.  69.  ) 

L'ÉTAT  (l'un  art  ,  au  inoment  où  on  l'observe,  est 
l'ensemble  des  connaissances  accjuises  sur  cet  art  ,  et 
de  leurs  applications.  Ces  connaissances  ne  sont  pas 
reparties  également  entre  les  peuple»  ;  tous  les  arts 
peuvent  s'enrichir  par  des  importations  aussi  bien  que 
par  des  découvertes  ou  des  inventions.  Réunir  leurs 
élémens  épars  ,  surmonter  les  obstacles  que  les  dis- 
tances et  quelques  intérêts  opposent  ù  la  formation 
de  l'ensemble  ,  c'est  à  coup  sûr  un  travail  bien  digne 
de    l'estime  et  de  la  leconnaissance  publi(|ues. 

Un  art  ne  peut  atteindre  sa  perfection  ,  (|n'en  Aclic- 
vanl  la  découverte  de  ses  principes  et  de  ses  procé- 
dés. Si  des  circonstances  heureuses  l'ont  porté  jus([u'à 
celte  limite  de  ses  progrès  ,  il  faudra  ,  ])our  l'y  main- 
tenir, que  toutes  les  connaissances  ac(juises  soient 
rédigées  et  transmises  par  l'enseignement.  Celle  con- 
dition ,  rigoureusement  nécessaire  pour  ne  p.'is  des- 
<:ondre  ,  ne  l'est  peut-être  pas  moins  pour  s'élever  jus- 
qu'au sommet. 


SCIHNCES  PHYSIQUES.  49 

tn  tout  ce  qui  est  du  ressort  de  l'intelligence  et 
<3e  l'industrie,  nous  sommes  encore  bien  éloignés  de 
la  perfection.  Il  suffit,  pour  s'en  convaincre,  de  re- 
marquer l'influence  prodigieuse  de  chaque  décou- 
verte, les  changemeus  qu'elle  opère  dans  l'art  qu'elle 
enrichit  ,  et  dans  la  situation  de  ceux  qui  l'exercent. 
Ou  voit,  par  exemple,  que  les  fabricans  assez  heu- 
reux pour  s'assurer,  durant  quel  (ue  tems,  la  possession 
exclusive  de  quelques  procédés  nouveaux  et  moins 
imparfaits  ,  laissent  bien  loin  derrière  eux  tous  ceux 
qui  sont  réduits  aux  procédés  vulgaires.  Or  ,  à  mesure 
qu'un  art  approche  de  sa  perfection  ,  ses  progrès  ulté- 
rieurs sont  de  moins  en  moins  importans,  et  finissent 
par  ne  produire  aucun  eftet  sensible.  Alors,  les  prati- 
ques des  manufactures  peuvent  varier  dans  une  cer- 
taine latitude,  sans  que  l'on  aperçoive  aucune  diffé- 
rence entre  les  ouvrages  fabriqués.  Telle  est  Ja  pro- 
priété caractéristique  des  limites  ,  et  la  perfection  est 
incontestablement  une  limite.  Jusqu'à  présent,  cette 
méthode  de  raisonnement  paraît  confinée  dans  les 
écrits  des  géomètres  ;  il  serait  tems  de  l'introduire 
dans  les  recherches  sur  l'économie  politique. 

Faut-il  désirer  que  l'art  de  la  guerre  se  perfectionne? 
Quels  que  soient  les  progrès  qu'il  aurait  faits  ,  ses  ré- 
sultats n'en  seront  pas  moins  un  malheur  pour  les 
vaincus  ,  et  produiront  rarement  quelque  bien  réel 
pour  les  vainqueurs.  Mais,  comme  ces  progrès  ,  utile* 
ou  funestes,  sont  l'effet  inévitable  de  la  marche  du 
tems  et  «'e  l'activité  de  l'esprit  humain  ,  il  ne  serait  ni 
honorable,  ni  siir  de  les  négliger.  Chaque  peuple  a  donc 
le  plus  grand  intérêt  à  compléter  ses  connaissances 
sur  l'art  de  la  guerre,  à  chercher  au-dehors  celles  qui 
lui  manquent ,  à  ne  se  laisser  devancer  dans  aucune 
TOME  viii.  4 


r*  SUEKCES  PIlYSIQL'Kb 

des  parties  de  cet  art ,  sur  Irquel  se  fonilent  essentiel- 
lement l'honneur,  rindependanre  ,  et ,  par  conséquent, 
la  prospérité  des  nations. 

TeTs    sont  1rs   motifs   qui    conduisirent  INF.    Charles 
Dupiii  en  Angleterre  ;  tel  est  le  service  qu'il  a  voulu 
rendre  à  sa  patrie,  en   recueillant  chez  l'étranger  des 
moyens  do  force  et  de  sécurité  pour  la  France  ,  depuis 
une    époque  désastreuse  ,  et  dans  des   tcms  qui    n'ont 
pas  toujours  été  prospères.  M.  Dupin  n'a  donc  pas  cessé 
de  croire  à   un  meilleur  avenir  I  II  est  du  nombre  des 
savans  qui  honorent   les  sciences  par   le  noble  usage 
qu'ils  en  font  ,  et  des  Français  qui  consolent  la  patrie  , 
en  luttant  avec  courage,  sans  jamais  désespérer  d'elle. 
Suivant  ce  que  M.   1).  nous  apprend  sur  les  écoles 
militaires  de  la  Grande-Bretagne,    l'instruction   des 
soldats  de   toutes  les    armes  y  est  très  bonne  ;    mais 
celle  des  olficiers  n'y  est  pas   encore  poussée  aussi  loin 
qu'en  France.  Pour  assigner  les  causes  de  cette  diffé- 
rence ,  il  faudrait  suivre  chez  les  deux  peuples  l'histoire 
3es  institutions  militaires.  Les  nôtres  se  ressentent  en- 
core du  tems  oii  l'on  surmontait  tous  les  obstacles, 
soit  à  force  de  talens  ,  soit  ù  force  d'hommes  :  à  cette 
époque,  il  eût  été  fort  inutile  de  préparer  pour  les 
jeunes  soldats,  une  éducation  dont  ils  n'avaient  jamais 
le   tems  de  profiler.    Quant  aux    emplois  d'olliciers  , 
on  lc6  obtenait  par  des  études  profondes  ,  ou  par  des 
jetions  d'éclat.  Aujourd'hui  ,  les  programmes  de  nos 
écoles  ne  sont  pas  changés  ;  oti  pourrait  mémo  y  ajou- 
ter encore,  s.ins  rebuter   la  jeunesse  qui  se  destine  à 
la  carrière  des  armes.  Il  nous  reste  donc  à  profiter  de 
la  paix  durnblc  dont  noi'S  jouissons ,  pour  donner  aux 
soldats  une  éducation  plus  complète  ,  cflacer  toutes  les 
traces  de  celle  ignorance  que  nos  longues  guerres  y 


SCIENCES  PHYSIQUES.  Si 

ont  introduites,  en  conservant  cependant  avec  soin  les 
sources  abondantes  d'instruction  que  ces  guerres  nous 
ont  fait  de'couvrir. 

Ou  lit  avec  intérêt  les    notions  étendues  que  M.  D. 
nous  donne  sur  les  exercices  de  la  cavalerie  et  de  l'in- 
fanterie ,  sur  les  armes  portatives,  sur  leur  fabrication 
et  leurs  épreuves.  Au  sujet  du  fusil  anglais  ,  il  joint  à 
ses  propres    observations  celles  d'un  excellent  juge, 
M.    le  colonel   d'artillerie  Cotty.   Les  articles   sur  la 
poudre  de  guerre  et  sur  les   fusées  à  la  Congrève  atti- 
reront puissamment  l'attention  des  lecteurs  ,  militaires 
ou  non.  L'expérience  n'a  pas  encore  prononcé  défini- 
tivement sur  les  effets  de  ce  projectile  :  peut-être  faut-il 
en  dire  ce  que  Franklin  disait  des  aérostats  ,  lors  des 
premières  expériences  :  C'est  V  enfant  qui  vient  de  naître. 
L'auteur  a  consacré  un  livre  tout  entier  aux  bouches 
à  feu,  et  personne  ne  pensera  que  ce  soit  trop.  On 
regrettera,  au  contraire ,  qu'il  n'ait  pas  eu  l'occasion 
d'étendre  encore   davantage  ses  observations  sur  un 
sujet  aussi  important  et  aussi  difficile.  Jusqu'à  présent , 
les  militaires  artistes ,  qui  en  ont  fait  l'objet  de  leurs 
méditations  ,  n'ont  trouvé  que  peu  de  secours  dans  les 
théories  mathématiques  ;  et ,  d'un  autre  côté ,  les  ex- 
périences ne  fournissent  pas  encore  assez  de  faits  bien 
constatés  ,  assez  de  données  certaines.  Les  progrès  de 
l'art  dépendent  donc  encore  ,  au  moins  en  partie  ,  du 
génie  inventif  des  artistes.  On  peut  bien  résoudre  les 
questions  relatives  à  la  forme  ,  aux  dimensions  et  à  la 
.matière  des  bouches  à  feu  :  mais  les  recherches  sur  le 
poids  de  ces  armes,  sur  les  affûts,  sur  les  attelages  ,  etc. , 
'  ne  sont    pas  encore  éclairée»  par   des   connaissances 
aussi  positives.  M.  D.  recueille  avec  soin  celles  qui  sont 
le  fruit  de  ses  travaux  et  de  ses  voj'ages,  et  celles  cpn 

4* 


52  SCIENCKS  PHYSIQUKS. 

lui  ont  été  communiquées  par  des  officiers  d'arlilleric 
dont  le  nom  suffit  pour  inspirer  la  confiance  ,  MM.  les 
chefs  de  bataillon  Forceville  et  Parizot. 

Les  trois  derniers  chapitres  de  ce  livre  sont  un  traité 
complet  sur  la  mesure  de  la  vitesse  initiale  des  projec- 
tiles par  le  pendule  hallistique,  et  par  un  appareil  à 
disques  tournans.  M.  D.  rapporte  que  les  expériences 
laites  à  Wolwich  ,  avec  ces  deux  instrumens  ,  se  sont 
montrées  d'accord  :  il  en  conclut  que  ,  lorsque  l'appa- 
reil des  disques  sera  parfaitement  régularisé,  en  fai- 
sant, dans  le  même  tems  et  dans  le  même  lieu,  les 
épreuves  du  tir  avec  cet  appareil  et  avec  le  pendule 
ballistique,  les  résultats  observés  avec  l'un  serviront 
de  preuve  aux  expériences  de  l'autre.  Peut-être  serait-il 
encore  plus  utile  d'adopter  pour  ces  expériences  deux 
instrumens  dont  les  erreurs  pussent  être  en  sens  con- 
traire, et  se  compenser  réciproquement;  ce  qui  ne 
peut  arriver  avec  les  appareils  dont  il  s'agit,  parce 
qu'ils  indiquent  l'un  et  l'autre  des  vitesses  un  peu  trop 
petites. 

M.  D.  décrit  ensuite  les  travaux  des  parcs  et  des 
arsenaux  d'artillerie.  Cette  partie  de  son  ouvrage  doit 
l'Ire  lue  et  méditée  par  tous  ceux  qui  construisent  ou 
qui  emploient  des  machines.  Ne  craignons  pas  de  l'a- 
vouer: dans  quelques  arts, et  dans  quelques  parties  de 
la  France,  les  progri-'s  sont  beaucoup  trop  lents.  Pour- 
quoi, par  exemple ,  les  scieries  des  Vosges  sont -elles 
encore  dans  un  état  d'imperfection  qu'on  ne  trouve 
plus  ailleurs?  Nulle  proportion  entre  la  force  motrice 
et  l'effet  utile;  une  voie  de  scie  d'une  largeur  déme- 
surée ;  une  destruction  txcessive  de  bois  que  la  ma- 
cliinc  réduit  en  poussière,  etc.  Nous  ne  manquons  re- 
pendanl  ni  de  bons  écrits  sur  les  scieries  ,  ni  de  modèles 


SCIENCES  PHYSIQUES.  53 

ie  bonnes  machines  de  cette  espèce.  Espérons  que  le 
livre  de  M.  Dupin  ne  sera  pas  ajouté  à  la  masse  de  ces 
richesses  trop  souvent  enfouies  pour  nous ,  mais  non 
pas  pour  nos  voisins^,  qui  savent  fort  bien  les  exploi- 
ter à  leur  profit.  Nous  en  avons  la  preuve  sous  les  yeux, 
dans  l'ouvrage  de  M.  Dupin  :  les  scies  circulaires  et  la 
presse  hydraulique  sont  incontestablement  d'origine 
française.  La  première  machine  pour  dresser  des  sur- 
faces planes,  par  le  mouvement  de  rotation  ,  est  aussi 
de  l'invention  d'un  Français. 

M.  D.  termine  son  ouvrage  par  la  description  des 
travaux  du  génie  militaire  de  la  Grande-Bretagne.  Il 
nous  fait  connaître  les  fortifications  de  Douvres  ,  de 
Chattam,  de  Portsmouth,  les  ouvrages  pour  la  défense 
des  côtes,  la  construction  des  casemates  et  des  maga- 
sins à  poudre.  D'après  ces  détails  sur  l'état  de  l'art  de 
la  fortification  en  Angleterre,  on  voit  pourquoi  les 
Anglais  ont  confié  à  des  Français  l'enseignement  de  cet 
art  dans  leurs  Ecoles  militaires. 

Le  dernier  chapitre  traite  des  pontons  anglais.  On  y 
remarquera  la  description  des  ponts  de  tonneaux,  dont 
l'invention  n'est  pas  nouvelle,  mais  qui  a  reçu  en  An- 
gleterre quelques  perfectionnemens  assez  importans. 

Un  atlas  de  planches  très  bien  faites,  et  clairement 
expliquées  ,  complète  le  travail  de  M.  Dupin  ,  et  ne 
laisse  rien  à  désirer,  soit  pour  la  satisfaction,  soit 
pour  le  profit  du  lecteur. 

Revenons  un  moment  sur  l'ensemble  de  ce  travail. 
L'auteur  nous  a  promis  de  mettre  sous  nos  yeux  tout 
ce  qu'il  a  recueilli  sur  les  services  publics  de  la  guerre, 
de  la  marine  et  des  ponts-et-chaussées,  et  il  commence 
par  ce  qui  est  relatif  à  la  force  militaire  ;  il  traitera 
ensuite  de  la  force  navale,  et  finira  par  les  services  ci- 


54  SCIENCES  PHYSIQUES. 

\ils.  Mais  celte  distribution  des  matières  ne  lui  fait 
jamais  perdre  de  vue  les  relations  de  ces  services  entre 
eux,  et  il  nous  fait  roniarqucr  ces  relations  dans  tous 
les  sujets  qui  peuvent  les  manifester.  Cette  extelleute 
méthode  d'observation  n'cst-elle  pas  ,  au  moins  en  par- 
tie ,  le  résultat  de  l'éducation  scientifique  que  M.  D. 
reçut  à   l'Kcole   polytechnique?   A  l'époque   oii   cette 
belle  institution   forma  ce  grand  nombre   d'hommes 
remarquables  qui  consacrent  aujourd'hui  leurs  talens, 
soit  à  la  France  dans  les  services  publics,  suit  à  toute 
la  société  humaine  ,  en  reculant  les  bornes  de  nos  con- 
naissances ,  on  ne  se  contentait  pas  d'enseif^ner  des  théo- 
ries ;  on  y  joignait  aussi  des  applications  à  tous  les  ser- 
A  ices  publics  ;  et,  pour  entrer  dans  l'un  de  ces  services, 
chaque  élève  devait  faire  preuve  de  connaissances  sufh- 
santes  sur  l'ensemble  des  travaux  publics.  Ou  accou- 
tumait les  esprits  à  passer  des  considérations  générales 
à  des  objets  de  détail  ,  des  formules  mathématiques 
aux  procédés  d'un  art,  et  d'un  art  à  nu  autre  tout 
dill'érent.   Cet  exercice  était  d'autant  plus  utile   aux. 
élèves,   qu'ils   s'y   livraient    à   l'époque   de  la   vie  -oli 
l'homme  tout  entier  prend  de  la  consistance,  et  reçoit 
la  dernière  forme  que  l'éducation  puisse  lui  donner.  Les 
ingénieurs  qui  profitèrent  de  cette  éducation,  se  font 
remarquer   aujourd'hui   par   des  vues    d'autant  plus 
justes,  qu'elles  sont  plus  étendues;  par  des  projets  mieux 
coordonnés,  parce  que  leurs  auteurs  ont  vu  les  objets 
à  leur  place ,  et  dans  leurs  relations  avec  les  objets  cn- 
vironnans.  Depuis  (|ue  l'Ecole  polytechnitjue  a  cessé 
d'être  technique,  le  passage  des  théories  aux  applica- 
tions se  fait  plus  tard,  plus  difficilement,  et  avec  moins 
de  sucris  ;  l'influence  de  rps|irit  de  corps  devient  ])Iub 
puibsauto  :   et,  s-i  l'on  continue  sur  ce  j'Ian  ,  chacjue 


SCIENCES  PHYSIQUES.  5-; 

âervice  public  sera  bientôt  rendu  à  son  ancien  isole- 
ment. Dans  cette  situation  nouvelle  ou  renouvelée, 
l'instruction  s'affaiblira  dans  tous  les  services ,  l'acti- 
vité des  esprits  et  les  nobles  ambitions  seront  contenues 
par  des  barrières  plus  rapprochées  :  alors  ,  on  ne 
verra  plus  paraître  d'ouvrages  comparables  à  celui  de 
M.  Dupin. 

L'ancienne  organisation  de  l'École  avait  été  conser- 
vée par  Bonaparte  :  elle  n'était  donc  pas  opposée  aux 
maximes  de  la  science  du  pouvoir.  L'expérience  a 
prouvé  qu'elle  s'accordait  à  merveille  avec  une  autre 
science,  celle  du  bien  public  :  on  la  regrettera.  Mais 
sera-t-elle  rétablie?  Osons  l'espérer. 

Le  livre  de  M.  Dupin  convient  à  deux  sortes  de  lec- 
teurs ;  ceux  qui  apprennent,  et  ceux  qui  savent.  Les 
premiers  y  trouveront  une  instruction  positive,  et  les 
autres  des  pensées  qui  provoquent  et  dirigent  les  médi- 
tations. Les  livres  de  cette  espèce  occupent  peu  de 
place  dans  la  bibliothèque  de  l'homme  de  guerre  ; 
mais  nous  sommes  dans  un  temps  favorable  pour  rem- 
plir celte  lacune.  Certes,  nous  ne  manquons  pas  d'of- 
ficiers capables  d'écrire  sur  l'art  qu'ils  ont  exercé  avec 
tant  de  succès  et  de  gloire.  Qu'ils  ne  laissent  pas  perdre 
les  fruits  d'une  expérience  acquise  à  si  haut  prix!  Elle 
leur  appartient ,  sans  doute  ;  ils  l'ont  payée  de  leur 
?ang  ;  mais  elle  appartient  aussi  à  la  patrie,  dont  les 
blessures  ne  {lêuvent  être  cicatrisées  qàe  par  une  gloire 
nouvelle.  Qu'ils  montrent  le  but!  qu'ils  éclairent  la 
route  !  ils  auront  des  successeurs  dignes  d'eux. 

Lorsque  la  bibliothèque  de  l'homme  de  guerre  aura 
fait  ces  précieuses  acquisitions,  pour  la  rendre  tout-à- 
fait  bonne ,  il  ne  s'agira  plus  que  de  la  diminuer.  Ou 
po'jrra  la  débarrasser  doi  fausses  richesses  qui  î'enconi- 


56  SCIFÎVCRS  PHYSIQUES 

brent,  et  l'on  prononcera  peut-tirc  des  exclusions  très 

singulières ,  presque  choi^nanles. 

Consrr\era-t-oii  Gnihert?  Tout  en  reconnaissant  que 
cet  auteur  fut  bon  ofîicier  et  bon  écrivain,  on  deman- 
dera si,  depuis  que  ses  ouvrages  sont  entre  les  mains 
des  militaires,  ils  ont  inculqué  ou  fait  naître  quplrjne 
idée  dans  quelque  tète  (i).  On  sera  peut-être  amené  à 
conclure  que,  pour  écrire  utilement  sur  la  guerre,  il 
faut  l'avoir  faite. 

On  n'admettra  qu'un  petit  nombre  d'historiens ,  et 
ce  ne  seront  pas  les  plus  illustres.  Remarquons,  à  ce 
sujet ,  qu'on  a  reproché  ma!  à  propos  à  Bonaparte  le 
peu  d'estime  qu'il  avait  pour  Tacile.  C'était  le  général 
qui  jugeait  ainsi  l'historien,  et  le  général  n'avait  pas 
tort.  Ln  militaire  s'inslruira-t-il  par  la  lecture  de 
Tacite,  le  plus  ignorant  des  hommes  en  tout  ce  qui  a 
quelque  rapport  avec  la  géographie?  Folard  ne  pensait 
pas  mieux  d'un  autre  historien  non  moins  célèbre, 
de  Tite-Live,  qu'il  accuse  d'être  L  plus  grand  embal- 
leur df  balivernes  el  de  contes  de  vieilles  qui  jamais  ait 
manié  plume.  Et,  de  nos  jours,  nos  meilleurs  officiers 
ne  par  eraient  pas  avec  plus  de  respect  du  président  de 
Thou  ,  s'il  était  question  de  la  manière  dont  il  a  écrit 
l'histoire  militaire  de  son  tems. 

On  ferait  un  choix  dans  les  OEuvres  de  Machiavel, 
en  regrettant  que  cet  homme  extraordinaire  ait  été 

(i)  Mou»  6omm»-.<(  loin  <lc  partager  le  )U{;caii-nt  hcaiicoiip  trop 
sëvérc,  et  même  à  notre  avis  injuste,  de  rauliur  de  cet  extrait 
sur  l'nn  îles  pcriv;iin»  militaires  qui  a  le  plus  contribue  à  inlro- 
duirr  la  pliiJosnpliie  <l:ins  la  manière  de  considérer  l'cfat  d(>  la 
gacrir,  (t  dont  Ks  écrit?,  toujours  inspires  |>ar  l'amour  de  sa 
patrie  et  de  1  humanité ,  ont  suitout  le  mérite  de  faire  penser  les 
lecteurs.  (  >.  n.  R.  ) 


SCIENCES  PHYSIQUES.  5; 

réduit,  faute  d'expérience,  à  écrire  d'après  les  idées 
d'autrui,  plutôt  que  suivant  les  siennes.  Si  les  circons- 
tances l'avaient  placé  à  la  tête  des  armées,  il  n'eût 
peut-être  été  qu'un  mauvais  général;  mais,  il  n'eût 
pas  manqué  de  s'élever  au  premier  rang  parmi  les 
écrivains  militaires.  On  peut  affirmer,  du  moins  ,  que 
nul  autre  que  lui  n'eût  su  mieux  découvrir  et  déve- 
lopper certaines  vérités  affligeantes  ,  et  en  déduire  cer- 
taines maximes  funestes ,  qui  font  une  partie  essentielle 
de  la  science  du  général.  Il  faut  bien  en  convenir  : 
les  facultés  intellectuelles  et  morales  qui  caractérisent 
le  grand  capitaine,  n'ont  que  trop  d'analogie  avec  celles 
qtfi  font  le  politique  habile,  dans  le  sens  de  Machiavel. 
S'il  fallait  prouver  que  l'art  de  la  guerre  est  fondé 
sur  quelques  vérités  affligeantes,  on  demanderait  si  la 
supériorité  de  l'attaque  sur  la  défense  ne  mérite  pas 
cette  épithète?  et,  pour  exemple  de  maximes  funestes, 
on  citerait  celle  que  Virgile  met  dans  la  bouche  de 
son  héros  :  Dolus  an  virtus  ,  qui  in  hoste  requirat?  Ce 
peu  de  mots  renferme  presque  toute  la  doctrine  de 
certaine  partie  de  la  science  du  pouvoir ,  dont  les 
armées  .  pour  être  sûres  de  vaincre  ,  n'ont  besoin  que 
d'être  bien  exercées  à  ne  pas  rougir  de  la  victoire. 

F. 


SCIEINCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 

HiSTORY  ofthehrilisliandforeign BibleSociety^ etc. •, 

Histoire  de  la  Société  hiblùfiie  an  falaise  et  étraii' 
gère,  par  M.  Jean  0\ve>  ,  pasteur ^  et  Tun  dcS 
secrétaires  de  cette  Société  (  i  ). 

Ce  volume  contient  l'histoire  générale  des  Sociétés 
bibliques,  et  particulièrement  l'histoire  de  la  Société 
mère,  qui  est  celle  de  Londres  ,  depuis  181 3  ,  jusqires  et 
y  compris  1819. 

Les  deux  tomes  précédens  comprennent  les  faits  rela- 
tifs à  ces  Sociétés ,  de  180^  à  i8i:î.  Des  pasteurs  de 
Genève  en  ont  publié  à  Paris  une  traduction  française  , 
avec  une  préface  qui  est  de  M.  Peschior,  pasteur  dans 
cette  ville.  Probablement  ce  troisième  volume  paraîtra 
bientôt  dans  notre  langue.  Il  est  encore  plus  intéres- 
sant que  les  deux  premiers,  parce  qu'il  contient  le 
récit  des  grands  succès  nouvellement  obtenus  par  ces 
Sociétés  ,  et  celui  des  oppositions  très  vives  qu'elles 
ont  éprouvées  de  la  part  de  quantité  d'ecclésiastiques 
et  de  plusieurs  gouvernemcns  du  midi  de  l'Europe, 
qui  ont  montré  ,  sur  cet  objet ,  des  sentimens  bien  con- 
traires auxsentimens  et  à  la  conduite  des  gouvernemenà 
septentrionaux  de  celte  même  partie  du  monde. 

Dans  les  seuls  pays  de  la  dounnation  anglaise,  dis- 
séminés sur  tout  le  globe,  on  comptait  déjà,  l'an  dernier, 
sixcent  vingt-neuf  Sociétés  bibliques  très  actives.  Elles 
ont  distribué  aux  chrétiens  de  toute  secte,  aux  juifs, 
aux  musulmans,  aux  idolâtres  de  toute  couleur,  aux 
brahmanistes  ,  aux  bouddhistes  ,  aux  shamanisles ,  aux 

(0  I  vol.  ia-go  «i'caviroQ  Goo  i^ag.  'l'om.  111.  LoaJres,  1820 


SCIE^TKS  MORALES  ET  POLITIQUES.  Sy 

adorateurs  du  lalima,  aux  simples  déistes,  aux  sau- 
vages niême  ,  plus  de  |trois  millions  d'exemplaires  de 
la  bibleoude  quelques-unes  de  ses  parties.  Ces  livres  ont 
été  reçus  en  général  avec  eziipressement  ;  on  les  lit  pres- 
que partout;  leur  lecture  éclaire  les  esprits,  adoucit 
les  mœurs  ,  en  même  tems  qu'elle  dispose  les  hommes 
en  faveur  du  christianisme. 

Les  Sociétés  bibliques  ,  indifféremment  composées  de 
catholiques  et  de  non-catholiques,  et  plus  de  ceux-ci 
que  des  premiers  ,  travaillent  pour  les  communions 
chrétiennes  avec  zèle  et  impartialité.  Afin  de  les  servir 
toutes ,  et  surtout  de  n'en  contrarier  aucune  ,  elles  n'oi- 
frent  aux  membres  de  ces  communions  que  les  ver5ioii>5 
pures  et  simples,  respectivement  approuvées  ,  et  .ci- 
devant  répandues  avec  l'agrément  des  divers  supérieurs 
ecclésiastiques. 

Cette  modération,  ces  précautions  si  louables  n'ont 
pu  satisfaire  trois  ou  quatre  évêques  anglicans,  ni  les 
nombreux  avocats  des  prétentions  exagérées  de  la 
cour  de  Rome  ,  ni  particulièrement  ces  rameurs  vigou- 
reux,  très  nuisibles  à  l'église  et  à  l'Etat,  selon  Clé- 
ment XIV  ,  et  très  nécessaires  à  V Eglise  et  à  l'Etal  , 
suivant  Pie  VII.  Elles  n'ont  pu  désarmer  le  zèle  om- 
brageux de  la  foule  des  ultram«ntains  ,  maintenant 
rares,  il  est  vrai,  dans  la  docte  Italie  ,  et  même  en  Es- 
pagne, mais  redevenus  très  communs  en  France  et 
en  d'autres  Étals,  oii  l'engouement  aveugle  pour  les 
abus  de  Rome  ,  se  renforce,  à  mesure  qu'un  parti  se 
passionne  davantage  pour  les  maximes  et  les  formes 
du  gouvernement  absolu.  Ce  parti  s'est  déclaré,  eu 
masse  ,  contre  les  facilités  nouvellement  offertes  à  tous 
les  chrétiens  ,  à  tous  les  hommes  ,  de  lire  et  de  méditer 
la  parole  de  Dieu.  On  verra,  dans  la  suite  de  cet  ar- 


Go  SCŒIVCES  IVIORALKS 

ticle,  que,  même  entre  les  amis  des  idées  libérales,  il 
en  est  qui  se  sont  élevés  d'une  manière  indirecte,  ou 
très  spécialement  et  très  amèrement ,  contre  la  lecture 
et  la  multiplication  des  Kibles  chrétiennes,  quelque 
favorable  qu'elle  soit,  en  réalité,  au  succès  des  ins- 
titutions politiques  modernes.  Cette  inconséquence 
prétendue  philosophique  est  remarquable.  Suivons  les 
faits. 

Trois  ou  quatre  évêques  anglicans  se  sont,  les  pre- 
miers, déclarés  par  des  lettres  pastorales,  prétendant 
que  les  travaux  des  Sociétés  bibliques  sont  dangereux 
à  la  religion  établie.  C'est  ainsi  qu'au  milieu  des  té- 
nèbres de  l'ignorance,  en  i22f),  un  concile  de  Tou- 
louse ,  pour  convertir  les  Albigeois  et  en  faire  de  bons 
clirétiens  ,  défendait  la  lecture  de  la  Bible  en  langue 
vulgaire  ,  en  même  tems  qu'il  renforçait  les  horribles 
mesurcsde  l'inquisition.  On  a  combattu,  dans  plusieurs 
écrits,  les  raisonnemens  de  ces  prélats  ;  et  le  concours 
empressé  du  plus  grand  nombre  de  leurs  confrères,  aux 
travaux  des  Sociétés  bibliques  ,  et  aux  contributions 
volontaires  qni  soutiennent  ces  travaux,  a  rendu  les 
dissentimens  inutiles  dans  toute  l'étendue  de  la  domi- 
nation britannique.  Le  patriarche  de  Conslantinople  , 
des  évêques  et  des  prêtres  catholiques  d'Irlande,  de 
Pologne,  d'Allemagne  ,  de  Suisse  ,  etc.  ,  ont  formel- 
lement approuvé  la  distribution  des  livres  de  rKcrilure 
sainte  en  langue  vulgaire ,  selon  les  versions  catho- 
li(|ucs,  par  les  Sociétés  de  la  bible.  Beaucoup  de  pas- 
teurs catholiques  ont  pris  part  aux  travaux  de  ces 
Sociétés  dans  les  pays  continentaux  et  insulaires  des 
dominations  russe  ,  suédoise  ,  danoise  ,  belgiquo,  etc. 
Un  prêtre  catholique  ,  M,  Van-Ess  ,  curé  et  professeur 
de  lliéologieà  l'Univcrsilé  de  Marbourg  ,dans  laHesse 


ET  POLITIQUES.  6i 

plectorale  ,  soutenu  des  libéralités  de  la  Société  bibli- 
«|iie  de  Londres,  a  ,  lui  seul,  fait  imprimer  et  dis- 
tribuer dans  l'Allemagne  méridionale  ,  depuis  i8i8 
jusqu'à  présent,  3oo,ooo  exemplaires  de  sa  propre  tra- 
duction du  Nouveau  Testament. 

L'archevêque  catholique  de  Mohilef  et  celui  de 
Gnesne  ,  également  catholique,  ont  été,  en  juin  et 
en  septembre  1 8 16  ,  repris  sévèrement  par  des  lettres 
du  pape  ;  l'un ,  pour  avoir  coopéré  aux  travaux  de  la 
Société  biblique  de  Pétersbourg,  et  l'autre,  pour  avoir 
eu  le  désir  et  le  dessein  d'y  concourir. 

Il  leur  a  été  reproché ,  par  ces  lettres  ,  d'avoir  ainsi 
contrevenu  à  une  règle  de  V Eglise  catholique.  Mais 
il  est  démontré  que  cette  prétendue  règle  de  l'Église^ 
n'est  qu'un  règlement  de  police,  publié  dans  le  diocèse 
de  Rome;  c'est-à-dire,  une  décision  de  la  congrégation 
de  l'index  ou  d'une  commission  papale  povirla  censure 
des  livres  ,  et  interprétée  ,  étendue  ou  modifiée  par 
des  déclarations  du  pape.  Il  s'ensuivrait  qu'il  serait 
défendu  à  tous  archevêques  et  évêques,  à  tous  réguliers 
et  laïques  ,  excepté  au  chef  de  l'Eglise  ,  de  lire  les  livres 
de  la  Bible  imprimés  par  l'intermédiaire  des  hérétiques 
(  Biblia  impressa  opéra  hœrelicorum  ) ,  et  même  de 
lire  en  langue  vulgaire  aucuns  livres,  ou  extraits,  ou 
Y^hrases  ,  ou  abrégés  de  la  Bible  ,  à  moins  qu'ils  n'en 
eussent  obtenu  la  permission  très  spéciale  du  pape 
même,  et  que  la  version,  la  phrase  ou  l'extrait  ne  fussent 
accompagnés  de  notes  rédigées  par  des  écrivains  ca- 
tholiques. La  violation  de  cette  défense  emporterait, 
parle  seul  fait,  la  peine  d'excommunication;  mais  il 
serait  sans  doute  fort  difficile  que  cette  règle  pût  être 
observée  généralement ,  à  moins  que  la  terre  ne  fût 
couverte  de  permissions  pour  la  lecture  des  livres  saints 


6fe  SCJETS'CF^  MORALKS 

en  langue  vulgaire.  Et ,  comme  il  p>l  rarement  demoD- 
trahie  qu'une  version  de  iT-criluro,  surtout  quand  clic 
vient  d'un  auteur  catholique  ,  soit  physiquement  une 
œuvre  d'hérétiques  ,  sans  chercher  d'autres  raisons  qui 
sont  encore  plus  fortes,  on  comprend  assez  que  la  rè- 
gle de  ï' index  ,  règle  de  la  congrégation  de  ce  nom  , 
etsnpposée  règle  de  l'Kglise,  aurait,  même  à  Rome,  peu 
d'exécution.  Quant  aux  inlerprétalions  dont  nous 
venonS'de  parler,  il  serait  trop  dilllcile  d'en  justifier 
la  légitimité  ,  de  les  concilier  avec  la  doctrine  de  l'L- 
vangile  ,  avec  l'enseignement  des  apotrcs,  avec  la  tra- 
dition universelle  de  l'Église  jusqu'au  seizième  siècle. 
On  sait  que  toutes  ces  maximes  nouvelles  sont,  même 
à  Rome ,  ou  peu  ou  point  suivies.  Elles  sont  absolument 
rejetées,  ou  inconnues,  dans  presque  tous  les  Etals  ca- 
tholiques du  monde;  surtout,  elles  le  sont  en  Russie 
et  dans  la  Pologne,  oii  se  trouvent  situés  les  archevêchés 
de  Mohilef  et  de  Gnesne. 

Or  ,  voici  ce  qui  est  arrivé  à  l'archevêque  de  Mohile  f. 
La  société  biblique  de  Pétersbourg  l'avait  prié  d'indi- 
quer l'une  des  nombreuses  versions  polonaises  et  catho- 
liques de  la  P>ible,  à  son  choix,  avec  oflre  de  lui  en 
fournir  gratuitement  toute  une  édition  ,  qui  serait  par 
lui  vérifiée,  approuvée,  et  distribuée  de  son  consente- 
nient,  aux  catholirjues  de  son  diocèse.  Il  avait  agréé 
l'ofiVe,  en  indiquant  la  \ersion  d'un  jésuite,  souvent 
imprimée  et  réimprimée  sans  notes  en  Pologne  ,  depuis 
deux  cents  ans  ,  et  d'ailleurs  munie  d'une  approbation 
papale.  L'édition  avait  été,  avant  la  distribution,  véri- 
fiée et  approuvée  ensuite  par  l'archevêque  ,  dont  l'ap- 
probation se  trouvait  insérée  danî  tous  les  exemplaires. 
Tel  fut  le  crime  de  l'archevêque  de  'Mohilef.  Olui  do 
Gnesne  avait  déêiré,  comme  on  l'a  dit,  de  former  dans 


ET  POLITIQUES.  63 

sou  diocèse  une  Société  biblique  correspondante  avec 
celle  de  Pétersbourg  ,  et  il  avait  manifesté  ce  désir  au 
Pape  ,  en  lui  demandant  des  instructions  à  cet  égard. 

C'est  là  (i)  ce  qui  a  mérité  à  ces  deux  prélats  des  brefs 
monitoriaux,  oii  le  travail  des  Sociétés  bibliques  est 
qualifié  àe  ruse  la  plus  profonde ,  renversant  lesfonde- 
mens  de  la  religion  ,  de  machination  impie ,  et  de  peste 
qu  il  faut  anéantir. 

On  sait  qu'uue  lettre  du  Pape  n'est,  en  elle-même ,  ni 
une  règle  de  l'Eglise  catholique  ,  ni  même  une  règle  du 
Saint-Siège  (2).  On  sait  qu'elle  est  censée  non  avenue, 
dans  un  pays  oii  elle  n'est  pas  acceptée  ;  et ,  faute  de 
placet  impérial  et  royal ,  et  d'acceptation  des  évéques, 
en  un  mot  de  publication  légitime,  les  deux  brefs  mo- 
nitoriaux  sont  restés  comme  non  avenus  à  Mohilef  et  à 
Gnesne.  Le  Pape  ,  mieux  instruit  des  faits  ,  probable- 
ment n'a  pas  donné  de  suites  à  cette  affaire. 

Mais  les  jésuites ,  et  généralement  les  curialistes  , 
comme  on  dit,  ont  beaucoup  intrigué  et  troublé  sur 

(i)  Ces  faits  ne  sont  qu'indiqués  dans  l'histoire  de  M.  Owen, 
mais  je  les  trouve  développés  et  appréciés,  comme  des  fruits  de 
l'erreur,  dans  deux  savans  ouvrages  du  charitable  et  savant  pro- 
fesseur et  curé  de  Marbourg ,  M.  Van  Ess.  :  Auszuge  uber  das  not- 
vi'enclige  und nutzlicJie  Blbel-lesen ,  etc.  ;  c'est-à-dire  :  Extraits  tirés 
des  SS.  Pères  et  des  écrivains  catholiques ,  en  preuve  de  la  néces- 
sité et  de  l'utilité  de  la  lecture  de  la  Bible.  Sulzbach,  in-8°,  i8i6j 
et  ûie  Bihel  nicht  wie  wiel  wollen  ein  huch  fur  priester  nur,  etc.  j 
c'est-à-dire  :  La  lecture  de  la  Bible  nécessaire,  non-seulement  au 
prêtre ,  mais  au  prince  et  au  peuple ,  avec  cette  épigraphe  tirée  de 
saint  Paul  :  La  parole  de  Dieu  n'est  point  captive.  2<^  à  Tien.,  ch.  2  , 
v.  9.  In-8°,  à  Vienne,  Munich,  Breslaw,  Francfort  et  Leipsick, 
1818. 

(a)  Voy.  F'raie  idée  du  Saint-Siège ,  par  l'abbé  Tambufini,  de 
Btescjaj  in-S*'.  Pfiris,  i8ig.  Mongie, 


64  SCIEINCES  MORALES 

ce  sujet.  Ils  ont  eu  grand  soin  tl'inipiinier ,  de  réim- 
primer, de  vanter  ces  mêmes  brefs  dans  des  gazettes  , 
et  la  doctrine  en  a  été  soutenue  dans  des  pamphlets  , 
avec  une  grande  exagération,  par  les  partisans  des  doc- 
trines ultraniontaines  ,  en  même  teras  qu'ils  faisaient 
la  guerre  à  outrance  aux  idées  libérales.  Dans  l'une 
des  dernières  livraisons  du  Conservateur ,  M.  l'abbé  de 
la  M.  (i)  a  dit  que  ,  depuis  i8i  i  ,  qu'on  a  répandu  des 
milliers  d'exemplaires  de  la  Bible  ,  les  crimes  ont  qua- 
druplé sur  la  terre  }  et ,  dans  le  Défenseur^  en  avril  der- 
nier ,  il  a  établi  ,  comme  principe,  V inutilité  et  le 
danger  àe  mettre  l'Écriture  sainte  entre  les  mains  du 
peuple  ;  principe  néanmoins  condamné  comme  sata- 
nique  par  les  plus  illustres  pères  de  l'Église. 

Les  sociétés  bibliques  sont  libérales  sans  doute,  et 
ce  n'est  pas  leur  moindre  tort  ;  mais  n'est-il  pas  singu- 
lier que  deux  écrivains  libéraux,  antichrétiens,  il  est 
vrai ,  s'accordent  avec  le  Pape  et  avec  M.  l'abbé  de 
La  M...  ,  pour  détourner  les  peuples  de  la  lecture  des 
livres  saints?  L'un  (je  dois  m'abstenir  de  le  nommer, 
parce  qu'il  est  vivant)  a  proclamé  dans  un  livre,  que 
moins  les  idées  religieuses  ont  de  force  dans  un  pays  ^ 
plus  on  j- est  Vertueux  ,  heureux,  libre  et  paisible.  Ce 
sont  là  des  paroles  bonnes  à  rappeler  aux  zélateurs  si- 
multanés de  l'ultramontanisme  et  du  pouvoir  absolu  , 
afin  qu'ils  tikchent,  par  intérêt  même  pour  leur  double 
système,  de  modérer,  s'il  se  peut,  les  excès  de  leur  pra- 
tique et  de  leur  théorie.  L'autre  est  M.  le  comte  de 
Voluey  ,  dont  nous  déplorons  encore  la  perte.  Il  a  eu 

(i)  Voy.  Du  Système  de  M.  de  la  M.  .sur  les  traductions  de  la 
Bible,  et  sur  la  lecture  deTEcrilure  sainte,  pag.  4/— *56  du  T.  V 
de  la  Chronique  religieust.  Chez  Baudouin  frères 


ET  POLITIQUES.  65 

ie  malheur  de  consigner  dans  son  livre  posthume  , 
VHthreu  simplifié ^  une  improbation  violente  de  l'œu- 
vre des  sociéte's  bibliques,  auxquelles  ,  dans  sa  haine 
superbe,  il  reproche  ,  comme  un  vrai  crime  d'empoi- 
sonnement .  comme  un  fait  d'ambition  et  d'hypocrite 
perfidie ,  de  répandre  les  livres  de  la  religion  chrétienne 
parmi  les  hommes  ;  et  nous  terminerons  cet  article  en 
rappelant  qu'un  écrivaiia  le  plus  justement  célèbre  , 
un  critique  reconnu  comme  l'un  des  plus  habiles  et 
des  plus  zélés  catholiques  du  globe,  M.  de  Sacy,  a 
plus  d'une  fois  ,  dans  le  Journal  des  savans  ,  témoigné 
son  estime  et  son  intérêt  à  la  société  biblique  de  Lon- 
dres, et  qu'il  a  exprimé  les  mêmes  sentimens  dans  une 
lettre  à  M.  Owen  ,  en  date  du  1 1  mars  1816.  Cette  lettre 
est  insérée  en  anglais  dans  le  volume  qui  fait  le  sujet 
de  cet  article.  Nous  la  trouvons  assez  remarquable  pour 
en  donner  ici  la  traduction  : 

«  Il  est  impossible  de  ne  pas  admirer  les  rapides  pro- 
grès de  la  société  ,  dans  son  entreprise  de  répandre  la 
parole  divine,  par  des  traductions  en  toutes  les  lan- 
gues ,  dans  un  siècle  où  les  hommes,  fiers  d'une  civi- 
lisation qu'ils  doivent  à  l'Évangile,  s'efforcent  de  jeter 
des  ridicules  sur  les  vérités  fondamentales  du  christia- 
nisme. Ici  ,  encore  ,  se  vérifie  la  parabole  du  grain  de 
moutarde.  Je  ne  doute  pas  que  son  plan  ,  dans  les  vues 
de  la  Providence  ,  ne  soit  un  des  moyens  qui  préparent 
de  grands  événemens ,  dont  le  présent  âge  ,  ou  un  âge 
suivant,  sera  témoin.  Le  christianisme  est  menacé  de 
toutes  parts.  Mais  prenons  courage  ;  le  maître  de  la 
barque  s'éveillera  quand  son  heure  sera  venue,  et  les 
puissances  de  l'enfer  ne  prévaudront  point.   » 

Les  philologues  mettent,  avec  raison,  un  grand  intérêt 
à  l'étude  du  samserit,  oii  se  trouve  l'origine  du  grec  , 
TOME  vur.  5 


GG  SCIENCES  MORALES 

ilu  latin,  (le  rallemand,  en  un  mol,  des  langues  de 
l'Europe.  Ils  apprendront  avec  plaisir,  dans  ce  troi- 
sième tome  ,  que,  d'environ  (juarante  langues  aclui-lle- 
ment  vivantes  dans  Tlnde,  et  toutes  évidemment  nées 
du  saniscrit  ,  au  moins  pour  neuf  dixi(?mes  des  mots 
dont  elles  se  composent,  il  y  a  trentedeces  langues  dans 
lcs(|nclles,  par  les  soins  assidus  des  sociétés  bibliques 
de  Londres  ,  de  Calcutta  et  de  Bombay,  dos  traductions 
OLi  partielles  ,  ou  complètes,  de  l'ancien  cl  du  nou\eau 
ïeslainent ,  sont  déjà  publiées. 

M.  Owen  termine  ce  volume  en  indiquant  les  résul- 
tats généraux  des  sociétés  bibliques.  On  y  voit  que 
celle  de  Londres,  depuis  quinze  ans  qu'elle  existe,  a 
dépensé  pour  ses  nobles  travaux,  sept  cent  quatre 
mille  huit  cent  (|iiarante  livres  sterlings.  On  regrette 
qu'il  n'ait  pas  donné  les  noms  des  sociétés  bibliques 
existantes  au  dedans  et  au  dehors  de  la  domination 
anglaise  ,  et  surtout  une  bibliographie  exacte  des  tra- 
ductions de  la  Bible  ,  anciennes  ou  nouvelles  ,  que  les 
dilléreutes  sociétés  ont  répandues.  L.^njli.nais. 

Sommaire  iVcn  Couks  de  Puilosophie  ouvert  à 
la  Faculté  des  Lettres  de  l\îcadcrnie  de  Paris, 
le  G  décembre  1819;  par  M.  /'a^Z»e  DELAr.ivjiERE  , 
nommé  depuis  proviseur  au  Collège  royal  d  Or- 
léans (i). 

L'auteub  de  cet  écrit  s'est  déjà  fait  counaître  avanta- 
geusement par  la  publication  de  deux  ouvrages  qui 
annoncent  un  esprit  juste  et  étendu  ,  capable  d'nppro- 

(1)  l'niis,  iiSîo.  L'n  vol.  in-ia  i\c  loa  pag.  Chez  madame  veuve 
K^OD,  libraire,  quai  de  Couty,  Dq  i3. 


ET  POLITIQUES.  67 

fondir  les  sujets  qui  exigent  le  plus  de  sagacité  et  de 
méditation  ,  et  a3'aut  l'habitude  de  présenter  ses  idée» 
avec  cet  ordre  et  cette  méthode  si  favorables  à  leur  en- 
chaînement ,  eu  même  teras  qu'ils  donnent  à  un  livre 
plus  de  clarté,  et  aux  lecteurs  plus  de  facilité  pour  eu 
saisir  l'ensemble  et  les  détails. 

M.  L'abbé  Delariviëre  ,  étant  professeur  de  philoso- 
phie a  u  collège  royal  de  Clermont ,  a  publié  ,  en  1 8 1 '^ , 
une  Grammaire  française  classique ,  dans  laquelle  on 
remarque  des  vues  neuves,  des  aperçus  ingénieux  et 
propres  à  jeter  un  nouveau  jour  sur  cette  science  ,  si 
étroitement  liée  à  l'objet  spécial  de  ces  études  ,  et  qu'on 
ne  peut ,  en  effet ,  traiter  avec  quelque  succès  ,  qu'au- 
tant que  l'on  a  approfondi  la  philosophie  de  l'esprit 
humain.  Enfin,  le  même  écrivain  a  fait  imprimer,  en 
181g,  une  Logique  classique  {i)^  où  l'on  trouve  exposé  , 
avec  netteté  et  précision  ,  tout  ce  qu'offre  d'utile  la 
science  qui,  depuis  le  tems  d'Aristote,  a  été  enseignée 
sous  ce  nom,  et  quia  régné  si  long-terasdans  les  écoles 
de  l'Europe  avec  les  études  théologiques  ,  dont  elle  est 
l'instrument  spécial. 

Sans  doute,  on  s'est  trop  long-tems  exagéré  l'impor- 
tance et  l'utilité  de  cet  ensemble  d'observations  rela- 
tives à  la  nature  des  propositions,  à  leurs  espèces  di- 
verses, et  à  leur  combinaison  dans  le  raisonnement; 
et  c'est  avec  raison  qu'on  a  renoncé  ,  de  nos  jours  ,  à 
cet  exercice  de  l'argumentation,  plus  propre  à  faus- 
ser les  esprits ,  et  à  leur  faire  contracter  l'habitude  et 
le  goût  des  subtilités  contentieuses,  qu'à  les  enrichir 
de  connaissances  solides,  et  à  les  pénétrer  d'un  amour 

(i)Ces  deux  ouvrages  se  trouvent  à  la  naême  adresse  que  le 
Sommaire,  etc. 

5* 


C8  SCIENCES  MOU  A  LES 

sincère  pour  la  vcrilé  :  toutefois,  on  iloit  avouer  aiissî 
une,  par  cela  seul  qu'elle  forme  un  syslènie  Lien  lié 
dans  toutes  ses  parties  ,  et  qu'elle  familiarise  celui  qui 
l'étudié,  avec  un  langage  et  avec  des  conceptions  qui 
se  retrouvent ,  plus  ou  moins  fréquemment ,  dans  les 
écrits  des  plus  illustres  philosophes,  même  de  ceux 
qui  ont  le  plus  contribué  aux  progrès  de  la  science  , 
tels  que  Descartes,  Malebranche  ,  Locke, Leibnitz  ,  etc., 
la  logique,  qu'on  appelle  scholastique,  est  une  acqui- 
sition à  peu  près  indispensable  pour  <|uiconque  aspire 
à  de  véritables  connaissances  en  philosophie. 

On  trouvera  dans  l'écrit  que  nous  annonçons,  une 
exposition  plus  complète  et  plus  détaillée  des  vues 
de  l'auteur  sur  les  deux  sciences  dont  il  a  donné  pré- 
cédemment des  traités  spéciaux,  et  sur  la  nature  des 
rapports  qu'elles  ont  avec  la  philosophie  en  général. 
Le  reste  du  volume  contient  des  réflexions  fort  judi- 
cieuses sur  les  autres  parties  de  celte  branche  des  con- 
naissances humaines  ,  sur  la  manière  de  les  considérer, 
soit  en  elles-mêmes  ,  soit  à  l'égard  les  unes  des  autres , 
et  enfin  ,  les  motifs  qui  ont  déterminé  l'auleilr  à  adop- 
ter l'ordre  dans  lequel  sont  classés  les  objets  qui  com- 
j)osent  son  cours  tout  entier.  On  sent  assez  qu'il  est 
impossible,  dans  nn  simple  extrait,  de  discuter  le.» 
articles  les  plus  importans  d'une  science  qui  peut,  à 
juste  titre,  être  regardée  comn)e  le  fotidement  ou  la 
base  de  toutes  les  autres  :  il  n'est  guère  plus  facile 
d'oflrir  une  analyse  satisfaisante  d'un  écrit  de  cette 
nature  ;  ce  serait  faire  l'abrégé  d'un  abrégé  déjà  extrê- 
mement concis,  et  par  conséquent  ne  donner  qu'une 
idée  très  imparfaite  de  l'ouvrage  de  M.  Delarivière. 
Nous  nous  bornerons  donc  à  indi(|uer  l'utilité  dont  il 
peul  être  aux  diflcrentes  classes  de  lecteurs,  et  à  citer 


I  ET  POLITIQUES.  .69 

quelques  passages  qui  nous  ont  paru  remarquables  par 
la  justesse  des  idées,  et  propres  à  faire  connaître  les 
vues  et  la  manière  de  l'auteur. 

Il  nous  semble  ,  en  effet ,  que  rien  ne  peut  être  plus 
utile,  soit  pour  ceux  qui  sont  appelés  à  enseigner  la 
pliilosophie  ,  soit  pour  ceux  qui  veulent  l'étudier  avec 
quelque  succès  ,  que  la  publication  d'un  livre  qui  con- 
tient, dans  un  petit  nombre  de  pages  ,  tout  l'ensemble 
des  objets  qui  composent  cette  science  :  car,  comme  il 
s'en  faut  beaucoup  que  l'on  soit  encore  fixé  sur  les 
<|uestions  principales  dont  elle  s'occupe,  et  cofgMne  le 
langage  ou  la  phraséologie  des  écrivains  les  plus  cé- 
lèbres ,  sont  loin  d'être  uniformes  ,  en  sorte  que  les 
mêmes  mots  n'expriment  pas,  à  beaucoup  près,  les 

;  mêmes  idées,  ou  collections  d'idées,  dans  les  dilFérens 
écrits,  et  dans  les  leçons  des  différens  professeurs  ;  il  y 
a  toujours  un  avantage  réel  à  pouvoir  comparer  ces 
différens  langages,  et  à  pouvoir  apprécier  les  motifs 
qui  ont  déterminé  un  écrivain  à  employer  telle  ex- 
pression plutôt  que  telle  autre,  à  lui  donner  une  ac- 
ception plus  ou  moins  étendue.  On  peut  même  assurer 
que  c'est  seulement  par  ce  moyen  ,  que  l'on  parviendra 
au  but  le  plus  désirable  en  ce  genre  ;  je  veux  dire 
l'uniformité  du  langage,  s'il  est  vrai,  comme  le  croient 
tous  ceux  qui  se  sont  sérieusement  occupés  de  cette 
question,  que  la  science  n'existera  réellement,  ou  que 
la  philosophie  ne  sera  véritablement  une  science,  que 
lorsque  la  langue  qui  lui  est  propre  sera  fixée  ,  au 
moins  en  grande  partie. 

D'un  autre  côté,  l'écrivain  qui  a  long-tems  pro- 
fessé cette  science ,  et  que  son  expérience  et  ses  ré- 
flexions ont  mis  à  même  de  l'envisager  sous  tous  ses 
aspects,  s'attache  à  en  présenter  les  diverses  parties 


70  SCIENCES  MORALES 

<lans  un  ordre  jilus  lumineux;  les  observations  qu'il 
présente  sur  chacune  d'elles  ,  devant  naturellement 
être  celles  qui  lui  sont  plus  sp;^cialcnicnt  propres,  et 
qu'il  a  jugées  les  plus  importantes ,  donnent  encore  un 
plus  haut  degré  d'intérêt  à  ces  sommaires,  et  en  rendent 
la  lecture  à  la  fois  plus  attachante  et  plus  instructive. 
Là,  le  lecteur,  même  le  plus  instruit  ,  ou  le  plus  ca- 
pable de  se  faire  à  lui-même  son  système  ou  sa  tliéori*i\ 
retrouve  souvent  plusieurs  des  opinions  qu'il  avait 
adoptées,  les  unes  cond)attiies  par  des  argnmcns  qui 
ne  SCTaient  point  présentés  à  sa  pensée  ,  et  elles  de- 
viennent pour  lui  l'objet  d'un  nouvel  examen;  les 
autres,  appuyées  par  des  raisonnemens nouveaux  ,  cl  il 
y  prend  plus  de  confiance. 

M.  Delarivicre  a  donc  fait  tine  chose  fort  utile  en 
publiant  ce  sommaire  de  son  cours  :  les  jeunes  profes- 
seurs y  trouveront  un  guide  sûr  ])our  leurs  travaux  ; 
les  élèves,  un  précis  de  la  science,  accompagné  de  ré- 
flexions justes,  claires,  et  quelquefois  de  vues  neuves  et 
r)riginales  ;  ils  y  trouveront  une  appréciation  exacte 
du  degré  de  mérite  ou  d'importance  des  dilTérenlcs 
parties,  ou  sciences  qu'embrasse  la  philosophie.  Voici , 
par  exemple,  comment  il  s'exprime  en  parlant  de  relie 
qu'on  a  long-lems  désignée  sous  les  noms  de  mctaphy- 
siqiie  ou  àc philosophie  première.  «  On  enseignait  dans 
les  anciennes  écoles  ,  sous  ce  titre  ,  une  science  spé- 
cialement désignée  par  le  nom  tVOrUologie ,  qui  ne  sau- 
rait peut-être  cesser  d'être  obscure  et  lont-à-fait  inin- 
telligible, que  pour  se  montrer  vaine  et  chiméri((ue; 
quoique  des  philosophes  célèbres  ,  qui  ,  même  dans 
les  tems  modernes,  ont  traité  avec  \in  intérêt  sérieux 
cette  prétendue  science  première  ,  aient  paru  relever 
son  crédit  ,  en  lui  prêtant  celui  de  leur  génie C'est 


ET  POLITIQUES  ^i 

dans  la  collection  nombreuse  des  idées  qui  ne  désignent 
que  les  modes  des  substances,  et  qui  n'ont  de  réalité 
extérieure  que  dans  des  êtres  individuels  réellement 
existans  ,  que  les  ontologistes  ont  choisi  les  matériaux 
de  leur  théorie,  V existence,  V essence ^  la  possibilité , 
le  tems ,  l'espace ,  la  cause ,  V effet ,  etc. ,  sans  donner  la 
raison  de  leur  choix,  et  sans  même  s'accorder  entre 
eux,  soit  sur  le  nombre,  soit  sur  l'ordre  de  leurs  élé- 
mens.  Il  suffit,  ajoute  notre  auteur,  pour  ruiner  tout 
cet  édifice  ,  de  reconnaître  qu'il  n'y  a  dans  les  termes 
dont  il  se  compose,  que  des  modes  et  des  rapports; 
que  les  uns  et  les  autres  proviennent  de  l'observation 
immédiate  des  substances,  s'ils  sont  simples,  et  ne 
contiennent  que  des  réunions  de  ceux-ci ,  s'ils  sont 
complexes ,  etc.  » 

D'après  cette  observation  ,  M.  Delarivièro  réduit 
toute  la  métaphysique  à  deux  parties  :  La  "^Théodicée ^ 
appelée  aussi  "Jlii-ologie  naturelle  par  les  auteurs  des 
anciens  cours  de  philosophie,  et  \ai  Psjcholoi^ie ,  ou 
J'iiistoire  naturelle  de  l'ame  et  des  idées  ,  qu'on  a  plus 
particulièrement  appelée  Idéologie  ààns  ces  derniers 
tems.  Nous  n'en  [reprendrons  point,  comme  nous  l'avons 
dit,  d'analyser  et  de  discuter  la  théorie  particulière  de 
l'auteur  sur  cet  important  sujet.  Nous  ne  pourrions ,  eu 
nous  engageant  dans  celte  discussion,  qu'être entraîné-i 
fort  au-delà  des  bornes  que  nous  avons  dû  nous  pres- 
crire ;  nous  avons  voulu  seulement  donner  aux  Iccleurs 
une  idée  avantageuse  des  lumières  et  du  talent  de  l'au- 
teur, telle  que  nous  l'avons  conçue  nous-mêmes  eu 
méditant  ses  ouvrages  ;  et  nous  croirions  avoir  fait  une 
chose  utile  au  public,  si  nous  avions  réussi  dans  ce 
dessein. 

T. 


LITTERATURE.  '      ^ 

Méditatioics  FOÉTiQi-ES,  par  M.  Alpiïo>se  de  la 
Martipie  (i). 

La  prose  et  la  poésie,  considéréps  comme  genres  de 
stvle  ,  ne  peuvent  être  que  des  formes  données  à  la 
pensée.  On  n'écrit  pas  en  vers  pour  rassembler  des 
mots  et  des  phrases  ,  selon  certaines  conditions  ,  en 
ol)sorvant  certains  principes  de  mesure  ,  «le  conson- 
iiances,  de  rliytlime  et  d'harmonie.  On  écrit  en  vers, 
comme  on  c<  ril  en  prose,  pour  exprimer  sa  pensée, 
pour  enseigner  la  vérité  aux  hommes  ,  pour  les  rendre 
meilleurs.  Les  formes  ne  sont  que  des  moyens  d'arriver 
à  ce  but  ,  que  doivent  se  proposer  les  prosateurs  et  les 
poètes.  Les  uns  et  les  autres  doivent  parler  à  la  raison; 
mais  ils  ne  l'attaquent  pas  de  même.  Ceux-ci  emploient 
des  t'ormes  plus  didactiques  ;  ils  procèdent  plus  simple- 
ment, et  présentent  une  série  de  développemens  plus 
étendus  et  plus  complets  ;  ceux-là  saisissent  plutôt  le 
creur  et  l'imagination-,  c'est  en  p'nisant  qu'ils  instrui- 
sent, c'est  par  des  fictions  qu'il»  font  triompher  la  vé- 
rité ;  ils  substituent  des  figures  et  dos  niétapliores  à 
l'expression  simple  et  toute  nue  de  la  nature.  Mais  tous 
deux  ne  peuvent  avoir  qu'un  but ,  éclairer  l'humanité. 
S'ils  en  jjouvaient  avoir  quelque  autre,  jl  faudrait 
leur  interdire  un  art  funeste;  si  la  poé.>.ie  était  un  lan- 
gage de  mensonge  et  d'erreur,  il  faudrait  confirmer 
l'arrêt  de  Platon  contre  1rs  poètes  ;  il  faudrait  les  ban- 
Tiir  comme  des  empoisojiueurs  publics. 

;t)  \  vol.  in-o".  Paris,    1820,  au  dépôt  do  l.i  libi;iirir  grcnjiii»  . 
l.itiiic,  jllcinaD<i(' .  riir  t\c  .Sniii'.  no  \i. 


LITTERATURE.  ;3 

Le  simple  exposé  de  cette  doctrine  incontestable  rë- 
pond  assez  à  certains  écrivains  qui  s'accoutument  à  re- 
garder la  poésie  comme  un  art  exclusivement  destiné  à 
procurer  des  éinotions  ,  et  qui  ne  se  montrent  pas 
scrupuleux  sur  le  choix  de  leurs  sujets,  pourvu  que 
ceux-ci  prêtent  à  des  développemens  poétiques  et  à  des 
[  images  éclatantes.  Il  répond  à  tels  poètes  qui  soutien- 
nent que  l'erreur  peut  élre  mise  ea  vers,  pourvu  qu'elle 
soit  poétique  ;  qu'un  versificateur  est  dispensé  de 
croire  les  choses  qu'il  avance  ;  qu'il  importe  peu  qu'il 
chante  tour  à  tour  Baal  et  le  dieu  d'Israël  ,  pourvu 
que  ces  chants  soient  littéralement  dignes  d'éloges  ; 
de  telle  sorte  qu'un  poëte  ne  serait  qu'une  machine  à 
îiémistiches,  et  que  le  dernier  écrivain  en  prose,  pourvu 
qu'il  fût  de  bonne  foi  ,  serait  dans  la  réalité  plus 
utile  aux  hommes  que  le  meilleur  écrivain  en  vers. 

Les  anciens  étaient-ils  de  cet  avis  ,  eux  qui  consa- 
craient la  poésie  à  l'éloge  des  dieux  ,  à  la  célébration 
des  hércs  ,  à  l'apologie  de  la  liberté?  Lisez  les  poêles 
de  l'antiquité  ;  partout  vous  verrez  la  vérité  embellie 
des  charmes  de  la  poésie  ;  vous  verrez  les  tragiques 
grecs  offrir  sur  le  théâtre  un  cours  de  philosophie  ,  en- 
seigner au  spectalaur  l'amour  de  la  patrie  et  le  respect 
de  la  divinité.  Homère  vous  apprendra  à  dompter  la 
colère  ,  à  éviter  les  discordes  cruelles  ;  Pindare  décer- 
nera un  prix  honorable  à  la  vertu  et  au  courage;  Hé- 
siode instruira  l'homme  des  lois  de  la  nature;  Mé- 
nandre  purgera  le  vice  par  le  ridicule;  et  §i  la  morale 
doit  gémir  trop  souvent  des  écarts  d'Aristophane, 
cette  exception  déplorable,  condamnée  par  de  justes 
censeurs,  sera  punie  par  l'équitable  postérité. 

La  littérature  française ,  parfois  éloîgnée  de  -ces 
principes  pendant  le  règne  de  Louis  XIV,  a  trouvé,  au 


:4  LlTTEllAlUHE. 

dix-huitièra«  siècle  ,  des  poêles  qui  l'ont  remise  à  son 
véritable  rang,  lui  ont  assigné  des  devoirs  rigoureux  , 
et  l'ont  replacée  sous  le  joug  de  la  vérité  et  de  l'utilité. 
Voltaire  surtout  a  prêché  d'exemple.  Presque  tous  ses 
ouvrages  en  vers  tendent  à  l'inslruclion  des  hommes. 

De  notre  tcnis,  l'attachement  à  certaines  doctrines 
usées  a  rappelé  quelques  préjugés  à  cet  égard.  Nous 
avons  vu  des  vers  pieux  écrit»  par  des  hommes  que  i'ou 
peut  justement  soupçonner  de  ne  pas  croire  en  Dieu. 
La  poésie  et  la  prose  poétique  se  sont  rirorct  es  o\  sVf- 
fjprcent  encore  de  servir  d'antiques  préjugés  ,  <^e  com- 
battre les  nouvelles  conquêtes  de  la  raison  ,  de  vniifcr 
Je  despotisme,  et  d'encourager  la  superstition.  Plus 
d'un  talent  distingué  nous  laisse  à  regretter  son  exis- 
tence même,  plus  funeste  qu'utile  aux  hommes.  Enfin, 
la  littérature  actuelle  s'est  séparée  en  deux  classes, 
dont  l'une  veut  seulement  produire  de  l'effet,  tandis 
que  l'autre  veut  répandre  des  lumières;  dont  l'une 
veut  se  borner  au  mérite  littéraire,  tandis  que  l'autre 
veut  ajouter  à  ce  mérite  celui  de  l'utilité  cl  du  patrio- 
tisme. 

A  laquelle  de  ces  deux  classes  appartient  1\I.  de  la 
Martine,  dont  nous  voulons  entretenir  nos  lecteurs? 
Nous  craignons,  à  vrai  dire,  que  ce  ne  soit  à  la  pre- 
mière. Ce  n'est  pas  que  son  volume  de  poésies  ne  pa- 
raisse inspiré  par  une  grande  idée  fondamentale  ,  l'exis- 
tence de  Dieu.  Mais,  je  vois  avec  peine  (|ue  de  cette 
idée  si  féconde  en  instructions  utiles ,  si  propre  à  diri- 
ger l'homme  dans  la  route  «le  la  vie,  M.  de  la  IMarfitte 
lie  fasse,sortir aucunes  leçons  dont  on  puisse  faire  usage, 
et  dont  la  religion  véritable  et  la  patrie  puissent  profi- 
ter. Ses  réflexions  sur  l'existence  do  Dieu  no  sont  ,  en 
géucral ,  que  des  excursions  vagues  et  indéterminées 


LITTÈÏL\TURE.  ^5 

iîans  le  dornaine  de  l'imagination.  Il  traduit  et  imilc 
David  et  les  prophètes  ;  mais  il  ne  choisit  dans  ces 
écrivains  mystiques,  que  des  images  orientales  et  des 
développemens  poétiques.  On  dirait  que  M.  de  la  IWar- 
line  a  voulu  seulement  nous  montrer  qu'il  possédait  un 
instrument  assez  harmonieux;  les  sujets  qu'il  a  choisis 
semblent  ne  s'èlre  offerts  à  sa  plume  que  comme  plus 
propres  que  d'aulres  à  l'exercice  de  cet  instrument.  Il 
n'y  a  dans  tout  son  recueil  que  deux  ou  trois  idées  ,  les 
contrastes  et  les  contradictions  de  la  nature  humaine, 
l'immortalité  de  l'ame,  l'existence  de  Dieu,  l'amour 
de  la  retraite.  Mais  il  n'a  su  tirer  qu'un  faible  parti  de 
ces  idées  si  belles  el  si  fécondes.  Pascal  semble  avoir  été 
son  guide  dans  la  description  des  contradictions  de 
l'homme,  et  il  a  gâté  Pascal  dont  la  prose  énergique 
est  très  supérieure  à  ses  vers.  Pour  l'immortalité  de 
l'ame  et  pour  l'existence  de  Dieu,  il  a  suivi  de  très  loin 
fîacinele  fils  et  nos  grands  prosateurs;  et,  pour  l'amour 
de  la  retraite,  il  est  loin  d'avoir  approché  de  La  Fou- 
laine  ,  de  Chaulieu  et  de  tant  d'autres  poêles  français. 
Le  retour  continuel  des  mêmes  idées  a  jeté  de  plus  sur 
tous  ses  vers  une  couleur  uniforme  ,  et  de  cette  unifor- 
mité il  est  résulté  quelque  monotonie. 

Nous  avons  dit  qu'à  défaut  de  pensées,  M.  de  la 
Martine  était  possesseur  d'un  instrument  assez  juste. 
C'est  en  effet  là  qu'est  le  mérite  de  ses  poésies.  Consi- 
dérées comme  l'essai  d'un  jeune  homme ,  elles  pro- 
mettent sans  doute  des  ouvrages  H islingués, si  l'auteur 
peut  s'habituer  à  penser.  La  facture  des  vers  de  M.  de  la 
Martine  est  en  général  heureuse  et  facile.  Il  ne  man- 
que point  d'élégance  et  de  poésie  ;  mais,  comme  il  pa- 
raît s'abandonner  à  son  imagination  un  peu  vagabonde, 
il  manque  souvent  de  précision  et  de  logique.  On  peut 


^6  LITTÉRAIURE. 

dire  qu'il  ne  sait  pas  ooinposer  ,  qup  l'art  de  distribuer 
le»  idées  ila:is  l'ordre  le  plus  avantageux  et  selon  les 
règles  d'une  juste  gradation  ,  n'est  point  encore  connu 
de  lui.  On  ne  saurait  lire  aucune  de  sesépîtres  sans  en 
chercher  le  plan,  et  sans  être  obligé  de  renoncer  à  le 
suivre  dans  un  dédale  de  niots  qui  ne  se  rapportent  pas 
à  des  idées  suivies  et  à  un  but  arrêté.  Souvent  les  mé- 
ditations de  M.  de  la  Martine  peuvent  être  comparées 
à  des  airs  d'une  mu:>iquc  harmonieuse  à  laquelle  il 
manque  des  paroles. 

ÎM.  de  la  Martine  n'a  rien  fuil  encore  qui  ne  porte 
l'empreinte  de  la  jeunesse.  L'int'galité  parait  être  son 
principal  défaut  :  à  côlé  de  beautés  d'un  ordre  éle\é, 
il  oflTre  des  fautes  grossières;  mais  ces  fautes  ne  j)rou- 
veul  rien  contre  sou  talent,  parce  que,  dans  un  jeune 
écrivain  ,  le  plus  grand  malheur,  ce  n'est  pas  la  pré- 
sence de  certaine'*  fautes  plus  ou  moins  repréhensibles, 
mais  l'absence  des  beautés.  Vn  jeune  écrivain  qui  dé- 
bute par  des  choses  médiocres,  inenace  de  rester  mé- 
diocre toute  sa  vie.  Pour  celui-ci ,  c'est  une  entreprise 
vaine  et  fatigante  de  le  soumettre  m  la  critique  ;  il  faut 
le  laisser  mourir  de  sa  mort  naturelle.  Quant  à  l'autre, 
on  doit  l'éclairer,  l'encourager  par  le  mélange  de  la 
critique  et  de  l'éloge  ;  et  s'il  sait  entendre  l'un  et  l'au- 
tre ,  il  est  sauvé. 

!Nous  avons  conseillé  à  M.  de  la  Martine  de  donnera 
ses  ouvrages  des  fondemens  plus  solides  ,  d'apprendre  à 
penser  avant  que  d'écrire  ,  suivant  le  précepte  de  Boi- 
leau.  Nous  lui  conseil'erons  aussi  dese  f.iire,  avant  tout, 
des  principes  sûrs,  et  de  suivre  une  bonne  école.  Il  lui 
arrive  souvent  de  donner  dans  des  fautes  de  goût,  qui 
pourraient  déceler  en  lui  du  penchant  pour  le  genre 
romantique  ,  c'est  un   tort  auquel  i^  faut   (|u'il   réilé- 


LITTERATURE.  ^, 

chisse  ,  avant  que  le  mal  ne  devienne  irrémédiable.  Il 
connaît  assez  bien  les  ressources  de  sa  langue  ,  et  paraît 
assez  familiarisé  avec  lerhythme  poétique,  pour  n'avoir 
pas  besoin  de  recourir  à  ces  formes  étranges  et  in- 
solites qui  sont  en  général  le  caractère  de  la  médiocrité, 
et  qui  ne  prouvent  ordinairement  que  l'impuissance. 
M.  de  la  Martine  est  doué  d'un  talent  assez  distingué 
pour  devenir  classique.  Use  perdra,  s'il  imite  beaucoup 
d'écrivains  qui  ont  voulu  paraître  neufs,  et  qui  n'ont  été 
trouvés  que  singuliers. 

Je  ne  voudrais  point,  par  exemple  ,  pour  l'honneur 
de  M.  de  la  Martine  ,  qu'il  fît  souvent  des  vers  tels  que 
ceux-ci  : 

De  ses  paissantes  mains 
11  ("Dieu)  a  laissé  tomber  le  monde  et  les  humains.... 

Du  nectar  idc'al  sitôt  qu'elle  a  goûte', 

Ijh  nature  re'pugoe  à  la  réalite'. 

Dans  le  sein  du  possible  en  songe  elle  s'élance, 

Le  réel  est  étroit,  le  possible  est  immense; 

L'ame  avec  ses  désirs  s'y  bâtit  un  séjour.... 

Je  marche  dans  la  nuit  par  un  chemin  mauvais 

Gloire  à  toi  (  Dieu  ) ,  le  malheur  en  naissant  m'a  choisi  : 
Comme  un  jouet  vivant  ta  droite  m'a  saisi. 

Pour  dédommager  le  lecteur  de  ces  mauvais  vers  , 
j'en  citerai  d'autres  qui  sont  fort  beaux.  En  voici  qui 
caractérisent  bien  le  talent  sauvage  de  lord  Byron  ,  au- 
quel l'auteur  adresse  une  épîtrc  pour  lui  prouver  qu'il 
existe  un  Dieu  ;  vérité  que  ,  du  reste,  je  ne  crois  point 
lord  Byron  disposé  à  rejeter: 

Qui  que  tu  sois,  Byron,  bon  ou  fatal  génie, 
J'aime  de  tes  concerts  la  sauvage  harmonie, 
Comme  j'aime  le  bruit  de  la  foudre  et  des  vents 
Se  mêlaat  dans  l'orage  à  la  voix  des  torrens.' 


:8  LITTERATURF. 

l.a  nuit  est  Ion  st-joiir  j  l'iiorreur  est  ton  domaine. 
1/aiglc,  roi  Jus  déserts,  dtidaigne  aio^i  la  plaine. 
Il  ue  veut  comaïc  toi  que  des  rocs  escarpes , 
(.^uc  riiivcr  A  blanchis,  que  la  tbudi'e  a  frappes ^ 
Des  rivaj;es  couv«'rts  des  débris  du  naufrage  , 
Ou  des  champs  tout  noircis  des  restes  du  earnagc 
Et  tandis  ({ue  l'uiseau  qui  ch;infc  ses  douleurs, 
BJtil  au  bord  des  e.iux  son  niJ  parmi  les  (leurs, 
l>ui ,  des  Sommets  d'Athos  franchit  l'horrible  cime, 
Suspend  nu  flanc  des  monts  son  aire  sur  Tabîme, 
Et  là ,  seul ,  entouré  de  membres  puljiilans , 
Hc  rochers  d'un  sang  noir  sans  cesse  d<-gorttans  , 
i'rouvant  sa  volupté  dans  les  cris  de  sa  proie, 
Berce  par  la  tempête ,  il  s  endort  dans  sa  joie. 

Ces  vers  sont  bjeaux,  à  quelques  taches  près. 

L'auteur  réussit  inoins  en  général  dans  les  grands 
vers  que  dans  les  strophes.  Il  ne  semble  pas  encore  as- 
sez familier  avec  la  période  poétique,  et  l'espèce  de  dé- 
sordre qui  règne  toujours  dans  ses  idées  convient  mieux 
à  l'ode  qu'à  l'épître  qui  demande  plus  de  liaison  et  de 
logique.  Mais,  avec  tout  cela  ,  ses  odes  mêmes  ne  mon- 
trent pas  assez  un  sujet  fixe  et  un  but  certain.  La  meil- 
leure de  toutes  est ,  sans  contredit ,  celle  qu'il  adresse  à 
un  poëte  portugais  exilé  de  sa  patrie.  Cette  pièce  con- 
tient ,  sur  le  sort  réservé  aux  poètes ,  des  strophes  d'une 
grande  beauté. 

Ton  soit,  ù  Manoel,  suivit  la  loi  commune  , 
La  musc  t'enivra  de  précoces  faveurs; 
Tes  jours  furent  tissus  de  gloire  et  d  infortune 
Et  lu  verses  des  pleurs! 

Bougis  plutôt ,  loiijjis  d'envier  au  vidpaire 
Le  stérile  repos  ihmt  son  coeur  est  jaloux. 
Les  dieux  ont  fait  pour  lui  ti)us  les  bieus  de  la  k'i  re, 
M.ii'  la  K  rç  eit  \  non?. 


LITTERATUPvE.  5g 

Lc5  siècles  sont  à  toi;  le  moude  est  ta  palrift 
Quand  nous  ne  sommes  plus,  notre  ombre  a  des  autels. 
Où  le  juste  avenir  pre'pare  à  ton  génie 
Des  honneurs  immortels. 

Ainsi,  l'aigle  superbe  au  se'jour  du  tonnene 
S'élance;  et ,  soutenant  son  vol  audacieux, 
Semble  dire  aux  mortels  :  Je  suis  ojé  sur  la  terre , 
Mais  je  vis  dans  les  cieux. 

Oui,  la  gloire  t'attend;  mais  arrête,  et  contemple 
A  quel  prix  on  pénèlre  en  ces  parvis  sacrés. 
Vois  :  l'infortune ,  assise  à  la  porte  du  temple  , 
En  garde  les  degrés. 

Ici ,  c'est  le  vieillard  que  l'ingrate  lonie 
A  vu  de  mers  en  mers  promener  ses  malheurs  j 
Aveugle  ,  il  mendiait ,  au  prix  de  son  génie. 
Un  pain  mouillé  de  pleurs. 

Là,  le  Tasse,  brûlé  d'une  flamme  fatale. 
Expiant  dans  les  fers  sa  gloire  et  son  amour, 
Quand  il  va  recueillir  la  palme  triomphale , 
Descend  au  noir  séjour. 

Ces  strophes  sont  harmonieuses  ,  et  d'un  tour  heu- 
i  reux.  Je  n'en  dirai  pas  autant  d'une  ode  à  M.  de  Bo- 
nald,  qui  rappelle  trop,  sans  l'égaler,  l'ode  admirable  de 
Lebrun  à  Bujjfon  sur  ses  détracteurs.  Les  licences  de  la 
poésie  vont  aussi  loin  qu'il  est  possible  dans  cette 
pièce  ,  oii  M.  de  Bonald  n'a  ,  j'en  suis  sûr ,  rien  trouvé 
à  reprendre.  Elle  est,  au  reste  ,  fort  supérieure  à  une 
Epttre sur  Dieu,  adressée  à  M.  de  La  Mennais  ,  et  qui 
est  beaucoup  plus  digne  du  patron  que  du  sujet.  Je 
ne  porterai  pas  le  même  jugement  sur  la  méditation 
17' ,  intitulée  Le  Golfe  de  Baja  ,  près  de  Naples.  Cette 
pièce  est  pleine  de  grâce  et  d'élégance. 

M.    de  la  Martine  a  donné  contre  un  écueil   qu'il 
faut  lui  conseiller  d'éviter  désormais.  C'est  la  facilité 


I 


8o  r.llTÉRATlKt. 

des  réminiscences.  On  trouve  dnns  son  mince  volume 
un  nombre  trop  grand  de  larcins  mal  déguisés  ,  de 
passages  évidemment  pris,  soit  à  tel  ou  tel  poêle  peu 
connu,  soit  même  à  des  écrivains  célcbrrs.  Il  s'avise 
{|uel({uefois  de  refaire  des  vers  (jui  ont  été  très  bien 
faits,  et  en  général  il  est  malheureux  dans  ces  imita- 
tions. C'est  ainsi  (jue,  dans  une  pièce  sur  le  Soleil,  dans 
celle  dont  nous  avons  déjà  parlé  sur  Dieu  ,  et  dans 
une  ode  sur  U Enthousiasme ,  il  emprunte  des  idées  et 
des  vers  à  diflercus  poètes.  On  lit  dans  cette  dernière  , 
ce  vers  ,  qu'on  pourrait  citer  à  sa  louange,  s'il  en  éta;t 
l'auteur  : 

La  gloire  est  le  rêve  d'une  ombre. 

Dans  un  poème  de  M.  Chènedollé,  sur  le  (jénie  de 
riionimc,  poèiue  moins  connu  qu'il  ne  mérite,  ou 
lit  cet  autre,  on  plutôt  ce  même  vers: 

Al»!  cette  triste  vie  est  le  rêve  d'uue  ombre. 

Une  foule  d'exemjjlcspareilspourraient  être  cités.  Les 
vers  suivans  sur  la  mélancolie  ne  sont  pas  sans  mérite  : 

iMais  dqà  l'oinhre  plus  tpaiose 
Toiubo  ft  !>i  unit  les  vaslea  mère  j 
Le  bord  s'ertace,  le  l)ruil  cesse; 
4.<;  silence  ocriipe  les  aiis. 
C'est  l'heure  on  la  Me'laucolie 
S'asseoit  pensi\x  et  recueillie 
Aux  bonis  sikacieux  des  mers, 
iùt,  méditant  sur  le»  ruines, 
ConteBtple  ,  au  penchaut  d»"S  roIlKies, 
Ces  palais,  ces  temples  déserts. 

^lais ,  pourquoi  faut-il  que  nous  connaissionsce  moc-     I 
ceau  admirable  de  Laharpe  sur  le  même  sujet  : 
Cist  là  ,  <'>»t  dans  l'obsowrit*' 
Queiuvaot  l^  Inmulte,  et«i«i$  soi  recueillie, 


I 


LITTÉRATURE.  8« 

Vient  s'asseoir  la  Mélancolie 

Pour  y  rêver  en  liberté. 
Ses  maux  et  ses  plaisirs  ne  sont  connus  que  d'eUe. 
A  ses  chagrins  qu'elle  aime  elle  est  toujours  fîdelle , 
Ne  se  plaît  que  dans  l'ombre ,  et  dans  les  lieux  déserts  ; 
Elle  verse  des  pleurs  qui  ne  sont  point  anaers. 
Tout  entière  à  l'objet  dont  elle  est  possédée, 
IVe  redit  qu'un  seul  nom,  n'entretient  qu'une  idée. 
Et  chérit  son  secret  qui  s'échappe  à  moitié. 
Son  regard  triste  et  doux  inspire  la  pitiéj 
Elle  étouffe  sa  plainte ,  et  soupire  en  silence  ; 
Elle  n'ose  qu'à  peine  embrasser  l'espérance. 
Et  tremble,  en  adressant  un  timide  désir. 
Vers  un  bonheur  lointain  qui  toujours  semble  fuir. 

M.  de  la  Martine  caractérise  ainsi  l'automne  :- 

C'est  l'adieu  d*un  ami,  c'est  le  dernier  sourire 
Des  lèvres  que  la  mort  va  fermer  pour  jamais. 

Tout  le  monde  connaît  ce  vers  de  Delille  sur  l'au- 
tomne : 

C'est  le  dernier  adieu  d'un  ami  qui  nous  quitte. 

Cet  autre  passage,  tiré  d'une  pièce  qui  est  un  centon 
continuel  de  Millevoye',  de  Chénier,  et  de  quelques  au- 
tres poètes  ,  est  encore  une  faible  imitation  d'un  beau 
morceau  de  Delille  : 

Tel  un  pilote  octogénaire 
Du  haut  d'un  rocher  solitaire , 
Le  soir,  tranquillement  assis , 
Laisse  au  loin  égarer  sa  vue. 
Et  contemple  encor  l'étendue 
Des  mers  qu'il  sillonna  jadis. 

Delille  a  dit ,  dans  le  Poème  de  l' Imagination ,  ch.  vi  i 

Ne  vîtes-vous  jamais ,  aux  bords  de  la  Tamise , 
Cette  noble  retraite  aux  vieux  guerriers  promise? 
TOME  vm.  6 


8a  LM'IKKAÏURE. 

La  jeunesse  à  ses  yeux  part ,  navigue  et  revient 
Qui-  fait  le  vieux  no<hcr?  il  voit ,  il  se  souvient, 
Se  rappelle  les  mers ,  les  nations  lointaines , 
Ses  dangers,  ses  combats,  se*:  plai&iis  et  ses  peines- 
Il  recommande  aux  vents  les  jeunes  matelots, 
Se  rembarque  en  iile'e,  cl  les  suit  sur  les  Ilots. 

M.  de  la  Martine   s'adresse  ainsi  au  Soleil  : 
liVclat  de  tes  rayons  ne  s'est  point  affaibli, 
Kt  sous  la  marn  du  tems  ton  front  n'a  pninl  pâli. 

Ces  deux  vers  assez  faiMes  rappellent  cvidenimeiil  les 
suivans  ,  de  Rouchcr,  dans  le  Poème  des  Mois  : 
Pour  toi ,  rien  ne  tcruit  ton  antique  splendeur, 
'l'u  ne  vieillis  jamais  j  non,  soleil,  ton  ardeur 
Pu  fems ,  qui  détruit  tout,  n'a  point  senti  l'atteinte. 
Cent  trônes  renver.sés  pleurent  leur  gloire  éteinte^ 
Là  ,  tu  vis  dans  la  flamme  Ilion  s'engloutir  j 
Ici ,  gît  au  tombeau  le  cadavre  de  i'yr  ; 
La  Rome  des  Césars  a  passé  comme  une  ombre  j 
Les  peuples  et  les  jours  s'écouleront  sans  nombre; 
Toi  seul,  au  haut  des  airs,  victorieux  du  tems, 
Tu  contemples  en  paix  ces  débris  éclatans. 
Tes  temples  sont  tombés ,  et  le  dieu  vit  encore  f.. 

Ils  rappellent  également  ceux  qui  suivent ,  et  qui  sont 
tirés  du  Génie  de  V Homme  ^  de  M.  Chênedollé  : 

Notre  terre  à  tes  yeux  sans  fin  se  renouvelle. 
Et ,  roulant  nos  débris  sur  sa  route  éternelle. 
Le  tems  rcnver.se  tout ,  mais  il  ne  l'atteint  pas. 
Les  révolutions,  longs  tourmens  des  Ktats, 
Ebranlent  notre  globe  ,  et  te  spnt  étrangères. 
'lu  n'es  jamais  cmu  «lu  bruit  de  nos  misères , 
Et  ton  front  toujours  calme  c'clâirc,les  tombeaux 
Des  peuples  dont  tu  vis  s'élever  les  hcrceàux. 

Ces  deux  morceaux  me  semblent  supérieurs  à  toute  la 
pièce  de  M.  de  la  Martine,  sur  le  Soleil'.' 

\jr   morceau  qui   termine  son  recueil  est  un  dilliy- 
rambe  imite  des  prophètes,  et  adressé  à  IM.    Eugène 


LITTÉRATURE.  83 

Genoude,  jeune  écrivain  qui  fait  une  traduction  de 
la  Bible ,  et  qui  vient  d'en  publier  une  de  l'Imitation  de 
J.-C. ,  et  qui  est  encore  connu  par  quelques  articles  peu 
remarquables  du  Conservateur.  Ce  dithyrambe  se  com- 
pose d'une  suite  d'imitations  paraphrase'es  de  Job  , 
d'Isaïe ,  d'Ezéchiel  et  de  Jérémie.  On  trouve  du  feu  et 
de  l'enthousiasme  dans  ces  imitations  ;  mais  j'avoue 
que  je  crains  ,  pour  le  goût  de  l'auteur,  l'amour  qu'il 
montre  pour  les  figures  orientales  :  telle  chose  est  fort 
belle  dans  la  Bible ,  qui  peut  paraître  fort  déplacée  et 
même  ridicule  en  vers  français.  Le  génie  des  langues 
ne  se  ressemble  pas.  Une  magnifique  image  en  hé- 
breu, peut  être  une  niaiserie  dans  notre  langue.  Nous 
ne  sommes  pas  encore  accoutumés  à  voir  bondir  les 
collines  comme  des  chevreaux ,  et  les  montagnes  comme 
des  brebis. 

On  trouve ,    par    exemple  ,    dans  Job   cette   image 
étrange  ,  que  notre  auteur  traduit  littéralement  : 

O  tombeau!  vous  êtes  mon  père, 
Et  je  dis  aux  vers  de  la  terre  ; 
Vous  êtes  ma  mère  et  mes  sœurs. 

Cela  me  paraît  fort  contraire  à  la  délicatesse  du  goût 
français. 

Pour  nous  résumer  sur  M.  de  la  Martine  ,  nous  di- 
rons que  ses  poésies  sont  un  essai  estimable  que  l'on 
doit  accueillir  avec  indulgence  ,  et  que  le  gouverne- 
ment a  bien  fait  d'encourager  ;  mais  nous  ajouterons/ 
que  l'absence  continuelle  de  variété  et  de  pensées  fait 
craindre  que  l'auteur  n'attache  pas  assez  de  prix  à  ce 
fondement  de  tout  ouvrage  littéraire.  Ce  sont  des  vers 
en  général  élégans  ,  des  strophes  bien  faites  ;  mais  ce 
ne  sont  que  des  vers  et  des  strophes.  Le  lecteur  exige 
quelque  chose  de  plus.  L.  Thiessé. 

6* 


Si  LITTÉRATURE. 


%\*w^'Www\w^v\%^v^^h^^w'*^**^*'v^^vw» 


Les  Quatre  Ages,  ^«r  Ch/lrles  Pougens,  auteur 
du  Trésor  des  Origines,  et  du  Dictionnaire  gram- 
matical raisonné  de  la  langue  française,  'z'  édit.'^ 
suwis  du  portrait  d'une  jeune  Jille  par  un  papil' 
lon(ï). 

Lettre  d'un  CHâRT»Kcx,^arCHARLEsPouoEriS  (2). 

Abel  ou  les  Trois  Pères,  ;;arCHARLES  PoocE^s  (3). 

Voici  trois  romans  du  môme  auteur  qui  paraissent 
à  la  fois;  et  ce  romancier  est  un  érudit,  un  membre 
de  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres!  Pour 
faire  cesser  la  surprise  que  ce  début  pourrait  exciter, 
hâtons-nous  d'avertir  les  lecteurs  que  ces  trois  nouvelles 
productions  de  M.  Pougens  ont  chacune  un  but  moral  ; 
qu'elles  sont  enfin  de  ce  genre  qu'on  est  convenu  à^ap- 
fe]er  philosophique  y  et  dans  lequel  Voltaire  a  excellé. 
Certes ,  c'est  faire  un  usage  utile  et  louable  de  ses  loi- 
sirs que  de  chercher  à  démontrer ,  par  des  faits  ou  réels 
ou  inventés,  par  quelque  fable  intéressante,  une  im- 
portante vérité.  Un  roman  philosophique  n'est  guère 
qu'un  long  apologue. 

Nous  avons  déjà  fait  connaître  l'un  de  ces  romans, 

(i)  Paris  ,  i8ao.  i  vol.  in-8*.  Imprimerie  de  Didot  a!në.  Papier 
fin  satin»?.  Prix,  a  fr. ,  ei  a  fr.  Ji5  c.  par  la  posfn. 

(a)  Paris,  iSao.  i  vol.  in-i8.  Imprimerie  du  Didot  atné.  Figure; 
papier  iin  satine.  Prix,  i  fr.  80  c.  ,  et  a  ïf.  par  la  post«. 

(3)  Paris,  i8io.  i  vol.  in-ia.  Prix,  3  fr. ,  et  3  fr.  5o  c.  par  la 
poste. 

Ces  trois  ouvrages  sc  trouvent  chez  P.  Moogie  aSaé,  bouierarJ 
Poisïuuoiùre .  n°  i8. 


UTI'ÉRA'IURE.  85 

Zics  Quatre  Ages  (i)  :  c'est  une  seconde  e'dflion  que 
l'auteur  en  publie  ;  le  succès  de  l'ouvrage  a  justifié  nos 
éloges.  Des  occupations  champêtres ,  une  compagne 
qu'on  aime  ,  des  enfans  qui  croissent  dans  la  paix  et 
dans  la  vertu  ,  des  goûts  purs  et  simples,  voilà  le  bon- 
heur ,  d'après  le  roman  des  Quatre  Ages.  Horace 
l'avait  dit  en  cent  endroits;  il  l'avait  dit,  quoiqu'il 
vécût,  ou  peut-être  parce  qu'il  vivait  au  milieu  d'une 
cour  brillante.  M.  Pougens  l'a  prouvé  par  un  exemple; 
il  a  mis  le  précepte  en  action.  En  faisant  réimprimer 
son  opuscule,  il  s'est  bien  gardé  de  l'étendre,  de  l'aug- 
menter :  dans  cette  série  de  tableaux  frais,  doux,  vo- 
luptueux, qu'il  fait  passer  l'un  après  l'autre  sous  les 
yeux  du  lecteur,  l'idée  principale  avait  été  suffisam- 
ment développée.  Le  goût  indique  aux  bons  auteurs 
les  bornes  qu'ils  doivent  se  prescrire. 

On  trouve,  il  est  vrai,  dans  cette  seconde  édition  des 
Quatre  Ages ,  une  pièce  assez  longue  en  vers  ;  mais 
elle  ne  tient  nullement  au  sujet.  Elle  finit  agréable^ 
ment  le  volume ,  et  n'allouge  pas  le  roman.  C'est  le 
portrait  à' Une  jeune  Jîlle  ,  tracé  en  vers  assez  faciles, 
et  qui  prouvent  que  la  langue  de  la  poésie  n'est  pas 
plus  étrangère  à  notre  savant  académicien,  que  celle  du 
raisonnement  et  de  l'érudition.  Le  style,  le  ton  de 
cette  pièce  rappellera  à  ceux  qui  ont  vécu  à  cette 
époque  du  dix-huitième  siècle  oii  la  poésie  légère  était 
cultivée ,  tous  ces  jolis  riens  qui ,  des  salons  de  Paris  où 
ils  étaient  vivement  applaudis  ,  passaient  dans  les 
mille  et  un  recueils  de  vers  qui  paraissaient  alors  tous 
les  mois,  et  surtout  dans  cet  Almanach  des  Muses, 
berceau   de   tant   de   réputations   poétiques  ;   de   cet 

(i)  Voy.  Tome  II  de  la  P£vue,  pag.  492. 


86  LITTÉRATURE. 

Almanach  ou  débutèrent  les  Parny  ,  les  Berlin  ,  et  oà 
Voltaire  ne  dédaigna  pas  de  consigner  les  derniers 
accens  de  sa  muse.  Les  temps  sont  bien  changés  I  les 
petits  vers  n'ont  plus  de  vogue  ;  et  si  l'on  en  lit  encore  , 
on  veut  qu'ils  présentent  d'autres  images,  qu'ils  aient, 
en  un  mot,  une  toute  autre  couleur  que  celle  de  la 
plupart  des  productions  poétiques  de  la  période  que 
nous  venons  d'indiquer  ;  période  assez  récente  ,  mais 
que  le  changement  dans  les  goûts  comme  dans  les 
mœurs  nous  fait  paraître  singulièrement  éloignée  de 
notre  tems. 

Kien  ne  ressemble  moins  au  roman  des  Quatre  y4geSy 
à  cette  espèce  de  pastorale  que  Gesner  n'eût  peut-être 
pas  désavouée  ,  que  cette  autre  production  à  laquelle 
l'auteur  a  donné  pour  titre,  Lettres  d'un  Chartreux. 
Celle-ci  offre,  dans  l'espace  de  quatre-vingts  pages  au 
plus,  d'un  très  petit  format,  le  tableau  déchirant  des 
ravages  que  fait,  dans  le  cœur  d'un  être  isolé  de  la 
société  entière  ,  cette  passion  de  l'amour  que  pourtant 
Dieu  donna  aux  hommes  pour  les  dédommager  du 
malheur  d'exister.  Cette  passion  n'a  ,  pour  le  solitaire, 
ni  charmes,  ni  délipes  ;  c'est  un  poison  lent  qui  coule 
dans  SCS  veines  ,  trouble  son  cerveau,  le  remplit 
d'images  fantastiques.  Sans  avoir  commis  de  crime,  le 
solitaire  amoureux  sent  tous  les  tourmcns  du  remords. 

Pour  peindre  cet  état  de  souffrance  et  d'angoisse, 
Laharpe,  le  sec  et  froid  Laharpe  trouva,  une  fois  dans 
sa  vie ,  quelque  seu  timent  dans  son  ame  ,  quelque  cha- 
leur, des  larmes  mêmes  sous  sa  plume;  ce  fut  lors- 
qu'il entreprit  d'écrire  lesdouloureuses  confidences  d'un 
malheureux  qui  avait  trompé  le  vœu  de  la  nature  en 
se  faisant  moine,  et  dont  elle  se  vengeait,  comme  il 
arrive  toujours,  en  le  condamnant  à  souffrir  d'avance 


LITTÉRATURE.  85 

dans  ce  monde  tous  les  tourmens  de  l'enfer  (1).  Cet    i 
.écrit,  oii  l'on  trouve  un  mérite  que  l'on  ne  connaissait 
point  à  Laharpe  ,  beaucoup  de  sensibilité ,  on  est  fondé 
à  croire  qu'il  n'osa  plus  l'avouer  dans  sa  vieillesse , 
Jorsqu'il  eut  abjuré  la  philosophie. 

Quant  à  M.  Pougens,  il  ne  se  repentira  jamais, 
nous  en  serions  garans,  d'avoir  démontré,  non  par  de 
froids  raisonnemens,  mais  par  le  récit  d'une  anecdote 
qui  n'a  rien  que  de  très  vraisemblable,  combien  se 
trompent  ces  âmes  faibles  et  tendres,  qui,  pour  se 
soustraire  à  une  passion  que,  dans  l'aveuglement  d'une 
dévotion  excessive  ,  elles  nomment  criminelle ,  s'en- 
ferment dans  lia  solitude  Jes  cloîtres,  se  vouent  à 
toutes  les  privations  ,  croient  acheter  le  ciel  en  renon- 
çant aux  plaisirs  de  la  terre.  L'ennemi  qu'elles  fuyaient, 
elles  le  trouvent  au  fond  de  leur  cellule,  plus  puis- 
sant, plus  formidable  ,  entouré  de  fantômes  efFrayans, 
armé  du  remords.  ■'-' 

Le  jeune  chartreux  Anatole  n'a  jamais  connu  l'a- 
mour. Une  fois,  une  seule  fois,  il  entrevoit  une  femme 
dans  les  jardins  de  son  couvent  :  elle  n'a  jeté  qu'un 
regard  sur  lui,  ne  lui  a  dit  que  ces  deux  inots  :  pauvre 
infortuné!  et  voilà  son  esprit  qui  s'égare  ,  qui  se  rem- 
plit de  chimères.  Il  aime  ,  il  adore  celle  qu'il  ne  verra 
jamais,  et  qui  même  ignorera  toujours  qu'elle  est 
aimée;  il  lui  écrit  des  lettres  brûlantes  qu'elle  ne  lira 
point  :  dévoré  par  une  passion  qui  jamais  ne  sera  satis- 
faite ,  qui  n'est  pas  même  soulagée,  calmée  par  l'espé- 
rance,  il  sent  son   corps   se  dessécher,   s'affaiblir,   à 

(0  Voy.  le  CaiiiaUIiile ,  petit  roman  philosophique  en  prose.  Ou 
le  trouve  dans  quelques  e'ditions  de  JJclanie,  à  la  suite  de  cette 
pièce.  "^ 


as  LITTÉRATURE. 

mesure  que  6a  raison  s'altère;  il  ne  trouvera  de  repofr 
que  dans  la  tombe. 

Ce  sont  les  lettres  de  ce  malheureux  que  M.  Pougens 
a  recueillies,  et  qu'il  donne  au  public.  Quiconque  a  lu 
dans  les  écrits  qui  nous  restent  de  ces  hommes  qui, 
dans  les  premiers  tems  du  christianisme,  s'enfonçaient 
dans  les  déserts  pour  prier  et  méditer  ;  quiconque  a  lu  , 
disons-nous ,  même  dans  les  légendes ,  les  combats  que 
livraient  à  la  plus  indomptable  des  passions  tous  ces 
pieux  personnages,  leurs  délires,  leurs  visions,  sentira 
beaucoup  mieux  le  mérite  des  Lettres  du  Chartreux  ; 
il  verra  combien  l'auteur  est  peintre  fidèle  des  troubles , 
des  déchiremens  d'une  ame  secrètement  blessée  ,  et  qui 
ne  peut  trouver  autour  d'elle  ni  remède  à  ses  maux  ^ 
ni  même  la  plus  légère  distraction.  Anatole  aussi , 
comme  tous  les  êtres  placés  dans  cette  situation  déses- 
pérante, avait  des  visions.  Voici  comme  il  raconte  à 
l'unique  objet  de  ses  pensées  ,  ce  qui  lui  arriva  une  nuit 
qu'il  était  allé  méditer  sur  le  tombeau  d'un  jeune 
moine,  autrefois  son  ami: 

«  La  lune  m'inondait  de  sa  douce  lumière;  les  mo- 
biles reflets  de  ses  rayons  argentés  glissaient  sur  ma 
robe  blanche  :  de  grandes  masses  d'ombres  épaisses  et 
vacillantes  fuyaient  majestueusement  vers  l'extrémité 
de  l'enceinte  funèbre;  l'auguste  silence  de  la  nuit, 
joint  au  calme  sacré  des  tombeaux,  imprimaient  à 
cette  scène  un  caractère  solennel.  1  out-à-coup  le  ciel 
3'obscurcit ,  un  éclair  sillonne  la  nue,  le  tonnerre 
gronde  et  tombe  en  éclats.  Mes  yeux  se  ferment  un 
instnnt,  je  les  rouvre;  une  foule  vague  et  confuse  de 
fantômes  d'une  taille  gigantesque  m'environne  :  au 
milieu  d'eux,  je  crois  reconnaître  mon  ami;  ses  traits 
brillaient   d'un   feu   divin.  Je   m'écrie,   je  m'élance^ 


LITTÉRATURE.  89 

j'ecarté  le  pâle  linceul ,  et  je  n'aperçois  qu'un  afFreux 
squelette  :  d'horribles  sifflernens  frappent  mon  oreillc- 
Bientôt  succède  un  morne  silence ,  et  l'e'pouvantable 
spectre  prononça  d'une  voix  lugubre  ces  deux  mots 
qu'une  fois  j'entendis  de  votre  bouche,  et  dont  la  cé- 
leste mélodie  enivra  tous  mes  sens  :  «  Pauvre  infor- 
tuné !....  »  Le  chœur  des  spectres  répéta  à  voix  basse  : 
«  Pauvre  infortuné  !  «  Puis  ,  tous  jetèrent  à  mes  pieds 
leurs  blancs  linceuls,  et  la  sombre  harmonie  se  perdit 
dans  l'abîme. 

«  J'étais  debout,  et  je  considérais  d'un  œil  ferme 
cette  scène  de  terreur  :  cependant,  une  sueur  froide 
coulait  sur  mon  front  et  sur  tous  mes  membres ,  l'émo- 
tion pénétrait  jusqu'à  mon  cœur.  Alors ,  j'ai  eu  recours 
à  mon  talisman  ordinaire  ;  j'ai  invoqué  votre  souvenir , 
et  l'affreuse  vision  a  disparu. 

M  Je  viens  de  regagner  ma  cellule;  je  vous  écris,  et 
bientôt  je  vais  chercher  sur  la  cendre  et  sur  ma  haire  , 
non  le  repos  dans  le  sommeil ,  mais  une  nouvelle  vie , 
en  pensant  à  vous.  » 

Les  dernières  lettres  du  chartreux ,  celles  qu'il  trace 
d'une  main  mourante,  sont  et  devaient  être  en  effet 
les  plus  douloureuses ,  les  plus  déchirantes.  Mais,  ni 
le  caractère  grave  de  la  Revue ,  ni  l'espace  qui  nous  est 
réservé,  ne  nous  permettent  de  les  citer  entières;  et 
morcelées  ,  elles  perdraient  beaucoup  de  leur  intérêt. 

Que  résulte-t-il  de  cette  lecture?  Une  aversion  bien 
juste  pour  toutes  ces  institutions  qui  tendaient  à  sé- 
parer l'homme  de  ses  semblables.  Les  couvens  n'étaient 
et  ne  peuvent  être  que  le  séjour  de  l'oisiveté,  de  l'hy- 
pocrisie ;  quelquefois,  l'asile  du  crime  ;  plus  souvent, 
celui  du  malheur  et  du  désespoir.  Les  âmes  fortes 
savent  bien  s'y  débarrasser  des  entraves  rigoureuses  de 


90  LITTÉRATURE 

la  règle  ;  elles  trouvent  des  moyens  de  satisfaire  avec 
fureur  des  passions  devenues  plus  ardentes  par  la  con- 
trainte et  la  solitude  :  les  aines  faibles  et  timorées  y 
souffrent,  y  pleurent.  Là  sont  des  moines  tels  que  les 
ont  peints  Bocace  et  La  Fontaine,  ou  Ae j}auvre$  infor- 
tunés tels  que  l'Anatole  de  M.  Pougens.  lit  voilà  jiour- 
tanl  les  institutions  que  voudrait  rappeler  en  France 
une  faction  insensée  ,  en  dépit  des  lois  solennelles  qui 
les  ont  proscrites  ,  et  malgré  les  sages  conseils  de  la 
philosophie  et  de  l'humanité. 

Passons  à  la  plus  importante  de  ces  ijouvelles  produc- 
tions de  M.  Pougens  ,  à  son  Abtl. 

C'est  encore  un  roman;  mais,  sous  une  forme  frivole , 
il  cache  d'utiles  vérités.  L'auteur  s'y  propose  deprouver: 

i".  Qu'une  éducation  trop  rigide  a  rarement  d'heu- 
reux résultats  ; 

2°.  Qu'en  punissant,  comme  des  crimes,  de  simples 
erreurs  de  jeunesse,  on  aigrit  les  caractères  plutôt 
qu'on  ne  les  corrige  ; 

3°.  Enfin  ,  que  notre  jurisprudence  est  impré- 
voyante et  barbare  ;  que  les  peines  qu'elle  inflige  pour 
des  délits  qui  ne  méritent  pas  la  mort  (  celle  de  la  ré- 
clusion, par  exemple,  ou  celle  de  la  flétrissure)  ,  doi- 
vent nécessairement  transformer  en  scélérats  di'> 
hommes  que  peu  t-être  il  eût  été  facile  de  ramener  à  la 
vertu. 

Voila  ce  que  démontre  l'histoire  à^Abcl  et  de  ses 
frères.  Nous  laisserons  de  côté  ses  frères  qui ,  dans  le 
roman  ,  ne  jouent  qu'un  rôle  très-secondaire,  pour  ne 
nous  occuper  que  du  principal  héros. 

Quoi(|u'il  eût  été  élevé  avec  la  plus  grande  rigueur 

•  par  un   père   très-dévot  calviniste,  Abel  ,  à   dix-huit 

ans ,  a  déjà  commis  deux  fautes  assez  graves  :  il  s'est 


LITTÉRATURE.  91 

•laissé  séduire  par  la  gouvernante  d'un  curé  ,  et  a  séduit 
à  son  tour  une  jeune  fille.  Pour  ces  deux  petites  fre- 
daines, on  le  renferme  pour  quelque  tems  à  St. -Lazare  ; 
et  il  perd  un  emploi  subalterne  qui  le  faisait  exister. 
Il  sort  de  sa  retraite  ,  moins  bon  qu'il  n'y  était  entré, 
mais  pas  encore  coupable  ;  il  va  le  devenir.  Manette  , 
la  malheureuse  victime  de  sa  passion  ,  a  été  rejetée  de 
sa  famille,  s'est  réfugiée  dans  un  galetas  oii  elle  a  mis  au 
inonde  une  fille.  C'est  là  qu'Abel  la  retrouve  ,  au  mo- 
ment même  oii  elle  allait  expirer  de  misère  ,  ainsi 
que  son  enfant.  Mais  que  fera-t-il  ?  Lui-même  ne 
possède  rien.  Son  premier  mouvement  est  d'aller  se 
proposer  à  un  recruteur,  et  de  porter  aussitôt  à  sa 
malheureuse  famille  le  prix  de  sa  liberté  ;  mais  il  ne 
peut  réussir  dans  ce  noble  projet.  Le  hasard  le  conduit 
près  d'un  hôtel  ;  il  a  autrefois  connu  la  dame  qui 
l'habite  ;  il  entre  pour  implorer  quelques  secours,  et 
n'en  peut  obtenir.  Un  moment  il  reste  seul  ;  une  bague 
de  peu  de  valeur  est  sous  ses  yeux  :  la  prendra-t-il  ?  il 
hésite;  mais  Manette  meurt  de  faim.  Il  emporte  la 
bague,  et  va  l'engager  dans  un  bureau  du  Mont-de- 
Piété.  Son  espoir  est  de  la  retirer  bientôt;  mais  son  vol 
a  été  découvert  y  il  est  arrêté  ,  jugé  ,  condamné  aux  ga- 
lères pour  trois  ans. 

Ces  trois  cruelles  années  s'écoulent  lentement  au 
milieu  de  bandits  de  toute  espèce.  Enfin ,  le  terme  du 
châtiment  est  arrivé  ;  on  lui  ôte  ses  chaînes ,  il  recouvre 
sa  liberté.  Mais  quel  don  funeste  !/on  a  rendu  à  la  so- 
ciété un  homme  qu'un  barbare  préjugé  va  poursuivre 
partout ,  que  l'on  n'y  verra  qu'avec  uue  espèce  d'effroi. 
Partout ,  il  entendra  résonner  à  son  oreille  ces  mots 
terribles  :  Il  fut  galérien. 

Répétons  ici  quel»[ues  réflexions  très  justes  et  bien 


93  LITTÉRATURE, 

exprimées,  qui  se  trouvent  dans  une  cîe  nos  feuilles 
quotidiennes,  au  sujet  de  l'injuste  opinion  qui  punit , 
pour  toute  sa  vie,  l'horame  que  la  loi  n'avait  puni  que 
pour  un  tems  :  «  Trois  années  de  remords ,  d'esclavage  , 
de  misère,  dit  l'auteur  de  l'article,  n'ont-elles  donc 
point  assez  expié  sa  faute?  Et,  quand  le  besoin  de  la 
faire  oublier  le  tourmente  et  le  rend  capable  des  plus 
nobles  efforts,  n'y  a- t- il  point  de  la  barbarie  à  dé- 
concerter sa  généreuse  ambition,  à  le  âégrader  sans 
cesse  par  vos  outrages  I  Vous  prétendez  puiser  dans  la 
morale  votre  inflexible  rigueur  ;  osez  donc  mépriser 
Rousseau,  dont  l'éloquence  fut  profitable  à  l'huma- 
nité. Rousseau  n'a  point  été  frappé  par  la  loi  ;  mais  il 
s'est  rendu  coupable  d'un  crime  ;  il  a  manqué  à  l'hon- 
neur ,  il  a  volé  ;  lui-même  en  a  tracé  l'aveu  déchirant, 
et  tous  ceux  qui  ont  lu  ses  remords  ,  lui  ont  pardon- 
né sa  coupable  erreur.  On  ne  peut  se  défendre  d'une 
sorte  d'elTroi,  en  songeant  qu'il  s'en  est  bien  peu  fallu 
que  la  main  qui  a  écrit  le  Contrat  Social  ne  fût  chargée 
de  fers  et  forcée  de  manier  la  rame.  Flétri  à  vingt 
ans  ,  fatigué  par  le  malheur  ,  enchaîné  avec  des  crimi- 
nels, Rousseau  leur  eût  peut-être  ressemblé  un  jour  : 
le  feu  du  génie  qui  couvait  dans  son  ame  se  fût  éteint, 
son  cœur,  doué  d'une  si  grande  sensibilité  ,  se  fût  en- 
durci ;  son  imagination  ,  si  elle  n'eût  point  disparu  ,  se 
fût  portée  vers  le  vice,  et  la  société  qu'il  devait  éclairer 
par  des  chefs-d'œuvre,  n'eût  entendu  parler  que  de 
ses  crimes.  —  Ah  !  s'il  se  peut ,  que  la  j  ustice  soit  moins 
impitoyable,  qu'elle  pardonne  quelquefois  à  la  jeu- 
nesse, à  la  misère,  qu'elle  réserve  l'iufamie  aux  véri- 
tables criminels;  et  nous,  n'en  augmentons  point  le 
nombre  par  une  injuste  rigueur;  ne  repoussons  point 
le  coupable  qui  se  repent.  >< 


LITTÉRATURE.  93 

Abel  fut  repoussé.  La  loi  avait  été  impitoyable  ;  les 
hommes  furent  injustes  :  ils  ne  pardonnèrent  point , 
quand  elle  avait  pardonné.  Après  bien  des  aventures 
funestes  qu'il  faut  lire  dans  le  roman  même ,  la  vic- 
time des  trop  rigoureuses  lois  et  des  préjugés  meurt 
sur  un  échafaud.  La  catastrophe  était  inévitable. 

Dans  ce  roman  ,  les  événemens  sont  pressés  et  accu- 
mulés. Du  petit  livre  de  M.  Pougens ,  l'abbé  Prévôt  eut 
fait  sans  peine  six  gros  volumes  au  moins,  et  n'eût  pas 
mieux  atteint  le  but  moral  et  philosophique  de  l'ou- 
vrage. 

C'est  un  spectacle  qui  n'est  pas  sans  intérêt,  que  de 
voir  un  savant  plus  que  sexagénaire  se  livrer  avec  tant 
d'ardeur,  malgré  sa  cécité,  à  un  si  grand  nombre  de 
travaux  littéraires.  Tandis  qu'il  s'occupe  à  finir  un  im- 
mense dictionnaire  étymologique ,  dont  il  a  déjà  publié 
un  Spécimen  qui  a  fait  juger  favorablement  de  l'ou- 
vrage, il  fait  imprimer  une  Archœologie française  {i)  , 
ouvrage  qui  a  exigé  de  longues  et  pénibles  recherches. 
Et  c'est  en  même  tems  encore  qu'il  nous  gratifie  des 
trois  productions  philosophiques  dont  nous  avons  es- 
sayé ,  dans  cet  article ,  de  donner  une  idée. 

Amaury  DrvAL. 


(i)  Archœologie  française,  ou  Vocabulaire  des  mots  anciens 
tombes  en  désuétude,  et  qu'il  serait  bon  de  restituer  au  langage 
moderne,  accompagné  d'exemples  tirés  des  écrivains  français  des 
douzième,  treizième,  quatorzième,  quinzième  et  seizième  siècles- 
L'ouvrage  est  sous  presse  \  il  formera  3  vol.  in-8°.  Prix  de  chaque 
vol.,  jfr.,  pour  les  souscripteurs.  On  souscrit  chez  MM.  Re- 
nouard  et  Treuttel  et  Wiirtz,  libraires  à  Paris. 


BEAUX-AllTS. 

TnÉoniE  DU  Paysage  ,  ou  Considérafions  générales 
sur  les  beautés  de  la  nature  que  Fart  peut  imiter, 
et  sur  les  moyeris  quil  doit  employer  pour  réussir 
dans  celle  imitation^  pari.-\j.  Depebtiies  (i). 

La.  nature  ofTre  à  nos  yeux  une  succession  infinie  de 
spectacles  ;  mais  cette  succession  su])poso  nécessaire- 
ment le  peu  de  durée  des  objets  de  nos  plaisirs;  et,  quel- 
quefois ,  à  peine  avons-nous  le  tenisde  les  contempler  et 
d'en  jouir.  La  peinture  arrête,  en  quelque  sorte,  la 
marche  rapide  de  la  destruction  ;  elle  fixe  sur  la  toile 
ces  scènes  si  belles  et  si  courtes  ;  et,  sous  le  toit  cou- 
vert de  neige  ,  elle  étale  les  images  du  bos([uet  odorant 
et  de  la  rivière  qui  serpente  à  travers  les  prairies  émail- 
lées  de  fleurs. 

Les  études  du  paysagiste  sont  presque  aussi  agréables 
que  leur  résultat  est  séduisant.  C'est  en  contemplant  la 
nature  champêtre  que  riioninic  apprend  à  l'iniitor; 
mais,  avant  de  l'imiter,  il  l'admire,  il  l'aime,  il  en 
apprécie  toutes  les  beautés  ;  et  c'est  ainsi  que  les  études 
deviennent  une  sorte  de  culte  rendu  à  la  nature.  La 
Théorie  du  Pajsoge  ^  par  M.  Drpcrlhcs ,  est  une  nou- 
velle preuve  de  celte  vérité.  Si  les  beaux-arts  ont  pour 
but  d'augmenter  lo  bonheur  de  l'homme,  c'est  sans 
doute  lorsqu'ils  peuvent  présenter  une  théorie  sem- 
blable à  celle-là. 


(i)  Paris,  1818.  I  vol.  in-H".  Le  INormant  ,  lihnnrc  ,  rue  de 
Seine,  n*8,  et  quai  Conti,  n*>5,  entre  le  Pont-Neuf  et  la 
i^Tonnaic.  Prix  ,  fi  fr. 


BEAUX-ARTS.  g5 

;  M.  DepenJies  pense  que ,  lorsque  le  jeune  artiste  a 
fait  les  études  préliminaires  du  dessin  et  de  la  couleur, 
iJ  ne  doit  plus  mettre  les  murs  d'un  atelier  entre  lui  et 
la  nature  :  elle  seule  peut  dévoiler  au  peintre  les  mys- 
tères de  sa  beauté,  et  lui  apprendre  à  en  reproduire 
les  caractères  ;  et  si  les  poètes  ont  eu  raison  de  dire  : 
res  rapiunt  7ierha  ,  le  paysagiste  éprouve ,  à  son  tour, 
que  les  objets  arrachent ,  pour  ainsi  dire  ,  à  la  palette, 
le&  tons  et  les  couleurs  qui  leur  sont  propres. 

La  première  partie  de  la  Tliéorie  du  Paysage  est 
consacrée  à  l'examen  successif  des  phénomènes  de  la 
nature.  En  retraçant  les  caractères  principaux  des 
quatre  parties  du  jour  et  des  quatre  saisons  ,  l'auteur 
veut  exciter  l'imagination  des  artistes  ;  il  veut  allu- 
mer, attiser  ce  feu  sacré  qui  anime  tout  ce  que  les 
arts  produisent  d'excellent.  Le  peintre,  en  lisant  ces 
descriptions,  brûle  de  parcourir  les  forêts,  d'enrichir 
ses  cartons  de  tant  d'objets  ravissans ,  et  de  les  fixer  sur 
la  toile. 

Parmi  les  descriptions  des  phases  diverses  des  quatre 
saisons ,  nous  avons  remarqué  celle  de  l'automne ,  épo- 
que oii  la  nature , 

«  Tout  près  de  l'effeuiller  embellit  sa  couronne  j  n 
Delille.  Les  Jard.  j  ch.  9. 

qu'Horace  désigne  par  l'épithète  de  varius  (  aulumnus 
varius)y  et  qu'on  appelle  avec  raison  la  saison  des 
peintres.  Voici  un  passage  qui  présente,  d'une  manière 
exacte,  celle  série  de  phénomènes  qui  se  succèdent 
aTCC  tant  de  rapidité,  à  la  fin  du  mois  d'octobre  : 
'<  Pendant  qu'il  (  le  peintre)  s'occupe  sans  relâche  à 


^  BEAUX-ARTS, 

imiter  le  feuillage  panaché  de  raille  couleurs,  dont 
l'éclat  se  ternit  à  mesure  que  la  saison  s'écoule  ,  les 
vapeurs  que  la  terre  exhale  de  son  sein  se  trouvent 
condensées  dans  l'atinosphère  par  les  premiers  froids 
qui  commencent  à  se  faire  sentir.  D'abord  légères  et 
presque  invisibles,  peu  à  peu  elles  deviennent  opaques; 
elles  s'abaissent  et  s'accumulent  sur  le  flanc  des  colli- 
nes ;  on  les  voit ,  comme  une  espèce  de  fumée  ,  s'épais- 
sir au-dessus  des  eaux,  et  s'étendre  graduellement  sur 
les  plaines  etsur  les  forêts.  La  nature  entière  s'enveloppe 
d'un  voile  grisâtre  qui  éteint  la  couleur  des  objet», 
selon  leurs  distances ,  et  qui  efface  totalement  ceux  qui 
sont  plus  éloignés  ;  la  cime  des  montagnes  qui  se  dessi- 
naient sur  le  ciel ,  disparaît  sous  l'épaisseur  d'un  brouil- 
lard impénétrable;  l'azurde  la  voûteétbérée  est  éclipsé  ; 
le  soleil  lui-même  a  perdu  son  éclat  éblouissant;  ses 
rayons,  brisés  au  travers  de  la  brume,  ne  peuvent  ar- 
river jusqu'à  la  surface  de  la  terre,  et  son  disque  ne 
se  fait  plus  voir  étincelant  de  lumière  et  lançant  des 
torrensde  feu,  mais  sous  la  forme  d'un  globe  rougeâtre, 
dont  la  chaleur  et  la  clarté  sont  presque  entièrement 
amorties.  » 

Nous  aurions  désiré  trouver,  dans  la  première  par- 
tie de  cet  ouvrage  ,  des  détails  sur  la  variété  dans  la 
nature  des  terrains.  Les  formes  et  les  couleurs  des  dif- 
férentes classes  de  roches  auraient  pu  fourair  un  ar- 
ticle curieux  et  utile.  N'est-il  pas,  en  effet ,  nécewaire 
d'appeler  l'attentiou  du  peintre  sur  les  caractères  mi- 
néralogiques  des  terrains,  qui  influent  d'une  manière 
;si  rcmanjuable  sur  la  ph\  siouomie  du  paysage?  Là,  un 
rouge  sombre  indique  les  sommets  des  roches  porphy- 


TiEAL'X-ARTS.  97 

riliques  ;  ici,  de  vastes  masses  biancliàtres  appartien-' 
nent  à  un  terrain  calcaire.  Plus  loin,  l'argile,  variant 
ses  formes  et  ses  couleurs,  s'étend  en  couches  tantôt 
horizontales,  tantôt  ob!i'[nes,  tantôt  perpendfculaires. 
Ailleurs  ,  des  roches  trapéennes  ,  volcaniques  ,  les 
schistes ,  les  pouddings,  présentent  un  spectacle  plus  ou 
moins  varié,  et  presque  toujours  pittoresque.  Trop  sou- 
vent, dans  les  tableaux,  faute  d'observations  appro- 
fondies sur  cette  luatiL-re  ,  les  couleurs  des  terrains  ne 
sont  pas  en  harmonie  avec  leurs  formes.  Une  roche 
calcaire  aura  les  teintes  sombres  du  granit,  et  réci- 
proquement. Le  jîaysagiste  doit  donc  être  initié  dans 
la  cristallographie  des  grandes  masses,  et  dans  les 
principes  généraux  de  la  géologie. 

Nous  aurions  également  désiré  que  M.  Deperthes  eût 
présenté  au  paysagiste  les  caractères  principaux  qui* 
distinguent  les  quatre  parties  du  monde,  sous  le  rap- 
port de  leur  aspect  pittoresque  ,  et  surtout  de  leur  vé- 
gétation. Une  Botanique  pittoresque  est  nécessaire 
pour  compléter  la  théorie  du  paysage.  Nous  croyons 
devoir  engager  les  artistes  qui  voudraient  étudier  les 
deux  continens  sous  le  point  de  vue  pittoresque  , 
à  lire  quelques  chapitres  des  Harmonies  de  la  nature, 
par  Bernardin  de  Saint-Pierre,  où  cette  matière  est 
traitée  avec  autant  d'agrément  que  de  sagacité. 

La  seconde  partie  de  la  Théorie  du  paysage  s'oc- 
cupe des  différens  styles  de  paysages,  que  l'auteur 
comprend  dans  deux  classes  :  le  champêtre  et  Vhis- 
lorique.  Peut  -  être ,  dans  un  ouvrage  entièrement 
consacré  au  paysage,  pourrait-on  désirer  de  trou- 
TOTE  viir.  7 


gS  BEAUX-ARTS. 

ver   une  classification    plus  délaillée    des    genres  (i). 

C'est  dans  celle  partie  de  son  ouvrage  que  M.  Dcfjcn- 

thes   paie  aux   paysagistes  des  différentes  Ecoles   son 

tribut  d'admiration,  eu  faisant  l'analyse  de  leurs  ou- 


(Ti  Aous  croyons  devoir  priiscntcr  ici  l'esquisse  ilun  travail  sur 
cette  matière. 

I'ableao  analytique  des  differens  genres  de  paysages. 


ORDINAIRE. 


HISTORIQUE. 


3° 
IDÉAL 


Sauvage. 
1  l'.liatnpt'tre. 

1  VillagroU  ,  ou  aax  environs 
I      des  villages, 
f  De  mnnfagnes. 

Dr  plaioes. 

Am  environs  des  villes. 
I  Jardins. 
'  Promenades  publi({iies. 

^'imetièrcï. 

Ruines. 

["Marines. 
I  Tempf  les. 

Lacs  et  étangs. 

Rivières,  cascades,  maxais.{ 
I  Inondations. 

[  Antique. 
r.otlii<|ue  et  arabesque. 
[  Moderne. 

Mêmes   genres  que  pou 
première  clas.se. 


SAcaux  antiques 


D  EAU.  <  H'«^" 
j  Fanau 
/  Vai5^c 

I  Mytiiologie. 
I  Pa.Moral. 
Di  TtaKE.-^  .lardiiis  ile«  (f 


rées 

P.rAis.ri.amps-Elysces. 
.Sites  bizarres. 

Mûmes  genres  que  ponrle* 
deux  autres  classes 

HarqueA  élégante». 

Palais  il'Ampb}  trite,  des 
Nayades. 

Déluge. 


ClOCOniTiNCES  QCI 
StXtPFoaTtKT  ACl 
3  CLA.SSIl  ,  tT  QUI 
rOIIT    LES  aOCi-GLH 

lis. 


Crépuscule. 

Lever  du  soleil. 

Coucher  du  soleil. 

Pluie 

Neige. 

Rrcuillard. 

Orage. 

Clair  de  lune. 

Incendie. 

F  ruption  des  Tolcans 

Vent. 

Nature  des  terrains. 

Climatologie  ,  ou  en- 
semble des  phcno- 
mènea . 


r 


LE  AUX- ARTS.  99 

VTagçs  et  en  appréciant  leurs  divers  degrés  de  mérite. 
Il  admire  en  homme  rempli  d'enthousiasme  ;  il  juge 
en  connaisseur  habile ,  qui  a  recueilli  le  sufifrage  d'ar- 
tistes célèbres.  En  traitant  du  paj-sage  historique ,  il 
fait  sentir  l'utilité  du  concours  établi  depuis  quelques 
années  relativement  à  ce  genre  de  peinture  ,  pour 
l'admission  à  l'Ecole  française  de  Rome  ,  et  dont 
M.  Michallon  vient  de  montrer  les  heureux  résultats 
dans  son  beau  tableau  de  la  mort  de  Roland. 

La  ^rhéorie  du  paysage  est  écrite  avec  une  noble 
élégance  ;  le  style  en  est  toujours  pittoresque  et  varié, 
comme  les  sujets  auxquels  il  s'applique.  Souvent  , 
l'auteur  propose  des  sujets  aux  peintres  ;  il  leur  pré- 
sente des  scènes  ;  son  style  réveille  les  idées  accessoires, 
et  place  le  jeune  artiste  sur  le  trépied  sacré.  Fénélon 
.s*est  plu  à  faire  la  description  de  quelques  paysages 
des  grands-maîtres  :  celle  surtout  des  Funérailles  de 
Phocion  (dans  ses  Dialogues  des  Morts)  est  digne  de 
l'auteur  du  Télémaque ,  qui,  sur  ces  toiles  animées 
par  le  Poussin ,  aimait  à  voir  les  sites  qu'il  voulait  re- 
tracer,  et  dans  lesquels  son  imagination  le  conduisait 
sur  les  traces  des  Homère,  des  Platon  et  des  Soçrate. 
Bernardin  de  Saint-Pierre  et  Delille  ont  employé  le 
charme  de  leur  style  à  reproduire  les  chefs-d'œuvre 
des  paysagistes  célèbres.  M.  Deperthes  marche  avec 
succès  sur  leurs  traces  :  voici  comment  il  décrit  le  ta- 
bleau du  Phocion  ,  par  notre  illustre  Poussin  : 

«  Deux  esclaves ,  profondément  a/fligés,  emportent 
hors  des  murs  d'Athènes  le  corps  de  Phocion,  enve- 
loppé d'une  draperie ,  dont  le  tissu  grossier  annonce 
l'état  de  dénuement  dans  lequel  cette  illustre  victime 
a  expiré  ;  et  pas  un  ami  n'accompagne  ses  restes  !  Les 

7* 


10*  BF.AUX-ART5 

dfiix  PsrIavM  suivent  tm  faraud  chemin  horclé  de  pier- 
res i^iii,  par  leur  svnjt'hic  et  leurs  dimensions,  pa- 
raissent être  les  débris  d'un  édifice  maiestueui.  Une 
niulliindc  de  figures,  distribuées  sur  divers  plans,  ré- 
pandent du  ninuvenient  au  uiilieu  du  site,  dans  leqiel 
on  aperçoit  un  tonibeau  dont  l'architecture  ,  d'un 
stvle  noble,  semble  iiidi(]uer  la  sépulture  d'un  riche 
Athénien  ;  et  cette  apparence  de  somptuosité  ,  qui  con- 
traste avec  la  simplicité  des  funérailles  de  Phocion  , 
contribue  à  mettre  dans  un  |)lus  grand  jour  et  la  pau- 
■vreté  de  cet  homme  vertueux,  et  l'ingratitude  de  se» 
concitoyens.  Près  du  tombeau  ,  coule  la  rivière  d'ilis- 
sus  :  plus  loin  s'élève  '^n  aniphithc'ntre  la  ville  d'Athè- 
nes ;  et  ,  parmi  le  grand  nonjbre  d'édifices  imposans, 
qui  décorent  cette  métropoledes arts , on  distingue,  suf 
la  droit*',  un  temple  orné  de  colonnes  corinthiennes, 
surmontées  d'un  fronton  et  de  statues.  Vers  ce  temp'e, 
où  I  on  voit  des  guirlandes  suspendues  ,  se  dirige  ua 
concours  de  peuple  rassemblé  pour  la  fête  de  Jupiter, 
dont,  suivant  l'histoire,  on  célébrait  tons  les  ans  la 
solennité ,  le  iq  mars,  date  précise  de  la  mort  de  l  ho— 
cinn.  A  l'extrémité  de  !a  ville,  sur  le  sommet  d'une 
colline,  s'élève  r\cropoIis,  q''i  domine  tous  les  édi- 
fices ;  et  ,  par-delà  ,  ou  aperçoit  des  montagnes  escar- 
pées,  dont  l'aridité  contribue  à  rehaus.yer  la  somptuo- 
sité des  monumens  ,  \9fr11u  l'euri\e^  bocages  et  la  \er- 
dure  des  bois  sacrés  qui  ombragent  les  temples  el  les 
gymnases.  » 

(i'est  ainsi  que  M.  Drprrthes  donne  à  sa  thcorie  du 
pnysaue  \o\\s  les  attraits  d'un  ou\  rage  d'imagination. 
S.TUalor-Rosa  ,  Alphonse  Dufresnoy  ,  Gessner  ,  ont 
ioint  l'art  de  peiudre  à  celui  d'écrire.  Cette  réunion 


ARCaÉOLOrxlE.  lOf 

êe  talens  est  rare  ;  M.  Deperthes  la  pnss'pfle.  Son  ou- 
vrage était  attendu  des  artis  es  qui  ,  dans  les  traités 
déjà  publiés,  n'avaient  pu  trouver  une  théorie  roui- 
p'ète  de  l'art  du  paysagiste  ,  et,  surtout,  ne  l'avaient 
point  trouvée  revêtue  du  cliarme  du  style  ,  qui  fut 
aimer  les  préceptes.  Le  ministre  de  l'inti  rieur  a  fait 
acheter  cinquante  exemplaires  de  ce  trailé,  pour  être 
déposés  dans  les  bib'iothèques  de>  collèges  royaux. 
Peu  d'ouvrages  sont  aussi  propres  à  répandre  i'amonr 
et  l'enthousiasme  pour  l'art  de  retracer  la  nature  ,  et 
à  faire  chérir  ces  vertus  pacifiqnes  qui  fixent  le  bon- 
heur dans  les  ateliei's  des  beaux-arts. 

J.  P.  BhÈs. 


ARCHEOLOGIE. 

Antiquités  de  la,  ville  df.  Saintfs,  et  du  dépar- 
tement de  la  Charente- Inférieure ,  inédiles  ou 
nouvellement  expliquées  ^  avec  Jigures  \  par  M. 
le  haron  Chai  duuc  oe  Crazvmses,  inspecteur- 
cunsi'rvateur  des  monuniens  ti' antiquité  de  Cf  dé- 
partement \  de  t  Académie  royale  des  BelleS' 
Lettres  de  la  Rochelle ,  fie. ,  etc.  (i). 

0\  va  souvent  chercher  bien  loin  un  aliment  à  ses 
études  ou  à  sa  curiosité,  lorsqu'on  le  trouverait  faci- 
lement sur  le  sol  qu'où  foule  avec  indifférence.  Sans 
contredit,  l'Italie,  terre  classique  de-s  monuiuens,  offre 

(i)  Paris,  iSio.  i  vol.  in- 4",  ave  7  plan^'hes  et  3  vii^n^Mes. 
Debui c  frères ,  rue iser^icute ,  et  à  .baiutei» ,  Llianier , Grauue-iiue- 


,oi  AKCIIÉOLOGIE. 

à  l'œil  du  voyageur  un  magnifique  et  imposant  spe<?- 
tacle  ,  par  la  réunion  de  tant  de  chefs-  d'œuvre  que  le 
tems  a  respectés  :  mais  ,  sans  sortir  de  la  France,  on 
peut  trouver  de  belles  ruines  ,  de  superbes  fragment, 
et  même  des  édifices  encore  debout  qui  ont  résisté  à 
la  destruction  du  tems  et  à  celle  des  hommes  ;  et  si 
les  beaux  ouvrages  de  l'antiquité  sont  d'un  intérêt  gé- 
néral,  ceux  de  notre  pays  ont  pour  nous  un  intérêt 
particulier,  qui  doit  nous  engager  à  les  connaître  et 
à  les  conserver. 

Depuis  quelques  années,  l'attention  et  la  sollicitude 
des  autorités  et  des  citoyens  a  été  appelée  sur  la  con- 
servation et  la  restauration  des  antiquités  de  nos  dé- 
partcmcns.  Plusieurs  hommes  de  lettres  ont  donné 
cette  direction  à  leurs  travaux  ,  et  chaque  ville  un  peu 
importante  a  maintenant  son  antiquaire. 

On  ne  peut  qiie  louer  ce  zèle,  qui  est  dû  aux  encou- 
ragemens  du  ministère  et  à  ceux  de  l'Académie  des 
Inscriptions  et  Belles-Lettres,  dont  plusieurs  membres 
ont  réveillé,  avec  l'amour  de  l'archéologie,  le  désir 
d'illustrer  îa  France  par  des  découvertes  intéressantes 
pour  son  histoire,  et  pour  celle  des  arts  dans  cette 
contrée.  En  effet ,  les  différentes  époques  de  l'art ,  son 
enfance,  sa  marche  ,  ses  stagnsfions  et  sn  renaissance 
se  trouvent  retracées  dans  les  monumens,  dont  la  date 
ne  peut  cire  incertaine;  et  ces  monumens  long-tems 
négligés,  sont  au  milieu  de  nous.  La  commission  des 
métnoires  et  des  anliquifés  de  l'Académie  des  Ins- 
criptions et  Belles-Lettre';  fit,  en  1818,  un  rapport, 
adressé,  au  ministre  de  l'Intérieur,  et  qui  fut  publié 
par  ordre  de  S.  E.  ,  avec  une  lettre  circulaire  aux 
préfets,   à  la   suite   de   laquelle  se  trouvait  une  série 


ARCHÉOLOGIE.  io3 

cle  questions  proposées  pour  chaque  département.  Les 
encouragemens  du  ministère  produisirent  l'effet  que 
l'on  en  attendait;  des  fouilles  fructueuses  furent  exé- 
cutées dans  plusieurs  départeuiens  ;  et,  de  tous  côtés, 
des  préfets  ,  des  académies  ,  des  gens  de  lettres  ont 
transmis  au  ministre  de  l'Intérieur,  et  à  l'Acadéiiiie 
desinscriptionset  Belles-Lettres,  des  observations  et  des 
renseignemens  sur  les  monumens  qu'ils  avaient  sous 
les  yeux.  La  publicité  donnée  à  ces  travaux  est  le  plus 
sur  moyen  d'arriver  au  but  que  s'est  proposé  le  gou- 
vernement. M.  Chaudruc  de  Crazannes  est  un  des  pre- 
miers qui  se  soient  occupés  avec  zèle  de  ce  genre  de  re- 
cherches, et  qui  les  aient  rendues  publiques.  Il  vient 
de  réunir  les  diverses  notices  qu'il  avait  publiées  sé- 
parément ,  en  un  volume  destiné  à  faire  connaître  les 
antiquités  de  la  ville  de  Saintes  et  de  son  territoire  , 
qui  étaient  demeurées  inédites  jusqu'à  ce  jour. 

Beaucoup  d'auteurs  ont  donné  des  descriptions  des 
antiquités  de  Saintes  ,  qui  étaient  connues  au  moment 
oii  ils  ont  écrit  :  les  derniers  sont  MM.  Millin  et  Dela- 
borde  ;  l'ouvrage  de  M.  de  Crazannes  fait  suite  à  ceux 
de  ces  savans  ,  et,  sous  ce  point  de  vue  ,  il  ne  peut  être 
indifférent  aux  amis  des  beaux-arts  et  de  rarchéolf)gie. 
Presque  tous  les  monumens  inédits  qu'il  publie  ont  été 
découverts  sous  ses  3'^eux  ;  et ,  pour  assurer  leur  conser- 
vation ,  il  a  obtenu  la  formation  d'un  Musée  ,  oii  sont 
réunis  tous  les  morceaux  d'architecture,  de  sculpture  , 
les  médailles  ,  et  les  autres  antiques  que  la  fouille  a  mis 
au  jour ,  et  qui  ont  appartenu  à  l'ancienne  ville  romaine 
de  Mediolanum  Santonum  ,  qui  est  maintenant  la  ville 
de  Saintes. 

Il  serait  à  désirer  que  la  même  opération  se  fit  avec 


io4  ARCHÉOLOGIE, 

soin  clans  chaque  clépartcmenl.  Toi  fraf^iuent  de  l'an- 
tiquité qui  n'eAl  offert  (ju'un  niédiocre  intérêt,  étant 
isolé,  devient  précieux  dans  une  collection  oii  il  fait 
partie  d'un  ensetuMe  (ju'il  sert  à  compléter,  et  oii  il 
devient  souvent  ntile  comme  nhjet  de  comparaison. 
La  rémion  de  tous  ces  matériaux  pourrait  former  la 
Ijase  d'un  monument  vraiment  national  ,  qui  serait  la 
Stalisliqur  antique  des  villes  et  des  provinces  des  Gau- 
les. Cette  idée  ,  déjà  émise  dans  ce  recueil  (i)  par  un 
de  nos  plus  estimables  puhlicistes  ,  mérite  dV-tre  dé- 
veloppée. Son  exécution  serait  facile  ,  si  ])lusieurs 
mains  habiles  y  concouraient  ;  et  l'auteur  de  l'ou- 
vrage que  nous  annonçons  paraît  s'être  pénétré  de 
l'importance  et  de  la  variété  des  études  qu'il  est  né- 
cessaire de  réunir  pour  élever  cet  édifice.  Sa  construc- 
tion ne  serait  pourtant  qu'un  rassemblement  de  rui- 
nes ;  mais  les  lacunes  qu'elles  laissent,  remplies  d'a- 
bord par  l'imagination  ,  le  seraient  ensuite  plus  sûre- 
ment par  la  science  aidée  des  lumières  de  l'expérience. 
L'ouvrage  de  M.  de  Crazannes  ne  peut  avoir  nue 
marche  méthodique,  puisque  ce  n'est  que  la  réunion 
de  plusieurs  dissertations,  faites  séparément  sur  des  dé- 
couvertes successives.  C'est  donc  simplement  un  recueil 
de  Mémoires  sur  divers  sujets  d'anliquités ,  mais  qui 
se  lient  entre  eux,  parce  que  les  raonumens  appartien- 
nent à  la  même  ville  et  à  la  même  contrée.  Les  plus 
importantes  de  ces  dissertations  traitent  des  objets 
suivans  :  d'un  temple  de  Jupiter;  d'un  autre  temple 
de  con'.truction  romaine,  découvert  à  Saintes  en  1816, ■ 
de  ranij)liithéàlre  et  de  l'arc  de  triomphe  de  Saintes; 

(1)  Tom.  VI ,  Y'-iç,-  192. 


ARCHÉOLOGIE.  io5 

des  bains  romains  ;  de  la  position  de  Noverus  ,  maison 
de  campagne  du  consul  Ausone. 

L'existence  d'un  temple  de  Jupiter  dans  la  capitale 
des  Santones  est  attestée  par  les  actes  de  l'e'glise  de 
Saintes,  par  une  tradition  perpétuée  jusqu'à  nos  jours, 
et  j^ar  divers  monumens  et  inscriptions  relatifs  au 
culte  de  Jupiter,  découverts  dans  cette  ville  en  différens 
lems.  M.  de  Crâzannes  croit  avoir  retrouvé  les  restes 
de  cet  édifice  dans  une  ruine  antique,  au  nord  de  la 
ville  romaine  :  malheureusement,  ce  monument  est 
dans  un  grand  état  de  dégradation  ;  il  n'en  existe  plus 
que  quelques  pans  de  murs  sans  ornemens  extérieurs 
ni  intérieurs. 

L'autre  temple,  découvert  en  1816,  était  un  peu 
m,ieux  conservé.  Il  était  d'ordre  dorique  ,  de  trente- 
cinq  pieds  de  largeur  sur  cinquante  de  longueur.  Les 
colonnes  ,  les  pilastres  et  les  murs  existaient  encore  jus- 
qu'à la  hauteur  de  quatre  ou  cinq  pieds  ;  mais  ces 
ruines  ont  été  entièrement  détruites. 

L'arc  de  triomphe  et  les  bains ,  qui  sont  moins  dé- 
gradés,  avaient  déjà  été  décrits  et  expliqués  par  plu- 
sieurs auteurs  (MM.  de  la  Sauvagère,  Bourignon,  Mil- 
lin)  ;  mais  ils  devaient  trouver  une  nouvelle  place  dans 
un  ouvrage  spécialement  consacré  aux  antiquités  de  la 
ville  de  Saintes,  et  les  personnes  qui  voudraient  en 
connaître  tous  les  détails ,  les  trouveront  donnés  avec 
beaucoup  d'exactitude  dans  l'ouvrage  de  M.  de  Cra- 
zannes. 

Nous  ne  devons  pas  donner  ici  la  mesure  exacte  de 
ces  édifices  ruinés,  décrire  leur  état  de  dégradation, 
ni  discuter  la  manière  dont  l'auteur  explique  et  rectifie 
les  fragmens  d'inscriptions  trouvés  dans  ces  ruines.  Ce 


!o6  ARCHÉOLOGIE, 

sont  les  vues  générales  ,  rintérèt  de  l'art  et  de  la  science 
qui  doivent  être  notre  but,  et  il  nous  suffira  d'encou- 
rager des  travaux  utiles,  et  de  faire  savoir  qu'ils  ont  eu 
un  résultat  intéressant  par  la  conservation  de  quelques 
monuniens  de  l'antiquité,  et  par  l'espoir  que  d'autre* 
seront  de  même  retrouvés  et  conservés. 

On  lira  sans  doute  avec  plaisir,  dans  l'ouvrage  que 
nous  annonçons,  la  dissertation  sur  la  position  de  No- 
vERLS,  maison  de  campagne  du  poëte  Ausone  ,  ainsi 
que  les  discussions  géographiques  qui  s'y  rapportent  ;  et 
Ton  ne  trouvera  pas  sans  intérêt  le  Mémoire  sur  quel- 
ques uionumens  ,  croyances  et  usages  du  pays  des  Sav- 
TONF.S  ,  attribués  aux  Celtes. 

Sept  planches  ,  et  deux  vignettes  au  simple  Irait ,  re- 
produisent les  monumens  et  en  donnent  une  idée  suffi- 
sante. 

Quelques  médailles  trouvées  dans  les  fouilles  ,  et  dont 
plusieurs  ont  é-té  frappées  dans  le  pays  des  Santones , 
nous  offrent  des  noms  de  chefs  et  de  monétaires  encore 
inédits.  Les  diverses  explications  et  les  discussions 
érudites  dont  M.  de  Crazanncs  a  accompagné  la  des- 
cription de  ces  monumens ,  attestent  la  variété  de  ses 
connaissances,  auxquelles  il  joint  un  goût  pur  et  une 
saine  critique. 

Il  est  à  désirer  qu'en  attendant  un  ouvrage  complet 
sur  les  antiquités  de  la  France,  chaque  département 
en  fournisse  ainsi  les  matériaux,  et  qu'il  trouve  un 
homme  qui  joigne  à  la  science  autant  de  zèle  pour  son 
pays,  que  le  nouvel  historien  des  antiquités  de  la  ville 
de  Saintes. 

Dlmf.rs.vn* 


X\^*AAA.VVVVVVV'VVVVVVVVV\\'VV\*VVV\*VVVVV\(VV\A^^\Vl'VVV\VVVVVV\'\\'VVi\\VV^ 

ÎII.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 
LIVRES  ÉTRANGERS  (i). 


AMERIQUE. 

ÉTATS-UNIS. 

I.  — An  Essay  on  the  geology  of  Rudson  Rit^er  and  adjacent 
régions  5  illustrated  by  a  map  of  the  geological  section  of  the  sa- 
mc,  etc.  —  Essai  sur  la  géologie  de  la  rivière  Hudson  et  des  con- 
trées adjacentes  ,  accompagné  d^une  carte  explicative  de  leur 
section  géologique;  ouvrage  dédié  à  Samuel  L.  Mitchill,  M.  D., 
président  du  Lycée  d'Histoire  naturelle  de  New-York,  par  iS'a- 
7?tMe/ Akerly,  un  des  vice-présidens  du  même  Lycée.  New-York, 
1820.  I  vol.  in-8°. 

Ce  nouvel  ouvrage  scientifique  a  pour  objet  d'éclairer  l'histoire 
de  la  terre;  c'est-à-dire,  de  rendre  raison  des  nouvelles  formes  et 
des  agrégations  multipliées  qu'a  dû  éprouver  notre  planète,  par 
suite  de  divers  chocs  ou  convulsions  externes  et  internes.  C'est  le 
premier  traité  de  ce  genre  que  cette  partie  du  monde  ait  produit; 
et  l'on  ne  fait  que  rendre  justice  à  l'auteur,  en  déclarant  que  la 
lecture  de  son  livre  intéresse  encore  le  géologue  qui  vient  de  mé- 
diter les  savans  ouvrages  des  Cuvier,  des  Werner,  etc. 

2. — Map  oj' the  Hudson  between  Sandjr  Hook  and  Sandy  Hill, 
■with  the  post  rond  between  IVew-York  and  Albany,  etc.— Carte 
de  l'Hudson  entre  Sandy  Hook  et  Sandy  Hill ,  figurant  la  route 
de  poste  entre  New-York  et  Albany;  par  A.  T.  Gcodrick.  New- 
York,  1820. 

On  y  représente  le  cours  de  cette  rivière  depuis  sa  source,  par 
le  44  deg.  5  min.  de  latitude  nord,  jusqu'à  son  embouchure  dis- 
tante de  3oo  milles. 

3.  — A  Memnir  on  the  suhject  oj'  the  wheat  and  JUiur  qf  the 
State  of  New-York,  eic.  —  Mémoire  concernant  le  froment  et 

(i)  Nous  indiquerons,  par  un  astérisque  (*)  placé  à  côté  du  titre 
de  chaque  ouvrage  ,  ceux  des  livres  étrangers  ou  français  qui 
paraîtront  dignes  d'une  atfrntion  piu  ticulière,  et  dont  nous 
rendrons  quelquefois  comple  dans  la  section  des  sn.'^lyses. 


io8  1  ivRFS  F.'i'P  N'crns. 

la  farîno  di'  l'F.tat  ^\e  P\iw-\oik.,  |>ublif  par  onlrc  du  conseil  de* 
dii<'<  t   iirs.  rs<w-\nik.  iSjn. 

4  — Tlie  si-cn  .il  annuiil  IV  nit  nf  the  mannqe's  rtf  the  Soriety 
for  the  iirc-i'eiiiirn  nj' pi-upi  ri.:,iu  ,  e\c.  — SecontI  ra|H)<)rt  iiniiucl 
des  ailiniiii-tratriir'i  «le  la  «ociete  in^titui-e  |>our  prev  nir  la  ni'n- 
dirile  d.in  la  ville  de  Ntw-York;  Im  ef  a]iproiive  le  if)  décem- 
bre 1819,  a>tc  un  ;j'|.(ndicc  lelatil  à  la  mendicité.  ISew  Yoik^ 
iSuo. 

5.  —  7  h:r.l  repr<rt  if  th  ■  ytmenran  Bible  A'nciety ,  presmicd , 
Tuay  i3,  1819,  etc. — Troisitme  rappori  de  la  horiéfc  hibli(|m 
araeiicaine,  pre'sente'  le  i3  mai  1819,  jlscc  un  appendire  conte- 
nant des  extraits  de  correspondance  ,  etc.  ^t  v-\ork  ,  1819. 

6.  —  /f'^estrrn  Rri/iew  ami  mUcellaneoui  m  gatinc. —  Kevue  de 
l'Ouest  et  melangi's  litte'raires. 

Recueil  ronsacré  spe'rialtment  à  la  litt-Talure  et  aux  srirnces 
naturelles.  Kous  en  avons  reçu  qu(  Icpies  numéros  du  second  vo- 
lume. Les  éditeurs  obtiendront  sans  doute,  dans  un  pays  où  Ton 
se  montre  avide  d'instruction,  fous  les  encouragemens  <|u'ils  nous 
paraissent  mériter.  Ce  journal  est  publie  à  LeTin^toti,  dans  le 
Kenfurky,  par  William  Gibb  s  Hunt,  sons  la  direction  de 
C  S.  Rafinesoue,  professeur  de  botanique  et  d'iiistoire  naturelle 
à  rUniversité  de  Transylvanie. 

^.  —  IVni-th  yfmerican  Rei>iew  ami  miscellnneous  jnurnnl. 
K"  XXVI.  January  ,  i8uo.  Boston.  University  Press.  Hilliaid  et 
Mclcalf. — Revue  de  rAmeriqu-'dii  Nord,  et  mélanges  littéraires. 

Cet  ouvrage  periodicjue,  l'un  des  premiers  de  ce  g4-nre  i]ui  ail 
e'te  public'  dans  les  Kt.its  Luis  d'Amérique  ,  justifie  lese<(  eranrcs 
qu'en  avaient  ci'ncues  les  amis  delà  saine  littérature  et  de  la  vraie 
philosophie.  Le  cahier  rpie  nous  annonçons  contient ,  entre  autres 
articles  d'un  };rand  inte'r/'t ,  et  sur  lesquels  nous  aimerons  à  reve- 
nir ,  des  détails  sur  le  plan  d'études  proposé  pour  rL'nivei site  de 
•  la  Virginie.  Les  diverses  br.mches  de  l'enseignement  seront  : 
10.  Li'fii^urs  mcicri'ies  :  le  laMn,  le  grec,  l'Iiébreu.  a**.  L  niques 
77?or/errt«  ;  le  français  ,  l'espagnol,  l'italien  ,  l'allemand,  langlo- 
laxon.  3".  Aluthimnliquei  lures  ;  Talgèbre,  la  méthode  des 
fluiions,  la  géomc'trie  élémentaire  —  transcendante,  l'arcliltj-c- 
turc  militaire — navale.  4"-  Sciences  physicn-m  >thimuliqucs  : 
la  niucaniquc,  la  &tatique  ,  la  dynamique  ,  la  pneumatique  ,  Ta- 


LIVRF-S  ETRATVGERS.  rog 

càii«<iqne,  l'optique,  rastronoinie,  et  la  géographie.  5o.  T  a  phy- 
sique ,  ou  ia  pliilosoj.hie  uatiiri  lie,  la  chimie,  la  mineialoj^ie. 
6".  La  holaniqnf,  ia  zoologie.  7".  L'anatoraie,  la  médecine. 
8n  L'administration  ,  IVcononiie  politique,  la  loi  naturelle  et  le 
di  lit  des  gens,  fhistoire  (dans  ses  rapports  avec  la  polititjiie  et 
les  lois).  9".  La  li'gisjati'in  muniripale.  10°.  Knfin,  Tid.  ologii ,  la 
gra.tiaiaire  géné'.ak-,  ia  morale,  la  rliëiorique,  les  belles- lettres 
et  les  beans-ai  ts. 

8-  —  Annual  phllos'^plilcal  mngnzine  corttrrirting  th.p  laJié's  and 
genlle  :'e.i''s  DiwY-,  anJ  rcfository  nf  acience  and  omusenipnt,  etc. 
•—Magasin  philosophique  annuel ,  contenant  le  Journal  des  dames 
et  di-s  messieins  ,  et  des  matières  scientili(iu''s  et  amusautes. 
K°  I.  Année  1820.  Pstw-\'ork.  Publié  par  JNl.  JNash. 

RÉPUBLIQUE     d'hAÏTT. 

^.  —  Kéflexions  sur  le  mt irnre  qui  a  paru  le  i3  novembre  i8ig, 
à  5  heures  du  soir  ;  demi-feuille  d'impression.  Port-au-Prince, 
1820. 

Dès  l'antiquité  la  plus  reculc'e,  les  peuples  ont  cru  voir  des  ca- 
lamités imminentes  dans  de  certains  astres.  Les  habitans  d'Haïti, 
dont  l'ame  est  remplie  des  plus  sanglans  souvenirs,  ont  été  cons- 
ternés à  l'apparition  d'un  météore;  ils  ont  cru  (jue  leur  patrie 
^tait  menacée  d'étranges  malheurs,  et  leur  imagination  s'est  repré- 
senté les  villes  et  les  campagnes  misss  en  cendres  ,  la  terre  baignée 
de  sang,  les  femmes  et  les  enfans  égorgés.  M.  Colombel détourne 
les  esprits  faibles  et  exaltés  de  ces  sombres  frayeurs,  en  démon- 
trant que  l'apparition  d'un  météore  n'est  qu  un  phénomène  et  ua 
accident  naturel.  — Voici  comme  il  en  fait  le  récit:  «  J'étais,  dit- 
il  ,  assis  dans  la  cour  de  ma  maison  ,  la  tête  baissée  et  l'esprit  libre 
de  toute  préoccupation,  rout-à-coup,  une  lumière  vive  et  écla- 
tante apparaît,  et  remplit  la  cour  d'une  clarté  semblable  à  celle 
de  la  lune  dans  une  belle  nuit;  je  me  lève  avec  précipitation, 
saisi  de  crainte;  et,  croyant  que  celte  lumière  ,qui  venait  de  fiap- 
per  ma  vue,  était  produite  par  la  flamme  de  quelque  amas  de 
matières  combustibles,  je  porte  les  yeux  au  ciel,  et  j'aperçois,  à 
peu  près  aux  deux  tiers  de  l'arc  céleste  ,  compris  t  nlre  l'horizon 
4t  le  zénith  du  Port-au-Prince ,  un  corps  enflamme  représentant 


it«  LJVRES  ETRANGERS. 

un  cône  allongé  descendant  par  sa  base.  La  marche  de  ce  corps . 
resplendissant  de  lumière,  ëtaitassez  ralentie  pour  qu'on  pût  bien 
l'observer.  Sa  direction  était  du  nord-est  au  sud-ouest,  et  suivant 
une  ligne  n  peu  près  correspondante  à  la  voie  lactée.  J'estime  que 
la  durée  de  son  apparition  a  été  de  lo  à  rj  secondes.  Dans  la  route 
qu'il  a  parcourue  ,  il  a  laissé  une  longue  tminée  de  lumière.  Arrivé 
au  point  où  se  bornait  mon  horizon  visuel,  je  l'ai  vu  subitement 
disparaître;  mais,  an  point  de  sa  disparition ,  j'ai  remarqué  une 
grande  gerbe  de  feu,  qui,  après  deux  ou  trois  minutes,  s'est  for- 
mée en  deux  globes,  laissant  dans  l'intervalle  Jes  deux  une  trace 
scintillante.  Bientôt  ces  deux  globes  sp  sont  réunis  pour  n'en  former 
qu'un.  Ce  dernier  globe,  dont  la  lumière  a  diminué  progressive- 
ment, a  été  visible  pendant  18  minutes  ,  et  n'a  pas  changé  sensi- 
blement de  place.  » 

ASIE. 

CHINE. 

10.  — 'T'a  che  leuli  leih  yuen  yuen.  —  Sources  profondes  de  la 
science  des  nombres  et  de  la  musique  ;  composé  sous  l'inspection 
de  l'autorité  ivpériale  de  Pékin. 

Cet  ouvrage  consiste  en  cent  volumes  qui  traitent  de  la  trigo- 
nométrie spbérique ,  de  la  géométrie ,  de  l'astronomie  et  de  la 
musique.  On  y  a  joint  des  logarithmes,  et  d'autres  tables  com- 
posées sous  le  règne  de  Kang-he,  par  les  missionnaires  euro- 
péens ,  le  père  Ricci  et  autres  ,  résidant  alors  à  la  cour  de  Pékin. 
Les  figures  géométriques  sont  bien  dessinées,  et  il  y  a  plusieurs 
modèles  des  notes  de  la  musique  européenne.  L'ouvrage  entier 
est  d'une  belle  exécution  ,  et  se  vend  fort  cher  (  environ  i5  à  iG 
louis).  Il  a  étépul)lié  dans  la  première  année  du  règne  de  Yung- 
Ching,  successeur  de  Kang-he  (en  i^aS  V  La  préface  renferme 
un  grand  éloge  des  talons  naturels  de  Kang-he,  de  son  applica- 
tion à  l'étude,  dès  qu'il  pouvait  se  dérober  aux  soins  de  l'empire. 
On  y  dit  qu'il  étudia  les  mathématiques  «  pendant  plusieurs  fois 
dix  ans  »,  et  qu'il  relisait  chaque  jour  les  pages  manuscrites  de  ce 
livre,  écrit  sous  l'inspection  li'un  des  rois,  s«s  ancêtres.  Cette  in- 
troduction est  terminée  par  un  discours  pompeux  sur  la  dynastie 
tartare  alors  régnant  en  (>hine ,  dont  la  réputation  de  gloire  et  de 
«agesse  t'est  étendue  jusqu'aux  parties  du  monde  les  plus  éloi- 


LlVKES  ÉTRANGERS.  m 

gnt'os;  et  toutes  les  nations  de  (Gow-lo-pa)  l'Europe  sont  venues 
ofl'rir  eu  tribut  aux  portes  du  palais  leurs  arts  et  leurs  sciences. 

Selon  les  éditeurs,  l'intelligence  des  nombres  était,  depuis 
long-tems,  perdue  en  Chine  ;  et  le  jargon  inintelligible  des  Euro- 
j)ëens  empêchait  qu'on  pût  l'acquérir  de  nouveau  à  leur  e'cole. 
Cet  ouvrage  était  donc  indispensable  pour  faciliter  l'étude  d'une 
science  si  profonde  et  si  compliquée  ,  qu'ils  avouent  n'en  con- 
naître encore  que  la  dix-millième  partie. 

Comme  ce  livre  n'est  que  la  traduction  chinoise  des  connais- 
sances qui  furent  apportées  en  Chine  par  les  Européens,  on  ne 
peut  y  juger  le  génie  de  ce  peuple.  Il  n'est  guère  lu  d'ailleurs  que 
par  les  membres  du  Conseil  des  mathématiques  établi  à  Pékin. 
On  ne  l'a  pas  encore  reçu  à  Malacca  ;  mais  il  a  été  offert  au 
Collège  anglo-chinois,  et  il  est  probable  que  les  élèves  le  trouve- 
ront intéressant  et  utile  à  leurs  travaux.  L.  S. 

EUROPE. 

ANGLETERRE. 

II. —  A  Treatise  on  heat ,  flame .  and  combustion;  etc. — 
Traité  sur  la  chaleur,  la  flamme,  et  l'incendicj  par  T.  H.  Paslev. 
Londres  ,  1820.  Colman.  i  vol.  Prix,  2  sbellings  6  pences. 

12.  —  A  Treatise  on  infl'imitiation  ofthe  mncous  membrane  of 
the  lungs;  etc.  —  Traité  sur  l'inflammation  de  la  meml)rane  mu- 
<[ueuse  des  poumons;  par  Charles  Hastings,  docteur  médecin 
Londres,  1820.  i  vol.  in-8°.  Prix  10  shellings  G  pences. 

i3.  — An  historic  sketch  ofthe  causes ,  progress ,  ejtenl,  and 
mnrtatity  ofthe  contagious  fever  épidémie  in  Ireland ,  etc.  — •  Re- 
cherche historique  sur  les  causes,  les  progrès,  la  durée,  et  la 
mortalité  delà  fièvre  contagieuse  épidémique  en  Irlande,  pen- 
dant les  années  1817,  1818,  1819.  avec  plusieurs  tableaux  et  un 
appendice  contenant  des  documens  pour  éclaircir  1  histoire  géné- 
rale de  cette  maladie,  et  le  système  de  conduite  adopté  pour  l'é- 
teindre entièrement  j  par  William  Habtz  ,  docteur  médecin. 

i^,  —  A  Report  made  to  the  ff^orkington  agricuUural  societjf , 
etc.  — Rapport  fait  à  la  Société  d'agriculture  de  Workington, 
par  J.  C.  CuRWEiv,  membre  du  parlement.  Londres,  1820.  Long, 
man   Brochure  in-S".  Pris,  5  shellings 


)  I  j  LIVKES  ETKA.NGEKS 

i5.  —  'J  lie  liaiiitictions  ofthe  horticultural  Society  of  London. 
—  '1  ransarlions  d(.'  la  Societg  du  jar(ltn;igc,  do  Londres.  1820. 
Colm<in.  Picniicrc  partie  du  quatrième  volume.  Prix,  i  louis 
i3  slirilings. 

16. — A i^fogrnpldcal ,  slalisticaland historicol  ilescriplion,  etc.  — 
Description  f^eographiquc,  statistique  et  liistori({ue  de  flndos- 
tan  et  des  contrées  environnantes;  par  Walter  Hamiltox.  Lon- 
dres, 18.10.  u  vol  in-.j°. 

i^.  —  j4  nnrratii'e  oj  pnlilical  nnd  mililary  transactions  ,  etc.  — 
Ue  la  situation  politique  et  militaire  des  possessions  britanniques 
dans  l'Inde  sous  le  commandement  du  marquis  de  Hastings,  de- 
puis 181.^  jusqu'en  1818;  par  Henhy  PitiRStP.  Londres,  1820. 
■2  vol.  in-.-}*. 

18.  —  Memoiroj'the  ionian  islands,  considérer!  in  a  commercial, 
politicid,  and  mihhiry  ftoint  of  view.  — •  Mémoire  sur  les  îles 
ioniennes,  considérées  sous  un  point  de  vue  commercial ,  politi- 
que et  militaire:  dans  Iccfuel  sont  dcciits  les  avantages  de  leur 
position  ,  ainsi  que  leurs  relations  avec  le  continent  de  la  Grèce  ; 
renfermant  aussi  la  vie  d'Ali  Paclia,  gouverneur  de  toute  l'Alba- 
nie, etc.  Londres,  1820.  Colman.  1  volume  in -8°.  Prix,  i5  shel- 
lings,  relie. 

ig.  —  Trauels  in  Sicify,  Grecce  ,  and  Albcnia,  ou  ('''nyoges  en 
Sicile,  en  Grèce  et  en  Albanie-^  par  F.  S.  Hugues.  Londres,  1820. 
2  volumes  \xi-\° ,  avec  un  grand  nombre  de  planches.  ÏNIawman, 
libraire.  Prix,  5  livres  5  shcl. 

Le  premier  volume  contient  la  relation  d'une  tournée dansquel- 
qnes-unesd<>spliisintcressantes  partiesdela  Grèce,  avec  une  des- 
cription plusiletaillce  (|uo  celles  (jui  ont  été  faites  jusqu'à  ce  jour 
des  grandes  villes  d'Agrigente  ,  Svraruse,  Delphi  et  ÎNicopolis,  de 
l'île  lie  Zante  ,  et  de  la  plaine  d'Argos.  Le  second  volume  traite 
particulièrement  de  l'Albanie,  et  renferme  l'histoire  dt'taîlbie  de 
la  vie  privée  et  publique  tlu  féroce  fyr:tu  de  TKpire,  de  ses  guerres, 
de  son  caractère  et  di'  son  aliorc  polititjue.  Ces  détails  sont  tirés 
des  sources  les  plus  aullientiques.  Des  cartes  géogr.Tpliiques  ,  des 
vues  pittoresques  et  des  plans,  la  plupart  dessinés  par  M.  Coc- 
kerell,  compagnon  de  M.  Hughes,  ajoutent  au  mérite  de  ce  bel 
ouvrage.  Ln  appendice  contient  deux  dissertations  du  docteur 
Butlkr  sur  la   situation  de  Codons  et  de  Delphi. 


LIVRES  ETRANGERS.  i  ,3 

zo: — Reflections  on  the  nature  and  tendencyofthe  présent  Spirit 
of  ihe  limes,  etc.  — Réflexions  sur  la  nature  et  la  direction  de 
Tesprit  actuel  des  temsj  parle  re've'rendG.  Burges.  Londres,  1820. 
LoDgiuan.  Brochure  in-8°.  Prix  6  shellings. 

21.  (*)  —  True  british  System  of  éducation,  etc. — Véritable 
système  d'e'ducation  britannique  ,  fonde  sur  le  principe  d'e'conq- 
miserletems  etle  travail,  par  des  moyens  scientifiques  appliqués 
au  perfectionnement  de  l'e'ducation  et  de  Tesprit  humain.  4*  édi- 
tion, augmentée  d'une  nouvelle  méthode  pour  enseigner  les  lan- 
gues étrangères  avec  la  plus  grande  rapidité.  Par  N.  G.  Dcfief, 
auteur  de  la  Philosophie  du  langage  et  d'un  nouveau  diction- 
naire sur  la  prononciation  des  langues  anglaise  et  française.  Lon- 
dres, 1820.  Longman,  Treuttel  et  AViirtz.  2  vol  in-80 ;  prix, 
I  1.  8  shellings,  cartonné. 

22.  —  lÀternry  essays.  —  Essay  \.  The  influence  of  poltical 
révolutions  on  the  progress  nf  religion  andlearning.  11  The  aduan- 
tages  of  classical  éducation. — Essais  littéraires  :  1°.  De  l'influence 
des  révolutions  politiques  sur  les  progrès  de  la  religion  et  des 
cciences;  2*  des  avantages  de  Téducalion  classique.  Par  le  révé- 
rend William  Brdce  ,  membre  de  la  Société  littéraire  de  Bel- 
fest,  etc.  Belfast,  1820.  i  vol.  in-^**,  Sa  pages.  Prix,  7  shellings. 

L'auteur  de  ces  essais  a  étudié  l'histoire  sous  un  point  de  vue 
philosophique  j  il  a  remonté  aux  causes  premières  des  événemens 
politiques  qui  se  sont  passés  sur  notre  globe,  en  considérant  plu- 
tôt leur  efl'et  générai  sur  l'homme,  que  leur  influence  particu- 
lière sur  les  gouvernemens  contemporains.  Ces  études  l'ont  con- 
duit à  un  système  qu'il  développe  dans  l'écrit  que  nous  annon- 
çons. Selon  .M.  Bruce,  l'histoire  universelle  prouve  jusqu'à  l'évi- 
dence l'intervention  d'une  providence  divine.  11  pense  que  chaque 
nation  fait  partie  du  grand  tout,  et  tend,  d'une  manière  plus  ou 
moins  directe,  à  un  grand  résultat  moral  et  politique.  De  ces  grave» 
considérations,  passant  aux  événemens  historiques  des  premiers 
âges  (lu  monde ,  il  explique  comment  ils  ont  contribué  à  répandre 
les  sciences,  la  littérature  et  la  religion  :  non  pas  qu'il  attribue 
des  vues  aussi  étendues  aux  agens  des  révolutions  des  empires  , 
ou  qu'il  nie  qu'elles  aient  produit  des  résultats  secondaires  ;  mais 
parce  qu'il  y  voit  la  volonté  et  la  sagesse  d'un  Dieu  tout-puissant. 

Pour  mieux  exécuter  le  plan  qu'il  s'est  tracé,  l'auteur  com- 
TOME  Viir.  iJ 


ii4  LIVRRS  ETRANGFRS. 

menccpar  faire  une  revue  chronologique  dps  rérolutions  les  plus 

memofubles ,  des  guerres  et  des  migrations  du    genre    humain, 

depuis  Abrahum  jusqu'à  nos  jours.  11  s'arri^te  quelquefois  dans  sm 

marche,  pour  fdire  observer  les  progrés  de  la  religion  et  de  la 

littérature. 

,Cel  essai ,  remarquable  par  Tinstruction  qu'on  y  trouve,  l'est 
aussi  par  le  but  que  IM.  Bruce  s'est  pioposd.  Le  style  en  est  pur, 
rapide  ,  et  concis;  l'ctendue  d'un  si  vaste  sujet  ne  nuit  point  à  la 
clarté  des  détails. 

Le  traite  sur  les  avantages  de  l'éducation  classique  est  pres- 
<)u*cntièrement  local,  il  renferme  ce])endant  un  aperçu  intéres- 
sant de  la  naissance  de  la  littérature  ancienne  dan<i  les  ties  britan- 
niques. 11  est  singulier  que  l'auteur  n'ait  jias  fait  mention  des  an- 
nales conservées  thms  les  monastères,  fruit  des  loisirs  studieui 
des  moines  du  premier  âge.  Les  connaissances  qu'ils  possédaient , 
leurs  recherches ,  leurs  travaux,  lient  incontestablement  le  son- 
venir  de  leur  existence  aux  progrès  des  atts  et  de  la  littérature 
dan»  plusieurs  Etats  de  l'Europe.  L.  S. 

23. — ylncssayon  the  natuiv aiid genius  nfllic germon  language. 
—  Essai  sur  la  nature  et  le  génie  de  la  langue  allemande  ;  par 
D.  BoiLEAU.  Londres,  i8io.  Coibuin.  i  vol.  in-8°.  (Jet  ouvrage 
iDtcres.scra  également  les  hommes  de  lettres  et  les  jeunes  littéra- 
teurs. Il  contient  des  idées  justes  et  bien  développées.  On  y  re- 
marque one  connaissance  approfondie  île  la  littérature  allemande. 

24- —  AJemoirs  nf  John  Duke  of  fliar'horoiigh  wilh  fiis  original 
corresponJcncc;  collecte J  front  thc  Jh'iri/y  records  ni  lileinheim  , 
and  other  outluntic  sources ,  et;.  —  Mémoires  de  Jean,  duc  de 
Mariborough ,  suivis  de  sa  correspondance  j  tirés  des  registres  de 
famille  déposés  à  lilcinhcira,  «t  d'autres  sources  authentiques; 
ornés  de  portraits,  de  cartes,  et  de  )>laos  militaires;  par  Wil- 
UAM  CoxE ,  membre  de  la  société  royale,  etc.,  archidiacre  de 
Wilts.  ï' édition.  Londres,  i8io.  Murray.  6  vol.  in-S". 

Ces  Mémoires  se  compos<'nt  de  pièces  tr«'s  importantes.  On  v 
trouve  la  correspondance  entière  du  duc  de  IMarlborough ,  tant 
particulière,  qu'oflicielle  et  diplnm:i tique;  des  lettre»  de  Go- 
dolphin ,  de  plusieurs  souverains  de  l'Kuropc  ,  et  de  leurs  prin- 
cipaux miuit'tres;  enfin  les  papiers  recueillis  par  Sara,  duchesse 
de  Mariborough.  Jean  Churchill,   créé  duc  de  IMarlborough    par 


LIVRES  ÉTRANGF.RS.  ii5 

la  reine  Anoe,  naquit  en  ifijo,  sous  (>liarles  ii.  H  fut  fait  page 
de  la  duchesse  d'York,  mais,  ayant  déclavi'  au  duc  son  penciiant 
pour  Jes  armes,  un  jour  que  te  prinre  passait  tine  revue,  il  eu 
obtint  un  brevet,  il  débuta  dans  la  carrière  militaire  à  Tanger  et 
fit  sa  seconde  campagne  en  16^2,  pcndanf  l'alliaftcede  la  trance 
avec  l'Angleterre.  Il  servit  alors  avec  les  troupes  anglaises  auxi- 
liaires sous  !Monmouth,  dans  Tarmée  que  Louis  xiv  (  ommamlait 
en  personne,  et  où  se  trouvaient  Coriiié  cl  Turcnne  :  ce  dernier 
le  remarqua.  Jusqu'en  i6r^,  il  servit  avec  les  Iraoçâis,  sous  lés 
ordres  de  Turenne  et  des  autres  grands  gcnt'r<iux  de  cette  époque. 
Ce  fut  à  leur  école  qu'il  acquit  c«^tfe  science  de  la  guerre  qu'il 
tourna  plus  tard  contre  la  France.  A  vingt-huit  arts,  il  épousa 
barah  Jennings,  fille  d'honneur  de  la  duchesse  d'York'.  Elle  s'était 
conservée  pure  au  milieu  des  mœurs  dissolues  de  la  cour  de 
Charles  iij  elle  était  spirituelle,  impérieuse  et  intrigante,  comme 
l'ont  prouvé  les  événcmens  qui  se  sont  passés  sous  le  règne  de 
te  reine  Anne.  La  guerif  de  l'Angleterre  avec  la  France  et  l'Es- 
pagne valut  à  IVlarIborough  le  commandement  des  troupes  des 
Pays-Bas.  Guillaume  le  chargea  de  négocier  les  traités  pour  le 
renouvellemeril  de  la  grande  alliance,  il  déploya  dans  cette  occa- 
sion de  beaux  lalens,  comme  général  et  cotume  diplomate. 

Sans  nous  étendre  da%'antage  sur  le  contenu  de  ces  Mémoires, 
nous  y  renvoyons  le  lecteur.  Les  détails  historiques  qu'ils  ren- 
ferment sont  d'un  grand  intérêt;  mais  nous  reprocherons  à  l'au- 
teur de  manquer  quelquefois  de  justice  envers  la  France,  et  d'a- 
baisser la  gloire  de  ses  armes  pour  relever  celle  de  son  héros. 

25. — Anecdntei,  nf  criptiuitr ■ — Anecdotes  sur  la  captivité;  par 
.Sholto  et  RrrcREîi  Perct,  frères  b-nédictins  du  monastère  du 
Hlont  Benger.  Londres,  1820.  1  homas  Boys,  i  vol.  in-iH,  174 
pages.  Orné  d'un  portrait  de  l'amiral  sir  Sidney  Smith.  Prix, 
3  shellings  6  pences. 

Ce  volume  fuit  partie  d'un  recueil  d'anecdotes  sur  différens 
sujets.  C'est  une  compilation  de  faits  tirés  de  l'histoire  ancienne  et 
moderne,  rangés  sans  onlre  et  sans  date;  plusieurs  sont  raconte'* 
d'une  manière  inexacte,  entre  autres  celui  de  la  captivité  de  sir 
Sidni'y  Smith.  Kn  général,  cet  ouvrage  ne  nous  a  pas  paru  mé- 
riler  les  éloges  que  lui  ont  donnés  qui-iques  journaux  anglais.  Le 
fityle  en  est  médiocre.  Presque  tous  les  événemens  qu'il  rapporte 

8* 


ii6  LIVRES  ETRAKGFRS. 

sont  dcjà  connus  de  Ja  plupart  des  lecteurs.  En  adoptant  une 
luarrlie  progressive,  en  suivjnt  l'ordre  clirouolot;ique  des  tems, 
et  en  rapprocli;int  les  faits  qui  se  sont  passes  aux  mêmes  époques, 
ou  sous  les  niênirs  gouvernemens ,  on  aurait  pu  en  faire  un  livre 
instructif  et  utile  à  la  jeunesse.  Mais,  tel  qu'il  est,  le  plan  nous 
paraît  manqué.  Les  mêmes  auteurs  ont  aussi  publie  Acsy4necdotes 
J  hrwanité.  A'' éloquence ,  iVentœprises ,  de  sciences,  à^ héroïsme, 
de  justice  ;  des  yinecdotes  sur  Georges  m  et  sa  famille.  Ils  feront 
paraître  incessamment  les  Anecdotes  d\nstinct,  et  celles  d'jW6(- 
ginotinn  L.  S. 

aG. —  Thrce  tuonths  passai  in  tlie  mountains  east  of Ronie durine 
theyear  }8ig,  etc.  — Trois  mois  passés  dans  les  montagnes  à  Test 
de  Rome,  ])endant  l'année  iSigj  par  Maria.  Graham.  Londres, 
1820.  Colburn.  i  vol.  in-8°.  3oi  pag.  Prix,  loslieliings  6  pences. 

L'auteur,  dont  nous  avons  annoncé  le  voyage  en  Italie  (  Voy. 
Tom.  V,  pag.  3^6),  donne  au  public,  dans  cet  ouvrage,  le  résul- 
tat de  ses  recherches  et  de  ses  observations.  Les  descriptions  sont 
monotones;  mais  les  détails  sur  les  bandits  italiens  ofl'rent  de 
l'intérêt.  La  peinture  de  leurs  mœurs,  de  leur  vie,  de  leur  disci- 
pline ,  est  neuve  et  piquante.  Ils  sont  organisés  par  bandes, 
obéissent  à  des  chefs  renommés  pour  leur  intrépidité;  alliant  la 
plus  grossière  superstition  à  la  férocité  et  au  brigandage,  ils  por- 
tent Timage  de  la  Vierge  suspendue  autour  de  leur  cou  ,  l'invo- 
quent dans  leurs  crimes,  et  croient  qu'elle  adoucira  pour  eux  les 
terreurs  de  la  mort.  Cet  affreux  mélange  de  cruauté  et  de  fana- 
tisme ajoute  à  la  terreur  qu'ils  inspirent.  Madame  Graham  rap- 
porte le»  aventures  d'un  pauvre  chirurgien  de  Castel  Madama , 
prèsde'l'ivoli.qui  tomba  entre  leurs  mains,  ety  demeura  plusd'un 
mois;  il  s'en  lira  ,  eu  |>ayant  une  rançon  de  600  écus.  Le  tableau 
de  la  situation  ]iolitique  de  ces  brigands,  tracé  par  un  de  leurs 
chefs,  est  assez  curieux.  «Le  gouvernement ,  dit-il ,  ne  réussira 
jamais  à  nous  exterminer  par  la  force.  Au  lieu  d'être  enfermés 
dans  une  forteresse  qu'on  peut  réduire  avec  du  canon  ,  nous 
n'avons  pas  une  demeure  fixe  :  semblables  aux  oiseaux  qui  volti- 
gent aiit'nn-  des  vorhers  les  plus  élevés,  nous  avons  des  ntniifes 
inaccessibles.  Si ,  par  malbeur,  sept  de  nos  eompagnons  périssent, 
nous  )i«»mmes  si^rs  d'avoir  dix  recrues  à  leur  jiiace;  car  il  ne 
man(]uc  point  de  criminels  <|ui  désirent  se  réfugier  parmi  nous. 


LIVRES  ETRANGERS.  117 

Notre  troupe  se  compose  aujourd'hui  de  cent  trente  ii|f3ividus. 
Nous  pensons  à  entreprendre  quelque  grand  exploit  j  peut-être 
ii'ons-nous  jusqu'à  menacer  Rome.  »  Il  prétend  que  le  seul  moyen 
de  mettre  un  terme  à  leurs  de'prédations,  serait  de  leur  accorder 
un  pardon  gene'ral,  sans  réserve,  ni  limites,  afin  qu'ils  pussent  tous 
regagner  leurs  demeures,  ety  vivre  en  sùreté^qu'ils  ne  traiteraient 
qu'à  cette  seule  condition,  et  que,  par  ce  motif,  ils  n'avaient  rien 
voulu  conclure  avec  le  prélat  envoyé  à  Frosinone  pour  leur  faire 
des  propositions.  11  ajoute  que  toute  la  bande  était  résolue  à  ne 
s'en  fier  qu'au  pardon  du  pape  lui-même,  et  à  rejeter  tout  inter- 
médiaire. 11  avait  exprimé  plusieurs  fois  les  mêmes  sentimens  en 
présence  du  chirurgien  ,  et  de  plusieurs  autres  voyageurs  que  sa 
bande  avait  faits  prisonniers.  L.  S. 

27.  —  Journal  of  an  il/ustrious  traueller,  etc.  —  Journal  de 
voyage  d'une  illustre  princesse,  renfermant  des  3Iémoires  et  des 
anecdotes  sur  sa  cour,  une  correspondance  avec  le  cbmte  de  Li- 
verpool ,  etc. ,  etc.  Londres,  1820.  Longman.  i  vol.  in-80.  Prix, 
4  shelliugs  6  pences. 

28.  — ^  fKordJ'or  Lhe  King  and  a  M^orcl  to  the  Queen ,  etc.  — 
Un  mot  pour  le  roi,  et  un  mot  à  la  reine  ,  ou  Examen  impartial 
des  causes  de  la  séparation  de  Leurs  Majestés ,  tendant  à  rappro- 
cher les  deux  parties,  et  à  rendre  possible  un  arrangement  à  l'a- 
miable, plutôt  que  d'avoir  recours  au  jjénible  moyen  d'une  dis- 
cussion publique.  Londres,  1820.  Longmnn.  Brochure  in-8o.  Prix, 
2  shellings. 

29.  —  The  Annunl  Register,  or  a  Vie-wnfihe  hislory,  politics, 
and  literatuie ,  for  the  year  1819.  —  Registre  annuel ,  ou  Revue 
de  l'histoire,  de  la  politique  et  de  la  littérature  pendant  l'année 
1819.  Londres,  1820.  Colman,  1  vol.  in-S».  Prix,  16  shellings. 

30.  —  Rivington's  annual  he^ister,  or  a  f^iew  of  the  history , 
politics  and  literulure  ,for  the  year  1809,  etc.  —  Registre  annuel 
de  RiviNGTON  ,  ou  Revue  de  l'histoire  ,  de  la  politique  et  de  la  lit- 
térature ,  pendant  l'année  1809,  formant  le  9*=  volume  de  la  nou- 
yelle  série  du  dix-neuvième  siècle.  Londres,  1820.  Colman.  i 
vol.  in-80.  Prix  ,  I  louis. 

'3i. —  ^'apffho ,  a  tragedy,  injii^e  acts  ,  translatedfrom  the  Ger- 
man  ,  etc.  —  Sapho  ,  trage'die  en  cinq  actes  ,  traduite  de  l'alle- 
mand envers  anglais,  del'\  Grillparzf.r.  Londres,  i82o.Colburn. 


JiP  UVRFS  ETRANGFKS 

il  panift,  d'aprr$  J.i  préface  du  tradnrleur  onglais,  que  rcftf 
tragédie  a  eu  le  plus  grand  succès  à  \  itnnc.  L'uuieur,  qui  est  un 
tJtb  jeune  ImmoiP  ,  a  été  couronné  de  laiiiiers  sur  Ir  tiitâti-c,  cl 
reconduit  «biz  lui  en  liiouplte.  Lciiipereur  d'Auliiclie  a  honoré 
la  pièce  de  s«>u  Miflraçr  ;  elle  a  eu  près  de  cent  représentations  de 
juile.  Le  {;enri-  de  cflle  tia^éilie  s'écarte  cependant  de  r<cole  de 
îscliiller,  de  >ldegrl ,  et  des  autres  cèlèiires  auteurs  dramati(jue» 
ia  l'AlIt  aia^nc  File  est  imitée  du  français  et  du  grec.  Les  dis- 
cours ,  quoique  trop  longs  ,  sont  remplis  de  belles  imagrs  et  d'eX' 
pressions  lienreuses.  L'intc'r^t  principal  est  fou.lé  sur  l'amour  de 
Sapho  pour  l'haon  ,  et  sur  rin(i<lf'lité  de  rc  dernier  en  faveur 
d'une  esclave,  nommée  Mélilla.  Les  amans  prennent  la  l'uitcj 
maris  ils  sont  atteints  et  ramenés  devant  Sapho,  <pii ,  après  une 
lutte  de'ciiirante,  se  résout  à  leur  pardonner,  et  à  terminer  sa  vie 
et  ses  douleurs.  Elle  se  revêt  d'un  brillant  manteau  de  pourpre , 
orne  sa  tête  d'une  couronne  de  myrt«  et  de  laurier,  prend  sa  lyre 
d'or,  et  adresse  à  Phaon  ses  derniers  adieux.  Le  feu  s'allume  sur 
l'anti  1  (!e  \  énus  j  «-lli  remeicie  les  immortels  de  lui  avoir  accorde 
les  dons  divins  de  la  j.ot^sie.  Klle  -"avance  vers  le  rivaç^e  ,  étend  ses 
mains  sur  les  amans ,  et  se  précipite  du  rocher  dans  In  mer.  (]ctte 
pièce  est  remarquable  surtout  par  Pharmonie  des  ver».  L'action 
est  lente  et  peu  variée  ^  mais  elle  fait  espérer  à  l'Allemagne  de 
voir  un  jioë'-  distingué  augm^'Ulrr  h-  nombre  de  ceux  qu'elle  pos- 
sède déjà.  La  traduction  an^^lai  c  est  à  la  fois  élégante  et  fWèle. 

P  OLOGNE. 

3a.  —  Dissrrtnlio  innui^iir.tlii  malhenuilico-pJtilosnphica  dr 
mottt  pli-teUiruni  civcn  in/t-m,  quod  ad  suramos  in  philosophia 
honores  rite  consequendos  ex  auctoritate  illiistris  pbilo^opbnrum 
orilinis  in  L  niversi'ale  re;;iâ  Varsaviensi  jiubiico  virorum  doeto- 
rum  ex.iMiini  siibiuittit  aucfor  liapliacJ  Skoi.imowsk)  ,  professer 
extraordinarlus.  Var«aviap  typis  IN.  Gliirksbergii.  —  'l'Iièse  ma- 
thématiro-philoso]>hiquc  ,  sur  le  mouvement  des  planète-  autour 
du  soled ,  soutenue  «lans  TLiiiversité  tie  Varsovie  par  R.  Skol»- 
MOwsKi. —  Varsovie,  i8ao.  Glucksberg. 

DANEMÀRCK. 

3.^.  —  f>en  hemrieliifti  SI in'fknwi   — [<»   cryptographie,  on 


LIVRES  ÉTRAKGERS.  119 

Tart  de  chiffrer  et  de  déchiffrer,  avec  plusieurs  planches  j  par 
M.  LiNDENFELS.  Copenhague,  1819.  i  vol.  in-8°. 

34.  —  Robinson  i  Engetland.  —  Robinson  en  Angleterre, 
comédie j   par    iM.   A.    OEhlexschlaeger.    Copenhague,    1819. 

i  vol.  in-S'^. 

35.  —  Digle,  —  Poésiei  de  C.  J.  Iîoye.  i^""  vol.  Copenhague , 
1819.  In-8°. 

36.  —  Danshe folhesagn.  —  Contes  populaires  danois,  recueil- 
lis par  M.  Thiéle.  a  cahiers.  Copenhague,  1818,  1819.  In-8". 

3j.  —  JVoueUer.  —  Contes  et  nouvelles  traduits  de  difiérentes 
langues,  par  M.  J.  L.  Heibebg.  ï8i8et  1819.  2  vol.  in-8°. 

38.  —  Shakespeares  tragiske  f^erher.  —  'IVagédies  de  Shakes- 
peare, traduites  par  !M.  P.  F.  Wclff.  '/  volume.  Copenhague, 
1819.  I  vol.  in-8°. 

ALLEMAGNE. 

39.  —  U.  Bremser,  Ueber  lebende  IF  Uriner  im  lebemlen  Mens- 
chen.  —  Sur  les  vers  dans  les  intestins  de  riiomme,  par  le  doc- 
teur Bkemser.  I  vol.  in-j"  de  284  pag-,  avec  quatre  gravures. 
Vienne,  1819.  Schaumburg. 

Les  ancieDs  n'eurent  qu'une  connaissance  imparfaite  des  ascari- 
des et  autres  vers  existiint  dans  les  intestins  de  Thomme,  et  ce  n'est 
que  dans  les  lems  modernes  qu'ils  ont  fixé  l'attention  des  natura- 
listes. Redi,  médecin  du  grand-duc  tie  Florence,  Cosiiie  III,  est  le 
premier  qTii  en  ait  fait  une  étude  particulière.  Après  lui ,  le  grand 
Linnée  a  classé  ces  vers  sysféM|tiquement.  O.  F.  Millier,  O.  Fa- 
bricius,  Bloch,  Goeze  ont  marché  sur  ses  traces  j  et,  par  leurs 
nombreuses  observations  et  leurs  découvertes,  ils  ont  fourni  an 
célèbre  Zeder  des  matériaux  précieux  pour  en  composer  un  ou- 
vrage qui  jouit  d'une  réputation  méritée.  De  nos  jours ,  lés  deut 
médecins  Iludolplii  et  Bremser,  cultivant  la  même  science,  se 
sont  distingués  eu  Allemagne  par  des  recherches  vraiment  éton- 
nantes. Le  premier  établit ,  dans  so>o  Syriofixis  entozoar  (  Berol. , 
1619),  flu-delà  de  1100  espèces  de  vers ,  tandis  que  Linnée  n'en 
conmit  que  1 1.  Mais  cet  ouvrage,  comme  tous  les  précédens,  n'offre 
guère  d'intérêt  qu'au  naturaliste,  tandis  cjue  le  médecin  y  trouve 
peu  de  ressources  pour  trait«:r  un  malade  incommodé  de  vers. 
C«st  cette  lacune  qui  existait  dnns  la  patiiologie  aiiemaude,  que 


I20  LIVRES  F'mANGFRS. 

JM.  Rrrmser  a  clirrrlic  à  remplir,  bon  livre  est  ilivisë  en  il«DZf 
chapitres.  Le  premier  traite  ileTorij^ine  de  cesvers  dans  lescorps 
organiqtii's.  Il  y  combat  ri->|>inion  il'aulres  naturalistes  ({iii  ont 
attribue  <ette  origine  à  la  nourriture  îles  ^Ircs  oriianiquesj  ce 
qui  est  irantaiil  moins  pi-oliablc  .  que  l'on  trnu\  e  di'jà  des  vers 
dans  un  fœtus  :  d'où  M.  Bremser  conclut  qu'ils  doivent  être  he'- 
reititaires.  Dans  le  second  chapitre,  il  examine  le  sjstcme  de  Ru- 
dolphi ,  et  il  expose  celui  qu'il  a  adopte  de  prëf»?rence  pour  cet 
ouvrage.  Dans  les  chapitres  suivans,  on  trouve  ce  système  plus 
de'veloppe;  mais,  quittant  aussitôt  la  route  du  naturaliste,  il 
s'exprime,  définis  le  cincjuirme  chapitre,  seulement  comme  mc'- 
decin.  Jl  fait  connaître  les  signes  de  la  pri-scnce  de  ces  vers  dans 
le  corps  humain  ,  cl  il  inili(]ue  les  moyens  de  les  en  chasser.  L'ou- 
vrage est  termine  par  une  table  alphabe'tique,  remplissant  14  pa- 
ges ,  des  auteurs  qui  ont  e'cril  sur  le  même  sujet,  et  que  IVl.  Brem- 
ser a  consulte!s.  Les  quatre  gravures  qui  représentent  diflerente.s 
espèces  de  ces  vers  ont  e'té  exécutées  avec  une  grande  per- 
fection. 

40. —  Dnrstt-Uun^  des  t'ahrihs  iind  Gnwerhsweiens  im  ôileirei- 
chisrhe"  Kaisent  lal.  —  Tableau  fcchuologiquc  de  l'industrie  na- 
tion:iie  dans  les  Ltats  autrichiens;  par  Etienne  de  Reess.  3  vol. 
in-8°.  Vienne,  Strauss. 

Le  premier  volume  de  cet  ouvrage  parut  l'annt'e  dernière.  Les 
deux  autres,  (|ui  devaii-nt  le  suivre  de  près,  ne  nous  sont  jias  en- 
core parvenus.  Celui-là  contient  une  description  détaillée  des 
matières  premières  qui  sont  con|^miées  dans  les  manufactures 
et  fabriques,  ou  qui  sont  généralement  emplojées  dans  l'indus- 
trie des  htats  autrichiens.  L^auteur  traite  son  sujet  sous  les  deux 
points  lie  vui-  scir^ntifujuc  et  mercantile ,  et  son  ouvrage  est  aussi 
important  à  l'homme  de  lettres  versé  dans  le»  matières  de  l'éco- 
nomie politique  et  tic  la  statistique,  qu'au  f.ibricant  et  au 
négociant. 

41  •  —  /idsfnwa/fs  liehe  diiich  HollunJ ,  etc.  —  Voyage  en 
Hollande,  dans  les  pays  du  Rhin  ,  en  Suisse  et  en  Wurtemberg; 
par  Roscnwall.  1"  partie,  in-8",  3.So  pag.  Mayence,  chez  Kup- 
ferberg.  1818. 

Ce  voyage  eut  lieu  en  iSi.'i.  La  relation  <|ue  l'.Tutcur  en  fait  est 
tous  la  forme  de  IcUrcs  adrcssJcs  ;i  un  ^\\\\.  Il  y  rend  compte  non- 


LIVRES  ETRANGERS.  l2^ 

seulement  des  pays  qu'il  a  parcourus,  mais  des  e'vcnemens  du 
tem*  et  de  Timpression  qu'ils  ont  pro<luite,  tant  sur  lui  que  sur 
les  personnes  avec  lesquelles  il  se  trouvait.  Sept  lettres  de  ce  pre- 
mier volume  concernent  la  Hollande,  où  le  caractère  des  habi- 
tans  ,  le  muse'e  d'Amsterdam ,  et  les  principaux  tableaux  qui  s'y 
trouvent ,  occupent  principalement  la  plume  de  l'auteur.  Quatre 
autres  lettres  ont  pour  objet  les  environs  du  Rhin,  Dusseldorf , 
Cologne,  Bonn,  l'rancfort-sur-Mein  ,  Durmstadt,  etc. 
•  ^2.  — Ueberdas  Retorsions  Prinzip  cils  Grundlnc^e  eines  deut- 
scJien  Handels  Systems. — Sur  le  principe  de  rc'ciprocité  conside'ré 
comme  base  d'un  système  de  commerce  pour  l'Allemagne,  i  vol. 
Jn-S".  Leipsick,  1820.  Kummer. 

Les  plaintes  sur  la  stagnation  du  commerco,  qui,  depuis  la 
paix,  se  renouvellent  dans  pres(|ue  tous  les  pays,  ont  particuliè- 
rement lieu  en  Allemagne.  Pour  y  reme'dier,  il  s'est  forme' à 
Francfort-sur-Meiu  une  société  occupée  à  en  chercher  la  cause, 
et  à  trouver  le  moyen  de  faire  disparaître  les  funestes  effets  qu'elle 
produit.  Cette  société  pense  que  l'Alleniagne  n«'  saurait  être  sau- 
vée d'une  ruine  inévitable,  à  moins  que  l'on  n'abolisse  Its  douanes 
intérieures,'  en  conservant  seulemi'nt  une  ligne  de  douanes  sur 
les  frontières,  et  que  l'on  n'établisse  un  système  de  représailles,  en 
prohibant  l'introduction  des  marchandises  des  pays  qui  ne  per- 
mettent pas  chez  eux  Teutrée  des  marchandises  allemandes.  L'ou- 
vrage que  nous  annonçons  est  principalement  dirigé  contre  ce 
système.  L'auteur  anonyme  prouve  qu'une  ligne  de  douanes  sur 
les  frontières  serait  un  expédient  illusoiie  ,  et  que  l'exécution  du 
principe  de  représailles  porterait  un  coup  mortel  au  commerce 
de  transit  et  des  grandes  foires,  et ,  par  conséquent  ,  détruirait  la 
branche  principale  du  commerce  allemand.  Kous  regrettons  que 
J'espace  nous  manque  pour  suivre  l'auteur  dans  ses  raisonnemens, 
(jui  présentent  plusieurs  parties  de  l'économie  politique  sous  un 
nouveau  point  de  vue,  et  donnent  une  notion  exacte  des  res- 
sources industrielles  et  commerciales  de  l'Allemagne. 

/}3.  —  Das  Staatsrecht  des  Koenii^ieichs  Baierii.  —  Lie  droit 
public  du  royaume  de  Bavière  •  par  Jules  Schmelzing.  a  vol. 
iu-So,  chacun  de  5oo  pages.  Leipsick,   1820.  Chez  Brockhaus. 

Le  premier  volume  de  cet  ouvrage  contient,  outre  la  consti- 
tution du  a6*mai  i8i8,  et  les  édits  qui  en  forment  les  parties 


lai  LIVRES  ETRANGERS, 

intt-^rantes ,  toupies  aiitrrs  cdits  organiques,  anteriiMirs  on  pos- 
térieurs, qui  s'y  rapporlciil  ,  a.n^i  rju»-  les  onlonnances  sii]>plé- 
mentaires.  Le  seron»!  volume  embrasse  toiiti;  la  partie  adminis- 
trative -  il  oli're  un  intérêt  il'uulant  plus  giiiod,  qu'aurun  auteur 
n^avait  encore  traite'  cette  partie  avec  précision  et  dans  toute  son 
étendue.  M.  Schmelzin;;,  déjà  connu  par  d'autres  ouvra;;es  de  ce 
geore  ,  n^a  rien  ne^li;;(>  pour  rendre  celui-ci  recommandable  aui 
jeux  du  publiciste  et  du  diphimate. 

4|-  —  Tttschenbnchjur  fhe  X'ùleilàniliiche  Geschichte.  — Por- 
teftuiile  pour  Pilistoire  de  l'Autrirlie  ,  pnblir  parles  barons  Hok- 
MATR  et  Mf.unyawskt.  V'unne.  i8io.  A.  Strauss.  33G  pages  in-ia. 

Il  existe  en  Allemaan"  un  ;;enre  particulier  de  publication  pé- 
riodif^ue,  que  Ton  n<'  conn.tît  ,^uéres  dans  d'autres  yays  :  ce  sont 
\es  ^îi'miiniK hi  ou  Purtc-Je-.iUa  ,  qui,  à  Tapprocbede  la  nouvelle 
année,  p;Mai«s(  nt  sous  dilli-rintes  formes,  et  contribuent  à  re- 
pan  Ire  des  connaissances  utiles.  Comme  ils  sont  destinés  à  être 
(tfl'erfc  pour  ^trennes  ,  on  fi»if  en  sorte  «le  leur  donner  une  forme 
extérieure  a£;rpable  à  Ta-il ,  et  de  rcn.'lre  la  matière  qu'ils  ren- 
ferm  nt  digne  de  l'att  ntion  des  esprits  cultivés.  11  y  a  trente  ou 
«|navante  ans  que  l'on  oe  connaissait ,  <  n  Allemagne ,  que  deux  ou 
trois  Alniaunchs  des  flj  lises-,  aujourd'hui,  l'on  in  compte  an-delà 
de  crut  (jui  crabra«s(nt  toutes  les  brandies  de  hi  littérature.  Pour 
les  varier,  on  a  même  recours  à  1  étran;.;er  ^  et  c'est  depuis  i.Soaque, 
tous  les  ans  ,  M.  Cotta,  de  Stultgard,  fait  rédiger  et  imprimera 
Paris  V^lmanach  des  /)iimes,  qui  n'a  pas  eu  moins  de  succès  en 
France  qu'en  Allema;np.  il  y  a  des  .-ilintiniichs  û' Anecdotes  , 
«Je  Théâtres ,  «le  (^ayiiges  ,  de  liot'inique ,  de  fllint-rnlngic  ,  de 
Jardinage  ,  (VAgncu'turc  .  île  Chasse  ,  de  A/ngnelisrne  .  et  même 
de  VArt  vclrrin-iire  ^  des  Afmanachs  milttuires  ,  statistiques  ,  geo- 
grayhiques ,  hiogrnphiquKs  et  lust-triques.  Parmi  ces  derniers,  le 
Porte-fenille  pnur  P  Uistmre  de  l'Autrirhe  occupe  le  ran^;  distingué 
auquel  la  ce'lt-briti;  de  .ses  .-luteiirs  lui  «lonne  des  droits  assurés. 
Le  baron  de  Hormavr  est  un  «les  premiers  historiens  de  l'Alle- 
magne, et  le  baron  df  VIedn\ansliv  est  rnnnti  jiar  des  recherches 
précieuses  sur  Ihisfiiiie  dp  la  H m^rie.  Les  ilillenns  arlirles  qui 
composent  ce  Porte-feuille,  sont  princijialemenl  des  bioi;ra|'hics 
de  personnes  qui  ont  re'pandu  de  I  érhit  sur  l'iiistoirc  de  lAutri- 
rIw  ,  ou  des  descriptions  de  monuraens  antiques  et  de  cbâteaus 


LIVRES  ETRANGERS.  laS 

au  souvenir  desquels  se  i-atiache  quelque  fait  historiqne.  IVous  y 
avons  encore  remarque  des  e'phéoiërides  [lour  le  royaume  de 
Hongrie,  faites  avec  beaucoup  de  soin  ,  et  plusieurs  morceauv 
bien  choisis  de  poe'sie  nationale.  L'ouvrage  est  orné  d'un  grand 
nonil)re  de  belles  gravures. 

45-  —  Die  kaiserlich  honigliche  embraser  Sammlung.  —  Des- 
criptionMes  objets  antiques  qui  composent  la  collection  du  châ- 
teau impe'rial  et  royal  d'Ambras  ;  par  A.  Primrisser.  In-S". 
Vienne,  1819.  Heuber. 

Le  château  d'Ambras  renferme  des  souvenirs  précieux  du  moyen 
âge  ,  qui  fixent  l'attention  de  tous  Us  voyageurs  ,  et  dont  la  des- 
cription a  déjà  occupé  beaucoup  d'écrivains.  L'ouvrage  de 
M.  Primrisser  en  donne  la  description  la  [)lus  couipli'te.  On  y 
trouve  en  tête  l'histoire  du  château  d'Ambras  .;  viint  ensuite  une 
liste  détaillée  et  raisonnée  des  objets  curieux  qui  y  sont  accumulés 
depuis  nombre  d'années,  tels  que  des  cuirasses,  des  tableaux  his- 
toriques,  des  manuscrits,  des  livres  et  gravures,  etc  L'auteur  a 
placé,  à  la  fin,  des  notices  biographiques  sur  tous  les  princes  et  les 
généraux  dont  les  armures  ont  été  conservées  dans  ce  château. 
L'ouvrage  est  orné  de  deux  dessins  lithograi>hiés. 

.^6.  —  Spanische  Liebe.  — L'Amour  espagnol.  Poème  en  quatre 
chants,  par  F.  MiittEK.  iio  pages  in-12.  Vienne,  1820. 

La  voix  <le  la  muse  germanique  est  devenue  depuis  quelque  tems 
singulièrement  rauque.  Du  moins,  les  échantillons  qui  nous  en 
parviennent ,  ne  sont  guère  de  nature  à  faire  concevoir  une  haute 
idée  de  l'état  actuel  de  la  littérature  allemande.  Hcureusenii  nt , 
elle  a  été  trop  illustrée  par  de  grands  mo  lèles,  pour  avoir  jamais 
à  craindie  une  décadence  complète.  L'auteur  du  poème  de  Y A- 
mour  espagnol  ne  connaît  guère  la  nation  dont  il  voudrait  peindre 
le  cararlère  et  les  sentimcns.  On  trouve  à  la  vérité  beaucoup 
dé  noms  espagnols;  mais  l'amour  ,  qui  est  le  sujet  de  l'ouvrage, 
conviendrait  aussi  bien  aux  Lapons  et  aux  islandais,  (|u'à  fout 
autre  peuple.  Quant  aux  vers ,  ils  sont  en  parfaite  harmonie  avec 
le  sujet.  Henrichs. 

SUISSE. 


I 


tJ7.  —  annales  de  législation  et  ds  jurisprudetnce.  Tome  i". 
Genève,  1820,  in-8°. 


Ï24  LIVRES  ÉTRANGERS. 

Ce  nouveau  recueil  s'annonce  sous  des  auspices  très  favorables, 
soit  par  Tcsjjrif  dont  il  fst  anime,  soit  par  le  nom,  la  rt-pntalion  et 
le  merile  dt-s  re'Jacleurs.  On  fait  observer  avec  beaucoup  de  jus- 
tesse, dansVa^'a/il-fropoi ,  qu'à  l'e'jjanl  delà  ZjtUrrtturf  qu'on  peut 
appeler  ^jo/</t(/uc,  de  longs  ouvraj|;es  qui  exigent  une  c'inde  lente 
et  approfondie,  ne  paraissent  pas  suffire  aux  esprits  du  moment. 
Les  liommeset  les  choses  marchent  si  vite,  l'activité  de  la  pense'c 
est  si  rapiile,  que  l'homme  qui  emploierait  vin^t  ans  à  composer 
un  excellent  livre,  pour  contribuer  à  prévenir  les  dangers  d'une 
lutte  acharnée  entre  1  o))iniiltrefe  tenace  et  l'imprévoyante  préci- 
pitation ,  risquerait  d'arriver  vingt  ans  trop  tard.  Il  devient  néces- 
saire, parce  motif,  que  plusieurs  écrivains  politiques  se  dévouent 
un  rôle  d'cclaireurs  et  de  troupes  le'gèrcsj  ils  se  proposent  de 
faire  connaître  les  progrès  que  la  jurisprudence  a  faits  récem- 
ment ,  surtout  en  Allemagne,  les  institutions  judiciaires  de  l'An- 
gleterre, et  l'état  actuel  de  la  science  et  des  législations  nouvelles 
chez  les  diverses  nations.  Les  articles  contenus  dans  la  première 
livraison,  sont  i°  un  Mémoire  Sur  l' étude  du  droit  dans  aes  rap- 
ports avec  ta  cwilisation  et  Pctat  actuel  de  la  science ,  par  M.  Rossi. 
2".  Un  extrait,  par  M.  Magnier,  de  C Histoire  du  droit  romain  au 
moyen  dgc ,  par  M.  de  Savigny.  3".  F.x;uncn  de  cette  question  : 
f,e  pouvoir  de  consommer  s^accrofi-il  toujours  dans  la  socitté  avec 
le  pouvoir  de  produire  ?  par  M.  de  Sismondi.  4"-  Sur  Tongine,  le 
dt'veloppement  et  V influence  pratique  des  théories  politiques  dans 
L'Europe    moderne  ,    par  Heeren  ;     traduit   de    l'allemand    par 
M.  Charles  Tremblay.  M.   Rossi,   Italien,   avocat,  après  avoir 
professé  le  droit  criminel  à  Bologne  avec  beaucoup  de  succès , 
s'est  fait  de  même  admirer  à  Genève  par  ses  cours  en  ditlërens 
genres  de  littérature.   M.  de  Sismondi  et  les  autres  rédacteurs 
offrent  des  noms  assez  accn-dités  pour  assurer  à  ce  nouvel  ouvrage 
périodique  l'accueil  le  plus  favorable.  A  compter  ilu  mois  d'oc- 
tobre 1820,  il  en  paraîtra  six  livraisons  par  année;  deux  livraisons 
formeront  un  volume  d'environ  u6  feuilles    d'impression.  On 
souscrit  au  bureau  de  ce  journal,  à  Genève,  chez  MM.  Mangetet 
Cherbuliez.   imprimeurs-libraires;  à  Paris,  chez  MM.  Bossange 
père  et  fils;  à  Londres,  chez  MM.   Martin    Bossange  et  corap'j 
on  Allemagne,  chez  M.  Loup,  à  Tubingen. 


UVRES  ÉTRANGERS.  7  25 

ITALIE. 

48.  —  Le  t'isiche  rei'oluzioni  délia  natura ,  etc.  —  Les  Re'volu- 
tioDS  physiques  de  la  nature,  ou  !a  Palingéne'sie  philosophique  de 
Charles  Bonnet,  accusée  d'erreurj  Dissertation  fheologique  et  phi- 
losophique du  P., M.  Philippe  Anfossï,  etc.  Rome,  1820,  in-8°. 

Ou  conDait  les  époques  et  les  formes  que  M.  Bonnet  avait 
voulu  assigner  à  la  perfectibilité  de  l'espèce  humaine,  Dans  son 
hypothèse,  l'homme  qui,  après  avoir  subi  la  forme  de  ver,  se 
trouve  maintenant  sous  celle  de  crysalide,  finira  aussi  par  la 
forme  de  papillon,  et  alors  toutes  ses  facuite's  acquerront  un 
plus  haut  degré  de  perfection.  Les  mêmes  mc'tamorphoses  pro- 
gressives, Bonnet  les  attribuait  aux  autres  espèces  subalternes, 
qui  toutes  suivaient  proportionnellement  la  même  progression. 
Cette  bizarre  hypothèse  avait  servi  d'amusement  aux  lecteurs;  elle 
fut  bientôt  oubliée.  Le  P.  Anfossi  vient  de  la  tirer  de  l'oubli 
pour  la  signaler  comme  une  théorie  impie ,  hérétique  et  sacri- 
lège, contenant  une  fouie  de  maximes  imputées  jadis  aux  anciens 
sectateurs  d'Origène.  L'auteur  se  fait  encore  un  mérite  d'avoir 
défendu  au  professeur  Settcle  la  publication  de  ses  Elémens  d'as- 
tronomie ^  où  celui-ci,  au  dix-neuvième  siècle,  a  osé  reproduire  le 
système  de  Copernic  et  de  Gahlée  sur  le  mouvement  de  la  terre 
et  l'immobilité  du  soleil.  Cette  défense  ayant  été  accueillie  avec 
un  ju^te  mépris  par  les  étrangers  et  par  les  Italiens,  le  P.  Anfossi 
a  voulu  la  justifier  par  les  mêmes  raisons  qui  firent  condamner 
Galilée  pendant  sa  vie,  et  qui  ont  fait  condamner  ses  juges  par 
la  postérité.  Qui  eût  dit  cependant  que  le  P.  Campanella,  do- 
minicain comme  le  P.  Anfossi ,  ayant  fait  l'apologie  de  Galilée 
en  1622,  le  P.  Anfossi,  deux  siècles  aprè*,  oserait  encore  con- 
damner Galilée  et  le  pauvre  professeur  Seltele?  C'est  soutenir 
avec  dignité  les  droits  du  saint-office  et  des  PP.  dominicains! 

49-  —  Ricerche  mediche  su  i  bagni  a  uapore,  etc.  —  Recherches 
médicales  sur  les  bains  à  vapeur,  et  sur  les  fumigations  de  subs- 
tances ammoniacales  et  balsamiques,  de  soufre  et  de  mercure, 
avec  une  planche  qui  représente  le  poile  portatif;  par  le  cheva- 
lier Puu/ Assalim.  INaples ,  1820,  in-4''. 

M.  Assalini  est  aussi  l'auteur  du  Manuel  de  chirurgie,  ou  f^ade 
mecuni,  pour  les  médecins  et  chirurgiens  attachés  au  service  des 


ii6  LIVRES  ÉTRANGERS. 

armccs,  et  ùc  plusieurs  autres  ouvrages  dcjà  publies.  Celui  que 
nous  annonçons  est  divise  en  cinq  parties.  Dans  la  preinicrc, 
Tauteur  expos»-  ce  que  les  anciens  et  les  modernes  ont  dit  de  plu.; 
intéressant  stir  les  bain";  et  sur  les  fumii;ahons .  <l,ins  la  seronde, 
il  décrit  Tappared  pour  les  poiii  s  ,  qu'd  a  simpidie  et  rendu  por- 
tatif i  la  troisièmi-  partie  contient  les  résultais  de»  essais  faits  sur 
Sept  cents  militaires  atteints  de  la  galle,  de  rhumatismes  et 
de  la  siphiUs.  On  trouve  ,  dans  la  quatriènx»  partie  ,  cent  traite- 
mens  reniar<|uables,  ou  cas  pratiques  de  guërisons  obtenues  avec 
des  bains  à  vapeur  et  avec  des  fumigation»  balsan«i(jue<,  snlfu- 
re^isfs,  mercuriales,  etc.  L'auteur  r*-serve  le  surplus  de  ses  iv- 
ciiercbes  pour  le  second  volume  (|ui  n'a  pas  encore  paru. 

5o.  ^  Poniona  Ualiana  ,  msia  tratlato  degii  alb  nJruUiferi,  etc. 
—  La  Pomone  italienne,  ou  Traité  des  arbres  fruitiers ,  par  Gior- 
gio Gallesio  ,  auteur  du  Traité  du  Citrus ,  et  de  la  Tlicorie  de  la 
reproduction  vcgi'tale.  Pise  ,  i8ao. 

Qtioiqui-  la  publication  de  cet  ouvrage  ait  l'tîe  annoncée  dès 
161S  ,  il  ne  fait  cependant  que  de  paniîtrc.  L'auteur  a  divisé  son 
travail  en  trois  parties  •  il  appelle  la  première,  scientifique.,  la 
seconde,  descriptive :^  et  lu  troisième  concerne  les  beaux-arts.  Les 
deux  premières  parties  contiendront  36  livraigons  ,  dont  il  eu 
paraîtra  quatre  par  an.  C'est  dans  cette  dernière  partie  qu'on  don- 
nera un  traite  élémentaire  de  pomologie  ,  et  un  traite'  complet  de 
chacune  dos  espèces  contenues  dans  1  ouvrage.  Avec  les  quatre 
livraisons  publiées  jusqu'à  prés<nt ,  on  a  donné  aussi  un  petit 
limité  du  figuier.  L'auteur  niontn»  I  eaucoup  de  connaissances 
botaniques  et  de  méthode,  en  classiint  les  espèces  diverses  de  cet  te 
plante.  L'iklition  est  fort  belle. 

5».  —  Osienrazioni  critiche  sulfa  costiluzione  delin  tnonarchia 
iUftagnuoLi,  etc. — Observations  critiques  sur  la  constitution  de  la 
monarchie  d'Kspagne  ;  par  Philippe  Pagaro.  Salerne,  ïSao. 

Le  jeune  auteur  est  un  officier  du  génie,  et  neveu  du  ct'lèbie 
et  roaliieureux  Mario  Pagano.  Son  oncle  lui  a  légué  à  la  fois  son 
nom  et  les  principes  auxquels  il  dut  sa  mort  et  sa  renommée. 
Cet  officier  pul)liciste  nous  prouve  <(ue  les  Napolitains ,  en  adop- 
tant par  pn-caution  et  par  la  nécessité  du  moment ,  la  constitu- 
tion d'Hspjgne,  ne  sont  pas  disptisés  à  se  l'appliquer  servilement, 
et  sans  en  examiner  la  convenance  sous  tous  les  rapports.  Les 


LIVRES  ETRAINGERS.  127 

«bservations  de  M.  Pagano  tendent  à  justitier  les  modifications 
qu'il  propose  sur  Je  nombre  des  députés,  proportionne'  à  la  po- 
pulation du  royaume  de  INaples;  sur  le  moUe  des  élections,  sur 
le  renouvellement  du  parlement  national  j  sur  l'utilité  de  d.'ux 
chambres  j  sur  la  juridiction  ecclésiustiquej  sur  l'adininistratioa 
municipale,  etc.  Il  est  très  important  que  les  cito^rens  les  plus 
e'clairés  aident  de  leurs  lumières  les  députes  de  la  nation,  pour 
cjue,  forts  de  leurs  connaissances  réciproques,  ils  puis  ent  dé- 
terminer dans  leur  sagesse  ce  qui  convient  le  mieux  aux  grands 
intérêts  de  la  nation.J.1  semble  qu'une  foule  d'écrits  qu'on  publie 
à  JNaples  dans  ce  moment,  tendent  principalement  à  ce  noble  but. 
On  y  trouve  des  idées  justes  et  lumineuses  ,  exposées  avec  un 
esprit  de  sagesse  et  deimodëration  propre  à  détruire  toute  prë- 
Tention  défavorable  à  ieiirs  auteurs  et  à  la  nation. 

5a. — CatechUmo  costiluzionale ,  etc. — Catéchisme  constitu"- 
linnnel  pour  le  royaume  de  Sicile.  Naples,  1820. 

Les  amis  de  la  constitution  ,  voulant  éclairer  toutes  les  classes 
du  peuple  sur  les  principes  fondamentaux  des  lois  constitution- 
nelles, avaient  tl'abord  traduit  et  publié  un  Catéchisme  espagnol 
sur  le  même  sujet^  mais,  ils  en  ont  eu  bientôt  remarqué  les  imper- 
fections, et  ils  en  ont  composé  un  autre  essentiellement  national. 
On  y  trouve  plus  d'ordre  et  de  précision.  Ce  livre  inspire  Tamour 
le  plus  pur  de  la  religion  ,  de  la  patrie,  du  roi  et  de  la  liberté.  Il 
combat  tout  esprit  de  faction  ^  il  montre  les  erreurs  et  les  dangers 
qu'il  faut  principalement  éviter;  il  désigne  tout  ce  qui  constitue 
l'autorité  du  roi  et  de  ses  ministres,  la  représensafion  nationale, 
et  les  institutions  consfitutionnelles.  On  y  discute  l'hypothèsa 
d'une  seconde  cliambre  ,  que  la  constitution  d'Espagne,  adoptée 
provisoirement  par  les  N.jpolitains,  n'admet  point.  Kn  effet, 
une  seule  chambre ,  qui  ne  craint  aucune  entrave  dans  sa  marche, 
pouri-uit  d^-passer  certnines  limites,  suitout  dans  un  pays  où  le 
climat  et  le  tempérament  des  habitans  l'exposeraient  quelquefois 
àla  [irécipitation.  Maisune  chambre  de  pairs  a  une  apparenced'o- 
ligarciiic,  et  elle  pourrait  finir  par  être  un  auxiliaire  du  pouvoir 
ministériel.  Cedan.^erest  à  craindre  ;  toutefois  on  pourrait  l'éviter, 
moyennant  des  conditions  qui  rendraient  cette  chambre  attachée 
aux  intérêts  de  la  nation,  et  contiaire  à  tout  esprit  oligarchique.  Si, 
par  exemple,  les  pairs  n'étaient  pas  héréditaires,  s'ils  étaient  élus 


io8  LIVRES  ÉTRANGERS, 

par  la  chambn;  des  députes  ,  si  les  l.ilrns  et  les  vertus  patrioti- 
ques étaient  les  premiers  titres  des  élus,  etc.,  sans  doute  celte  nou- 
velle chambre  pourrait  être  utile,  et  sa  di'^eneration  très  diflicilc. 
Mais  les  publiciiites  napolitains  ont  assez  de  sagesse  pour  exami- 
ner ci-ltc  question  et  d'autres  srii:l)lal>li'S  ,  avant  île  prendre  au- 
cune délibération  sur  des  ol)|els  d'une  aussi  haute  importance. 

53.  —  Su/la  crociata  conlro  Naf>oli,  etc.  —  Sur  la  croisade 
contre  le  royaume  de  Napics.  ISaples,  i8ao. 

Cet  opuscule  montre,  avec  beaucoup  de  franchise  et  de  force, 
l'injustice  et  l'incon-tquei.cc  des  potentats  qui  voudraient  faire 
la  {guerre  aux  ?sapolit;iins  et  à  leur  roi,  pour  s  ^Ire  donné  une 
constitution  appropriée  ;i  leurs  lumières  et  à  leurs  besoins.  L'au- 
teur rappelle  les  principes  et  les  promesses  annonces  déjà  ,  à  la 
face  du  monde,  par  les  princes  confédérés  contre  l'oppresseur 
de  l'Europe  11  examine  les  rapports  diplomatiques  de  leurs 
Etats,  et  les  dangers  présens  et  futurs  auxquels  pourrait  les  expo- 
ser le  projet  d'invasion  du  lo^iume  de  Kaplrs.  Il  peint  la  conduite 
noble  et  imposante  tlu  peuple  de  ce  royaume,  qui  donne  les  plus 
heureuses  espérances  pour  l'avenir.  Il  calcule  les  forces  natio- 
nales que  pourrait  fournir  une  popul.ition  de  sept  millions  d'ha- 
bitans  qui  se  présentent  de  toutes  parts  pour  défendre  lenrs 
foyers,  leur  constitution  et  leur  roi.  L'auteur  termine  par  une 
harangue,  non  moins  touchante  que  solide,  adressée  aux  augustes 
princes  qui  doivent  bientôt  manifester  leurs  intentions  au  sujet 
du  royaume  de Ka})lcs.  11  suppose  que  le  roi  de  iXaples  lui-même, 
présent  au  congrès  des  souverains,  soutient  la  justice  et  la  sain- 
teté de  la  cause  de  son  peirple,  qui  est  sa  propre  cause,  d'une 
manière  qui  le  rend  encore  plus  respectable  ,  plus  digne  de  l'a- 
mour de  sa  nation  et  de  l'admiration  des  étrangers.  «  Respectez 
donc,  conclut-il,  l'indéiicndance  de  mon  roy;iume;  respectez  ces 
cheveux  blancs  qui  rendent  ma  couronne  encore  plus  vénérable. 
C'est  une  entreprise  insensée  et  toujours  malheureuse  ,  que  de 
faire  la  guerre  aux  nations  pour  leur  ravir  leur  liberié;  mais  vous 
me  trouverez  toujours  au  milieu  de  mon  peuple,  prêt  à  le  dé- 
fendre moi  même,  tant  qu'une  goutte  de  sang  coulera  dans  mes 
veines.  Il  vous  faudra  passer  sur  mon  corps  pour  aller  ariacher 
l'étendard  national  qui  flolte  sur  mon  palais.  Votre  triomphe 
même  serait  peu  durable  ;  car  les  rois  périssent ,  mais  les  nations 


LIVRES  EÏR ANGERS.  129 

ne  périssent  point.  Et  s'il  est  prescrit  par  les  destins  que  des  ci- 
to3'ens  libres,  se  défendant  contre  des  soldats  mercenaires,  doi- 
vent succomber,  ils  fuiront  une  terre  profanée  par  un  conquérant; 
et,  comme  les  exile's  de  Parga,  emportant  avec  eux  les  osse- 
mens  de  leurs  pères  ,  ils  iront  demander  une  patrie  à  la  terre 
hospitalière  des  Ame'ricains.  » 

54.  —  Opère  di  Aîtcelo  Mazza.  Parme,  181G  —  1820  ;  5  vol. 
in-\°  et  in-8». 

Les  poésies  d'Angelo  Mazza  ont  beaucoup  de  mérite  et  d'origi- 
nalité :'  on  le  désigne  en  Italie  par  les  noms  de  Pindnre  italien  et 
de  Chantre  de  l'harmonie  ;  tant  sont  remarquables  les  vers  ana- 
logues qu'il  a  faits  sur  ce  sujet  !  II  a  la  gloire  d'avoir  renouvelé 
chez  les  Italiens  la  poésie  philosophique  et  théologique,  créée  par 
le  Dante ,  et  négligée  par  ses  successeurs. 

55.  —  OpuscoU  morali  di  Plctarco  ,  etc.  —  Opuscules  moraux 
de  Plularque  ,  traduits  en  italien  par  Marcel  Adriani  ,  le  jeune. 
Florence,  1820.  Jusqu'à  présent,  4  vol.  in-8°. 

L'édition  en  est  élégante,  la  traduction  fidèle,  et  le  style  réunit 
le  double  mérite  de  la  pureté  et  de  la  correction. 

ESPAGNE. 

56.  —  J^ida  polilica y  religiosa  de  los  jesuiUis.  — La  vie  politi- 
que et  religieuse  des  jésuites.  Ouvrage  dans  lequel  on  fait  voir  la 
justice  des  motifs  qu'eurent  le  roi  Charles  m  pour  les  expulser 
du  royaume,  et  le  pape  Clément  xiv  pour  supprimer  leur  ordre. 
On  y  a  joint  des  observations  critiques  soumises  au  congrès  na- 
tional des  cortès ,  pour  le  moment  où  il  s'occupera  des  jésuites. 
Anonyme,  i  vol.  in-8°.  Madrid,  1820.  Ortcga. 

La  circonstance  prévue  par  l'auteur  est  arrivée;  car  l'assemblée 
nationale  espagnole,  après  une  discussion  et  un  examen  appro- 
iondis,  a  prononcé,  le  14  août  1820,  la  suppression  des  jésuites 
en  Espagne. 

5^.  —  yîpendice  al  dictamen  sobre  cl  tribunal  de  la  inqiiisi- 
cion,  etc.  — ^Appendice  au  discours  sur  le  tribunal  de  l'inquisi- 
tion, prononcé  en  181 3,  par  don  Antoine- Joseph  Rniz  de  Pa- 
DFo.'v,  député  des  îles  Canaries.  Madrid,  1820.  In-80.  3e  édition. 

M.  Ruiz  de  Padron  ,  savant  et  vertueux  ecclésiastique  ,  fut 
le  premier  qui,  dans  les  cortès,  éleva  la  voix  contre  l'inquisi- 
•    TOME   Ylir.  9 


i3o  LIVRES  KTRA^'GEKS. 

lion  ,  (jii'il  contribua  puissainraiot  à  faire  ahoiiij  mais,  la  cons- 
titution espagnole  avant  ete  rejttt'c  parle  roi  Ferdinand,  et  tous  les 
membres  des  corlii  disperses,  perse'cntt's,  inrarcorés,  M.  huiz 
de  Pradon  'nt  victime  comme  les  autres  ,  et  emjiri  sonne.  Li- détail 
dos  vexations  dirigées  contre  lui  est  consigne  dans  une  préface 
remplie  d'inferOt ,  plarec  au  commencement  de  cette  édition  nou- 
velle de  V Appendice.  L'ouvrage  est  curieux,  et  mérite  d'être  lu. 
L'opinion  publique,  en  i8,!0,  désignait  au  cliois  des  Espagnols 
ce  savant  estimable  ,  qu'on  s'est  empresse  de  reélire  pour  les 
cortès  actuelles  où  il  'iége  avec  honneur. 

58.  —  Rspaiui  venlurnsa  par  la  vitla  de ,  etc. —  L'Espagne  beu- 
reuse  par  la  vie  de  la  consiitulion  et  la  mort  de  l'inquisition.  In-^" 
espagnol  ou  grand  in-S^  fiançais.  IWadrid,  i8'i0. 

L'auteur  de  cet   ouvrage   est  un    eccle'siastique   respectable  . 
IVl.    Bernabf.u,  membre  des  cortès  de  i8i3.  A  celte  époque  ,   i' 
publia  dans  sa  langue  un  ouvrage  où  il  établissait  les  droits  de  la 
nation  sur  les  biens  du  c'.crgé.    L'inquisition,  tju'avaienf   suppri- 
mée les   cortès,   ayant  été  rétablie  j>ar  Ferdinand  vu,  M.   I5er 
nabeu ,  inquiété  par  le  prétendu   saint-olfice  ,  s'échappa   d'tb- 
pagoe  ,  se  réfugia  en  France  ,  et  y  resta  jusqu'à  l'importante  révo 
lutioD  de  1820.  Retourné  dans  sa  patrie,  nomme   membre  de< 
cortès  actuelles,  il  publie  sous  le  titre  qu'on  vient  de  lire,  nui. 
édition  nouvelle  de  son  Traité  iur  les  biens  du  clergé ,  auquel  il 
a  ajouté  une  préface  intéressante  et  un  récit  détaillé  des  infcrro 
gatoires  que  lui  fit  subir  rincpiisition  ,  avec  ses  réponses  «jui  sont 
péremptoires  et  sans  réplique. 

59.  —  Mernorias  para  la  vida  del  sei'ior  J ovelUmns.  —  Mémoire - 
pour  servir  à  l'histoire  de  la  vie  de  monseigneur  don  G.nspar-Mel 
chior  <le  Jovellanos ,  avec  une  analyse  tie  ses  ouvrages;  par  don 
Jean  CEAN-BERvunFZ.  Madrid  ,  1810.  i  vol.  in-80.  Sojo. 

Cet  ouvrage  ,  imprimé  en  1814  1  fut  de  suite  saisi  en  vertu  d'un 
décret  prononcé  i)ar  un  juge  de  première  instance  de  Madrid  ;  on 
le  publie  aujourd'hui  en  vertu  d'un  autre  décret  rendu ,  sur  li 
réclamation  de  l'auteur,  par  un  autre  juge  du  même  tribunal. 

La  profonde  instruction  de  feu  M.  Jovellanos;  l'importance  de> 
ouvrages  qu'il  a  écrits  sur  l'économie  politicjuc  de  l'Espagne, 
la  nature  des  fonctions  qu'il  a  remplies,  comme  ministre  et 
conseiller  dH  roi  Charles  iv,  et  comme  membre  de  la  Junte  cen 


LIVRES  ETRANGERS.  i3c 

traie;  enfin,  les  vertus  civiles  et  les  autres  qualités  estimables  qui 
ornaient  lame  decet  Espagnol,  nt;  pourront  que  donner  un  carac- 
tère d'intérêt  historique  à  sa  biographie.  La  manière  dont  elle  est 
composée  doit  augmenter  le  dJsir  de  la  lire,  parce  que  M.  Cean- 
Bcrmudez  est  fun  des  savans  membres  de  Tacadémie  de  l'histoire, 
cl  très  honorablement  connu  par  son  excellent  ouvrage  intitulé  : 
Dictinniiaira  des  l'-spugnols  qui  se  sont  distingués  dans  les  arts 
delà  peinture,  delà  sculpture,  de  C  architecture ,  du  dessin  ,  et 
de  la  gravure. 

6o.  —  Apuntes  para  la  historin  de  los  arrestos  de  los  diputados 
Je  cnrtes  del  ano  iSi/j ,  etc.  —  ^Mémoires  pour  servir  à  l'histoire 
des  prisons  des  déi)utés  des  cortès  espagnols  de  Fan  i8i4i  par 
M.  DE  ViLLANDEVA.  -Madrid,  i8'2o.  I  vol.  in-8o.  Orca. 

Cet  ouvrage  est  fun  des  plus  intéressans  pour  l'histoire  du 
règne  de  Ferdinand  vu,  pendant  les  six  années  écoulées  depuis  la 
fin  de  sa  captivité.  L'auteur  est  l'un  des  hommes  les  plus  savans 
de  l'Espagne,  membre  de  l'académie  de  l'nistoire,  et  auteur  de 
plusieurs  ouvrages  historiques  très  estimés.  Il  assure  qu'il  a  écrit  ces 
Mémoires  dans  la  prison  appelée  de  In  Couronne,  à  Madrid,  destinée 
aux  ecclésiastiques  j  car  il  était  aumônier  du  roi  Charles  iv,  et, 
plus  tard,  uiembre  des  cortès  dei8i4'  H  profite  des  circonstances 
actuelles,  pour  i)ublier  des  événemens  extraordinaires  et  des  anec-' 
dotes  singulières,  auxquels  donna  lieu  le  système  politique  de 
tyrannie  et  d'oppression  adopté  par  les  ministres  de  Ferdi- 
nand contre  les  illustres  et  généreux  défenseurs  du  régime  cons- 
iitutionnel.  La  lecture  de  cet  ouvrage  fournit  des  r^n^eignemens 
précieux  sur  l'histoire  des  six  dernières  années,  et  il  serait  même 
impossible  de  la  bien  connaître,  sans  les  Mémoires  de  M.  Vil- 
ianueva.  J.  A.  Llorehte. 

ROYAUME     DES     PAYS-BAS. 

6i .  —  Geschierlenis  der Menschheid ,  etc.  —  Histoire  de  l'espèce 
humaine,  d'après  la  Bible ^  par  Herman  M^J^TINCHE  .tome  xi-  La 
Haye,  iSrg.  Veuve  Allartetcompagnie.  In-S^de  ^^\  pag. 

Le  premier  volume  de  cet  ouvrage  a  j)aru  en  1801.  L'auteur, 
M.  Muntinghe,  théologien  et  orientaliste  distingué,  professeur  à 
l'Académie  de  Groninguc,  donne,  dans  celui-ci,  des  tables  de $r 

9* 


i33  LIVRES  KTR ANGERS. 

tinecs  à  facililcr  les  reclierclies  dans  les  volumes  jire'cedens ,  et  il 
inili({iic  un  en  tain  nombre  de  chani^emcns  ou  de  corrections  né- 
cessaires. Il  peut  s'appliquer  avec  raison  VJixcty'i  nionunicntuni 
dHoracc. 

Cri. — De /^oor-^verelii ,  etc.  (cnallemand  f^/iir/t^;  c'est-à-dire, 
du  Monde  pi  imitif ,  ou  preuves  de  Texisfence  et  de  la  deslruclion 
de  plus  dune  création  terrestre,  antérieure  à  la  nôtre;  d'après 
l'allemand  de  J.-G.-J.  /iallcmteiU ,  pasteur  à  Falistorf,  dans  lo 
duclic  de  lîrunswick  ;  traduit  lilirement  en  hollandais ,  rédige 
dans  un  nouvel  ordre  et  enrichi  d'observations  ;  par  le  «locteur 
A.  MoLL,  noembrc  de  la  Société' des  Sciences  et  Artsd'Dtrecht. 
Dordrecht ,  1819.  Elusse  et  Van  Braara.  2  vol.  in-8°  ;  le  premier 
de  38G  ,  le  deuxième  de  33;  pag. 

63.  —  Sermons  de  A.-L.-C.  Coqdebel,  pasteur  extraordinaire 
de  l'église  wallonne  d'Amsterdam.  Amsterdam,  i8ao.  DeJa(  baux. 
Deuxième  édition.  ln-8<>.  197  pag. 

Il  est  quelquefois  dangereux  d'imprimer  ks  tiisrours  même  les 
plus  dloquens.  Rc'duire  des  sermons  à  une  simple  lecture,  c'est 
les  dépouiller  du  charme  de  ces  impressions  profondes  qu'excite 
dans  l'ame  le  sentiment  religieux.  L'orateur  doit  parler  du  haut 
de  la  tribune,  s'il  veut  que  ses  harangues  produisent  tout  leur 
ert'et;  les  exhortations  du  ministre  des  autels  doivent  descendre 
de  la  chaire.  On  ne  doit  pas  les  considérer  comme  une  suite  de 
me'ditations  morales  ou  dogmatiques  ;  on  ne  peut  en  former  un 
livre  ordinaire  sur  lequel  le  lecteur  ne  jettera  qu'un  rapide  coup- 
d'œil  j  ils  veulent  être  prononces,  ils  exigent  la  solennité  d'un 
culte,  le  recueillement  d'une  assembl<:e  nombreuse  ,  le  silence 
d'un  temple.  Ces  considérations,  qui  dérivent  en  gi-néral  de  la 
nature  de  rélo(juence  sacrée,  ne  contiennent  pas  en  particulier 
aux  sermons  de  M.  Coquerrl.  Le  volume  que  nous  avons  sous 
les  yeux,  quoique  publié  au  commencement  de  sa  carrière  dans 
le  ministère  sacré,  se  fait  lire  avec  plaisir,  et  plusieurs  des  ser- 
mons qu'il  renferme  oflrent  des  dévcloppemens  fort  éloquens. 
ISous  y  avons  distingué  avec  intérêt  un  discours  prêché  dans  le 
tfoiple  de  l'Oratoire  à  Paris,  le  j  novembre  1817,  premier  jour 
du  quatrième  siècle  de  la  réformation.  La  commémoration  de  ce 
grand  événement  y  csl  célébrée  d'une  manière  remarquable,  avec 


LIVRES  ETRANGERS.  i33 

celte  union  de  force  et  de  toîe'rance  dont  les  ministres  de  la  reli- 
gion reformée  possèdent  si  bien  le  secret.  L'orateur  s'élève  forte- 
ment contre  la  conduite  de  Calvin,  lors  Su  jugement  de  Servet: 
«  Nous,  dit-il,  ses  admirateurs,  nous,  ses  disciples,  nous  déplo- 
rons son  erreur,  nous  poursuivons  sa  mémoire  du  desaveu  le  plus 
formel.  »  M.  Coqucrel  trace  un  tableau  frappant  des  excès  et  de 
l'absurdité  du  fanatisme  ;  parmi  plusieurs  traits  heureux,  nous  ne 
choisirons  que  celui-ci  :  «  Qu'ils  sont  honteux  et  courts  les  triom- 
phes de  l'intolérance  j  elle  ne  produit  rien  que  d'involontaire  • 
c'est  un  tyran  qu'on  trahit  aussitôt  qu'il  s'éloigne.  »  En  général , 
ces  sermons  sont  écrits  avec  élégance  :  celui  qui  a  pour  sujet  . 
Saint  Pauldeuant  A  grippa,  joint  au  mérite  du  style,  de  la  hauteur 
dans  les  pensées.  Malgré  les  craintes  que  M.  Coquerel  exprime 
modestement  dans  la  préface  de  ses  sermons  ,  nous  pensons  qu'il 
a  pu  en  risquer  la  publication  ,  sans  être  coupable  de  témérité  et 
sans  avoir  besoin  d'indulgence. 

64.  —  Parnassus  Lntino-Belgicus  ,  siwe  pîericfiie  è  poetis  Bélgii- 
lutinis  epigramviate  atque  adnotatione  illuitrati,  a  Jacobo-Henrico 
HoE€FFT.  Dordraceno.  —  Parnasse  Latino-Belge,  etc.  ,  par 
Hoeufft,  de  Dordrecht.  Amsterdam,  DenHengst  et  fils;  à  Breda  , 
Van  Bergen  et  compagnie.  1819.  In-S**  de  378  pages. 

En  1818,  l'Académie  de  Bruxelles  a  promis  une  médaille  d'or 
à  l'auteur  de  la  meilleure  histoire  critique  et  littéiaire  des  Hol- 
landais et  des  Flamands  qui  ont  cultivé  la  poésie  latine  ;  et 
M.  Hoeiiff't ,  sans  se  présenter  au  concours  ,  en  a  pris  occasion  de 
composer  l'ouvrage  que  nous  annonçons,  et  que,  par  une  épître 
ru  vers,  il  a  dédié  à  cette  savante  Société.  Nul  n'était  plus  propre 
que  lui  à  réussir  dans  cette  entreprise.  Vétéran  distingue  du  Par- 
nasse latin,  homme  de  beaucoup  d'instruction  et  de  goftt ,  et 
possédant  une  bibliothèque  spécialement  riche  dans  celle  branche 
de  la  littérature,  il  ne  pouvait  pas  manquer,  en  s'imposant  cette 
tilche,  de  mettre  au  jour  une  production  remarquable.  Le  Par- 
nasse de  M.  H.  est  occupé  par  deux  cent  trente-deux  individus. 
M.  H. ,  essentiellement  catalogisle  et  historien  ,  accorde  un  article 
à  chacun  d'eux ,  en  les  appréciant  avec  plus  ou  moins  de  sévérité. 
Il  n'en  est  pas  un  qui  n'ait  au  moins  son  distique  ;  et  il  a  fallu  une 
grande  flexibilité  de  talent  pour  ne  pas  rendre  trop  monotones 
tant  de  mentions  obligées.  Les  notes  qui  accompagnent  chaque 


t34  LIVRES  ÉTRANGERS. 

article Ront  inU-rcssantts  pour  Tliistoirr  liltcrairc  ;  elles  renroienl 

aux  sources  à  consulter  pour  des  rcnspiv;ni'nifns  plu>  riendus. 

Ceux  (le  nos  Itcleurrf  <|ui  aiment  les  iniiscs  latines  .  nous  sau- 
ront hon  f;rc  de  leur  transcrire  ici  une  des  epigrammcs  de 
M.  Iloeullt  : 

llcoo  GFOTiuR(pag.  139). 

Selgica  quem  cunctis  oppnnit  gentibus  unum  , 

Anle  licet  nntn  dira  nocrrcn  sun , 
Crotiui  hic  ille  est,  eui ,  quod  docuére  récentes, 

JVottim  erat,  etprisci  quod  docuére  sophi. 
AJeniis  inerhauitœ  lypu'y  ingeniique  cupucis , 

Fa  ditrtrinarum  natns  ad  omne  genus , 
I\'i(  intenttilum  liquit ,  nil  liquit  inainurn, 

Incfpta  eventu  cunctn  probnnle  bnno. 
(^Uivqtte  viro  modo  fusus  erat  liomnna  poèsis  , 

SiiJ/icare  allerlus  laiidibus  apta  foret. 

Hugues  Grotius. 

«C'est  ceGrntiiis  que  la  Relgique  oppose  seul  aux  grands  hom  - 
ines  des  autres  nations,  quoiqu'elle  ail  été  autrefois  une  cruelle 
marâtre  envers  son  [ils  ;  ce  Grotius ,  qui  connaissait  tout  ce  qu'ont 
écrit  les  jihilosoplies  anciens  et  modernes.  Il  oflrit  le  modèle 
d'un  esprit  inépuisable  ,  d'un  génie  vaste  et  propre  à  tout  genre 
de  scieiu'e  :  il  tenta  tout,  osa  tout;  un  heureux  succès  cou- 
ronna tous  ses  travaux  :  son  talent  pour  la  poésie  latine  ,  qui 
n'était  qu'un  délassement  pour  lui,  aurait  sufli  pour  la  gloire  de 
tout  autre.  )) 

Kous  citerons  encore  un  article  qui  est  en  l'honneur  d'un  jé- 
suite allemand  très  obscur,  nommé  Vierte  de  Marque  {^i.  199). 
Auibititui  de  la  palme  (\\\  martyre,  il  avait  sollicité  du  général 
de  son  ordre  l.i  mission  du  Japon,  par  uneépîtn'  en  quatre cent.q 
Vers  latins  ,  imprimée  à  Douai,  en  1696,  et  qui  paraît  avoir  été 
couronnée  du  succès  désiré  : 

Hic  est  Japonici  qui  littora ,  Marca  ,  prnfundi 

ylnlctulil  ripis  ,  patri>i  Acafila  ,  tuis; 
Lt  PhœUfurias  propioris ,  et  œquorts  ir.im 

Sprevit ,  et  arumnas  paupericmquc  pâli  ; 


LIVRES  ÉTRANGERS.  i35 

Christo  discipulos  ,  Chriito  pariturus  alumnos , 
t'orsitan  utjlammis  membra  voranda  Jaret. 

(J  ainorl  o  ignis  !  soiis  quifortior  cestii , 
l'orlior  est  bustis,  Inde  /  rafane ,  tuis  ! 

(f  C'est  ce  Marque  qui  a  pre'fe're'  les  rivages  lointains  du  Japon 
aux  bords  de  sa  patrie^  qui  dedaii;na  les  chaleurs  du  soleil,  les 
dangers  de  la  merj  qui  supporta  la  pauvreté  et  Tindigence  pour 
procurer  à  Jesus-Christ  des  disciples  et  des  adorateurs  ,  au  risque 
d'être  de'vore' par  les  flammes  !  O  amour,  feu  céleste,  plus  fort 
que  les  chaleurs  de  ton  soleil  et  de  tes  bûchers ,  Inde  profane  !  » 

INous  avons  distingue,  parmi  les  notices,  celles  sur  £'rfl«we(pag. 
5  et  6) ,  sur  Jean  Second  (pag.  25 — 'iS)  ,  sur  Grntius  (pag.  129— 
^4  )  >  sur  Janus  f^litius  (  pag.  1^3  et  17  4)  >  sur  Gaspar  Kinschot 
(pag.  181  — 183),  sur  Levin  de  Meyer  (pag-  197),  et  sur  Ma- 
thieu Temminck  (pag.  aSi — 233).  La  nature  de  ce  recueil  ne  nous 
permet  pas  de  signaler  quelques  omissions  ,  peu  importantes  à  la 
vérité  ,  comme  celle  du  nie'decin  Lsevinius  Lemnius.  INous  ne  pou- 
vons que  recommander  cet  inle'rcssant  recueil  à  tous  les  amis 
de  la  poe'sie  latine. 

65.  —  iVieuwe  f^erJuindelingen  ,  etc  ;  c'est-à-dire,  nouveaux 
Me'moires  de  la  Société  zélandaise  des  Sciences,  tome  lll,  par- 
ties 4  et  ,5.  Middelbourg,  S.  Van  Benthem ,  1819,  in-8°. 

La  quatrième  partie  offre  nn  Mémoire  couronné  par  la  Société, 
sur  une  question  proposée  par  elle ,  et  où  il  s'agit  de  l'utilité  des 
têtes  de  pilotis  sciées.  Ce  Mémoire  a  pour  auteur  M.  Abraham 
Caland ,  officierdu  génie  ,  attaché  au  H^aterstaat  (administration 
des  digues  et  écluses) ,  et  aux  travaux  publics  :  il  est  lumineux  , 
bien  écrit;  on  y  trouvé  l'application  de  la  théorie  à  la  pratique, 
dans  une  matière  qui  intéresse  éminemment  la  province  de  Zé- 
lande ,  si  elle  veut  continuer  à  justifier  le  coin  de  ses  monnaies, 
sur  lesquelles  on  voit  le  lion  belgique  nageant  au  milieu  deà 
flots ,  avec  cette  légende  :  Luctor  et  cmergn. 

La  cinquième  partie  est  un  très  bon  Mémoire  de  M.  J. -P.  Boiirje, 
membre  de  la  Société  zélandaise,  sur  l'éclipsé  de  soleil  qu'on  at- 
tendait pour  le  7  septembre,  et  qui  y  est  calculée  avec  précision 
pour  Middelbourg,  Amsterdam,  Groningue,  Gotlingen  etSaint- 
fctcrsbourg.  P.  H.  M. 


i3G 

MVRRS  FRANÇAIS. 

CtG. — Noui'cUe  J\  omcnclaturc  mincralctf^iqur -^  pnr  I\l .  TÎERZE- 
Mcs.  Paris,  1819-1  vol.  Jn-80.  Mc'quignon-Marvis ,  rue  de  lEcok- 
dc-Meik-cinc.  Prix,  4  fr- 

En  même  feras  que  M.  Berzclius  nous  a  donne  son  Traite  des 
proportions  chimiques  ,  il  a  fait  paraître  nne  Nouvelle  nomencla- 
ture wincralogique,  Mous  avons  déjà  rendu  compte  du  premier  de 
CCS  ouvrages  {f^oy-  ci-dessus,  T.  IV  ,  pag.  5 — •i'\\).  Kous  allons 
nous  occuper  du  second ,  et  nous  croyons  en  donner  une  analyse 
claire  et  succincte  ,  et  en  démontrer  siiflisamment  les  avanta';es , 
par  la  simple  citation  du  passat^c  suivant  des  leçons  de  M.  Haiiy  : 

n  Le  rôle  de  la  cristallographie,  dit  le  savant  professeur,  est 
limité  à  la  détermination  des  1  spèces  minëralogiqncs.  Les  résuf- 
taf s  de  la  chimie,  relativeme<^t  au  même  objet,  s'étendent  à  la 
métliode  entière.  Ils  peuvent  seuls  être  cmploj'e's  à  la  formation 
des  gfnres  ou  des  familles ,  et  à  celle  des  ordres  et  des  classes.  La 
chimie  plane  ainsi  sur  toute  la  méthode,  et  Ton  peut  même  dire 
que,  sans  elle  ,  nous  n'aurions  pas  de  vi'ritalile  nuMliode. 

)i  La  marche  que  j'avais  suivie  pour  la  distribution  des  espèces, 
était  assortie  à  l'état  dans  lequel  se  trouvait  alors  cette  même 
science;  et^  pour  ne  parler  ici  que  des  genres,  j'avais  adopté 
pour  chacun  d'eux  une  base  terreuse,  aikoline  ou  mélallifjuc;  et 
chacune  des  différentes  espèces  qui  sous-di  visaient  le  genre  étaient 
caractérisées  parla  combinaison  de  la  base  commune  avec  un  prin- 
cipe particulier,  tel  qu'un  acide  ,  1  oxygène  ou  un  combustible. 
Mais  les  importantes  découvertes  qui  ont  fait  reconnaître,  dans 
les  corps  qur  portaient  les  noms  de  terres  et  d'alkali ,  des  subs- 
tances métalliques  déguisées  par  leur  union  avec  l'osygène,  ne 
permettent  plus  d'employer  (jue  provisoirement  les  anciennes 
méthodes,  en  attendant  fjue  chaque  minéralogiste  en  ait  adopté 
une  qui  soit  conforme  à  létat  actuel  des  connaissances.  F.t,  à  cet 
égard,  nous  avons  un  modèle  «ligne  de  rattenlion  de  tous  les  sa- 
vans,  dans  celle  qu'a  publiée  M.  Hur/eliiis.  Les  niini'raux  y  sont 
présentés  sous  deux  points  de  vue  diflciens,  dont  le  premier  est 
tourné  vers  la  chimie  ,  et  le  second  vers  l'élccfricitif  galvanicpie, 
de  manière  que  toutes  les  parties  de  l'iui  .<^ont  en  harmonie  avec 
celles  de  raulrc.  Ainsi,  les  mêmes  propriétés  chimiques,  d'oij^gl 


LIVRES  FRATN'ÇAIS.  187 

naît  une  distioclion  entre  les  métaux  qui  ont  une  plus  grande 
tendance  à  faire  les  fondions  d'oxydes  ou  tFacidcs  que  celles  de 
I)ases,  et  ceux  dont  la  tendance  est  Tinvcrse  de  la  prc'cedente, 
sont  lieps  aux  propriétés  physiques  à  l'aide  desquelles  les  pre- 
miers viennent  se  placer  parmi  les  coips  électro-résineux,  et  lis 
seconds  parmi  ceux  qui  sont  électro-vitrés.  11  est  aisé  de  conce- 
voir tout  l'intérêt  que  doit  exciter  cette  corrélation  entre  deux 
manières  d'envisager  les  mêmes  êtres,  dont  l'une  emprunte  tous 
ses  caractères  de  l'oxygène ,  qui  est  celui  de  tous  les  éle'mens  chi- 
miques dont  le  domaine  est  le  plus  étendu,  et  l'autre  puise  les 
siens  dans  la  même  source  d'où  sont  émanés  les  phénomènes  élec- 
triques qui  ont  servi  à  dévoiler  la  vcj'jtable  nature  d'une  grande 
partie  des  substances  métalliques.  Ce  système  est  encore  remarqua- 
ble par  la  manière  dont  les  espèces  sont  caractérisées.  Une  bonne 
partie  des  minéraux,  ainsi  que  je  l'ai  dit,  sont  des  assemblages 
de  divers  composés,  parmi  lesquels  il  y  en  a  toujours  un  qui  im- 
prime au  corps  le  caractère  de  sa  forme  cristalline  j  et  c'est  celui- 
ci  qui  doit  déterminer  l'espèce,  puisqu'il  faut  qu'elle  soit  repré- 
sentée, et  qu'elle  ne  peut  l'être  que  par  le  concours  du  type  géo- 
métrique avec  le  type  chimique.  D'après  les  bcll<:s  recherches  de 
M.  Berzelius,  le  principe  des  proportions  délinies  qui  a  eu  lieu  à 
l'cgard  de  ce  dernier  composé,  s'applique  également  à  chacun 
de  ceux  qui  ne  sont  qu'accessoires.  Le  savant  auteur  du  système 
se  sert  ingénieusement  de  lettres  accompagnées  d'exposans  numé- 
riqu,  s  ,  pour  désigner  les  quantités  relatives  des  principes  de 
chaque  composé;  en  sorte  que  le  tout  jirésente  en  raccourci  un 
tableau  fidèle  de  l'ensemble  des  éiémens,  tracé  d'après  les  ré- 
sultats des  lois  constantes  auxquelles  ont  été  soumises  las  at- 
tractions qu'ils  ont  exerce'es  les  uns  sur  les  autres ,  en  se  réunis- 
sant Jeux  à  Jeuar ,  trois  a  trois.  Les  limites  dans  lesquelles  sont 
renfermées  mes  leçons ,  ne  me  permettent  de  donner  qu'une  lé- 
gère esquisse  de  ce  beau  système  5  mais  j'en  ai  dit  assez  pour 
inspirer  le  désir  d'en  lire  le  développement,  et  de  juger  combien 
il  est  remarquable  par  la  généralité  et  par  la  fécondité  des  prin- 
cipes qui  ont  dirigé  le  plan,  m 

67.  —  Système,  floral  par  l'auteur  du  Boston  de  Flore,  ou 
Botanique  clcnientaire.  3'=  et  4"  livraisons.  Chez  l'auteur  ,  rue  du 
Dragon ,  n»  22 ,  1 1  chez  Deiauuay  ,  libraire ,  au  Palais-Royal. 


i38  LIVRHS  I•RA^ÇAIS. 

M.  Lofëbnre  poursuit  avec  un  surcis  decidi'  son  grand  frnvnil 
classique  annonreanx  savans  botanistes  île  FFurope  par  son  Alla» 
botanitpie,  honore  d'un  arrneil  flafti-ur  par  Tlnstitut  de  France. 
Cette  livraison  double  contient  les  (leurs  af;};ii'{;ees  rangées  dans 
l'ordre  clair,  facile,  naturel  et  non  contesté,  dont  il  a  fourni  les 
clémens  aux  personnes  le  moins  familiarisées  avec  la  botanique 
dans  son  Boston  de  Flore.  Et  ce  qu'il  y  a  d'essentiellement  re- 
marquable, c'est  qu'une  fois  sa  première  division  établie,  les 
classes  de  Linnée,  déjà  ordonnées  en  partie  par  cet  illustre  savant , 
reçoivent  à  leur  rang  les  familles  de  'l'ournefort;  en  sortf  (|ue  ces 
groupes  naturels  se  jilacent  «l'eux-mémes  dans  le?  trib»is,  comme 
Icstribus  dans  les  quatre  divisions  générales  créées  par  I  auteur  du 
Système  floral,  et  ne  font  qu'un  toutdedcuxconccptions  admirées, 
mais  jusqu'à  pre'sent  regardées  comme 'incompatibles-  Ln  dia- 
logue plein  d'observations  importantes  explique  ce  nouvel  ordre 
classique,  et  laisse  reconnaître  la  plume  exercée  ffui  a  produit  Koii- 
vragc  intitulé  Essai  analytique  Je  Ceturlr  de  CelnqueiKe  ,  honoré 
des  suffrages  de  M.  Lava,  dans  un  article  du  A/oniteur. 

Nous  aurons  occasion  de  citer,  dans  un  autre  cahier,  quelques 
passages  des  5' et  6*  livraisons,  qui  vont  paraître  incessamment. 

C8.  —  Opuscule  sur  la  f^inijication,  tfaitant  des  vices  de« 
méthodes  usitées  pour  la  fabrication  desvins,  et  des  avantages  du 
])rocédé  de  mademoiselle  Klizabeih  Gf.rvais  ,  brevetée  du  gou- 
vernement par  ordonnance  de  S.  IM.  Louis  X\  III ,  pour  la  même 
fabrication;  par7e«n-^/j<oi«e  Gebvais.  Montpellier,  in-S^'de  ii  { 
pages.  J.-G.  Tournel ,  imiirimeur. 

Cette  brochure  contient  l'analyse  et  la  description  d'un  pro- 
cède imaginé  par  mademoiselle  Elizabeth  Gervais,  pour  obtenir 
à  la  fois  une  grande  amélioration  dans  la  fabrication  du  vin,  et 
une  plus  grande  quantité  de  produit.  «  Au  moyen  de  mon  pro- 
cédé ,  dit-elle,  on  obtient  les  deux  r(-sidtats  suivans  :  lo.  La  ven-' 
dange,  à  l'abri,  <lans  la  cuve,  de  l'influence  atmosphérique,  subit, 
.sans  aucundanger  d'explosion,  une  ferm<!nfalion  graduelle,  régu- 
lière, et  subordonnée  à  l'action  seule  des  ma lièresfermentescibles 
qu'elle  contient^  de  sorte  que  celte  fermentation  est  exempte  de 
la  violence  ((lie  peut  lui  causer  l'air  libre,  en  ni«'''me  feins  qu'elle 
conserve  toute  la  force  nécessaire  pour  agir  utilement  sur  tous 
les  raisins,  et  notamment   sur   ceux  (|ui    sont  verts  ou  a<picux 


LIVRES  FRATNÇAIS.  \ic) 

a».  On  recueille,  en  la  dégageant  de  l'acide  carbonique,  la 
liqueur  qui  va  s'évaporer  pendant  la  fermentation  ordinaire,  et 
qui ,  ramene'e  ainsi  dans  la  cuve  vinaire  ,  y  rapporte  tous  les  prin- 
cipes d'arôme  et  d'alcool  dont  elle  était  charge'e,  y  soumet  à  une 
nouvelle  élaboration  et  préserve  d'acidité ,  en  l'humectant  sans 
cesse,  la  vendange  qu'elle  traverse  ,  et  dépouille,  sur  son  pas- 
sage, la  pellicule  dn  raisin  de  sa  vive  couleur  pour  en  orner  le  vin.  » 
Ces  résultats  paraissent  avoir  été  constatés  par  un  assez  grand 
nombre  d'expériences  qu'en  ont  faites  de  savans  chimistes  et  des 
agronomes  éclairés.  La  Société  royale  et  centrale  d'agriculture 
étant  occupée  en  ce  moment  de  l'examen  de  cette  importante  dé- 
couverte, nous  nous  empresserons  de  mettre  son  rapport  sous  les 
yeux  de  nos  lecteurs,  aussitôt  qu'il  nous  sera  connu. 

Mademoiselie  Elizabeth  Gervais  a  établi  une  administration  à 
Paris,  rue  de  Choiseul ,  n°  ;|.j  g""  cédera  à  des  personnes  ou  mai- 
sons de  commerce,  et  à  des  conditions  dont  elle  donnera  connais- 
sance, l'exploitation  de  sa  découverte  dans  les  départemens, 
autres  que  ceux  du  midi,  pour  lesquels  elle  a  établi  à  Montpellier 
une  direction  particulière,  sous  ia  gestion  de  M.  J.-A.  Gervais, 
son  frère,  à  qui  l'on  peut  s'adresser  pour  tout  ce  qui  y  est  rela- 
tif. (Les  lettres  non  aflranchies  ne  seront  pas  reçues.) 

69.  —  Traité  ou  obseri^ations  pratiques  et  patholoi^iques  sur  le 
<rrtàewie«f  des  maladies  de  la  glande  prostate;  par  sir'EvERAno 
Home,  baronnet,  vice-président  de  la  Société  royale  de  Londres, 
correspondant  de  l'institut  de  France,  etc.,  avec  quatre  plan- 
ches; traduit  de  l'anglais  par  Léon  Marchant  ,  docteur  en  mé- 
decine. Paris,  1820.  Baillière ,  libi'aire  ,  rue  de  l'Ecole-de- Méde- 
cine, n°  iG.  In-8°.  Prix,  G  fr.,  et  port  franc,  7  fr.  3o  c. 

On  appelle  glande  prostate  \\n  amas  de  follicules  muqueux, 
placé  à  l'orifice  de  la  vessie,  et  creusé  d'un  canal  renfermant  la 
portion  correspondante  de  l'urèthre.  On  n'avait  encore  aperçu, 
dans  cette  glande,  que  deux  lobes  latéraux  séparés  par  une 
échancrure  médiane.  M.  Home  y  a  découvert,  le  premier,  un  lobe 
moyen  ;  et  c'est  aux  conséquences  pathologiques  de  cette  décou- 
verte ,  qu'est  principalement  consacré  son  ouvrage. 

La  division  de  la  prostate  en  trois  lobes,  un  moyen  et  deux  la- 
téraux, n'est  pourtant  pas  une  division  constante.  Souvent  le 
moyen  lobe  n'existe  pas,  ou  du  moins  est  imperceptible,  et  quel- 


i4o  LIVRRS  FRANÇAIS. 

qiicfols,  an  contraire,  il  y  a  de  quatre  à  cinq  lobes  assczdistincts. 
Os  modiûcalions  dans  le  groupement  des  parties  constituantes 
de  la  prostate  varient  surtout  selon  les  3ges  et  les  espèces. 

De  la  solidité  romniuni(|Uc'e  par  la  prostate  à  Porifice  de  la 
vessie,  et  de  la  saillie  qu'y  fait  le  vcrum'mtanuin  ,  resuite  ,  en  ce 
point,  un  véritable  bvatus  entre  les  parois  de  Vurtlhre  :  liyatus 
semblable  à  celui  que  produit  la  caroncule  lacrymale  dans  Tangle 
interne  de  l'œil ,  et  qui  y  joue  à  peu  près  le  même  rôle.  Cet 
usa^e  et  cette  situation  de  la  glande  prostate  indi({uent  déjà  toug 
les  inconvc'niens  de  son  engorgement,  et  ces  incoTivcniens  sont 
e'videmment  tous  ceux  de  robstruclion  île  l'urithrc. 

INI.  Home  a  de'teruiiné,  avec  une  précision  rigoureuse,  les  cau- 
ses, les  suites ,  le  traitement  de  cet  engorgement  et  de  toutes  les 
autres  maladies  de  la  prostate  ,  de  son  inflammation ,  de  son  ul- 
ce'ration,  etc.,  etc.  Son  ouvr.ige  nous  paraît  à  la  fois  l'un  des 
plus  utiles  et  l'un  des  plus  remanjuablcs  de  l'époque.  Kous  re- 
grettons de  ne  pouvoir  oflrir  ici  les  preuves  de  cette  assertion  que 
le  nom  seul  île  M.  Home  justifie  an  reste  d'avauce. 

]\I.  iVIarcbiiut  à  qui  nous  «levons  l'ouvrage  ds.-M.Home,  est  déjà 
connu  par  la  traduction  de  l'excellent  ouvrage  de  M.  lîrolie  sur 
les  maladies  des  articulations.  Le  choix  de  ces  deux  ouwages  ,  et 
le  soin  avec  lequel  il  les  a  traduits,  témoignent  assez  de  tout 
le  mérite  de  M.  Marchant.  Ce  mérite  paraît  surtout  dans  une  in- 
troduction oiigiualc  où  l'on  trouve  tout  :'i  la  fois  de  l'érudition 
et  des  vues.  Ilouiiexs  ,  D.-!V1. 

^o.  — •  Recherches  sur  le  mécanisme  de  la  respimtion  et  sur  la 
circulation  du  snng  ;  essais  qui  ont  obtenu  une  nif  ntion  honora- 
ble auconcoursde  l'Académie  des  scicncesde  l'inslitutde  Francej 
par  IsiD.  BounDON,  interne  des  hôp.  civils  «le  Paris,  élève  natura- 
liste du  gouvernement.  Paris.  iSiO.  Bailiièje,  libraire,  rue  de 
l'Ecole-dc-Médccine  ,  n"  iG.  ' 

En  dt'pit  de  son  titre  ,  cet  ouvrage  n"a  nullement  pour  objet  le 
mécanisme  juopre  de  la  respiration.  Ce  mécanisme  y  est  à  peine 
indique.  L'objet  spécial  de  cet  ouvrage  est  le  mécanisme  des 
efTorts  ,  et  surtout  des  efforts  auxquels  concourt  l'action  simul- 
tanée de  la  glotte  et  des  muscles  abdominaux. 

Le  mouvcmeiit  total  de  la  respiration  si:  compose  de  deux  mou- 
vcmcDS  partiels,  l'un  d' iiupiration  et  l'autre  d^rpiralion.  La  con- 


LIVRES  FRANÇAIS,  14 1 

Iraction  du  diaphragme  et  des  muscles  inspirateurs,  en  dilatant 
la  poitrine  ,  y  opère  un  véritable  vide ,  et  l'air  s'y  introduit  aus- 
sitôt par  la  simple  pression  de  l'atmosphère.  L'agent  principal 
de  l'inspiration  est  donc  la  contraction  des  muscles  inspirateurs 
et  du  diaphragme.  Dès  que  cette  contraction  cesse,  l'air  est  ex- 
pulsé de  la  poitrine  par  le  retour  successif  du  pouTnon ,  des  bron- 
ches et  de  la  trache'e  à  leur  état  primitif.  L'agent  principal 
de  Yexpiration  est  donc  le  ressort  élastique  des  organes  respira- 
toires. 

Les  muscles  abdominaux  sont  totalement  étrangers  au  méca- 
nisme ordinaire  de  la  respiration.  Ils  ne  participent  à  ce  méca- 
nisme que  dans  les  expirations  violentes  et  rapides  ,  c'est-à-dire, 
dans  les  efi'orts.  La  contraction  des  muscles  abdominaux  a  pour 
efl'et  immédiat  la  diminution  de  la  cavité  abdominale,  le  refoule- 
ment des  viscères  abdominaux  et  du  diaphragme ,  et ,  par  suite, 
la  compression  des  poumons.  L'action  de  ces  muscles  est  donc 
nécessairement  expiratrice. 

ftlais  l'expiration  ne  peut  visiblement  avoir  lieu  qu'autant  que 
la  glotte  est  ouverte.  Supposez  la  glotte  fermée,  et  dès-lors  l'ac- 
tion des  muscles  abdominaux  ,  réfléchie  en  entier  sur  les  viscères 
de  l'abdomen,  concourt  à  l'expulsion  ou  de  ces  viscères  eux- 
mêmes,  et  de  là  les  hernies,  ou  des  matières  contenues  dans  ces 
viscères  ,  et  de  là  l'émission  des  urines,  des  matières  fécales,  etc. 
Le  résultat  de  la  contraction  des  muscles  abdominaux  est  donc 
subordonné  à  l'occlusion  ou  à  l'ouverture  de  la  glotte. 

Contraction  du  diaphragme  pour  appeler  l'air  dans  la  poitrine; 
compression  des  muscles  abdominaux  pour  l'en  chasser  ;  occlu- 
sion de  la  glotte  pour  l'y  retenir  :  voilà,  selon  M.  Bourdon,  le  mé- 
canisme de  tout  effort.  Il  y  a  conséquerament  dans  tout  effort 
tendance  à  expiration  ,  ou  plutôt ,  tout  eflbrt  expulsif  n'est  qu'ua 
effort  expirateur  détourné  sur  les  viscères  abdominaux  par  l'oc- 
clusion de  la  glotte.  Tout  effort,  autre  que  l'effort  expirateur, 
suppose  donc  nécessairement  l'occlusion  de  la  glotte. 

Le  défaut  de  cette  occlusion  devrait  donc  rendre  toute  expul- 
sion impossible.  C'est  pourtant  là  ce  qui  n'a  point  lieu.  M.  Bour- 
don a  donné  de  l'émétlque  à  un  chien  dont  il  avait  préalablement 
ouvert  la  trachée-artère  ;  et,  malgré  cette  ouverture  ,  ce  chien  a 
vomi.  L'occlusion  de  la  glotte  n'cit  donc  pas  indispensable  pour 


i4a  LlVKhS  FKAÎVrAIS. 

le  vomissiiiiu'iit ,  et  la  ]>^<)(lo^itiun  du  M.  liouixlon  n'est  pa.s 
absolue. 

Eu  j^eneral ,  M.  Roiiriloii  |iartaj;c  avec  lu  plui'aitde  ceux  qui 
ont  traitii  lia  mccanistue  des  eU'oi-ts,  le  tort  de  n'avoir  ]>as  a&»ex 
distingue  les  ctlorls  siiuiilcs  dis  or^tnes,  de  leurs  etioils  compli» 
quès.  L'estomac  vomit  seid,  «ans  le  concours  ni  de  l'occlusion  de 
la  glotte  ,  ni  de  la  contraction  des  muscles  ab<lominaui.  Le  pou- 
mon, pour  expirer  ;  la  vessie,  pour  urinr-r,  n'ont  besoin  que  de 
leurs  propres  forces.  Ce  n'est  que  dans  les  vomissemens  brusques 
et  violcns ,  dans  les  expirations  rapides ,  dans  les  contractions  im- 
puissantes d'une  vessie  atl'aiblic  par  l^ge,  que  devient  inilispen- 
sable  le  concours  des  muscles  abdominaux  et  de  lu  i;lotle. 

Mais,  un  mérite  que  nul  ne  partage  avec  .M.  Bourdon,  c'est 
d'avoir  montre  la  corrélation  d'elicts  qui  lie  le  jeu  de  la  glotte  au 
jeu  des  muscles  abdominaux,  et  d'avoir  ainsi  démêle  toutes  les 
conséquences  de  leur  action  ,  soit  isolée  ,  soit  simultanée.  Son  ou- 
vrage a  déjà  obtenu  une  mention  bonorable  au  concours  del'Aca- 
dcmie  des  sciences.  Ln  pareil  suHVage  jusiitierait  as>cz  nos  élo- 
ges ,  s'il  ne  les  rendait  inutiles.  l'LOUREKS,    D.-iM. 

"-i.  (*)  —  Monographie  historique  et  médicale  de  la  fièvre  jaune 
des  ylntdlcs  ;  et  Kccherclies  j)liysiologiques  sur  les  lois  du  ilevc- 
loppcment  et  de  la  propagation  de  cette  maladie  prslileulielle  j 
par  Al.  Moreau  de  Jonnès,  chevalier  de  Saint-Louis  et  de  la 
Légion  d'honneur,  correspondant  de  l'Académie  des  Sciences  , 
de  l'Institut  de  France  ,  etc.,  etc.  Paris,  1830.  1  vol.  in-8ode 
334  pages,  (^hcz  Bécliet,  libraire  ,  place  de  l'Lcolc-de-IVlédecine, 
et  Crévot,  libraire,  n°*  11  à  i3.  Prix,  5  fr.  5o  cent. 

^2.  (*) —  /^  Guide  du  Pontonnier,  mémoire  sur  les  ))onts  mili- 
taires, contenant  les  passages  de  rivières  les  plus  remarquables 
exécutés  jusqu'à  nos  jours,  et  les  principes  de  l'art  du  jiontou» 
nier^  avec  les  figures  nécessaires  à  l'intelligence  du  ti  xte,  i-t  une 
carte  topograpbique  de  1  île  de  Lobau,  représentant  les  ouvrages 
de  campagne  construits  dans  cette  tic  en  1809;  par  A.  F.  i-)RiEL, 
capitaine  au  corps  royal  d'artillerie,  chevalier  de  la  Légion  d  hon- 
neur. —  Paris,  i8«o.  Levrault,  libraire,  rue  des  Foské»-Mon- 
sieur-le-i'rince ,  n"  35 j  un  vol.  in-8°.  Prix,  6  fr. ,  et  7  fr.  franc 
d«  port. 


LIVRES  FRANÇAIS.  143 

Il  n  a  encore  ete  publié  en  France  aucun  ouvrage  sur  l'art  de 
traverser  les  fleuves  qui  s'opposent  à  la  marche  des  arme'es.  L'iui- 
jiorlance  de  cette  partie  de  l'art  de  la  guerre  est  pourtant  recon- 
nue^ l'on  sait  combieu  de  victoires  ou  de  désastres  peuvent  ré- 
sulter de  la  manière  dont  un  passage  de  rivière  est  exécuté.  L'au- 
teur du  Guide  du  Pontonnier  a  t'ait  précéder  les  principes  relatifs 
à  la  Construction  des  ponts,  d'une  notice  historique  qui  retrace 
les  opérations  les  plus  remarquables  faites  pour  franchir  les 
fleuves  les  plus  considérables.  Son  ouvrage  sera  donc  utile  non- 
seulement  aux  officiers  qui  sont  dans  le  cas  d'avoir  des*  pas- 
sages de  rivières  à  diriger,  mais  encore  aux  personnes  qui  ne 
veulent  rester  étrangères  à  aucune  partie  de  l'art  militaire  :  nous 
en  rendrons  compte  dans  un  de  nos  prochains  cahiers. 

y  3.  —  Mémoires  sur  la  digue  de  Cherbourg,  comparée  au  Breah- 
■water,  ou  Jetée  de  Plynwulh ;  par  M.  Cacuin  ,  inspecteur  général 
des  ponts-et-chaussées.  Paris,  1820J  unvol.  in-4°,  orné  de  cinq 
grandes  planches,  dessinées  et  gravées  avec  beaucoup  de  soin. 
Prix,  i5  fr. ,  et  16  fr.  par  la  poste,  h .  Didol  et  fils,  libraires,  rue 
Jacob,  n°  24. 

L'auteur  s'est  proposé  deux  objets  :  faire  connaître  les  travaux 
exécutés  pour  la  construction  de  la  digue  de  Cherbourg,  et  com- 
parer ces  travaux  à  ceux  du  Breakwater  de  Plymoulh.  Il  annonce 
un  autre  ouvrage ,  dans  lequel  il  décrira  les  travaux  du  vaste  port 
creusé  dans  le  granit  à  Cherbourg,  et  où  les  plus  grands  vais- 
seaux peuvent  être  constaqament  à  flot.  Il  est  superflu  d'insister 
sur  l'utilité  des  publications  de  ce  genre  ,  surtout  quand  elles  ont 
pour  objet  des  constructions  aussi  importantes  et  aussi  difficiles 
que  celles-ci. 

74-  —  Observations  sur  le  cadastre,  présentées  au  conseil  gé- 
néral du  département  du  Uoubs  ,  par  M.  Désiré  Ordxuxire  ,  etc. 
Paris,  18205  brochure  in-8°.  Brunot-Labbe ,  libraire,  quai  des 
Augustins ,  n"  33. 

Cette  brochure  est  l'ouvrage ,  non  d'un  partisan  ou  d'un  détrac- 
teur du  cadastre,  mais  d'un  observateur  éclairé  et  impartial. 
Dans  la  première  partie,  où  l'auteur  traite  particulièrement  de 
l'imperfection  des  réglcmens  du  cadastre,  après  avoir  indiqué 
plusieurs  articles  comme  très  défectueux,  il  s'attache  aux  arti- 
cles 5i5  et  5iG,  concernant  les  déductions  à  faire  au  revenu  brut. 


^y^  LIVRES  raAKÇALS. 

dans  les  diffcTcntes  classes  de  terre,  pour  en  déduire  le  revenu  nel 
et  imposable.  Il  montre  qtie  ,  pour  conserver  une  matière  impo- 
sable dans  les  derniires  classes  de  terre,  c'csl-à-dire  dans  cell.  s 
où  Ton  ne  tmiivirail  point  de  produit  net  si  Ton  tenait  compte 
de  Taugracntation  de  frais  de  culture  qu'elles  exigent,  on  diminue 
l'évaluation  de  ces  frais  dans  la  même  proportion  selon  laquelle 
ils  augmentent  réellement  ;  puisque  ,  d'après  les  articles  pré- 
cités, «  si  les  frais  de  cultuie  sont  de  ^o  fr.  par  journal  (  35  ares 
35  centiares)  dans  la  première  classe  dont  le  revenu  brut  est  de 
100  fr. ,  ils  seront  réduits  à  lo  fr.  dans  la  cinquième  classe,  si  le 
revenu  brut  de  celte  classe  n'est  qui;  de  ao  fr.  » 

L'auteur  prouve  que  ce  règlement  est  injuste,  parce  que  les 
frais  de  culture  des  mauvaises  terres,  loin  dVtre  inférieurs  à  ceux 
des  bonnes  terres,  leur  sont  au  contraire  supérieurs,  et  qu'il  est 
injuste  de  leur  faire  subir  un  retranchement  dans  leurs  frais  ,  qui 
rend  leur  revenu  net ,  et  par  consefjuent  imposable,  proj)or1ion- 
nellemcnt  beaucoup  trop  fort.  De  cette  seule  inconséquence,  il 
suit  que  le  propriétaire  des  mauvaises  terres  paie  beaucoup  plus 
d'impôts  que  celui  des  bonnes  terres j  et,  comme  il  est  des  com- 
munes, des  cantons,  des  departemens,qui,  par  l'ingratitude  de 
leur  culture,  peuvent  être  compares  aux  propriétaires  des  der- 
nières classes  de  culture,  il  s'ensuit  ((ue  ce  sont  précisément  les 
communes,  les  cantons,  les  dèpartemens  les  plus  pauvres  ,  qui 
sont  proportionnellement  les  p'us  imposes.  L'auteur  s'attaciiant 
principalement  à  ce  point  de  vue ,  le  suit  dans  tous  ses  détails ,  et 
en  fait  ressortir  jusqu'à  la  démonstration  toutes  les  suites  fatales. 
Ce  n'est  que  par  l'ouvrage  même  ,  que  l'on  peut  juger  des  déve- 
loppcmens  lumineux  et  toujours  intèressans  qu'il  a  donne's. 

L'auteur  traite,  dans  la  seconde  partie,  des  inconvèniens  qui 
accompagnent  rexeciition  du  cadastre,  et  de  ccu\  <|ui  résulte- 
raient de  son  application  prcouturce  pour  une  nouvelle  réparti- 
tion des  impôts. 

Ici,  après  avoir  fait  ressortir  les  principales  irrégularités  pro- 
duites par  le  cadastre  dans  le  département  du  Doubs ,  il  pareoin  t 
celles  ([ui  résultent  de  son  application  sur  tonte  la  surf;<ce  delà 
l''ranci-.  F.nfin ,  il  termine  en  indiquant  qiiehjues-uns  des  moyens 
cjui  pourraient  être  cmplo^'és  pour  remédier  à  ses  iiicft>vi'nii.ns  cl 
assurer  ses  avantages. 


LIVRES  FRANÇAIS.  ,45 

'7 5.  C')  —  De  la  nc-cexsitc  clejîxer  et  (Tatlopler  un  corps  de  doc- 
trine pour  la  gfOi^raphie  et  lu  atatistique  ,  avec  un  Essai  systéma- 
tique sur  cet  objet,  et  des  jMogrymnies  pour  des  cours  sur  ces 
deux  sciences,  dans  leur  application  à  l'art  de  la  guerre  j  par  le  ba- 
ron DE  i'EBi'SSAC  ,  chof  de  bataillon  au  corps  royal  d'état -major, 
tt  membre  de  ];lusieurs  Sociétés  savante^  Paris  ,  1819.  In-S"  de 
40  pages.  Arthus  Bertrand  ,  rue  Hautefeuille ,  a°  23. 

L'auteur  envisage  la  ge'ographie  dans  l'ensemble  de  ses  rapports 
avec  les  ronnciissances  dont  elle  dépend  ,  ou  avec  lesquelles  elle 
est  en  contact,  et  il  essaie  de  la  limiter  et  d'en  fixer  les  divisions 
naturelles.  Trois  tableaux,  suivis  d'un  Programme  d'un  Cours  de 
géographie  et  de  statistique,  servent  à  rendre  plus  sensible  la 
nieHiode  imaginée  par  M.  de  Férussac  pour  l'ctude  graduée  de 
l'une  et  l'autre  science.  Son  traité  ,  qui  contient  des  aperçus  en- 
tièrement neufs,  est  digne  de  la  méditation  de  toutes  les  personnes 
vouées  par  état  à  l'enseignement  de  la  jeunesse. 

76.  —  Collection  de  machines  ,  d''i/istrumens  ,  ustensiles ,  cons- 
tructions ,  appareils,  etc.,  employés  dans  l^ économie  rurale ,  do- 
mestique et  industrielle  ,  diaprés  les  dessins  faits  dans  diverses  par- 
ties de  l'Europe;  par  le  comte  de  liASTETHiE-  vi'  livraison  de 
10  planches  avec  un  texte  explicatif  contenant  :y^/A/-jcnfio/j  tfu 
vin,  pi.  34;  faulx  et  fourches ,  pi.  1,2,  3  j  irrigations ,  pi.  4  >  5; 
économie  dont- stique ,  j)l.  i.  -2.  3.  Paris,  1820.  A  l'établissement 
lithographique  (!u  comtode  Lasteyrie,  rue  du  Bac,  n"  58.  (Vov. 
touie  V,  pag.  jfiG.  ) 

Celte  coUeclion  (  dont  le  prix  est  de  3  fr.  la  livraison  )  doit 
avoir  dix  livraisons.  Celles  qui  ont  paru  jusqu'à  la  sixième  inclu- 
sivement ,  présentent  une  grande  variété  d"in-;trumeiis  on  de  ma- 
chines applicables  aux  diverses  branches  de  l'économie  rurale  et 
domestique. 

Chaque  genre  d^.  travaux  rn  agriculture  ,  comme  dans  tous  les 
aits,  demandedes  instromens  etdes  appareils  appropriés  aux  dif- 
férentes opéralionsqu'il  s'agit  d'exécuter.  C'est  faute  de  C(t'e  res- 
source (|U(j  les  arts  ,  si  imparfaits  chez  les  nations  peu  civilisées  , 
restent  stationnains  ,  et,  ne  parviei.nenf  jamais  au  ilegréde  per- 
fection dont  ils  sont  susceptib!t;s  11  manqu;;  tncoïc  à  njtr.:  agri- 
culture ,  (jui  a  l'ait  de  si  grautls  progrès  depuis  3o  ans,  des  ins- 
trumcus  pour  un  grand  uonibre  d'opcralioas  ,  ou  de.5  ins^rumens 
TOME  vm.  10 


¥ 


i46  LIVRES  FRANÇAIS, 

plus  parfaits  que  ceux  dont  nous  faisons  usage.  M.  le  comte  de 
Lasteyrie  rencl  donc  un  sei-vicc  im|iortant  a  notre  industrie  agri- 
cole ,  en  publiuiit  la  cullcction  des  meilleurs  instrumens  qu'il  ». 
observés  dans  ses  nombreux  voyages. 

Nous  avons  vu  avec  intérêt ,  dans  la  deuxième  livraison  ,  le 
chaniot  carthaginois  que  Vurron  ,  duns  la  desciiption  qu'il  cd 
donn»',  dit  avoir  été  emjiloye  de  son  teras  en  Espagne,  pour  sé- 
parer le  j:;rain  de  la  paille.  IVI.  de  Lasteyrie  a  retrouve  in  Anda- 
lousie ce  même  instrument,  qui  est  encore  aujourdMiui  employ<J 
au  même  usage  par  les  Espagnols  modernes.  Cette  découverte 
lui  a  permis  de  rectifier  le  texte  de  Varron ,  corrompu,  ou  mal 
interprété,  par  les  commentateurs  ,  qui  ne  pouvaient  le  com- 
prendre ,  n^ayant  aucune  connaissance  de  ce  genre  d'instru- 
ment. 

^^.  —  Science  du  publiciste ,  ou  Traité dei  principes  élémentaires 
du  droit  considéré  dans  ses  principales  dwisions  ;  avec  des  notes  et 
des  citations  tirées  des  auteurs  les  plus  célèbres  j  par  M.  j4lb. 
Fritot,  avocat.  Paris  ,  1820.  In-8°.  a'  volume  de  ^^9  pag.  Cbex 
Bossange. 

Sur  le  sujet  et  le  plan  de  cet  ouvrage  vraiment  utile ,  qu'il  nous 
soit  permis  de  renvoyer  au  tome  IV  «le  notre  Revue,  pag.  60^.  Le 
volume  que  nous  annonçons  appartient  encore  à  la  première 
partie  de  l'ouvrage;  c'est-à-dire  ,  aux  principes  élémentaires  de 
toute  la  législation. 

il  contient  le  livre  deuxième  de  cette  première  partie,  consacré 
à  ce  que  l'auteur  appelle  exclusivement  le  dioit  politique;  c'est-à- 
dire  ,  le  droit  des  nations  entre  elles.  On  y  trouve  aussi  le  com- 
mencement du  troisième  livre  qui  traite  de  ce  (|ue  l'auteur  appelle 
droit  des  gens  ,  ou  droit  commun  par  excellence  ,  et  où  il  expose 
les  principes  élémentaires  du  droit  des  étrangers  dans  chaque 
État,  du  droit  des  ambassadeurs  ,  et  de  celui  de  la  guerre  et  de 
la  paix. 

L'auteur  est  (idèle  à  suivre  ,  dans  les  livres  a  et  3 ,  l'ordre  singu- 
lièrement symétrique  observé  dans  le  premier  livre.  C'est  toujours 
un  chapitre /jrc«»;er  qui  pose  une  vérité  base  ,  et  un  chapitre  ic- 
cowf  (jui  «lonne  litre  premier  ]cs  principes  fondés  sur  la  base,  et 
tttrc  ileu.ticme  les  conséquences  de  ces  principes.  Même  méthode 
pour  le  livre  troisième.  Tout  cela  pourra  paraître  un  peu  trop 


LIVRES  FRANÇAIS.  147 

compassé;  mais  on  contesterait  difOcilement  la  vérité,  la  pureté 
des  doctrines  ,  la  richesse  des  développemens  logiques  et  histori- 
ques ,  ou  le  choix  judicieux  des  autorités.  Lanjdinais. 

^8.  —  Code  électoral^  comprenant  la  Charte,  les  lois  sur  les 
élections  ,  les  ordonnances  et  les  instructions  ministérielles,  avec 
des  notes  servant  de  commentaires;  par  M.  Isambeht,  avocat  aux 
Conseils  du  Roi  et  à  la  Cour  de  Cassation.  Paris,  1820.  Id-8°. 
Chez  Décle,  libraire,  place  du  Palais  de  Justice,  n*  i. 

L'auteur  de  ce  recueil,  déjà  connu  par  sa  collection  savante  et 
critique  des  lois  et  des  ordonnances,  à  compter  du  premier 
avril  1814,  présente  ici,  réunie  dans  un  seul  cadre,  toute  la  législa- 
tion et  toute  la  doctrine  réglementaire  en  vigueur  sur  le  système 
électoral.  Il  renferme  plusieurs  instructions  ministérielles  encore 
inédites,  et  particulièrement  celles  que  le  ministre  actuel  de 
l'intérieur  vient  de  donner,  à  l'exemple  de  son  prédécesseur, 
M.  Laine,  en  1817.  Elles  contiennent  la  solution  de  47  questions. 
L'auteur  combat ,  en  habile  jurisconsulte,  quelques-unes  des 
solutions.  Ses  notes  sur  les  lois  électorales  du  5  février  et  du 
29  juin  sont  très  étendues,  et  seront  consultées  avec  fruit.  Dans 
une  préface  de  4  pages  ,  il  signale  les  imperfections  de  cette  lé- 
gislation, surtout  relativement  à  la  compétence  du  Conscil-d'Etat. 
En  regard  de  la  page  première,  est  une  note  importante  sur  la 
promulgation  de  la  Charte  ;  enfin,  la  table  est  très  commode 
parce  qu'elle  est  bien  rédigée. 

L'auteur  annonce  que  ce  livre  n'est  qu'un  fragment  de  son  Re- 
cueil classique  et  complet  de  la  législation  française ,  qu'il  conti- 
nue de  publier  avec  succès.  Lanjuinais. 

^9.  (*)  —  Histoire  de  la  résolution  qui  renfersa  la  république 
romaine ,  et  qui  amena  l'établissement  de  Pempire  ;  par  M.  Nou- 
GARÉDE  ,  baron  de  t'ayet.  Paris,  1820.  3  vol.  in-8°  d'environ  1000 
pages.  Firmin  Didot. 

Les  faits  importans  et  curieux  développés  dans  cet  ouvrage 
n'avaient,  jusqu'ici,  paru  qu'esquissés  à  grands  traits  ,  ou  disper- 
sés, ou  rédigés  obscurément  par  les  historiens  anciens  et  moder- 
nes. M.  le  B.  de  Nougaréde ,  dont  le  nom  est  connu  par  d'autres 
productions  estimables,  aie  mérite  de  les  avoir  tous  recueillis  et 
présentés  dans  ses  deux  volumes,  en  un  français  correct,  élégant, 
«t  dans  un  bel  ensemble  ;  de  les  avoir  aussi  quelquefois  expliqués 


ijS  LlVl'.KS  IK.\;\(;A1.S. 

il"unt'  maultic  lu-uve,  cl  iipprcciciiavL'r  jiibtosscelsagucile.  Quant 
ù  la  chronologie,  elle  nous  paraît  ici  lef^èrcmeut  tracée.  Lllc  ne 
.«emble  p;is  aussi  commode  et  aussi  exacte  qu'on  pourrait  le  dé- 
sirer. 11  V  aura  des  lecteurs  f|iii  regretleiont  qno  fauteur  n'ait 
pas  coni|iiis  dans  son  plan  lliistoire  des  Gracques  et  celles  d« 
Marius  et  ilebylla,  et  uii}me  de  Catilina  et  de  Clodios.  S'il  en 
est  paf  le ,  c'est,  peut-être,  un  peu  surcinctemeni ,  puisque, 
dès  les  premières  pages,  on  trouve  la  mort  <le  César.  Au  surplus, 
cet  ouvrage  sur  une  des  plus  remarquables  époques  de  l'histoire 
des  hommes  ,  se  fait  lire  avec  un  vif  iiilèrêl,  et  prend  dans  notre 
littéralnic  un  rang  honorable. 

Le  tableau  circonstancié  du  renversement  «le  la  rèpublicjue  ro- 
maine intéressera  il'autant  plus  les  hommes  tl'Etat ,  les  littéra- 
teurs ,  les  gens  <lu  monde,  que  c'est  précisément  un  cours  expé- 
limcntal  d'histoire  et  de  politique  ,  démontrant  les  efléis  subver- 
s'xis  des  anti-lois,  que  uousappelons  enFrance,  avec  politesse,  des 
lois  d'exception.  A  Rome  ,  ces  lois,  s'il  faut  les  appeler  ainsi,  ont 
blessé  d'abord  l'ordre  et  la  justice^  elles  ont  jiroduit  la  petite 
puis  la  grande  terreur,  les  conspirations,  Us  séditions,  les  julla- 
ges,  les  massacres,  les  guerres  civiles;  bientôt,  de  tond  en  comble, 
elles  ont  ruiné  l'Etat,  elles  ont  renversé  pour  jamais  la  constitu- 
tion et  les  libertés  nationales.  Telles  sont,  par  nature,  leurs  fu- 
nestes suites.  C'est  là  une  grande  leçon,  qui  sort  de  toutes  parts 
du  livre  de  M.  de  ÎN. ,  mais  qu'il  a  soin  de  laisser  déduire  à  son 
lecteur. 

L'ne  autre  conséquence  de  ce  bel  ouvrage,  est  (|ue  la  liberté  la 
mieux  établie  n'est  point  durable,  si  la  constitution  n  est  pas 
écrite,  ni  garantie  par  des  formes  particulières  de  révision;  c'est 
ainsi,  et  seulement  ainsi ,  qu'elle  devient  pour  les  chefs  et  pour 
\ei  sujets  une  règle  uioilèle  toujours  pi-i-sente.  c  t  à  laquelle  ou 
peut  les  i.ij>peler  sans  ct;sse,  l(iri><|u'ds  »<■  permettent  de  IVufrein- 
die  par  omission  ou  par  action,  l.e  grand  vice  des  Etats  libn-l 
dans  Tantiqnité,  chez  les  Uomaiu<i  de  même  que  chez  les  Grecs, 
fut  d'avoir  une  constitution  non  écrite,  par  là  même  incertaine, 
et  qu'il  était  toujours  permis  d'altérer  ouvertement  ou  fraudu- 
leusement, sans  employer  ci'S  formes  spéciales,  lentes  et  difli- 
t.Wei ,  prescrites  aujouriThui  par  l.i  jtlupait  des  constitutions  nio - 
<laru<  :.  ou  Europe  et  en   .\iuciiquu    Loisquc  la  •ou^lilutiou  e)>t 


LIVRES  FRAINÇAIS.  149 

le  secret  da  gouvernement,  elle  n'est  qu'i»  problème  irrésolu  ;  et 
quanti  elle  est  écrite,  si  les  formes  de  la  revision  ne  sont  pas 
de'terminees,  c'est  une  lacune  dangereuse  j  il  faut  qu'elle  soit 
remplie  promptement  par  une  loi  supplémentaire,  et  que  cette 

'loi  supplémentaire  soit  déclarée  partie  intégrante  de  la  cons- 
titution. 

Mais,  ce  qui  nous  a  le  plus  frappé  en  lisant  l'ouvrage  de  M.  le 
B.  de  N. ,  et  ce  que  devraient  méditer  les  conspirateurs  assassins 
les  plus  intrépides,  ce  sont  les  résultats  du  meurtre  de  César  j 
c'est  le  sort  aflVeux  de  Brutus  ,  de  Caton  ,  et  des  autres  conjurés; 
c'est  l'esclavage  public  de  la  nation ,  après  vingt  années 
des  plus  épouvantables  calamités.  Quand  on  méprise  sa  pro- 
pre vie,  il  n'est  pas  impossible  de  tuer  le  tyran ,  ou  celui  qu'on 
appelle  de  ce  nom.  Mais  qui  mettra  fin  à  la  tyrannie,  si  elle 
existe?  Ce  rare  bonheur  u'est  pas  réservé  aux  hommes  violens  et 
sanguinaires  ;  il  ne  pourra  provenir  que  d'un  excellent  esprit  pu- 
blic, des  bonnes  mœurs  et  des  lois  conformes  à  la  constitution, 

'des  démarches  légales  et  pacifiques,  des  lumières  etdestalens, 
de  la  patience,  de  la  persévérance  ,  de  la  prudence  et  du  courage 
civil ,  enfin  de  toutes  les  vertus.  Lanjdinais. 

80.  —  (*)  L'Europe  au  moyen  dsfe ,  traduit  de  l'anglais  de 
M.  Henry  Hallam,  par  M.  M.  P.  Dudodit,  avocat  à  la  Cour 
royale  de  Paris,  et  A.  R.  Borghers.  Tome  r*',  contenant: 
1"  rhistoire  de  France,  depuis  Clovis  jusqu'à  l'invasion  de  Wa- 
ples  par  Charles  viii;  2°  l'exposition  du  système  féodal  5  3"  l'his- 
toire d'Espagne  jusqu'à  la  concjuête  de  Grenade.  Paris,  1820. 
I  vol.  in-8°  de  488  pages.  Delestre-Boulage ,  libraire  de  l'École 
de  droit,  l'ue  des  Mathurins  St. -Jacques ,  n**  i.  Prix,  7  fr.  et 
8  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

81.  —  (*)  Des  mystères  cCIsis-^  par  T.  P.  Roulage,  avocat  à  la 
tour  royale,  professeur  à  la  faculté  de  Droit  de  Paris,  auteur 
de  la  Conclusion  sur  la  loi  des  xii  tables  ,  et  des  Principes  de  ju- 
risprudence J'rancaise .  Ouvrage  posthume.  Paris,  1820.  i  volume 
in-8"  da  i55  pag.  Delestre-Boulage,  libraire  de  l'Ecole  de  droit 
rue  des  Mathurins  St.-Jacques,  b°  i.  Prix,  2  fr.  5o  c,  et  3  fr. 
franc  de  port. 

82.  —  Nouvelles  recherches  sur  réfforfue  de  lu  mort  d'Alexan- 
dre,  et  sur  la  chronologie  des  Plolénices  ,  ou  Examen  critique  de 

uvrage  de  M.  Cbampollion-l'igcac,  intitulé:  Annales  des  La- 


i5o  UVRES  FRANÇAIS. 

gitles  ;  par  M.  J.  SAirr-MARTiît.  Paris,  i8ao.  De  l'imprimene 

royale.  In-8°  de  i25  pages. 

83.  —  AnnaUi  des  Lagides ,  etc. ,  par  M.  Champollioh-Ficeac 
Supplément,  contenant  la  défense  de  lajchronoloj^ic  de  cet  ou- 
vrage. Paris,  1830;  in-8"  de  Go  pages,  lantin  ,  Cliarpenat  et 
Goujon  j 

84.  —  Observations  sur  un  opuscule  de  M.  Champollion-t'igeac ^ 
intitule  :  Annales  des  Lagides;  S upplcnient ,  contenant  la  dé- 
fense, etc.;  par  M.  J.  Satst -Mautipi.  Paris,  1820;  in-8''  de 
.fO  pages  ,  chez  Doublet. 

Ces  trois  ouvrages  sont  relatifs  à  une  controverse  de  chrono- 
logie,  q«ii  s^est  élevée  entre  M.  ChampoUion-Figeac  et  M.  Saint- 
Martin. 

Le  premier  a  soutenu  ,  dans  ses  ytnnales  des  Lagides ,  ouvrage 
couronné  par  rAcadéraic  des  belles-lettres,  et  publié  à  Paris,  en 
1819,  in-8°,  a  vol.,  qu'Alexandre  mourut  le  3o  mai  3a3  avant 
J.-C  Or,  selon  !M.  Saint-Martin  (i) ,  ce  fut  le  11  juin  3«4  ;  cVst 
ce  qu'il  a  établi  dans  ses  Nouvelles  recherches.  IM.  Ch.  F.  a  com- 
mencé à  lui  répondre  dans  ses  Supplémens  ou  défense  de  la  chro- 
nologie des  Lagides,  brochure  qui  promet  une  suite  de  plusieurs 
chapitres.  Aussitôt ,  M.  Saint-Martin  a  répliqué  par  ses  Obserxa- 
tions.  Tous  ces  ouvrages  sont,  pour  les  savans,  d'un  grand  intérêt. 
11  ne  nous  conviendrait  pas  de  préfendre  juger  entre  les  detix 
combattans  ,  et  ce  recueil  n'est  point  de  nature  à  contenir  les  dé- 
tails nécessaires  pour  apprécier  les  deux  systèmes. 

Nos  lecteurs  aimeront  à  savoir  que  le  livre  des  JVout^ellcs 
recherclies  ou  Examen  critique  n'est  que  le  précurseur  d'un 
ouvrage  bien  plus  considérable,  dans  lequel  on  trouvera  les 
preuves  et  les  dévcloppemens  de  ce  qui  n'est  qn'indiffué  ici  par 
M.  Saint-Martin.  Cet  important  ouvr.igeest  intitulé  Chronologie 
de  Chiiloire  ancienne,  et  le  premier  volume  sera,  dès  cette 
année,  en  état  d'être  imprimé.  «  Toutes  les  questions  relatives  à 
la  chronologie  ancienne  y  seront  traitées ,  et  la  science  y  sera  par- 
venue à  un  degré  de  précision  qu'elle  n'a  jamais  eu.  Dans  le  pre- 
mier volume  sera  compris  tout  ce  qui  regarde  l'histoire  grecque, 
à  remonter  jusqu'au  i5  aortt  21 3o  ans  avant  J-.C.  Des  tables  com- 
parées donneront  la  chronologie  des  Sycîonirns,  des  Argiens,  des 

(0  Voy.  Tome  V  de  cette  Revue,  pag.  610. 


LIVRES  FRANÇAIS.  i5i 

Athéniens,  des  Delphiens,  des  Lacédemoniens,  des  Aehëens,  des 
Etoliens ,  ainsi  que  les  diverses  olympiades,  les  pithyades,  les 
isthmiades  et  les  ne'rae'ades.  L'auteur  admet  tels  qu'ils  sont  tous 
les  témoignages  anciens,  quelque  contradictoires  que  soient  en 
apparence  nombre  d'entre  eux.  Aucun  n'est  resté  sans  explica- 
tion satisfaisante  ;  et  il  en  résulte  que  la  détermination  de  beau- 
coup de  points  chronologiques  très  importans ,  fort  débattus  et 
depuis  long-teras  réputés  problèmes  insolubles,  pourront  être 
désormais  regardés  comme  démontrés  mathématiquement.  » 

Enûn,  nous  ajouterons  que  M.  Saint-Martin  a  composé  une 
Histoire  de  Palmyre  ,  qui  s'imprime  en  ce  moment  à  l'imprimerie 
royale.  Lahjuinais. 

85.  —  IVoui'eUes  recherches  sur  la  ville  gauloise  cVUxellodu- 
num,  assiégée  et  prise  par  César;  rédigées  d'après  l'examen  des 
lieux,  accompagnées  de  plans  topographiques  et  de  planches  d'an- 
tiquités; par  M.  CiiAMPOLLioN  Figeac.  Paris,  1820.  ln-4°  de 
1 14  pages.  Imprimerie  royale.  Se  trouve  chez  Goujon  et  Treultel 
et  Wiirtz. 

Ces  recherches  doivent  irrévocablement  terminer  les  discordes 
anciennes  de  nos  antiquaires  sur  l'emplacement  de  cette  CJxello- 
dunum-j  car  il  y  avait  plusieurs  villes  de  ce  nom  dans  les  Gaules. 
On  reconnaissait  que  l'Uxellodunum,  assiégée  et  prise  par  César, 
était  une  ville  du  Querci ,  une  ville  des  Cadurci.  Mais  on  a  dis- 
puté vivement  pour  savoir  si  c'était  ce  qu'on  appelle  aujourd'hui 
Capdenac  ou  bien  Cahors ,  ou  Luzech,  ou  le  terrain  appelé 
Puy  d'Issolu.  M.  Champollion  Figeac  apprécie  avec  beaucoup 
de  soin,  d'intelligence,  de  talent  et  d'érudition,  ce  qu'on  a  dit  et 
pu  dire  en  faveur  de  chacun  de  ces  quatre  territoires,  d'après 
leur  état,  d'après  les  désignations  tirées  du  huitième  livre  des 
commentaires  de  César ,  toutes  comparées  avec  les  quatre  lieux 
rivaux.  11  démontre  (on  croit  pouvoir  le  dire)  que  VUxellodu- 
«um  prise  par  César,  était  précisément  la  ville  appelée  aujour- 
d'hui Capdenac.  11  n'explique  pas  assez,  peut-être  ,  comment 
Capdenac  est  une  synonymie  du  mot  Uxellodunum  ,  qui  se  tra- 
duit par /jam^c  ^rteresse.  On  regrette  qu'il  n'ait  pas  approfondi 
ce  que  l'on  peut  savoir  ou  conjecturer  sur  la  signification,  sur 
l'antiquité  du  nom  de  Capdenac,  et  sur  les  plus  anciens  monumens 
où  ce  nom  est  employé.  Mais  cette  réflexion  ne  diminue  en  rien 


i53  LIVRES  FRATVrAIS. 

la  force  Jes  r«isonn(*mcns  et  dps  faits  indiqués  par  l'antcnr ,  rt 
qui  |>;ir;4iss'-nt  coiiviiiiiraiis.  Lanjvo  aïs. 

86.  (*■)  —  Collection  des  /l/cmoires  nl/itiji  à  lu  rct^fution  fran- 
çaise, fifec  ilfs  nr'iices  sur  leurs  auteurs  et  des  érUtircissemens 
historiques-^  ji;ir  MM.  Rtryille  et  Baiiiiière.  i"  liviaisoDj  a  fort» 
vol.  in-S".  Prix,  ii  fr.  pour  les  souscrij>t»*ors.  Pans.  1X20.  Bau- 
douin fri^res,  rue  de  \  augirar<|,  n°  36.  (  f'^OY  T.  VI ,  pap.  6^1 .  ) 

Les  deux,  prt-miprs  volumes  de  relie  iui])orlanlc  colkclioa 
viennent  d  être  publie'sj  ils  comprennent  les  Mémoirts  de  Ma- 
dame Roland ,  précèdes  d'un  y/»'ert/iieme;it  des  rdilcurs  et  d'une 
JVotice  sur  la  vie  de  Aladaire  HoL^nd,  ;ivec  le  ^c  i/mj/e  d'une 
lettre  écrite  par  celte  femme  célèbre,  pendant  sa  delenlion.  La 
publication  de  ces  deUT  premiers  volume^  jusliOe  pleinement 
l'attente  des  sousrrijdenrs,  et  leur  fait  bien  augurer  de  la  suilede 
ces  ^lf'moi^es,  dont  nous  aurons  occasion  de  rendre  conij)le,  puis- 
qu'ils feront  ."-ucccssivement  passer  en  revue  les  grands  événc- 
inens  et  les  principaux  personnages  de  noire  révolution. 

87. — ilislotiedcs  ontiquittij  Uioqcs,  dialectes  des  Hautes-yllpes, 
préctdée  ("un  fessai  sur  Li  topni^rophic  de  ce  dcjwi Iciiient ,  etc.  j 
par  un  ancien  préfet,  membre  de  la  hociété  ro^ale  des  antiquaires 
de  France.  Paris,  i8jo.  1  vol.  iii-S".  Fanlin,  libraire,  rue  de 
Seine,  n"  12. 

Ce  volume  est  un  recueil  intéressant  de  matériaux,  pour  servir 
à  la  descrij>lion  d'un  département  de  la  France  peu  connu  et  peu 
fréquenté  par  les  voyageurs.  I.'auteur,  qui  a  exercé  avec  dis- 
tinction les  fonctions  de  préfet  dans  ce  département,  et  qui,  par 
conséquent  ,  est  mieux  à  même  que  personne  d'eu  connaître 
les  particulaiités  et  les  ressources,  le  décrit  sous  le  triple  rap- 
port de  riii.stoire  naturelle,  des  antiquités  et  des  mœurs,  usages 
et  patois. 

Dans  la  première  ))artie,  on  trouve  l'énumération  des  nom- 
Iireuses  vallées  qui  abnutissi-nt  aux  bassins  formés  parles  rivières 
de  ce  l'ays  montagneux.  Comme  ces  vallées  forment  à  j>eu 
près  tout  le  déjiarlement  ,  il  en  résulte  qu'après  les  avoir 
successivement  ])arcourues  avec  l'auteur,  on  connaît  presque 
toute  riiisfoire  n;ilurelle,  et ,  poiu- ainsi  dire,  la  physionomie  du 
sol  d<  s  bas>ins  de  la  Durance  ,  <lu  fiiiil,  du  Buccb,  du  Drac,  etc. 
Les  sites  pittoresques  abondent  dans  un  jWTt  aussi  VHiié  ,  et  les 


LIVRES  FRANÇAIS.  i53 

richesses  végétales  et  minérales  y  doivent  intéresser  vivement  le 
naturaliste;  mais  l'auteur  s'est  attacbé  particulii'-reinent.à  faire 
connaître  la  surface  du  département. 

Dans  la  seconde  partie ,  il  a  recueilli  avec  soin  tous  les  restes 
d'antiquités  qu'ont  laissés  dans  ces  montagnes  les  divers  peuples 
qui  les  ont  traversées  en  conquérans,  ou  qui  y  ont  formé  des  éta- 
hlissemens.  L'auteur  a  fait  une  assez  ample  provision  d'inscrip- 
tions romaines  ;  il  croit  y  reconnaître  aussi  des  traces  de  peuples 
grecs  ,  du  moins'à  en  juger  par  les  noms  des  localités  ;  mais,  à  cet 
égard,  il  est  plus  prudent  de  douter,  ou  du  moins  de  ne  rien  dé- 
cider. Au  reste,  les  Hautes-Alpes  renferment  une  antiquité  re- 
marquable :  le  mont  Seleurus,  que  l'auteur  a  contribué  le  plus 
à  faire  connaître  il  y  a  plusieurs  années,  puisque  c'est  lui  qui  » 
fait  entreprendre  les  fouilles  de  cette  ville  antique  dont  l'empla- 
cement s'appelle  aujourd'hui  la  Bâtie  Mont-Saléon.  Le  passage 
souterrain  du  mont  Viso  est  aussi  une  antiquité'  remarquable  de  ce 
pays  j  mais  il  paraît  qu'elle  ne  remonte  pas  au-delà  du  moyen  Age; 
du  moins  a-t-elie  été  réparée  à  cette  époque.  Si  ce  passage  a  été 
j)crc(;  dans  des  tcms  plus  reculés,  on  peut,  si  l'on  veut,  en  faire 
honneur  aux  Sarrasins,  aux  Romains,  ou  même  à  y\nnibal  qui, 
selon  l'opinion  d'un  grand  nombre  de  savans  ,  a  passé  par  le  mont 
Viso  pour  se  rendre  en  Italie,  tandis  qu'un  grand  nombre  d'autres 
savans  font  prendre  une  autre  route  au  général  carthaginois. 

La  troisième  partie  de  l'ouvrage  de  l'ancien  préfet  des  Hautes- 
Alpes  ofi're  des  détads  iutéressans  sur  les  mœurs  et  les  coutumes 
assez  singulières  des  montagnards;  sur  l'état  peu  avancé  des  lu- 
mières dans  ce  pays  isolé,  sur  les  émigrations  périodiques  des 
habitans,  sur  leurs  diverlissemens,  et  enfin  sur  les  patois  u.sités 
dans  les  divers  arrondissemens.  L'auteur  a  ajouté  une  notice  bio- 
graphique sur  le  docteur  Villars,  savant  botaniste  ,  originaire  des 
Hautes-Alpes.  Plusieurs  gravures  représentant  les  plans  des  an- 
tiquités ,  etc. ,  ornent  cet  ouvrag;,'  écrit  d'un  style  facile  et  natu- 
rel, et  bien  propre  à  captiver  l'attention  du  lecteur,  qui  ne  re- 
grettera peut-être  que  la  trop  grande  concision  de  l'auteur.  Mais, 
dans  ce  siècle,  les  gros  ouvrages  font  peur,  et  l'auteur  a  probable- 
ment agi  sagement  en  rétrécissant  le  cadre  de  son  travail.      D. 

88.  (*)  —  Renmn/ues  critiques  sur  l'oiiuragc  de  AJ.  le  lieutenant 
gJiiérnl ^OGV\kT ,  intitulé  :  Considéiations  sur  l'art  de  la  guerre; 


«54  UVRES  FKAlNÇAlî». 

parle  colonel  Maiibot  (IMarrelin  ).  Paris,  i8ao.  i  ▼cl.  in-8'<3« 
6J8  pages.  Prix  ,  7  fr.  pour  Paris,  et  9  fr.  a5  cent,  franc  de  port 
Ancelin  et  Pochard,  successeurs  de  Magimel ,  libraires  pour 
lart  militaire ,  rue  Daupbine ,  no  9. 

89.  —  (*)  A/usce  lies  protestons  célèbres  qui  ont  paru  depuis  Ut 
naissance  de  la  n formation  jusqu  à  nos  jours.  Varis  ,  iS^o.  Pre- 
mier cahier  in-S^dc  104  pag.  F.  Scherfl',  place  du  LouTrc  ,  n"  12. 
(  f^ojr.  ci-dessus  Fannonce  de  cet  ouvraf^e ,  tome  f^I ,  pag.  43f).  ) 
Ce  premier  cahier  se  compose  de  quatre  notices,  accompagnée;^ 
chacune  d'un  portrait.  Elles  sont  précédées  dHme  Introduction, 
ou  tableau  rapide  des  causes  qui  amenèrent  la  réformation,  de 
son  esprit  et  de  ses  résultats.  La  première  notice  concerne  Mar- 
tin Luther,  qui  devait  paraître  en  première  ligne  dans  uu  ouvra - 
gedece  genre;  la  seconde,  Jeanlluss ,  la  troisième,  Henri  /^I  II; 
et  la  dernière ,  yénrw  de  Boulcn ,  ou  plutôt  u4nne  de  Jioleyn. 

90. — Alanuel  du  libraire  et  de  l'amateur  de  livres,  contenant  : 
I®.  Un  nouveau  dictionnaire  bibliographique,  dans  lequel  sont 
indiqués  les  livres  les  plus  précieux  et  les  ouvrages  les  plus  utiles, 
tant  anciens  que  modernes,  avec  des  notes  sur  les  diflérrntes  édi- 
tions qui  en  ont  été  faites,  et  des  reuseigncmens  nécessaires  pour 
reconnaître  les  contrefaçons,  et  collalionner  les  livres  anrirns  et 
les  principaux  ouvrages  à  estampes;  on  y  a  joint  la  concordance 
des  prix  auxquels  les  éditions  les  plus  rares  ont  été  portées  dans 
les  ventes  publiques  faites  depuis  cinquante  ans,  et  Tévaluation 
approximative  des  livres  anciens  qui  se  rencontrent  fréquemment 
dans  le  commerce  de  la  librairie; 

1° .  L'ne  tal)le ,  en  forme  de  catalogue  raisonné,  où  sont  classés 
méthodiquement  tous  les  ouvrages  indiques  dans  le  dictionnaire, 
et  un  grand  nom  bre  d'autres  ouvrages  utiles ,  mais  d'un  prix  or- 
dinaire, qui  n'ont  pas  dft  ôlre  placés  au  rang  des  livres  précieux: 
par  Jacques-Charles  Brunet.  Troisième  édition,  augmentée  de 
plus  de  deux  mille  articles  et  d'un  grand  nombre  de  notes.  Paris, 
1820.  Chez,  l'auteur,  rue  Gît-le-Cœur,  11°  10.  \  vol.  in-8».  Prix, 
jo  fr.,  papier  ordinaire,  et  5o  fr.,  papier  (in. 

Un  titre  aussi  détaillé  fait  suflisamment  connaître  l'ouvrage  de 
M.  Brunet  ;  son  utilité  est  prouvée  par  le  succès  des  deux  pre- 
mières éditions.  Les  améliorations  de  tout  genre  faites  à  la  troi- 
.sièmc  assignent  à  ce  manuel  une  place  dans  le  cabinet  des  ama- 


LIVRES  FRANÇAIS.  i55 

-teurs  de  tous  les  pays;  car  il  fait  connaître  les  ouvrages  les  plus 
rares  et  les  plus  utiles,  e'crits  dans  les  principales  langues  an- 
ciennes et  modernes. 

M.  Brunet  a  vu  la  plupart  des  ouvrages  précieux  dont  il  donne 
la  description;  ceux  qu'il  lui  a  été  impossible  de  trouver,  soit 
dans  le  commerce ,  soit  dans  nos  grandes  bibliothèques ,  il  les 
cite  d'après  les  bibliographes  les  plus  dignes  de  foi.  En  consul- 
tant les  trois  premiers  volumes  de  son  ouvrage,  on  acquiert, 
suivant  Tordre  alphabétique  des  auteurs,  les  renseignemens  les 
plus  satisfaisans  sur  les  premières  et  sur  les  meilleures  éditions 
des  écrivains  les  plus  renommés  ;  en  lisant  le  quatrième ,  on  voit, 
dans  un  ordre  systématique,  les  titres  des  ouvrages  les  plus  im- 
portans  à  étudier  sur  toutes  sortes  de  matières.  Ce  volume  forme 
un  vaste  tableau  des  connaissances  humaines,  tracé,  non  d'après 
l'imagination,  comme  l'arbre  encyclopédique  de  Bacon,  mais  d'a- 
près les  faits ,  puisque  ce  sont  des  ouvrages  rendus  publics  par  la 
voie  de  l'impression ,  qui  ont  donné  lieu  aux  divisions  et  subdi- 
visions. L'ordre  de  ces  divisions  ,  placé  isolément  en  tête  du  vo- 
lume ,  est  plus  approprié  au  progrès  des  sciences ,  au  perfection- 
nement de  la  civilisation,  aux  découvertes  des  voyageurs ,  que 
dans  la  précédente  édition.  11  mérite  de  fixer  l'attention  des  lec- 
teurs de  la  Reuue  encyclopédique ,  par  les  différens  rapports  qu'il 
peut  avoir  avec  le  plan  de  ce  recueil. 

On  trouve,  à  la  fin  du  même  volume,  une  notice  très  étendue 
des  auteurs  lutins ,  français  et  italiens  ,  imprimés  par  les  Elzevirs, 
sous  leur  nom ,  oJi  sous  des  noms  empruntés.  On  n'avait  pas  en- 
core de  détails  aussiétendus  et  aussi  exacts  sur  ces  élégantes  édi- 
tions. L'ouvrage  entier,  sous  le  rapport  de  l'exécution  typogra- 
phique et  de  la  correction,  ne  laisse  rien  à  désirer. 

Le  dix-huitième  siècle  avait  produit  en  France  la  Bibliographie 
de  M.  Debure  le  jeune,  qui  a  mérité  et  obtenu  un  grand  succès. 
On  devra  au  dix-neuvième  siècle  un  ouvrage  non  moins  utile , 
plus  complet  et  plus  exact  dans  le  même  genre:  les  noms  de  De- 
bure  et  de  Brunet  seront  également  chers  aux  amateurs  de  livres. 

Barbier. 

91 .  —  Poésies  inédites  de  f^oltaire ,  imprimées  d'après  les  ma- 
nuscrits originaux  ,  pour  faire  suite  aux  différentes  éditions  pu- 


làfi  LIVRES  FRANÇAIS. 

blircs  jusqu'à  ce   jour.    Paris,  i8an.    Di.lot  atnef.  i  ▼ol.  in-8"*  de 
404  pag.  Prix  ,  (>  iV. 

S'il  esf  un  nom  auquel  se  rattachent  les  souvenir":  tes  plus  ira- 
posan»  de  la  |iliilosn|iliie  et  des  lettres,  s'il  cl  un  homme  qui, 
en  France,  et  djns  ce  genre,  ait  brillé  de  toutes  les  gloires  ,  cet 
lion)mc  est  sans  contredit  Voltaire.  Ses  ouvrages  sont  dans  fou- 
les les  mains  ,  comme  ses  plus  belles  actions  sont  gravées  dans 
tous  les  cœurs. 

On  conçoit  qu'une  telle  renommée  rend  précieux  tout  ce  qui 
sortit  de  la  plume  d'im  eciivain  aussi  fe'con:!  elanssi  varié.  Atten- 
tif, en  eflet,  au  moindre  écrit  iiiédit  qu'on  lui  attribue,  le  public 
bride  de  le  posséder. 

L'ouvraf^cque  nous  annonçons  est  un  volume  in-8°,  rempli  des 
poésies  inédites  de  Celui  qui  fut  à  la  fois  le  Sophocle  et  le  \  ir 
gile  fiançais,  et  dont  le  talent  universel  n'honora  pas  moins  son 
siècle  que  son  pays. 

M.  Jacobsen,  éditeur  de  ce  volume,  en  possédait  les  matériaux 
depuis  lonp-lems,  et  vient  cufin  de  les  livrer  au  public.  C'est  un 
rielange  de  vers  et  de  prose,  de  lettres  et  de  fiagmens  de  poèmes 
divers  de  la  jeunesse  de  l'auteur,  de  son  lige  mùr  et  de  sa  vieil- 
lesse. De  même  que,  dans  une  galerie  de  tableaux ,  contenant 
toîîs  ceux  d'un  peintre  célèbre,  on  peut  suivre  ses  éludes  nais- 
santes, l'acroissement  de  son  talent,  son  midi  et  son  déclin  j  de 
même,  dans  cette  galerie  de  poésies,  on  trouve,  pour  ainsi  dire, 
l'histoire  du  génie  de  Voltaire. 

Dans  le  nombre  de  ces  pièces  qui  se  font  le  plus  remarquer,  on 
lira  surtout  la  dédicace  du  poëmc  de  la  Henriade,  que  lit  l'auteur 
a  Louis  XV  .'1  [H'ine  ;1gé  de  onze  ans;  pièce  doublement  intéres- 
sante, et  parr^  que  l'auteur  ,  justement  indigné  que  des  intrigues 
de  cour  l'empêchassent  do  faire  imprimer  son  poème  en  France, 
crut  devoir  supprimer  cette  dédicace  pour  la  remplacer  par  une 
autre  qui  fut  adressée  à  la  reine  d  Angleterre  ,  et  parce  que,  re- 
gardée depuis  long-tems  comme  perdue,  elle  était  vivement  1  e- 
grettée  i)ar  les  ami*;  des  Icttn's ,  qui  connaissaient  les  causes  tir 
cette  suppression. 

Des  fragmens  d  ime  tragédie  d'Amulius  et  ^utnitor .  «  ompo<ir» 
h  IMge  de  douze  ans  par  Voltaire  5  l'KpîIre  ou  plutôt  la  satyre 
qu'il  fit  contre  un  loi  fjui,  d'abord  sou  ^mi ,  devint  'on  tyran  ;  en- 


LIVRES  FRANÇAIS.  157 

lin,  nn  écrit  en  prose,  que  Tauteur  de  Zyïre  ft  (1<;  Al.iliouiet  fit  eu 
réponse  à  ses  efernels  détracteurs,  sont  les  morceaux  les  plus  pi- 
quans  de  ce  recueil.  Le  dernier  siu'tout  est  remaïquable,  en  ce 
qu'il  signale  l'existence  d'une  espèce  de  comité  de  censure  formé 
contre  ses  propres  e'crits  par  Voltaire  lui-raènie,  et  auquel  il 
avait  donne  le  nom  de  triumvirat,  compose'  par  trois  ^]l•.  ses  plus 
fidèles  amis,  Tiriot,  Pont-de-Ve^'le,  etl  un  des  IVères.d'Argental. 
Ainsi,  cet  homme  jugésivain  ,  si  orgueilleux j)ar  ses  adversaires, 
ce  grand  homme,  si  se'vèrement  jugé  et  troj)  peu  connu,  se  créa 
lui-même  dts  censeurs  sévères  qui,  examinant  tous  ses  ouvrages, 
et  les  critiquant  a  chaque  page,  à  chaque  ligne,  ne  les  laissaient 
sortii'  du  creuset  de  la  censure,  que  dégage's  de  toutes  les  taches 
qui  avaient  pu  lui  échapper.  La  nature  de  cette  production  la 
rend  indispensable  à  tous  ceux  qui  ont  déjà  une  édition  des  Uiùi- 
vres  de  Voltaire,  atin  qu'ils  puissent  la  compléter. 

92.  — PoL-sies  Je  madame  DesborJes-f^almore.    Paris,   1S20 
!  vol.  in-8°  avec  e5tam])es.  François  Louis,  libraire,  rue  Haute- 
feuiile,  n**  10.  Prix,  4  fr-  5o  c. ,  et  5  fr.  par  la  poste. 

Dans  un  moment  oii  les  grands  intérêts  de  la  patrie;  et  les  petil> 
intérêts  personnels  semblent  occuper  tous  les  esprits,  on  ne  peut 
guère  se  flatter  de  les  distraire  par  la  lecture  d'une  idylle  gra- 
cieuse, ou  d'une  élégie  touchante.  Cependant,  s'il  se  trouvait  en- 
core parmi  les  vieux  habitués  de  notre  littérature  française, 
quelques  amateurs  de  ces  poésies  pastorales  dont  la  grâce  en- 
chanteresse faisait  les  délices  de  nos  pères,  nous  leur  recomman- 
dons les  élégies  de  madame  Desbordes-Valmore  comme  des  mo- 
dèles en  ce  genre. 

De  tous  teras  l'Amour  a  été  TApollon  des  fi-mmes,  et,  depui.s 
Sapho  jusqu'à  madame  Dufresnoy,  toutes  ont  dû  leurs  succès  aux 
chants  plaintifs  de  leur  muse  amoureuse.  Ln  grand  poète  l'a  dit  : 
a  Pour  bien  peindre ,  il  faut  avoir  aimé....  »  Aussi  le  talent  de  ma- 
dame Valmorc  cst-il  tout  entier  dans  son  cœur  ;  c'est  lui  qui 
se  plaint,  c'est  lui  qui  raconte  ,  c'est  lui  qui  nous  attache  ,  et 
nous  fait  oublier  en  l'écoutant  jusqu'à  l'esprit  ijui  lui  sert  d'in- 
terprète j  mais,  pour  donner  une  idée  du  style  élégant  de  ces 
plaintives  élégies  ,  j'en  vais  citer  le  début  : 

La  tristesse  est  rêveuse....  et  je  rêve  souvent! 
La  nature  m'y  porte ,  on  la  trompe  avec  peine  ; 


»58  LIVRES  FRANÇAIS. 

Je  rCrc  au  bruit  de  lean  qui  se  promcDe, 
Au  murmure  du  .saule  agite  par  le  veot. 
J^eroute!...  Un  souvenir  repoud  à  ma  triiitessc!.. 
Un  autre  souvenir  s'éveille  dans  mon  cœur  : 
Chaque  oiijet  me  pénètre,  etTcpand  sa  couleur 
Sur  le  sentiment  qui  m'oppresse. 
Ainsi  le  nuage  s'enfuit 
Pressé  par  un  autre  nuage  : 
Ainsi  le  Ilot  fuit  le  rivage, 
Cédant  au  flot  qui  le  poursuit. 

Peut-on  mieun  peindre  le  charme  de  cette  mélancolie  que  M.  de 
Ségur  appelait  volupté  du  malheur,  et  ce  besoin  de  r»?ver  qui  mèno 
si  souvent  au  besoin  d'écrire?  Comme  tous  les  auteurs  d'éir'gie.s  , 
madame  Valmore  soiipire  pour  un  volage;  mais  paifois  échap- 
pant à  la  monotonie  du  genre,  elle  sait  m61er  h  ses  regrets  dou- 
loureux une  aimable  philosophie,  et  déplorer  aussi  bien  les  pré- 
jugés du  monde  ,  que  les  perfidies  de  l'amour.  En  lisant  ses  vers 
sur  le  malheur  de  jouer  la  comédie  ,  commi  nt  ne  serait-on  pas 
i;mu  du  sentiment  que  lui  inspire  le  préjugé  barbare  qui  condamne 
au  plus  injuste  mépris  l'objet  d'une  admiration  générale?  Quand 
donc  ce  siècle ,  si  fier  de  ses  lumières  et  du  bonheur  d'avoir  vaincu 
tant  de  préjugés  absurdes,  triomphera-t-iidu  plus  cruel  de  tous? 
Quoi ,  le  même  philosophe  qui  rit  d'un  vain  titre  lor.sque  la  yertu 
ne  le  fait  pas  respecter,  pourrait-il  dédaigner  une  profession  que 
le  talent  honore  î  Non  ,  dans  un  lems  où  le  mérite  seul  obtient 
IVslime,  Tinconduite  seuledoit  subir  le  mépris.  Et,  malgré  tout  le 
plaisir  que  nous  avons  à  citer  les  vers  suivans,  nous  espérons  que 
le  siècle  futur  n'en  pourra  plus  inspirer  de  semblables  : 

Le  monde  où  vous  régnez  me  repoussa  toujours; 
Il  méconnut  mon  dme  à  la  fois  douce  ef  fière  ; 
Et  d'un  froid  préjugé  l'invincible  barrière 
Au  froid  isolement  condamna  mes  beaux  jours. 
L'infortune  m'ouvrit  le  temple  de  Thalie  ; 
L'espoir  m'y  prodigua  ses  riantes  erreurs  ; 

Mais  je  sentis  parfois  couler  mes  pleurs 
Sous  le  bandeau  de  la  folie. 


LIVRES  FRANÇAIS.    '  iSg 

Dans  ces  jeux  où  Tesprit  nous  apprend  à  charmer, 
Le  cœur  doit  apprendre  à  se  taire  ; 
Et,  lorsque  tout  nous  ordonne  de  plaire, 
Tout  nous  de'fend  d'aimer. 
O  des  erreurs  du  monde  inexplicable  exemple  ! 
Charmante  Muse!  objet  de  mépris  et  d'amour. 
Le  soir  on  vous  honore  au  temple, 
Et  Ton  vous  dédaigne  au  grand  jour. 

A  force  de  nous  intéressera  ses  peines  ,  madame  Valmore  nous 
ferait  presque  regretter  le  bonheur  qui  suspend  les  accords  de  sa 
lyre,  si  nous  n'avions  l'assurance  qu'un  talent  tel  que  le  sien  peut 
s'adapter  à  plusieurs  genres  j  le  conte  d'enfant  qui  termine  cet 
intéressant  recueil ,  est  une  preuve  de  la  facilité  de  l'auteur  à 
prendre  le  ton  naïf  de  notre  bon  La  Fontaine. 

Quelle  que  soit  la  carrière  poétique  que  madame  Valmore 
veuille  parcourir,  elle  peut  se  promettre  d'arriver  à  ce  temple  où 
Voltaire  l'eût  placée  à  côté  de  madame  Deshoulières. 

S.  G. 

93.  —  Lstd  Rulhwen,  ou  les  Vampires ,  roman  de  C.  B.  ,  pu- 
blié par  l'auteur  de  Jean  Sbogar  et  de  Thérèse  Aubert.  Deuxième 
édition,  augmentée  de  notes  sur  le  vampirisme.  Paris,  i8ao. 
3  vol.  in-i2.  Ladvocat ,  libraire,  Palais-Royal,  galerie  de  bois  , 
nos  ,g^  —  ig8.  Prix  ,  5  fr. ,  et  6  fr.  par  la  poste. 

Nous  traçons  à  regret  une  rapide  analyse  de  cette  composition, 
qui  nous  a  paru  à  la  fois  immorale  et  monstrueuse.  Un  jeune  gon- 
dolier de  Venise  ,  séparé  depuis  long-tems  d'une  jeune  fille  qu'il 
aime,  la  retrouve,  à  son  retour  dans  sa  patrie,  au  milieu  d'une 
fête  dont  l'harmonie  est  troublée  par  un  sombre  et  mystérieux 
étranger.  Une  Tyrolienne,  habUe  à  pénétrer  dans  les  secrets  de 
l'avenir,  prédit  à  la  jeune  Vénitienne  un  horrible  destin  :  elle  la 
menace  de  devenir  la  proie  d'un  vampire  j  mais  à  peine  a-t-elle 
prononcé  ce  nom  ,  que  le  mystérieux  étranger ,  lord  Kuthwen  , 
qui  n'est  autre  que  le  vampire  lui-même,  lui  impose  silence.  La 
jeune  fille  est  ramenée  chez  son  père,  où  son  amant  et  Ruthwen 
l'accompagnent.  Ce  dernier ,  à  l'aide  d'un  stratagème  assez  mal 
conçu,  parvient  à  les  séparer  de  nouveau  ,  s'empare  de  la  jeune 
fdle,  et  disparaît  après  s'être  abreuvé  de  son  sang.  Enflammé  du 


^6o  LIVRES  FRAISCAIS. 

ile>ir  lie  vfnpcr  son  amanfc  ,  Li-onti  (ainsi  se  nommf  le  pon«Jo- 
licr  )  se  met  h  la  j)Oiirsiiite  du  vamnire  ,  et  rencontre  bientôt  un 
compagnon  d  infortune:  c'est  Anbrv,  dont  le  monstre  a  au<;si  dé- 
vore la  smnr.  l'nissant  leur  courroux  et  leur  chaiirin  ,  ils  jurent 
de  découvrir  le  traître  et  de  lui  faire  exjiier  ses  crimes  jiar  la 
mort.  Lu  jeune  Arabe,  qu''ils  rencontrent  dans  leurs  voyages,  se 
joint  à  eux.  Chacun  raconte  tour  à  tour  une  se'rie  d'aventurer 
dont  les  ))rinrij>aux  acteurs  sont  toujours  des  vampires,  ou  des 
victimes  de  ces  spectres  devorans.  Le  récit  des  amours  couj).ihles 
d"im  frère  et  d'une  sœur,  ne  fait  qu'ajouter  au  di'£;oiM  n.iture!lt>- 
nient  inspire  par  ces  liideiix  fablejuxFnfin  .irrivc  la  terrible  ca- 
tastrophe :  Bettina  ,  amante  du  goi:«laJier  ,  lui  aj^paraît  plusieurs 
fois,  et  lui  déclare  que  le  vampire,  c^use  «le  sa  mort ,  usurpe  à 
la  cour  du  duc  de  Modt^ne  un  rang  distingue,  qu"il  occupe  soirs  le 
nom  de  lord  Seymour.  Abusant  de  la  confiance  du  prince,  il  'H 
obtient  la  main  de  sa  tille  :  mais,  au  moment  de  conclure  cette 
union,  des  avis  secrets  préviennent  la  pf^n<-esse  du  danger  qu'elle 
va  courir.  L'ne  scène  concertée  entre  Bettina  et  les  trois  amis,  pour 
dëma'squer  le  vampire,  n'ouvre  pas  les  yeux  au  duc.  Il  les  fait 
arrêter  tous  quatre.  La  princesse  consent  à  épouser  lord  Sey- 
mour, pour  sauver  la  vie  à  son  amant  Albin! ,  condamne'  à  moi  f 
en  expiation  de  la  dc'claration  qu'il  lui  a  faite  de  son  amour;  elle 
expire  victime  de  son  dévouement  ,  le  lendemain  de  ses  noces. 
Rettina  meurt  pour  la  seconde  fois.  Leouti  plonge  son  poignard 
dans  le  coeur  du  vampire.  Après  cette  scène  de  camngc  ,  on  as- 
siste à  de  dégoûtantes  funérailles  ,  qui  terminent  cnGn  I^  second 
volume. 

Malgré  les  biza;^cries  du  fiiiet  et  les  horrililes  détails  <[u"il  e  ■- 
traîne ,  on  aurait  jui .  ce  me  semble,  en  tirer  un  nieilletii-  parti  que 
ne  l'a  fait  l'auteur  des  Vampires.  Ln  contraste  habile  et  bien 
nuancé  dans  le  caractère  de  lord  Ruthwen  edt  adouci  ce  qn'il  a 
de  monstrueux,  et  l'eût  fait  ressortir  avec  plus  d'avantage,  (^ette 
férocité  cachée  devait  être  entourée  de  quelques  séductions, 
même  pour  exercer  snn  en'roval)le  empire.  INTais  il  règne  dans 
tout  cet  ouvrage  une  monotonie  d'horreur  «(ui  fatigue  et  di'goftie 
l'esprit.  IVailleurs  ce  genre  est  si  essentiellenienl  faux,  qu'il  serait 
très  filcbeus  qu'il  se  pr<<j>age:1t  en  France.  H  n'est  pas  même  an- 
glais ,  quoifpi'on  ait  essayé  d'y  »  attacher  le  nom  du  cékbre  loid 


LIVRES  FRAKÇAIS.  iÇi 

Byron.  La  nouvelle  du  Vamr.ire,  puhliee  en  Angleterre  et  anT\'>n- 
cée  roini.ie  une  des  production;  de  ce  poète ,  n'e^t  j.ointde  .^i. 
Il  Ta  désavouée;  dans  plu^iejrs  jo  irnaiix  ;  et  il  siilKt  d  ..voir  1 1  -es 
œuvre»,  pour  juger  combien  cettenouv  el'c  c^t  inféiie-ire  ;"i  toit  ce 
qu'il  a  jamais  éci'it ,  et  combien  pevi  elle  ra.)pelie  tout  son  taient, 
9^. —  Etni^edf:  Snayt't-sse  doyule  CharUs  t'enhn  i  :dif  ,4ilii-  , 
dur  de  Heriy,Jils  de  t'rance.  Discours  tiui  a  remporta',  le  '2.5  aoftt 
i8jo  ,  le  prix  du  concours  extraordinaire  ouvert  pdi-  J"Ac;ideniie 
des  sciences,  arts  et  b.-llfs-lfttres  de  Di)on.  Dcdi»-  à  Son  Aitesse 
Rojale  Monsic-iir,  par  A.-ÎN.-F.  M*f;oART,  eniploy-';  au  nviintère 
de  la  marine ,  auitur  d''un  élos^e  de  Al»»    lt.  dcc  D'h^wt.uiEN  ,  éga- 
lement couronoè  en  1817  ,  par  1  académie  de  nijon.  A  Paris,  c.ie» 
IsoztTau  ,  libraire,  i[uai  Voltaire,  no  ■j,  et  chez  les  libiaires  du 
Palais-Koyal.  Septembre  1820. 

L'auteur  i.e  c.  t  ouvrage  ne  laisse  échapper  aucune  occasion  de 
faire  une  profession  de  loi  publique  du  dévouement  ardent  et  dé- 
sinterus'^é  cjui  l'auiuie  pour  Fauguste  famille  des  Botnbon<;.  Déjà 
co.  ron.if',  pour  avoir  loué  dignement  la  mallicurcuse  victime 
d'unr  poiiliffue  aus>i  fausse  que  crtiflie,  il  vinut  de  Têtre  encor» 
par  ia  même  société  pour  l'élogfe  d'un  prince  qui,  à  sa  mort , 
était,  comme  le  duc  d'F.ntjhîon,  le  dernier  rejeton  d'une  branche 
rovale.  Vainement ,  un  fanaliqu.;  is  Je  a  crt»  l'abattre  d'un  seul 
coup,  l'svœux  f|u<;  M,  VlaVpiaii  exprime  d'urte  manière  si  tou- 
cbaute,  à  la  G.i  df  son  élog<',  ont  rté  exaucés;  l'infortuné  duc 
de  Berry  u!est  pas  mort  toit  entier  :  il  a  laissé  à 'son  épou'«e  dé- 
solée un  sai;e  d'am  )ur  qui  reii.]  '••-.  Iirin-s  moins  amc-res,  et,  à  la 
Tntivei  un  àagedesiabdité  qui  doit  rapprocher  df  s  partis  divisés 
d'opinions.  nia.is  qiii  comptent  dans  leurs  rïini^s  un  grand  noni- 
bie-d"liommes  animés  des  mêmes  sentim^ns  p^mr  le  bonheur  de 
1<<  p.itrie.  Le  cuire  adopté  par  M.  Aiaquart  est  aussi  simple  qu'ia" 
géiiieiix.  Aprt:s  avoir  décrit,'  (Tune  manière  éioq'ienle,  le  coiti'ge 
funi'bre  dont  il  fait  partie  comm  •  soldat  -  citoy<'n  ,  :  l'auteur  sup-  ■ 
pose  qu'il  se  Jrouve  placé  prés  d'un  ancien  offidifr  de  l'armée  de 
tk>ado.'Ctlui-ci,. cédant  à  ses  prières,  lui  raconte  la  vie  dti  prince 
qui  est  l'ofc jet  i'e  leurs  mufuels  regrets.  Le  style  de  cette  narra- 
tio  1  e-t  rapide,  d'une  noble  simplicité,  et  d  une  eléj;ance  facile.- 
L'auteur  a  su  éviter  retiHut«"  trop  ordinaire  dans  lés  élo;;es  acadé- 
miques, sans  ce|>endant  tomber  dans  la  fumili<irité.  Ce  que  nous 
T03IE  vni.  I  r 


i6i  LIVRES  FRATNÇAIS. 

louerons  par -dessus  tout ,  c'est  la  modération  arec  Iaqneil« 
M.  iMaquart  fait  le  récit  d'un'evéuenient  fiinesie,  qui  na  que 
trop  servi  d'aliment  à  l'esprit  de  purti-  Son  $;oût  délicat  lui  a  tait 
sentir  qu'il  devait  ecdrier  toute  exagération,  dans  l'éloge  d'un 
prince  connu  par  la  modération  de  ses  principes  politiques,  et 
dont  la  du,  vraiment  chrétienne,  a  donné  aux  hommes  un  des 
plus  beaux  exemples  de  grandeur  d'ame  qu^ils  pui.ssent  trouver 
dans  l'histoire.  A.  Michelot. 

g5.  —  An  nascita  del  tluca  di  Bordeaux  ;  Canzone ,  etc.  —  La 
naissance  du  Dur  de  Bordeaux;  ode  par  G.  Biacioi.i.  Paris,  1820. 
In-4o  de  quinze  puges  d'impression.  De  limprimerie  de  Dondey- 
I]^ipré.  (  Le  texte  et  la  version  française  se  trouvent  en  regard.  ) 

Il  était  naturel  qu'une  muse  italique  s'associât  aux  nôtres  , 
pour  célébrer  un  événement  commun,  en  quelque  sorte,  à  trois 
nations  régies  par  des  institutions  constitutionnelles,  et  gouver- 
nées par  des  BoLBCoNs,  qui  se  sont  déclarés  les  protecteurs  de» 
franchisas  et  des  libertés  nationales. 

g6.  —  AlLu  univeneL  de  géographie  physique,  politique  et 
historique  ancien  le  et  moderne  ,  contenant  les  cartes  générales 
et  particulières  des  cinq  parties  du  monde  ;  dressé  conformément 
aux  progrès  de  la  science  ,'  pour  servir  à  la  lecture  des  meilleurs 
ouvrajjes  de  géographie  et  d'histoire;  par  A.  H.  Bbcé,  géographe 
de  S.  A.  K.  Monsieur.  Cet  ouvrage  est  composé  de  trente  cartes 
imprimées  sur  pajner  jésus  vélin,  et  se  vend  à  Paris,  chezTauteur, 
rue  des  Maçon&-6orboûue,  n<>  g,  et  Charles  Simonncau  ,  rue  de  la 
Paix,  iw>  6. 

Ce  nouvel  Atlas  et  destiné  à  représenter  ce  <|ue  les  découvertes 
ou  rectificatiuns  ont  réremmenl  ajouté  aux  ronnais.sances  géo- 
gra)>luqu<:s.  Les  s'iins  que  Ton  a  mis  au  tracé  des  eûtes  ,  des  mon- 
tagnes et  des  rivières  ,  en  indiquant  r«;tendne  et  la  forme  des  bas- 
sins, faciliteront  IVlude  de  la  partie  physique;  les  mêmes  atlen- 
tÏDns  ont  été  apportées  daus  le  tracé  et  le  coloris  des  division» 
politiques  de  rJ>aque  Ét^t  :  si  parfois,  pour  l«s  pays  peu  connus, 
on  a  mis  des  détails  incerlains  ou  hypothétiques,  c'est  qu'étant 
indiquésdan»  des  auteurs  accrédites,  ils  peuvent  «}tre  utiles  au 
lecteur. 

.  Toutes  les  cartes  sont  de  la  même  grandeur ,  .')0  centimcti"cs  de 
longueur  (  t  (ucd  6  poueos;  sur  'i3  cenlimL-tros  de  hauteur  v.  i  pied 


LIVRES  FRANÇAIS.  ,63 

j  pouce)  j«ce  cadre  est  assez  e'tendu  pour  pouvoir  contenir  tous 
les  détails  indispensables  à  l'e'tude,  et  de  manière  à  les  offrir  avec 
clarté.  Elles  sont  gravées  avec  le  plus  grand  soin,  et  coloriées 
avec  la  plus  grande  netteté. 

L'Atlas  complet  sera  composé  de  trente  cartes  entièrement 
neuves,  sur  lesquelles  cinq  sont  destinées  à  représenter  la  géo- 
graphie ancienne,  et  vingt- cinq  la  géographie  moderne.  La 
France,  par  départemens,  étant  sur  deux  feuilles,  il  y  aura  trèûte- 
une  planches. 

Composition  de  l'Atlas.  Titre  et  table,  i.  Monde  connu  de» 
anciens.  2.  Grèce,  Asie-IVlineure ,  Egypte  et  Syrie.  3.  Italie  an- 
cienne. 4*  Les  Gaules.  5.  Empire  romain  sous  Constantin.  6.  Map- 
pemonde physique  (sur  la  projection  de  Mercator).  7.  Mappé.^ 
monde  en  deux  hémisphères.  8.  Europe.  9.  Danemarck,  Suéde  et 
Norwège.  10.  Russie  d'Europe.  1 1.  Iles-Britanniques.  12. Royaume 
des  Pays-Bas.  i3.  France.  Carte  comparative  des  82  gouverné- 
mens  et  des  départemens  actuels.  14.  France ,  par  départemens  et 
divisions  militaires  (partie  occidentale).  i5.  France,  idem  (partie 
orientale).  16.  Suisse.  17.  Allemagne,  par  cercles,  1789.  j8.  Al- 
lemagne en  1820.  19.  Espagne  et  Portugal.  20.  Italie.  21.  Turquie 
d'Europe.  22.  Asie.  à3.  i'urquie  d'Asie,  Perse  et  Caboul  (i). 
24.  Inde  en-deçà  et  au-delà  du  Gange.  25.  Empire  chinois. 
26.  Océanie  (cinquième  partie  du  monde).  27.  Afrique.  28.  Amé- 
rique septentrionale.  29.  Etats-Unis.  3o.  Golfe  du  Mexique,  et 
îles  Antilles.  3i.  Amérique  méridionale. 

Les  douze  cartes  qui  viennent  de  paraître,  sont  la  Mappemonde, 
l'Europe,  l'Asie,  l'Océanie,  l'Afrique,  l'Amérique  septentrio- 
nale, l'Amérique  méridionale,  la  France,  carte  comparative  des 
trente-deux  anciens  gouvernemens  et  des  quatre-vingt-six  dép'ai- 
témen s  actuels,  la  France,  sur  deux  feuilles,  divisée  en  dépar- 
temens et  divisions  militaires ,  les  Iles-Bi4tanniques  et  l'Italie  : 
elles  offrent  déjà,  à  elles  seules,  un  ensemble  complet.  On  publiera 
Successivement  les  cartes  à  mesure  qu'elles  seront  achevées  j  et, 
I  j(ii  mois  d'août  182 1,  l'Atlas  sera  entièrement  terminé. 


,(i)  Le  cadre  de  cette  carte  donnant  une  étendue  suffisante  pour 
l'Egypte  ,  nous  avons  cru  devoir  placer  ici  le  détail  de  ce  pays  , 
Quoique  appartenant  à  l'Afrique. 

Il* 


i64  LIVRES  FRANÇAIS. 

L'intention  de  Tauleur  ctant  de  faciliter  racquisilion  de  ses 
cartes,  elles  seront  vendues  scparcment  :  le" pris  de  chacune  est 
fixe  à  2  fr.  5o.  c.  l'our  être  souscripteur,  on  ne  paie  rien  d'a- 
vance; il  suflit  de  se  faire  inscrire. 

En  annonçant  la  suite  de  cet  ouvrage,  n<iiis  donnerons  une 
analyse  succincte  de  cliaquc  carte ,  en  indiquant  toutes  les  par- 
ties neuves  ou  rectitices ,  et  les  auteurs  dans  lesquels  on  a  puise'; 
en  attendant,  nous  ferons  observer  que  ces  cartes  sont  d'autant 
plus  précieuses,  que  la  partie  physique  (findication  des  eûtes  , 
le  trace  des  rivières  et  la  division  des  continens  par  les  monta- 
gnes) y  est  traitée  d'une  manière  toute  particulière.  Enlin  ,  nous 
dirons  que  ,  lors  de  la  publication  de  la  première  livraison  de  cette 
production  ,  la  commission  d'instruction  publique  Ta  recomman- 
dée aux  recteurs  d'académies,  et  à  tous  les  chefs  d  établissemens 
d'instruction  publique,  comme  la  plus  propre  à  être  mise  entre 
les  mains  dos  jeunes  gens  qui  étudient  la  géographie. 

9^.  — (*)  f'^oyage  (lu/is  la  Grèce,  comprenant  la  description 
ancienne  et  moderne  de  l'Epire,  de  rillyrie  grecque  ,  de  la  Macé- 
doine cisaxienne,  il'unc  partie  de  la  Triballie,  de  la  i'hessalie,  de 
l'Arcananie ,  de  l'Elolic  ancienne  et  épictète,  de  la  Locride  hes- 
pcrienne,  de  la  Doride  et  du  Péloponèse  ;  avec  des  considéra- 
tions sur  l'archéologie,  la  numismatique,  les  mœurs,  les  arts, 
l'industrie  et  le  commerce  des  habitans  du  ces  provinces;  par 
F.  C.  H.  L.  PoDQLEVii.LF. ,  ancien  consul-général  de  France  près 
d'Ali,  pacha  de  Janina  ;  correspondant  de  1" Académie  loyale  des 
Ifiseri]>tions  et  Belles-Lettres  de  Tlnstitut  de  France,  de  l'Acadé- 
mie Ionienne  de  Corcyre,  etc.  Ouvrage  orné  de  ligure.*,  et  enrichi 
de  cartes  géographiques  dressées  par  M.  Barbie  du  Bocage,  de 
l'Institut  de  France.  Paris,  i8ao.  4  f^rts. volumes  in-S".  Irirmin 
Didot,  père  et  lils,  libj^ires,  rue  Jacob  ,  n°  a4.  IVix  ,  .j6  fr. 

98.  —  Collection  de  toutes  les  poésies  (C Estelle  (  de  Florian  }  . 
mises  en  musique  avec  accompagnement  facile  de  piano  ou  harpe, 
flUte  ou  violon  it  inoloncelle  obliges  ,  par  J.  R.  Woëts.  A  Paris  , 
chez  Janet  et  Cotelle,  rue  St. -Honoré,  n"  q5  ; 

Thème  allemand  de  f^oglcr,  varié  pour  le  Jorle- piano  ,  ai-ec 
ou  sans  accompagnement  d'' orchestre ,  par  le  même.  Prix,  9  fr. , 


LIVRES  IRAINÇAIS.  ,65 

<?t  6  fr.  la  partielle  piano  sans  rorchestre.  Paris,  cliez  mademois. 
Erard ,  rue  du  Mail ,  n°  1 3  j 

Air  écossais,  auec  5  variations  et  rondo,  pour  le  foite-piano, 
avecjldte  ou  violon  ad  libitum  ,  par  le  même.  Prix,  4  fr.  5o  c.  Pa- 
ris, chezHentz  Jouve,  Palais-Royal,  galerie  de  pierre,  n"  96,  du 
côte  du  Perron, 

Ces  trois  ouvrages,  dus  à  la  muse  facile  et  gracieuse  de 
M.  Woèts,  membre  de  la  Société  des  enfans  d'Apollon ,  et  mem- 
bre correspoudanl  de  la  Société  royale  de  Gand,  ajouteront  sans 
doute  à  la  juste  réputation  de  cet  artiste  distingué.  L'élégance  de 
ses  chants,  la  pureté  de  son  harmonie  font  reconnaître  en  lui  un 
digne  élève  de  l'auteur  d'^/tne  et  de  Montano. 

Livres  élrangers publics  en  France. 

99.  — Zur  Glockenweihe ,  etc.  L'inauguration  delà  cloche  de 
l'Eglise  luthérienne  de  Paris.  Paris,  1820.  Broch.  in-8°  de  8  pag. 
de  l'imprimerie  de  Smith. 

L'occasion  qui  a  faitnaître  ce  petit  poème  tn  langue  allemande, 
lui  donne  un  intérêt  vraiment  historique.  Certes  ,  il  est  rare  que 
dans  un  pays  où  la  religion  catholique  est  dominante,  les  pro- 
testans  aient  joui  de  la  liberté  d'annoncer  le  service  de  leur  église 
par  le  son  des  cloches.  Déjà,  à  la  fondation  de  cette  église,  en 
1809,  la  communauté  avait  manifesté  le  souhait  d'ajouter  encore 
aux  cérémonies  publiques  de  son  culte  ,  l'appareil  solennel  d'une 
cloche;  mais  des  dépenses  plus  urgentes  en  avaient  jusqu'ici  re- 
tardé l'accomplissement.  Enlin  ,  la  duchesse  de  Courlande  fit  don 
à  la  communauté  d'imc  belle  cloche  qui ,  depuis  le  25  août  der- 
nier, jour  de  la  fête  du  roi,  donne  au  service  des  chrétiens  de  la 
confession  d'Augsbourg  cette  publicité  et  cette  indépendance 
qu'accorde  la  Charte  à  l'exercice  de  tous  les  cultes.  M.  Goeppe, 
l'un  des  pasteurs  et  des  présidens  du  consistoire  de  l'église,  rue 
des  Rilleltes,  a  célébré  l'inauguriition  de  cette  cloche,  parle 
charmant  poème  que  nous  annonçons.  11  exprime  les  sentimens 
dont  l'homme  de  bien,  ami  de  la  civilisation  et  des  progrès  des 
lumières,  doit  être  pénétré,  en  comparant  les  entraves  qu'éprou- 
vait jadis  la  religion  protestante  ,  à  la  liberté  dont  elle  jouit  au- 
jourd'hui en  l'rance. 


i66 

Livre  étranger  imprimé  en  France. 

100.— ' Bibliotecn  pocltca  ilaliana.  —  T^e  Rime  di  messére  fratt- 
çtsco  Petrarca.  Parigi ,  prcsso  Lefevre,  libiajo,  stradaUe  l'Épe- 
ron, n°6.  1820.  3  vol. 

Nous  avons  parld  dsi  mérite  et  de  IVle'gance  de  rédition  de  ce 
recueil  choisi  des  poètes  italiens.  (  Voyez  ci-<les.«us  tom.  VI, 
pag.  4'^-)  Pour  ce  qui  regarde  la  correction  ,  M.  Rutlura  s'en  est 
occupe  avec  un  soin  particulier.  Mais  ce  qui  ajoute  au  mérite  de 
rédition  des  Poésies  de  Pétrarque  ,  c'est  ce  que  le  commentateur 
observe  sur  la  vie  de  ce  poète  ,  et  sur  son  genre  lyrique  ;  ce  sont 
les  argumens  de  chaque  poésie,  et  les  notes  choisies  dont  M.  But- 
tura  les  a  enrichis.  Tout  est  écrit  avec  autant  de  rapidité  que  de 
justesse.  On  ne  peut  dire  que  le  commentateur  rebute  ses  lec- 
teur» par  le  genre  et  le  nombre  de  ses  remarques;  il  excite,  au 
contraire  ,  le  désir  d'en  savoir  davantage;  et  c'est  toujours,  je 
pense,  un  mérite  des  bons  écrits,  de  nous  engager  encore  plus  à 
connaître  la  matière  qu'ils  nous  présentent  avec  un  art  judicieux 
et  une  sage  réserve.  Le  premier  volume  contient  une  préface  sur 
Pétrarque  et  sur  la  poc'sie  lyrique.  Le  deuxième  et  le  troisième 
présentent  à  la  fin  quelques  remarques,  la  plupart  tirées,  avec 
beaucoup  de  goût,  de  celles  de  Tassoni,  deMuralori  etdeSoave. 
On  promet  ù  la  suite  la  Jérusalem  du  Tasse. 


MWimAMn(VV\WVVVVV«^VV\«VVVM>VMlV«VyMA^VA«MVt/MAVVVM/VVV\MAAIVVVVV\^^ 

IV.  NOUVELLES  LITTÉRAIRES 

ET   SCIENTIFIQUES. 


AMÉRIQUE  SEPTENTRIONALE. 

ÉTATS-UNIS. 

Nkw-York..  — r  Etablissement  cVun  bureau  d'agriculture.  — 
L'amëlioration  des  arts  utiles  ,  qui  se  manifeste  chez  toutes  les 
nations  civilise'es  ,  donne  lieu  de  penser  que  notre  siècle  surpas- 
sera de  beaucoup  tous  ceux  qui  Tont  précédé.  Nous  voyons  en 
effet  de  toute  part  l'industrie  qui  se  crée  de  nouvelles  routes,  et 
qui ,  en  augmentant  ses  produits,  nous  prépare  de  nouvelles  jouis- 
sances. Les  particuliers,  plus  éclairés  et  connaissant  mieux  leurs 
intérêts ,  ont  appris  aux  gouvememens  à  prendre  une  autre  di- 
rection, et  à  contribuer  d'une  manière  plus  active  au  bien  général 
des  peuples  confiés  à  leurs  soins. 

Cette  impulsion  ,  que  doivent  subir  les  chefs  de  tout  gouver- 
nement représentatif,  vient  de  se  faire  sentir  dans  l'Etat  de  New- 
York.  La  législature  a  voté  une  somme  annuelle  de  10,000  dol- 
lars, pour  des  encouragemens  à  donner  à  l'agriculture.  Un  bureau, 
composé  de  cultivateurs  expérimentes  ,  doit  distiibuer  cette 
somme  entre  les  comtés  de  cet  Etat.  Chaque  Société  pour  l'en- 
couragement de  l'agriculture  et  des  fabriques  domestiques ,  qui  se 
formera  dans  les  comtés ,  recevra  utie  somme  d'argent  égale  an 
montant  de  ses  souscriptions  particulières.  Les  10,000  dollars  se- 
ront aussi  employés  à  la  publication  des  bonnes  pratiques  d'agri- 
culture qui  seront  envoyées  au  bureau  par  les  Sociétés  particuliè- 
res, et  à  l'acquisition  des  meilleures  espèces  ou  variétés  de  se- 
mences qui  seront  réparties  entre  les  cultivateurs  les  plus  intel- 
ligens. 

Les  préjugés,  et  surtout  l'appât  du  gain,  avaient  porté  les  Aihé- 
ricains  à  aventurer  de  grands  capitaux  dans  les  entreprises  com- 
merciales \  les  désastres  qui  sont  résultés  de  ces  fausses  .spécula- 
tions ,  ont  enfin  prouvé  que  la  richesse  la  plus  certaine  est  celle 
qui  provient  de  la  culture  des  terres.  Cette  culture  a  été  généra- 
lement msJi  entendue  en  Amérique  j  on  a  épuisé  un  sol  fertile  en 


ifiS  /MîHfO'K  SFPTf  "^TRIONALE. 

siii\i:n'  en  y  l»iiu  Moi<u\.  le  iiit  j  rinfij.al  du  bn^eau  qxii^^nt 
de  efoiWT  est  donc  de  rajîj  c'e  1rs  /  m  '  ii..ij'«ati\  vîii^s  |  -n- 
ci  f»s  de  "a;iiir"i'tji'e^  .  t  île  )ëj..iul  e  los  n'  l<"n<  qui  |/i'iivcnt 
r'*-'i  •  o'  '  *-'^*  1  !*DLi|  L^  dûi.s  .„  jMOvipci  l'i'  ?  v--  -Y.ork. 

1\  ÉI  Ur  L  IQ  lu,     I.    Il  A  'TI. 

r^^T- *r-^i 'wr?;.  —  f^  n  es  '•  --m  ir  —  Le  ç^enr-al  1  redcnc, 
ur ''  (•  •  f: '•  ■'■vt  (\\.iré  «'r  l'rx)  Al.tinn  de  l.i  («<;  n«'»'-  n<c, 
a  ■  i> .    >  '■  dj  :ùifi  de»  «  <'»'i< .'.'-'«  (<    nui  «mi!  •••m    u- 

pë  ■  li.  a  :  I'  ^ ,.,  ,s  4'-'l<<  '''i  ■>"  i(i'iP.(..«  fi  caiine^.  d  undiaiiulfe 
deiiv"'  .n  de.ix  pr> '.rc«,,  eut  rUar.  ne  quitriiate-rinq  ni-'id^jla 
di  laUCv  d'un  nr-ud  ù  raij'i<'  <•  ^  d  envi-un  dijic  joucc-  et  «Icini: 
ainà.  liiIoD^ucu;  l  t^le  d  uoe  cuDiiee:>tdenvii  "luoeuf  j  ied  quatre 
pouces. 

—  Coii'.KisATioN  nrs  NtiiTEs.  —  Onvicnt  d'inivrir.  avrc  Taii- 
torisalicn  du  )ue  .»xiit  di:l..ïti,  une  •' u.^^/•// i  o/<  d^nt  I  <■>! -ft  est 
de  fcer  vn  fonds  dcsiint'  n  payer  un  a;;ent  ,  qui  «e  vendra  \  lî-s 
de  ];•  J-ocieté  de  col.  ni. ation  des  Ltuts-Lni*^.  Il  dnif  s\ntendre 
avec  cette  Sorie'té,  dont  l'influence  est  bien  rrcnnnue  pour  diri- 
ger, à  i'aide  dis  fonds  qu'>l'e  i  ov.-tde,  ks  dc'SCind;in>  des  Afri- 
cains vers  la  ic'puhî.qi.e  d  Haiti.  Voici  comment  s'eTprime,  à  cette 
occasion,  M.  Siuioni^j  .  dans  une  adresse  à  .ses  comi;atiiotcs  > 
«  Hu'itirns!  BOUS  sommes  libres  et  indt'j  end..us;  nous  ne  corniiis- 
)i  sons  au-deî.sus  de  nous,  sur  la  tene,  que  n is  lois.  Jaloux  de  nos 
)i  d'  'it^'^i  ^c'ireux  dans  n^tre  patrie,  qu'un  nol  le  «ntliousiasiae 
i>  uo'is  guide  d»n.s  la  carrière  de  la  bienfai.'-«nce.  t  ans  violer  les 
»  lois  fond.iincnt;iles  sur  lc^qu<'lles  reposent  nos  liljCi  lés  ,  nos 
»  {;;iri.iilii'.>.  nous  pou\''ns  ajj.elci- des  frères  infortune.-  àjartû{^er 
»  nilrc  iionheur  et  les  !)ienfail.^  de  nos  ia.^titutions.  « 

—  1:3  iriiit  il'iine  L  tire  mJivsme  par  le  /tr- iiilc.'t  Jloyer  à  l'un 
des  r  '.'  Il  m 4  l'e  lu  llei'ui:  F.iicyi-lnfndi<iue.  —  «  J'aime  «  ap))lau- 
»<  di'-  à  l'idi'e  que  vous  avez  eue  de  remplir  la  grande  lacune  qui 
>'  e.\i>t:iit  dans  les  rnnimiinieati'^ns  intelîeeluelles  des  divers  peii- 
)'  j  Içs  de  la  tcr>e,  en  f  nd;int  lu  Revue  Kiu'vclojH'di(|uc.  Cet 
»  imi,nrt;.nt  ouvrage,  envisa^^é  sous  tou.>  les  point.-»  de  vue,  ne 
if  ,peut  manquer  de  faire  t|<oqiie  dans  le  niende  littér^^ire  et  dans 
)>  lesiè  I"  dos  saines  doctrines.  Le  cadre  immense  qu'il  embrasse; 
»  la  variété  des  matières  qui  y  sont  traitées,  l'esprit  de  critique 


AMÉRIQUE  MÉRIDIONALE.  AFRIQUE.  169 

i>  cl  d'impartialité  qui  préside  à  sa  rédaction,  la  supériorité  des 
K  lumiM'es  des  écrivains  qui  coopèrent  à  sa  publication  ,  le  but 
»  éminemment  philanthropique  vers  lequel  il  tend,  tout  lui  assure 
«  un  succès  universel  et  des  plus  durables,  m 

AMÉRIQUE  MÉRIDIONALE. 

PÉROU. 

LniA.  —  Pomme-(le-tene.  —  Don  Joseph  Pavon,  auteur  de  la 
Flore  du  Pérou ,  a  trouvé  la  pomme-de-terre  dans  l'état  sauvage 
dan^  la  province  de  Lima  et  au  Chili  ,  où  elle  est  appelée  p^pas  ; 
il  i'a  é^alera.^nt  reconnue  dans  ce  tubercule  découvert  en  1809, 
a  .X  environs  de  Santa-Fé  de  Bogota,  et  qu'on  avait  pris  pour  une 
nouvelle  espèce.  (Voyez  %,  vu  ,  pag.  623.  ) 

AFRIQUE. 

EGYPTE. 

—  f^oyages  scientifiques.  —  Toujours  zélé  pour  les  progrès 
des  découvertes,  M.  F.  Cailliaud  a  sollicité  et  obtenu  la  protec- 
tion d'Ali-Pac'.ia  pour  profiter  de  l'expédition  dirigée  contre  la 
Nubie  par  Ismaêl  ,  son  fils  ,  dans  les  premiers  jours  du  mois 
d'août  1820(1)  :  il  suivra  les  deux  routes,  celle  du  Nil  et  celle  du 
Désert.  Dans  la  première  ,  il  fera  en  sorte  de  relever  exactement 
tout  le  cours  du  fleuve  depuis  Siène  jusqu'à  Dongolah,  ce  qui 
n'a  pas  encore  été  fait  ;  et  ,  dans  la  seconde ,  il  fixera  la  placo  de 
toutes  les  sfations  anciennes  et  modernes.  Ismaè'l-Pacha  i'a  assuré 
de  tout  son  appui. 


(i)  L'armée  égyptienne,  sous  les  ordres  d'Ismaël  ,  fils  d'Ali- 
Pacha  ,  qui  est  chargée  de  la  conquête  d»;  la  Nubie,  est  divisée 
en  d;îux  colonnes  ,  dont  l'une  suit  les  bords  de  Nil  ;  l'autre,  com- 
posée de  2,oort  Arabes  etUsmanlis,  se  dirigi'  à  travers  le  désert, 
et  part  de  Bérîf,  l'un  des  principaux  villages  de  l'Oasis  de'lhèbes. 
Il  paraît  que  non-seulement  Dongolah  ,  qui  sert  de  rtfuge  aux 
Mamelouks,  est  menacé  par  l'invasion  ,  mais  encore  Sennâr  et 
même  le  Darl'oùr.  Celte  expédition  peut  procurer  au  pacha,  entre 
autres  avantages,  celui  d'y  faire  une  forte  levée  d'hommes,  qui 
formeront  de  bons  soldats,  plus  fidèles  et  plus  disciplinés  que  les 
Albanais  et  les  Osmanlis. 


1^0  AFRIQUE. 

La  dernicre  expédition  du  pacha  à  Si^wah  a  eu  tout  le  succi» 
qu'il  pouvHit  e»pcror.  M.  Drovetti  avait  obtenu  la  faculté  de  se 
joindre  »  rexpedilion.  MM.  Frediani  (H  cl  Linan  l'accompa- 
gnaient. Le  hey  les  a  fait  escorter  jusqu'à  J'îlc  dWraschic  ,  place'e 
dans  un  lac,  à  deux  lieues  de  biw.di.  On  sait  que  cet  endroit  est 
sacré  pour  les  liabitans  de  Siwab,r|ui  n'en  laissent  pas  approcher. 
A  sa  grande  surprise,  M.  Drovetti  n"a  vu  dans  cette  île  aucun 
reste  de  ruines  j  on  aperçoit  seulement  quelques  rochrrs  qui 
s'élèvent  du  lac  dans  plusieurs  endroits.  Après  avoir  visité  le  lac 
et  en  avoir  fait  le  tour  pendant  7  heures  ,  ces  voyageurs  sont  re- 
tourués  à  Oumbide  ^  ils  ont  mesuré  cette  ruine  et  en  ont  pris 
des  vues,  ainsi  que  du  village  de  Siw«h  et  d'un  petit  temple 
dorique  i  au  bout  de  8  jours  de  scjour  ,  ils  sont  revi-nus  parle 
même  chemin  à  Terracé.  . 

Il  eftt  été  à  désirer  que  les  Européens  eussent  mis  à  profit  une 
occasion  si  favoral)le  d'examiner  à  fond  tout  ce  pays  ,  qui  est 
encore  peu  connu.  Ayant  une  barque  ,  ils  pouvaient  faire  des 
sondes,  abordera  l'île  mystérieuse  d'Aïaschic,  en  connaître  la  na- 
ture et  la  parcourir  sur  les  points.  Peut-être  Ci-s  rochers  renfer- 
ment-ils dfiS  e.ica valions.  On  sait  qu'en  1792,  Biown  essaya  de 
^'y  rendre  à  la  Qagej  mais,  que  son  cheval  refusa  de  s'y  transpor- 
ter, et  que  les  liabitans  opposèrent  à  !M.  Cailliaud  des  obstacles 
insurmontables.  Il  est  également  fâcheux  (ju"à  Siwah  nos  voya- 
geurs n'aient  pas  fait  des  iouilles,  j»«>ur  reconnaîlre  les  souterrains 
qui  sont  autour  du  temple  ,  et  recueillir  les  inscriptions  <ju'on 
croit  y  exister. 

Les  diâérens  étages  des  maisons  de  Siwah  sont  grouj)é9  sur  le 
rocher ,  comme  autour  d'un  noyau  ;  il  y  en  a  4  et  5  visibles  à 
rexl<'ri«;ur  ;  le  centre  est  occupé  par  la  montagne,  ce  qui  élève 
beaucoup  le  milieu  du  villa^e. 

Le  ]>acha  d'Lj;ypte  a  fait  continuer  par  des  ouvriers  turcs, 
l'exploitation  des  carrières  d'éméraude  ^  ils  en  ont  rapporté  en 
assez  grand  nombre;  aujourd'hui,  onattend  ties  ouvriers  d'I'.urope. 
Kiitrc  Cosseyr  et  les  mines  de  Zabarah  ,  les  Arabes  ont  trouvé 
deux  ûlons  de  galène  ou  }>lomb  sulfuré. 


Ci)  Cette  relation  rectifie  ce  qu'il  y  a  d'inexact  ou  d'incomplet 
dans  le  prccedcut  cahier  de  la  hcvue  (  tom-  Vil,  pag.  6o'j  ). 


AFRIQUE.  171 

M.  C^illiaud  écrit  qu'il  a  recueilli,  pendant  ses  courses,  des 
momies  ,  des  coquilles  et  des  plantes.  II  a  établi  au  Caire,  en  un 
lieu  sûr,  un  de'pôt  de  toutes  ses  collections  ,  dessins  et  journaux. 
Il  annonce  aussi  l'envoi  de  plusieurs  échantillons  d'eaux  sulphu- 
reuses-ferrugineuses  ,  et  d'autres  eaux  minérales,  dont  il  a  pris 
la  température,  et  qu'il  a  recueillies  dans  les  Oasis,  pour  les  faire 
analyser. 

A  Thèbes,  M.  Cailliaud  a  entrepris  de  nouvelles  fouilles  dans 
la  montagne  de  Gournah,  qui  renferme  les  hypogées  ou  cata- 
combes. C'est  là  qu'il  doit  attendre  les  troupes  d'ismaël ,  pour 
monter  à  Dongolah.  Ce  voyage  ne  doit  pas  durer  moins  d'un  an. 
Entre  autres  nouvelles  que  renferment  ses  lettres  ,  on  apprend 
que  le  consul  anglais  ,  M.  Sait,  connu  par  son  savoir  et  son  ha- 
bileté, comme  par  son  zèle  ardent  pour  les  découvertes  ,  est  dan- 
gereusement malade.  Jomard. 

Antiquités.  —  Si  l'on  en  doit  croire  les  rapports  de  quelques 
personnes  à  portée  d'être  bien  informées,  les  objets  d'antiquités 
obtenus  en  Egj'pte,  au  moyen  de.s  fouilles,  ne  seraient  encore 
que  fort  peu  de  chose  en  comparaison  de  ce  qui  reste  à  trouver. 
Il  s'est  établi,  pour  les  découvertes  de  ce  genre ,  une  heureuse 
rivalité  entre  les  naturels  du  pays  et  les  Kuropécns  :  aujourd'hui, 
c'est  à  qui  réussira  le  mieux  à  faire  des  excavations  dans  les  mon- 
tagnes de  sable,  dont  les  flancs  recèlent,  dej)uis  des  siècles,  des 
portiques,  des  édifices,  et  des  galeries  souterraines  de  toute  es- 
pèce. Les  Arabes  ayant  creusé  la  terre  ,  à  la  profondeur  de  plu- 
sieurs brasses,  en  ont  exhumé  une  quantité  considérable  de  vases, 
de  momies  et  d'autres  restes  de  l'antiquité.  Quoique  très  ignorans, 
ils  savent  fort  bien  distinguer  aujourd'hui  ce  qui  est  rare  et  bien 
conservé,  d'avec  les  autres  objets  détériorés  ou  de  moindre  va- 
leur. Les  Arabes  do  Gournon  s'adonnent  plus  partictdièrement  à 
cette  occupation  ,  et  ils  y  mettent  tant  de  zèle  et  d'adresse ,  qu'il 
faudra  bien  que  les  Européens  leur  abandonnent  tout-à-fait  les 
soins  de  l'exploitation  ,  et  se  bornent  désormais  à  acheter  d'eux 
le  produit  des  fouilles. 

Saint-Louis.  —  Insectes  semant  h  faire  du  sauon.  —  M.  Geof- 
froy de  Villeneuve  a  dernièrement  envoyéà  Paris  une  petite  quan- 
tité d'insectes,  de  l'espèce  des  caraïbes,  avec  la  note  suivante  : 
«  Etant  dans  le  village  de  Postudal ,  à  quelques  lieues  de  Saint- 


i 

L 


17*  AIRIQL'E.  EUROPE. 

Louis,  occupe  à  ramasser  des  insectes,  it  ayant  engage  les  nîgrc» 
à  in'aider  dans  mes  recherches  ,  l'un  d'eux  m'apporta  un  vase 
conlenaot  i)lusieurs  milliers  de  petits  inscrlcs  ,  de  Pespèce  des 
r,ar;nl)es.  Ils  étaient  ilejà  secs,  et  la  quantité  me  prouva  qu'on 
les  avait  rassembles  dans  !<•  dessein  d'en  faire  un  usage  particulier. 
J'appris  ,  en  questionnant  le  nègre  ,  que  cet  insecte  entrait  dans 
la  composition  du  savon  dont  on  se  sert  dans  le  pays.  11  m'en 
montra  un  morceau  qui  e'tait  d'une  couleur  ndinltre  ,  mais  d'aussi 
bonne  qualité'  que  le  savon  d'Europe.  On  m'assura ,  depuis,  qu'on 
.se  sert  de  ces  insectes  pour  le  même  usage  sur  toute  la  côte  du 
Se'uegal.  (^e  caraïbe  est  noir,  avec  les  bords  du  corselet,  et  les 
el_\tres  d'une  nuance  rnugeâtre;  les  pattes  et  les  antennes  sont 
d'une  couleur  pâle.  » 

ECROPE. 

GRA.NDE-BRETAGNE. 

Lo.ifDKEf.  —  JVoui'cau  métal  ressemblant  a  For.  —  IVl.  Mill  a 
dernièrement  ilècouvert  un  nouveau  métal  qui  ressemble  à  l'or, 
et  possède  quelques-unes  de  ses  principales  qualite's  ■  il  le  nomme 
aurum  niillicum.  Presqu'aussi  pesant  que  l'or  des  bijoutiers,  il  est 
malléable,  dur,  sonore^  il  doit  être  travaillé  avec  précaution  et 
il  conserve  long-t.'ms  son  éclat. 

—  Plantes  noufcllenient  décoiwertcs.  —  Iq.  M.  Rn!)prt  Rrown 
a  lu  à  la  Société  linnéeune  un  \l<'moire  sur  un  nouveau  genre  de 
pl.intes,  découvert  à  Sumatra,  en  1818,  par  feu  Joseph  Arnold  , 
et  a|ipelé  rojjlesia  ,  du  nom  de  sir  Stamfo.d  Raflles.  La  Oeursort 
directement  d'une  racine  horizontale.  Le  jet  est  couvert  de 
feuilles  florales  rondes,  imbriquées,  d'une  teinte  brune  obscure  , 
et  ressemble  assez  à  un  chou.  D'après  les  mesures  prises  sur  les 
lieux,  la  fleur  ouverte  a  trois  pieds  de  diamètre  et  pèse  quinze 
livres-  son  luhe  peut  contenir  douze  pintes.  ^1.  Rrown  la  com- 
pare principalement  aux  aristoloches  et  aux  passiflores  ;  il  soup- 
çonne aussi  que  la  plante  est  parasite  sur  la  racine  qui  la  porte. 
20.  On  a  découvert  à  Bornoo  une  plante  qui  parait  être  du  même 
genre  que  la  rajflesia -,  comme  celle-ci  ,  «-lie  sort  immétliatement 
de  terre-  mais  elle  est  rouge  et  travirs(-e  par  des  raies  bl.inclies. 
Avant  la  floraison,  elle  a  l'apparence  d'un  chouj  quand  elle  Qcurit, 
elle  n'a  pas  de  feuilles,  et  lorscju'cllc  est  épanouie  .  son  diamètre 


EUROPE.  1-3 

a  près  de  deux  pieds.  Le  docteur  HorsGcld  se  propose  de  publier 
la  description  de  ce  végétal  singulier,  dont  il  a  ,  dit-on,  rapporté 
quelques  pieds. 

Cloche  des  plongeurs.  —  Extrait  d'une  note  de  M.  le  docteur 
Hamel  ,  conseiller  de  cour  de  l'empereur  de  Russie.  — Les  cloches 
de  plongeurs,  dont  on  se  sert  acluellement  en  Angleterre,  ont 
été  construites  par  le  célèbre  ingénieur  Kennie,  d'après  les  prin- 
cipes de  Smealon.  Ces  machines  sont  faites  d'une  seule  pièce  en 
fer  fondu;  elles  ont  la  forme  d'une  caisse  oblongue,  ouverte  par 
le  bas,  longue  de  six  pieds,  large  de  quatre,  et  haute  de  cinq. 
La  partie  inférieure  est  plus  épaisse ,  pour  lester  la  machine  , 
qui  d'ailleurs  est  assez  pesante  puur  descendre  sans  addition  de 
poids.  Le  plafond  est  percé  de  douze  trous  auxquels  sont  adaptés 
autant  de  verres  plans -convexes,  qui  donnent  passage  à  la  lu- 
mière; on  y  pratique  un  treizième  trou,  d'envii'on  un  pouce  de 
surface,  qui  reçoit  un  tujau  de  cuir  flexible,  destiné  à  introduire 
dans  la  cloche  l'air  envoyé  d'en  haut  par  une  pompe  foulante,  et 
qu'une  soupape  en  cuir  empêche  de  ressortir.  Dans  l'intérieur, 
des  deux  cotés,  sont  établis  de  petits  bancs  à  marche-pied,  sur 
chacun  desquels  deux  personnes  peuvent  s'asseoir.  Du  milieu  du 
plafond  descend  une  chaîne  ,  destinée  à  porter  les  pierres  q^'on 
deàcend  dans  l'eau  ou  qu'on  en  retire.  Ces  pierres  sont  placées 
un  peu  au-dessous  du  bord  inférieur  de  la  machine;  et  les  per- 
sonnesquidoivent  descendre,  arrivent  dans  un  bateau,  au-dessous 
de  la  cloche,  qui  est  assez  élevée  pour  qu'on  puisse  y  entrer. 
M.  Himel  se  plaça  ,  avec  deux  ouvriers  ,  dans  une  de  ces  cloches 
qui,  au  moyen  d'un  tour  mobile,  les  descendit  lentement  jus- 
qu'au fond  de  la  mer,  profonde,  en  cet  endroit ,  d'environ  trente 
pieds.  Pendant  le  trajet,  il  ressentit  dans  les  oreilles  une  dou- 
leur très  vive,  qu'il  ne  put  faire  cesser  qu'en  introduisant  dans 
l'extérieur  de  l'oreille,  par  la  trompe  d'tustache,  l'air  nécessaire 
pour  faire  équilibre  à  celui  qui  pressait  l'intérieur  du  timpan  ; 
ce  qui  n'eut  lieu  qu'avec  beaucoup  d'efiorts,  et  après  qu'il  eut  eo- 
tendu  une  explosion  assez  forte.  M.  Hamel  passa  près  de  trois 
quarts  d'iieure  à  cette  profondeur  de  trente  pieds ,  ayant  assez  de 
lumière  pour  lire  et  prendre  des  notes.  Les  ouvriers  posaient  les 
pierresavec  autant  d'adr^esse  et  de  régularité,  que  s'ils  eussent  été 
en  plein  air.  Les  signaux,  pour  les  mouvemens  à  faire,  se  don- 


174  EUROPE. 

naientpar  des  coups  de  marteau  ,  en  nombre  convenu,  contre  les 
parois  de  b  cloche  :  le  bruit  qu'on  fait  en  haut  n'empécbe  pas 
d'eutendrc  ces  signaux.  En  remontant,  M.  Hamel  «5prouva  de 
nouveau  dans  les  oreilles  une  douleur  assez  forte,  qu'il  dissipa 
par  Taction  seule  de  la  déglutition. 

Ce  savant  croit  «'tre  le  premier  qui  soit  descendu  dans  ces  clo- 
ches, sans  autre  motif  (jue  la  curiosité.  Depuis,  plusieurs  per- 
Mones  ont  eu  le  couraj;e  de  faire  ce  voyage  sous-marin,  et,  entre 
airtres,  lady  Hardy,  femme  de  l'aïniral  de  ce  nom,  qiri  est  descendue 
dans  la  rade  de  Flvmouth  ,  avec  trois  autres  personnes,  à  la  pro- 
fomleur  de  trente-cinq  pieds. 

Enseignement  clemcntaire.  —  JVombre  et  nature  îles  écoles.  — 
D'après  le  rapport  du  premier  mai  i8iO  ,  il  paraît  qu'il  y  a,  tant 
en  Angleterre  que  dans  le  pays  de  Galles,  37,38a  écoles  de  toute 
espèce,  dans  lesquelles  sont  e'lev(?s  1,571,372  enfans  des  deux 
rtresj  ce  qui  fait  environ  4^  élèves  pour  chaque  école.  18,276  de 
,ces  élablissemens  sont  préparatoires  ou  c'coles  primaires  j  et,  sur 
14, 195  ,  q*'i  sont  appelées  écoles  du  commerce,  8376  sont  desti- 
nées aux  jeunes  filles.  On  enseigne  le  catéchisme  de  réglisc  an- 
glicane, dans  23,57  I  écoles.  Les  systèmes  de  Bell  et  de  Lancaster 
ontifté  plus  ou  moins  adoptés  dans  141 1  ;  la  méthode  d'interro- 
gation sans  réponse,  inventée  par  M.  Phillips,  est  en  usage  dans 
3673  ,  et  le  système  d'analyse  orale  de  Pestalozzi,  est  suivi  dans 
7  écoles.  La  langue  française  fait  partie  de  l'enseignement  dans 
7520  ^  et  les  langues  mortes  dans  3327.  Le  nombre  de  personnes 
employées  à  l'éducation,  en  qualité  d'instituteurs,  d'institutrices, 
de  sous-maîtres,  sous  maîtresses,  etc. ,  et  de  précepteurs  parti- 
ciiliers,  s'élève  à  5(3,33o. 

Lors  de  l'anniversaire  de  la  fondation  des  écoles  du  dimanche, 
célébrée  en  Ecosse,  en  1818,  le  nombre  des  élèves  s'élevait  à 
3i,785. 

Socif'te  des  rcn/cs  britanniques  et  étrangères.  —  La  Société 
des  écoles  britanniques  et  étrangères  vient  de  concevoir  un  pro- 
jet philantliropiciuc  encore  plus  vaste  que  ceux  auxquels  elle  s'est 
livrée  depuis  le  commencement  du  siècle,  et  qu'elle  a  exécutét 
avec  autant  de  gloire  pour  elle  que  de  profit  pour  l'espèce  hu- 
maine. Il  s'agit  dpfavirà  la  barbarie  où  elles  sont  plongé<'s,  trente 
i  quarante  millions  de  ct^atures,  condamnées  à  l'ignorance  par 


EUROPE.  1^5 

les  lois  et  la  religion  de  leur  pays,  et  privées  à  jamais  de  toute 
culture  intellectuelle.  Le  précieux  document  que  j'ai  reçu  à  ce 
sujet  de  M.  Millar,  secrétaire  de  la  Société,  est  une  adresse  aux 
dames  anglaises,  pour  exciter  leur  intérêt  en  faveur  des  personnes 
de  leur  sexe  qui  vivent  dans  l'Inde  sous  l'empire  britannique. 
Cette  pièce,  d'où  j'ai  extrait  ce  qu'on  va  lire,  était  accompagnée 
d'une  lettre  dans  laquelle  M.  Millar  se  flatte  du  succès  de  l'entre- 
prise^ il  espère  que,  par-là,  on  pourra  bientôt  répandre  les  lumiè- 
res parmi  60  millions  d'individus.  On  sait  que  la  loi  de  Menou  in- 
terdit aux  femmes  la  lecture  dts  f^édas ,  et  la  connaissance  d«- 
Y  alphabet.  Celle  qui  oserait  acquérir  cette  connaissance,  encour- 
rait des  peines  terribles.  Aussi,  depuis  des  milliers  d'années,  il 
n'existe  pas  dans  ce  vaste  empire  une  seule  école  de  filles.  Les 
femmes  n'aperçoivent  jamais  un  livre,  si  ce  n'est  dans  les  mains 
d'un  homme.  Leurs  doigts  n'ont  jamais  touché  une  plume,  ni  rien 
de  pareil.  Elles  sont  privées  de  tout  commerce  intellectuel  avec 
l'autre  sexe.  Leur  servitude  va  encore  plus  loin  j  la  loi  ne  permet 
pas  à  une  femme  de  sortir  de  la  maison  sans  le  consentement  de 
son  mari,  de  parler  avec  un  étranger,  de  rire  sans  être  voilée,  de 
se  tenir  à  la  porte  du  logis,  de  regarder  parla  fenêtre.  Ce  pro- 
fond abaissement,  cetteigoorance  absolue  ont  exerce  une  influence 
funeste  sur  le  caractère  et  les  idées  du  sexe,  et  produit  d'horri- 
bles superstitions.  Bien  des  femmes  sacrifient  leurs  filles  dans  la 
Brum-hu-pootru  et  dans  les  autres  fleuves  sacrés  j  d'autres  s'y 
jettent  elles-mêmes.  A  Allahubad  ,  le  capitaine  ***^  a  vu,  un  ma- 
tin ,  de  sa  fenêtre ,  60  femmes  se  précipiter  volontairement  au 
confluent  du  Gange  etde  iaJumnah.  Enfin  ,  pendant  l'année  1817, 
on  a  vu  jusqu'à  ^oS  femmes^  se  faire  enterrer  ou  brûler  vives  à 
côté  du  corps  de  leurs  époux.  L'histoire  de  l'homme,  même  celle 
des  sauvages,  ne  présente  aucun  exemple  d'efl'ets  aussi  affreux  de 
la  superstition,  et  de  l'ignorance  qui  en  est  la  source. 

La  Société  britannique,  après  avoir  mis  ce  tableau  sous  les 
yeux  des  dames  anglaises ,  fait  un  appel  à  leur  sensibilité  :  (c  Si 
notre  voix  est  écoutée,  dit  le  comité  des  dames,  vingt  ans  ne 
s'écouleront  pas  avant  que  ces  bûchers  abominables  aient  cessé 
de  s'allumer.  »  L'on  a  pensé  sagement  qu'il  fallait  d'abord  donner 
l'instruction  nécessaire  aux  filles  des  Indiens  nés  de  ptces  anglais, 
qui, connaissent  les  langues  parlées  dans  le  pays.   Répandues  en 


1-6  KUROPK. 

divers  licur,  comme  maUresses ,  elles  peuvent  rendre  les  pli» 
granils  services  pour  parvenir  à  l'amélioration  projeté'"-.  On  ne- 
peut  songer  à  faire  instruire  ce  sexe  par  des  maîtres  ;  les  mœurs 
s'y  opposent.  Cependant,  les  missionnaires  anglais  ont  réussi  à 
former  des  écoles  de  filles  à  Tamul  et  à  Travancore  ,■  avec  quel- 
que succès.  Une  souscription  est  ouverte  pour  l'exécution  de  ce 
louable  dessein,  inspiré  par  le  pur  amour  de  l'Iiumanité,  et  qui 
sera  poursuivi  de  concert  avec  la  Société  de  (.;alculta  ,  l'édiira- 
tion  des  filles  ayant  déjà  fixé  l'attention  de  cette  société,  ci>mme 
on  vient  de  l'apprendre  par  les  nouvelles  récentes  du  Bengale. 
Aussitôt  que  les  fonds  suilisans  seront  réunis,  on  enverra  dans 
rinde  une  personne  en  état  de  diriger  l'école  normale  qui  doit 
servir  à  former  des  institutrices  parmi  les  naturelles.  Tel  est  le 
plan  que  s'est  proposé  la  société  de  I/oridres  pour  avancer  le 
grand  œuvre  de  la  civilisation,  dont  la  Revue  Fncyclopéditpie  . 
«si  destinée  à  marquer  les  progrès.  | 

JoMARn  ,  membre  de  Tinslituf. 

PoBLicATTOKs  NODVF.MFs  ET  PROCHAINES.  —  On  remarque  par- 
mi les  ouvrages  qui  ont  été  publiés  depuis  ])eu:  i°.  Esstii  sur  les 
maux  causes  piir  l'ii^nnrance  du  peuple;  par  John  t'orstcr.  (Je  su- 
jet si  vaste,  et  d'une  si  haute  importance  pour  les  int<'rt^ls  i;éiié- 
raux  de  la  société  et  des  gouvernemens,  est  traité  avec  talent  et 
précision.  L'auteur  le  considère  sous  un  point  de  vue  moral  et 
religieux;  il  expose  les  causes  et  les  suites  funestes  d'une  igno- 
rance universelle  parmi  le  peuple,  qui  n'est  plus  alors  que  l'ins-  ' 
trument  passif  des  lois  et  des  gouvernemens  dcspotifjues  ,  et  qui' 
travailU-  à  rall'ermir  le  joug  et  l'oppression  sons  laquille  il  cémiti 
M.  Forster  démontre  clairement  que  la  plus  grande  calamité  qui 
puisse  accabler  une  nation,  est  l'état  d'abrutissement  et  de  mi- 
sère auquel  doit  la  réduire  cette  extinction  totale  de  s^s  farulti's. 
Il  s'élève  avec  force  contre  cette  politi(|uc  étroite  et  vile  qui  fonde 
la  sûreté  des  Etats  sur  la  dégradation  intellectuelle  ,  et  par  con- 
séquent morale,  des  sujets,  il  demande  de  quel  droit  on  ose  ravir 
la  liberté  de  la  pensée  à  cette  foule  d  hommes  qui  forment  la 
masse  imposante  des  peuples,  et  qu'on  désix'rite  îles  nobles  fa- 
cultés que  leur  avait  transmises  le  ciel.  11  pense  enfin  qilé'lBi^j 
amis  de   la  religion  ,   de  l'humanité,   de  la  morale  .  duiveottoiis' ' 


EUROPE.  177 

nnir  leurs  efforts  pour  contrebalancer  ce  système  destructeur, 
pour  éclairer  le  peuple  ,  et  re'former  ainsi  ses  mœurs. 

2°.  Seconde  partie  de  V Histoire  de  CUniutrsité  de  Dublin, 
par  M.  Tatlor  ,  ornée  de  gravures  repre'sentant  les  diffe'rens  col- 
lèges et  bâtimens  publics  appartenans  à  l'Université. —  Cette  his- 
toire renferme  beaucoup  de  faits  curieux,  ainsi  que  plusieurs 
anecdotes  qui  se  lient  aux  affaires  politiques. 

3°.  Nouveau  système  de  géographie  ;  par  Thomas  Mters,  dont 
il  n'a  encore  paru  que  deux  livraisons  in-4°,  ornées  de  cartes  ,  et 
d'un  grand  nombre  de  gravures  servant  à  expliquer  les  mœurs  et 
les  coutumes  des  différens  pays.  L'ouvrage  entier  formera  2^  li- 
Traisons ,  ou  2  vol.  in-4''-  On  y  trouvera  la  description  syste'ma- 
tique  des  changcmens  qui  ont  eu  lieu  dans  la  ge'ographie  ge'ne'raie 
du  monde;  et  l'étude  de  l'histoire  deviendra  plus  facile  et  plus 
intéressante  ,  en  consultant  les  cartes  et  les  vues  dont  cet  ouvrage 
est  enrichi. 

—  Recueils  périodiques.  —  Un  nouveau  journal  mensuel,  inti- 
tulé (t  Le  Bulletin  médical,  »  a  paru  dernièrement.  Le  but  de  ce 
Recueil  est  de  donner  un  aperçu  général  de  tous  les  articles  pu- 
bliés dans  les  diflérens  journaux  dé  médecine ,  suivis  d'articles 
originaux  sur  le  même  sujet. 

" Le  3i*  cahier  du  recueil  connu  sous  le  nom  du  Pamphle- 

teer ,  et  spécialement  destiné  aux  lois ,  contient  une  analyse  de 
l'ouvrage  de  M.  le  conseiller  Cottu,  sur  U  administration  de  Injus- 
tice crinnnelle  en  Angleterre,  et  sur  Fesprit  de  la  constitution  an- 
glaise. On  y  loue  beaucoup  la  manière  dont  ce  magistrat  s'est 
acquitté  de  l'importante  mission  qui  lui  avait  été  confiée  par  le 
gouvernement  français.  L'exactitude  de  ses  recherches  et  de  ses 
observations  est  attestée  par  le  témoignage  de  presque  tous  les 
journaux  anglais  qui  ont  rendu  compte  de  son  travail.  Les  notes  et 
les  observations  de  M.  Gurney,  sur  la  discipline  des  prisons,  forment 

I  le  second  article,  et  présentent  plusieurs  vues  sages  et  philanthro- 

I  piques. 

—  On  annonce  comme  devant  paraître  incessamment:  1°.  Traité 
I  delà  Botanique  de  V  Angleterre ,  ou  A rrangement  naturelde.s plantes 

de  la  Grande-Bretagne ,  selon  leurs  rapports  mutuels,  d'après  le 

système  de  Jussieu,  de  Candolle,  de  Brown,   et  d'autres  savans 

botanistes ,  avec  leurs  caractères  distinctifs  ,  leurs  différences ,, 

TOME   YIII.  12 


t:»  KUKO'.'K. 

Ifiirs  descriptions  tt  Itur  usage,  précède  il"iin<;  introduction  à  la 

botanique  ,    uvi-c  des  ligures  servant  à  expliquer  le  texte  :,  par 

Siimucl-I'rciUiu  G  RAY,  professeur  de  botanique  et  de  matière 

médicale. 

a".  /Jiisertdtion  i>ui  le  trailcmcut  des  of\'ictinns  nerveiats  ; 
par  M.  Joseph  Swan  ,  chirurgien  de  l'hùpital  du  comté  de  Lin- 
coln. Cet  éc/it  a  renij)orté  le  prix  fonde  par  Jackson  au  collège 
des  «-birurgiens. 

3".  (Jbsei-vutions  sur  le  régime  et  la  nourrituie  du  peuple,  sui^ 
fies  df   règles  el  d'ai'is  pour  la  coitseri^alion  de  la  sanlc;   par 

M.    J.  ZWEED. 

4".  /".'i.vrti  sur  la  contagion ,  par  le  docteur  IMaclçan.  Cet 
ouvrage  est  une  acqui>.ition  fort  importante  pour  les  gens  de  Tarl- 
L'auteur  est  décidément  d'avis  que  la  pe>te  e^t  une  maladie  épi- 
démi({iie ,  et  que  les  maladies  épidéraiques  ne  sont  pas  conta- 
^enses.  Il  combat  avec  succès  le  préjugé  contraire,  si  funeste  à 
la  santé,  au  commerce,  et  propre  à  briser  tous  les  liens  de  l'hu- 
manité et  de  la  civilisation.  Il  appuie  son  opinion  de  preuTes  tirées 
de  sa  propre  expérience ,  et  du  témoignage  de  ])resque  tous  les 
auteurs  qui  ont  traité  ce  sujet,  et  qui  ont  eu  de  fréquentes  oc- 
casions de  s'en  érlaircir. 

5".  Le  second  volume  de  X Histoire  d^ Augle terre  ,  du  dnclenr 
IMonELL,  qui  va  jusqu'à  la  fin  du  règne  de  Georges  m,  et  com- 
plète la  série  des  études  de  Chistoire. 

(i°.  Choix  de  Lettres  écrites  pendant  un  séjour  aux  F.tuts-l'ms  , 
en  i8i  1 ,  .sur  les  naturels  de  TAmérique  et  sur  les  émigrés  qui  s") 
sont  établis  :  par  M.  K.  Howitt. 

•j".   Les  esifuisses  di-s  mopi/c»  et  des  costuiTies  de  la  t'rance ,  de  l.,. 
Suisse  el  de  l'Italie  y  ]iar  R.   RriduEnsj  qui  continueront  de  pa 
rattre  tous  les  mois.  Chaque  livraison  10-4°  coatiendra  cinq  gra- 
vures coloriées,  avec  vmc  explication  en  regard. 

RUSSIE. 

LÉoPoLn.  —  Pierre  meléorii/ue.  —  Une  substance  météorique 
très  singulière  a  été  reconnue  dernièrement  dans  le  muséum  de 
iM.  de  Grottbuss,  dv  Courlande.  Elle  est  désignée  en  Allemagne 
sous  le  nom  de  papier  de  deuil;  et,  suivant  les  Kphémérides  de 
l'Acadcuiie  de  I.,éopold  ,  elle  tomba  en  grande  «[liant il é  en  Cour- 


> 


EtjROPr:.  ,,() 

}anâe,  le  3  jan\ier  i68fl,  avec  des  corps  noirs  semblables  à  <ie3 
fives.  L  ëi'hantiilon  trouvé  dans  la  coUeclionde  M.  deGrotlhuss, 
quittait  étiqueté  comme  d'origine  météorique,  consiste  en  une 
masse  de  fiuilles  noires,  fragiles,  semblables  à  du  papier  brtMé, 
mais  plus  dures ,  et  adhérentes  les  unes  aux  autres.  Soumise  aux 
réactifs  chimiques ,  cette  substance  sest  trouvée  composée  de 
silice,  de  magnésie,  de  fer  et  de  nickel,  avec  des  traces  de 
clirôme. 

POLOGNE. 

Varsovie.  —  Publications  noui^elles  et  prochaines.  —  Zoologie. 
—  M.  Jarocld,  professeur  à  l'Université  de  cette  ville,  se  pro- 
pose de  publier  une  Zoologie  en  5  volumes  in-S»  ,  où  il  a  dessein 
de  renfermer  tout  ce  qu  il  y  a  de  positif  dans  cette  science  chez 
Illiger,  Linnée,  Duméril,  t^uvier  et  Schneider,  en  se  rappro- 
chant ,  autant  qu'U  sera  possible ,  de  Tordre  tabulaire  de  Duméril , 
de  la  précision  d'IUiger  dan»  Texposition  des  caractères  de  chaque 
genrç ,  et  de  la  méthode  de  Guvier  pour  les  observations  anato- 
miques.  M.  Jarocki  a  déjà  publié  plusieurs  ouvrages  :  i°  en  i8i4, 
une  dissertation  sur  lu  machine  de  f^itt,  et  une  autre  sur  /a 
correction  de  la  mei>urs  du  tenis,  ,  et  de  la  hauteur  avec  la  roue  de 
Borda,  è  laquelle  il  a'  appliqué  Fobservation  faite  à  Cracovie,  le 
15  avril  de  la  même  année  j  '4°  en  181 5,  un  recueil  de  fables  et  de 
contes  en  vers^  3°  en  1819,  un  catalogue  des  oiseaux  renfermés 
dans  le  cabinet  d  histoire  naturelle  de  Varsovie ,  dont  RI.  Jarocki 
est  directeur, 

— r-  Traites  sur  le  Droit  romain. —  M.  Venceslas- Alexandre  IM  acie- 
JQwaki,  professeur  à  rUniversité  de  Varsovie,  avantageusement 
connu  en  Allemagne  par  son  ouvrage  de  vita  et  constilnlionibus 
Trujiini  Decii ,  imprimé'  à  Gottingen  en  1818,  s'est  adonné  à 
l'étude  des  lois  romaines,  et  poursuit  avec  succès  cette  canière, 
jusqu'à  présent  j)eu  suivie  en  Pologne.  Da  commencé  })ar  donner 
des  dis.sertations  séparées,  où  il  fait  la  comparaison  des  lois  de 
Sioloo  avec  celles  des  Décemvirs ,  et  de  la  dillerenct-  qui  existe 
entre  ce3  lois^  il  conclut  que  les  lois  des  Décemvirs  n'étaient  pas 
tiiées  des  lois  solonieunes.  Il  a  de  plus  commencé  à  publier  un 
ouvrage  renfermant  l'histoire  du  Droit  romain.  L  auteur,  ennemi 
d%  la  méthode  conjecturale ,  veut  qu'on  étudie  la  législation  d'à- 


i8o  EUROPE. 

prôs  les  lois  positive*  et  mises  en  j  ratique.  Digne  ëmide  de  l'ëcol* 
allemande,  après  avoir  tiaite  des  écrits  et  des  moniimens  relatif} 
au  Drc't  roniiin  ,  il  s"attd( hc  succissivemrnt  aux  j^ëi iodes  indi- 
quées par  HtJ^on  dans  riii*t(.>irf  que  celui-ci  en  a  donnée.  L'ou- 
vrage de  M.  ^^aci»■jo^^  ski  peut  iHre  regardé  conuni-  un  complément 
à  Y  Histoire  du  Droit  mmmn  de  Bachiut ,  et  à  d'autres  ouvrages 
semblables,  publiés  en  Allemagne.  Entre  autres  choses  remar- 
quables. I\î  .M.iciejowski  soutiont  que  les  plébéiens  pouvaient  de- 
venir jiatiicicns;  que  la  loi  n-^'iV/  appartient  aux  tems  de  Vespa- 
sien  ,  que  Vcdicluu  n  jierpeUium  n'est  autre  chose  que  la  rédaction 
du  Droit  en  im  meilleur  ordre ,  pour  faciliter  1  étude  des  lois  ; 
qu'il  n  y  pas  de  dillénnce  entrerai  ilaliœ  et  jus  Unlicum,  etc. ,  etc. , 
et  Riebhur,  Ilugo,  Savigny,  Gibbon,  sont  les  guides  de Tauteur, 
dont  pourtant  il  conteste  quelquefois  les  opinions.  M.  IMaciejowski 
rend  justice  à  la  nation  française,  en  avouant  que  les  travaux  des 
jurisconsultes  français  surpassent  ceux  dt-  tous  les  aufie^.  Entin  il 
raconte  les  discussions  qui  ont  eu  lieu  entre  quelques-uns  de  ses 
savans  compatriotes,  relativement  à  linlluence  du  Droit  romain 
sur  la  PoJoj^ne.  Tous  les  ouvrages  de  M.  Maciejovrski  sont  écrit» 
en  latin. 

— Economie  politique.  — M.  le  comteFrédénc  Skarbek,  collègue 
de  M.  I*Iariejo\vski,  a  dcbuU- dimsle  monde  littéraire,  en  1816,  par 
la  traduction  polonaise  d'Anaciéon.  Il  a  publié  vers  la  m^mtt 
époque,  une  tiaduction  de  Y Ksaai  politique  sur  le  retenu  public, 
par  M.  Ganilh  j  pub  en  1820,  le  premier  volume  de  son  traité  de 
V Economie  nationale ,  où  il  trace  les  règles  élémentaires  de  l'éco- 
nomie politique,  et  traite  successivement  des  institutions  jiubli- 
ques,  et  de  la  théorie  de  l'économie  politique,  l^ans  les  volumes 
suivans,  il  doit  s'occuper  de  la  science  de  l'administration,  ou 
de  l'application  de  l'économie  politique  aux  besoins  delà  nation, 
de  la  police  et  des  iinances.  Ad.im  Smith,  G.  B.  Say ,  et 
J.  K.  Krans,  quia  exposé  la  théorie  de  Smith,  sont  les  guides 
de  notre  auteur,  mais  spécialement  M.  Say.  L'auteur  a  placé  en 
tête  de  son  ouvrage  la  dissertation  cju'il  a  lue  en  ouvrant  le  cours 
d'économie  politique  ,  qu'il  fait  à  l'Université  de  V  arsovie. 

SUÈDE. 
Stock HrjLM.  —  Eclairage  yar  le  gaz  hydrogène  ci'rLoné.  —  L» 


EUROPE.  i8« 

4  septembre  dernier  un  brasseur  de  cette  ville  a  fait  Fessai  de 
Te'clairage  par  le  gaz,  qu'il  a  adopte'  pour  son  établissement. 

Laponie.  —  Instruction  publique.  —  Le  gouvernement  vient 
d'établir  des  e'coles  en  Laponie.  Comme  ces  peuples  sont  pour  la 
plupart  nomades ,  les  e'coles  seront  ambulantes. 

—  Décoauerte  de  plusieurs  îles.  —  Le  major  sue'dois  Graaner, 
qui  s'était  embarque'  pour  le  Chili ,  a  découvert ,  dans  la  mer  du 
Sud,  un  groupe  d'îles  dont  aucun  voyageur  n'avait  encore  parlé. 
La  plus  grande  de  ces  îles  a  reçu  le  nom  d'Oscar. 

DANEMARCK. 

Copenhague.  —  action  de  la  pile  voltaïque  sur  F  aiguille  aiman- 
tée.— M.  OErsted,  secrétaire  de  l'Académie  des  sciences  de  cette 
ville  ,  a  de'couvert  un  phe'nomène  qui  occupe  tous  les  physiciens. 
Il  a  fait ,  d'abord  seul,  puis  ensuite  en  présence  de  plusieurs  sa- 
vans  distingués,  MM.  Esmarck,  Vlcngel,  Hauch,  Reinhardt, 
Jacobsen  et  Zeize,  une  série  d'expériences  dont  voici  les  princi- 
paux résultats  :  i°.  Qu'un  fil  métallique,  en  communication  avec 
les  deuK  pôles  d'une  pile  voltaïque  ,  agit  sur  l'aiguille  aimantée  j 
2°  que  la  nature  de  cette  action  dépend,  sinon  de  la  position  de 
la  pile,  du  moins  de  la  direction,  dans  laquelle  les  fluides  positif 
et  négatif  se  meuvent  dans  le  fil  conducteur,  relativement  aux 
pôles  de  l'aiguille  j  3°  que  si  le  fil  conducteur  est  placé  au-des»- 
sous  de  l'aiguille,  il  produira  une  déviation  en  sens  inverse  de 
celle  qu'il  occasionnait,  quand  il  était  dessus.  —  M.  OErsted  est 
parvenu  à  faire  décliner  l'aiguille  de  45  deg.  Cette  déclinaison 
varie  suivant  que  l'appareil  est  plus  ou  moins  puissant;  l'espèce 
de  métal  qu'on  emploie  ne  change  pas  l'effet  ;  mais ,  elle  influe 
peut-être  sur  son  étendue.  Une  circonstance,  digne  de  remarque, 
c'est  que  l'action  du  fil  métallique  s'exerce  avec  la  même  force 
au  travers  du  bois  ,  du  verre  ,  des  métaux  ,  de  l'eau  ,  de  la  résine, 
des  vases  de  terre  cuite  et  des  matières  pierreuses.  M.  OErsted  a 
consigné  toutes  ses  expériences  dans  un  Mémoire  écrit  en  latin  , 
et  dont  on  trouve  une  traduction  dans  les  Annales  de  physique  et 
de  chimie,  par  MM.  Gay-Lussac  et  Arago,  T.  XIV,  pag.  4'7i 
cahier  d'août  1820.  (Voy.  les  articles  Suisse  et  Paris.) 


lib  FX'ROPK. 

ALLEMAGNE. 

Hallf. — finaii^rc  de  bois. — ^1.  Sfofzo,  apofhicairi*  dans  rette 
ville,  a  trouve'  une  manit  re  dtr  purifier  le  viiiai{;rc  de  l)ois,  en  le 
dislilhint,  aprc^s  y  avoir  in(*le' de  l'acide  siilfiiriquc,  de  Toxide  de 
manganèse  et  du  sel  commun.  La  Société  royale  de  Gottingeri  lui 
a  dëcemë  un  prix  pour  la  découverte  de  ce  procédé.  M.  Stotze  a 
aussi  vérifié  la  méthode  proposée  par  le  professeur  IMeinike, 
en  i8i4,  pour  conserver  de  la  viande  au  moyen  du  vinaigre  de 
bois,  il  a  reconnti  qu'en  frottant  à  plusieurs  reprises  un  cadavre 
avec  cet  acide ,  on  parvient  à  le  convertir  en  momie. 

HAMBorBG.  —  FUihlissemens  de  bienfaisance.  —  Le  magistrat 
et  la  bourgeoisie  d<>  la  ville  de  Hambourg  se  sont  '■otisés  pour  una 
somme  de  800,000  tlialers  ronrant  (environ  3, 100,000  fr;mc«  )  , 
destinée  à  la  construction  d'un  nouvel  hôpital  poiir  les  pauvres 
malades.  De  tout  lems  les  hal>itans  de  HamV)otirg  se  sont  distingués 
par  das  preuves  de  charité  vraiment  touchantes  ;  et  dans  cette 
dernière  occasion ,  ils  ont  montré  tant  d'empressement,  que  le 
noble  exemple  de  leur»  sentimens  généreux  et  hienfaisans  mérite 
d'être  cit»-.  Chez  eux,  on  ne  trouve  guère  de  pauvres  sans  pain; 
sans  vêtemens  et  sans  feu  ,  ni  de  malades  sans  secours  :  la  mendi- 
cité est  inconnue  dans  la  ville  et  tout  homme  en  état  de  travailler, 
y  trouve  de  quoi  s'occuper.  Mais  peut-^tre  rien  n'y  est  plus  ji.ir- 
fait  que  l'organisation  de  la  maison  des  orphelins,  où  plus  de 
800  enfans  des  deux  sexes  sont  élevés  et  instruits  avec  tant  de 
soin,  que  la  meilleure  recommandation  qu'ils  puissent  avoir  pour 
trouver  desplaces  en  sortant  de  cette  institution, c'est  d'y  avoir  c\é 
élevés.  La  plupart  dutems,  les  place  qu'ils  doivent  occuper,  sont 
arrêtées  d'avance,  soit  dans  le  bureau  d'un  négociant,  on  dans 
l'atelier  d'un  artisan,  ou  comme  domestique  cher  une  famille 
respectable  ;  chacun  entre  dans  sa  nouvelle  carrière  avec  un  trous- 
seau assez  complet  et  une  petite  somme,  fruit  des  épargnes  que 
les  administrateurs  ont  faites  pour  lui.  (>eux-ci  sont  pris  dans  la 
première  classe  des  babitans,  et  n'ont,  pour  récompense  de  leurs 
services  ,  que  la  reconnaissance  des  orphelins  et  l'estime  rie  leur» 
ronciloycns  ^'t  ttc  institution  bienfaisante  <lale  déjà  de  l'an  i.'if)^; 
mai'^,  h  maison  menaçant  ruine  après  environ  «leux  siècles d'i-xis 
tence.  un  nouvel  «Vlilice  plus  vaste  et  plus  comn)ode  fut  construit 


EUROPE.  i8{ 

èà  t^SS.  Depuis  ce  tems,  les  Hambourgedis  ont  redoublé  de  soins 
pour  perfectionner  de  plus  en  plus  un  si  bel  établissement,  qui 
peut,  aujourd'hui,  servir  de  modèle. 

Mdnich.  — Instruction  publique.  —  Le  journal  allemand  inti- 
tule Mnrgenblatt ,  donne  l'aperçu  suivant  de  l'ëtat  actuel  des 
écoles  publiques  de  Munich.  Le  collège  et  le  lyce'e,  tous  les  deux 
consarrés  à  l'instruction  classique  ,  comptaient ,  au  commence- 
ment de  la  présente  année,  environ  mille  élèves.  Les  écoles  élé- 
mentaires et  populaires  étaient  fréquentées  par  .'>,20o  enfans.  Les 
écoles  gratuites  du  dimanche  et  des  jours  de  fête,  établies  depuis 
vingt-cinq  ans,  pour  les  ser\ante8  et  autres  jeunes  filles  qui  n'ont 
ni  reçu  d'instruction  élémentaire,  ni  appris  à  travailler  à  l'ai- 
guille ,  ces  écoles  d'une  utilité  morale  si  grande,  avaient  au-delà 
de  mille  élèves.  Les  écoles  gratuites  du  même  genre,  fondées  de- 
puis vingt  ans  pour  les  jeunes  gens  (|ui  y  apprennent  non-seule- 
rjent  à  lire,  à  écrire  et  à  calculer,  mais  aussi  les  élémens  du 
dessin  et  de  mécanique  pratique,  étaient  fréquentées  par  i38o 
apprentis  et  35o  compagnons  de  toutes  les  professions.  D'après 
cet  aperçu,  il  ne  reste  guère  d'individus  à  Mun'ch  qui  n'aient  reçu 
ou  ne  reçoivent  de  l'instruction,  puisque  sur  une  population  d'en- 
viron 40,000  individus,  près  de  9000  suivent  les  écoles  publiques. 

PuBUCATlOISS  NOUVELLES  ET  PROCHAINES.  —  LeIPSICK.. Lcdocteur 

Robbi,  vient  de  publier  une  traduction  de  l'ouvrage  de  M.  Curtis, 
sur  la  physiologie  et  les  maladies  dé  l'oreille.  Ce  sujet  n'avait  pas 
encore  été  traité  psr  la  faculté  allemande;  et  le  traducteur  a  en- 
riclii  l'original  de  plusieurs  notes  importantes,  où  il  recommande 
fortement  à  ses  compatriotes  de  fonder  une  institution  sur  le 
modèle  du  Dispensaire  rnyal  de  Londres,  destiné  spécialement  à 
»  la  cure  des  maladies  de  l'ouie. 

Fkancfort-sor-le-Mein. — Anthropologie. — Il  vient  de  paraître 
dans  la  liV)rairie  de  Hermann  ,  un  petit  ouvrage  très  recomman- 
dable  à  cause  de  l'esprit  véritablement  philosophique  qui  a  con- 
duit la  plume  de  son  jeune  auteur,  M.  le  docteur  A.  Clemens. 
Cet  ouvrage,  intitulé:  Fragmens  anMiropologiqiiPS  fylnthropoln- 
gische  Fragrnene),  contient  des  considérations  générales  surl'in- 
Uuence  du  climat  et  les  caractéi-es  qui  distinguent  les  hahitansdes 
p.iy,;  montagneux. 

Ou^'rage  contre  le  duel. — M.  Hahrieber  ayant  adressé  à  S.  M.  le 


i84  EUROPE. 

roi  de  Prusse  un  ouvrage  contre  le  duel,  S.  M.  s'est  empressée 
de  rendre  justice  aux  sentimcns  développés  par  l'auteur.  Le  roi 
déclare,  dans  sa  Icllre  à  M.  Hahrieber,  qu'il  ne  peut  approuver 
le  duel  sous  aucun  prétexte,  le  regardant  comme  l'effet  d'une 
passion  blâmable  et  comme  une  action  contraire  aux  lois. 

Heidelberg.  —  Le  libraire  Engelmann  ,  à  Heidelberg  ,  an- 
nonce une  tradnclion  allemande  de  la  Rioirraphic  universelle  des 
contemporains,  par  INl.M.  Araault,  Jay ,  Jouy,  Korvins,  etc.  Le 
premier  volume  est  promis  pour  cet  hiver  ,  et  les  autres  suivront 
à  mesure  que  l'original  paraîtra  ù  Paris.  L'éditeur  rend  à  son 
pays  un  service  d'autant  plus  grand,  qu'on  y  a  publié  dans  ces 
derniers  tems  des  ouvrages  du  même  genre  ,  qui  ont  répété  les 
calomnies  dont  quelcjues  biographes,  ou  plutôt  quelques  libel- 
listes  indignes  d'être  Français,  ont  chargé  la  vie  dun  grand 
nombre  de  leurs  compatriotes. 

Bonn.  —  Ouvrage  périodique.  —  M.  A.  G.  Schlegel  ,  célèbre 
littérateur,  et  professeur  à  l'Université  de  cette  ville,  vient  de 
publier  sous  le  titre  de  Bibliothèque  indienne  {Indische  Biblio- 
tek) ,  un  ouvrage  périodique  uniquement  consacré  à  recueillir  les 
trésors  philologiques  et  philosophiques  de  lanliquité  indienne,  qui 
jusqu'à  présent  n'était  connu  que  par  des  fragmens  épars.  Quatre 
cahiers  de  ce  recueil  paraîtront  dans  le  courant  d'une  année , 
à  des  époques  indéterminées.  Le  premier  cahier  a  tltjà  paru,  et 
il  contient  :  i°.  Un  aperçu  assez  étendu  de  l'état  actuel  de  la  phi- 
lologie indienne.  20.  Des  poésies  indiennes ,  qui  sont  précédées 
de  trois  petits  traités  :  le  premier,  sur  le  rhythme  épique  des 
Indiens;  le  deuxième,  sur  rhexamètre  allemand;  et  le  dernier, 
sur  l'orthiigraphc  et  la  ^ironouciation  des  noms  indiens.  Vient 
ensuite  l'imitation  en  quatre  cent  vingt-cinq  hexamètres  alle- 
mands d'un  poëme  intitulé  :  La  Descente  de  la  déesse  Ganga. 
Ce  poème  ,  en  deux  chants ,  est  suivi  de  notes  explicatives  sur 
l'histoire  et  la  mythologie  des  Hindous  3o.  Critique  de  Nalus , 
Carmen  snnscrituin  e  f\Iahabharato,  cJid.  Fr.  Bnpp.  — Le  prix  de 
chaque  cahier,  dont  (|uatre  forment  un  volume  in-80  ,  est  de  3  fr. 
/jo  cent.  A  Bonn ,  librairie  de  Weber.  Henricus. 

SUISSE. 
GeiiivE.  —  Action  de  la  pile  voltaique  sur  F  aiguille  aimante  < . 


EUROPE.  i85 

M.  le  professeur  de  La  Rive,  qui  a  luî-même  fait  des  de'cou- 
vertes  très  importantes  avec  les  puissantes  piles  voitaïques  qu'il 
possède,  a  vérifie,  en  présence  de  MM.  Arago,  Pre'vost,  Pictet, 
de  Saussure ,  Marcet ,  de  CandoUe ,  etc. ,  les  belles  expe'riences 
par  lesquelles  M.  OErsted  a  constaté  raclion  de  la  pile  voltaique 
sur  Taiguille  aimantée.  Il  a  reconnu,  avec  les  célèbres  physiciens 
qu'il  avait  appelés  comme  témoins ,  toute  l'exactitude  des  résul- 
tats principaux  donnés  par  le  savant  danois.  (  Voyez  articles  Da- 
nemarck  et  Paris  ).  M.  de  La  Rive  a  fait  les  expériences  tantôt  en 
tenant  Taiguille  seule  sous  le  récipient  d'une  machine  pneumati- 
que ,  tantôt  en  y  plaçant  à  la  fois  l'aiguille  et  le  conducteur  de  la 
pile  :  les  résultats  ont  toujours  été  les  mêmes. 

— •  Histoire  naturelle.  —  La  réunion  des  amateurs  d'histoire 
naturelle ,  qui  a  eu  lieu  dernièrement ,  a  été  aussi  nombreuse  que 
brillante.  On  y  remarquait  MM.  Escher,  de  Candolle ,  le  général 
Laharpe,  Wyttenbach,  Trechsel,  etc.  C'est  à  Bâle  qu'aura  lieu 
la  réunion  prochaine. 

Canton  de  Vaud.  —  Lausanne.  —  Histoire  naturelle.  — La 
Société  d'amateurs  d'histoire  naturelle  et  des  sciences  physiques 
continue  ses  travaux ,  et  les  collections  s'accroissent.  M.  le  géné- 
ral de  Laharpe  vient  d'offrir  au  Conseil-d'Etat  de  ce  canton  ,  les 
cinq  caisses  de  minéraux  de  Russie  et  de  Sibérie,  qu'il  a  reçues 
de  l'empereur  de  Russie. 

—  Législation.  —  Notre  constitution  permet  au  Conseil-d'Etat 
de  gouverner  provisoirement  avec  les  vieilles  ordonnances  ,  jus- 
qu'à ce  qu'on  les  ait  remplacées.  — Le  coc/ecit'iV  est  enfin  imprimé, 
et  l'on  va  s'occuper  de  la  procédure  ciuile ,  après  quoi  on  révisera 
le  code  pénal  et  la  procédure  criminelle.  —  Le  programme  relatif 
à  la  question  au  jury  a  produit  quatre  Mémoires,  dont  deux  vont 
être  imprimés.  — .Ce  sera  seulementaprès  avoir  terminé  ces  divers 
travaux,  que  notre  nouvel  ordre  de  choses  pourra  être  considéré 
cooCime  stable.  11  faudra  ensuite  s'occuper  sérieusement  des 
moyens  de  mettre  en  rapport  avec  les  nouveaux  principes  notre 
système  d'instruction  publique ,  en  lui  donnant  une  direction  qui 
forme  des  citoyens  et  crée  un  meilleur  esprit  public. 

Le  Cercle  littéraire  se  soutient ,  quoiqu'on  n'y  joue  pas  :  on  y 
lit  un  grand  nombre  de  gazettes,  et  il  est  très  suivi. 


!86  FXiROPK. 

ITALIE. 

Kaples.  —  Procédé  pour  restaurer  les  médailles  antiques.  — 
Dans  Tune  «les  demiùres  séances  de  V Institut  royil  de  A'aples,  le 
professeur  rrancoisLaticellolti  a  exposé,  dans  un  savant  Mémoire, 
un  proréJé  pour  enlever  la  ruuille  <)ui  souvent  enveloppe  et  obs- 
curcit les  mé.Jailles  antiques  d'argent.  11  a  exécuté  ses  essais  aver 
beauronp  »lc  succès,  en  mettant  daliord  la  médaille  dans  l'acide 
hydro-chlorique;  puisdansl'ammoniaque  liquide  et  en  la  frottant, 
quelque  tenis  après,  avec  une  toile  jusqu'à  ce  qu'elle  fût  entière- 
ment nettojée.  Les  antiquaires  doivent  savoir  gré  à  l'auteur  d'une 
découverte  qui  leur  rend  l'usage  d'un  grand  nombre  de  médailles 
devenues  tout-à-fait  inutiles  par  la  rouille  qui  en  couvrait  les  ins- 
criptions. 

Journaux  litte'raires,  scientifiques  et  politiques.  — Plusieurs  nou- 
veaux journaux  viennent  de  paraître  ou  d'être  annoncés  en  Italie. 
Leur  nature  et  leur  but  sont  une  preuve  de  la  direction  ou  du  degré 
d'activité  que  l'esprit  humain  semble  développer  île  jilus  en  plus 
dans  CCS  belles  contrées.  Il  est  donc  nécessaire  d'en  donner  quel- 
que idée  dans  ce  recueil. 

Florence. — Dès  180^,  on  publiait  ici  une  Collection  périodique 
d'opuscules  scientifiques  et  littéraires  et  d'extraits  d'ourrat^es  inte- 
ressans  Portée  au  nombre  de  11  petits  volumes ,  elle  avait  été 
suspendue  en  1818.  On  vient  de  la  reprendre,  sous  le  titre  de 
A'ouvelle  collection  d'opuscules  et  de  notices  sur  les  sciences ,  les 
letlivs  et  les  arts ,  dont  il  a  déjà  paru  deux  livraisons  bien  impri- 
mées avec  des  planches.  Elle  contiendra  <lcs  productions  iné«lite.<. 
des  écrivains  classiques  italiens,  et  mêuic  des  auteurs  vivans;  tles 
extraits  philosophiques  et  critiques  j  tles  notices  bibliograpiii- 
ques,  des  prospectus  ,  des  mélanges  et  des  variét<'s  ,  et  tout  ce 
qui  a  rapport  aux  beaux-arts.  A  en  juger  par  ce  qui  a  paru  jus- 
qu'à présent,  ce  journal  semble  destiné  principalement  A  la  lit 
térature  et  aux  antiquités. 

L'n  autre  journal  sous  le  titre  iVÂntliolof^ie ,  ou  Choix  d'opus- 
cules de  tout  '^enif  de  littérature ,  traduits  en  italien,  vient  d  être 
annoncé.  Son  objet  est  de  rt-pandre  en  Italie  tout  ce  que  conlieji 
nent  de  plus  intéressant  lesjournaux  les  j>lusaccréditésdel'ranoe, 
d'Angleterre  ,  d'Allemagne,  etc.  Le  choix  est  fait  par  une  société 


EUROPE.  187 

fThommes  de  lettres  qui  ont  le  goût  et  le  jugement  nécessaires 
pour  clotmer  un  grand  intérêt  à  cette  entreprise.  Elle  pourra, 
sans  doute,  exciter  de  plus  en  plus  une  noble  e'mulation  et  une 
réciprocité'  de  cousmunication  entre  les  nations  les  plus  éclairées. 
Ce  journal  renfermera  aussi  les  notices  scientifiques,  littéraii-es  et 
bibliographiques  les  plus  importantes. 

Gènes.  —  Les  Annales  géographiques  des  f^oycges  ,  publie'Cs 
par  Salvatore  Bertolotto ,  contiendront  l'analyse  des  meilleurs 
ouvrages  de  géographie  ,  de  statistique  et  de  voyages  ,  avec  des 
cartes  géographiques  et  d'autres  planches  qui  y  seront  relatives. 
Cet  ouvrage  périodique  est  divisé  en  trois  parties  :  la  première 
comprend  des  relations  et  des  mémoires;  la  seconde,  des  extraits 
et  des  analyses  ;  la  troisième  ,  des  mélanges. 

Naples.  —  On  a  annoncé  un  journal  sous  le  titre  assez  singu- 
lier de  la  Chimie  des  anciens  ressuscitée  ,  appliquée  aux  trois 
règnes  de  la  nature,  et  opposée  à  la  chimie  des  modernes.  Les 
rédacteurs  nous  promettent  que  l'ouvrage  sera  non-seulement 
agréable  ,  mais  encore  utile  à  tout  le  monde  ,  surtout  aux  méde- 
cins ,  pharmaciens  ,  minéralogistes  ,  antiquaires  ,  poètes ,  et  aux 
amateurs  de  la  mythologie  égyptienne  et  grecque.  Ils  semblent  se 
charger  d'expliquer  le  jargon  mystérieux  des  anciens  chimistes, 
qu'on  regarde  comme  inintelligibles  jusqu'à  i)résent,  et  de  donner 
le  véritable  sens  de  leurs  allégories,  métaphores, énigmes. fables, 
etc.  On  verra  quel  sera  le  succès  dç  ce  genre  de  recherches,  qui, 
à  dire  vrai,  n'a  jusqu'à  présent  produit  aucun  avantage.  11  pa- 
raîtra par  mois  une  livraison  de  64  pages  avec  deux  planches;  le 
prix  est  de  i5  francs  par  semestre. 

Les  ouvrages  périodiques  qui  dans  ce  moment  se  font  remar- 
quer dans  le  royaume  de  Naples  ,  sont  les  journaux  politiques. 
Ceux  même  qui  existaient  déjà  ,  ont  pris  la  même  direction.  Dans 
le  nombre  extraordinaire  de  ces  écrits  ,  on  remarque  i'' Impartial , 
la  f^olx  du  Siècle ,  VAnù  de  la  Constitution ,  \e  Journal  Encyclo- 
pédique ,  la  Minerue  napoUlaine ,  la  Bibliothèque  constitutionnelle, 
etc. ,  etc.  Tous  ne  sont  pas  écrits  avec  le  même  intérêt,  mais  la 
plupart  se  font  distinguer  par  leurs  idées  et  par  leur  bon  esprit. 
On  y  remarque  des  opuscules  très  imporfans  ;  entre  autres ,  une 
circulaire  du  miniatre  des  affaires  ecclésiastiques  ^  M.  le  comte  de 

Ricciardi ,  remarquable  j>ar  ses  prinrij)es  et  par  sa  précision  ;  des 


/ 


i88  EUROPE. 

Obseivdtions  sur  la  réiofution  Je  Naples ,  etc.  ,  qu'il  importe  cs- 
sentiolleraent  ilc  se  procurer  pour  bien  connaître  efpour  bii-n  ju- 
ger cet  événement  politique.  On  y  rencontre  çà  et  là  des  pièces 
fort  curieuses  pour  l'histoire  du  tems  ,  telles  que  la  relation  du 
gênerai  Colletta ,  et  une  lettre  du  général  F.    Pif;natelli  Slron- 
goli ,  etc.  Si  Ion  en  croit  ces  personnages,  dont   Tautorite    e.st 
très  reconimnndable  ,  la  rëvoltilion  de  INapIcs  ,  loin  d'être  mi- 
litaire, est  véritablement  nationale;  elle  paraît  devenue,  en  peu 
de  jours  ,  l'ouvrage  du  peuple  ,  des  grands .  des  soldats  et  de  leur 
roi  qui  est  plus  que  jamais  chéri  et   respecté.   Une  disposition 
aussi  ge'nérale  suppose  des  causes  également  générales  ;  ce  que 
prouve,  par  les  faits  eux-mêmes,  l'auteur  des  Ohsenations  sur 
la  réfotuliort  de  Nuples.  On  y  trouve  placées  toutes  les  vicissi- 
tudes du  royaume  de  Naples  qui  avdient  précédé  et  suivi  l'épo- 
que funeste  de  1799  ,  et   les  conséquences  ultérieures  qui  se  sont 
développées  après  1808  et  jusqu'en  1820.  11  semble  que  le  l'esom, 
le  désir  de  l'indépendance    et  d'une   constitution   convenable  à 
l'état  de  la  nation,  se  soient  manifestés  sans  cesse,  et  sous  la  domi- 
nation des  Français ,  et   après   la  restauration  de  l'ancienne  dy- 
nastie. Cet  événement  ne  serait  donc   pas  un  eflet  sans  cause;  il 
aurait  été  ,  au  contraire  ,  préparé  et  amené  par  des  circonstances 
très  remarquables.   Il  semble  aussi  ijuc  les  besoins  des  Napoli- 
tains sont  réellement   en  tiarmonietavec  leurs  lumières,    fsi  l'on 
peut  s'en  rapporter  à  ce  qu'on   dit  généralement  de  leur  modé- 
ration et  de  leur  s:igessc  ,   dans   tm    moment   où    des  passions 
aveugles     et  dangereuses   ont    trop  souvent    la    prépondérance. 
Mais  ,   en  nous  bornant  à  ce  que  nous  impose  la  nature  et  le  plan 
de  notre  rerueil ,  nous    ne    ])Ouvons    nous  dispenser  «l'observer 
qu'en  général  les   rédacteurs  de  ces  feuilles   périodiques  prou- 
vent que  les  Napolitains  sont  très  vtrsésdans  les  sciences  morales 
et  i)oliliques.  «  Naguère, dit-on  quelf|ue  part,  un  journaliste  it.ilien, 
ou  plutôt  étranger,  nous  insultait,  en  nous  dépeignant  comme  des 
hommes  adonnés  à  la  jiaressi-;  «t  il  débitait  que,  t.indi- «ju'on  pu- 
bliait ailleurs   beaucoup  d'ouvrages,  nous  ne  savions  pas  même 
ce  que  c'estque  de  faire  un  livre.  Napolitams,  poursuit  le  jcurnal, 
répondez  à  cet  Italien,  qui  se  complaît  à  se  moutr<'r  étranger,  que 
pendant  ({u'ailleurs  on  s'occupait  seulement  de  querelles  gramma- 
ticales, souveut   ridicules  et  rarement  utiles,  qui  n'ont  produit 


EUROPE.  189 

que  le  livre  3e  Monti,  on  achevait  à  Naples  le  grand 'ouvrage  de 
l'indépendance  et  de  la  constitution,  w  INous  faisons  ici  cette  re- 
marque pour  de'sabuser  les  e'trangers  qui  croiraient  que  les  Ita- 
liens ne  sauraient  s'élever  au-delà  des  études  de  la  grammaire  po- 
sitive et  du  vocabulaire;  nous  avons  lieu  d'espérer  qu'ils  n'ou- 
blieront pas  la  gloire  de  leurs  ancêtres  ,  et  qu'ils  la  soutiendront 
par  de  nouvelles  productious  d'un  tout  autre  intérêt. 

Lettres  inédiles  du  Tasse.  — On  annonce,  dans  la  Bibliothèque 
italienne ,  qu'un  recueil  de  plus  de  aSo  lettres  inédites  du  Tasse 
se  trouve  dans  les  mains  de  M.  Gio  Bernardoni.  Il  appartenait 
auparavant  à  l'abbé  Serassi,  qui  tâcha  de  recueillir  en  Italie, 
tout  ce  qu'il  put  se  procurer  de  ce  grand  poète  ,  avant  de  publier 
sa  vie.  Sérassi  a  montré  de  quel  intérêt  sont  ces  documens,  et  il 
en  a  tiré  le  plus  grand  parti  pour  son  travail.  Il  serait  bien  avan- 
tageux que  l'on  publiât  cette  nouvelle  collection  des  idées  et  des 
sentimens  du  Tasse. 

Otrante.  —  Découi^erte  d'un  ancien  zodiaque.  —  M.  Brocchi, 
continuant  son  voyage  en  Italie,]  ne  néglige  aucun  monu- 
ment digne  de  fixer  l'attention  du  voyageur  philosophe.  Il  s'est 
arrêté  quelques  momens  pour  examiner  un  ancien  zodiaque  de 
l'église  cathédrale  d  Otrante,  dans  le  royaume  de  Naples.  C'est 
une  ancienne  mosaïque  placée  sur  le  pavé  de  l'église,  et  repré- 
sentant un  très  grand  arbre  dont  les  branches  sont  destinées  à 
marquer  divers  tableaux  du  vieux  et  du  nouveau  Testament.  On 
y  voit  disposés  à  quelque  distance  et  en  cercle,  les  douze  mois 
de  l'année ,  caractérisés  chacun  par  une  constellation  zodiacale  , 
et  par  les  travaux,  réservés  ordinairement  à  chaque  mois.  Ce 
monument  date  de  1 165.  Le  savant  voyageur  fait  quelques  re- 
marques sur  les  figures  de  ce  zodiaque.  Ce  qu'on  y  remarque  de 
plus  curieux,  c'est  la  distribution  inusitée  des  constellations  j  par 
exemple  :  la  constellatien  des  poissons  est  exclusivement  as- 
signée au  mois  de  mars  ,  celle  du  bélier  au  mois  d'avril ,  celle  de 
la  vierge  au  mois  de  septembre,  etc.  Celte  variation  existait 
aussi  chez  les  anciens,  ce  qui  a  donné  lieu  de  soupçonner  une  va- 
riation correspondante  dans  l'état  du  ciel.  M.  Brocchi  cherche  à  ' 
prouver  que  la  constellation  du  bélier  dutdépasser,au  cinquième 
siècle,  le  mois  de  mars  sur  la  précession  de  l'équinoxe,  et  se  pla- 
cer dans  le  mois  d'avril.  Mais  l'usage  de  celte  disposition  est  biea 


190  ELROPK. 

plus  ancienne  que  ne  l'ioJiqiicDt  le  zodiaque  d'Otrante  et  le  calca- 
drier  farncsien  fait  au  premier  sitcle  de  l'ère  vulgaire  j  c'est  ce 
que  prouve  le  zodiaque  «rKsueh,  ville  d'tgypte,  qu'on  ne  con- 
naît en  Kurope  que  depuis  quarante  ans.  La  disposition  de  ce» 
constellations  suppose  la  précession  dr  trois  xisînes,  et  par  con- 
séquent une  datcqui  précède  notre  époque  de  H^^o  ans.  Mp  Testa 
a  réfuté  cette  supposition  ilans  un  Mémoire.  Il  r.ipportc  le  mo- 
numenten  question  au  tiins  d'Auguste.  M.  Brocclii  soutient  l'opi- 
nion de  ÎMï' Testa ,  et  la  conlirme  par  plusieurs  considérations 
très  ingénieuses.  ^Voy.  Bibtioteca  ilaltana  ,  K"  LIV.  Giugno, 
i8-!o,  page  3.'J8.) 

TURQUIE. 

CossTAMiNOPLE.  —  Pn-sert'ittiJ' cnntre  la  prite.  —  Le  docteui 
Strubon  ,  à  Constantinoplc,  et  le  docteur  Lafond,  à  Salouique, 
ont  fait  plusieurs  expériences  ,  qui  tendent  à  jirouver  que  la  vac- 
cine est  un  excellent  préservatif  ccmlre  la  peste. 


Chios.  —  Iiulrucùonpubliqut!. —  I..e  grand  collège  grecdeChios 
continue  de  prospérer  maigre'  fous  les  olistacles.  On  y  enseigne 
avec  un  grand  succès  les  sciences  physiques  et  mathématiques, 
les  belles-lettres,  les  langues  grecque,  latine  et  française,  la 
philosophie  morale,  le  dessin,  etc.  On  va  y  établir  aussi  une 
cliaire  de  musique  italienne.  Le  professeur  de  dessin  ,  «|ui  est  en 
même  tems  professeur  de  langue  Irancaisir,  est  M.  Man.;ousse  , 
jeune  Français,  profondément  instruit  et  sachant  bi(  n  le  grec 
ancien  :  c'est  im  élève  de  l'Ecole  normale  de  Paris.  A  l'ouverture 
de  Stts  cours  il  a  prononcé,  devant  un  nombreux  auditoire  ,  un 
très  beau  discours,  éirit  en  grec  ancien,  sur  l'iini>orlanrc  <lu  des- 
sin et  sur  les  avantages  (|Ue  la  juuuesse  grecque  peut  lelin-r  de  la 
lecture  des  auteurs  dont  s'honore  la  Fiance.  Par  une  heureuse 
transition,  M.  Mungousse  a  fuit ,  d'une  manière  touchante,  N- 
loge  des  vertus  patriotiques  des  grands  homuies  de  l'ancienne 
Grèce.  Les  auditeurs  n'«mt  pu  retenir  leurs  larmes  lorsque  le 
professeur  s'est  écrié  avec  émotion  :  n  O  vous,  jeunes  et  sen- 
))  sililes  enfans  de  la  malheureuse  (îièce  ,.  honorez  toujours  de 
»  vos  larme»  les  tombeaux  de  vos  ancêtres  ,  tombeaux  vénérables, 


EUROPE.  ,9, 

y,  quelles  conqiiérans  barbares  ont  foules  avec  la  plus  stupide  In- 
3<  différence.  Lçs  mihies  sacre'es  des  héros  et  des  grands  hommes 
t  »  vous  exhortent  à  faire  tous  vos  efforts  pour  les  consoler.  Mais 
I  j>  je  vois  couler  vos  pleurs!  Ah!  quel  heureux  augure  pour  l'cn- 
)•  tiere  civilisation  de  la  Grèce!  Oui ,  c'est  vous,  mes  chers  amis, 
.1  qui  la  ferez  renaître  de  ses  cendres,  etc.  »  Le  nombre  des  étu- 
diaos  est  déjà  de  4/^j  plusieurs  sont  du  P«;'loponnèse,  de  Cépha- 
lonie  et  des  îles  de  l'Archipel.  Ce  qu'd  y  a  de  plus  remarquable, 
|[,  c'est  que  deux  jeunes  gens  sont  venus  exprès  du  fond  dé  l'Amé- 
rique ,  pour  étudier  la  langue  d'Homère  d^ns  la  capitale  de  Chios, 
Tune  des  sept  vil 'es  qui  se  disputent  la  gloire  d'avoir  vu  naître  le 
j)rince  des  poètes.  M.  Varvaki,  un  des  plus  riches  négocians 
grecs,  et  en  même  tems  un  des  plus  zélés  ])atriotes ,  a  doté  le 
collège  de  Chios  de  la  somme  de  trente  mille  francs,  et  d'uQ 
grand  nombre  de  livres  achetés  à  Paris.  Cet  homme  respectable 
est  natif  d'ispara,  île  située  non  loin  de  Chios,  et  dont  les  habi- 
fans  sont  tous  des  navigateurs  intrépides  et  des  commerçans 
habiles. 

On  a  établi  à  Constantiuople  une  caisse  philanthropique  pour 
les  étudians  pauvres.  Elle  est  sous  la  direction  immédiate  de  trois 
archevêques  grecs  et  de  plusieurs  négocians.  Le  patriarche  ac 
tuel  Grégorios  se  montre  toujours  l'ami  et  le  défenseur  de  l'ins- 
truction publique,  en  luttant  avec  courage  contre  l'avarice  des 
évéques  et  Je  hideux  macliiavélisme  de  la  plupart  des  Phanariofes 
(  soi-disant  Grecs,  au  service  du  grand-turc). 

ESPAGNE. 

IMadiud.  —  Une  compagnie. d'assurance  contre,  l'incendie  s'é- 
tablit dans  cette  ville,  sous  le  nom  de  Saint-t'erdinand.  On  aime 

1  à  voir  comment  les  associations  et  les  établissemens  qui  assurent 
les  propriétés  particulières  contre  les  fléaux  auxquels  elles   sont 

'  trop  exposées,  viennent  naturellement  à  la  suite  des  institutions 
■  onstitutionnelles,  qui  garantissent  les  libertés  et  les  droits 
[lublirs. 

—  Nouveau  journal.  —  11  a  paru,  dans  le  mois  d'août  dernier, 
un  nouveau  journal,  sous  le  nom  de  El  Censor,  le  Censeur,  et 
formé  de  80  pages  de  rin-8°  espagnol,  correspondant  à  l'in-ia 
français.  Ce  recueil,  dont  ou  a  déjà  publié  neuf  à  dix  cahiers ,  est 


iga  EUROPE. 

fait  sur  un  plan  analogue  à  celui  de  Pancien  Censeur  Français. 
Les  rédacteurs  remplissent  parfaitement  leur  tâclic,  et  donnent 
des  preuves  non  équivoques  d'érudition  ,  de  sagacité  et  de  bonne 
foi.  On  remarque  une  grande  justesse  dans  leurs  jugemens;  s''ils 
exercent  une  critique  scvirc  sur  les  choses,  du  moins  ils  ména- 
gent li's  personnes;  et,  quelque  sujet  qu'ils  traitent,  leur  langage 
est  toujours  pur,  leur  style  toujours  correct.  Ce  sont  les  pre- 
miers journalistes  qui  aient  ose  combattre  les  idées  exagérées,  et 
»is;naler  le  danger  des  sociétés  i>3rticuliére8  formées,  sans  autori- 
sation légale  ,  sotts  le  nom  de  Sociétés  patriotiques ,  mais  plus  gé- 
néralement sous  celui  de  clubs.  L'un  des  clubs  qui  existaient  ù 
IVIadrid  ,  lors  de  la  publication  du  premier  numéro  du  Censeur, 
y  fit  un  auto-da-fé  tie  l'exemplaire  qui  y  avait  été  lu;  (juelque» 
membres  de  ce  club  se  portèrent  à  des  excès  honteux  contre  l'im- 
primeriedu  Censeur,  tandis  que  d'autres  membres  publiaientde 
TÏrulentes  diatribes  contre  les  rédacteurs  de  cette  feuille,  à  l'oc- 
casion de  c^uelques  articles  qui  leur  uvaicnt  déplu.  Les  rédac- 
teurs (qui  ont  autant  de  force  d'ameque  d'instruction  littéraire) 
s'aperçurent  bientôt  que  ces  attaques  avaient  pour  but  de  les 
faire  renoncer  à  leur  entreprise  ;  mais ,  loin  de  céder  à  des  consi-  • 
dérations  pusillanimes,  non-seulement  ils  persévérèrent  dans  leur 
plan,  mais  encore  ils  firent  paraître  dans  leur  second  numéro, 
une  réponse  aux  diatribes  dont  ils  avaient  été  l'objet,  conçue  eo 
des  termes  à  la  fois  fermes  et  mesurés;  puis,  dans  les  numéros 
suivans  ,  ils  montrèrent  tant  de  sagesse  et  de  modération ,  que  le 
Censeur  est  déjà  en  possession  non-seulement  de  la  primauté  sur 
tous  les  journaux,  mais  encore  de  quelques  avantages  particuliers 
qui  font  honneur  aux  rédacteurs.  Les  ministres  secrétaires  d'Etat 
ont  souscrit  au  Censeur  i^our  un  grand  nombre  d'exemplaires;  ce 
qu'ils  n'avaient  fait  pour  aucun  des  aS  journaux  existans.  Le 
comte  de  Toreno,  président  des  cortès  ,  s'est  exprimé,  dans  l'as- 
semblée nationale,  iPimc  manière  très  flatteuse  pour  ces  nouveaux 
journalistes,  en  blâmant  la  conduite  du  club  brûleur,  (|ui  depuis 
a  été  fermé. 

11  est  à  remarquer  que  les  ministres  et  le  comte  ilc  Toreno  sont 
compris  dans  le  nombre  de  ceux  qui  ont  été  et  qui  sont  encore 
nommés  librraux;  mais  les  rédacteurs  du  Cens'ur  ont  été  forces 
de  se  réfugier  en  France  comme  anciens  défcnfcurs  de  la  consti-  ' 


EUROPE.  igi 

tution  es|)agnole  faite  à  Bayonne  en  1808;  constitution  qu'ils  ont 
défendue  jusqu'au  moment  où  la  nation  toute  entière,  d'accord 
avec  le  roi,  adopta  elle  de  l'an  181 2. 

Les  l'raucais  versés  dans  la  langue  espagnole,  qui  désirent  suivre 
la  marche  des  afïaires  polifiques  de  l'Espagne,  Hi-  sauraient  mieux 
faire  que  d'accorder  la  prc'fér-  nce  au  Ctnseur  sur  tous  les  autres 
journaux.  La  liberté  publique  et  individuelle  y  est  parfaitement 
soutenue  j  mais  la  démagogie,  l'esprit  de  parti  et  la  licen.'-e  y 
sont  hautement  blâmés,  sans  cependant  sortir  des  bornes  de  la 
modération. 

Les  princlpaus  rédacteurs  sont  MM.  Amarita,  Lista,  Gomez 
de  Hermosilla  ,  et  I^îignano.  Nous  ne  doutous  pas  que  leu:s  miras 
ne  passent  à  la  i)ostérité,  ce  que  ne  peuvent  guère  attendre  la 
plupart   des  rédacteurs  des  autres  journaux. 

J.   A.  Llorente. 

PORTUGAL. 

Enseignement  mutuel.  — M.  le  comte  de  Melo  ,  directeur  des 
écoles  militaires  d'enseignement  mutuel ,    sachant  tout  rinférêt 
que  la  Société  d'enseignement  mutuel  de  Paris  porte  à  la  propa- 
gation de  la  nouvelle  méthode,   non-seulement  en  France,   mais 
dans  tous  les  autres  pays,  s'est  empresse  de  lui    faire  connaître 
l'étal  des  écoles  confiées  à  sa  direction.  (>s  écol.  s  ,  dont  la  fon- 
dation date  seulement  du  mois  d'août  1817,  ont  n  eu  des  déve- 
loppemens   successifs,   qui  honorent  également  la  nation  et   le 
gouvcrnemeiyt.  11  exi^te  ,  depuis  cett"  éjioque,  dans  cliac|ue  régi- 
ment,  une    école  où  sont  admis  indistinctement  tous  les  enlaus 
appartenans  aux  classes  pauvres  ou   peu  aisées.   On  y   comptait 
déjà,  à  la  fin  de  juillet  1818,  3843  élèves,  dont  1891  soldats  ou 
fils  de  soldats,  et  jgSi  fils  de  particuliers.   11  se  trouvait,    à  lu 
même  époque,  So^  individus  dont  l'instruction  était  terminée  , 
et  qui  savaient  très  bien  lire  ,  écrire  et  calculer.  Pour  encoura- 
ger ces  écoles  et  exciter  Témidation  ,  le  gouvernement  a  promu 
à  des  grades  supérieurs  iSg  soldats,  et  des  médailles  ont  été  dis- 
tribuées aux  autres  élèves.   Le  nombre  efléctif  d'élcves,  au  mois 
d'aoïht  1818,  s'élevait  à  2598  ,  dont  i43o  soldats  et  1 168  autres 
individus..  Ces  détails  prouvent  que  l'enseignement  mutuel,  favo- 
rablement accueilli  en  Portugal  par  le  gouvernement  et  par  le  pu- 
TOME   VIII.  l3 


194  EUUOrE. 

blic,  ne  tardera  fus  a  devenir  universel,  etqu'il  surmontera birn- 
tôf ,  dans  d'autres  contrées  ,  les  obstacles  que  le  despoti^a^e  et  la 
superstition  cherchent  à  lui  opposer. 

ROYAUME    Di:S    I'A\S-BAS. 

UrRtCBT.  —  Socicte  des  ArU  et  des  Sciences  de  la  province 
dPCtiecht.  —  A  l'assemblée  génerulc  du  a3  juin,  on  a  décerne  une 
médaille  d^or  à  l'auteur  d'une  réponse  à  la  question  suivante  , 
propose'e  en  1818  : 

«  Y  a  t-il  lieu  d'cspcrer  qu'un  j  jur  la  physique  et  la  psycl.olo- 
gie  pourront  être  envisagées  comme  deux  sciences  élroilement 
lie'es  ,  dont  l'idée  commune  se  trouve  dans  la  niétHpiivsi(|ue?  — 
Dans  ce  cas,  sur  quels  fondemcns  peut-on  établir  cet  espoir? 
Dans  le  cas  contraire  ,  pourquoi  ces  deux  sciences  (  toutes  deux 
si  Importantes  pour  les  recherches  du  philosophe  ) ,  doivent-elles  ' 
rester  se'pare'es?  »  L'auteur  est  M.  C.  H.  Bachman  ,  professeur  de 
philosopliiijà  rUniversitc  d'I«'na. 

La  Société  a  propose  pour  la  seconile  fois  les  questions  sui- 
vantes : 

Première  question.  —  "Y  a-t-il  des  signes  canictérisliques  sufll- 
sans  pour  distinguer  toujours  avec  certitude  le  véritable  cancer 
des  autres  maladies  qui  lui  ressemblent?  En  cas  de  réponse  alUr- 
mati vc ,  quels  sont  ces  signes?  —  t"aut-il  toujours  considérer  cette 
maladie  comme  reflet  d'une  indisposition  du  corjts  entier,  ou 
bien  n'esl-elle  parlbis  que  locale?  —  Si  elle  doit  être  considii.  •• 
comme  une  indisposition  du  corps  entier,  les  remèdes  extérieur-, 
soit  l'amputation,  soit  le  remède  appliqué  par  les  religieuses  au 
couvent  de  Rces,  soit  les  remèdes  corrosifs  ,  et  spécialement 
rar.<:cnic,  peurcntrils  contribuera  la  guérison  do  la  maladie  ou  à 
l'allégement  de  ses  accidcns  ;  ou  bien  faut-il  les  considtfrcr  tous 
comme  nuisibles  ?  —  Lorsque  le  mal  n'a  pas  encore  les  .signes  ca- 
ractéristiques du  véritable  cancer,  mais  qu'on  a  raison  de  craindre 
qu'il  ne  le  devienne,  et  qu'on  ne  puisse  le  considérer  que  comme  un 
mal  local  ^  quels  remèdes  extérieurs  peut-on  alors  a])p1iquer  avec 
qui  Iquc  espoir  de  succès  ,  cl  quels  sont  ceux  qu'on  doit  considé- 
rer comme  nuisibles? — Une  question  à  peu  près  semblable  ayant 
c'Ii-  proposée,  en  1818,  la  Société  reçut  deux  réponses  ,  (jni  me- 
lilèrcut  exclusivement  ^oo  attcalton  j  mais,  comme  ces  réponses 


EUROPE.  195 

ae  satisfaisaient  pas  entièrement  aux  intentions  de  la  Socit-te', 
elle  a  résolu  de  la  proposer  de  nouveau  ,  et  d'en  doubler  le  prix , 
à  cause  de  son  extrême  importance.  La  Socie'te'  désire  surtout 
trouver  dans  la  réponse  relative  à  cette  question  : 

1°.  Un  développement  très  exact  des  signes  par  lesquels  on  peut 
tellement  distinguer   le  squirre  du   véritaljle  cancer,  qu'on  en 
puisse  déduire  des  conséquences  importantes  pour  le  traitement. 
2°.  Un  exposé  du  résultat  des  essais  qu'on  a  faits  dans  diflerens 
pays  ,  en  enlevant  ou  en  amputant  le  cancer.   Et  pour  bitn  faire 
cet  exposé  ,   il  faudrait  rassembler  tons  les  cas  communiqués  par 
des  hommes  célèbres  et  dignes  de  foi  j  comparer  et  analyser  avec 
dis  cernementles  circonstances  et  les  observations,  de  manière  à 
pouvoir  en  conclure  avec  certitude  s'il  y  a  eu  ou  non  des  ma- 
lades sauvés  par  les  opérations;    et,  dans  le  premier  cas,  si  le 
cancer  est  revenu,  à  quelle  époque  il  a  reparu,  et  si  l'opéraliou 
a  augmenté  ou  diminué  le  mal?  3°.  Qu'on  doit  tâcher  de  se  pro- 
curer le  remède  des  religieuses  de  Recs  ,  afin  de  découvrir  l'elfet 
qu'il  produit,  tant  sur  les  parties  saines  que  sur  les  parties  ma- 
lades;  et  surtout,  si  l'on  trouve  qu'il  est  réellement  nuisible,  de 
le  démontrer  d'après  des  bases  incontestables  ,  de  manière  qu'on 
puisse  fixer  l'attention  du  gouvernement  sur  un  charlatanisme 
qui  trouve  un  appui  extraordinaire  dans  la  superstition  du  peu- 
ple.  Qu'on  cherche  à  connaître  exactement  Teflèt  des  remèdes 
corrosifs  ,  et  qu'on  développe  surtout  avec  quel  succès  l'arsenic  a. 
été  appliqué  de  nos  jours.  4°- Enfin,  la  Société  désire  qu'on  fixe 
plus  spécialement  son  attention ,  dans  les  cas  désespérés ,  non- 
seulement  sur  les  remèdes  intérieurs  ou  extérieurs  pour  assoupir 
ou  calmer  les  soufl'rances,  mais  aussi  sur  la  manière  de  gouverner 
et  de  soigner  le  malade. 

Deuxième  question.  — Peut-on,  en  considérant  une  partie  quel- 
conque du  corps  d'un  animal  qu'on  ne  saurait  observer  vivant, 
conclure  avec  certitude  quel  usage  il  a  fait  de  cette  partie;  de 
manière  qu'on  puisse  regarder  ce  principe  des  causes  finales, 
non-seulement  comme  un  principe  utile ,  mais  comme  un  guide 
toujours  sûr  dans  l'histoire  naturelle  du  règne  animal? 

La  Société  désire  qu'on  ne  s'occupe  pas,  dans  la  réponse  à  cette 
question ,  à  faire  voir  ,  d'une  manière  développée ,  combien  les 
organes  des  animaux  sont  en  général  propres  à  remplir  le  but 


qtif  la  nature  sest  propose  ;  mais  qu'on  prouve,  et  qu'on  démontre 
jusqu^à  Tëvidchce,  si  le  principe  àa  causes  (înaivs  peut  être  ap- 
pliqué aux  organes  des  animaux^  de  sorte  que,  dans  les  cas  où  il 
est  impossii>le  d'ohseiver  lamanirrede  viyreder;iniiual ,  ou  puisse 
aflirmer  ipie  telle  doit  avoir  élf'  la  destination  des  organes  qu'on 
lui  trouve. 

Tmiiièmc  question.  —  t^uel  rapport  y  a-t-il  entre  la  j'Iiiloso- 
phie  spéculative  et  les  lualhéniatiques:*  Quelle  est  Tutilité  que 
ces  deux  sciences  peuvent  tirer  de  ce  rapport':*  Pourquoi  les  raa- 
théniatiques  sont-elles  nécessaires  pour  le  philosojfhe  ,  absti  ac- 
tion faite  de  leur  application  à  la  ]>li_ysique  ;  et  cpiels  moyens  la 
phiîo>iophie spéculative  oH'rr-t-ellepourrextcnsion  et  la  perfection 
ultérieures  des  niatliéniatiques  puiYS  ? 

Qu;estioxf.s  litti'.hap.i^-..  —  Ouatrième  quatinn.  —  (^ritiea  in- 
stituatuv  dis(|ui-<itio  de  fide  cum  Polyltii  tuni  Livii  iu  graviori- 
bus  helloriini  l'unicorum  rehus  rnarrautis. 

Cinquiciiif  question.  —  IMemoria  Ludovici  (iaspari  Valckenarii. 

Cette  question  est  proposée  pour  un  tems  indéiini.    • 

Les  nouvelles  questions  proposées  sont  celles-ci  : 

Première  question.  —  LVqihtahnie,  qui  depuis  quelques  annébs 
attaque  principalement  les  militaires,  et  qui  a  fait  beaticoup  de 
ravages,  doit-elle  être  considérée  comme  ayant  quelque  rapport 
avec  celle  dont  a  soufTert  Tarmée  française  en  Egyjitc:'  Dans  ce 
cas,  ]>ar  quelles  causes  a-t-elle  été  entn-tenuc  .■'  Dans  le  cas  con- 
traire, par  quelles  causes  a-t-elle  été  jiroduite  ,  surtout  dans  nos 
armées':"  La  projiagation  de  cette  maladie  peut-elle  faire  croire 
qu'elle  soit  contagieuse?  Quelles  j>récautions  peut-on  prendre 
pour  prévenir  cette  maladie,  et  pour  en  diminuer  l'extension  :' 
Son  traitement  exige-t-il  ipielques  modifications  ,  qui  ne  sont  pas 
nécessaires  dans  les  inAammation».  d'veux  oïdinaires,  et  ipielles 
sont  ces  modilications  ? 

Deuxième  question.  —  Depuis  long-tems  la  langue  latine  a 
cessé  d"âtre  la  si-ulc  laugue  des  savansj  ce  qui  est  ajiprouvé  pai- 
les  uns  est  désapprouvé  par  les  autres.  On  demande  ,  i"  quellii 
utilitii,  ou  quel  préjudiet!,  est-il  résulté  jusqu'ici  de  ce  qu'on  a 
t-nseigné  et  traité  les  lettres  et  les  sciences  tlaus  les  langues  mo- 
dernes? -i"  Y  a-t-il  des  brandies  de  litte'rat  iii-eet  de  sciences  j)Our 


EUROPE.  ICJ7 

lesquelles  on  doive  conserver  Tusage  de  la  langue  latine  ? 
Dans  ce  cas,  quelles  sont  ces  branches  et  quels  sont  les  fonde- 
mcns  de  cette  distinction? 

Troisième  queniion.  —  Un  tableau  historique  des  colonies  des 
Romains.  Quelle  iniluence  ont-elles  eue  sur  Tagriculture  de  TEii- 
ropi-,  et  sur  la  civilisation  de  ses  habit  ans  encore  barbares  ? 

Qutitrième  question.  —  Quelle  est  TinUuence  de  la  tempe'ra- 
ture  ,  delà  hauteur  barome'trique,  en  un  mot  des  chatigeillens 
de  latmosphère  sur  le  magnétisme  ?  Dans  quelles  circonstances 
la  force  des  aimans  artificiels  ou  naturels  est-elle  diminuée- ou 
augmentée  par  ces  changemens  ?  —  L'on  s'attend  à  une  réponse 
I  foade'e  sur  des  observations  et  des  expériences ,  et  non  sur  des 
'      spéculations  théoriques. 

Cinquième  question.  —  Quelles  mesures  a-t-on  prises  dans  les 
difle'rens  pays  de  l'Europe  i)our  surmonter  Topposition  que  ren- 
contre la  vaccine?  Quel  a  été  le  résultat  de  ces  mesures,  et 
quelles  sont  celles  qui  sont  applicables  aux  Pays-Bas? 

Qu/ESTioNEs  LiTTERARi*.  —  N°  G.  —  Vctcris  Thessaliœ  qua; 
fuit  cooditio  cum  physica  tum  civilis  ?  Quac  fuit  imprirais  tyran- 
norum  Thcssalorura  et  ratio  inter  se,  et  cum  exteris  necessitudo, 
quamque  in  universae  Gra-cite  historiara  vim  ha))nerunt? 

iV"  "j.  —  Sophistarura,  qui  Socratis  aeiate  Athenis  floruerunt , 
critica  cum  diligentia  tradantur  vita  et  res  gestre  ,  dicendi  docen- 
dique ratio,  turaplacita  etiam,  qua;  in  Veterumscriptis,  maxime 
Socraticorum ,  memorantur.  Quibus  rite  expositis,  eflîciatur  tan- 
dem, quid  de  eorum  moribus,  cloqucntia,  philosophia ,  proba- 
biliter  existirilandum  sit. 

IV°  8.  — Critica  disquisitio  de  Theramene,  Agnonis  fîlio, 
quâ  diversic  Veterum  de  ejus  moribus  rcbusque  in  republicà 
geslis  sententia;  tradantur,  explicentur,  dijudicentur. 

N°  9.  —  Quamnam  vim  Epicuri  philosophia  habuit  in  mores 
et  ipsam  adeo  Rempublicam  Romanorura. 

ISoTA.  Nous  avons  omis  six  questions  qui  nous  ont  jiaru  n'in- 
téresser que  les  Hollandais. 

Le  prix  ordinaire  est  une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  trente 
ducats.  Les  mémoires  seront  envoyés,  francs  de  port^  avant 
le  premier  octobre    1821  ,  à  7.  /''.  L-  AchroJer  ,  secrétaire  de 


198  rXiROPF.. 

la  Société   tt  professeur  à   rUniversilc   d'Utrechtj   ils  peuvent 
être    écrits   en    hollandais,  français,  allemand ,  anglais  ou   la- 
tin ,  à  rcxcpption  des  réponses  aux  questions  latines,  qui  doivent 
être  en  cette  lanj;ue.  Les  auteurs  n'écriront  jtas  leurs  mémoires 
de  leurs  propres  mains,  et  ils  n'y  mettront  pas  leurs  noms,  mais 
seulement  une  devise,  qu'ils  rëjicleront  sur  un  billet  cacheté  qui 
contiendra  leur  nom  et  leur  adresse.  Les  billets  appartenant  à  des 
repftises  non  couronnées  ne  seront  pas  ouverts,  mais  brûlés  dans 
rassemblée.  Les  me'raoires  qui  ayront  obtenu  un  prix  ,   devien- 
dront la  propriété  de  la  Société  j  elle  les  fera  imprimer  parmi 
ses  ouvrages  ,  et  personne  ne  pourra  les   publier,  en  tout  ou  en 
partie,  d'une  autre  manière  ,  sans  lavcu  des  directeurs  de  la  So- 
ciété. 

FR.\  NCE. 
Mecrthe.  —  Banc  de  pierres  propres  à  la  lithographie.  — 
M.  Mathieu,  membre  de  l'Académie  de  Nancy,  a  découvert, 
près  du  village  de  Ferrièrc ,  un  banc  de  deux  lieues  de  long,  et 
formé  de  pierres  qui  réunissent  toutes  les  qualités  nécessaires  à 
la  litlio£;raphie. 

Calvados.  —  Caex.  —  ./întiquitcs  arabes.  —  On  conserve  de- 
puis long-tems,  dans  ie  trésor  de  l'église  cathédrale  de  Bayeux, 
un  monument  arabe,  curieux  et  intéressant  j  c'est  une  cassctt« 
d'ivoire,  de  forme  oblongue,  de  3  pieds  7  pouces  de  longueur  i 
10  pouces  5  lignes  de  largeur,  et  j  pouces  8  lignes  de  hauteiu'  , 
non  Compris  les  quatre  supports  qui  forment  une  élt'vation  diin 
pouce.  Cette  cassette  renferme  une  chasuble ,  une  élole  et  un 
manipule,  tous  trois  très  anciens,  qu'on  dit  avoif  appartenu  a 
Siiinl-Jtegnoùert,  et  dont  ils  sont  considérés  comme  la  relique.  Ce 
CoflVet  est  garni,  sur  tous  les  côtés,  de  plaques  d'argent  doré,  qui 
contribuent  à  sa  solidité,  et  cpii  sont  ornées  d'arabesques  relevées 
tn  bosse,  d'un  travail  Uni.  Kn  relevant  un  écusson  à  charnière, 
on  découvre  un  disque  d'argent  dans  le  centre  duquel  se  trouve 
l'entrée  de  la  serrure,  entourée  d*uuc  inscription  en  caractères 
orientaux.  Cette  inscription  n'avait  pas  été  déchiffrée  jusqu'en 
171 }.  Alors  on  envoya  une  cojjie  des  caractères  dont  elle  est  for- 
mée à  M.  Pctis  de  la  Croix  ,  interprète  du  roi  et  professeur  de 
langue  arabe  au  collège  royal  de  France,  et  ce  savant  eu  donna  Lk 
trtiductioa  suivante  ■ 


EUROPE.  igg 

«  Aunomde  Dieu',  quelqu' honneur  que  nous  rendions  h  Diett , 
»  nous  ne  pout'ons  pas  l'honorer  autant  quil  le  mérite  :j  niais  noua 
3)  Chonorons  par  son  saint  nom  v. 

IVI.  Spencer  Smythe  (frère  deramiral  sir  Sydney  Smith),  connu 
par  plusieurs  missions  diplomatiques,  et  qui  a  long-tems  habité 
CoDstantinople,  a  examiné  de  nouveau  ce  monument  dans  une 
dissertation  lue  à  la  séance  du  i4  avril  1820,  de  l'Académie  des 
sciences  de  Caen.  Il  pense  que  la  traduction  de  cette  inscription, 
par  Petis  de  la  Croix,  est  inexacte.  Voici  celle  que  M.  Smythe 
produit  à  la  place ,  et  qui  a  été  faite  à  Vienne  par  M.  le  chevalier 
de  Hammer ,  bibliothécaire  impérial,  d'après  \e  fac  simile  do 
l'inscription  que  M.  S.  Smythe  a  envoyé  à  cet  habile  orientalite  ' 

«  Au  nom  de  Dieu  clément  et  miséricordieux  !  il  a  envoyé  sa 
»  honte  et  sa  grâce  devant  lui  (i).  » 

Par  divers  rapprochemens  faits  dans  la  même  dissertation , 
M.  Smythe  fait  remonter  l'ancienneté  de  la  cassette  aumoj'cn  âge 
de  l'islamisme,  entre  les  troisième  et  sixième  siècles  de  l'hégire ^ 
qui  répondent  aux  neuvième  et  douzième  siè<-]cs  de  notre  ère  ;  ce 
qui  lui  donne  5  à  800  ans  d'antiquité.  L'espèce  d'écriture  arabe 
avec  laquelle  l'inscription  de  Baycux  a  le  plus  d'affinité,  est  celle 
dite  harniatique,  qui  succéda  (2)  au  caractère  koujîque  ou  ciijlque. 


(i)  Il  paraît  que  cette  inscription  a  été  mal  entendue  par  fou 
M.  Petis  de  la  Croix  ;  M.  de  Hammer  en  a  mieux  saisi  le  sens,  et 
l'a  traduite  plus  fidèlement.  Mais  ,  comrae  il  nous  semble  que  ce 
savant  distingué  n'a  pas  donné  toute  son  attention  aux  deux  der- 
nières phrases  de  cette  inscription  ,  nous  allons  essayer  de  la 
transcrire  ici  en  caractères  français  ,  et  d'en  donner  la  traduction 
entière ,  mot  pour  mot  : 

Bissvi  Illah  Errahman  Errahime  ;  BeiKhou  hantelé  oua  N é~ 
jnahou  charnclé.  —  i'raduction  :  «  Au  nom  de  Dieu  cltment  et 
»  miséricordieux ,  dont  les  bénédictions  sont  complètes  ,  et  dont  les 
i>  faveurs  sont  générales  w. 

(Note  de  M.  Ellious  Boctkor,  professeur  d'arabe  vulgaire  à 
l'Ecole  spéciale  des  langues  orientales  vi\  antes.  ) 

(2)  On  peut  faire  remarquer  que  le  caractère  cuGquc  est  encore 
employé  dans  les  monumens  modernes,  selon  la  volonté  du  fon- 
dateur ou  de  l'artiste,  et  qu'il  en  a  été  de  même  dans  les  siécloi 
antérieurs.  Ce  caractère,  à  l'égard  delà  cassette  de  Bayeux,  n'ea 
prouverait  pas,  à  lui  seul,  l'ancienneté  ;  on  doit  plutôt  consulter 
la  tradition  locale  sur  l'époque  où  la  cassette  est  parvenue  à. 
13.iycux.  (INolc  duiuême.) 


aoo  FXiROPE. 

M.  Smythc  termine  sa  dissertation ,  en  adoptant  la  tradition  qni 
place  à  IVpoque  des  croisades  ,  rarrivér  de  cette  cassette  à 
Bayeiix  ,  t-t  qui  la  suppose  un  don  de  Saint -Louis. 

Isère.  —  V  ir.wF..  —  ylntiquiUs.  —  Lin  habitant  de  cotte  ville 
découvrit,  in  fai'-ant  di-s  fouillis  derrière  sa  aiais'>n ,  une  petite 
salle  basse  ,  «loat  Ks  murs  et  le  pave'^ «.talent  revêtus  des  marbres 
les  plus  rares  ^   des  pildstres  pareillement  en  marbre,  places  de 
distance  en  distance,  formaient  des  panneaux  réguliers   Le  jaune 
antique,  le  porphyre,  et  divers.es  espèces  de  brèche  dt  s  plus  belles 
variétés,  avaient  été  employées  à  la  décoration  de  cette  jolie  pièce, 
qui  a  été  f  ntièrement  détruite.  d'j)enilant ,  malgré  les  soustrac- 
tions faites  par  les  ouviirrs,  les  \  roprii  tairas  ont  <  n'-orc  conservé 
une  quantité  considérable    de  ces  précieux  débris.   Kndébia^ant 
cette  sali.-,  qui  était  encombiéc  île  terre  ,  de  cenilr  s  et  de  char- 
bon, indices  certains  d'un  inci  ndie,  on  a  trouvé  Irf  tète  et  le  tronc 
delà  statue  d'un    jeune   fanne,  malheureusement  très  mutilés, 
mais  qui ,  dans  leur  étal  de  déj,radation ,  n'en  méritent  pas  moins 
de  fixer  l«-s  regards  des  artistes  <  t  dfs  amateurs.  La  tète  surtout 
e.«t  de  la    plus  grande  beauté j  elle  est  pleine  <le  vie,  et  le  rire 
qu'elle  en  rime  est  si  naluiel,  qu'il  excite  le  même  mouvement 
dans  ceux  qui  la  considèrent.  On  ne  peut  douter  que  ce  ne  soit 
\m  faune  :  ses  oreilles,  nn  peu  pointues,  et  approchant  de  celles  du 
bouc  ,  la  saillie  des  os  du  front  qui  paraissent  être  des  rudimens 
de  cornes  ,  sont  les  signes  qni  caractérisent  évidemment  ces  êtres 
fantastiques.  On  a  éj^alemcnt  tionvc,  ddns  le  niême  local,  la  tète     | 
trunc  autre  petite  statue,  et  une  portion  du  bii'.te  qui  a  été  d('ta- 
chée.  C'est  celle  «rnn  rnlant  ciidonipi  j  liti»  branche  de  lierre  ceint 
sa  chevelure  ondoyante.   Knfin ,  celte  fouille  a  pncx)re  procuré 
plusieurs  fraj^iens  de  pieds  ,  de  bras  et  d'..  ut  r<  s  parties  du  corps 
U|)p.'irti  nant  à  des  statues  en  niaibrc,  plus  ou  moins  grandes.  Ver» 
le  milieu  du  dix-septiimc  sièi  le ,  «m  avait  déjà  trouve,  en  ff^mil- 
lant  à   peu    jires  dans  le  même  endroit  ,   une   chambre  dont   les 
murs  étaient  incrustés  de  marl.re  vrrt.  (^haricr  en  parle  dans  se* 
ylnliqintci  di:  f^ieniie,  page  .'}.J  ;   mais  il   conjectui'ait  que  c'était 
»mc  chapelle  dépendante  du  Panthéon,    parce  qu'elle  était  très 
voisine  de  léglisc  de  Saint-Sévère,  qui  avdit  été  bâtie  sur  l'em- 
plaeem  nt  qu'avait  occupé  le  temple  «-levé  à  tons  les  dieux  du 
paKanisme.    On  croit   plulèit    que    celait    le    l.irairc    (  cJiapcllc 
payi-nni      de  quelque  ririie  particulier. 


EUROPE.  261 

SOCIÉTÉS   SAVANTES   ET   d'uTIUTÉ    PUBLIQUE. 

Amiens  (  Somme  ).  —  ISAcadtimie  des  Sciences  ,  Agricidtiire, 
Cnmnierce  f  Belles-Lettres  et  y4rts  a  tmn  sa  séance  publique,  ie 
26  août  dernier.  Les  lectures  ont  eu  lieu  dans  Tordre  suivant  : 
1'*.  Discours  de  M.  Petit,  remplissant  les  fonctions  de  directeur, 
sur  rinfluence  qu^excrcent  les  savans  et  les  gens  de  lettres  sur 
l'opinion;  sur  les  principes  qui  doivent  pre'sider ,  dans  les  tems 
de  discordes  civiles  et  religieuses,  aux  travaux  du  publiciste,  de 
riiistorien ,  du  poëte ,  et  de  Torateur  sacre'  ou  profane.  —  2".  Rap- 
port de  M.  Limon.is,  secrétaire  perpétuel,  sur  ie  résultat  des 
concours  d'éloquence  et  de  poésie,  et  proclamation  des  sujets 
proposés  pour  1821.  — 3".  Pièce  de  vers  sur  l'institution  du  jury 
en  France,  par  un  associé  correspondant,  lue  par  M.  Machart. 
'—^°-  Discours  de  M.  Desprez  sur  les  ressources  qu'ofl're  le  com- 
merce des  muses,  dans  toutes  les  conditions  et  dans  toutes  les  cir- 
constances de  la  vie.  —  5°.  Elégie  sur  l'amour  maternel;  par 
M.  Hanocq.  — 6°.  Rapport  de  M.  Delamorlière  sur  le  concours  de 
poésie.  —  ^°.  Pièce  de  vers  sur  un  trait  de  bienfaisance;  par 
M.  Hanocq. 

L'Académie  propose:  i".  Pour  sujet  du  prix  de  discours  en 
prose,  qui  doit  être  donné  en  1821 ,  la  question  suivante:  «  Ex- 
poser l'état  de  l'agriculture  dans  le  département  de  la  Somme  , 
avant  la  révolution;  démontrer  si  elle  est  aujourd'hui  plus  ou 
moins  florissante  qu'à  cette  époque;  assigner  les  causes  ou  de  ses 
progrés  ou  de  sa  décadence;  indiquer  les  moyens  d'accroître  les 
uns  ou  de  remédiera  l'autre.  »  Lesauteursdcs  Mémoires  appuie- 
ront leur  opinion  sur  des  faits  positifs.  2".  Pour  sujet  du  pri^  do 
j)oésie,  Py^mnur  de  la  patrie,  en  ne  le  restreignant  pas,  comme 
l'a  fait  Gresset ,  au  lieu  delà  naissance.  Chaque  prix  sera  une  mé- 
daille d'or.  I^es  académiciens  résidens  sont  seuls  exclus  du  con- 
cours. Les  Mémoires  et  les  pièces  de  vers  seront  adressés  ,  avant 
le  i3  juillet  1821 ,  à  JH.  fAmnnns,  secrétaire  perpétuel. 

Bordeaux  (  Gironde). —  Société philonintique. —  Cette  Société 
avait  proposé  pour  sujet  d'un  prix  qui  devait  être  décerné  dans 
sa  séance  (le  ce  jour,  V Eloge  historique  du  maréchal d'Ornann, 
Deux  Mémoires  lui  ayant  élé  envoyés,  elle  n'a  reconnu  dans  In 
dernier,  que  le  travail  à  j)einc  ébnurbé  fl'un  jeun);  homra"  qui. 


aoa  EUROPE, 

sans  consullpr  ses  forrcs,  a  suivi  l'impulsion  d'un  noble  senti- 
ment. Le  prcmiiT  Mémoire  est  d'une  plume  plus  exercée;  mais  la 
Socic'te  aurai!  désire  trouver  dnn s  ce  travail  plus  de  développe- 
ment, et  des  faits  ignores  de  la  génération  actuelle,  sur  la  conduite 
philanthropiqucdu  maréchal d'Ornano  .Elle  reprctte  que  Tauteur 
ne  se  soit  pas  occupe'  de  faire  quelques  recherches  sur  Tadminis- 
tralion  de  cet  homme  de  bien ,  qui  fut ,  par  une  exception  assez 
rare,  loèlu  en  même  teras  de  la  charge  de  gouverneur  de  la  pro- 
TÎnce  et  de  celle  de  maire  de  Bordeaux.  Toutefois,  voulant  ré- 
compenser Tautcur  de  cet  elogc ,  qui  n'a  pu  mériter  le  prix ,  la 
Socie'té  a  arrête':  i®.  que  V  Eloge  historique  du  niarechol  (TOr- 
nano  serait  retiré  du  concours;  1°  qu'ufte  médaille  d'encourage- 
ment serait  donnée  à  M.  Pictry,  résidant  à  Paris,  et  auteur  du 
Mémoire  cote'  n°  i.  La  Société'  propose  de  «  Déterminer,  sur  un 
poibt  de  la  Garonne  devant  Bordeaux,  le  lieu  le  plus  convenable 
pour  t'Iablir  une  école  de  natation  et  des  bains  publics,  où  la  classe 
la  moins  aisée  de  la  société  puisse  ,  sans  beaucoup  de  frais  et  s:ins 
dangers,  se  livrer  à  un  art  souvent  utile,  et  à  un  exercice  tou- 
jours nécessaire  à  la  santé-  »  Le  prix,  qui  est  une  médaille  d'or 
de  la  valeur  de  cent  francs,  sera  décerné  dans  la  séance  publique 
du  mois  d'août  1831.  L^Sociélé,  voulant  encourager  la  propa- 
gation des  pralifjues  utiles,  relatives  à  l'agriculture  et  à  la  con- 
servation des  récoltes,  donnera,  en  1821,  îles  méJailles  d'encou- 
ragement aux  personnes  du  département  de  la  Gironde  qui,  d'a- 
près des  attestations  authentiques,  auront  introduit  quelque  pro- 
cédé avantageux  dans  la  grandit  et  petite  culture  ,  ou  qui  auront 
«tahli ,  sur  leurs  propriétés,  des  paragrêles  ou  autres  moyens  pré- 
servateurs du  tL'.iu  qui  ravage,  depuis  qu'Mques  années,  certains 
cantons  de  ce  département.  Les  pièces  envojées  au  concours 
doivent  être  adressées  au  secrétariat  du  Muséum ,  allées  de  Tour- 
ny  ,  n**  4^>  avant  le  3i  juillet  i8->i. 

Calais  {Pas-de-Calais).  —  T^a  Société  J^^igricuflure ,  du  Com- 
merce et  des  ytrts  de  celle  ville,  instituée  le  i3  février  1799,  a 
repris  ses  travaux  que  les  mallieurs  de  la  patrie  avaient  inter- 
rompus pendant  quel<[iies  années.  Elle  a  tenu,  le  18  octobre  i8if), 
sous  la  présidence  de  M.  le  souspréfet  de  Roidognc,  une  séance 
publique  qui  a  l'ié  une  sorte  d'inauguration.  Plusieurs  disrours  y 
ont  cté  proDOQcés,  et  M.  Burgaud ,  aacicn  receveur  dcj  domaine^, 


EUROPE.  2„3 

y  a  lu  une  pièce  devers,  de  sa  composition,  sur  Torigine  Ue  la 
petite  ve'role  et  de  la  vaccine,  dont  Tidoc  ingénieuse  est  em- 
pruntée de  la  fable  des  amours  de  Jupiter  et  d'io.  Parmi  les 
discours,  nous  devons  citer- celui  de  M.  Parent-Re'al  (l'un  de  nos 
collaborateurs,  dont  le  sujet  est  U Utilité  morale  des  Sociétés 
d'Agriculture.  —  Dans  son  exorde ,  l'auteur  parle  des  avantages 
ge'néraux  de  l'instruction  primaire,  et  particulièrement  de  ceux 
de  l'enseignement  mutuel,  que  repoussent  quelques  hommes  qui 
ne  le  connaissent  pas ,  ou  qui  sont  oppose's  par  système  à  tout 
moyen  de  répandie  l'instruction  promptement  et  sûrement  dans 
la  classe  laborieuse.  En  parlant  des  progrès  de  la  vaccine,  dans 
son  département,  M.  Parent-Réal  cite  les  filles  de  riches  pro- 
priétaires de  l'arrondissement  de  Gumes,  qui  se  consacrent  per- 
sonnellement à  l'inoculation  de  la  vaccine.  Plus  loin,  on  remar- 
que un  passage  ingénieusement  pensé  sur  le  travail,  et  spéciale- 
ment sur  celui  auquel  les  femmes  peuvent  se  livrer.  Dans  un 
autre  endroit,  l'auteur  rend  hommage  à  plusieurs  membres  non 
résidens  de  la  Société  ,  aussi  distingués  par  leur  patriotisme  que 
par  leurs  talens.  Nous  terminerons  cette  trop  courte  analyse,  en 
citant  un  passage  remarquable  par  les  nobles  sentimens  qu'il  ren- 
ferme ,  et  par  la  manière  dont  ils  sont  exprimés.  L'auteuf  vient  de 
parler  du  dévouement  d'Eustache  de  Saint-Pierre.  Il  poursuit  en 
ces  termes  : 

.  K  Cette  ville  (Calais)  a  un  titre  plus  moderae  de  patriotisme  ou 
plutôt  d'humanité,  que  l'histoire  aussi  célébrera.  Elle  a  accueilli 
de  nos  jours  des  naufragés,  alors  même  qu'ils  étaient  regardes' 
comme  des  ennemis  de  l'État,  car  toutes  les  phases  de  nos  révo- 
lutions ont  eu  leurs  proscrits  ,  et  malheureusement  la  proscrip- 
tion et  le  bannissement  durent  encore  après  les  révolutions.  Nous 
pouvons  saluer  ici  de  nos  acclamations  reconnaissantes,  l'un  des 
juges  qui  eurent  le  courage  d'absoudre  la  tempête,  et  le  malheur 
politique,  qui  est  aussi  un  naufrage.  Cette  belle  action  lui  fut  ins- 
pirée par  son  ame,  mais  elle  honore  aussi  tous  ses  concitoyens, 
parce  qu'il  fut  en  même  tems  Tinterprèle  de  leurs  sentimens  gé- 
néreux. Calais  continuera  d'être  la  ville  patriote  et  hospitalière. 
Elle  conliiiuf  ra  d'accueillir  les  étrangers ,  et  de  leur  faire  ,  la  pre- 
mière et  la  dernière,  les  honneurs  du  royaume;  mais  elle  espère 
que  les  malheurs  de  la  patrie  ont  cessé  pour  jamais  de  lui  imposeL' 


io/j  -  KUHOPK. 

raflliction  ilo  voir  occuper  par  eux  ses  arsenaux  ,  ses  citadelles  ; 
et  c^est  (lësonnais  aux  enfans  di;  la  France,  et  aux  Calaisieus,  qiir 
la  parde  «le  leur  vilir  sera  confiJc.  m 

Duox  {Ci'ilc-ii'(h\ —  Uylcndcmie  des  Scienrcs  et  Utiles- Lettres 
de  celle  villea  rais  au  concours,  pour  i8ao,  la  question  suivante: 
Qiie/'e  est  rin/liience  des  théâtres  secondaires  sur  les  mœurs  des 
peui>les ,  sur  la  Itlternlure  et  le  fjoUt  ? 

Mabskii.lf.  (  Jioiit'Iies-du-Rhône  ).  —  Cercle  académuiue.  —  Il 
s'est  forme  dans  cette  ville  une  nouvelle  socic'té  littéraire,  sous 
le  titre  de  Cercle  ncademi(/ue.  Elle  est  composée  ,  en  gramlc  jiar- 
tie,  de  j<;unes  auteurs  qui,  animes  par  l'enthousiasme  de  la  litté- 
rature et  des  heaux-arts  ,et  voulantcidtivertn  commun  leurs  ta- 
lens,  se  sont  réunis  en  corps ,  sous  la  présidence  «le  iM.  («range 
qui,  Tanne'e  dernière,  a  obtenu  trois  palmes  academ.ijnes,  dont 
deux  à  Marseille  et  une  à  Lyon. 

KouEir  {Seine- Inférieure).  —  yicade'mie  royale  des  Sciences  , 
Belles-Lettres  et  Arts.  —  Prix  proposés  pour  être  décernes  dans 
la  séance  pul)ii(|uc  de  i8ji. — i".  Sciences. — L'Acailémie  pioposc 
la  questiou  suivante  : 

«  l"xistt;-t-il  un  alcool  absolu,  c'est-à-dire,  tellement  pur,  qu'il 
ne  contienne  aucune  autre  substance  étrangère  à  sa  nature?  l'aiic 
connaître  ses  caractères  physiques  et  chimiques,  sa  composition 
et  le  procodé  qu'il  convient  d'employer  pour  l'olitenir.  « 

L'auteur  du  mémoire  devra  y  joindre  une  quantité  d'alcojil 
absolu  ,  suflisaute  pour  en  ])ouvoir  constater  les  propriett  s  j'hy- 
siques  et  cliiuii(|ues.  Le  prix  sera  une  médaille  d'or,  de  la  valeur 
de  3oo  fr.  Les  académiciens  résidans  sont  seuls  exclus  du  con- 
cours. Lés  ouvrages  devront  être  adresses  à  M.  Vitali»,  secrétaire 
perpétuel  de  l'Académie  ,  pour  la  classe  des  sciences  ,  avant  Ir 
1"^  juin  iSai. — a".  Jielles-f^ttres. — L'Académie  propose  de  faire 
un  poème,  de  telle  esjjèce  (pi'il  plaira  aux  concurrens,  sur  «  L'éta- 
blisst  ment  du  christianisme  à  Uou"n.  « 

La  conversion  de  Mellon  lui-même  j  le  merveilleux  qui  prérè.h 
et  accompagne  sa  mission  j  la  peinture  des  mœurs  gauloises  ,  tris 
peu  moditiées  par  le  séjour  des  Romains;  leur  mythologie,  qui 
subsistait  toujours  malgré  les  édits  des  empereurs  et  du  st'nat  ; 
enfin  la  persécution  qui  existait  alors  contre  les  chrétiens  :  telle'- 
sont  les  souices  principales  où  les  concurrens  j>oiMront  piUM-r  li-.- 


EUROPE.  ao5 

<î(?veloppemens  du  sujet.  Le  prix  sera  une  médaille  d'or,  de  la 
valeur  i\c  .;oo  fr.  Les  ouvrages  devront  être  adresses  à  M.  Bigkoit, 
secrétaire  perpeliul  de  l'Acadeuiie,  pour  la  classe  des  Belles- 
£et£n.'i,  avant  le  i^'iiilllet  i8'2i. — 3"  ■  Prir  extraordinaire  pour  1811 . 
—  Le  Oinscil  général  du  département  de  la  Seine -Inférieure 
ayant  mis  à  la  di=!positior.  do  iWcade'mie ,  des  fonds  pour  un  pri:f 
estraqrdinaire,  elle  propose  le  sujet  suivant  : 

(f  Quelle  fut  ,  sous  les  ducs  de  Normandie  ,  depuis  Rollon 
jusques  et  compris  Jean-sans  Terre,  l'admiaislration  civile,  ju- 
«liciaire  et  militaire  de  la  province?  »  Le  prix,  de  la  valeur  de 
1000  fr. ,  siTadeCi^rnedansla  sc'ance  publi.jUe  diimois  d'août  1821. 
Les  ouvrages  seront  adresse's  à  M.  Bigaojv,  secrétaire  perpétuel 
de  l'Académie  ,  pour  la  classe  des  Belles  -  Lettres  ,  avant  le 
1"'  mai    i8'2i. 

Versailles  (  Seine-et-Oise).  —  Société  pour  Li  propagation  de 
l'instruction  primaire  p-ir  renseignement  mutuel.  —  Conformé- 
ment à  l'article  1  de  son  règlement,  les  membres  de  cette  iSocitite', 
au  nombre  de  quatre-vinj;l-<|uatre,  se  sont  re'unis  le  -20  juillet 
dernier  ,  en  assendiléc  générale,  pour  entendre  le  rapport  fait,  au 
nom  du  bureau,  par  M.  le  clievalicr  Jouvencel ,  président  titu- 
laire. A  cette  époque,  environ  trois  cents  enfans  avaient  été  reçus 
dans  l'éf  ole-uiodèle  de  Versailles,  depuis  le  27  janvier,  jour  de 
son  ouverture  solendelie  ;  plus  de  cent  étaient  sortis  à  diverses 
époques  5  il  en  restait  donc  à  peu  près  deux  cents.  Après  avoir 
approuvé  le  rapport  du  président ,  et  en  avoir  ordonné  l'impres- 
sion, l'assemblée  s'est  rendue  à  l'école  où  le  maître,  M.  Graut,  qui 
la  dirige  avec  beaucoup  de  soins  et  de  zèle,  a  fait  travailler  les 
éjèves,  dont  l'application,  les  progrés  visibles  et  la  bonne  tenue, 
ont  vivement  frappé  tous  les  assistans. 

PARIS. 

l^sTlTlIT.  —  Yà' Académie  royale  des  Inscrij^'tions  et  Belles-Let- 
tres vient  de  nommer  M.  Saint-Martin,  auteur  des  Mémoires  sur 
l'Arménie ,  etc.,  à  la  place  vacante  par  la  mort  de  M.  Tôcbon 
d'Annecy.  Le  candidat  qui  a  eu  le  plu.s  de  voix  après  lui  est 
M.  Ch.mipoilion-Figeac  ,  auteur  des  Annales  des  Lagides,  etc. 
Au  nombre  des  concurrcns  étaient  M.  Hase,  professeur  de  grec 
moderne  ;  M.  l'abbé  Halma  ,  traducteur  de  Ptoléoiccj  M.  Joliois, 


t 


2oC  iiLiioi'i:. 

ingénieur  en  clicf  des  pouls-ct-cliaussccs,  et  membre  de  la  Coin- 
mission  d'Egypte,  etc.  ,  etc. 

— L'^-lc  ailé  mie  royale  des  Beaux- jirtsix  tenu  sa  séance  anniielli- 
le  7   septembre  dernier.  On  sait  qtie  l'objet  principal  de  cette 
solennité  est  la  distribution  des  grands  prix  de  Kome  ,  aux  élèves 
dcs*coles  de  peinture,  de  sculpture,  d'arcliitecture  ,  de  gravure 
et  de  composition  mu.>.lcale.  On  y  rend  compte  en  mcm%  tems 
des  succès  obtenus  par  les  éli'ves'qiii  poursuivent  leurs  itudcs 
classinucs  dans  la  ca[)ita!e  des  arts.  On  exécute  aussi  dans  cette 
séance  Tune  des  piùces  qui  ont  remporte  le  prix  de  musique,  et 
cette  pièce  est  ime  cantate  du  style  dramatique  le  plus  eleve. 
Celte  fois,  Tinterêt  du  morceau  couronne  a  été  partagé  par  une 
symplionie  de  INI.  de  Lacépède,  et  cette  innovation  a  eu  le  suffrage 
du  public.  A  côté  d'une  vigueur  mâle,   qui  a  quel<iuefois  rappelé 
la  couleur  d'Haydn,  on  a  découvert  cette  grAce  et  cette  délica- 
tesse qui ,  d;ms  un  autre  ordre  de  production  ,  caractérisent  aussi 
la  toucbc  de  rélignnt  continuateur  du  Pline  français  Ce  qu'on  a 
surtout  remarqué,  ce  sont  des  parties  d'accompai;nement ,  d  un 
cbant  agréable,  coufiées  aux  divers  instrumens  qui  les  reprodui- 
saient, chacun  à  son  tour.  Le  sujet  de  la  cantate  prêtait  beaucoup 
aux  dévelojipcmens  de  la  richesse  musicale,  et  le  jeune  auteur  n'a 
sacrifié  aucune  des  inspirations  poétiques.  La  veuve  de  .Scyphax, 
la  belle  Sophonisbe,  vient  de  s'unira  Massinissa.  Au  moment  où 
elle  attend  son  époux,  Kome  trahit  ses  vœux,  et  ordonne  ([u'ellc 
meure.  La  joie  et  la  tristesse  ,  le  triomphe  de  l'amour  et  l'abatte- 
ment du  désespoir  ,  les  idées  et  les  sentimens  les  phis  opposés  se 
succèdent  rapidement  dans  son  ame.  Pour  peindre  ces  contrastes, 
il  fallait  les  sentir  vivement,  et  même  savoir  s'élever  au-dessus 
de  la  poésie. 

(^uelrjucs  apjdaudissemens  qu'ait  mérités,  soit  cette  scène  vrai- 
ment dramatique  ,  soit  le  tableau  très  bien  fait  des  élèves  de 
Rome  par  I\L  Dupaty,  il  faut  avouer  que  les  honneurs  de  la  jour- 
née ont  été  pour  M.  Quatremèredc  Quiucy,  secrétaire  i>crpéturl  de 
l'Académie.  Son  sujet,  quoique  riche,  présentait  un  écueilj  il  a 
su  l'éviter.  11  n'était  pas  facile  de  réciter  un  nouvel  éloge  «le 
M.  \'isconti ,  et  de  le  faire  goûter,  dans  la  nu''me  enceinte,  pres- 
que par  les  mêmes  personnes  qui,  deux  mois  au]>aravant,  avaient 
entenilu  le  brillant  panégyrique  fait  par  M.  Dacicr.  En  considé- 


EUROPE.  207 

rant  son  sujet  de  très  haut,  M.  Quatremère  lui  a  donné  une  phy- 
sionomie toute  neuve  j  au  lieu  d'insister  sur  la  vie  et  les  ouvrages 
de  l'illustre  mort,  il  a  cherche  et  il  a  réussi  à  le  placer  dans  un 
grand  tableau,  celui  des  progrès  des  arts  pendant  un  demi-siècle, 
en  lui  faisant  occuper  le  premier  plan  de  cette  composition  pitto- 
resque. Comme  un  peintre  habile  ordonne  et  dispose  toutes  les 
parties  pendant  l'artion,  ainsi  M.  Quatremère  a  pre'scute',  sur 
plusieurs  lignes,  les  branches  diverses  de  la  vaste  science  des  an- 
tiquite's,  et  il  a  montre  le  principal  personnage  dominant  sur 
toutes,  à  peu  près  comme  on  peint  Apollon  conduisant  le  chœur 
des  Muses;  car  je  crois  qu'il  s'est  servi  de  cette  image  poe'lique. 
Les  rapports  de  ces  arts  avec  les  connaissances  de  l'arche'ologie , 
et  l'influence  réciproque  des  unes  sur  les  autres,  forment  autant 
d'aspects  variés  et  neufs,  dans  ce  discours  plein  d'idées  et  de  choses. 
Comme  M.  Visconti  était  aussi  profond  antiquaire  qu'hubile  ap- 
préciateur des  raonumens,  il  a  servi  plus  que  personne  à  montrer 
ralliance  de  l'étude  de  l'antiquité  avec  la  pratique  des  arts  ,  et  il 
a,  le  premier,  fait  voir  aux  artistes  et  aux  érudits  les 'ressources 
que  Tune  offre  à  l'autre.  C'est  là  le  cachet  du  talent  supérieur  de 
IVl.  Visconti  qu'on  louerait  faiblement,  en  ne  parlant  que  de  son 
habileté  à  interpréter  les  monum^ns  antiques,  ou  de  sa  mémoire 
prodigieuse,  ou  de  ses  connaisfances  philologiques.  Mais,  ce  qui 
a  surtout  frappé,  dans  le  discours  de  M.  le  secrétaire  perpétuel, 
c'est  le  tableau  des  vicissitudes  qu'ont  éprouvées  les  ouvrages  de 
l'art  des  anciens.  Attaché  à  ces  productions  du  génie,  comme  ces 
mêmes  anciens  à  leurs  dieux  pénates,  M.  Visconti  les  suivit  dans 
leurs  voyages.  Il  ne  voulut  point  s'en  séparer;  à  Piome,  il  en  était 
l'interprète;  il  voulut  l'être  à  Paris  et  à  Londres.  On  dirait  qu'à 
cette  époque,  singulière  dans  l'histoire  de  la  civilisation,  les  dieux 
de  l'antiquité  retrouvèrent  de  nouveaux  autels,  un  nouveau  culte, 
des  prêtres  dévoués  et  de  fervens  adorateurs.  Cette  flamme  sacrée, 
qu'on  doit  à  Winckelman  d'avoir  allumée  dans  son  Iftstoire  de 
fart,  et  à  M.  Visconti  d'avoir  fait  briller  d'un  nouvel  éclat,  con- 
tinue et  ne  cessera  de  luire  en  Europe  ;  elle  ne  pourrait  désormais 
s'éteindre  qu'avec  le  retour  de  la  barbarie,  Laissons  parler  un  mo- 
ment M.  Quatremère  : 

«  Ce  fut,  pendant  plusieurs  années,  un  spectacle  singulier, 
que  celui  de  ces  migrations,  en  sca^divers,  des  ouvrages  d'art  et 


ïoS  KUKOl'L. 

d'anliquilë,  tantôt  suivant  la  iii:irche  d'une  armée  victorieuse, 
tantôt  se  dérobant  à  ses  approclies  ou  fn vant  avic  l'arniée  vainruc, 
parcourant  toutes  K-s  rouli  s,  Iraver.siint  toutes  les  luers,  allant  et 
vinant  selon  l'heure  des  batailles,  aujourdMiui  ota^^es  de  la  paix, 
demain  sujets  de  représailles  ,  ici ,  objets  d\-clian{;e  ,  là  ,  prix  ou 
t;aj;e  li'une  rançon.  On  vit,  par  un  destin  étrange,  le  };i'nie  des 
arts  à  la  suite  du  liieu  des  combats,  mêle  aux.  intérêts  des  nations, 
entrer  ildiis  la  négociation  de  la  ixilitique,  foimeriles  traites  ou 
rompre  des  alliances,  s'int»'rj)Oscr  entre  les  partis,  et,  pesant 
tour  à  tour  dans  Tun  ou  Taulre  des  plateaux  de  la  b;^ance  ,  in- 
demniser les  vaincus  ou  desintéresser  les  vainqueurs.  Ainsi ,  lE- 
gyptc,  la  Grèce,  l'antique  Italie  devinrent  encore,  sur  leurs  an- 
ciennes ruines,  de  nouveaux  cliamps  de  batailles,  que  se  dispu- 
tèrent les  diverses  uations  de  l'Europe. 

»  Certes,  jamais  plus  éclatant  bouunage  ne  fut  rendu  à  la  puis- 
sance du  génie  des  anciens  j  jamais  celui  des  modernes  ne  s'eo 
reconnut  plus  hautement  tributaire. 

))  Car  ici  ce  n'était  pas  un  siaiple  biitin  convoité  i)ar  lavariee, 
ce  n'étaient  )ioint  de  ces  dépouilles  arrachées  par  l'orgueil  ,  pour 
en  faire  l'oi  nemenld'tui  vain  triomphe.  Ces  ouvrages  du  génie  ne 
jouaient  pas  le  rôledecaptifs  enriiaînés;  c'étaient  eux,  bien  plutôt, 
q^i  triomphaient  j  et  ,  connue  la  Grèce  jadis  avait  pour  ses  aits 
conquis  ses  conquérans,  ainsi  l'on  vojait  encore  ses  chefs-d'œu- 
vre, vainqueurs  des  siècles  et  de  la  barbarie,  rendre  à  cette  an- 
cienne institutrice  des  nations,  un  empire  plus  sur  «(ue  celui  de 
la  force  et  des  con(]uêtes.  Ces  dieux,  enfans  de  son  génie,  n'é- 
taient point,  comme  jadis,  traînés  en  servitude  ou  cundaumés  à 
l'exil;  ils  ne  faisaient  que  changer  de  temples,  d\jutels  tt  d  ado- 
rateurs." 

»  En  associant  son  sort  à  leurs  destinées,  INI.  \  iseonli  ne  suivit 
pas,  mais  il  protégea  leur  triomphe.  Ce  n'était  poiut  Polvbe  ac- 
compagnant le  cliar  de  Pa.d  Emile  avec  ses  rois  prisoimier.s  et 
ses  tlieux  asservis,  réduit  à  célébrer  les  exploits  île  son  vainqueur- 
je  le  comparerais  plutôt  à  nu  de  ces  interprètes  des  choses  sii- 
crées ,  qui ,  aux  tems  des  anciennes  émigrations  ,  compagnons  de 
leurs  dieux  voyageurs,  initiaient  de  nouvt-lles  contrées  au  cuite 
dont  ils  étaient  les  ministres.  » 

L'auteur  oppose  la  prodigalité  avec  laquelle  M.  Viscouti  aimait 


FUROPF.  a4 

il  répandre  son  savoir,  à  l'avarice  de  ces  erudits  qui  veulent  jouir 
seuls  de  leurs  trésors.  «  11  est  de  ces  savans  avares  qui,  de  crainte 
qu'on  ne  leur  de'robe  ce  qu'ils  prennent  pour  leur  propriété,  se 
retranchent,  sur  toutes  les  questions,  dans  un  silence  mystérieuxj 
et,  pour  cacliir  peut-être  moins  leur  riclicsse  que  leur  pauvreté, 
s'entourent  d'un  rempart  inipénélrable.  M.  Visconti,  à  l'exemple 
de  l'opulent  Cimon,  n'avait  pas  voulu  de  murailles  autour  de  son 
domaine^  il  en  avait  fait ,  comme  l'orateur  athénien,  un  jardin 
public,  dont  les  fruits  étaient  devenus  la  propriété  de  tous,  et 
où  chacun  pouvait  cueillir  à  son  gré.  «  (]'est  avec  un  autre  per- 
sonnage de  l'antiquité  ,  que  M.  Qnatrenière  lui  trouve  un  trait 
plus  frappant  de  ressemblance.  A  l'exemple  du  plus  savant  des 
Komaius,  M.  Visconti  entreprit  de  rassembler  les  images  des 
{^ranils  hotnmes.  Par  un  rapprochement  ingénieux,  le  panégyriste 
luiapplique  le  passage  de  Pline  sur  rentrcprise  de  Marcus  Varron. 
tt  L'antiquité,  dit  M.  Quatremère,  eut  aussi  son  antiquité,  et 
Rome  ancienne  avait  eu  sts  antiquaires;  elle  compta  même  parmi 
eux  quelques-uns  de  ses  plus  illustres  citoyens.  A  leur  tête  fut 
JMarcus  Varron ,  dont  le  zèle  égala  le  savoir  j  qui  fut ,  en  fait  d'ar- 
chéologie, l'oracle  de  son  tems ,  et  dont  les  historiens  parlent 
comme  nous  parlons  de  M.  Visconti.  Prétsà  faire  mention  d'un  des 
plus  beaux  ouvrages  de  ce  dernier,  il  était  diflîcileque  notre  pensée» 
ne  se  reportilt  point  sur  la  noble  entreprise  de  son  prédécesseur 
Varron;  entreprise  céléjjrée  par  Pline,  dans  des  termes  qui  sem- 
bleraient avoir  été  prédestinés  à  vanter  l'ouvrage  de  noire  con- 
temporain. «  Marcus  Varron,  dit-il,  avait  trouvé  le  secret  de 
j)  faire  entrer  dans  sa  vaste  collection  ,  non-seulement  les  notices, 
»  mais  les  portraits  de  sept  cents  hommes  célèbres.  Invention 
j)  merveilleuse  ,  ajoute-t-il,  et  en  quelque  sorte  rivale  de  la  puis- 
»  sance  des  dieux,  qui  fait  triompher  les  hommes  de  la  mort 
j)  et  de  l'oubli.  Car  non-seulement  il  leur  donna  l'immortalité, 
M  mais,  en  multipliant  leurs  images  dans  les  recueils  qui  les  ren- 
})  ferment,  il  répandit  leurs  portraits  par  toute  la  terre,  et  les 
»  rendit  contemporains  de  tous  les  âges  et  concitoyens  de  tous 
«  les  peuples.  » 

n  We  dirait-on  pas  que  Pline  a  désigné,  dans  ces  mots,  et  l'art 
de  notre  gravure,  et  l'iconographie  de  M.  Visconti?  Espérons  du 
motos  que  cette  immortalité,  promise  aux  grands  hommes  de  Var- 
TOME  Via.  l4 


ai  3  F.UROrE. 

ron,  et  que  le  Itms  leur  a  cnvicc,  se  réalisera  Jans  l'ouvrage  du 

Varron  luoilerne.  « 

Tout  cetûlogc  est  parsème  Je  traits  qui  décèlent  une  profonde 
observation  de  la  marche  des  études  arciiéolo(;iques ,  et  de  leur 
influence  incontestable  sur  Télat  actuel  de  la  société'.  Dans  le 
passage  qui  suit,  l'auleur  montre  commint  M.  ^  isconti  contri- 
bue puissamment  à  jiropai;er  le  f;oùt  de  l'antiquilé.  «  C'est  à  la 
propagation  de  ce  goùl,dont  il  épura  et  ri'pandit  partout  les  doc- 
trines, que  les  artistes  durent,  non  pas  seulement  la  connaissance 
pratique  de  toutes  les  foqpcs  de  costume,  que  réclament  les  re- 
présentations des  sujets  antiques,  mais  encore  cette  autre  fidélité 
d'imitation  plus  précieuse,  celle  des  caractères  de  chaque  pays, 
des  physionomies  de  chaque  peuple,  des  expressions  commandées 
par  chaque  sorte  de  convenance,  enlin  «le  ce  <(u'on  doit  appeler  le 
costume  moral.  Des  arts  du  dessin,  cette  influence  devait  s'éten- 
dre à  ceux  du  commerce  et  de  l'industrie  ,  et,  comme  une  sè\c 
nouvelle,  en  vivifier  toutes  les  branches. 

«  Qui  pourrait  en  avoir  méconnu  les  résultats  dans  les 
plus  hautes  conceptions,  comme  dans  les  régions  inférieures,  et 
ju«que  dans  les  hadinagcsde  rimaginaticn  .■*  Depuis  le  poète  écri- 
vant maintenant  en  présence  des  héros  qu'il  fait  parler,  jusqu'à 
l'auteur  qui  sait  mieux  composer  sur  les  modèles  des  personnages 
qu'il  revêt ,  son  port ,  ses  attitudes  et  ses  gestes  ;  depuis  l'archi- 
tecte dans  la  noble  simplicité  de  ses  monumens,  jusqu'au  déco- 
rateur qui  en  simule  les  apparences  ;  depuis  l'ordonnance  des 
temples,  jusqu'au  contour  du  vase  d'argile;  depuis  le  trône  du 
souverain  ,  jusqu'aux  modestes  ustensiles  de  la  vie  domesti- 
que...   » 

Nous  citerons  encore ,  en  terminant  cette  analyse  ,  un  morceau 
propre  à  faire  juger  de  la  chaleur  du  style  qui  anime  tout  ce  dis- 
cours, et  de  l'enthousiasme  qui  y  respire  pour  la  vénéral^le  anti- 
quité, qui  a  aussi  été  j>our  l'auteur,  comme  pour  M.  \  isconfi, 
l'objet  d'tin  culte  assidu.  «Oui,  nous  sommes,  dans  l'ordre  moral 
de  la  génération  des  esprits  ,  nous  sommes  véritablement  les  des- 
cendans  des  Grecs  et  des  Romains.  F.n  vain  une  critique  scholas- 
tique  voudrait  contester  cette  généalogie.  Kllc  est  écrite  dans 
les  productions  de  notre  goût ,  dans  nos  théories,  dans  nos  mé- 
thodes, dans  nos  systèmes  imifatifs,  dans  la  formation  et  le  géniede 


EUROPE.  211 

nos  langues.  Et  de  fait,  ces  anciens  sont  toujours  nos  instituteurs. 
JNous  leur  devons  nos  premières  leçons.  Us  furent  nos  premiers 
guides  et  nos  modèles.  En  poésie,  comme  en  peinture,  n'adorons- 
nous  pas  les  mêmes  dieux?  n'avons -nous  pas  le  même  Olympe  et  le 
même  Parnasse?  Leurs  he'ros  ne  sont-ils  pas  encore  ceux  de  notre 
théâtre?  JN'est-ce  pas  toujours  au  son  de  leur  lyre,  que  s'allume 
notre  enthousiasme  poe'tique?  N'est-ce  pas  toujours  dans  leurs 
fictions,  dans  leur  histoire,  dans  leurs  usages  ,  que  le  génie  des 
arts  trouve  ses  allégories  ;  l'amour  de  la  patrie,  ses  dogmes  et 
ses  patrons  ;  la  passion  de  la  gloire,  ses  exemples,  ses  trophées 
et  ses  triomphes. ..L'accord  qui,  de  nos  jours,  s'est  de  plus  en  plus 
opéré  entre  les  monumens  de  leurs  arts  et  ceux  de  leur  littéra- 
ture, a  resserré  aussi  davantage  les  nœuds  qui  nous  unissent. Telle 
fut,  même  vers  la  (in  du  dernier  siècle,  l'admiration  pour  ces 
anciens  peuples,  que  l'effet  en  rejaillit  jusque  sur , l'opinion  poli- 
tique des  puhlicistes  et  des  philosophes,  etc.  » 

JoMARD,  membre  de  ^Institut. 

—  Académie  d'architecture.  •—  Cette  Académie  a  porté,  le  23 
septembre  1820,  son  jugement  sur  le  concours  pour  les  grands 
prix  de  cette  année.  Elle  a  décerné  trois  prix ,  un  premier  et  deux 
seconds.  Le  grand  prix  a  été  obtenu  par  M.  Villaiiî  ,  élève  de 
M.  Percier.  Le"  premier  des  deux  seconds ,  l'a  été  par  M.  Qtjan- 
TINET,  élève  de  M.  Guennepin,  et  l'autre  par  M.  Gilbert,  élève 
tle  M.  Barthélémy  Vignon.  —  Le  sujet  du  concours  était  une 
e'cole  de  médecine  ,  auec  amphithéâtre  de  dissection ,  etc.  Le  pro- 
jet du  second  élève  couronné,  réunissait  beaucoup  de  suffrages, 
et  il  a  long-tems  tenu  ,  dit-on,  les  juges  incertains. 

Enseignement  mutuel. — Le  prochain  cours  de  V Ecole  IVormale 
d'enseignement  mutuel  s^ouvrha  ,  ie  2  novembre  prochain,  dan» 
la  maison  affectée  à  cette  école ,  par  monsieur  le  préfet  de  la 
Seine  ,  rue  Carpentier-Saint-Sulpice,  no  4-  Les  pièces  nécessaires 
pour  y  faire  admettre  un  candidat,  sont  un  certificat  du  maire 
du  lieu  de  sa  résidence ,  et  un  certificat  du  curé  ou  du  ministre , 
ou  bien  un  brevet  de  capacité  délivré  par  la  commission  d'ins- 
truction publique.  On  sait  que  l'instruction  y  est  entièrement 
gratuite,  et  qu'elle  comprend  la  méthode  de  lecture,  d'écriture 
et  de  calcul,  ainsi  que  le  dessin  linéaire,  la  calligraphie  et  le  plain- 
^chant.  Le  logement  est  accordé ,  par  M.  le  préfet ,  aux  élèves 

14* 


ai  a  EUhOPK. 

innitresqiii  sont  rpcommaudes  par  les  autorilfs  locales  ou  par  les 
fondateurs.  IMus  «Je  trois  ceuts  uiaîtn-s  ont  di-j j  ctc  lornicb  ù  ct-lle 
école. 

Hôpital  Saiwt-Louis.  —  Fctairage  par  le  guz  hydrogène.  — 
Bains.  — L'hùpitul  Suint-Louis,  dont  la  fonddtion  rrmonic  .lu 
rèpne  de  Henri  iv,  et  où  Ton  traite  spi-cialcuinl  le»  mahidies  de 
la  ptiui,  est,  sans  contredit,  l'un  des  plus  h.  aux  et  peut  èlre  le 
plus  saluljre  des  hôpitaux  de  Paris,  il  peut  rontenir  i  Ôoo  malades . 
il  n'y  en  a  dans  ce  moment  quenviron  700  j  il  est,  en  outre,  liaiiite 
par  plusdc  i5o  personnes  attachées  au  service  de  la  maison.  Mai.-, 
ce  qui  mt'rite  toute  Tattention  des  amis  des  sciences,  ce  sont  les 
magnifiques  ap])areils  construits  en  1817,  sur  les  dessins  de 
JM.  Darci't,  pour  fournir  le  {;az  hydrogène  carbone  néces.saire  à 
l'èclairat^e,  non-seulement  de  l'iiûpital  Saint-Louis,  mais  encore 
de  riiospice  d'^s  Incurables  (  hommes  ^,  rue  des  Kecolltls,  de  la 
IVIaison  de  .Saute-  de  la  rue  Saint-Denis  et  de  la  maison  de  déten- 
tion de  Saint-Lazare  (1). 

Les  appareils  sont  places  dans  trois  beaux  hangards  fermes ,  et 
peuvent  alimenter  laoo  becs  de  lampe;  un  seul  de  ces  appareils 
est  en  activité  dans  ce  moment  :  il  suilit  à  Tentielien  de  3oo  becs 
employés  pour  Téclairage  de  Tliûpital  bainl-Loiiis.  C  est  par  la 
di.stillation  du  cliarbon  de  terre  dans  îles  cornues  en  fonte  de  fer 
qu'on  obtient  le  gaz  ;  à  mesure  qu'd  est  produit ,  d  se  rend  dans 
un  grand  tuyau  placé  à  cinq  ou  six  pieds  au-dessus  des  cornues, 
et  qui  peut,  comme  les  autres  parties  de  Tappareil ,  être  indille- 
remment  en  fonte  de  fer  ou  en  plomb  lamine.  (Ou  a  renonce  au 
zinc  comme  trop  oxidable  ,  et  au  cuivre  comme  trop  cher.  ) 
Avant  d'ariiver  dans  le  tuyau,  le  gaz  dépose  l'huile  cn)|iyreuma- 
tique  dont  il  est  charge,  et  qui  s'écoule  par  des  tuyaux  particu- 
liers plongeant  dans  des  cuves  remplies  d'eau.  Du  gros  tuyau  ,  le 
gaz  passe  dans  un  conduit  plus  petit  qui,  après  avoii'  fait  plu- 
sieurs circuits  ,  vient  aboutir  à  un  reffrigérant ,  ou  réservoir  sou- 
terrain rempli  d'eau  ,  dans  lequel  le  gaz  se  refroidit  et  si-  purifie 
en  même  tems.  Kn  sortant  de  là  ,  le  gaz  dépose  de  nouveau  l'huile 
cm])yreumatique  qu'il  peut  contenir  encore,  puis  il  passe  succes- 


(1)  Ces  trois  dernicf  (-tablissemcns  n'ont  pas  encore  disposi-  les 
tuyau\  qui  doivent  leur  amcucr  le  gaz  des  réservoirs  de  St. -Louis. 


,1 


EUROPE.  2i3 

■sÎTCtnent  dans  deui  cuves  fermée^,  la  première  remplie  dVau  de 
rhaux,  et  la  seconde  d'eau  acidulée.  Knfin  ,  il  arrive  parfaitciTiint 
pur  dans  deux  grands  tonneaux  cylindriques  de  i3  pieds  de  hau- 
.  teur,  revêtus  de  toile  imperméable  et  apjielés  gazomètres.  CVst 
de  ces  re'servolrs  que  partant  les  tuya'ixqui  con  luisenl  lci;azdans 
les  diflerentes  parties  de  l'établissement.  La  plus  grande  partie  de 
ces  tuyaux  est  en  fonte  ou  en  ploinhj  mais  on  a  employé'  avec 
avantage  le  grès  pour  ceux  qui  con  luisent  le  gaz  au  pavillon 
GabrieUe ,  situé  à  6on  toises  des  gazomètres  :  la  dépense  n'a  été 
que  de  200  fr. ,  au  lieu  de  1 100  fr.  qu'il  en  aurait  coûté  pour  des 
tuyaux  en  plomb. 

La  lumière  pro.luite  par  le  gaz  est  pure,  brillante  et  sans  au- 
cuntî  odeur ^  les  robinets  adaptés  aux  tuyaux  permettent  de  la 
diminuer  à  volonté,  de  manière  que  Ips  malades  ne  soient  point 
incommodés  la  nuit  par  son  éclat,  et  que  les  infirmières  puissent 
faire  facilement  leur  service  :  avantages  qu'on  n'avait  pu  réunir 
avec  les  lampes  à  bulle.  Ce  qui  surtout  est  très  remarquable,  c'est 
l'éclairage  de  l'église  ,  commune  aux  personnes  de  l'bôpital  et  aux 
habitans  du  quartier  :  la  rapidité  avec  laquelle  on  allimie  les 
cierges  en  tôle  vernie  qui  la  décorent,  fait  qu'on  passe  tout-à- 
coup  d'une  nuit  profonde  à  un  jour  éclatant,  d'où  l'on  peut 
repasser  subitement  dans  les  ténèbres  au-  moyen  de  quelques  robi- 
nets. Il  n'est  pas  jusqu'au  pupitre  des  chantres  qui  ne  soit  éclairé 
par  des  becs  mobiles^  le  surveillant  des  appareils  en  a  un  sem- 
blable sur  son  bureau.  On  doit  conclure  de  tout  ceci,  que  l'éclai- 
rage par  le  gaz  est  très  bfau,  très  commode  et  nullement  insa- 
lubre. On  en  a  même  tiré  parti  pour  augmenter  la  salubrité  des 
salles  du  pavillon  Gabrielle ,  qui  sont  plus  petites  et  moins  hautes 
rjue  les  autres.  A  chaque  extrémité  de  ces  salles ,  on  a  construit 
une  petite  cheminée  au  -dessous  de  laquelle  est  placé  le  bec 
d'éclairage  :  la  chaleur,  produite  par  ce  moyen  dans  le  tuyau  de 
cette  cheminée,  établit  un  tirage  du  dedans  au  dehors;  et  à  me- 
sure que  l'air  de  la  salle  sori  par  cette  voie,  il  est  remplacé  par 
l'air  extérieur  qui  entre  par  des  vasistas  à  soufflet,  établis  dans  le 
haut  des  croisées. 

La  construction  des  appareils  a  coûté  environ  100,000  fr.  ;  ils 
peuvent,  ainsi  que  nous  l'avons  flit  précédeamient ,  enfrclenir 
1200  becs;  rhùpital  ibaint- Louis  en  emploie  seulement  3oo  :  on 


3i4  EUROPE. 

ne  doit  donc  lui  appliquer  <]&c  le  quart  de  celte  somme,  c  est-à- 
dire  aS.ooo  fr.  Un  aurait  j  u  arrivir  aux  mêmes  résultats  avec 
une  dejicnRe  moins  ronsidérable;  mais,  M.  le  pn-fet  de  la  Seine, 
guide  par  des  tucs  élevées ,  a  pense'  avec  raison  qne  les  appareils 
de  Saint-Louis  pourraient  servir  de  modèle  à  ceux  que  l'on  cons- 
truirait par  la  suite  en  France,  et  il  a  voulu  qu'on  n'épargnât 
rien  pour  leur  donner  toute  la  pei  lection  possible.  Au  reste ,  celle 
dcprnse  est  plus  que  conipen.sée  par  1  économie  qu'on  trouve 
dans  l'emploi  de  ce  mode  d'éclairage.  Fn  eflet ,  au  lieu  de  1 5o  becs 
de  lampes  à  huile,  qui  n'éclairaient  que  très  imparfaitement,  et 
dont  l'entretien  annuel  coûtait  8,000  fr,  on  a  aujourd'hui  3oo  becs 
alimentés  par  le  gaz  et  qui  ne  reviennent  qu'à  5, 000  fr.  :  ce  qui 
donne  une  économie  ab.'olue  de  3, 000  fr.  Mais  ,  pour  avoir  un 
éclairage  équivalant  à  celui  de  3oo  becs  de  gaz,  il  faudrait  au 
moins  45o  becs  d'huile  ,  c'est-à-dire,  sans  exagération,  une  dé- 
pense de  ao,ooo  fr.  Ainsi,  par  le  nouveau  mode,  on  a  pour 
5,000  f.  par  an ,  ce  qui ,  par  l'ancien  ,  coûterait  environ  20,000  f.  : 
l'économie  relative  est  donc  de  i5,ooo  fr.  L'n  fait,  qui  n'est  pas 
généralement  connu,  explique  en  partie  Tavantage  qu'on  trouve  à 
se  servir  du  gaz.  Une  fois  que  le  charbon  de  terre  a  fourni  le  gaz 
par  la  distillation,  il  se  vend  plus  cher  (|u'il  n'a  coûté,  parce  <|uc 
l'augmentation  de  volume  c|u"il  éprouve  par  la  chaleur,  fait 
qu'on  a  une  voie  et  demie  de  charbon  épuré  pour  nne  voie  de 
charbon  brut  :  or ,  celui-ci  coûte  r>5  fr.  la  voie,  et  l'autre  se  vend 
aux  fondeurs,  doreurs,  etc..  Sa  fr.  la  voie  ou  ^8  fr.  la  voie  et 
ilemic;  le  bénéfice  est  donc  de  i3  fr.  par  voie.  Ainsi,  quoi  qu'en 
ait  dit  un  chimiste  distingué,  IVl.  Clément,  qui  pi  étend,  dans  une 
brochure  publiée  dernièrement,  que  l'éclairage  p.ir  le  gaz  doit 
être  ruineux,  celui  de  l'hùj'ilal  Saint-Louis  est  ;'i  la  fois  plus  éco- 
nomique et  plus  beau  que  l'éclairage  par  l'huile. 

Une  autre  e'conoroie  très  importante  est  celle  qui  ré^ulte  de 
l'emploi  qu'on  fait  de  la  chaleur  du  gaz,  pour  chauffer  l'eau  des 
bains.  Les  chaudières  qui  la  cnntiefinent ,  sont  placées  près  de» 
cornuesdislillaloires  ;  et,  avant  de  faire  passer  le  gaz  par  les  réfi  i- 
géians  ,  on  fait  faire  aux  tuyaux  qui  le  renferment  plusieurs  cir- 
cuilsautnur  de  ces  chaudières,  auxquellesils  fournissent  le  tiers  tli; 
la  chaleur  nécessaire  pour  les  bains-  les  deux  autres  tiers  sont 
produils  par  un  foyer  particulier.  On  jugera  de  réconomic  qu'où 


EUROPE.  2i5 

trouve  dans  ce  procède,  quand  on  saura  qu'il  se  donne  graluite- 
ment.  environ  600  bains  par  jour,  dont  200  aux  malades  de  Thô- 
pital ,  et  400  à  ceux  qui  viennent  du  dehors  avec  des  billets  que 
les  médecins  de  l'établissement  délivrent  dans  la  salle  de  consul- 
tation extérieure.  L'hôpital  Saint-Louis  est  le  seul  q'ii  ait  un  sys- 
tème de  bains  complets  :  des  bains  d'eau  ordinaire  ,  des  bains 
d'eaux  minérales,  des  douches  de  toute  espèce,  des  bains  de  va- 
peurs et,  enfin,  des  boîtes  à  fumigations.  Ces  boîtes  remplacent, 
depuis  le  mois  d'août  181 4,  les  moyens  incommodes  et  même 
dangereux  qu'on  avait  employés  jusqu'alors  pour  donner  les  fumi- 
gations. Dans  les  ingénieux  appareils  actuellement  en  usage ,  le 
malade  a  le  corps  seul  exposé  à  l'action  des  vapeurs  sulfureuses 
ou  aromatiques  ,  sans  qu'il  coure  le  danger  d'en  respirer  la  moin- 
dre portion  (1). 

Kous  ne  pouvons  terminer,  sans  faire  mention  de  l'assainisse- 
ment des  lieux  d'aisance,  au  moyen  de  ventilateurs  qui  en  re- 
nouvellent l'air  continuellement  ;  on  a  regagné  ainsi  dix  à  douze 
places  de  lits  que  la  mauvaise  odeur  avait  fait  abandonner. 

Après  avoir  essayé  de  faire  connaître  les  tiavaux  importans 
exécutés  depuis  quelques  années  à  Thôpital  Saint- Louis,  qu'il 
nous  soit  permis  de  rendre  hommage  au  zèle  et  aux  lumières  de 
M.  Péligot,  qui,  chargé  de  l'administration  de  cet  hôpital,  l'a 
rendu  un  des  plus  beaux  établissemens  de  l'Europe  ;  félicitons-le 
surtout  de  l'heureux  discernement  qui  lui-a  fait  confier  la  cons- 
truction des  appareils,  objets  de  celte  note,  à  M.  Darcet,  l'un  de 
nos  chimistes  les  plus  distingués ,  et  celui,  peut-être  ,  qui  sait  le 
mieux  faire  servir  les  sciences  au  soulagement  et  au  bien-être  des 
hommes  (2).  Kous  ne  pouvons  non  plus  passer  sous  silence  l'ex- 
trême complaisance  de  31.  Paupert,  surveillant  de  ces  mêmes 
ai)pareils,  et  qui  en  explique  avec  la  plus  grande  clarté  les  difîc- 
rentes  parties  aux  personnes  qui  vont  visiter   un   établissement 

(i)  Vo3'ez  la  description  des  appareils  à  fumigations  ,  inventés 
par  M.  Darcet ,  jpubliés  en  i8iti  par  Tadministialion  des  hospices 
civils. — Paris,  chez  mad.  veuve  Huzard ,  rue  de  lEperon  ,  n"  7. 

(2)  Nous  citions,  parmi  les  ouvrages  de  M.  Daicet,  le  beau 
Mémoire  !,ur  Cari  de  dorer  le  bronze ,  qui  a  rempoi  té  le  prix  fondé 
par  feu  ÎVK  Ravrio ,  et  proposé  par  l'Académie  des  Sciences.  Pa- 
ris, 1818.  Chez  madame  veuv»  Agassc,  rue  des  Poitevins,  n"  6.. 


i 


3x0  r.vv.ovv. 

que  les  hommes  instruits  ne  jicuvcnt  se  dispenser  de  voir  et  d  c- 
tudier.  A.  Michelot. 

IVoui'ePrsexpirenres  faites  ai'ecla  pile  xoUnïqiic. — Les  belles  ex- 
féricncc.s  dt  M.  (t-iNtid,  siii  l'actiin  miitutlle  d  un  courant  elec- 
triqucetdun  aim.'int.  ontou>fH  aux  j.hysiciens  une  carrière  nou- 
velle, où  toii.^  se  sont  jirccijiites  à  Tonvi  (/'oy.  ci-dessus  les  articles 
Danemanh  et  Swsu-  ).  Ceux  dont  s'honore  la  France  n'ont  pas 
été  les  derniers  à  y  entrer,  et  deux  d'entre  eux  y  ont  déjà  fait 
des  découvertes  dignes  de  toute  l'attention  des  savans. 

M.  Ampère  qui,  dès  le  i8  septembrf^  dernier,  avait  pr«-sente  à 
l'Académie  des  sciences  un  travail  im))ortant  sur  les  phénomènes 
découverts  ]>ar  le  physicien  Danois,  a  lu,  le  aS  du  même  mois. 
un  mémoire  sur  «  l'action  mutuelle  de  deux  courans  électriques, 
»  sur  celle  qui  existe  entre  un  courant  électrique  et  un  aimant . 
j»  enfin  sur  l'action  réciproque  de  deux  aimans.  »  Sans  nous  ar- 
rêter à  toutes  les  conclusions  de  ce  mémoire  ,  dont  (|uelques-unes 
sont  peut-être  prématurées,  nous  citerons  l'exiérience  sur  la- 
quelle elles  s'apj)uient ,  et  qui  appartient  tout  entière  à  ÎVI.  Am- 
père. Si  Ion  met  à  côté  1  une  de  l'autre  deux  piles  vollaïques , 
dont  les  tils  conjonctifs ,  c'est-à-dire  ceux  qui  mettent  en  com- 
munication les  pôle''  do  chaque  pile ,  soient  mobiles  sur  des  tou- 
rillons, et  que  les  p<Mes  positifs  soient  placés  du  même  cèté,  les 
fils  conjonctifs  s'attireront  ;  ils  se  repousseront  au  contraire,  si 
les  pôles  semblables  sont  à  des  côtés  opposés.  !SI.  Ampère  énonce 
refait  d'une  manière  générale,  en  disant  que  «  deux  courans 
>)  électriques  s'attirent,  quand  ils  se  meiivent  parallèlement  «lans 
M  le  même  sens  ;  ils  se  repoussent,  quand  ils  se  meuvent  parallè- 
)i  lement  en  sens  contraire.  » 

Le  phénomène  découvii  t  par  M.  Ara<3;o ,  de  Tlnsfitut ,  n'est  pas 
moins  important.  i'.<-  savant  a  constaté,  par  de  nombreuses  expé- 
riences, cpu- non-setilemenf  le  t"il  conjonctif  dune  pile  agit  sur 
uneaijjuilb'aimantéi' ,  comme  l'a  jirouvé  M.  Ctrstcd  ,  mais  encore 
tfu'il  a  la  ]>ropnété  dainianter  une  aiguille  soumise  à  Tsou  action. 
Si  l'aiguille  est  en  fer  doux,  elle  perd  ses  propriété;,  magnétiques, 
dès  qu'elle  est  hors  de  l'intluence  du  fil  conjonctif;  si  elle  est  en 
acier,  elle  les  conserve  comme  l'aiguille  aimantée  par  les  moyens 
ordinaires.  M»  Arago  a  f.iit  encore  un  gr.uid  nombre  d  expé- 
riences curieuses  qui  seront  publiées  ,  ainsi  (pie  les  niémoire.s  dr 


EL'KOPE.  ■2^1 

M.  Ampère,  dans  le  prochain  cahier  de  l'excellent  recueil  inti- 
tulé Annales  de  physique  et  de  chimie. 

Proced-  pour  imiter  les  manuscrits  orientaux.  —  Une  décou- 
verte ,  qui  doit  avoir  sur  la  civilisation  de  l'Orient  la  plus  grande 
influence  ,  vient  d'être  faite  par  MM.  Demanne  et  Gauttier  ,  se- 
crétaire-adjoint à  l'école  des  langues  orientales.  Ces  messieurs  ont 
présenté,  à  la  dernière  séance  de  l'Académie  des  Inscriptions  et 
Belles-Lettres  ,  les  résultats  dun  procédé  ,  au  moyen  duquel  ils 
sont  parvenus  à  imiter  les  manuscrits  orientaux  ,  de  manière  à 
tromper  l'œil  le  ])lus  exercé.  Ils  ont  obtenu  des  certificats,  signés 
par  plusieurs  professeurs  distingués  et  par  des  Orientaux  instruits, 
qui  constatent  l'importance  de  leur  invention  pour  l'étude  des 
langues  et  pour  le  progrès  des  lumières  dans  le  Levant.  Ils  vien- 
nent de  faire  j)araître  un  prospectus,  dans  lequel  ds  annoncent  les 
œuvres  choisies  du  plus  ingénieux  des  j)oëtes  persans  ,  de  Saadi. 
Les  amis  des  lumières  ne  sauraient  trop  s'empresser  de  seconder 
une  aussi  belle  entreprise. 

f^oyage scientiHijue  —  M.  delà  Pdaie  .naturaliste  distingué, 
a  envoyé  d'Amérique  aux  professeurs  administrateurs  du  Jardin 
du  Roi,  plusieurs  caisses  renfermant  des  oiseaux  de  Terre-Neuve, 
des  mollusques  et  des  plantes  sèches  des  mêmes  contrées.  Parmi 
CCS  objets  ,  il  y  en  a  plusieurs  qui  manquaient  au  3Iusce. 

IV Ole  fournie  par  M.  Hassuna  -  Dghiuz  ,  de  Tripoli  (i),  sur 
Mohammed  Ismael  Khan  ,  voyageur persun  ,  qui  estpaiti  derniè- 
rement de_  Paris  pour  fjondres.  ■ —  «  Vous  m'avez  demandé ,  mon- 
sieur, quelques  détails  sur  Mohiimm.ed  Isntaèl  Khan  ,  et  sur 
l'étendue  de  .'.on  instruction.  'J'out  ce  que  Je  pourrais  dire  de  ce 
Persan ,  ne  vous  ilonnerait  qu'une  idée  imparfaite  du  mérite  émi- 
rieiit  qui  le  distiugui.-.  J'ai  le  plaisir  de  lu  fréquenter,  depuis  deux 
ans,  et  je  puis  dire  que,  dans  cliaque  conversation  ,  je  trouve  de 
nouveaux  motifs  de  l'estimer  et  de  l'admirer.  I\éavec  un  esprit 
observateur,  il  juge  très  sainement  des  borumes  et  des  ciioscs.  Il 
doit  avoir  un  grand  fonds  d'érudition j  car  il  raisonne  pertinem- 
ment sur  beaucoup  de  sujets  dillerens.  On  est  surpris  de  rencon- 


(i)  M.  Hassuna  Dghiez,  beau-frère  du  pacha  de  Tripoli ,  qui 
troure  maintenant  ;'i  Paris,    est  lui-même  un   voyageur  hè- 


éclairé  et  1res  recnrr.mandable 


\ 


ai8  EUROPE. 

trer  chez  cet  Asiatique  des  notions  si  exactes  sur  la  physique ,  le» 
mathemaliqncs,  rasfronomic,  la  minéralogie,  la  botanique,  et 
sur  la  philosophie  et  les  belles-lettres.  Ismaè'l  Khan  est  né  à 
Schiraz.  Son  père,  grand-seigneur  de  la  Perse  ,  et  l'un  des  plus 
riches  p.arliculiers  de  ce  pays  ,  fut  nomme  ambassadeur  auprès 
du  gouverneur  de  la  compagnie  des  Indes,  à  Bombay,  tn  évé- 
nement malluurcux  Payant  surpris  au  milieu  de  sa  carrière  , 
le  gouvernement  anglais  crut  devoir  assurer  à  son  fils  Moliamm<d 
Israael  ^han  ,  une  pension  de  deux  mille  roupies  par  mois  (envi- 
ron cinq  mille  francs).  Ce  dernier  commença,  il  y  a  deux  ans, 
SCS  voyages  en  Europe,  pour  connaître  par  lui-même  les  mœurs 
de  ses  habitans ,  Tetat  actuel  de  kur  industrie  ,  leurs  monunien': , 
et  généralement  tout  ce  que  la  civilisation  europécDne  j>etit  oflrir 
de  plus  remarquable  sous  tous  1rs  rapports.  Avec  .«ies  qualités  na- 
turelles et  acquises,  Ismaël  Khan  j  arvierdra  sans  doute  à  obte- 
nir un  rang  distingue'  parmi  le  petit  nombre  de  voyageurs  dont  les 
excursions  sont  favorables  à  riiuraanité.  11  rédige  et  doit  publier 
les  observations  recueillies  dans  ses  voyages. 

Enielgncinent  mutuel,  —  S.  Exe.  le  ministre  de  1  intérieur  s"est 
rendu,  le  ig  de  ce  mois,  àlEcole  St.-Jean-dc-Beauvais,  pour  cons- 
tater les  progrès  de  rétablissement ,  et  les  ap|ilications  qu'on  y  a 
faites  de  l'enseignement  mutuel  au  dessin  linéaire ,  à  l'étude  de  la 
grammaire  et  à  celle  du  chant.  S.  Exe.  a  été  reçue  par  M .  le  pré- 
fet, fondateur  de  cette  Ecole-modèle,  et  par  M.  le  duc  de  la 
Vauguynn  ,  pair  de  France  ,  président  de  la  Société  pour  l'ensei- 
gnement élémentaire ,  accompagné  des  autres  membres  du  bureau 
et  des  principaux  membres  du  conseil  dadminiNtrafion.  Les 
exercices  de  l'Ecole  ont  commencé  jiar  les  prières  accoutumées. 
Pendant  que  les  élèves  s'occupaient  de  l'écriture  littérale,  ceux 
de  la  classe  de  chant  ont  écrit  de  la  musique  sous  la  dictée ,  faite 
en  trois  parties  sans  intonation ,  et  ils  «mt  chanté  ensuite  ces 
parties  simultanément.  Après  quoi  ils  se  sont  portés  aux  cercles 
pour  la  lecture  vocale  sur  les  tableaux.  Comme  on  ne  peut  don- 
ner ici  qu'une  idée  imparfaite  des  procédés,  on  se  bornera  à  din 
que  les  élèves  pratiquent  successivement  les  exercices  de  mesuic 
et  les  exercices  d'intervalles ,  et  qu'en  séparant  l'étude  de  l'into- 
nation de  celle  de  la  durée  ,  la  diiïiculté  est  diminuée  de  bean- 
couj)  ])our  les  élèves.  Ils  se  familiariïent  avec  l'usage  des  clés  et 


EUROPE.  219 

des  différentes  gammes ,  par  le  moyen  d\m  insirument  inge'nlcux 
appelé  Yindicateiir  vocal,  où  les  cle's  et  les  notes  sont  mobiles.  Ces 
exercices  divers  sont  rigoureusement  assujettis  aux  formes  de 
renseignement  mutuel,  et  aux  moyens  d'émulation  dont  refficacité 
est  connue. 

Pendant  ce  tems ,  tous  les  autres  élèves  s'occupaient  de  récri- 
ture, du  dessin  linéaire,  dans  le  silence  le  plus  parfait,  bien  que 
l'Ecole  compte  aujourd'hui  35o  enfans. 

Aux  exercices  théoriques  ont  succédé  des  morceaux  d'ensemble 
à  deux  et  trois  parties,  chantés  par  les  difiérentes  classes,  avec 
chœur  général  de  l'école. 

Au  signal  donné ,  toute  l'Ecole  s'est  formée  en  classe  de  lec- 
ture. En  se  rendant  aux  cercles  et  en  revenant  dans  les  bancs , 
plus  de  120  élèves ,  formés  parla  seule  audition ,  ont  fait  entendre 
des  cantiques  moraux  et  religieux  ,  dont  l'harmonie  a  causé  une 
vive  émotion  à  tous  les  spectateurs.  Ces  exercices  n'enlèvent  au- 
cun instant  aux  autres  études ,  puisqu'ils  se  font  pendant  les 
marches  accoutumées.  Ils  consistent  en  airs  à  deux  jiarties ,  canon 
à  trois  parties,  et  chœur  à  quatre  parties  ;  ces  chants  sont  exécutés 
sans  le  concours  d'aucun  accompagnement. 

L'excellente  tenue ,  l'ordre  et  le  sUence  observés  dans  l'Ecole , 
la  précision  des  mouvemens,  l'habileté  des  moniteurs ,  l'assurance 
avec  laquelle  les  élèves  répondent  sur  l'orthographe  des  mots  et  sur 
toutes  les  interrogations  qui  leur  sont  adressées,  eniinla  connais- 
sance complète  qu'ils  ont  âa  catéchisme,  ont  fixé  l'attention  de 
S.  Exe. ,  qui  a  rcrnarqué  aussi  avec  plaisir  la  perfection  avec  la- 
quelle ils  écrivent  sur  Pardoise  et  sur  le  papier,  et  leur  adresse  à 
tracer  toutes  les  figures  du  dessin  linéaire.  Un  enfant  a  chante 
deux  airs  à  première  vue  et  sans  faute;  trois  élèves  ont  exécuté 
tnsiiite  un  chant  à  trois  voix,  d'une  manière  surprenante  pour 
d'aussi  jeunes  enfans ,  qui  ont  seulement  quelques  mois  de  leçons. 
La  séance  a  été  terminée  par  le  Dotflne  sah>ti;n  fac  regeniy 
chanté  par  toute  l'école  avec  un  ensemble  parfait. 

M.  le  préfet  a  présenté  à  S.  Exe.  M.  Radoureau,  directeur  de 
l'Ecole,  et  M.  C  AVilhem,  professeur  et  compositeur  de  musi- 
que, auteur  de  l'ingénieuse  méthode  qui  vient  d'y  être  intro- 
duite avec  un  succès  complet.  Le.  même  professeur  a  composé 
une  collection  de  tableaux  qui  doit  servir  à  la  répandre  promp- 


>in  KL'ROPK. 

tcrarnt  dans  tontPs  les  croies  de  France,  et  qui  sera  l)irnlôt  pu- 
Mie'e^  S.  Exe.  lui  a  tcmoignd  sa  vive  satisfaction.  Fnfin  ,  M.  le 
comte  Simeon  a  adresse  aux  élèves  drs  paroles  ]il('ines  de  bonté' j 
et,  après  leur  avoir  recommande'  l'attarhnment  à  leurs  devoirs 
moraux  et  reIij;icMx  ,  l'amour  du  roi  «t  du  prinre  noiiveau-ne', 
dont  ils  pouriaienf  être  un  jour  les  serviteurs  utiles,  et  qui  serait 
leur  père,  il  a  prorais  deux  places  gratuites  à  TEcole  des  arts  et 
métiers  de  (^hâlons,  en  faveur  des  deux  élèves  les  plus  distingués. 
Il  s'est  retire'  aux  cris  re'petës  de  vi>-e  le  roi!  prononcés  avec  en- 
thousiasme par  toute  D' cole. 

KÉcLAVATiox.  — J'ai  lu,  dans  le  Constituttr^nriel  au  iC  juillet 
dernier  ,  une  lettre  signée  II.  N.  ScIfJJer,  relative  à  sa  traduc- 
tion des  Annales  itatisliques  des  Etats-Unis.  Permettez-moi,  je 
vous  prie,  d'y  répondre  par  la  voie  de  votre  estimable  recueil. 

M.  Schefier  admet  dans  sa  lettre,  qu'il  a  aljn^c  mon  ouvrage; 
reste  à  savoir  s'il  en  a  fait  un  fidèle  et  utile  abrégé?  Je  n"hé>ite 
pas  à  répondre  négativement ,  «'l  à  répéter  qu'il  a  altéré,  sans  le 
vouloir,  V expression  Jf  mes  sentimens.  11  suflit  de  comparer  les 
deux  ouvrages  pour  y  trouver  la  preuve  de  cette  assertion. 
M.  Sclieffer,  dans  son  livre,  pages  i3i  et  suiv.  ,  soutient  qu'une 
nation  peut ,  sans  s'appauvrir,  recevoir  d'une  autre  nation  pour 
plus  de  valeur  que  les  marchandises  qu'elle  donne  en  retour  à 
cette  même  nation,  et  il  nie  (jue  j'aie  adopté  la  même  doctrine. 
F.n  voulant  m'attiibiier  îles  idées  depuis  long-tems  rejetées  par 
tous  ceux  qui  s'occupent  d'économie  politique  ,  il  retranche 
finq  pages  entières  de  mon  ouvrage,  ainsi  que  plusieurs  para- 
graphes et  passages  de  paragraphes,  et  il  leur  substitue  plus  de 
trois  pages  de  sa  composition  ,  pour  établir  des  principes  qui 
sont  développés  plus  au  long  dans  l'original.  On  peut  même  se 
convaincre,  par  la  prétendue  traduction  de  M.  SchelTer,  (|tic  les 
opinions  epTil  s'attribue,  page  \^■>.,  m'appartiennent  rérlleuientj 
car,  dans  les  pages  liQct  i4",  •'  conserve  assez  de  mes  propres 
r  :isonnemens  pour  faire  connaître  mes  jnincipes,  en  ce  qui  re- 
garde la  balance  du  commerce. 

Il  signe  ensuite,  comme  étant  de  lui,  sans  doute  ]>ar  une  mi-'- 
prise  qui  lui  est  échappée,  une  note  jdace'e  au  bas  Ae  la  page  aS 
dans  l'original,  <t  à  la  page  8»  de  sa  traduction.  M.  Sclufli  r  dit 
qu'il  a  «  di'i  ehiisir  ci-  qui  lui  parai'-sait   intéresser  le  public  ,  et 


EUKOPE.  22 1 

»  rejeter  ce  qui  ne  pouvait  intéresser  qu'un  citoyen  des  Etats- 
j<  Unis.  »  S'il  avait  été  fidèle  à  ces  principes,  je  ne  m'en  serais 
paspl.iint  j  mais  M.  Scliefl'er  ne  prétendra  sûrement  pas  que  l'iiis- 
toire  et  les  cleltiiù  du  commerce  des  Etats-Unis  avec  les  pays 
étrangers  n'intéressent  pas  le  puLUc.  Si  l'on  admet  ce  principe, 
qui  me  paraît  incontestable,  il  ne  s'agira  plus  que  de  le  comparer 
;i  vec  la  manière  dont  M.  Scheflèr  a  exécuté  sa  traduction  ou  plutôt 
son  abngé.  Il  a  omis  :  i°  les  détails  et  tableaux  de  toutes  les  niar  - 
cliandiseseorporfees,  depuis  1789  jusqu'au  mois  de  septembre  1802; 
2°  les  détails  et  les  tableaux  de  toutes  les  marchandises  étran- 
gères réexportées  depuis  octobre  1802  jusqu'au  mois  de  septem- 
bie  1817  j  io  les  détails  et  les  taî)leaux  de  toutes  les  marchandises 
importées  aux  Etats  L'uis  depuis  i7<S9  jusqu'au  mois  de  septem- 
bre 1800  j  4o  enlin  ,  les  détails  et  les  tableaux  de  toutes  les  mar- 
chandises importées  aux  Etats-Unis,  depuis  octobre  1800  jus- 
qu'en septembre  i8i5.  lia  également  omis  le  Tarif  lies  États- 
Unis,  et  beaucoup  d'autres  tableaux  d'un  grand  intérêt  pour  les 
nations  qui  désirent  cultiver  des  relations  amicales  avec  les  Etats- 
Unis.  11  est  évident,  d'après  ce  qui  précède,  que  le  livre  de 
M.  Scheflèr  ne  fournit  point  les  données  ncctjssaires,  pour  qu'eu 
Duisse  former  un  résumé  exact  et  complet  du  commerce  des 
Etats-Unis  pour  «  une  année,  depuis  rétablissement  du  gouver- 
})  nemeut  fédéral!  »  M.  SchefTer  a  mutilé  la  plupart  des  chapitres 
de  mon  ouvrage,  d'une  manière  semblable  à  celle  dont  il  a  traité 
celui  du  commerce  des  Etats-Unis  j  je  me  dispense  donc  d'entrer 
dans  de  plus  grands  détails.  J'aime  à  croire  à  la  sincérité  des  ex- 
pressions d'estime  pour  mon  pays  natal,  contenues  dans  la  lettre 
de  M.  Scht:flèr.  Mais,  alors,  comment  a-t  il  pu  omettre  le  récit  de 
nos  brillans  exploits  sur  mer,  pendant  la  dernière  guerre  contre  la 
6rande-Bretagne  (  voyez  l'original,  page  660  )  ?  il  aurait  pu  re- 
marquer des  résultats  dii;nes  de  son  admiration,  et  une  impor- 
tante leçon  pour  toutes  les  puissances  maritimes  de  l'Europe 
continentale.  M.  Scheflèr  assure  ne  connaîtie  que  deux  articles 
qui  ont  recommandé  mon  ouvrage  avant  la  publication  du  sien, 
et  dont  il  était  l'auteur,  comme  00  peut  le  vérifier  dans  le  Cen- 
si-ur  Européen,  d'après  les  lettres  initiales  placées  à  la  fia  des 
articles.  Je  n'ai  vu  qu'une  seule  annonce  de  mon  ouvrage  dans 
le  Censeur  Européen  du  mercredi  25  aolit  1819,  avec  la  signa- 


I 


aaa  EUllOPK. 

tureE.  A.  L.i  Kttre  de  M.  Scljefler,  insérée  dan'ilcrConstituiionnet 
du  i6  juillet  i8ao,  est  signée  T.  N.  Srheffer,  et  la  traduction 
dont  il  s'agit  porte  le  nom  de  C.  A.  Scliefl'er.  Jajouterai  qu'il 
existe  au  moins  deux  autres  annonces  raisonnces  de  mon  ouvrage 
dans  les  journaux  français  (  voyez  fieme  Iincycloprdit/ue ,  t.  III, 
août  1819,  p.  261  ,  et  septembre  1819,  p.  ^Si  ).  M.  Schcfler  au- 
rait pu  y  voir  que  les  collaborateurs  de  ce  recueil  s'étaient  pro- 
pose de  traduire  mon  ouvrage,  s'ils  n'avaient  pas  etc  informc-s 
qu'une  autre  personne  avait  entrepris  ce  l-.avail;  je  pense  que, 
si  CCS  Messieurs  l'eussent  fait  ,  ils  en  auraient  donne  «ne  traduc- 
tion plus  fidèle,  et  que  je  n'aurais  pas  été  foret?  de  soutenir  une 
controverse  du  genre  de  celle  où  je  me  suis  trouvé  cnlraroe' 
malgré  moi.  Adam  Setbert. 

PoRLiCATioMS  NocvKtLES  ET  PBOcnAi^Es. — Traduction  complète 
des  OEtivrei  de  iiV  Waltf.r  Scott,  précédée  d'une  notice  liislo- 
rijjue  sur  cet  auteur,  et  ornée  de  son  portrait. —  L'intérêt  qui 
s'attache  à  tout  ce  qui  sort  de  la  plume  de  sir  Waltcr  Scott, 
faisait  depuis  long-tems  désirer  la  publication  complète  de  ses 
œuvres.  I^ia  traduction  que  nous  annonçons  est  destinée  à  remplir 
ce  vœu.  Elle  se  divise  en  deux  collections  indépendantes  l'une  de 
l'autre,  celle  des  poésies  et  celle  dos  romans.  La  j)remière  a  été 
confiée  aux  soins  des  traducteurs  de  lord  Byron  ;  la  seconde,  \ 
riiomme  de  lettres  quidéjà  nous  avait  fait  connaître  quelques-uns 
des  meilleurs  ouvrages  de  sir  "VValter  Scott.  Les  deux  collections 
s'augmcTiteront  au  fur  et  mesure  que  le  romancier  écossais  don- 
nera de  nouvelles  preuves  de  l'heureuse  fécondité  qui  le  distin- 
gue. On  vient  de  publier  les  tomes  V  et  VI  de  la  première  série 
des  OEuures  ;  ils  contiennent  A/arminn  et  de«  ballades.  Chaque 
livraison  de  romans  ,  composée  de  quatre  volumes,  est  du]>rix  de 
10  francs  poiir  les  souscripteurs  Les  pocsies  paraissent  par  li- 
vraisons de  deux  volumes  ,  dont  le  prix  est  de  5  francs.  On  sous- 
crit, à  Paris,  chez  Ladvocat,  au  Palais-Royal. 

—  p^ollaire ,  édition  en  i5  volumes  t/i-12  ,  publiée  par  3f.  Tou- 
Cfuet.  Prix,  3o  fr.  —  Cette  édition  contiendra  V Hssai  sur  les 
Morurs  et  r Esprit  des  Nations ,  le  Siècle  de  Louis  .\If^,  le  Pré- 
cis  du  Siècle  de  F.ouis  Xf^,  Y  Histoire  de  Charles  \JI ,  le  Diction- 
naire philosophique,  des  Contes  et  Uomans  ,  les  Poèmes,  le  Thi'd 
tre ,  des  Poésies fugitiues ,  des  J''r,7qmcns ,  etc.,  etc.,  etc.  —  II  en 


» 


EUROPE.  233 

paraît  un  volume  tous  les  dimaDches,  depuis  le  24  septembre.  L« 
i5*  et  dernier  serapublie'  le  3i  décembre  1820. 

On  souscrit ,  en  payant  ou  sans  payer ,  pour  tout  ou  partie  de 
l'ouvrage,  même  pour  un  seul  volume,  chez  Véditeur,  rue  de  la 
Huchette,  n"  18  j  Baudouin  frères,  rue  de  Vaugirard,  no  36, 
moyennant  2  fr.  par  vol.  pour  Paris ,  3  fr.  pour  les  de'partemens, 
et  4  fr.  pour  Fe'tranger.  Les  souscripteurs  qui  auront  payé  à  l'a- 
vance ,  recevront  le  volume  à  domicile ,  au  moment  de  la  publi- 
cationj  ceux  qui  ne  sont  qu'inscrits,  le  prendront  au  bureau  où 
ils  auront  souscrit.  La  souscription  sera  fermée,  pour  chaque  vo- 
lume, à  l'instant  de  sa  publication.  Les  volumes  déjà  publiés  se- 
ront payés  3  fr.,  et  les  volumes  à  publier  2  fr.  Au  1"'  janvier 
1821 ,  le  prix  de  rédition  sera  de  5o  fr.,  pour  Paris. 

—  On  annonce  comme  devant  paraître  incessamment,  chez 
Barrois  l'aîné,  libraire,  rue  de  Seine,  n"  10,  une  traduction 
française  d'un  ouvrage  intitulé  ;  Manuel  du  F  histoire  politique  de 
V Europe  et  de  ses  colonies ,  depuis  la  découverte  des  deux  Indes,  par 
A.  II.  L.  Heeren,  professeur  d'histoire  à  Goltingen.  Un  homme 
de  lettres  distingue  surveille  la  traduction  de  cet  ouvrage  qui  a 
obtenu  en  Allemagne  un  succès  général  ,  et  dont  nous  nous  pro- 
posons de  rendre  compte  ,  aussitôt  que  la  traduction  en  aura  été' 
publiée. 

Théâtre  français.  —  Le  Paresseux ,  comédie  en  trois  actes  et 
en  vers.  Cette  pièce  n'a  eu  que  trois  ou  quatre  représentations  , 
et  l'auteur  a  gardé  l'anonyme.  (Cependant  son  ouvrage  est  loin 
d'être  sans  mérite  :  il  renferme  des  scènes  agréables  et  un  grand 
nombre  de  vers  de  bonne  comédie  ;  le  rôle  du  paresseux  est  tracé 
avec  art;  il  y  a  du  comique  dans  celui  de  l'oncle,  vieux  plaideur 
normand.  Mais  ,  ce  qui  a  indisposé  les  spectateurs  ,  c'est  un  rôle 
de  femme  véritablement  odieux  ,  et  qui  de  plus  nous  paraît  man- 
quer de  vérité.  Nous  avouerons  aussi  que  le  choix  du  sujet  ne 
paraît  pas  heureux  :  l'auteur  est  tombé  dans  une  erreur  trop  com- 
mune aujourd'hui ,  celle  de  prendre  pour  un  caractère ,  un  défaut 
qui  se  trouve  dans  des  hommes,  d'ailleurs  très  difTérens  les  uns 
des  autres,  et  qui  pourrait  fournir  au  plus  la  matière  d'un  acte. 

—  Clouis  ,  tragédie  en  cinq  actes  ,  par  M.  Viennet.  Cette  pièce 
a  obtenu  un  succès  complet  à  la  première  représentation.  Elle  le 
doit  plutôt  à  un  style  correct,  vigoureux,  et  parfaitement  coove- 


aa',  tUROPF. 

Tiiililr  au  siijtt,  qu'à  lies  ftildiilions  et  à  des  caractères  vraiment 
dramatiques.  La  |>remiérc  moitié  de  cette  tragédie  avait  fait  con- 
cevoir aux  sprrtateui".  di-s  esperancC'î  que  raulte  moitié  n'a  pas 
réalisées.  Il  ri'^^ne,  d<ins  les  deux  derniers  actes ,  une  confusiuH 
fatigante.  On  a  peine  à  suivre  Ir  iil  des  événe.ni-ns  ,  dont  le  plus 
grand  nnudtre  se  pa'i'e  Lors  de  la  scène;  et-  qui  a  forcé  Tautcur  à 
uiulliplitr  les  récits.  Le  rôle  de  (Jlovis  est  tracé  d'uni;  main  ferme      1 
et  contient  des  morceaux  de  la  plus  grande  beauté,  ^'ous  donne-     I 
rons  aussi  dits  éloges   an  personnage  de  Clodérii;,  tlans  lequel 
r.iuleur  a,  pour  ainsi  dire,  personiiiOé  la  barbarie  des  Francs, 
de  même  ipiil  a  peint  dans  celui  de  Césaire  ,  l'astuce  et  la  perii- 
dic  de  la  cour  de  Rvsan'-,c-  l-es  aitn-s  rô  es  nous  par.iis  ent    fai- 
bles. Le  {général  gaulois  Sia^riiis  ni  >ntre  ilans  j>lusieur.>  »c«nes  si 
peu  de  caractère,  quil  détruit  en  partie  i'inti  rèt  qu'inspirait  d'a- 
bord son  courage,  tudomire  ,    sœur  de  (^lovis  el  amante  de  Sia- 
grius,  est,  sui»ant  nnus,  un  personnage  insij;ni(iant  :  ses  amours 
n'ont  rien  qui    intéresse.   l'n  gén<-riil ,    les   personnages  de  celle 
tragédie    se   trouvent   presque  toujours  dans  la  même  situation  j 
ce  qui  rend  l'ensemble  de  lii  repri'Sentation  froid  et  monolnne.  F-n 
dernier  résultat,  nous    pensons  que   cet  ouvrage   fait  beaucoup 
d'Iionncnr  au  Uilent  poéli({ue  de  iM.  Vicnnet,  et  peut  faire  espérer 
un  auleut*  dramatique. 

WÉChor-oGiE.  —  f^insn.i.  —  !\I.  l'abbé  Vin^on  est  mort  à  Paris, 
vers  la  (in  du  mois  de  .siptembre  <lerniir,  âgé  de  cinijuante-huit 
ans.  11  est  connu  par  louvrage  qu'il  j>ubha  ,  en  181G,  sur  le  coa- 
conliii ,  et  par  un  opu.scule  en  vers,  intitulé:  Lfilre  à  mon  hoii' 
Tii.iir.  Il  a  composé  aussi  un  poénie  didaeti(|ue  sur  les  Quatre  y1^e$ 
lie  l'homme,  dont  il  n'a  publii'  que  les  premiers  chants.  M.  L'abbé 
Vinson  était  aussi  un  liabile  astronome.  Pendant  son  «'migralion, 
il  avait  fait  construire  à  Londres  un  obseivatoire  où,  à  laide 
d'une  macUine  inp;énieuse,  il  démontrait  le  système  du  mouve- 
ment tics  astres.  L.et  observatoire  a  été  deux  fois  vi.sité  par 
Louis  xvm,  qui  accorda  des  témoignages  flatteurs  d'approbation 
à  son  fondateur. 

—  t'antiu-fJisntlnnis. — M.  Antoine  Fantin-Dc.sodoars  ,  au- 
teiir  d'une  Contin'ialinn  île  C Histoire  de  t'rnncc  Je  Fely  ,  '/'""« 
Hiilniie  lie  lu  ranlution ,  etc.,  est  mort  à  Paris,  le  37  septembre 
i8ao,  à  l'âge  de  b-j  ans. 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

ou 
ANALYSES  ET  ANNONCES  RAISONNÉES 

Des  productions     les  plus    remarquables    dans   la 
Liitérature ,  les  Sciences  et  les  Arts. 

XVVVVVVVVVV\VVVVVVVVVVV\'\\VVVVVVV\Vi/V^^«VVVVVV\'VVVW^VV«'VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV 

I.  MÉMOIRES,  NOTICES, 

LETTRES    ET    MELANGES. 


NOTICE 

Sur  l'état  actuel  des  bateaux  à  vapeur  aux  États-Unis 
d' Amérique. 

La  belle  découverte  qui  met  en  mouvement  de 
grands  corps  flottans  par  l'action  de  la  vapeur ,  et 
le  degré  de  perfectionnement  qu'elle  a  commencé 
d'atteindre,  ne  sont  pas  seulement  le  fruit  de  quelques 
années  de  recherches  et  de  travaux.  Cela  prouve 
quelle  combinaison  d'efforts  et  de  connaissances  il 
a  fallu,  pour  inventer  et  perfectionner  un  procédé 
qui  fait  époque  dans  l'histoire  des  progrès  de  notre 
siècle. 

Le  premier  qui  eut  l'idée  d'appliquer  les  vapeurs 
raréfiées ,  comme  force  motrice ,  fut  le  marquis 
ÏVorcheslery  qui  publia ,  en  i663 ,  sous  le  titre 
TOME  vni.    23*  Cahier.  i5 


jiff  i\OJlCK 

tl'?//i  siècle  d'itwentîons  (  ^  cenlnry  of  invontions  ), 
lin  ouvrnge  rontcnanl  l)!'aii(()np  de  vues  originales , 
mais  dont  la  piujtarc  sont  impiaticables. 

Ce  fut  dans  cet  ouvrage  furcn  iCJliç),  Savary 
puisa  la  première  conception  d'une  macliinc  à  va- 
jieur  ,  qu'il  commença  nième  à  exécuter  d'une  ma- 
nière encore  imparfaite;  ce  fut  ensuite  en  1^06, 
qu'un  nommé  Newoommen  fit  Tune  des  découvertes 
les  plus  essentielles,  en  inventant  le  cylindre  dans 
le(jucl  la  vapeur  élastique  agit  sous  un  piston. 
Ncwcommen  ,  par  le  moyen  d'un  grand  levier,  ap- 
])!iqna  celte  force  à  une  ponq>e-,  (;t,  de  là  ,  le  nom 
de  pompe  à  feu  rpie  reçut  cette  machine. 

En  1717»  Heigluorry  lit  (pielques  cliangemens 
utiles-,  mais  il  était  réservé  au  génie  supérieur  de 
M.  Watts ,  de  Glascow  en  Ecosse  ,  d'ériger  l'art  des 
machines  à  vapeur  en  système  théorique.  Il  prouva 
évidemment  ([ue  l'eau  ,  con\erlie  en  vapeur,  oc- 
cupe, sous  la  pression  ordiuaii-e  de  ratmosphèrc , 
un  espace  dix-huit  cents  fois  plu$  graud  que  dans 
sou  état  liquide. 

Les  expériences  faites  et  les  améliorations  pro- 
gressives obtenues  par  M.  Watts^  depuis  l'an  1765, 
surpassèrent  toutes  ses  espérances-,  mais,  ce  fut 
m  1781  qu'il  parvint  au  faîle  de  sa  gloire  ,  en  dé- 
couvrant le  moyen  de  produire  un  mouvemeut  cir- 
culaire autour  d'un  essieu  fixe,  La  découverte  de 
ce  niécauisnie  donna  un  nouvel  essor  aux  manufac- 
tures de  la  Grande-Bretagne,  qui,  par  son  indus- 
trie natioualc  ,  s'éleva  bientôt  a  nu  degré  de   fuice 


SUR  LES  BATEAUX  A  VAPEUR.  227 

et  de  splendeur   dont  les  annales  du  monde   n'ont 
jusqu'ici  présenté  aucun  exefnple. 

En  1802,  M.  Fulton  construisit  un  bateau  à 
vapeur  sur  la  Seine  ^  ce  n'était  qu'une  expérience 
bien  impaifeile ,  comparée  à  celjié  du  bateau  le 
Cleimont^  qui  fut  lancé  d<^pnis,  en  1808,  à  New-York. 
Fulton,  par  rexpérience  qu'il  fit  alors  ,  l'éussit  enfin 
h  perfectiounor'  cette  belle  ynVeiitîoTi . 

Depuis  le  niomcnt  où  l'on  s'est  aperçu  delà  forcel 
exppnsivc  de  la  vapeur,  il  sVst  écoulé  près  d'un 
siècle  et  demi  ,  avant  qu'on  soit  parvenu  à  appli- 
quer cette  découverte  avec  succès  à  la  nàvigntion  ; 
ce  qui  prouve  la  lenteur  des  progrès  de  l'esprit  liu- 
niain  en  tout  ^enre.  '- 

Cette  manière  de  naviguer  sur  lès  lacs  ,  et  de  re- 
monter les  grandes  rivières  ,  doit'à 'Ift  fois  faciliter 
les  cofnmunications  ,  ouvrir  de  nouvelles  routes  aux 
entreprises  commerciales,  et  répandre  partout  le 
bien-être  et  les  richesses  •,  mais,  c'est  surtout  dans 
de  vastes  contrées,  comme  l'Amérique  ou  la  Russie, 
qu'elle  contribuera  puissamment  à  rapprocher  les 
liommes ,  et  à  resserrer  de  plus  en  plus  les  liens 
d'une  fraternelle  union  entre  les  habitant  des  con- 
trées les  plus  éloignées. 

En  Angleterre  et  en  France,  les  bateaux  à  va- 
peur ne  peuvent  être  qu'un  diminutif  de  ce  qu'ils 
sont  dans  le  Nouveau-Monde,  où  ils  ont  pris  des 
dimensions  analogues  au  caractère  noble  et  impo- 
sant des  rivières  de  ce  continent.  Aussi,  c'est  en 
Amérique   seulemenl  qu'on    a  pu  ,  appliquer   avec 

i5* 


>a8  NOTICE 

succès,  et  perfectionner,  un«: invention  dont  on  avait 
bien  conçu  l'iJée  avant  Fulton  ,  mais  qu'il  lui  était 
réservé  de  rendre  essentiellement  utile. 

En  considérant  les  lacs  immenses  du  Nouveau- 
Monde  ,  ainsi  que  les  grands  fleuves  du  ISlississipi , 
du  Missouri  et  de  l'OUio ,  avec  leurs  rivières  tribu- 
taires qui  parcourent  un  espace  de  5o,ooo  milles 
ou  iG, 666  lieues  de  contrées  différentes,  et  en  cal- 
culant que  celte  découverte  influera  dans  l'avenir 
sur  le  bien-être  de  tous  ces  États ,  on  apprécie  tout  ce 
qu'elle  a  de  magnifique  et  de  prodigieux. 

Pour  montrer  la  lenteur  ordinaire  avec  laquelle 
on  adopte,  en  Europe,  des  découvertes  utiles,  et 
le  peu  de  confiance  qu'elles  inspirent,  je  rappellerai 
que  le  premier  bateau  à  vapeur  fut  mis  en  mouve- 
ment en  Amérique  ,  en  1808  ,  sur  la  rivièie  d'Hud- 
son  ,  et  en  Ecosse,  seulement  au  mois  de  mai  181 3. 
A  New -York,  dès  l'origine,  ce  bateau  fut  continuel- 
lement rempli  de  passagers  ,  et  l'on  accueillit  gé- 
néralement la  nouvelle  invention  avec  une  grande 
confiance  ;  tandis  que  le  nombre  des  passagers  sur 
le  bateau  à  vapeur  établi  sur  la  Clyde  ,  en  Ecosse , 
ne  suffisait  pas,  dans  le  commencement ,  pour  cou- 
vrir les  dépenses  du  chaufiage  et  de  l'entretien  jour- 
nalier. 

Il  existe  à  New-York  dix  bateaux  à  vapeur  qui  ne 
sont  destinés  qu'au  transport  des  passagers  et  à  réta- 
blissement de  communications  promptes,  siîres  et 
commodes  entre  cette  ville  et  les  routes  qui  vont  à 
Philadelphie  et  à  Boston.  Le  voyage  de  New-York 


SUR  LES  BATEAUX  A  VAPEURS  229 

à  Allbany  se  fait  enlièrement  sur  des  bateaux  à 
vapeur.  ludépenJamment  de  ces  dix  bateaux ,  il 
existe  encore  à  New-York  deux  bacs  à  vapeur ,  sur 
lesquels  on  passe  les  chevaux  et  les  voitures  pour 
aller  dans  le  New-Jersey,  à  Paurs-Hook  ,  ou  sur 
Long-Island  à  Brooklyn*,  ces  bacs  entretiennent  une 
communication  perpétuelle  entre  la  ville  et  ces 
deux  endroits  qui,  par  ces  ponts  flottans ,  sont  de- 
venus des  faubourgs  de  New-York.  A  la  Nouvelle- 
Orléans  ,  on  ne  compte  pas  moins  de  cinquante 
bateaux  à  vapeur,  de  différentes  grandeurs,  qui  par- 
courent le  Mississipi ,  le  Missouri  et  l'Ohio,  jusqu'à 
Pittsbourg  en  Pensylvanie  •  ces  bateaux  font  le 
cabotage  et  comprennent ,  ensemble ,  sept  mille  trois 
cent  six  tonneaux  de  port. 

Un  grand  nombre  des  bateaux  du  Missis.sipi  ont 
les  roues  placées  à  l'arrière  ,  et  le  cylindre  posé 
horizontalement.  On  a  observé  cet  arrangement 
pour  ménager  la  largeur  du  bâtiment  ,  quand  on 
rencontre  des  endroits  où  le  passage  se  rétrécit,  à 
cause  des  arbres  enfoncés  qu'on  trouve  quelquefois 
dans  le  Mississipi.  Le  plan  de  ces  roues  (il  y  en 
a  une  à  chaque  côté  du  gouvernail  )  est  parallèle 
à  ligne  projetée  de  la  quille. 

Le  gouvernement  des  Etats-Unis  ,  voulant  avoir 
un  poste  avancé  sur  le  Missouri,  et  faire  explorer 
tout  le  pays,  jusqu'à  la  rivière  de  la  Pierre-Jaune 
(  Yellow-Stone-River  )  ,  vient  d'employer  deux  ba- 
teaux à  vapeur  pour  cette  expédition  importante. 

Je  n'ai  pas  eu  l'occasion  d'entreprendre  des  voyages 


a3o  ^OnCF, 

sur  Iti  îac  Érié,  clans  le  gran«l  baloau  TValk  in  ihr 
walrr  ^  j'aurais  pu  alors  mieux  ol>M-'rvcr,  It*  lanjçai^c 
ol  le  rouli'i  (Je  ces  bàiiruiins,  ci.  Te/ret  f^u'ils  nuraieni 
produit  sur  la  macliinij  ;  cejMii(IiU)l,  m  .lUuut'  tic 
iScw-Haven  dans  le  Conneojicut ,  cl  longoaut  le  dé- 
troit de  LoDi^-island  qui ,  à  rendimichurc  àc.  la  li- 
vicrc  Conneclicul  ,  a  quatre  lieues  de  largeur  , 
nous  essuyâmes  un  violent  coup  de  vent  d'ouest . 
accompagné  de  gr^-le  ;  les  lan»es  étaient  asscr 
lortes  ,  piincipaleiuent  vis-à-vis  de  retnhourhut e 
de  la  rivière  ^  le  coulis  du  Làtinumt  était  tel, 
qu'une  des  roues  sortait  bVitiièccment  de  l'ôau,  pen- 
dant que  l'autre  s'y  enfonçait  dans  la  même  pro- 
portion. Malgré  cela,  je  ne  pus  remanjuer  aucune 
différence  dans  le  mouvement  de  la  machine,  qui 
paraissait  être  toujours  le  môme. 

Si  je  dois  m'^-n  rapporter  à  cr  que  d  autres  per- 
sonnes m'ont  dit  à  ce  sujet,  on  semble  fort  peu 
^'inquiéter  du  mouvement  du  bâtiment  •,  on  m'a 
assuré  que  des  bateaux  à  vnpeur  travebiarrnt  sans 
danger,  et  presquii  en  tout  lems ,  les  ïjrarid.s  lacs, 
où  cependant  la  lame  est  courte,  rapide  et  forte. 

A  New- York,  on  construit  plusieurs  bateaux  à;va- 
pcur,  destinés  pour  la  NouveilerOrléansi,  <^ui,  dans 
leur  trajet,  sont  exposés  à  une  rôle  ouverte  et  non 
abritée,  pendant  au  moins  deux  cjmiLs  lieiu's  •  et  l'on 
n'a  encore  ebtehdu  pnrlei-  (l'aucun  nccident  {irrivé 
à'  ce»,  b^iteaux..  On  lança,  l'autorfiinO'  dlH•r^un^  ^  un 
ba*ra»i  construit  dah.*;  le  «hanlicr  dq  M.  Efliford,.à 
New-^  tu  k,  desliné-à  tï-tvif^uer  coirinii'  pnqiucboi  eiilrc 


sur.  LES  BATEAUX  A  VAPEUR.  23  r 

la  Nouvelle-Orléans  et  cette  ville.  Ten  ai  observé  la 
construcilon.    Ce  bateau  est  de  la    même  longueiit' 
que  le  Chancellor  Livingston  ^  dont  le  pont  est  d(^ 
cent  soixante  pieds  \  il   est  un  peu  plus  large  que 
ce    dernier  \    il    lire  dix   pieds    d'eau    lorsqu'il  est 
chargé ,    et  il  est  du  port  de   sept  cent   quarante 
tonneaux.    Les  salons  en  sont  vastes  et  ornés  avec 
élégance  -,  il  peut  contenir  environ  deux  cents  pas- 
sagers ;  la  machine  est  une  des  plus  puissantes,  et 
fortement  construite;  le  cylindre  a  quarante- trois 
pouces  de    diamètre.    On   a   nomtué    ce    bateati  le 
Robert  Fulton.  Ses  ailes,  ou  supports,  sont  ouvertes 
en  dessous,  pour  donner  moins  de  prise  à  la  lame, 
et  n'ont   que  la   longueur  nécessaire  pour  que   la 
roue  puisse  tourner  librement.  Je  vis   ce  beau  bâ- 
timent, lorsqu'il  partit  pour  la  Nouvelle -Orléans  ; 
et ,  tel  (ju'il  était  alors  ,  il  revenait  à  200,000  dollars. 
On  avait  érigé   à   bord  du  Robert  Fulton  trois 
mâts  très  faibles  et  très  peu  gréés  -,  on  les  destinait 
à    porter    trois    voiles   carrées ,    à   peu  près   de    la 
forme  de  celles  des  lougres  ou  chasse-marées ,  pour 
s'en    servir  par  un    beau  lems,    avec  un  vent  f^v¥>- 
rable,  en  même  tems  que  l'on  emploierait  la  ma- 
chine. Mon  opinion,  cependant,  est  qu'il  ne  faudrait 
pas  se  risquer    par  un  gros   tems  et  avec  une  mer 
agitée  \  car,  dans  cette  position,   la  lame  pourrait 
briser  les    ailes    et    les  roues ,    malgré   la  force  ex- 
traordinaire qu'on  tache  de   leur  donner.  La  seule 
manoeuvre  pour  conserver  les  roues,  dans  ce  cas, 
serait  de  présenter  la  pcoue  du  bateau  droit  au  vent 


aSa  NOTICE 

et  à  la  Inmc  ;  faisant  toujours  travailler  la  machinp 
et  ne  donnant  jias  au  bateau  plus  de  sillage  qu'il 
n'en  faudrait  pour  le  gouverner  et  le  tenir  dans 
cette  situation,   tant  que  durerait  la  tempête. 

Il  est  absolument  inutile  d'appliquer  cette  inven- 
tion aux  vaisseaux  marchands  ordinaires  -,  d'abord  , 
on  perdrait  l'économie  (ju'on  fait  en  épargnant  le 
gréement  sur  les  bateaux  à  vapeur  -,  en  seccind  lieu, 
la   maehine  avec   la    chaudière   occuperait    tant  de 
place  ,  qu'il   y   aurait   peu  d'espace  pour  la  cargai- 
son ;  enfin,  plusieurs  marchandises  seraient  sujettes 
;'i  se  gâter  par  la  chaleur   excessive  des  chaudières. 
Le  vaisseau  à  trois  maLs  le  Sahwanna  ,  sur  lequel 
on  installa  une  machine  à  vapeur,  et  qui,  pendant 
l'année    1819,    fut   dirigé  sur  la  mer  Baltique,  n'a 
pas  répondu  aux  espérances  qu'on  en  avait  conçues. 
J'avoue  que  mes  informations ,  relativement  à  la 
batterie  de  vapeur  à   New-York,  sont  très  inconi- 
j)!ètes  :  M.  Maresquier ,  ingénieur-constructeur  dis- 
tingué,   qui   vient   aussi   de   voyager  en   Amérique 
pour  étudier  tout  ce  (jui  a  rapport  à  cet  objet,  four- 
nira sans   doute  des  renseigneniens  plus  positifs   et 
plus  étendus  que  les  miens. 

Pour  donner  une  idée  suffisante  de  la  force  parti- 
culière aux  machines  à  vapeur,  je  citerai  seulement 
1(^  fait  suivant. 

Lorsque  la  batterie  flottante  à  vapeur  le  Fulton,  dont 
la  capacité  est  de  deux  mille  quatre  cents  tonneaux, 
fut  lancée  à  New-York,  le  bateau  à  vapeur  le  Para- 
gortj  du  port  de  trois  cent  trente-un  tonneaux,  ayant 


SUR  LES  BATEAUX  A  VAPEUR.  233 

un  cylindre  de  trente-quatre  ou  trente-cinq  pouces  de 
diamètre  seulement,  prit  la  batterie  à  la  toue  et  la 
remorqua,  en  filant  près  de  quatre  nœuds,  jusqu'à 
Paul's  Hook  dans  le  Jersey,  où  la  batterie  reçut  sa 
machine  :  ce  fait  a  été  attesté  par  tous  les  habitans 
de  New-York. 

Quelque  lems  après  que  les  bateaux  à  vapeur 
eurent  été  mis  en  usage ,  ou  imagina  qu'il  y  avait 
un  grand  danger  attaché  à  ces  bàtimens;  et,  parce 
qu  ilsont  été  une  ou  deux  fois  atteints  par  le  tonnerre, 
on  a  voulu  en  conclure  que ,  dans  un  tems  d'orage,  le 
fluide  électrique  était  attiré  par  la  machine  en  mou- 
vement. J'ai,  cependant,  essayé  plusieurs  fois  de  vé- 
rifier si  les  parties  de  la  machine  qui  sont  exposées 
au  plus  grand  frottement,  étaient  sujettes  à  se  ma- 
gnétiser ,  comiue  il  arrive  souvent  au  fer  lorsqu'il 
est  dans  une  position  verticale  ;  mais  ,  je  n'ai  jamais 
trouvé  que,  soit  la  barre  du  piston  ,  soit  les  autres 
parties  de  la  machine  qui  sont  dans  celte  position 
et  dans  un  état  de  frottement  perpétuel,  aient  oflfert 
quelque  indice  de  magnétisme  :  aussi ,  ne  suis-je 
nullement  porté  à  croire  qu'elles  aient  pu  exclu- 
sivement causer  l'attraction  du  fluide  électrique. 
Le  fer  est  d'ailleurs  très  bon  conducteur  de  ce  fluide, 
et  l'on  a  vu  la  foudre  frapper  l'embauchure  d'un 
canon.  A  moins  qu'on  ne  veuille  admettre  que  la 
cheminée  dont  le  tube  cylindrique  s'élève  dans 
l'atmosphère  ,  ne  devienne  propre  à  attirer  la  foudre 
à  la  manière  des  paratonnerres  :  c'est,  au  reste,  un 
fait  qui  ne  peut  être  décidé  que  par  expérience  -,  et 


o\\        KOTICi;  SI  T.  M;S  HAIICAUX  a  VAPIXK. 
la    physique   ofl'rc  des  moyens  asso/  piiissnns  poui-     , 
détourner  co  fluide,  vt  pour  éviter  la  rrtiastroplK'    j 
qui  serait  causée  par  un  aussi   tciiihlo  évétiemcfil. 

Ou  a  éif:vé  uik;  aulru  objccliou  coiilrc  les  hateanv 
à  vapeur,  et  celle-là  senihlerait  plus  sérieuse  :  la  eliau- 
dicre  peut  crever,  si  l'on  for(-e  trop  rébullilion  de 
l'eau.  Cela  est  arrivé  en  Amérique  et  en  Angleterre, 
où  qiiel(|ues  bateaux  ont  sauté  par  la  négligence  d(^  ■. 
ceux  qui  doivent  mettre  la  machine  en  mouvemertt, 
ou  parce  que  la  chaudière  avait  étc'  mal  construite. 

Si,  dans  la  coTistruetion  de  ces  chaudières',  on 
suit  exactement  le  plaji  sur  lecpicl  Celles  du  Chnn- 
crllor  Lh'ingsfon  et  du  bateau  le  liobert  FuUon 
ont  été  faites,  et  qu'on  les  munisse  d'une  soupape 
de  sûreté,  on  n'aura  point  à  craindre  d'explosion, 
lorsfju'elK's  sercmt  appliquées  à  une  machine  à  con- 
densateur, où  la  pression  ordinaire  des  vapeurs 
excède  rarement  seize  livres  par  pouce  carré  de 
la  surface  de  la  chaudière.  Ce  ne  sont  rpie  les  nia- 
chines  à  haute  pression ,  qui  ont  généralement  été 
sujettes  à  ces  accidens  ;  car,  dans  ces  machines,  les 
vapeurs  pèsebl à  raison  de  cent  à  cent  cinquante  livres 
par  chacjue  pouce  carré  de  la  chaudière  \  ce  qui  fait 
de  quatorze  mille  cin(j  cents  à  vingl-uu  mille  six 
cents  livres  par  chaque  pied  carré  -,  tension  trop 
forte  pour  les  parties  d'une  rhaudièt'C  dont  la  cons- 
truction n'a  pas  luie  extrême  solidité. 

A.  KlinckowstkÔm  , 
de  rétnl-major  du  roi  de  Suède  et  de  Norwége. 


r 


VX'V  W  VVWWV  VWVWVW  VWVW  VV\  ' 


SUR  LES  COURSES  DE  CHEVAUX, 

El  sur  les  môyeYiséC àmëliorcr  les  races  de  ces  animaux. 

Le  Journal  de  Paris  ,  du  i4  octobre  flornier  ,  a  pu- 
])'lié  des  6'bseri''atibA:S  de  M.  Armâiid-Seguin  sur  le  sujet 
qui  va  houfe  occuper.  Apres  avoir  lu  cet  article  avec 
pliiè  d'attention  ([ii'ou  n'en  donne  conimuncment  â  une 
feaiMé  ijiiotidtëîifiiéy'rr'ous  aVoûS W-è^rett^'cj-ilë  M.  Se- 
guin li'ail  jiàs 'a'npiiy'é  de  quelques  preuves  ce  qu'il  af- 
firmé des  son  début,  que  l'institution  des  courses  est , 
dan.-;  tous  les paj^s'^  une  des  conditions  de  r amélioration 
de  la  race  des  chevaux: 

Cetle  assertion  n'est  pas  évidentepar  elle-même  :  on 
peut  la  révoquer  en  doute,  et  même  la  combattre, 
sans  tomber  dans  l'ab-nrdc  :  mais,  si  l'on  veut  la  sou- 
mettre à  un  examen  attentif  et  scrupuleux,  des  diffi- 
cultés imprévues  rendrotit  cette  entreprise  plus  pénible 
qu'on  ne  l'aurait  cru.  Pour  juger  une  institution,  il 
faut  connaître  son  effet  réel,  propre  ,  et  sép^aré  de  ce 
îjàî  appartient  à  d'kuti^S  catisèS  dôilt  il  faut  apprécier 
ansii  l'influence  avec  exactitude.  Cette  sorte  d'analyse 
«v-f  délicate,  embarrassante  :  on  â  bien  rarement  lapa- 
liehcè  dé  l'àcHe^-er;  oh  se  décidé ,  mais  alcrfe  onncjtige 
jpas.  Il'ésl  à  craindre  que  M.  S'eguiti  n'ait  pa's")(ig^  Pi  ris - 
tifulion  des  coiirséS.  '      "' 

Les  progt-ësdferag<-icaltrfré  alitaient  opéré  seuls  ,  et 
sans  institution  spéciale  ,  une  amélioration  des  che- 
vaux. Lorsque  l'agriculture  se  perfectionne,  les  ani- 
ma ux  domestiqiles  ont  «ne  nôurdtll  reôu  plus  abondante 
ou  mieux  choisie  ;  ils  reçoivent  des  soins  niifeux  diriges  ', 
quel  que  soit  l'usage  auquel  le  cultivateur  les  destiné. 


a3G  SLR  LES  COURSKS 

Eclairez  ,  protégez  ,  et  laissez  faire  :  vous  obliendrpi' 
sans  peine  de  nombreuses  améliorations ,  parmi  les- 
quelles celle  des  chevaux  ne  sera  pas  la  dernière.  Vous 
les  obtiendrez  coordonnées  entre  elles  ,  dans  Tordre  et 
dans  les  proportions  convenables  pour  qu'elles  pro- 
duisent le  plus  grand  bien  ;  ce  qui  est  la  plus  précieuse 
de  toutes  les  améliorations.  Eu  fait  d'administration, 
les  vues  étroites  sont  des  erreurs,  et,  par  conséquent  , 
les  institutions  spéciales  peuvent  être  des  fautes.  Dis- 
tribuez des  prix  ;  ordonnez  des  expériences  ;  créer  des 
établissemens  ,  dirigez-les  :  après  avoir  prodigué  vos 
soins  et  vos  finances  ,  vous  aurez  moins  fait  pour  l'uti- 
lité publique,  que  si  vou<  vous  étiez  bornés  à  suivre 
la  maxime  commode  :  Eclairez  ^  jirotc^ez ,  et  laissez 
faire. 

Appliquons  cesvérités  générales  aux  courses  des  che- 
vaux ,  considérées  comme  moyeu  de  perfectionner  la 
race  de  ces  animaux.  Certes,  le  premier  coup-d'œil  ne 
fait  pas  apercevoir  la  liaison  de  cette  cause  avec  l'effet 
qu'on  lui  attribue.  Comme  le  cheval  doit  posséder  d'au- 
tres qualités  non  moins  précieuses  que  la  vitesse  ,  il 
semble  qu'on  aurait  dû  s'occuper  aussi  de  chacune  de 
ces  qualités  ,  et  les  soumettre  à  quelques  épreuves.  On 
eût  pu  juger  de  la  force  par  le  dynamomètre  ,  de  la 
sobriété  et  de  la  résistance  à  la  fatigue  ,  par  un  régime 
et  des  exercices  appropriés,  etc.  11  est  vrai^que  cette- 
manière  de  juger  et  de  distribuer  des  prix  serait  lente, 
qu'elle  n'exciterait  pas  la  curiosité  ,  et  n'attirerait  pas 
de  spectateurs.  Ajoutons  encore  que  l'on  n'aurait  peut- 
être  aucun  moyen  sûr  de  combiner  les  jugemens  portée 
sur  chacune  des  ([vialilés  d'un  individu  ,  et  que  le  ju- 
gement définitif  pourrait  être  indécis  ou  arbitraire. 
Mais  on  n'évite  pas  cet  inconvénient  lorsqu'on  se  borne 


DE  CHEVAUX.  aS; 

à  un  seul  genre  d'épreuve  ,  à  celle  de  la  vitesse  ,  par 
exemple.  En  effet,  est-il  certain  qu'un  cheval ,  capable 
de  franchir  un  myriamètre  en  un  quarl-d'heure  ,  vaille 
mieux  qu'un  autre  un  peu  moins  rapide  ,  mais  qui  four- 
nirait une  course  de  trois  my riamètres  en  une  heure? 
Et  celui-ci  mériterait-il  d'être  préféré  au  coursier  déjà 
vulgaire  qui  traînerait  un  char  à  huit  mjriamètres 
en  quatre  heures  ?  En  continuant  ainsi  à  combiner  l'es- 
pace avec  le  tems ,  quel  rang  assignerait-on  au  cheval 
qui  ferait,  sans  efforts  ,  vingt  myriamètres  dans  une 
journée,  sans  être  cependant  capable  de  disputer  un 
prix  au  Champ-de-Mars  ? 

L'effet  certain  de  l'institution  des  courses  sera  de  mul- 
tiplier en  France  les  chevaux  de  course  ,  de  mettre  le 
Champ-dé-3Iars  au  niveau  de  Hyde-park  dans  l'estime 
des  écuyers  ;  de  propager  l'éducation  propre  à  donner 
aux  chevaux  une  grande  vitesse  :  mais  ,  quand  on  parle 
de  V amélioration  de  la  race  des  chevaux  ,  tout  bon 
esprit  donne  à  ces  mots  un  sens  plus  grave,  et  trouve 
la  question  beaucoup  plus  compliquée  et  moins  facile 
à  résoudre. 

D'abord  ,  il  est  plus  que  douteux  que  toutes  les  qua- 
lités du  cheval  se  perfectionnent  par  les  moyens  qui 
tendent  directement  à  augmenter  la  vitesse  de  sa  course. 
Comme  il  ne  s'agit  ici  que  de  facultés  corporelles  ,  la 
dignité  humaine  ne  s'offensera  pas  d'un  rapprochement 
entre  l'homme  et  les  animaux  :  nous  demanderons  donc 
si  la  même  éducation  physique  peut  former  également 
bien  des  coureurs  et  des  portefaix?  ou ,  pour  ennoblir 
le  sujet ,  s'il  faut  le  même  régime  et  la  même  gymnas- 
tique ,  à  de  jeunes  hercules  et  à  de  jeunes  achilles  aux 
pieds  légers  ? 

Très  fréquemment,  les  prix  des  courses  sont  rem- 


a38  SLR  I.KS  COUrvSKS 

lîorles  par  dos  jumens.  Ce  fait  rappelle  involontaire- 
Tueut  à  la  mémoire  les  Atalante,  les  Caniilip  el  autres 
Jiéroïnes  à  la  course  légère  et  rapide.  Ces  fiction^  de 
grands  puëles  sont  luieuxqne  des  jeux  de  leur  imagi- 
nation brillante  et  gracieuse;  elles  soûl  fondées  sur 
l'observation  très  juste  ,  que  les  formes  propres  aux 
mouvemens  rapides  sont  j)lus  féminines  que  viriles. 
Aussi  reniarque-1-on  que  le*  femmes  peuvent  exceller 
daus  tous  les  exercices  qui  cxig-Mit  une  grande  \itessc 
de  mouvemens,  comme  nous  le  voyons  dans  la  danse. 
Mais  ces  formes  sveltes  et  mobiles  par  excellence 
ne  constituent  pas  la  force  ;  e'ics  ne  conviennent  pas 
aux  travaux  pénibles  et  prolongés.  C'est  la  mâle  vi- 
gueur qu'on  recherche  dans  le  soldat  et  dans  l'ouvrier, 
ainsi  que  dans  le  cheval  employé  aux  armées,  sur  les 
routes,  aux  champs  et  dans  les  ateliers. 

Enfin,  si  le  meilleur  cheval  n'est  pas  toujours  celui 
qui  court  le  plus  vile  ;  si  l'individu  qui  aurait  foutes 
les  boimes  qualités  de  son  efpëce  ,  portées  au  plus  haut 
degré  que  permette  leur  réunion  ,  ne  serait  jamais 
trouvé  digne  de  paraître  au  Chamj>de-Mars  ;si,  d'après 
la  manière  de  juger  ,  la  perfection  n'ellc  passe  toujours 
pour  médiocrité  ,  tandis  qu'une  qualité  brillante  ul - 
tient  seule  toute  l'estime  et  tous  les  prix;  les  courses 
publiques  pourraient  devenir  un  obstacle  à  l'amélio- 
ration n-cllc  de  la  race  des  chevaux. 

Puisqu'il  n'est  pas  certain  que  nous  suivions  la  bonue 
voie  ,  cherchons-en  une  plus  sûre,  mieux  éclairée  ,  ci 
qui  laisse  juieux  apercevoir  le  but.  TAchons  d'aboi.i 
de  bien  poser  la  question  ;  ce  qui  ,  dans  quelques  su- 
jets, est  plus  diilicilc  que  de  trouver  une  solution. 

Une  (jucsliou  est  mal  posée,  si  l'on  ne  peut  la  ré- 
soudre   (ju'à     l'aule    d'une    ou     de    plusieurs    décou- 


DE  CHEVALX.  239 

vertes  ;  car  le  hasard  et  le  génie ,  qui  font  toutes  les 
ilécouvertes ,  ne  consultent  pas  nos  besoins,  et  n'o- 
béissent pas  à  nos  commandeiuens.  Il  faut  donctjue  la 
réponse  exige  seulement  de  nouvelle:^  combinaisons 
des  connaissances  acquises  :  ainsi,  l'état  de  ces  connais- 
sances doit  prescrire  la  forme  et  régler  l'étendue  de  la 
question. 

Dans  l'économie  publique ,  il  y  a  peu  d'objets  simples 
et  isolés,  et  beaucoup  de  grou|>es  ou  d'agrégats  qui  ne  se 
prêtent  que  peu  ou  point  à  la  division-  h'A  science  leur 
applique  cependant  ses  méthodes  d'analyse,  et  veut 
arriver  à  la  connaissanccdes  élémens;  mais  l'art  social , 
<|ui  n'opère  que  sur  des  composés,  profite  peu  de  ces 
recherches  sur  les  premiers  principes.  On  le  sert  plus 
utilement,  en  s'occupant  des  composés  tels  qu'ils  sont, 
des  influences  qu'ils  exercentou  qu'ils  éprouvent,  des 
altérations  qu'ils  peuvent  subir.  Kn  considérant  sous 
ce  point  de  vue,  la  question  qui  nous  occupe,  on  ne 
tarde  pas  à  découvrir  qu'elle  est  intimement  liée  à 
plusieurs  autres,  qu'elle  fait  ])artie  d'un  tout  dont 
on  ne  peut  la  détacher  pour  la  traiter  isolément.  En- 
trons dans  quelques  détails. 

L'éducation  a  plus  de  pouvoir  sur  les  animaux  que 
sur  les  hommes ,  parce  qu'envers  les  animaux  ,  elle  est 
moins  liniitée  dans  ses  moyens,  et  moins  soumise  aux 
influencespcriurbatriccs.  Mais  l'action  de  l'homme  sur 
les  êtres  soumis  à  son  empire  varie  à  quelques  égards 
comme  l'homme  même  ,  et  subit  plus  ou  moius  les 
mêmes  vicissitudes  en  bien  et  en  mal.  Changez  les 
mœurs  de  nos  cochers  et  de  nos  charretiers  ,  vous  chan- 
gerez aussi  la  manière  dont  ils  traitent  leurs  chevaux  ; 
et ,  avec  le  tems ,  ces  traitemens  nouveaux  opéreront  un 
eCFet sensible,  même  à  des  yeux  j)ou  exercés. 


2^0  SUR  LES  COURSF^ 

Nos  arts  sont  encore  loin  de  leur  perfection.  Le 
charronnage,  la  sellerie,  etc.  ,  attendent  encore  des  dé- 
couvertes ,  et  peuvent  éprouver  des  changemens  assez 
grands  pour  (ju'ils  réagissent  sur  les  chevaux. 

Sans  pousser  cette  investigation  plus  loin  ,  il  est  assez 
évident  que  nos  animaux  domestiques  sont  soumis  à 
l'action  siniullanée  d'un  grand  non)bre  de  causes  :  or, 
(juand  on  veut  obtenir  un  rffet  déterminé  ,1*011  calcule 
mal  le  moteur  et  la  résistance,  si  on  ne  tient  compte 
que  de  queUjues-unes  des  forces  qui  agissent  réellement. 

Mais,  d'un  autre  côté  ,  si  l'on  voulait  ne  rien  omettre 
dans  le  calcul ,  on  ne  s'en  tirerait  pas.  Admettons  donc 
des  solutions  approchées  ,  pourvu  que  nous  ne  les  re- 
gardions que  comme  approchées,  et  que  nous  ne  per- 
dions pas  de  vue  les  méthodes  destinées  à  les  rectifier. 

Le  premier  pas  que  nojis  ferons  ne  peut  nous  égarer  : 
nous  commencerons  par  le  plus  prompt  et  le  plus 
facile  detouslesperfectionnemeus  :  l'importation  d'une 
ou  de  plusieurs  races  de  chevaux,  éminemment  pour- 
vues des  qualités  que  upus  voulons  fortider  dans  les 
races  indigènes.  Imitons  ,  quoiqu'un  peu  tard  ,  le  bon 
exemple  que  l'industrie  manufacturière  nous  a  donné. 
On  ne  doute  point  qu'avec  du  tems  et  des  soins,  on 
n'eût  perfectionné  les  laines  en  France,  sans  rien  em- 
prunter à  l'Espagne  ;  que  même,  avec  beaucoup  plus 
de  tems  et  de  recherches  ,  on  n'eût  trouvé  une  matière 
propre  à  des  tissus  que  les  fabriques  de  cachemire 
n'auraient  pas  surpassés  :  mais,  nous  avons  heureuse- 
ment épargné  ce  teins  précieux.  La  victoire  a  forcé 
l'ICspagne  à  partager  avec  nous  les  trésors  de  ses  ber- 
geries ,  et  un  nouvel  argonaute  nous  a  fait  présent  des 
toisons  de  cachemire.  Honneur  à  de  tels  citoyens  ! 
honneur  à  la  victoire  ,  quand  elle  porte  de  tels  fruits  ! 


DE  CHEVAUX.  aji 

L'introduction  et  la  naturalisation  en  France  cie 
nouvelles  races  de  chevaux  est  encore  à  faire.  Jusqu'à 
présent ,  nous  n'avons  vu  que  des  essais.  On  n'a  jamais 
iunoorlé  à  la  fois  un  assez  grand  nombre  d'iudividiis, 
pour  que  le  succès  et  la  durée  d'une  entreprise  fus- 
sent garantis  :  dans  le  choix  des  races,  on  a  plus  con- 
sulté le  goût  du  luxe  qu'un  bien  réel  et  général.  Au- 
jourd'hui que  de  longues  et  dures  épreuves  ont  du. 
nous  éclairer  sur  nos  besoins  et  sur  nos  ressources,  et 
que,  durant  la  collision  de  la  France  contre  toute 
l'Europe  5  nous  avons  eu  tant  d'occasions  d'apprendre 
eu  quels  lieux  il  faut  chercher  ce  qui  nous  manque  , 
si  nos  projets  étaient  mal  conçus  ,  ce  ne  serait  pas 
faute  de  données  exactes  et  suffisantes.  Pour  entre- 
prendre avec  la  certitude  de  réussir,  il  ne  s'agit  plus 
que  de  fixer  avec  sagesse  les  limites  de  l'entreprise  ,  et 
d'assurer  les  moyens  d'exécution  un  peu  au-delà  de 
ces  limites. 

Un  de  ces  moyens  d'exécution ,  c'est  le  tems.  Selon 
toutes  les  probabilités,  une  vie  entière  ne  suffirait  pas 
à  l'œuvre  dont  il  s'agit.  Bien  peu  d'amis  des  arts  et 
de  l'humanité  ont  eu  ,  comme  Duhamel,  le  bonheur 
de  consacrer  soixante  ans  à  une  suite  d'expériences. 
C'est  donc  à  une  association  cju'il  est  réservé  de  faire 
présent  à  la  France  de  nouvelles  et  excellentes  races 
de  chevaux. 

Une  association  conduira  cette  belle  entreprise  à  sa 
fin  ,  mieux  que  le  gouvernement  même  eut  pu  le  faire. 
Elle  suivra  constamment  la  même  voie,  et  ne  ralen- 
tira pas  sa  marche  ;  au  lieu  que  le  gouvernement  est 
forcé  quelquefois  àchanger  de  tendance  et  de  direction, 
à  négliger  quelques-uns  de  ses  projets  ,  afin  de  donnera 
quelques  autres  plus  de  développement  et  de  ressources. 

T03IE    VUI.  l6 


a4a  SLR  LES  COURSES 

L'opération  dont  il  s'agit  ne  peut  être  brusquée ,  ou 
précipitée,  ou  ralentie,  au  gré  de  l'impatience;  i\ 
fant  savoir  altcndre,  et  laisser  aux  productions  trans- 
planlées  le  terus  de  croître  et  de  fructifier  selon  l'ordre 
naturel.  11  faut  ne  pas  rechercher  le  bruit  des  applau- 
disseuiens  ,  se  contenter  de  l'estime  publi(|ne  ,  et  même 
de  la  conscience  du  bien  qu'on  a  fait,  dette  modéra- 
tion ne  manque  jamais  à  une  association  nombreuse  ; 
le  gouvernement  le  plus  sage  pourrait  s'en  écarter,  au 
milieu  du  tumulte  des  affaires  et  des  passions  dont  il 
est  assiégé. 

On  snit  que  les  chevaux  de  certains  pavs  résistent 
mieux  à  la  fatigue  que  ceux  de  France  ;  qu'ils  sont 
plus  robustes,  et  moins  sujets  aux  maladies  causées 
par  la  diset  e  ou  par  les  mauvais  alimens;  que,  cepen- 
dant, ils  ne  sont  pas  moins  propres  (jue  les  nôtres  aux 
manœuvres  rapides  et  aux  charges  impétueuses.  Voilà 
ce  qu'il  faut  à  nos  armées.  On  sait  aussi  que  ces  che- 
vaux transportés  en  France  y  conservent  leur  vigueur 
native  jusques  dans  l'extrême  vieillesse. 

La  culture  des  champs  ,  les  postes  ,  les  charrois  et 
tous  les  travaux  civils  s'accommodent  fort  bien  des 
chevaux  propres  à  la  guerre.  On  aura  donc  pourvu  ù 
tous  les  besoins,  en  procurant  à  la  France  des  chevaux 
pour  les  armées,  et  c'est  l'expérience  militaire  qu'il 
faut  consulter. 

A  quelques  égards  ,  la  société  qui  se  chargerait  de 
l'importation  des  chevaux,  serait  une  extension,  un 
coiuplément  des  Sociétés  d'agriculture  :  mais,  elle  au- 
rait sans  doute  la  prudence  de  ne  pas  s'étendre  au- 
delà  de  son  objet,  afin  de  concentrer  d'autant  mieux 
ses  forces  et  ses  moyens. 

Remarquons  ,  en  passant ,  que  les  Sociétés  de  bien 


DE  CHEVAUX.  «43 

public  ,  d' encouragement ,  de  bienfaisance  ^  etc.  ,  sont 
l'effet,  le  moyen  et  Ja  mesure  de  la  civilisation.  Plus 
elles  se  multiplient  dans  un  État ,  et  plus  leurs  attri- 
Lutioas  sont  divisées  ,  plus  l'État  s'approche  de  la 
perfection  sociale.  EflFeclivement,  le  meilleur  ordre 
social  transformerait  une  nation  tout  entière  eu  une 
Société  de  bienfaisance  et  d'encouragement,  dont  tous 
lés  citoyens  seraient  membres,  et  dont  les  travaux  em- 
brasseraient tous  les  besoins  sociaux  et  privés.  Cette 
Société  se  diviserait ,  comme  dans  une  manufacture 
bien  réglée  ;  et  chaque  fraction  s'attacherait  à  faire 
de  son  mieux,  sans  rivalités  ni  concurrences,  sans 
autre  subordination  que  celle  qui  résulte  de  l'ordre 
successif  des  travaux. 

On  ne  risquerait  guère  de  se  tromper,  en  prenant 
pour  mesure  ue  la  civilisation  de  chaque  peuple  le 
nombre  et  les  attributions  de  ses  Sociétés  de  bien 
piibi'c. 

On  n'hésite  pas  à  le  dire;  une  Société  qui  entre- 
prendrait de  naturaliser  sur  notre  sol  les  meilleures 
races  de  chevaux  réussirait  infailliblement ,  et  tout 
autre  moyen  n'offrira'!  pas  à  beaucoup  près  autant 
de  garanties  du  succès  Exprimons  le  vœu  de  voir  réa- 
liser cette  g  nérense  entreprise,  et  d'y  contribuer  de 
nos  faibles  moyens! 

Cette  manière  de  traiter  la  question  est  un  peu  sé- 
vère :  mais  le  sujet  n'est  pas  au-dessous  de  cette  gra- 
Tité  ,  et  l'on  ne  peut  y  penser  sans  examiner  ce  qu'on 
fait,  et  sans  regretter  ce  qu'on  ne  fait  pas.  M.  Seguin 
et  les  fondateurs  des  courses  ont  su  répandre  quelques 
fleurs  sur  le  même  sujet  ;  les  fleurs  plaisent  à  tout  le 
inonde,  au  lieu  que  les  vérités  ne  sont  accueillies 
que  par  ceux  qui  les  comprennent  et  qu'elles  ne  con- 

i6* 


an  i:xTKArr  dln  iiAProui 

trarlcnt  pas.  A  ceux  qui  tli'sa])prouYeraipnt  ou  dédai- 
gneraient ces  observations  ,  connue  trop  sérieuses,  ou 
peut  répondre  :  Kh  l)ien  !  continuez  vos  courses,  vos 
jeux  )us(ju'à  l'âge  viril;  mais,  pour  voire  intérêt  et 
pour  le  nuire ,  vous  feriez  mieux  de  suivre  le  conseil 
d'Horace  : 

Dimuliiinifacti ,  qui  corjiit ,  Jiabct.  Sii)>ei'c  tiuJc  , 
Jiicipc.  l'ivcruli  reclè  qui  prorogat  horum  ,  t-lc. 

FLl.r.V. 

\\\\x\\\v\\>\\\x\\\\\x\\xxv\\\\\\\x^a\\ 

EXTRAIT 

IXiiii  rapport  fait  par  M.  Brougham  ,  membre  du  Pur- 
Icwcnl  britannique  ^  dans  la  Chambre  des  Communes 
(séance  du  28  juin  1820),  sur  Vêlai  de  Vèducalion 
des  classes  inférieures  de  la  sociêlê ,  en  Angleterre  , 
et  dans  quelques  autres  pajs. 

Les  renseignemcns  transmis  par  1 1 ,4oo  lettres  d'ec- 
clésiastiques anglais,  écrites  en  réponse  à  la  circulaire 
de  M.  lirougham ,  lui  fournissent  l'occasion  de  faire 
l'éloge  du  zèle  que  le  clergé  déploie  ,  pour  l'amélio- 
ration de  l'enseignement  élémentaire  ,  avec  autant 
d'activité  tjue  de  désintéressement.  Il  se  croit  ,  en  con- 
séquence ,  fondé  à  désirer  que  l'exécution  de  son  plan 
soit  confiée  principalement  aux  ])asteurs  de  l'église 
cpiscopale.  Ce  plan  est  basé  sur  des  tables  dressées 
avec  beaucoup  de  soin,  et  indicjuant  l'état  de  l'éduca- 
tion dans  toutes  les  ])aroisses  d'Angleterre,  les  avan- 
tages et  les  défauts  <!(■  <etlc  éducation,  -et  la  disposi- 
tion comparative  de  cliaijue  classe  d'iiabifans  des  dif- 
férens  <omlés  à  procurer  de  riustructinn  à  leurs  en- 
fans.    Le  résultat   de    ses    recherches    est  op])osé  aux 


FAIT  PAR  M.  BIIOUGHAM.  2|-, 

assertions  du  docteur  Colquhoun  ,  qui,  dans  un  écrit 
publié  en  1806 ,  affirme  qu'il  y  a  eu  Angleterre  deux 
millions  d'enfans  pauvres ,  et,  dans  la  seule  ville  de 
Londres,  5o,ooo  qui  ne  reçoivent  poiut  d'instruction  ; 
tandis  qu'il  n'existe  pas  dans  toute  l'Angleterre  2  mil- 
lions d'enfans  des  classes  pauvres,  qui  soient  d'âge  à 
fréquenter  des  établissemens  d'instruction. 

En  admettant,  d'après  les  calculs  des  académiciens 
français,  que  la  classe  de  cet  âge  ,  c'est-à-dire  ,  les  en- 
fansdesix  à  douze  ou  quatorze  ans,  forment  un  dixième 
de  la  population  (quoique  M.  B.  soit  porté  à  l'évaluer  à 
un  neuvième),  le  calcul  du  docteur  Colquhoun  élève- 
rait à  plus  de  vingt  millions  la  totalité  des  habitans  de 
l'Angleterre  et  du  pays  de  Galles  ;  nombre  qui  surpas- 
serait la  population  des  trois  royaumes.  Partant  de 
cette  erreur,  ce  publiciste  demande,  pour  chaque 
paroisse ,  une  école  propre  à  recevoir  800  enfans  ; 
mais,  dans  toute  l'Angleterre,  il  n'y  a  que  5o  pa- 
roisses qui  offrent  ce  nombre  d'enfans  ,  et  pas  plus  de 
joo  qui  en  contiennent  la  moitié. 

En  appelant  basses  classes  de  la  société  celles  qui 
comprennent  les  indigens  ,  M.  B.  n'entend  pas  plus 
jeter  de  la  défaveur  sur  ces  classes  ,  qu'on  ne  croit 
blesser  la  dignité  d'une  des  chambres  du  parlement 
britannique,  en  la  désignant  par  le  nom  de  Chambre 
î/asse.  Qui  nierait  que  celle-ci  forme  une  partie  aussi 
précieuse  qu'importante  de  la  société?  Que  serait  une 

j)yramide  qui  n'aurait  point  de  base? On  a  voulu 

représenter  l'instruction  comme  nuisible  à  la  moralité 
des  pauvres.  M.  B.  combat  cette  doctrine  toute  nou- 
velle, née,  dit-il,  depuis  la  révolution  française,  et 
réprouvée,  avant  cette  époque,  par  tous  les  pays  ci- 
vilisés de  l'Europe.   En  i56o  .   les  états-généraux  de 


«46  EXTRAIT  DXN  RAPPORT 

France  avaient  statué  des  peines  contre  les  parons  fjni 
n'en>erraicnt  pa>  leurs  enfans  ;i  l'école.  A  la  luênie  épo- 
que, l'aristocralic  «l'Ecosse  rendit  des  lois  pareilles.  H 
y  a  des  chartes  anciennes  ,  dont  nn«»  remonte  an  roi 
David  1",  uncau'r*»  est  de  }7/\i  ,  d'autres  cï'core  de 
1162  ,  1234  et  1236,  qui  font  mention  d'écoles  flo- 
rissantes dans  différer. tes  villes  de  l'Ecosse,  Roxborough, 
Stir'ing  ,  Avr  et  Aberdeen. 

En  .G80  ,  le  P.  la  Salie  ëlaMit  en  France,  sous  la 
forint''  d'un  ordre  monastique  ,  une  Société  pour  l'édu- 
CHt'on  des  pauvres.  I,es  écoles  de  ces  Frères  avaient 
produit  tant  do  bien  à  Paris  ,  qu'en  i'-i3,  le  lieute- 
nant àe  police  attesta  que,  depiii>  leur  fondation,  la 
(îé]>pnse  «le  sou  département  ,  dans  le  faubourg  Saint- 
Antoine  ,  avaitdiniinué  «le  3o,ooo  f.  par  an.  .\prrs  avoir 
rappelé  la  bulle  du  pape  Benoît ,  rendue  en  1738,  pour 
inculquer  la  nécessité  de  donner  de  l'insfruction  aux 
pauvres  ,  M.  B.  cite  le  bref  de  Pie  VII ,  du  29  septembre 
dernier  ,  par  lequel  ce  pontife  conjure  le  clergé  calho- 
h(]ue  de  la  manière  la  plus  touchante,  de  se  charger 
lui-même  du  soin  d'instruire  le  pouple.  Au  surplus, 
M.  B.  désire  que  cet  enseignement  ne  sorte  pas  des 
limites  tracées  aux  classes  inférieures  par  leur  situa- 
tion ,  et  se  borne  à  la  religion  ,  l'écriture  et  l'arithmé- 
tique. On  pourrait  néanmoins  ajouter  avec  succès  le  des- 
sin linéaire  on  g'^oinétrique ,  la  géométrie  élémentaire , 
qui  trouverait  son  application  dans  foutes  les  profcs- 
sionsmécaniquc»  et  industrielles,  et  léchant  ([ni  adoucit 
les  moeurs  et  embellit  la  condition  des  classes  pauvres 
et  laborieuses. 

IJne  des  principales  objections  des  adversaires  de 
Finstruction  répandue  p.'i  'ini  ces  classes,  étant  tirée 
du  JJgoAl  qu'elle  est  censée  leur  donner  pour  leurs 


FAIT  PAR  M.  BROUGHAM.  ^4, 

occupations  obligées  et  iournalières,  M.  B.  y  répond 
en  faisant  lecture  d'une  lettre  aJressée  au  docteur 
Currie  par  un  simple  paysan  ,  frère  de  Robert  Rurns , 
poëte  écossais,  dont  les  dispositions  extraordinaires 
ont  dû  leur  développement  à  l'état  flgrissant  de 
l'enseignement  populaire  dans  le  pays  qu'il  a  illustré. 
«  Je  puis  asurer  par  expérience  ,  dit  ce  cultivateur  de 
la  plus  humble  condition,  qu'il  n'y  a  pas  un  seul  des 
travaux  du  fermier ,  qui  ne  soit  compatible  avec  les 
jouissances  d'un  esprit  cultivé,  autant  que  j'ai  pu 
les  goûter,  le  battage  en  grange  excepté.  Aussi,  je 
pense  que  l'inventeur  de  a  machine  à  battre  le  blé 
mérite  unesfatue  ,  à  côté  de  celui  qui  a  porté  en  Eu- 
rope les  premières  pommes-de-terre.  » 

Après  ces  remarques  préliminaires,  M.  B,  présente 
les  résultats  des  recherches  du  comité  qui  l'a  chargé 
du  rapport.  Le  nombre  des  enfans  qui  reçoivent  de 
l'instruction  dans  les  écoles  non  dotées  est ,  pour 
toute  l'Angleterre  ,de  5oo,ooo  ;  celui  des  enfans  qui  fré- 
quentent le>  écoles  dotées  est  de  16'^, 433  ;  ce  qui  forme 
un  total  de  666,433.  Le  nombre  des  individus  qui  re- 
çoivent de  l'instruction  est  donc,  à  la  population  de 
l'Angleterre,  dans  la  proportion  d'environ  i  à  i4  ou 
i5,  au  lieu  d'être  dans  celle  de  i  à  10.  A  cela  il  faut 
ajouter  que  53, 000  enfans  sont  envoyés  dans  des  écoles 
tenues  par  des  femmes,  à  un  âge  trop  précoce  pour 
que  cette  instruction  puisse  être  comptée;  et,  qu'a- 
vant i8o3  ,  époque  de  l'établissement  de  renseigne- 
ment mutuel  ,  il  y  avait  i5o,ooo  enfans  de  moins  dans 
les  écoles  d'instruclion  ;  ce  qui  donne,  pour  1802,  une 
proportion  d'un  vingt-unième  seulement  de  la  popu- 
lation entière  qui  reçût  alors  de  l'éducation,  tandis 
qu'à  la  même  époque,  cette  proportion,  en  Ecosse, 


3^8  EXTRAIT  D'UN  RAPPOKT 

était  d'uu  sur  neuf;  et  d'un  sur  vingt-six,  dans  le  pavs 

de  Galles,  où  elle  est  niaintenaut  d'un  sur  vingt. 

A  la  suite  de  cr^  détails  sur  l'cfat  df  l'instruction  du 
])ruple  dans  la  (Irande  -  Bretagne ,  M.  H.  offre  à  la 
rliai7il)rp  f[nel((ues  données  relatives  à  l'enseijjnpineut 
éléinetilaire  ,  sur  plusieurs  points  du  contiueni  ,  four- 
nies à  riiouorable  njenibre  par  ]\1M.  le  dur  de  Proglie  , 
le  baron  de  Staël  ,  Cuvier  et  le  comte  de  la  Porde  ; 
autorités,  dit-il,  qui  j'espère  inspireront  toute  con- 
fiance à  la  chambre. 

Un  ùiillion  soixante-dix  mille  individus  reçoivent  de 
rinslruction  en  France;  c'est-à-dire,  un  vingt-linilième 
de  la  population,  si  on  l'évalue  à  3o  millions.  Il  y  a 
trois  ans  que  le  nombre  des  enfans  qu'on  instruisait, 
n'était  quede8("»G,4oo,  ou  un  trentc-cincjuième  de  la  po- 
pulation ;  proportion  aussi  affligeante  que  celle  qu'of- 
frait le  comte  de  Middlesex,  le  pays  de  l'Europe  le 
plus  négligé  sous  le  rapport  de  l'instruction  du  peuple. 
Te]  a  été  le  /Me  de  quelques  amis  du  bien,  assistés  du 
gouvernement,  que  7,i?.o  nouvelles  écoles,  pouvant 
contenir  20^,000  enfans,  ont  été  fondées  en  France 
depuis  trois  ans.  Si  ces  soins  charitables  continuent 
avec  le  même  succès,  il  n'y  aura  plus  ,  dans  dix  ans, 
un  seul  enfant  en  France  privé  d'initruction. 

Pour  la  Suisse,  M.  V>.  se  borne  aux  renseignemcns 
que  lui  a  transmis  son  ami  M.  numonl,dans  une  lettre 
très  bien  écrite  de  la  mam  de  son  domesti(|ue,  jeune 
paysan  qui  n'a  reçu  d'autre  instruction  que  celle  de 
l'école  de  sa  paroisse.  D'après  ces  renseignemens ,  on 
ne  trouve  pas,  dans  le  canton  de  Vaud,  une  personne 
sur  soixante  qui   ne  sache  lire  et  t'crirc. 

I>a    Hollande  ofiVail  ,    en    1812,   selon    M.    Cuvier, 


FAIT  PAR  M.  BROUGHAM.  a^g 

4,45ï  écoles,  contenant  ic)o,ooo  enfans  ou  un  dixième 
de  la  population. 

Revenant  à  l'Angleterre,  M.  B.  présente  le  résultat 
des  calculs  qu'il  a  établis  sur  des  informations  exactes, 
prises  dans  les  12,000  districts  ou  paroisses  qui  forment 
la  division  ecclésiastique  du  royaume.  Dans  3,5oo  de 
ces  paroisses  ,  il  n'y  a  pas  le  moindre  vestige  d'école  ; 
elles  comprennent  une  population  de  i,oc)4»ooo  habi- 
tans.  Trois  mille  paroisses  jouissent  d'écoles  dotées. 
Dans  le  reste  des  paroisses ,  elles  ne  sont  pas  dotées , 
et ,  par  conséquent,  ce  sont  des  établisseraens  entière- 
ment précaires. 

En  Ecosse,  l'état  de  l'instruction  est  infiniment  plus 
satisfaisant.  Chaque  paroisse  possède  au  moins  une 
école  dotée  ;  beaucoup  en  ont  deux,  et  même  trois, 
qui  ont  servi  de  base  à  toutes  les  autres  institutions 
scholaires. 

Dans  le  Middlesex  (comté  qui  comprend  la  partie 
de  Londres  située  à  l'ouest  de  la  cité),  les  pavivres 
qui  reçoivent  quelque  instruction  forment  le  vingt- 
sixième  de  la  population.  Avant  l'introduction  des 
écoles  à  la  Lancaster  ,  cette  proportion  n'était  que  d'un 
quarante-sixième.  Dans  le  Lancashire,  elle  était  d'un 
vingt-huitième  ;  et ,  maintenant ,  elle  s'élève  au  vingt- 
quatrième.  Les  comtés  du  nord  offrent  vm  résultat 
plusconsolant.  Dans  ceuxdeDurliam,  de  Cumberlandet 
do  Northumberland  ,  un  dixième  de  la  population  jouit 
des  avantages  de  l'enseignement  ;  dans  le  comté  de 
Westmoreland  ,  c'est  un  huitième  qui  les  obtient;  pro- 
portion (|ui  s'approche  de  l'état  de  l'instruction  dans 
le  pays  de  Vaud.  Dans  les  six  comtés  du  milieu  (  Berks, 
Bcdford  ,  Cambridge  ,  Huntington  ,  Ilertford  et  Nor- 
thnmptonshire),   les   bienfaits  de  l'éducation   ne  s'é- 


a5o  EXTRAIT  D'UN  RAPPORT 

tendent  qu'an  vingt-(jualrièiiic;  dans  les  comtés  d'Esscx, 
de  Siirtolk  et  de  Norlolk  ,  auvingt-iiiiibme;  dansleSoin- 
mersetshire  et  le  Wiltsshire,  au   ?.4'  de  la  population. 

De  ces  détails,  arides  en  apparence,  M.  B.  s'élève  à 
des  considérations  d'une  haute  importance  pour  tout 
homme  qui  n'est  pas  indifférent  aux  grands  intérêts  de 
la  vertu  et  de  l'humanité.  Partout  il  aperçoit  et  il 
montre,  par  des  calculs  évideus  ,  une  corrélation  ma- 
nifeste entre  le  manque  d'instruction  et  la  (juantitédes 
pauvres,  entre  le  défaut  d'éducation  et  la  masse  des 
crimes.  Tandis  que,  dans  les  quatre  comtés  du  nord  , 
le  nombre  des  pauvres  ne  forme  qu'un  quatorzième  ou 
un  quinzième  de  la  population,  il  moule  à  un  dixième  en- 
viron dans  )c  reste  de  l'Angleterre.  Dans  ce  royaume, 
en  y  comprenant  la  principauté  de  Galles  ,  sur  qua- 
torze cents  individus,  on  compte  un  détenu  pour 
crime  ;  dans  les  quatre  comtés  du  nord  ,  un  criminel 
sur  quatre  raille  deux  cents  ;  et ,  dans  les  six  comtés  du 
milieu  ,  un  sur  deux  mille.  Ici ,  M.  H. ,  certain  de  l'effet 
que  devait  produire  s.ur  l'esprit  d'homnjes  sensibles 
au  bonheur  et  à  la  mora'ité  de  leurs  semblables,  des 
rapprochemens  aussi  féconds  en  leçons  salutaires,  croit 
devoir  les  mettre  en  garde  contre  les  mécomptes  de 
l'impatience  et  de  la  précipitation  ;  il  les  avertit  de  n'at- 
tendre d'une  amélioration  de  l'instruction  des  classes 
pauvres,  quelques  chaugemens  sensibles  dans  leur  état 
physique  et  moral,  qu'au  bout  d'un  certaiu  intervalle 
«le  tenis,  et  eu  récompense  d'efforts  persévérans. 

Une  autre  circonstance  appelle  l'attention  des  amis 
du  bien    public.   Dans    les   comtés    du   nord  ,  dont  le     \ 
bon  esprit  a  déjà  été  remarqué  ,   le  nombre  des  en- 
fans  pauvres,   instruits  gratuitement,   ne  s'élève  pas 
à  la  moitié  de   celui   des  enfans  pour  qui  les  parons 


l'AIT  PAR  M.  BROLGHAM.  25t 

paient  une  rétribution.  Un  résultat  tout  opposé  s'offre 
à  l'observateur ,  dans  les  comtés  du  milieu  et  du  sud. 
En  revanche ,  l'instruction  entièrement  gratuite  est 
une  chose  à  peine  connue  en  Ecosse  ;  et  l'on  y  voit  les 
gens  les  plus  pauvres  se  faire  un  point  d'honneur  de 
payer  les  instituteurs  de  leurs  enfans.  Le  seul  moyen  , 
dit  M.  B.  ,  de  préparer  l'abrogation  graduelle  de  ce 
code  de  lois  qui  régit  et  mnllip'ie  les  pauvres,  et  qui 
désole  notre  pays,  est  de  faire  naître  dans  les  classes 
inférieures  du  peuple  anglais  le  besoin  d'imiter  ,  pour 
la  fondation  des  écoles,  la  conduite  généreuse  de  leurs 
compatriotes  du  nord. 

Après  avoir  rapporté  des  preuves  touchantes  de  l'ijn- 
portance  que  les  Écossais ,  les  plus  dénués  de  res- 
sources,  attachent  à  l'instruction  de  leurs  enfans,  et 
cité  i|uelques  exemples  des  sacrifices  qu'ils  s'imposent 
dans  la  vue  de  leur  procurer  ce  bienfait  ,  il  passe  à  l'ex- 
position du  plan  qu'il  croit  propre  à  amener  un  meil- 
leur ordre  de  choses  dans  cette  partie  essentielle  des 
intérêts  moraux  de  la  société.  Quoique  ce  p!an  soit 
fort  sagement  conçu,  et  qu'il  paraisse  offrir  un  modèle 
de  cette  prudence  qui  rattache  les  essais  d'améliora- 
tion à  ce  qui  existe,  et  qui  vise  à  tirer  tout  le  parti 
possible  des  éléinens  existans  ;  nous  pouvons  d'autant 
mieux  en  supprimer  les  détails  dans  cet  extrait,  qu'il 
sera  indubitablement,  à  la  prochaine  session  du  parle- 
ment, l'objet  d'une  discussion  approfondie  et  de  l'at- 
tention de  l'Europe  éclairée.  Il  nous  suffira  de  dire  que 
les  membres  les  plus  distingués  du  parti  ministériel  et 
de  l'opposition  se  sont  réunis  pour  remercier  M.  H.  du 
travail  auquel  il  s'est  livré,  et  pour  reconnaître  la 
haute  importance  des  données  qu'il  a  communiquées  à 
la  Chaml)re.   Sir  James  Mackintosh  joint  à  ses  remer- 


a52  r.XTRAIT  D'L  :\  RAPPORT,  etc. 

cimcns  quel(|iifis  observations  re  alives  à  rinfliienc»' 
mor;i!e  ilo  l'inslriiction  sur  les  classes  du  peuple.  «  J'ai 
eu,  (lit-il  ,  pendant  ma  rcsidenre  dans  l'Inde  ,  de  fré- 
quentes occasions  de  comparer  la  conduite  des  per- 
soiinesqui  avaient  eu  le  malheur  de  ne  recevoir  aucun»* 
éducation  ,  avec  la  ronduilc  de  ccllos  qui ,  ayant  appris 
à  écrire  ,  étaient  en  état  de  correspondre  avec  leurs  fa- 
iiiilles.  Cette  seule  circonstance  contribuait  eflicacr- 
ment  à  nourrir  dans  de  sijuples  solds^s  ,  dans  des  ma- 
telots grossiers,  des  sentiniens  d'honneur  et  des  dispo- 
sitions vertueuses;  taudis  que  ceux  qui  étaient  dans 
l'impossibilité  de  se  mettre  en  communication  directe 
avec  leurs  amis  abscns  ,  perdaient  l'idée  de  cette  sur- 
veillance morale,  de  cette  responsabilité  imposée  par 
la  présence  invisible  de  personnes  chéries  ,  qui  sont  des 
IVeins  salutaires,  des  sources  d'ordre,  d'économie  et 
de  pudeur,  et  s'abandonnaient  à  une  insouciance  des- 
tructive de  toute  réserve  et  de  tout  respect  pour  cux- 
mcmes ,  ainsi  que  de  tout  besoin  de  se  ménager  une 
bonne  renommée.  » 


_  i 


l\\rVVVV\^a\t/V\%VVVVVVVVV\A\V\A>VVVVVVVVV\'\^VVVVVVVVVVVVVVV^A\'VVVVA'VVVVVVV\VVV^ 

IL  ANALYSES  D'OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

Le  Globe  céleste  ,    cours    cP astronomie   contem- 
pfatwe,  par  M.  H...  (i). 

Jattique  suuin  volt^ens  audax  industria  ccelum  , 
Gaudet  et  humand  sidéra  mente  régit. 

Claudien  ,  e'ingrartime  26. 

Déjà  l'audacieuse  industrie  se  plait  à  faire  mouvoir  un  ciel  qui 
est  son  ouvrage,  et  resprithumainre'git  le  cours  desastres. 

Etranger  aux  connaissances  mathématiques,  M.  H. 
accuse  les  savans  d'être  trop  savans  :  il  les  compare  aux 
prêtres  égyptiens  qui  se  plais.ent  à  se  servir  de  mysté- 
rieux hiéroglyplies  ,  et  ajoute  que  ,  satisfaits  de  s'en- 
tendre entre  eux,  ils  aiment  à  parler  une  langue  in- 
connue aux  autres  hommes  :  il  déclare  n'avoir  acquis 
son  instruction  astronomique  qu'après  de  pénibles  ef- 
forts ;  les  traités  les  plus  élémentaires  étaient  trop  dif- 
ficiles pour  lui.  Devenu  maître  de  son  sujet,  il  a  voulu 
épargner  aux  personnes  qui  sont  dans  le  même  cas  où 
il  se  trouvait ,  les  difficultés  qu'il  a  eu  le  bonheur  et  la 
force  de  surmonter. 

Ce  but  est  louable  ,  et  l'auteur  mérite  des  éloges  pour 
la  lanière  dont  il  a  su  l'atteindre.  Son  ouvrage  est 
assez  clair  pour  être  lu  par  tout  le  monde;  il  est  même 
à  la  portée  de  la  jeunesse  ,  qui  peut  y  trouver  le  goût 
de  la  plus  noble  et  de  la  plus  sublime  des  sciences  ,  et 


I 


(i)  Paris,  1820.  In-8°.  Madame  veuve  Courcier,  rue  du  Jardi 
riet.,  n"  12  ,  et  Dclamarcho  ,  même  rue,  n"  i3. 


a5i  SCIENCES  PHYSIQUES, 

apprendre  sans  peine  à  connaître  l'état  du  ciel,  les 
principaux  phénomènes  qu'il  présente  et  les  mouve- 
niens(|ui  entraînent  les  corps  célestes  dans  l'espace. 

II  est  vrai  cju'un  grand  nombre  de  théories  sont  ou- 
bliées dans  cet  ouvrage  :  la  réfraction  ,  la  précesion  des 
équinoxes,  l'aberration,  la  nntation  ,  les  marées, 
la  théorie  de  l'atlraclion  ,  etc.  ,  sont  des  sujets  que 
l'an  leur  n'a  pas  même  abordés  ;  il  ne  dit  prescjuo 
rien  des  parallaxes,  des  éclipses,  de  l'art  de  prédire 
les  phénomènes  célestes;  en  un  mot  la  science,  dans  le 
Cours  d'astronomie  contemplative  ,  n'est  traitée  que  su- 
perficiellenienl  et  par  aperçu.  Sans  doute  on  ne  doit 
pas  juger  avec  sévérité  un  livre  decelte  nature,  ni  faire 
un  reproche  à  l'auteur  d'avoir  supprimé  des  doctrines 
d'une  si  haute  importance  ,  puisqu'elles  exigent  le  se- 
cours de  la  géométrie  dont  son  but  était  d'éviter  l'u- 
sage. En  rejetant  tout  calcul,  il  a  conlraclé  l'obligation 
de  renoncer  à  traiter  les  sujets  où  le  calcul  est  indis- 
pensable ;  et  le  lecteur  ,  qui  a  d'avance  consenti  à  celte 
eondilion ,  doit  s'attendre  à  en  su])porler  les  con- 
séquences. 

Malgré  ces  omissions  nécessaires  ,  l'ouvrage  de 
M.  H est  un  véritable  service  rendu  à  l'enseigne- 
ment élémentaire  ,  et  nous  félicitons  cet  auteur  d'avoir 
mis  à  la  portée  de  tous  les  lecteurs  ,  une  belle  science 
qui  devrait  être  plus  répandue.  La  paresse  d'esprit  qui 
ôte  le  pouvoir  de  s'appliquer  long-tems  sur  un  sujet , 
ne  pourra  plus  servird'excuse  à  l'homme  du  monde  qui 
sera  demeuré  étranger  à  la  connaissance  du  ciel. 

Le  nioyen  principal  que  M.  H emploie  pour  faire 

concevoir  le  mouvement  des  astres  ,  est  un  globe  cé- 
leste sur  lequel  il  a  tracé  les  principales  étoiles  ,  sous 
leurs  rel.T.ions  de  grandeurs  et  de  distances,  telles  que 


SCIENCES  PHYSIQUES.  a55 

nous  les  voyons  chaque  nuit.  Déjà,  dans  les  cartes  de 
mon  Lranographie ,  j'avais  supprimé  les  figures  qu'on 
a  coutume  d'y  dessiner  ;  il  m'avait  semblé  que  la 
Grande-Ourse ,  Cassiopée  ,  Orion  ,  etc. ,  n'étant  que  des 
groupes  d'étoiles,  qui  n'offrent  aucune  image  des  êtres 
qu'on  fait  servir  à  les  dénommer,  ces  figures,  loin  de  fa- 
ciliter l'étude  ,  y  deviennent  un  obstacle,  parce  qu'elles 
masquent  les  véritables  contours  des  constellations, 
sous  des  traits  empruntés  et  trompeurs.  L'homme  qui 
cherche  à  connaître  le  ciel,  désire  y  trouver  les  images 
qu'il  voit  tracées  sur  la  carte  ,  et  a  besoin  de  quelque 
soin  pour  se  défendre  de  celte  erreur. 

M.  H a  de  même  supprimé  les  figures  des  as.té- 

rismes,  et  sou  globe  présente  le  ciel  tel  qu'on  le  voit  , 
sans  images  accessoires,  sans  lignes  étrangères,  excepté 
l'équateur  et  l'écUptique  ,  qui ,  ne  formant  que  des  cer- 
cles très  déliés,  ne  sont  visibles  qu'autant  qu'il  le  faut 
pour  se  prêter  aux  usages  du  globe  céleste.  L'auteur 
n'y  ayant  marqué  que  les  objets  que  le  ciel  nous  pré- 
sente ,  l'a  rendu  très  propre  à  faire  connaître  les  cons- 
tellations. J'avoue  que  j'aurais  désiré  y  voir  quelques- 
unes  de  ces  lignes  qui  joignent  diverses  étoiles  et  les 
assemblent  en  polygones  :  ces  formes  géométriques  , 
que  nos  yeux  imposent  malgré  nous  aux  astres ,  sont 
d'un  grand  secours  pour  l'étude.  Le  Cygne  forme  une 
grande  croix  dans  la  Voie-Lactée;  Pégase  imite  un  im- 
mense carré  ;  Orion  ,  la  Grande-Ourse,  le  Lion  ,  etc.  , 
sont  de  même  encadrés  dans  des  figures  assez  régulières 
que  l'œil  suit  aisément,  qui  n'ont  pas  l'inconvénient 
des  images  mêmes  des  constellations  ,  et  qui  servent 
à  les  faire  reconnaître  au  premier  aspect. 

M.  H. , .  résout ,  avec  ce  globe ,  les  problèmes  suîvans  : 
trouver  l'heure  et  le  point  de  l'horizon  oii  se  fait  le  le- 


•j56  SCIEKCKS  PHYSIQLES. 

ver  ou  le  couclier  du  soleil ,  <Ie  la  ImiP ,  d'une  (-loile  ou 
d'une  planèle;  sa  hauteur  à  midi  ou  à  un  instant  dé- 
signé ;  l'.jziniut  d'un  astre  ;  la  durée  de  la  nuit  et  du 
jour;  celle  du  crépuscule;  le  teuis  (ju'une  étoile  ou 
une  planèle  est  visible  pendant  une  nuit  proposée  ;  les 
levers  et  couchers  héliaques  ,  cosmiques  et  acrony- 
«|ues...  Enfin,  il  enseigne  à  trouver,  pour  chacjue  ins- 
tant, la  position  et  les  mouvemcns  apparens  des  corps 
célestes. 

Le  procédé  dont  l'auteur  se  sert  ])our  arriver  aux  so- 
lutions de  ces  pro])lèmes,  est  simple  et  ingénieux.  Si  les 
étoiles  semblent  fixées  au  firmament  qui  les  entraîne 
en  apparence,  et  les  force  à  tourner  autour  de  nous 
on  vingt-quatre  heures,  le  soleil,  la  luuc  et  les  pla- 
nètes ont  un  mouvement  propre ,  en  sens  contraire , 
sur  cette  sphère  iniaginaire  ;  et,  pendant  que  celle-ci 
paraît  tourner  eu  vingt-quatre  heures  d'orient  en  occi- 
dent,  et  entraîner  tous  les  corps  célestes,  quelques-uns 
de  ces  corps  ont  un  mouvement  plus  ou  moins  leiil  , 
qui  les  transporte  chaque  jour  d'une  certaine  <juantitc 
vers  l'orient. 

Pour  imiler  ces  cliangemens  ,  au\(|uoIs  les  éloiles 
fixes  ne  participent  point,  M.  II...  se  sert  de  plusieurs 
pelils  dis((ues  de  métal  ,  qu'on  peut  coller  sur  le  globe 
«éleste  ,  à  l'aide  d'un  peu  de  cire  molle  :  un  petit  ins- 
triiujenl,  divisé  eu  degrés,  s'applique  sur  If  globe,  se- 
lon des  règles  que  l'auteur  ex|)lique  ,  et  il  obtient  ainsi 
très  facilement  le  point  du  ciel  oii  il  doit  placer  ces 
petites  images  de  planètes  ,  pour  un  jour  désigné.  .Son 
globe,  ainsi  préparé,  tourne  sur  son  axe,  sous  la  maiu 
de  l'observateur  ,  ])récisément  comme  le  ciel  tourne 
devant  nos  yeux.  Le  globe  est  donc  en  tout  l'inLii^c  du 
ciel.  C'est  ce  c|uc'  M.  11...  uoiumc  un cùscn'aioirc c'cono- 


SCIENCES  PHYSIQUES.  aôj 

mique.  Ce  globe,  dit-il ,  qui ,  avec  ses  petits  astres  mé- 
talliques, ne  coûte  cjue  3o  fr.  ,  le  traité  qui  est  du  prix 
de  5  fr.  ,  et  l'annuaire  du  bureau  des  longitudes  ,  qu'on 
paie  I  fr.  :  voilà  lout  ce  c[ui  constitue  un  observatoire 
cil  l'on  peut  contempler  toutes  les  merveilles  du  ciel , 
suivre  ,  prévoir  même  tous  les  mouvemens  des  corps 
célestes  ,  et  faire  seul  un  cours  complet  d'astronomie. 

Après  avoir  accordé  à  M.  H...  !es  éloges  qui  lui  sont 
dus  ,  il  me  reste  à  remplir  une  tâche  plus  difficile  :  les 
expressions  obligeantes  dont  il  se  sert  en  parlant  de 
moi ,  et  pour  lesquelles  je  le  prie  d'agréer  mes  remer- 
cîmens  ,  ne  sont  pas  un  motif  pour  taire  au  public  ce 
que  je  blâme  dans  cet  ouvrage  ;  et  l'équité  m'oblige  à 
en  faire  une  critique  ,  rendue  pénible  par  ma  considé- 
ration pour  l'auteur ,  mais  que  je  dois  regarder  comme 
un  devoir  envers  le  public. 

Je  vois  avec  peine  que  M.  H...  ait  ressuscité  l'opinion 
d'Aristote  qui  voulait  que  les  comètes  fussent  des  as- 
tres éphémères  ,  des  espèces  de  météores  ultrà-atmos- 
phériques  ,  dont  l'existence  passagère  était  subordon- 
née à  des  causes  inconnues.  Ce  système  est  faux  ,  et , 
dans  l'état  actuel  de  nos  connaissances  ,  on  n'aurait 
pas  dû.  le  reproduire.  Les  prétendues  preuves  qu'on 
apporte  en  sa  faveur  se  réduisent  à  dire  que  les  retours 
des  comètes  sont  fort  incertains,  et  qu'on  ne  revoit  ja- 
mais ces  corps  sous  les  mêmes  apparences  ;  ce  qui  per- 
met de  douter  qu'on  puisse  en  effet  reconnaître  l'astre 
dont  on  a  déjà  eu  le  spectacle. 

De  ce  qu'on  ne  peut  prédire  le  retour  que  de  deux 
comètes,  sur  cinq  ou  six  cents  qu'on  sait  exister,  il 
ne  s'ensuit  pas  que  ces  corps  n'aient  qu'une  existence 
momentanée  ;  mais  que  Ja  science  n'est  pas  asse* 
avancée,  que  les  instrumens  et  l'observation  ne  sontpaj 

TOME    VIU.  17 


aJH  SClKlNCtS  PllYSlQUKS. 

assez  parfaits,  ]>our  que  les  résultats  du  calcul  soicii! 
certains  et  s'acco(<i«.Mit  en  tous  ])oiuts.  On  ne  peut  dou- 
ter que  CCS  corps  u'obéissent  aux  lois  générales  de  l'at- 
traction ;  ce  qui  permet  d'en  attester  Tcxistence  maté- 
rielle. Or,  aucun  des  faits  physiques  ne  laisse  croire 
que  la  matière  j)uis5e  se  dissiper,  s'anéantir,  sans  résul- 
tats. Les  comètes  qu'on  n'a  pas  revues  aux  époques  assi- 
gnées par  les  astronomes  pour  leur  retour,  ont  proba- 
blement éprouvé  ,  par  l'attraction  des  planètes ,  quel- 
ques perturbations  qui  ont  troublé  les  élémcns  de  leurs 
orbites,  et  les  ont  rendues  méconnaissables  lors- 
qu'elles se  sont  présentées  à  nous.  11  est  encore  très 
vraisemblable  que  ces  corps  se  sont  montrés  le  jour  sur 
notre  horizon,  et  nous  ont  échappé.  Le  monde  civilisé 
est  si  peu  étendu  ,  qu'il  est  croyable  que  d'autres  peu- 
ples ont  pu  avoir  sous  les  ^eux  ,  durant  la  nuit,  sans 
les  remarquer,  ces  mêmes  astres  que  nos  astronomes 
ont  vainement  cherchés  en  Europe. 

On  est  certain  que  ,  dans  l'unde  ses  voyages  visibles  , 
la  comète  de  1811  s'est  montrée  d'abord  petite  et  sans 
échst ,  et  ensuite  grande  ,  brillante  et  suivie  d'une 
queue  immense.  Ces  ellels  ,  qu'en  attribue  à  la  chaleur 
plus  ou  moins  grande  que  l'astre  reyoil ,  à  raison  de  sa 
distance  variable  du  soleil ,  ont  accompli  sous  !ios  yeux 
leur  période  ordinaire.  Admettez  que  des  astronomes 
ne  l'aient  vu  que  sous  le  premier  de  ces  états  ,  taudis 
que  d'autres  l'auraient  aperçu  sons  le  second  ,  et  jugez 
s'il  serait  possible  qu'au  simple  aspect,  on  l'eût  reconnu 
pourunc  seulcetmcmccomète.  Cette  étoilequ'on  voyjiit 
briller  le  soir  d'un  si  vif  éclat ,  et  qui ,  bientôt  après  , 
précédait  le  lever  du  soleil  ,  la  planète  Vénus,  fut  loug^ 
lems  regardée  comme  deux  corps  célestes  différens , 
nommés  tantôt  l'Etoile  du  soir  ou  du  berger,  J'esper  , 


SCIKNCES  PUÏSJQUES.  259 

tantôt  Lucifer,  Phosphore ,  et  V  Etoile  du  malin.  La 
<]i(rereiice  de  forme  et  d'éclat  de  cette  planète  contri- 
buait à  établir  cette  erreur  :  mais  la  régularité  de  l'or- 
bile  qu'elle  décrit  autour  du  soleil  l'a  fait  reconnaître 
pour  un  seul  et  même  astre.  M.  H...  a  donc  tort  de 
prétendre  qu'eu  doit  reconnaître  une  comète  ,  comme 
un  voyageur,  à  ses  traits. 

L'opinion  dn  philosophe  de  Stagyre  n'est  donc  pas 
soutenable,  et  l'auteur  n'aurait  pas  dû  la  reproduire, 
ni  surtout  la  développer  longuement ,  en  l'appuyant 
sur  des  bases  aussi  peu  solides.  Celle  qui  attribue  l'in- 
vention des  cadrans  solaires  à  Anaximènes  n'a  pas 
plus  de  fondemens.  Les  hommes  de  lettres  qui  ont  lu 
cette  assertion  dans  les  écrits  de  Pline  ,  l'ont  répétée 
sans  s'informer  s'il  existait  des  ouvrages  savans  oii 
cette  questio.i  était  approfondie  :  ils  le  rediront  sans 
doute  encore  long-tems,  et  il  faut  bien  leur  laisser 
cette  erreur,  ainsi  que  beaucoup  d'autres ,  puisqu'ils 
veulent  toujours  rester  étrangers  aux  sciences  ;  mais 
un  livre  d'astronomie  ne  doit  pas  les  consacrer.  Il  est 
prouvé  par  les  saintes  écritures,  que,  cent  cinquante 
ans  avant  Anaximènes,  Achaz  avait,  en  Judée,  un  ca- 
dran solaire. 

Le  style  de  l'ouvrage  est  en  général  clair  et  facile  ; 

mais,    admirateur   de    Fontenelle,    M.    H aime 

beaucoup  ce  genre  de  plaisanterie  fade  ,  si  fort  à  la 
mode  dans  le  siècle  dernier,  et  que  Voltaire,  BufFon 
et  Montesquieu  ont  décrédité  sans  retour.  M.  Laplace 
a  montré  ,  dans  son  Expoxiiion  du  sj-steme  du  monde , 
comment  on  devait  écrire  sur  les  sciences;  il  a  laissé 
un  modèle  parfait  du  genre  de  style  à  la  fois  grave  et 
élégant  qui  leur  convient,  et  qu'on  doit  surtout  pré- 
férer à  celui  de  la  pluralité  des  mondes. 

17* 


aêo  NCIKPs'CKS  l'HYSlQl'l  S. 

Pi'esl-il  pas  ridicule  eu  ofTet  de  Vire  qu  il  est  plus  ai\>é 
d'aller  de  la  constcllalion  du  Lion  à  celle  de  la  Ljrcy 
que  de  la  rue  du  Petit-Lion  à  la  rue  de  la  Harjie  ; 
qu'une  comète  qui  n'a  pas  reparu  à  l'époque  prédite 
pour  son  retour,  est  une  infidèle  qui  a  manqué  au  ren- 
dez-vous',  que  les  planètes  marchent  tantôt  à  droite, 
tantôt  à  gauche,  tandis  que  le  soleil  tient  sans  écart  le 
haut  du  pai'é ^  et  plusieurs  autres  locutions  aussi  bi- 
zarres, qu'il  est  inutile  de  rappeler? 

Le  passage  suivant  est,  dans  ce  genre  ridicule  ,  une 
sorte  de  modèle  (  page  io3)  : 

«  Le  soleil  ,  qui  n'est  réellement  qu'une  étoile  ,  est 
cependant  le  souverain  du  plus  vaste  empire  que  nous 
connaissions;  roi  par  la  grâce  de  Dieu,  il  règne  sur 
plusieurs  vassaux  et  arrière- vassaux  qu'il  éclaire  de 
sa  lumière,  qu'il  échaufle  ,  vivifie  et  féconde  par  sa 
chaleur,  et  qui,  par  reconnaissance  et  par  intérêt  , 
tournent  respectueusement  autour  de  leur  monarque  , 
chacun  à  la  place  qui  lui  est  assignée  ,  sans  jalousie  , 
sans  ambition,  sans  chercher  à  se  supplanter  et  à  se 
rapprocher  du  trône.  II  faut  que  le  prince  et  les  sujets 
soient  mutuellement  satisfaits  de  ce  gouvernement 
féodal  ,  puisque  ,  de  mémoire  d'homme,  il  existe  de- 
puis 5824  ans.  11  est  vrai  que  cet  empire  si  étendu  a 
trouvé  l'art  d'être  heureux  et  sage  avec  un  modeste 
<'ode  de  trois  lois  calculées  jjar  Kepler,  et  démontrées 
par  Newton}  tandis  que  tel  autre  petit  Etat  ,  qui  n'en 
est  pas  la  ceul-millionième  partie,  n'a  trouvé  ni  sa- 
gesse, ni  bonheur,  dans  (|uel(iues  milliers  de  lois  fa- 
briquées en  trente  ans.  »  Ces  vassaux  du  soleil  sont  les 
planètes. 

En  ]*arlnnt  de  la   ])lanèlc  Mars,   l'auteur  dit  :  «  Le 
«lieu  terribh-  des  batailles,  satisfait  d'être  le  quatrième 


SCIENCES  PH\SIQUES.  261 

ties  vassaux  du  soleil,  n'a  jamais  pensé,  depuis  soixante 
siècles,  à  secouer  le  joug  de  son  souverain  légitime. 
Bel  exemple  qu'il  donne  à  ses  favoris  les  guerriers  fran- 
çais !  »  La  page  io3,  quia  pour  objet  l'exposition  de 
l'état  de  notre  système  planétaire,  est  encore  une  que- 
relle qu'il  intente  à  la  révolution  française.  Il  dit 
quelque  part:  Ne  faisons  pas  du  soleil  un  conquérant } 
les  conquérahs  ne  sont  bons  ni  dans  le  ciel ,  ni  sur  la 
terre.  Sans  parler  de  l'inconvenance  de  ces  sorties , 
dans  un  livre  d'astronomie,  de  ces  traits  lancés  au 
hasard  ,  de  ces  excursions  oiseuses  dans  le  domaine  de 
la  politique,  je  demanderai  s'il  est  permis  d'avancer 
les  opinions  les  plus  hasardées  dans  un  livre  où  tout 
doit  être  démontré  ,  et  où  ce  qui  ne  l'est  pas  doit  être 
donné  pour  ce  qu'il  vaut.  Assurément,  les  conquêtes 
entraînent  de  grands  maux  ;  mais  elles  produisent 
quelquefois  des  biens  réels.  Celles  de  Sésostris ,  des 
Grecs  ,  des  Romains ,  qui  apportaient  avec  eux  la  civi- 
lisation, les  arts  et  l'industrie  à  des  peuplades  bar- 
bares ,  ont  mérité  la  reconnaissance,  même  des  nations 
vaincues.  La  législation,  le  système  administratif  des 
Français  survit  à  leur  puissance  en  Espagne ,  en  Italie 
et  en  Allemagne.  Les  croisades  même,  ces  entreprises 
folios  ,  désastreuses  et  injustes,  ont  eu  quelques  résul- 
tats avantageux.  La  nation  européenne  qui  ferait  la 
conquête  de  l'Afrique  ,  et  la  délivrerait  du  joug  de  ses 
mille  tyrans  barbares  qui  se  font  un  jeu  des  traitemens 
les  plus  féroces,  et  l'affranchirait  de  l'obéissance  stu- 
pide  qui  enchaîne  le  courage  et  flétrit  l'humanité, 
produirait  un  bien  réel ,  même  quand  des  vues  moins 
généreuses  seraient  le  but  de  cette  entreprise.  Les  con- 
ffjêtes  sontcomuTe  les  vents  impétueux,  qui  apportent 
quelquefois  la  dévastation,  mais  qui  sont  nécessaires  à 


aCa  SCIEIVCES  PHYSIQUES. 

l'état  pliysique  du  globe,  dont  ils  sont  une  des  cause» 

de  régénération. 

La   mauvaise  liuinenr  de  ^f.  TI contre  les  idées 

libérales,  trouve  une  compensation  dans  son  penchant 
àapprouver  l'iutjuisition.  On  ne  ^'attendait  pas,  en  i8?.o, 
à  lire,  dans  un  traité  d'astronnnjio,  (jue  Calilcf.  a 
fait  r abjuration  de  ses  erreurs  sur  le  woui'ernciil  île  la 
terre.  Ainsi,  l'opinion  du  mouvemenl  de  notre  globe 
est  une  erreur,  et  l'on  a  eu  raison  de  punir  celui  qui  l'a 
adoptée.  J'ai  jieiuc  à  eu  croire  mes  yeux  ,  lorscjue  je 
vois  ainsi  excuser  les  persécufeurs  d'un  grand  homme. 
Au  lieu  de  livrer  à  l'exécration  de  la  postérité  les 
hommes  qui  ont  arrêté,  autant  qu'il  était  eu  leur  pou- 
voir ,  les  progrès  des  lumières  ;  emprisonné  un  vieillard 
illustré  par  soixante-dix  ans  d'études  et  par  des  décou- 
vertes qui  font  l'admiration  du  monde  ;  épouvanté 
par  ces  persécutions  les  savans ,  réduits  à  ne  pas  pu- 
blier leurs  opinions  ;  M.  H décore  la  prison  de  (îa- 

lilée  du  nom  de  palais  magnifique  ,  embelli  par  de 
vastes  jardins  ,  et  la  présente  comme  un  heureux  asile. 
Peu  s'en  faut  qu'il  n'approuve  l'outrage  fait  à  la  vieil- 
lesse ,  à  la  vérité  et  aux  sciences  ,  comme  la  peine  d'utie 
erreur  dangereuse,  trop  doucement  punie.  11  serait 
superflu  d'insister  davantage  sur  ce  "^njet,  ([ue  san> 
doute  chacun  saura  apprécier.  La  vérité  est  que  les 
persécutions  dont  Galilée  fut  victime,  ne  furent  pas 
aussi  cruelles  qu'on  pouvait  s'y  allcndre,  d'après  l'es- 
prit du  siècle  oh  il  vivait  ;  et  que  sa  captivité  ,  toute 
pénible  qu'elle  était,  fut  adoucie  par  des  égards  qui  , 
sans  l'excuser  ,  honorent  les  hommes  qui  étaient  fon.i^ 
d'exercer  ce  rigoureux  ministère. 

L'opinion  de  M.  H....  sur  l'origine  des  constellnlions , 
est  que  le  hasard  et  la  fantaisie  pré«.idèrfnl  seuls  à  rçt[é 


SCIENCES  PHYSIQUES.  263 

tlivision  du  ciel  ;  et  que  les  étoiles,  formant  ensemble 
<les  dessins  faciles  à  retenir  dans  la  mémoire,  firent 
imaginer  d'unir  ces  astres  entre  eux,  et  d'en  composer 
des  familles.  Ces  deux  propositions  ,  qui  s'enlredétrui- 
sent,  sont  erronées.  Si  les  traits  qui  joignent  les  astres 
imitent  des  figures  d'animaux  ou  de  héros,  ce  n'est 
pas  le  caprice  qui  les  a  ainsi  rassemblés. 

L'auteur  avoue  lui-même  que  les  étoiles  ne  se  des- 
sinent pas  de  manière  à  présenter  l'image  des  êtres  que 
les  noms  des  constellations  désignent.  Le  Sagittaire 
même  ,  qui  est  un  des  astérismes  oii  l'on  peut  avec  plus 
de  raison  trouver  un  arc  et  sa  flèche,  en  s'exerçant  à 
cette  recherche,  offre  si  peu  de  ressemblance  avec  ces 

objets  ,   que  M.  H dit  :  Ne  cherchez  rien  dans  cette 

constellation  qui  ressemble  à  un  centaure  armé  d'un 
arc  dont  la  Jleche  va  partir  :  le  peintre  des  anciens 
globes  aurait  pu  encadrer  de  cent  autres  manières  l'amas 
d'étoiles  qui  forme  cette  constellation.  Il  fait  le  même 
aveu  dans  plusieurs  autres  passages  de  son  livre. 

Ce  n'est  ni  l'imitation  des  traits  qu'on  voit  dans  le 
ciel,  ni  le  caprice  des  poètes  qui  ont  créé  les  constella- 
tions. L'imagination  la  plus  complaisante  ,  celle  qui 
sait  apercevoir  dans  les  contours  variables  des  nuages, 
des  figures  de  géant,  de  lion,  de  harpie  et  de  mille 
autres  êtres  aussi  fantastiques,  ne  peut  rien  voir  dans 
le  ciel  étoile  ,  ([ue  des  figures  géométriques  plus  ou 
moins  compliquées  ;  et  le  caprice  qui  aurait  décidé  les 
créateurs  de  ces  groupes  célestes  dans  le  clioix  des 
images  ,  serait  trop  ridicule  pour  avoir  reçu  l'assenti- 
ment unanime  des  nations  éclairées.  Les  constellations 
sont  venues  jusqu'à  nous,  en  traversant  la  succession 
des  siècles,  sans  avoir  éprouvé  presque  aucune  altéra- 
tion :  elles  ont  été,  dans  toute  l'antiquité,  l'objet  d'un 


a64  SCIKKCES  PHYSIQUES, 

respect  religieux,  qui  en  attoslc  la  nol)le  orij^inr».  Lire» 
au  culte  public  qui  leur  a\ait  donné  naissance,  elles 
sont  rpinljlêine  (idiile  «les  |)i)énoiut'ui'!>  physiques  (|ui  se 
succédaient  dans  l'année  solaire,  chez  le  peuple  tjui 
les  a  instituées. 

Ces  faits ,  qu'il  ne  nous  est  pas  permis  de  prouver 
ici ,  sont  exposés  dans  des  ouvrages  qui  oui  mérité  l'ap- 
probation des  savans  ,  malgré  quelques  imperfections, 
inséparables  de  ce  qui  sort  de  la  main  des  hommes. 
Il  est,  par  exemple,  constaté  par  les  écrits  de  Por- 
phyre et  de  plusieurs  auteurs  anciens,  f|ue  les  douze 
travaux  d'Hercule  ne  sont  qu'une  interprétation  des 
passages  du  soleil  à  travers  les  douze  signes  du  Zo- 
diaque ;  et  que  plusieurs  constellations  étaient  rela- 
tives à  celte  fable  religieuse  qu'à  Thèbes  on  honorait 
par  des  fêles  sacrées.  Lorsqu'une  opinion  est  aussi  bieo 
établie,  celui  qui  ne  la  partage  pas,  doit,  ou  n'en  point 
parler,  ou,  s'il  l'attaque,  le  faire  en  apportant  les 
preuves  qui  renversent  le  système  qu'il  combat,  et  le 
rendent  douteux.  Jl  n'est  aujourd'hui  personne  qui 
puissç  prétendre  que  les  constellations  sont  les  enfans 
du  hasard,  quelque  parti  qu'on  ait  pris  d'ailleurs  sur 
le  système  dominant. 

Je  terminerai  cet  extrait  en  me  résumant.  M.  II...  a 
fait  un  ouvrage  très  utile  à  l'enseignement  élémonlaire 
de  l'astronomie;  il  a  complètement  atteint  le  but  qu'il 
se  proposait,  de  mettre  celte  belle  science  à  la  portée 
des  gens  du  monde  :  les  légères  taches  qui  déparent 
son  livre,  et  qu'il  pourra  faire  disparaître  dans  une 
seconde  édition,  sont  de  peu  d'importance  et  n'ôlenl 
rien  à  l'intérêt  que  ce  frailé  doit  inspirer. 

Francxîfub. 


SCIENCES  xMORALES  ET  POLITIQUES. 

A  Keview  of  THE  Colonial  Registration  Acts, 
in  a  Report  of  ihe  Commuée  of  tJie  board  of 
Directors  of  the  yJfrican  Insiilulion  ,  made  on 
ihe  "iid.  offehruary  1820  ,  and  puhlished  bj  tlie 
authority  of  that  Board -, 

PlEVUE  DES    ACTES    d'eNREGISTREMEKT    DES    ESCLAVES 

DES  Colonies  anglaises,  dans  le  Rapport  du 
Comité  du  Bureau  des  Directeurs  de  /'Institution 
AFRICAINE,  présenté  le  l'xfévi^ier  1820  ,  et  publié 
par  les  ordres  de  ce  Bureau  (1). 

Lorsque  le  parlement  d'Angleterre  passa  le  bill  d'abo- 
lition de  la  traite  des  nègres  d'Afrique,  (jonnu  sons 
le  nom  de  Bill  de  JVilberforce ,  qui  l'avait  proposé  , 
on  crut  devoir ,  par  déférence  pour  l'autorité  des  as- 
semblées législatives  des  colonies,  leur  laisser  le  choix 
des  mesures  d'exécution  de  cette  loi.  On  n'ignorait  pas 
cependant  qu'elle  rencontrerait  d'abord  une  grande 
opposition  ;  mais  on  se  persuada  que  la  volonté  pro' 
noncée  du  gouvernement  de  la  mère-patrie  vaincrait 
toutes  les  résistances  ,  et  que  les  colonies  ne  seraient 
pas  sourdes  à  la  voix  de  l'humanité  et  de  la  raison  ,  qui 
réclamaient  depuis  si  long-tems  contre  cet  odieux  trafic. 

Le  gouvernement  ne  tarda  pas  à  s'apercevoir,  par 
les  remontrances  qui  lui  arrivèrent  de  toute  part,  qu'il 
avait  mal  jugé  des  dispositions  des  autorités  coloniales. 
Le  bill  fut  représenté  comme  une  mesure  impraticable, 
inutile,  dangereuse,  qui  devait  entraîner  la  ruine  en- 
tière du  système  colonial,  en  privant  les  colons  des  bras 

(i)  Londres,  1820.  In-S".  HatcUarcI,  Piccadilly. 


3G6  SCIKNCFS  MORALES 

nécessaires  à  ia  culture,  que  l'on  ne  pouvait  rem))Iaccr 
par  des  lùiropéenb  ;  et  riniportalion  clandestine  des 
nègres  esclaves  continua,  àpeu  près,  coinmeavant  l'acte 
d'abolition.  Kn  i8i5,  on  n'avait  pas  même  fait,  dans 
la  jiliiparl  des  colonies,  le  receiisenionl  de  la  popula- 
tion esclave  existante.  C'était  cependant  tirir  première 
mesure  indispensable  ,  pour  s'assurer  des  importations 
frauduleuses,  si  elles  avaient  lieu. 

].cs  directeurs  de  l'iustitution  africaine,  qui  avaient 
piis  l'initiative  dans  l'acte  d'abolition  ,  instruits  de  ce 
qui  se  passait  dans  les  colonies,  sollicitèrent  duGou- 
venieuK  ut  et  des  (Jliambres,  des  mesures  plus  elTicaces 
contre  la  contrebande  des  esclaves,  et  le  parlement 
passa  le  Bill  (Vcnregif^lrevicnt.  Cette  nouvelle  loi  ordon- 
nait l'établissement,  dans  cbacune  des  colonies  ,  d'un 
double  registre,  sur  l'un  desquels  seraient  inscrits  les 
esclaves  des  plantations  ,  et  sur  l'autre  ,  les  esclaves 
personnels ,  c'est-à-dire  ,  attaches  au  service  des  per- 
sonnes ;  le  même  bill  portait  que  des  copies  ou  extraits 
de  ce»|  registres  seraient  transmis  à  un  bureau  central 
établi  à  Londres.  Des  recenseniens  périodiques  étaient 
encore  ordonnés  pour  constater  le  mouvement,  de  la 
population  ,  par  les  décès  et  les  naissances.  La  loi  entrait 
ensuite  dans  tous  les  détails  d'exécution  confiés  aux 
autorités  locales.  On  ne  pouvait  douter  (jue  la  stricte 
observation  des  lormalilés  prescrites,  n'ôtât  aux  plan- 
teurs récalcitrans  tout  e>pnir  d'éluder  à  l'avenir  l'opé- 
ration du  bill  ;  d'.'iulaul  mieux  qu'il  (h'cliuait  lilirr 
tout  nègre  ou  viuliîtrc  «lont  le  signalement  ne  se  trou- 
verait pas  enregistré.  L'exemple  de  l'île  de  la  Trinitt* , 
«il  des  dispositions  semblables  avaient  eu  le  plus  Iumi- 
reux  succès,  devait  encore  inspirer  au  (iouvei  nement 
une  entière  confiance.  Un  ordre  du  conseil  y  avait  éta- 


ET  POLITIQUES.  267 

bli  fies  registres  publics  ,  avec  toutes  les  formalités 
qu'après  uue  longue  et  mûre  délibération  l'on  avait 
jugées  les  plus  propres  à  prévenir  l'introduction  furtivc 
de  nouveaux  esclaves  ;  et  l'expérience  de  plusieurs  an- 
nées avait  déjà  Justine  la  sagesse  de  ces  mesures.  C'était 
un  modèle  proposé  aux  autres  autorités  coloniales. 

Mais  le  Gouvernement  fît  encore   la  faute  de  leur 
confier  l'exécution  du  bill  d'enregistrement,  quoiqu  il 
dût  présumer  qu'il  rencontrerait  les  mêmes  obstacles 
que  V  Jcte  d'abolition.  Cependant  les  assemblées  légis- 
latives reconnurent  d'abord,  assez  généralement,  l'uti- 
lité du  recensement  de  la  population  esclave  et  de  la 
formation  des  registres  publics.  Mais  ,  au  lieu  d'adop- 
ter franchement ,  et  dans  leur  entier,  les  moyens  d'exé- 
cution indiqués  dans  le  bill  et   l'ordre  du  conseil  rela- 
tif à  l'île  de  la  Trinité  ,  chacune  de  ces  assemblées  se 
crut  en  droit  de  les  rejeter,  ou  de  les  interpréter  et  mo- 
difier, au  gré  de  son  intérêt  et  de  ses  vues  particulières. 
Cette  multitude  d'actes  discordans  annonçait  plutôt 
l'intention  d'éluder  les  dispositions  du  bill  d'enregis- 
trement, que  de  les  exécuter.  L'expérience  des  quatre 
années   qui  suivirent  sa  promulgation    en   fournit  la 
preuve  ;  les  bâtimens  négriers,  saisis  sur  les  côtes  d'A- 
frique, dans   cet  intervalle,    ne   permirent   pas  d'en 
douter.  Il  fut  constaté  que  les  précautions  prises  par 
les  colonies  étaient  insuffisantes,  et  qu'on   devait  en 
adopter  de  plus  efficaces;  mais,  pour  opérer  cette  ré- 
forme des  actes  législatifs,  relatifs  an  bill  d'enregistre- 
ment ,  il  fallait  en  connaître  toutes  les  dispositions.  En 
conséquence  ,   il  fut  enjoint  aux  autorités  coloniales 
d'envoyer  au    Gouvernement  les   procès -verbaux  des 
délibérations  de  chacune  des  colonies.  Ces  papiers  ayant 
été  communiqués  au  parlement  ,  le  bureau  de  VInsli- 


468  SCIENCES  MORALES 

iutionafrirnine,  (\onl  le  zèle  pour  la  causedcriiumaniic 
seitihiait  devenir  plus  ardent  p.ir  les  obstacles  mêmes 
qui  auraient  dû  le  ralentir,  s'empressa  d'en  avoir  une 
copie  ,  et  de  charger  un  comité  d'en  faire  l'examen  ,  et 
de  lui  présenter  un  tipportqui  le  mît  à  portée  de  juger 
de  ce  qu'il  y  avait  de  défectueux  dans  les  actes  des  lé- 
gislatures coloniales.  C'est  ce  rapport  dont  nous  allons 
rendre  compte. 

Tous  les  actes  relatifs  au  bill  d'enregistrement  des 
autorités  coloniales  de  la  Jamaïque,  d'Antigoa,  de 
Tabago,  de  Montfcrrat,  de  St. -Christophe  ,  des  Isles- 
^  ierges  ,  de  la  Dominique,  de  la  Barbade,  des  Perbices, 
de  Démérjirj,  de  la  Grenade,  etc.  ,  peuvent  se  réduire 
à  trois  chefs  :  ceux  qui  se  rapportent  à  l'organisation 
des  registres;  ceux  qui  prescrivent  et  règlent  les  devoirs 
des  individus,  des  employés  etofficiers  publies,  à  l'égard 
de  l'enregistrement  ;  et  les  mesures  exécutoires  adoptées 
par  chacune  d'elles.  Nous  ne  suivrons  pas  le  rapporteur 
dans  l'examen  et  la  discussion  de  ces  actes  ;  il  suffira  , 
pour  montrer  combien  peu  ils  répondent  aux  intentions 
de  la  loi,  et  au  but  qu'elle  se  proposait  ,  d'en  rappeler 
(|ucU[ues  dispositions. 

Le  bill  exigeait  cju'il  y  eut  deux  registres  distincts  ; 
l'un  des  esclaves  des  plantations  ,  l'autre  des  esclaves 
ficrsonnelt  ;  que  le  signalement  inscrit  de  chaque  es- 
clave indiquât  son  nom,  son  surnom  (s'il  n'en  avait 
pas  ,  on  devait  lui  en  donner  un  qui  serait  à  l'avenir  le 
patronimicjue  de  sa  famille  ) ,  sa  couleur ,  son  emploi  , 
son  âge,  sa  taille,  son  pays  natal ,  les  marques  sur  le 
corps  qui  pouvaient  le  faire  reconnaître,  et  ses  réci- 
tions de  parenté  avec  d'autres  familles  ;  enfin  ,  que  le 
nom  de  l'cciave  fût  mis  en  grosses  lettres  en  tète  de 
l'article  qui  le  concernait ,  et  non  en  marge.  La  loi  exi- 


ET  POLITIQUES.  269 

geait  encore  que  l'on  désignât  sur  les  registres  ,  sous  le 
nom  connu  ,  la  plantation  à  laquelle  l'esclave  a])parte- 
nait,  la  paroisse  ou  la  division  de  la  colonie  oii  elle 
était  située,  le  nom  du  propriétaire  ou  du  possesseur 
actuel,  les  noms  et  qualités  de  celui  qui  faisait  la  décla- 
ration. Elle  voulait  encore  que  les  registres  fussent 
tenus  par  un  directeur  assermenté  ,  dont  il  serait  exigé 
nu  cautionnement,  qui  n'aurait  aucune  propriété 
en  esclaves  ,  et  dont  le  traitement  élevé  serait  une  ga- 
rantie de  sa  fidélité  et  de  son  exactitude.  Ces  directeurs 
de  l'enregistrement ,  dans  chaque  colonie,  devaient  en- 
voyer régulièrement  au  bureau  central  d'enregistre- 
ment, à  Londres,  des  copies  ou  extraits  de  leurs  re- 
gistres ,  non-seulement  du  premier  recensement  de  la 
population  esclave,  mais  encore  des  états  périodiques 
qui  devaient  s'en  faire  ,  pour  constater  les  changemens 
survenus  dans  les  déclarations  consignées  sur  les  regis- 
tres antérieurs  ;  et  ils  devaient  joindre  à  chaque  re- 
gistre et  copie  un  index  général  ,  qui  facilitât  les  re- 
cherches. 

Ces  sages  précautions  avaient  été  jugées  nécessaires 
pour  constater  légalement  le  nombre  des  esclaves  de 
chaque  plantation  ,  et  prévenir  les  substitutions  clan- 
destines ,  dans  le  cas  de  décès  ou  de  déplacement  d'un 
nègre.  Elles  étaient  avantageuses  au  propriétaire  ;  l'en- 
registrement pouvait  tenir  lieu  d'un  titre  de  propriété , 
et  lui  fournir  une  garantie  de  ses  droits,  qu'il  aurait 
donnée  à  l'acheteur  ,  en  cas  de  vente  ,  ou  au  préteur  , 
comme  gage  hypothécaire.  Ces  précautions  étaient 
aussi  dans  l'intérêt  des  esclaves  des  plantations. 

L'impossibilité  oii  les  colons  allaientsetrouverd'aug-> 
menter  le  nombre  des  esclaves  par  la  contrebande^ 
devait  les   forcer  à  les  mieux  traiter  ,  sous  le  rapport 


370  SCIENCICS  MOllALFS 

du  travail  et  do  la  nourriture  ,  et  à  encourager  la  |)Oj»u- 

lation.   Le  sort   des  esclaves   enregistrés    devait  donc 

s'améliorer  ;  et  ceux  qui  ne  l'étaient  pas  ,  pouvaient  sc 

soustraire  à  une  détention  injuste,  puisque   le  non-en- 

registrenuMit   devenait    pour    eux  un    litre  d'honunes 

libres. 

Si,  dès  i8i5,  les  colonies  anglaises  eussent  adopté 
toutes  ces  dispositions  du  bill  d'enregistrement  ,  on  ne 
peut  guère  douter  qu'elles  n'eussent  eu  le  même  ré- 
sultat que  dans  l'île  de  la  Trinité,  où  elles  avaient  mis 
lin  terme  à  l'importation  frauduleuse.  IVJais,  coramc 
nous  l'avons  observé,  aucune  des  autorités  coloniale» 
ne  jngpa  convenable  deles  sanctionner  sans  restriction; 
et  l'île  de  la  Jamaïque ,  ou  l'on  compte  345, ooo  es- 
claves sur  vingt-une  paroisses  ,  fut  la  moins  exacte  à  se 
conformer  aux  intentions  de  la  loi. 

Le  rapporteur  du  comité  de  l'institution  africaine  , 
après  avoir  passé  en  revue  tous  les  actes  de  la  police 
coloniale  ,  et  réfuté  en  détail  les  divers  prétextes  allé- 
gués par  les  autorités  pour  pallier  leur  opposition  et 
leur  mauvaise  volonté  ,  en  conclut  que  le  parlement  ne 
peut  tolérer  plus  long-tcms  une  semblable  négligence, 
et  qu'il  est  urgent  de  prendre  de  nouvelles  mesures 
qui  assurent  l'exécution  permanente  ,  pleine  et  entière 
de  la  loi  d'enrogislreinent.  (inmnie  il  e^t  ]irobable  (jue 
les  autorités  législatives  des  colonies  pourraient  en- 
core tenter  «le  s'y  soustraire,  par  de  nouveaux  subter- 
fuges, le  rapporteur  pense  (|u'on  ne  doit  jilus  leur  en 
confier  l'exét.'ution ,  mais  (|u'iiii  doit  faire  du  bill  d'en- 
registrement une  loi  générale  ,  uniforme  et  permanente 
ptnir  toiiAes  les  colonies  anglaises  sans  exception,  et 
imposer  aux  autorités  l'obligation  de  se  conformera 
toutes  ses  dispositions,  sans  y  rien  clianger  sous  aucun 


i 


El'  POLITIQUES.  271 

prétexte.  C'est  le  seul  moyeu,  dit.  le  rapporteur,  de 
parvenir  à  raboiitioii  de  la  traite  des  nègres.  La  mère- 
patrie,  quoiqu'elle  n'admeltv  point  d'esclaves  chez  elle  , 
est  intéressée  à  cet  ordre  de  choses.  C'est  en  Angleterre 
que  se  rédigent  ia  plupart  des  transactions  relatives 
aux  mutations  de  propriétés  des  colonies,  et  aux  em- 
prunts que  l'on  hypothèque  sur  ces  propriétés.  Or  , 
comment,  sans  cette  uniformité  dans  les  principes  ,  et 
sans  la  garantie  de  l'exactitude  des  déclarations  con- 
signées dans  les  registres  publics  des  colonies,  et  des 
copies  déposées  au  bureau  central  de  Londres  ,  le  né- 
gociant, ou  l'homme  de  loi  qu'il  consulterait,  pourrait- 
il  s'assurer  que  les  biens  et  les  esclaves  mis  en  vente, 
ou  présentés  comme  hypothèque  d'emprunts,  ont  été 
duement  enregistrés?  Il  faudrait  qu'il  compulsât  tous 
les  actes  particuliers  des  colonies,  relatifs  à  lexécutiou 
dubill. 

Dans  les  Indes  occidentales  ,  l'embarras  de  l'acqué- 
reur ou  du  prêteur  serait  encore  plus  grand,  parce 
qu'il  n'existe  aucun  moyen  d'obtenir  des  informations 
légales  d'une  île  à  l'autre,  ni  aucun  tribunal  d'appel 
cil  l'on  puisse  recourir  pour  les  renseignemens  désirés 
sur  les  institutions  particulières  de  chaque  île.  On  ne 
sait  point,  à  la  Jamaïque,  quelles  sont  les  modifications 
apportées  à  la  loi  d'enregistreiiieut  à  la  Dominique,  à 
Antigoa  ,  etc.  ;  et,  réciproquement,  on  ne  sait  point  à 
Anligoa  si  les  formes  voulues  par  la  législation  de  la 
Domini([ue  ont  été  observées.  Sans  un  plan  uniforuie 
et  permanent ,  l'acheteur  ou  le  prêteur,  soit  à  Londres, 
soit  aux  colonies  ,  n'ont  donc  aucune  garantie  légale 
assurée. 

Les  droits  des  nègres  ou  desmulâtres  libres  pourraient 
être  également  compromis.  Comment,  en  effet,  ceux 


û7a  SCIKNCES  IMOllALKS 

que  leurs  aftairrs  font  vovai;er  d'une  île  à  l'autre,  si- 
ronl-ils  assurés  de  conserver  leur  liberté  et  de  n'être 
pas  arrêtes  coniinc  esclaves  fugitifs,  si  les  réglemens  de 
l'île  qu'ils  habitent  ne  sont  pas  connus  dans  celle  oii  ils 
peuvent  aller?  Il  est  donc  évident  que  la  grande  diversité 
des  dispositions  législatives  des  (Colonies  est  un  obstacle 
insuriuontable  à  l'exécution  pleine  et  entière  du  bill 
d'enregistrement. 

D'ailleurs,  on  ne  doit  point  perdre  de  vue  cette  vé- 
rité: que  la  non-observation  stricte  de  l'acte  du  parle- 
ment, dans  une  seule  île,  paralyse  tout  le  système, 
puis(|ne  cette  île  peut  toujours  servir  de  dépôt  pour 
les  esclaves  de  contrebande,  la  loi  permettant  aux  e<;- 
claves  d'une  île  de  passer  dans  une  autre.  Un  nioilc 
d'enregistrement  uniforme  et  général  est  nécessaire,  et 
l'on  ne  peut  raisonnablement  charger  de  l'exécution 
treize  assemblées  différentes  ,  qui  n'ont  aucune  com- 
jnunication  entre  elles,  aucune  déférence  les  unes 
pour  les  autres,  et  qui  voudraient  s'allVanchir  des 
obligations  qu'on  leur  impose.  Il  faut  donc  en  laisser 
le  soin  an  parlement  et  au  gouverneiuenl  ,  ])our  tontes 
les  Colonies  anglaises. 

^'ous  avons,  les  premiers,  observe  le  rapporteur  du 
comité  de  l'Institution  africaine,  pris  l'engagement  so- 
lennel d'abolir  la  traite  des  nègres.  L'honneur  et  le 
caractère  de  la  nation  seraient  compromis  aux  yeux 
des  ])uissaiices  étrangères  ,  si  nous  négligions  d'adopter 
les  mesures  qui  peuvent  amener  cet  heureux  résultat. 
C'est  parce  que  nous  avons  pris  cet  engagement,  que 
le  gouvernement  français  a  déclaré,  au  congrès  d'Aix- 
la-(]hapelle,  son  intention  d'introduire  dans  ses  propres 
Colonies  les  rCglcmcns  de  notre  bill  d'enregistrement  , 
et  qu'il  a  témoigné  le  désir  de  les  voir  égalcjncnl  adop- 


ET  POLITIQUES.  2,3 

tés  par  toutes  les  puissances  coloniales.  Des  actes  offi- 
ciels de  cette  nature  deviendraient  des  inonumens 
d'une  honte  éternelle,  si  nous  abandonnions  un  sys- 
tème que  la  France  n'a  adopté  qu'à  notre  exemple  et 
à  notre  sollicitation ,  et  que  plusieurs  des  Etals-Unis 
désirent  voir  transformé  en  loi  parle  congrès  américain. 
L'expérience  des  quatre  années  qui  viennent  de  s'é- 
couler, depuis  la  promulgation  du  bill  d'enregistre- 
ment, pendant  lesquelles  l'odieux  trafic  des  esclaves 
n'a  pas  discontinué,  vient  enfin  de  déterminer  l'auto- 
rité suprême  du  parlement  britannique  à  prendre  des 
mesures  efficaces.  Dans  la  dernière  session,  il  a  passé 
un  acte  qui  établit  en  Angleterre  un  registre  général 
des  esclaves  des  Colonies,  et  qui  ,  pour  nnieux  assurer 
l'exécution  du  bill  d'enregistrement  de  i8i5,  déclare  , 
entre  autres  articles  ,  qu'à  partir  du  i*'  janvier  1820, 
il  ne  sera  légalement  permis  à  aucun  des  sujets  de 
Sa  Majesté,  dans  le  Royaume-Uni,  d'acheter  aucune 
propriété  à  laquelle  seraient  attachés  des  esclaves,  dans 
aucune  des  colonies  de  Sa  Majesté  ;  ni  de  prêter  ou 
avancer  de  l'argent,  des  marchandises  ou  des  effets  par 
hypothèque  sur  ces  propriétés  ,  à  moins  qu'il  ne  soit 
constaté  par  !e  registre  général  que  lesdits  esclaves  ont 
été  duement  enregistrés,  suivant  les  formes  voulues  par 
la  loi ,  dans  les  bureaux  d'enregistrement  de  la  colonie 
à  laquelle  ils  appartiennent  ;  et  que  tous  actes  de  vente, 
d'hypothèque,  de  transfert,  d'assurance  ou  de  garan- 
tie, passés  en  contravention  après  le  i*'  janvier  1820, 
en  faveur  d'aucun  des  sujets  de  Sa  Majesté,  seront 
nuls  et  non  exécutoires  à  l'égard  des  esclaves  non  enre- 
gistrés. L'acte  stipule  encore  qu'aucun  esclave  ne  sera 
regardé  comme  duement  enregistré ,  à  moins  que  la 
déclaration  qui  en  aura  été  faite  au  bureau  d'enregis- 
TOWE  viir.  18 


274  SCIKTNTKS  MORALÎÙS 

trement  de  la  colonie  (pi'il  liabitr,  parle  propriétaire, 
ou  son  chargé  de  pouvoir,  ne  soit  revêtue  des  l'irnios 
prescrites  par  la  loi  ;  et  que  copie  on  extrait  de  ladite 
déclaration  n'en  ait  été  reçu  au  bureau  général  de 
l'enregistrement,  dans  l'intervalle  des  quatre  années 
antérieures.  Enfin,  le  nouveau  bill  déclare  (j\ie  ces 
actes  de  vente  ,  etc. ,  ne  seront  valides,  «(u'atilant  qu'ils 
seront  accompagnés  d'un  certificat  contenant  le  signa- 
lement de  chaque  esclave,  conforme  à  celui  consigné 
dans  la  dernière  déclaration  des  registres  de  la  colonie. 

Telles  sont  les  dernières  mesures  adoptées  par  le  par- 
lenient  contre  le  commerce  interlope  des  esclaves.  Mais , 
observe  le  rapporteur,  elles  semblant  supposer  que  les 
registres  ,  tels  qu'ils  ont  été  organisés  par  les  législa- 
tures coloniales,  sufllsent  pour  constater  le  nombre 
progressif  et  l'identité  des  esclaves  de  chaque  planta- 
tion ,  et  que  des  duplicatas  exacts  de  ces  registres  ont 
été  fidèlement  transmis,  à  chaque  vérification  ,  au  bu- 
reau central  de  Londres.  Cependant ,  l'exposé  que  nous 
venons  de  faire  des  actes  de  ces  législatures,  prouve 
que  ces  formes  de  garantie  n'ont  point  été  observées, 
et  que  le  dernier  acte  du  parlement  ne  peut  avoir  son 
exécution  pleine  et  entière,  tatit  qu'elles  ne  l'auront 
pas  été.  Jusque -l.'i  ,1e  résultat  qu'on  peut  en  attendre, 
sera  plutôt  de  suspendre  les  transactions  relatives  aux 
esclaves,  que  de  les  régler.  Mais,  les  colonies  ne  de- 
vront imputer  qu'à  elles-mêmes  ces  entraves  et  ces 
incotivéniens ,  suite  d'une  négligence  ou  d'une  mau- 
vaise volonté  ,  que  le  parlement  ne  pouvait  ni  préve- 
nir, ni  supposer  ,  sans  les  olTenser. 

Il  est  encore  un  cas  très  important,  continue  le  rap- 
porteur, au(}uel  ce  dernier  acte  du  j)arIoment  n'a 
point  pourvu  ;  c'est  celui  oii ,  sur  une  j)ropriété  colo- 


ET  POLITIQUES.  2-5 

niale  mise  en  vente  ,  il  y  aurait  des  esclaves  enregistrés 
et  des  esclaves  non  enregistrés.  Le  biil  annule  ,  à  la 
vérité,  la  vente  de  ces  derniers,  mais  non  celle  de  la 
propriété  et  des  esclaves  enregistrés.  Or,  comme  un 
usurier  se  contente  d'être  assuré  d'abord  de  l'intéiêt 
légal  de  l'argent  qu'il  prête  ,  et  se  repose  sur  la  parole 
d'honneur  de  l'emprunteur,  pour  le  paiement  du  sup' 
plément  usuraire  ;  de  même,  l'acqjjéreur  d'une  plan- 
tation coloniale,  assuré  par  la  loi  de  la  possession  de 
la  propriété  et  des  esclaves  enregistrés  ,  peut  avoir  la 
même  confiance  pour  la  remise  des  esclaves  qui  ne  le 
sont  pas.  Le  remède  à  un  pareil  abus  serait  d'annuler 
la  vente  dans  ces  cas-là  (f  ), 

C'est  par  ces  mesures  sévères  et  permanentes  ,  et  en 
assurant  leur  entière  exécution,  que  l'Angleterre  mettra 
enfin  un  terme  à  l'infâme  commerce  des  esclaves  d'A- 
frique ,  et  prouvera  à  l'Europe  qu'elle  veut  tenir  ses 
engagemens,  solennellement  proclauxés.  L' Jnslitiitwn 
africaine  GS^ere  que  la  publication  du  rapport  de  son 
coniité  en  fera  sentir  la  nécessité,  et  que  la  traite  des 
nègres  ,  ce  grand  obstacle  à  la  civilisation  de  l'Afrique, 
objet  de  ses  travaux  depuis  son  établissement  en  1807  , 
géra  pour  toujours  abolie.  Babey. 

(1)  L'abolition  de  la  traite  des  Nègres  n'est  qu'une  mesure  pré- 
liminaire. I^e  granti  objet  des  travaux  de  VlnstituLinn  "Jricaine 
est  la  civilisati<)o  progressive  de  l'Afrique.  C'est  j)our  arriver 
à  ce  but,  (ju'elle  s'est  occupée  d'abord  de  celles  dfs  contrées  qui 
«voisinent  les  colonies  que  l'Anj^b  terre  y  j)Osscde.  Depuis  son 
.  établissement ,  elle  aclevti  des  écoles  publiques  pour  les  eniansdes 
familles  indigènes  ,  d'après  la  mètbode  de  l'enseignement  mutuel. 
On  y  donne,  outre  l'instruction  primaire,  des  leçons  élémentaires 
d'agriculture  ,  de  commerce,  etc.  Le  zèle  de  la  Sociclé  est  secondé 
par  les  .Sociétés  religieu.ses  établies  à  Londres  pour  la  propagation 
delà  religion  clut-lienne  parmi  les  nations  étrangères,  surtout 
par  cf^llex  du  la  lîihle  et  il<-s  Missions  ei^angéliques  d\JJnque. 
La  lieviie  s'empressera  de  publier  les  détails  des  travaux  et  de» 


ipressera  cle  p 
succès  de  ces  bociétés. 


- 


a',6  SCIENCES  MORALES 


w^v\^^\\v^^'V^^^^^v\A^\^v 


Choix  de  Rapports,  Opinions  et  Discours  pro- 
noncés à  la  tribune  nationale  ^  depuis  l'^Sc)  jus- 
qu'à ce  jour;  recueillis  dans  un  ordre  chronolo- 
gii/ue  et  historique;  avec  cette  épigraphe  :  Vox 
populi  ,  vox  Dei  (i). 

Arrivé  au  sommet  d'une  montagne  escarpée  dont 
l'accès  est  défendu  par  des  précipices  ,  le  voyageur 
qui  d'abord  avait  désespéré  de  vaincre  les  obstacles  ; 
qui ,  plus  d'une  fois  ,  avait  cru  qu'il  serait  obligé  de 
rétrograder;  heureux  d'être  parvenu  au  terme  qu'il 
brûlait  d'atteindre  ,  contemple  avec  satisfaction  l'es- 
pace qu'il  a  franchi ,  les  difficultés  qu'il  a  dû  sur- 
monter. 

Semblables  à  ce  voyageur ,  lorsque  nous  sommes  près 
d'obtenir ,  enfin ,  d'une  manière  complète  ,  l'état  légal 
pour  lequel  ,  depuis  trente  ans,  tant  de  vœux  ont  été 
formés  par  les  hommes  qu'animaient  un  véritable 
amour  de  la  patrie  et  le  sentiment  de  leur  propre 
dignité  ,  reportons  les  yeux  sur  la  route  que  nous 
avons  parcourue ,  et  signalons  aux  autres  nations  les 
écueils  et  les  dangers  dont  la  contemplation  de  no» 
fautes  et  de  nos  malheurs  peut  contribuer  à  les  ga- 
rantir. 

Obligé  déparier,  dans  cet  extrait ,  d'événemens  rc- 


(i  )  l'ai  is,  18190!  i8-!o.  Eymcry,  rue  Mazarine,  n°3o.  L'onvrag» 
entier  se  composera  de  vingt  volumes  ,  f|ui  compri-nilront  jus- 
qu'à Paonrc  i8i5  ;  il  en  a  déjà  ofii  publie  onze.  Prix,  par  vo- 
lume ,  5  fr.  ,  et  7  francs ,  avec  G  portraits. 


ET  POLITIQUES.  277 

cens  ,  d'hommes  qui  vivent  encore,  de  principes  long- 
tems  contestés  ,  je  le  ferai  avec  une  entière  impar- 
tialité. 

On  s'est  long-tems  obstiné  à  supposer  que  la  révo- 
lution française  avait  été  le  résultat  de  quelques  in- 
trigues particulières  ,  à  la  tête  desquelles  on  mettait 
tel  ou  tel  personnage  éminent  ;  c'est  une  erreur  prou- 
vée et  reconnue  par  tous  les  bons  esprits  ,  capables  de 
juger  les  homme*  et  les  choses.  Il  n'existait  pas  ,  à 
l'époque  oii  cette  révolution  a  éclaté  ,  de  caractère 
assez  fort  parmi  les  hommes  en  place,  de  personnage 
assez  entouré  de  l'estime  et  de  la  confiance  générales  , 
pour  entraîner  la  France  dans  le  mouvement  qu'elle  a 
suivi.  La  révolution  française  eût  été  impossible  ,  si 
elle  n'eût  été  imminente  et  inévitable;  et,  s'il  était 
vrai  qu'elle  eût  été  le  résultat  d'une  conspiration ,  il 
serait  également  vrai  de  dire ,  que  ce  fut  une  cons- 
piration dans  laquelle  entrèrent  tous  les  hommes  de 
bien ,  qui  sentaient  la  nécessité  d'une  réforme  dans 
l'administration  des  affaires  publiques. 

Les  vœux  ou  la  volonté  d'un  petit  nombre  ne  suffi- 
sent pas  pour  amener  un  si  grand  résultat  ;  et , 
quel  que  soit  le  caractère  d'inconstance  reproché  sou- 
vent aux  Français  ,  il  n'est  pas  douteux  que  la  révolu- 
tion n'aurait  pas  eu  lieu  ,  si  elle  n'avait  pas  trouvé  la 
masse  éclairée  ,  favorable  aux  principes  qui  la  diri- 
geaient ;  et  qu'elle  n'a  pu  s'accomplir  que  par  l'assen- 
timent général ,  ou ,  au  moins,  par  celui  de  l'immense 
majorité. 

Cette  disposition  delà  masse  éclairée  était  le  résultat 
simultané  de  plusieurs  causes  qu'il  est  bon  de  rappeler. 

Depuis  la  révolution  de  1688,  l'Angleterre  avait 
marché  d'un  pas  ferme  et  régulier  vers  une  grande 


i:S  SCIEKCFS  310RALr.S 

prosj>erilé  nationale  et  un  systJ-nie  «le  liberté  pub Uqn^t^ 
le  plus  complet,  peut-être,  ijuil  soit  jïossible  d'obte- 
nir: ce  n'est  pas  que  les  lois  anglaises  ne  laissent  à 
désirer  dans  plusieurs  points  ;  niait  je  considère  ici 
l'ensemble  et  non  les  dclails. 

La  ]  rance  ,  au  contraire,  depuis  la  revnr.ition  de 
l'édil  de  Nantes,  qui  précéda  de  trois  ans  la  révolu- 
tion d'Anf^Ictcrre  .  avait  visiblement  suivi  une  marcbe* 
rétrop;rade.  Le  dix-linitiènie  siiclr  oftre  ,  dans  sa  durée, 
la  réunion  de  circonstances  fort  importanleset  fort  o]>- 
posëes  entre  elles  ,  qui  ont  eu  ,  sur  le  sort  de  In  France  , 
une  influence  dont  nous  ressentons  enrore  les  effets. 
Le  coniniencenienl  est  marqué  par  la  vieillesse  de 
Louis  XIV,  époque  de  décrépitude  et  d'humiliation. 
(.e  roi  ,  très  chrétien  ,  après  avoir  donné  à  la  nation  le 
spectacle  d'uit  prince  insultant  aux  mœurs  publi<jues 
par  une  excessive  galanterie,  achevait  sa  carrière  dans 
nneaustérité  de  pratitjuescjui  no  l'enipêchaiei!!  ]iasd'a- 
voir  des  relations  intimes,  ni  o.steiisibicnient  léf»iliinées, 
ui  ouvertement  avouées  ,  avec  une  femme  spirituelle, 
adroite  ,  ayant  encore  de  la  beauté  ,  et  surtout  le  ta- 
lent d'écarter  les  ennuis  qui  assiégeaient  un  monar- 
que vieux  et  chagrin  ,  survivant  à  sa  gloire  et  à  ses 
en  fans. 

Au  gouvernement  despoJitjue,  mais  glorieux  ,  à  (juel- 
qucs  égards  ,  de  Louis  XIV,  succèdent  la  régenre  et  \c 
règne  de  Louis  XV. 

Si  Louis  XIV  avait  beaucoup  trop  laissé  voir  sn  pas- 
sion pour  les  femnies  ,  et  s'était  donné  en  spectacle 
pendant  sa  jeunesse,  au  moins  il  avait  conservé  quebjue 
respect  humain  dans  ses  amours  ;  lunis  ,  sons  le  régent 
«*l  ïon»  Louis  XV  ,  le  dérèglement  des  mfrnrs  f'it  porté 
fti   loin  que  la  majesté  royale  sr*  trouva  comproniise  , 


ET  POLrriQLES.  U7J 

même  dégradée  ;  et  la  considération  publufue,  aban- 
donnant la  couronne,  chercha  où  s'attacher. 

A  cette  même  époque  ,  parurent  des  écrivains  cé- 
lèbres qui  donnèrent  une  nouvelle  direction  aux  idées 
et  à  l'esprit  public.  Dans  le  siècle  précédent ,  des  poètes, 
dont  la  France  s'honorera  toujours,  avaient  commandé 
l'admiration  de  leurs  contemporains  ;  dans  celui-ci  , 
on  devint  attentif  aux  écrits  des  philosophes  et  de^ 
publici>>tes.  Le  spectacle  de  la  liberté  anglaise  rendait 
encore  plus  sensibles  les  inconyéniens  de  la  forme  du 
gouvernement;  et  tous  les  esprits  éclaires,  réagissant  sur 
la  multitude  par  la  publication  de  leurs  méditations, 
amenèrent  l'esprit  public  au  point  qu  nous  l'avons  vu  , 
à  l'ouverture  des  états-généraux. 

Louis  XVI ,  çu  montant  sur  le  trône,  fit  plusieurs  actes 
d'une  bienfaisance  et  d'une  philanthropie  éclairées  ; 
il  manifesta  des  intentions  droites  et  pures  ;  mais,  pour 
arrêter  la  marche  de  l'opinion  ,  il  fallait  plus  que  des 
intentions.  Bientôt,  un  grand  événement  vint  donner 
une  direction  au  besoin  de  changement  qui,  jusque-là, 
n'avait  pas  eu  de  but  fixe.  L'émancipation  des  colonies 
anglaises  d'Amérique  ;  la  part  qu'y  prit  la  France  , 
comme  puissance  ;  la  gloire  qu'y  acquirent  plusieurs 
de  ses  enfans  ,  ouvrirent  une  nouvelle  carrière  à  l'am- 
bition des  grands,  dont  l'exemple  sur  les  classes  infé- 
rieures est  toujours  d'un  si  grand  effet;  plusieurs  bri- 
guèrent la  faveur  publique,  en  se  juontrant  favorables 
aux  nouvelles  idées,  aux  injérêt^  populaires  ;  et  le 
pouvoir  fut  ébranlé. 

On  peut  élever  des  doutes  sur  le  résultat  des  déter- 
minations que  le  pouvoir  aurait  pu  prendre,  lorsqu'il 
s'aperçut  du  changement  moral  qui  s'opérait  dans  la 
nation;   mais  on  ne  peut  douter  t{ue  ,  pour  comman- 


38o  sa^:^•CES  imorai.es 

der  l'opinion,  ces  déterminations  ne  dussent  porter 
l'empreinte  de  la  supe'riorité  et  de  l'unité  de  vues,  et 
surtout  de  la  fermoli'  de  celui  qui  voulait  les  faire  exé- 
cuter, ^lalheureusenicnt ,  Louis  XM,  qui  a  montré 
dans  plusieurs  circonstances  de  sa  vie  ,  un  si  haut 
courage  de  rdsignalion ,  n'a  jamais  eu  un  couragr  bien 
plus  important  chez  un  souverain  ,  et  bien  plus  fer- 
tile en  résu'tats  salutaires  :  le  courage  d'action.  Doué 
d'un  bon  jugement,  il  était  néanmoins  incapable  de 
se  conduire  seul ,  de  prendre  et  de  faire  exécuter  une 
résolution  qui  lui  fût  propre  ,  parce  qu'il  avait  une  mé- 
fiance de  lui-même  qui  allait  jusqu'à  la  faiblesse.  l)p-là, 
le  besoin  de  conseillers  qui ,  dirigeant  les  affaires  dans 
le  sens  de  leur  intérêt  personnel  ,  de  leur  propre  opi- 
nion ,  et  non  dans  le  sens  de  l'intérêt  général ,  de 
l'opinion  générale,  hii  faisaient  prendre  des  mesures 
aussitôt  repoussées  qu'elles  étaient  connues  ;  de-lh  , 
encore,  cette  marche  rétrograde  qu'il  suivait,  dès 
qu'il  trouvait  de  l'opposition  ,  ou  que  sa  bonté  natu- 
relle lui  faisait  craindre  de  s'être  trompé;  de-là,  enfin, 
ces  continuelles  tergiversations  qui  donnèrent  le  secret 
de  sa  faiblesse,  la  montrèrent  bientôt  jusfju'à  la  der- 
nière évidence,  et  fournirent  à  ses  ennemis  dos  pré- 
textes pour  l'accuser  de  fausseté. 

Pour  satisfaire  l'opinion  publique,  donner  tine 
direction  utile  à  l'activité  d'esprit  qiii  se  manifestait 
de  toutes  parts,  régulariser  les  mouvemens ,  il 
fallait  ne  pas  attendre  ,  mais  prévenir  l'événement  ,  et 
pour  y  parvenir,  il  n'y  avait  qu'un  seul  moven,  dont 
le  succès  paraissait  infaillible  ;  c'était  que  les  conseillers 
du  roi  l'amenassent  à  agrandir,  de  sa  propre  volonté, 
la  sphère  d'activité  légale  des  citoyens;  qu'il  intro- 
duisit plusieurs  institutions  nouvelles,  propres  à  ga- 


ET  POLITIQUES.  281 

rantir,  à  la  fois,  les  droits  individuels  et  les  libertés 
publiques;  enfin,  qu'au  lieu  de  se  laisser  entraîner  par 
l'opinion  publique,  il  la  précédât  pour  la  diriger,  et 
qu'il  lui  fit  promptement  la  part  nécessaire. 

Toutefois  ,  il  faut  être  juste  :  Louis  XVI  avait  le 
bien  public  pour  objet.  En  convoquant  les  états-géné- 
«raux  ,  il  crut  faire  et  il  fit  réellement  une  chose  agréa- 
ble à  la  nation  ;  mflis  le  parlement  ayant  eu  l'initia- 
tive ,  ce  n'était  dès-lors  qu'une  mesure  suggérée  ,  com- 
mandée, pour  ainsi  dire,  dont  le  mérite  n'appartenait 
pas  en  entier  à  la  couronne  ;  ensuite,  les  circonstances 
même  de  cette  convocation  prouvèrent  suffisamment  la 
faiblesse  de  caractère  qu'on  reproche  au  monarque  ,  et 
cette  malheureuse  facilité  à  se  laisser  conduire  à  des 
actes  entièrement  opposés  entre  eux. 

Cette  époque  étant  certainement  la  plus  importante 
de  notre  histoire  moderne ,  je  vais  en  rappeler  som- 
mairement les  traits  principaux.  Les  peuples  et  les 
souverains  peuvent  y  puiser  plus  d'un  genre  de  leçons. 

Le  parlement  refuse  d'enregistrer  les  édits  bursaux 
présentés  par  l'archevêque  de  Toulouse,  successeur  de 
M.  de  Galonné  ,  jusqu'à  ce  qu'il  lui  soit  justifié  de  la 
légitimité  des  besoins  ,  par  la  communication  de  l'état 
des  finances.  Cette  communication  lui  ayant  été  dé- 
niée, il  déclare  qu'il  ne  peut  enregistrer  les  impôts, 
et  reconnaît  que  les  états-généraux  seuls  sont  compé- 
tens  pour  les  accorder. 

On  se  rappelle  tout  ce  qui  suivit  cette  déclaration  ; 
le  projet  de  grands  bailliages  destinés  à  réduire  les 
parlemens  à  la  seule  condition  de  cours  de  justice; 
celui  d'une  cour  plénière  ,  dans  laquelle  ce  coup 
d'État  devait  être  annoncé;  la  séance  du  parlement 
oii  ces  divers   plans  furent  révélés,  et  dans   laquelle 


I 


28v»  SCIENCES  MORALES 

d'Espréinesiiil  et  Monsabert  furenl  arrêtés  ;  le  lit  île 
justice  tenu  à  \  crsailles  pour  l'aire  enregistrer  les  édils 
oriloiinaiil  ces  divers  changeuions  qui  ne  rerureul  pas 
d'exc-riiliuii.  On  se  ra])pelle  encore  que  M.  Necker  , 
ayant  clé  remis  à  la  lêle  des  aflaires  ,  après  la  retraite 
de  AJ.  de  Drieiuie  ,  présenta,  le  27  septembre  1788, 
à  renregistrenieul  du  parlement,  l'édit  de  convocation 
des  états-généraux.  Le  parleineut  y  mit  celle  clause  : 
"Qu'ils  seraient  assemblés,  selon  la  forme  observée 
pour  les  états  de  iGi4-  >» 

A  cette  nouvelle,,  l'esprit  public  se  soulève.  On  n'a- 
vait ])as  oublié  ,  à  la  vérité  ,  qu'à  l'épocjue  de  ces  étals- 
généraux  de  i6i4,  les  derniers  qui  eussent  eu  lieu  eu 
France  ,  sous  Louis  XIII  ,  le  parlement  avait  joué  un 
rôle  important  ;  qu'il  s'était  rendu  populaire  en  s'eiu- 
paraut  de  la  proposition  faite  par  le  tiers-état,  et  re- 
poussée par  les  deux  autres  ordres ,  de  recpnnaltre 
solennellement  l'inviolabilité  du  souverain  (l),  et  qu'il 
avait  consacré  ce  principe  par  un  arrêt  dans  lequel  il 
avait  rappelé  les  lois  qui  assuraient  l'indépendance  de 
la  couronne  ;  mais  ou  n'avait  pas  oublié  ,  non  plus, 
que  ,  les  trois  ordres  délibérant  isolément ,  le  tems  de 
la  durée  de  ces  états  s'était  écoulé  en  discussions  ,  en 
querelles,  et  sans  produire  aucun  bon  résultat.  On 
n'avait  pas  oublié,  surtout,   qu'à  la  séance  d'ouver- 

(  1)  Les  «irconstanccs  parliiHilii-res  aux  assassinats  d'HcDri  Ijl 
•-•l  il'ilenri  IV,  diriges  par  dis  j>r«5lrcs  funutiques  et  séditieux  qui 
promet tnî en t  le  ciel  aux  vils  iiKsItuniens  de  leurs  fureurs,  enga- 
{^(Tont  le  tiers-i'lat  à  proposer,  cf  ce  fut  en  v;iin  ,  tjuil  fiît  âccu!^ 
ifitf  nulle  puissance  sjtintuctle  n'ii  le  rhoit  de  tlrpnser  les  mis  ,  rt 
dti  tJi-lirr  Us  sujets  flu  leur  serment  de  fi<l<litr.  (  Vnver  V  f/i.ifnir« 
d«$  Gtinices  de  linnie  ,  des  l'Uils-iMeneraux  de  la  france  et  du 
JMrlciltctit  d''Anfjlt  l<  ne, ,-  lucue  .t,  p.ig.  1  \i.  ) 


ET  POLITIQUES.  u8j 

tnre  ,  le  prc'vôt  des  marchands ,  président  du  tiers-état , 
succédant  à  ceux  du  clergé  et  de  la  noblesse  qui  s'é- 
taient appuyés  sur  un  accoudoir prép€ivé  exprès ,  pour 
répondre  ,  au  nom  de  leur  corps ,  au  discours  du  roi, 
avait  dû  se  mettre  à  genoux  pour  le  haranguer.  Enfin  , 
il  aurait  été  impossible  d'oublier  que,  dans  cette  même 
séance  ,  le  prf^sidentde  la  noblesse  avait  dit,  dans  sou 
discours  au  roi,  en  parlant  du  tiers-état  :  «Qu'ils  appren- 
nent que  ,  bien  que  nous  soyons  tous  sujets  d'un  même 
roi,  nous  ne  sommes  pas  tous  également  traités.  Ils  ver- 
ront j  tantôt ,  la  différence  qu'il  y  a  d'eux  à  nous  ;  ils 
la  verront  et  s'en  souviendront,  s'il  leur  plavt.  >» 

M.  Necker  ,  qui  sentait  bien  que  de  telles  formes  ne 
pouvaient  plus  convenir  aux  circonstances  dans  les- 
quelles on  se  trouvait ,  proposa  au  roi  de  déclarer  qu'on 
opinerait  en  commun  et  par  tête  ,  et  que  le  tiers-état 
aurait  une  représentation  double  de  celle  de  chacun 
des  deux  ordres  :  ces  deux  formes  n'étaient  pas  sans 
exemple  ;  mais  le  roi  ,  ne  voulant  pas  prendre  sur  lui 
celte  décision,  contraire  au  dernier  modèle,  convoqua, 
pour  la  seconde  fois,  les  notables,  auxquels  il  soumit  la 
question.  Le  ministre  citoyen  s'était  flatté  que  celte  as- 
sembléeprendraitlacouleurdeTopinion  générale;  mais, 
sur  cinq  bureaux  dont  elle  se  composait ,  uu  "^eul ,  celui 
présidé  par  Monsieur,  aujourd'hui  le  roi  régnant ,  se  dé- 
clara pour  le  double  vote.  Toutes  les  insinuations  furent 
inutiles  auprès  des  autres  ;  l'esprit  de  corps  l'emporta. 

Dans  cette  nouvelle  position  ,  M.  Necker  ,  qui  ne  per- 
dait pas  de  vue  le  but  qu'ili||oulait  atteindre  ,  adressa 
un  nouveau  rapport  au  roi ,  en  son  conseil ,  dans  lequel 
il  proposa  de  porter  le  nombre  total  des  députés  ,  au 
moins  à  mille  ;  et  de  décider  qu'il  serait,  en  raison  corn- 
posée  de  la  population  et  des  cootributions  de  chaque 


•a84  SCIENCKS  MORALKS 

bailliage,  et  que  celui  des  rcprcsentans  du  Ucrs-etaf 
serait  égal  à  celui  des  deux  autres  ordres  réunis.  Cet 
avis  fut  adopté.  Quant  à  la  question  de  la  délibération 
par  ordre  ou  par  tête,  et,  par  conséquent,  de  la  division 
ou  de  la  réunion  des  Chambres  ,  le  conseil  n'osa  la  dé- 
cider. C'était  mettre  les  états-généraux  ,  c'est-à-dire  , 
les  deux  partis,  quand  ils  seraient  en  présence  ,  dans 
la  nécessité  de  combattre.  Ainsi,  au  lieu  de  régulariser 
par  avance  leurs  raouvemens  ,  on  les  abandonnait  au 
désordre  que  devait  produire  le  contact  de  prétentions, 
d'opinions  et  d'intérêts  opposés. 

Qu'arriva-t-il  ?  Fidèle  aux  souvenirs  de  i6i4  ,  on 
donna  aux  deux  premiers  ordres  des  costumes  brillans  , 
et  aux  députés  du  tiers  celui  d'hommes  de  loi ,  quoicju'il 
dût  être  porté  par  des  individus  de  toutes  sortes  de  pro- 
fessions. Dans  la  présentation  au  roi ,  l'on  ouvrit  au 
clergé  et  à  la  noblesse  ,  les  deux  battans  de  la  porte  de 
son  cabinet  dans  lequel  il  les  reçut  ;  mais  on  n'ouvrit 
qu'un  battant  de  la  porte  de  la  chambre  de  Louis  XVI, 
oii  le  roi  reçut  les  députés  du  tiers  ,  et  oii  ils  défilèrent 
avec  rapidité.  A  la  procession  des  états-généraux  ,  le 
haut  clergé  et  les  grands  du  royaume  étaient  pressés 
autour  du  dais  ;  et  les  députés  du  tiers  ,  <jui  semblaient 
porter  le  deuil  ,  suivaient  en  file  ;  mais  ce  cortège 
d'hommes  à  grandes  cravattes  et  à  manteaux  noirs  fut 
couvert  des  applaudissernens  du  peuple,  qui  voyait  en 
eux  ses  défenseurs.  Enfin  ,  le  jour  même  de  l'ouverture 
des  états  ,  les  députés  des  deux  premiers  ordres  entrè- 
rent avec  la  cour  et  le  roi  |i|)ar  rontrée  principale,  dan<i 
la  salle  de  convocation,  oit  les  députés  des  communes 
ne  furent  admis  (jue  ])ar  une  porte  de  derrière  ,  abritée 
par  un  hangar. 

Ainsi,  les  députés  du  tiers  recevaient  dos  humilia- 


ET  POLITIQU-ES.  285 

tions  de  toutes  natures  ;  mais  la  cour  ne  tardera  pas  à 
s'en  repentir  et  à  connaître  oii  est  la  véritable  force. 

Le  soir  même  ,  ces  députés  des  communes,  rassem- 
blés par  provinces,  convinrent  qu'ils  se  réuniraient  dans 
la  salle  des  états-généraux,  et  qu'ils  y  attendraient  les 
autres  ordres  pour  délibérer  en  commun.  On  sait  ce 
qui  suivit. 

Les  deux  autres  ordres  ayant  refusé  de  se  réunir  aux 
communes ,  et  voulant  cependant  paraître  disposés  à 
satisfaire  l'esprit  public  ,  renoncèrent  successivement, 
le  clergé  le  premier  ,  à  leurs  privilèges  pécuniaires.  C'é- 
tait beaucoup ,  sans  doute  ;  mais  ,  dans  la  situation  des 
esprits,  ce  n'était  plus  assez.  Enfin,  après  plusieurs 
tentatives  de  conciliation  dans  lesquelles  le  clergé  pa- 
rut disposé  à  céder,  mais  oii  la  noblesse  montra,  au 
contraire  ,  une  ténacité  extraordinaire  dans  ses  préten- 
tions ;  au  bout  de  six  semaines,  perdues  en  négocia- 
tions inutiles  avec  les  deux  autres  ordres,  les  commu- 
nes ,  auxquelles  plusieurs  membres  du  clergé  (des  curés) 
s'étaient  réunis,  se  constituèrent,  le  17  juin  178g,  en 
Assemblée  nationale . 

Maintenant,  les  événemens  vont  se  presser  avec  une 
effrayante  rapidité. 

Le  19  juin,  la  majorité  du  clergé  vota  pour  là  réu- 
nion ;  le  20  ,  jour  oii  le  clergé  devait  se  joindre  aux 
communes,  les  députés  ,  trouvant  la  salle  de  l'assem- 
blée fermée  ,  après  avoir  erré  quelque  tems  dans  les 
rues  de  Versailles  ,  se  rendent  au  jeu  de  paume  ,  et  ju- 
rent de  ne  se  dissoudre  qu  après  avoir  donné  une  consli-^ 
tulion  à  la  France.  Le  23  ,  séance  royale  ,  dans  laquelle 
le  roi  casse  les  arrêtés  pris  le  17  par  les  députés  des  com- 
munes ,  et  ordonne  aux  membres  de  se  retirer  et  de  se. 
rendre ,  le  lendemain,  chacun  dans  la  chambre  affectée 


a86  SCIK>CES  MORALES 

à  scJi  ordre.  Mats,  après  le  cl«^part  «lu  roi  ,  des  Jrpulés 
de  la  noblesse  et  d'iirîe  partie  de  ceux,  du  clergé,  le 
reste  de  l'assemblée  niaintieulses  précedens  arn'lés  ,  et 
déclare  les  di'piUi-s  im-iolablcs.  Le  2.^  ,  la  majorité  du 
clergé  se  réunit  aux  communes  ;  le  25,  la  minorité  do 
la  noblesse  se  réunit  éj^alement  ;  et ,  le  27  ,  su.  l'ordre 
formel  du  roi ,  la  majorité  de  la  noblesse  ^'i)  et  La  nii- 
uorité  du  clergé  ,  qui  avaient  continué  à  délibérer  sé- 
parément ,  vinrent  se  joindre  au  reste  de  l'assemblée. 

Que  d'événemens  eu  peu  de  jours,  et  quels  évéuemeusl 
J.a  France  eu  fut  é'ieclrisée.  I.a  presse,  libre  de  lait, 
par  l'impossibilité  oii  l'on  était  de  la  réprimer,  produi- 
sait, dans  des  sens  dilTérens,  une  multitude  d'écrits  (|ui 
portèrent  l'agitation,  la  crainte  et  l'espérance  au  plus 
liant  degré.  Si  l'on  n'a  pas  vécu  à  celle  é])ocjne,  et  si  . 
l'on  n'a  pas  habité  la  capitale  ou  Versailles  ,  il  est  im- 
possible de  se  faire  une  idée  do  l'agitation  des  esprits. 
Aucune  époque  postérieure  de  la  révolution  ne  peut 
rappeler  celle-là. 

Parmi  les  circonstances  particulières  de  ces  derniers 
événemens  ,  il  en  est  deux ,  surtout ,  (jue  l'on  ne  peut  se 
dispenser  de  rapporter,  parce  qu'ils  mettent,  p«)ur 
ainsi  dire,  les  événemens  m«*iues  sons  les  veux. 

Le  jour  delà  séance  royale  ,  après  le  départ  du  roi 
et  des  députés  de  la  noblesse  et  du  clergé  qui  obéirent , 
Mirabeau  prit  la  parole  (2).  Lorsqu'il  eût  tini  di-  parler  . 

(i)  Quarimfe-cin»(  membres  protcsttJrent  contre  la  n-nnion. 

(a)  Voyez,  «!;iiis  r(invr;)j;e  nirmef|iie  )"imnone4-,  le  Icxli'  <lii  ^\^- 
conrs  yi  rner;;iqun  de  iMirabean  ,  «î.ins  le(|uel  t'oraleiir  «lnni.e  ,  û 
plusieurs  r«-i'rises,  au  roi  ,  le  titre  île  manjatnire  il u  peuple  .  tonif 
1",  pujeb. 


ET  POLITIQUES-  2S7 

M.   lemar([iiîs  de  Dreux-Brézé ,  grancî-mnîLrc  de*  céré- 
monies ,  s'approc'iia  du  président  et  dit  : 

«  Messieurs,  vous  avez  entendu  les  intentions  du 
roi.  '• 

«Oui.  reprit  Mirabeau,  nous  avons  entendu  les 
intentions  qu'on  a  suggérées  au  roi  ;  mais,  vous  qui  ne 
sauriez  être  son  organe  auprèsde  l'Assemblée  nationale, 
vous  qui  n'avez  ici  ni  place  ,  ni  voix  ,  ni  droit  de  parler  , 
vous  n'êtes  pas  fait  pour  nous  rappeler  sou  discours. 
Cependant,  pouréviler  toute  équivoque  et  tout  délai  , 
je  vous  déclare  que  ,  si  l'on  vous  a  chargé  de  nous  faire 
sortir  d'ici  ,  vous  devez  demander  des  ordres  pour  em- 
ployer la  force.  Allez  dire  à  votre  maître  que  nous 
sommes  ici  par  la  puissance  du  peuple,  et  qu'on  ne  nous 
en  arracbera  que  p^ir  la  puissance  des  baïonnettes.  » 

L'assemblée  applaudit,  et  plusieurs  membres  ayant 
proposé  de  persister  dans  les  précédentes  résolutions  : 
«  Messieurs  ,  dit  l'al^bé  Sieyes  ,  nous  sommes  aujour- 
d'hui ce  que  nous  étions  hier;  délibérons.  »  Et  l'assem- 
blée délibéra  qu'elle  raainlenait  ses  arrêtés,  et  déclara 
l'inviolabilité  de  ses  membres. 

Des-lors,  tout  était  consommé.  Les  trois  ordres  aux- 
quels le  roi  ordonnait,  le  23,  de  délibérer  en  particulier 
étant  réunis ,  le  27  ,  également  par  son  ordre ,  devaient 
arriver  promptement  à  l'omnipotence  ;  et  la  lutte  entre 
le  roi  et  l'assemblée  ne  pouvait  guère  être  pour  le  trône 
qu'une  longue  agonie.  De  ce  moment  aussi,  la  révolu- 
tion était  réellement  opérée  ,  puisqu'il  y  avait  dépla- 
cement du  pouvoir,  et  l'on  pouvait  prédire  la  chute 
lin  monarque  qui  ne  s'était  pas  cru  ou  n'avait  pas 
été  réellement  assez  fort,  ou  pour  se  mettre  franche- 
ment ,  avec  les  députés  de  la  nation  ,  à  la  tête  de  la 
régénération  politique,  ou  pour  dissoudre  utilement 


I 


388  SCIEKCES  IV10R.\LKS 

une  assemblée  raanifcslant  des  intentions  contraires  â 

ses  volontés. 

Je  crois  que  l'exposé  qui  précède  justifie  ce  que  j'ai 
dit  de  la  faible.sse  de  Louis  XVI  ,  et  que  le  simple  récit 
des  faits  démontre  déjà  qu'il  n'était  malheureusement 
pas  capable  de  diriger,  et  encore  moins  de  maîtriser,  les 
événemens  (i). 

Dans  un  second  article ,  pour  mieux  faire  apprécier 
la  nature  de  l'importante  collection  historique  qui  nous 
fait  passer  en  revue  toute  notre  révolution,  j'exami- 
nerai rapidement  l'ensemble  des  changemens  politiques 
survenus  depuis  l'époque  à  laquelle  je  viens  de  m'ar- 
rêter,  et  le  caractère  particulier  des  principaux  dis- 
cours dans  lesquels  furent  traitées  les  grandes  questions 
d'intérêt  général  et  de  droit  public.  Plusieurs  de  ces 
discours  ne  furent  pas  seulement  des  monumens  ,  mais 
aussi  des  événemens  politiques,  par  l'influencesalutaire 
ou  funeste  qu'exercèrent  les  orateurs  qui  les  avaient 
prononcés.  Pour  fixer  l'opinion  sur  la  nature  des  ré- 
formes qui  étaient  appelées  par  un  vœu  presque  una- 
nime, je  consulterai  les  cahiers  des  baillages  con- 
tenant les  instructions  données  aux  députés  de  178g, 
et  je  les  rapprocherai  de  ceux  des  députés  du  tiers  aux 
états-généraux  de  i6i4-  C.et  examen  comparatif  fera 
bien  connaître  les  progrès  de  l'opinion  dans  cet  inter- 
valle de  tems.  P.  A. 

(La  suite  à  l'un  des  prochai/iT cahiers.) 


(i)  11  ne  faut  pas  oublier  que  je  ne  considère  ici  l'infortunti 
Louis  X^'I  que  comme  lion)me  public.  Oommc  bommo  prive,  il 
oflrait  le  modèle  d<'S  plus  rares  vertus,  qui  lui  odI  (aif  donner, 
■ivec  raison  ,  le  titre  du  plus  honnête  homme  Je  son  royaume. 


{ 


ET  PULlTiQUEî».  489 

*%%  VW  WV  WVV^AA/W  wvvwvw  vwvw  vwvw 

ÀNNDAIRE    HISTOKIQUE    TJMVEUSEL    POUR     1819,  pUV 

C.  L.   Lesur  (i). 

Jupiter  est  quodcumque  vides  ,  quocumque  niot/eris. 

Ce  que  Caton  disait  de  Jupiter,  on  peut  le  dire  de 
l'histoire.  Elle  est  tout  ce  que  nous  voyons,  tout  ce  qui 
se  meut  autour  de  nous.  Il  n'y  a  pas  une  circonstance' 
relative  à  la  législation  ,  ou  aux  mœurs  d'un  peuple, 
qui  ne  rentre  dans  son  domaine  ;  il  n'y  a  pas  un  évé- 
nement, frivole  en  apparence,  qui  ne  puisse  avoir  des 
résultats  dignes  d'être  recueillis  par  elle.  Dans  les  mo- 
narchies absolues,  l'intrigue  d'un  ministre,  le  caprice 
d'une  maîtresse,  la  jalousie  d'un  courtisan  .  ont  plus 
d'une  fois  causé  des  troubles  civils  ou  des  guerres  étran- 
gères. Dans  les  pays  libres,  où  chaque  citoyen  peut 
veiller  sur  les  intérêts  de  tous ,  et  oii  la  publicité  révèle 
sans  cesse  les  intrigues  secrètes,  elles  sont  loin  d'avoir 
la  même  puissance.  Mais  les  passions  y  sont  plus  vive- 
ment excitées  par  ce  qui  touche  à  l'honneur  ou  au  bien 
de  l'État,  et  souvent  un  écrit,  un  discours,  un  mou- 
vement oratoire,  v  soulèvent  ou  y  calment  les  tem- 
pêtes. Partout  les  lois  et  les  institutions  contiennent  le 
germe  des  plus  grands  événernens  ;  et  des  articles  de 
code  ,  qui ,  comme  celui  qui  consacre  l'égalité  des  suc- 
cessions ,  ne  semblent  destinés  qu'à  régler  les  rapports 
entre  les  citoyens  ,  peuvent  exercer  sur  la  richesse  et 
le  bonheur  des  nations  une  influence  plus  grande  que 
des  révolutions  sanglantes,  ou  t|ii'une  longue  suite  de 
conquêtes.  Enfin  ,  les  travaux  des  savans  ont  quelque- 
fois changé  la  face  des  États;  et,  quoiqu'il  ne    reste 


(i)  Paris,   1820.  Un  fort  volume  in-S»  de  7G8  pag.  Fanlin  et 
ÎJicolc,  rue  de  Seine  ,  n»  12.  Treuttell  et  Wiirtz.  Prix  ,  10  fr» 
TOME  Viir.  IQ 


aoo  SCIETVCKS  IMORALFS 

])t»ut-êJre  plus  à  faire  de  decouverles  aussi  importantes 
<|iic  celles  de  la  boussole,  de  la  poudre  à  rauou,  de 
l'imprimerie,  de  la  vaccine;  cependant,  il  est  encore 
telle  invention  nouvelle  qui  peut  transporter,  d'une  na- 
tion à  l'autre  ,  la  supériorité  des  armes  ou  le  sceptre 
de  riridustric. 

Long-lems,  parmi  les  modernes,  l'histoire  a  man- 
qué de  matériaux.  Des  annales  insignifiantes,  écrites 
sous  la  dictée  des  princes  ;  des  légendes  superstitieuses, 
rédigées  par  des  moines,  ne  nous  apprennent  que  le$ 
noms  des  monarques  ,  leurs  conquêtes  et  leurs  revers, 
les  églises  ou  les  couvens  qu'ils  ont  fondés.  Quand  les 
lumières  commencèrent  à  se  répandre,  et  les  gentils- 
hommes à  savoir  écrire  ,  plusieurs  de  ceux  qui  •■taieut 
admis  auprès  des  rois  ,  appelés  à  quelque  partie  de 
l'administration,  rédigèrent  des  mémoires  qui  jettent 
quelque  clarté  sur  les  mœurs  du  tems  et  sur  les  in- 
trigues des  cours.  C'est  surtout  depuis  le  règne  de 
Louis  XIV  ,  que  ces  Mémoires  se  sont  multipliés  ;  et, 
les  moralistes  s'étant  attachés  à  peindre  la  société, 
tandis  que  la  plupart  des  objets  relatifs  à  l'adminis 
tratiou  des  Etats  étaient  livrés  à  la  discussion  des  poli- 
tiques ,  ou  put  réunir  tous  les  élémens  de  l'histoire, 
et  en  tirer  ces  grandes  leçons,  qui,  si  elles  étaient 
suivies,  feraient  tourner  les  malheurs  des  générations 
passées  au  profit  des  générations  qui  leur  succèdent. 
Lorsque  les  révolutions  arrivées  dans  divers  pays 
vinrent  affranchir  les  esprits  de  toutes  les  entraves  ,  et 
donner  à  un  grand  nombre  de  citoyens  le  besoin  de 
s'intéresser  aux  affaires  publiques,  on  vit  éclore  une 
foule  de  gazettes  et  de  brochures,  qui,  s'cm])arant 
de  toutes  les  trompettes  de  la  renommée  ,  devinrent , 
ainsi  qu'elle  , 

Du  \rdi  cnumic  ilii  f.mxics  promj)lcs  mcssagcrei. 


ET  POLITIQUES.  2(jt 

Maintenant,  il  paraît,  chaque  jour,  dans  tous  les 
pays  et  dans  toutes  les  langues,  deux  ou  trois  mille 
feuilles  d'impression,  dans  lesquelles  les  écrivains  qui 
dépeignent  les  événemens,  à  mesure  qu'ils  les  observent, 
lèguent  aux  historiens  leurs  récits  et  leurs  réflexions. 
L'embarras  de  l'abondance  a  succédé  à  celui  de  la 
disette  ,  et  tant  de  matériaux  rassemblés  formeraient 
un  labyrinthe  inextricable,  si  le  fil  de  la  méthode  ne 
donnait  le  moyeu  de  ne  pas  s'y  égarer. 

La  méthode  a  ses  principes  ,  comme  toutes  les  autres 
sciences;  et  si  l'on  voulait  les  établir  d'une  manière 
positive  ,  et  en  développer  toutes  les  applications  , 
l'ordre  s'établirait  partout ,  et  nulle  part  la  multipli- 
cité des  faits  ne  pourrait  plus  enfanter  la  confusion. 
Mais  ,  soit  que  les  hommes  ne  veuillent  pas  s'enchaîner 
par  une  méthode  uniforme,  soit  qu'on  n'ait  pas  su  les 
convaincre  encore  de  son  existence  et  de  son  utilité, 
les  procédés  en  demeurent  épars  dans  l'administration 
publique  ,  dans  le  commerce,  dans  l'étude  des  sciences  , 
sans  qu'on  songe  à  les  réunir  pour  en  composer  une 
théorie,  et  pour  généraliser  les  avantages  que  l'on  en 
relire. 

Cependant,  comme  les  principes  sont  dictés  par  le 
simple  bon  sens,  ils  se  présentent  naturellement  aux 
hommes  qui ,  dans  leurs  travaux  ,  éprouvent  le  besoin 
impérieux  de  l'ordre;  et  souvent  un  d'eux,  aperçu  et 
-appliqué  par  un  écrivain,  suffit  pour  produiredes  ou- 
vrages pleins  d'intérêt  et  d'utilité. 

Ainsi,  l'auteur  du  livre  que  nous  annonçons  a  été 
frappé  d'une  pensée  qui  s'était  également  présentée 
aux  rédacteurs  de  la  Revue  Encjclopédique  (i);  il  a 

(i)  Voy.la  aotc  de  M.  <S\.  A.  Jiillien.niserL-e clans  ce  recueil,  ca- 

'9* 


Mj,  SCIENCES  M0RAL?:S 

senti  que,  toulos  Ips  fois  tju'uii  grand  noinl)re  de  fait* 
se  succédaioiit  les  uns  aux  autres,  it  fallait,  à  de> 
époques  fixées  ,  en  arrêter,  en  (juclcjue  sorte,  le  compte, 
et  les  résumer,  en  ne  conservant  que  ceux  qui  ont  une 
importance  réelle  et  durable  ,  et  en  rejetant  tous  ces 
évéïipiucns  ,  enfaiis  morts-nés  du  tems  ,  qui  n'ont  offert 
quelque  intérêt  que  le  jour  oii  ils  sont  arrivés. 

C'est  d'après  cette  idée  ,  qu'il  a  tracé  le  plan  de 
W4iinu(i!rc  historique  universel,  dont  il  a  successive- 
ment publié  deux  volumes  pour  les  deux  années  1818 
et  1819  '1). 

Il  a  également  suivi  les  règles  de  la  méthode  ,  en  dis- 
tribuant les  différentes  parties  de  son  ouvrage  ,  d'une 
manière  simple  et  commode. 

Le  premier  chapitre  renferme  le  précis  des  débats  de 
nos  Chambres  législatives.  Il  retrace  ces  discussions  | 
pleines  d'un  si  puissant  intérêt,  oii  toutes  les  grandes 
(juestions  de  la  politi(jue  sont  agitées  tour  à  tour,  et 
oii  une  lutte  s'établit  entre  le  pouvoir  qui  redoute 
d'être  envahi  par  la  liberté,  et  la  liberté  qui  craint 
toujours  de  trop  accorfler  au  pouvoir,  de  manière  que 
l'une  se  trouve  arrêtée  ,  dès  qu'elle  touche  à  la  licence , 
et  l'autre,  dès  qu'il  s'approche  de  l'arbitraire.  Tel  est 
du  moins  le  beau  idéal  du  riouvernrnient  représentatif, 
et  de  la  balance  du  pouvoir.  Sans  doute,  nous  ne  l'a- 
vons pas  encore  atteint.  Il  existe,  de  part  et  d'autre, 


hier  de  novembre  i8i9(  T.  JII,  p.  •i86},€ll;i  Préface  de  ryfnnuatie 
ttii  1819,  où  l'auteur  veut  bien  se  féliciter  de  s'être  rencontre,  à 
cet  (^gard  ,  avec  les  r('Jactenrs  de  la  lievue. 

(1)  Voyez  l'article  de  M.  Alexandre  de  la  Boi-de  sur  V j4 nnuaiir 
lie  1818,  dans  te  cahier  ci-dessus  citJ  de  la  Jie^-ue  (T.  Ili,  i>a^ 
sBo). 


f 


ET  POLITIQUES.  ir>:j 

des  intérêts  places  hors  de  la  sphère  des  intérêts  natio- 
naux, qui  ne  peuvent  produire  qu'une  opposition  irré- 
guliëre  et  fausse.  Mais  ces  intérêts  eurent  peu  d'in- 
fluence sur  la  session  de  1819.  La  durée  des  lois  d'ex- 
ception était  expirée  ;  elles  ne  se  renouvelèrent  point. 
On  proposa desubstituer  des  loisdurablesà  des  mesures 
momentanées.  Les  lois  sur  les  abus  de  la  presse  furent 
discutées  avec  une  loyauté  de  la  part  des  ministres  ,  et 
nne  confiance  de  la  part  des  Chambres,  qu'on  n'avait  pas 
observées  jusqu'alors.  Le  Gouvernement  obîint  la  ma- 
jorité, en  s'appuyant  tour  à  tnur  sur  les  deux  partis. 
D'un  côté ,  il  repoussa  l'attaque  dirigée  contre  la  loi 
des  élections;  de  l'autre,  il  fit  rejeter  dans  la  Chambre 
des  députés  les  pétitions  sur  le  rappel  des  bannis  , 
dont  en  même  tems  le  roi  autorisait  un  grand  nombre 
à  rentrer  dans  leur  patrie  Les  travaux  de  celte  session 
sont  fidèlement  analysés  dans  V Annuaire  historique , 
qui  cite  avec  exactitude  les  passages  les  plus  importans 
des  discours  prononcés  par  les  orateurs  des  deux 
partis. 

Le  second  chapitre  embrasse  les  divers  événemens 
qui  appartiennent  à  notre  histoire.  L'année  1819,  heu- 
reuse pour  la  France  ,  ne  fut  ni  souillée  par  des  crimes 
funestes ,  ni  agitée  par  des  troubles  sérieux.  La  vo- 
lonté prononcée  du  gouvernement  de  ne  souffrir  les 
excès  d'aucun  parti,  suffit  pour  maintenir  à  Nîmes  la 
tranquillité  qui  avait  un  instant  paru  menacée.  Les 
mouvemens  qui  eurent  lieu  à  l'Ecole  de  Droit  de  Paris 
furent  promptement  apaisés,  et  ne  portaient  point 
un  caractère  hostile  contre  le  gouvernement.  Quel- 
ques agitations  sont  inséparables  de  la  liberté,  et  de 
cet  état  de  civilisation  oii  l'esprit  humain  tend  sans 
cesse  à  développer  toutes  ses  forces.  On  doit  sans  doute 


291  ^aE^'CT:s  mohalks 

y  redouter  les  tcLupcles  ;  in.iis ,  il  ne  faut  pas  s'y  ef- 
frayer 

Du  moini]re  vcnl  qui  «r.'ivdilure 
Vient  rider  la  face  de  Tcau. 

Exiger  ui\  repos  absolu  ,  ce  serait  risquer  de  paralyser 
le  corps  politique  •;  et,  à  force  de  donner  de  l'opiuui 
aux  peuples  pour  les  endormir,  on  finit  par  les  Iner. 

C'est  surtout  en  lisant  la  seconde  partie  de  Vjîn- 
uuairc ,  consacrée  à  l'iiistoire  étrangère,  qu'on  en  ap- 
précie l'utilité.  Lorsqu'on  lit  les  journaux  quotidiens, 
l'attention  est  absorbée  par  ce  qui  regarde  la  France  ; 
cl  l'on  se  contente  de  parcourir  les  articles  relatifs  aux 
pays  étrangers.  Sous  ce  rapport,  la  lecture  de  l'An- 
nuaire a,  en  quel([ue  façon,  le  cbarnie  de  la  nou- 
veauté, parce  qu'on  y  trouve,  résuujés  dans  une  his- 
toire suivie,  les  événemens  dont  on  n'avait  yu  que  les 
sommités,  sans  descendre  dans  les  détails  par  lesquels 
elles  sont  liées  les  unes  aux  autres. 

On  ])eMt,  en  iSig,  diviser  l'I^urope  en  trois  parties, 
suivant  la  disposition  des  gouvernemens  et  des  peuples. 
Dans  la  première  ,  le  pouvoir  absolu  existe  dans  son  in- 
tégrité ,  et  le  cours  de  la  civilisation  ne  lui  a  encore  porté 
aucune  atteinte.  Dans  la  seconde  ,  la  lutte  s'établit  , 
cl  les  peuples  s'agitent  pour  obtenir  des  constitutions 
(ju'on  leur  a  promises  ,  et  qu'on  tarde  le  plus  possible 
à  leur  accorder.  La  troisième  ,  enfin,  jouit  à  la  fois  des 
bienfaits  d'une  monarcbie  légitime  et  d'une  liberté 
modérée  ,  et  ne  tend  j)lus  qu'à  défendre  et  à  jierfec- 
tionner  les  inslittitions  (ju'elle  a  concjuises. 

Dans  la  zone  du  de^polisn]e ,  se  trouvent  plan's  le 
Dancniarck,  oii  le  pouvoir  est  si  paternel  (jii'uii  ne 
songe  pas   même  à  lui  demander  de   garantie  ,  et    la 


ET  POLITIQUES.  295 

Russie  et  la  Turquie  ,  oii  la  même  nature  de  gouver- 
nement se  présente  avec  des  caractères  entiëreiueut  op- 
posés. 

A  Constantinople ,  des  supplices  atroces ,  des  incendies, 
des  émeutes  sanglantes  n'ont  pour  résultat  que  d'élever 
un  visir  ou  un  pacha  sur  les  ruines  d'un  autre.  Chaque 
révolution  nouvelle  ne  fait  que  plonger  de  plus  en  plus 
les  peuples  dans  l'ignorance  et  dans  l'esclavage  ;  il 
semble  que  ,  comme  le  Fréron  de  la  Dunciade  ,  la  Tur- 
quie a  des  ailes  placées  à  l'envers.  Plus  elle  s'agite  ,  plus 
elle  s'enfonce.  Un  seul  événement  paraît,  dans  cette 
année,  lier  ce  pays  au  reste  de  l'Europe.  C'est  la  ces- 
sion de  Parga  ,  livrée  aux  Turcs  par  les  Anglais.  La 
poésie  a  célébré  le  patriotisme  des  Parganiotes  ;  leurs 
infortunes  ont  excité  l'indignation  de  l'Europe  ;  et  des 
commissaires  anglais  ont  trouvé  le  moyen  de  les  éva- 
luer en  argent,  à  raison  de  cent  francs  par  tête  ,  qu'a- 
près bien  des  réductions  et  des  retards  ,  ces  nobles  exilés 
ont  obtenus  «  en  échange  de  leurs  propriétés,  de  leur 
patrie  ,  de  leur  existence  sociale.  »  (i) 

En  Russie,  on  est  frappé  des  efforts  continuels  du 
gouvernement  pour  accélérer  la  marche  de  la  civilisa- 
lion.  Des  ukases  qui  encouragent  l'industrie  ,  l'ensei- 
gnement mutuel  porté  jusqu'en  Sibérie,  la  liberté  des 
cultes  consacrée ,  l'affranchissement  des  paysans  pré- 
paré par  des  mesures  sages  et  successives,  le  recrute- 
ment des  ti*oupes  régularisé  ,  le  commerce  devenu  plus 
facile  et  plus  avantageux  avec  la  Perse  et  la  Chine,  des 
établisseraens  coloniaux  se  formant  dans  l'Océan  paci- 

(i)  Annuaire  historu/ue,  Voy.  ci-dessus  ,  pages  'jg,  3i  ,32,  les 
détails  de  ce  honteux  murclie,  ve'ritable  traite  ifes  blancs,  qui 
acciip»  le  nouvernement  d'une  nation  qui  s'honore  d'avoir  fjit 
«esser  l'iiorribli;  traite  tien  noirs.  N.  n.  K. 


296  SCIFINCFS  INÎORAl.ES 

fîque  :  tels  sont  les  cvcncniensqui  composent,  pendant 
181Q,  l'histoire  de  la  Russie  ,  et  qui ,  plus  que  ne  pour- 
raient le  faire  des  succès  guerriers  ,  assurent  la  gloire 
de  l'empereur  Alexandre. 

La  Pologne  a  retrouvé  son  rang  parmi  les  nations 
de  rturopc.  El!e  a  une  constitution...  Cependpnt,  les 
Polonais  semblent  trouver  que  leur  liberté  se  rrssent 
encore  de  l'autocratie  qui  la  leur  a  donnée.  De  légers 
troubles  se  sont  élevés  à  Varsovie.  La  puissance  de 
l'empereur  et  quelques  mesures  répressives  les  ont  fait 
cesser.  D'un  autre  coté  ,  les  anciens  membres  de  la 
confédération  polonaise  ,  partagés  encore  entre  la 
Prusse,  l'Autriche  et  la  Russie,  tendent  à  se  réunir 
au  corps  qui  vient  de  se  reformer.  Les  bruits  qui  se  re- 
nouvellent sans  cesse  sur  cette  réunion  semblent  pré- 
sager qu'elle  doit  se  réaliser  un  jour,  et  compléter 
l'organisation  politique  du  Nord. 

C'est  surtout  en  Allemagne  que  l'on  voit  exister  ce 
malaise  qui  existe  partout  oii  les  lumières  ont  péné- 
tré ,  et  où  la  puissance  des  rois  et  des  grands  n'a  pas 
encore  su  se  concilier  avec  la  liberté.  Le  7\tffends- 
Boitnd  ,  cette  association  qui  a  si  puissamment  con- 
tribué à  secouer  le  joug  qui  pesait  sur  la  7\'iitonir  ^ 
a  répandu  dans  beaucoup  d'esprits  «  une  sorte  de  pa- 
triotisme mystique  et  libéral ,  dont  plusieurs  profes- 
seurs célèbres  ont  été  les  infatigables  apôtres.  »  Au  mi- 
lieu de  cette  fermentation,  le  fanatisme  s'est  exalté, 
et  l'assassinat  de  Kotzebné  par  Sand  ,  la  tentative  faite 
par  Lœming  ,  sur  le  président  de  la  régence  de  Nassau  , 
ont  jelé  l'alarme  dans  toutes  les  cours.  De-'à  les  me- 
sures prises  par  la  diète  de  Francfort  après  le  congrès 
de  Carlsbad  ,  pour  diminuer  l'espoir  qu'avaient  les 
peuples  d'obtenir  des  constitutions  fondées  sur  lcsidée& 


ET  POLITIQUES.  295 

entièrementlibérales,  pour  enchaîner  la  presse,  détruire 
les  sociétés  secrètes,  rendre  plus  sévère  le  régime  des 
universités,  et  enfin  ranger  toute  l'Allemagne  sous 
une  police  uniforme,  dont  la  tète  serait  à  Mayence  , 
et  dont  les  bras  s'étendraient  à  tous  les  États  de  la 
confédération.  Du  reste,  cette  diète  s'est  montrée  pres- 
qu'entièrement  dominée  par  l'ascendant  de  «  la  dua- 
lité i>  de  l'Aiitriche  et  de  la  Prusse  ;  elle  n'a  point 
osé  se  prononcer  sur  les  points  les  plus  essentiels  de 
l'organisation  du  corps  germanique  ,  et  n'a  guère  eu 
d'autre  résultat  que  de  régler  les  différens  élevés  entre 
quelques  petits  princes  ,  et  d'abandonner  à  l'arbitraire 
du  grand-duc  de  Hesse  les  acquéreurs  de  domaines 
nationaux,  auxquels  on  avait  enlevé  ces  biens,  qu'ils 
regardaient  comme  légalement  acquis. 

Des  divers  pays  de  l'Allemagne,  la  Prusse  paraissait 
la  plus  exposée  aux  agitations.  L'Autrichey  était  la  plus 
étrangère.  La  douceur  du  gouvernement ,  une  longue 
habitude  de  soumission,  et ,  dans  quelques  pays  ,  d'an- 
ciennes formalités  qui ,  en  prosentant  au  pcnple  l'ombre 
de  la  liberté  ,  lui  font  supporter  le  pouvoir  absolu  ,  as- 
suraient la  tranquillité  des  États  héréditaires.  Mais  il 
n'en  était  pas  de  même  de  l'Italie  ,  si  souvent  conquise 
et  toujours. ennemie  de  ses  conquérans,  à  quelque  na- 
tion qu'ils  appartiennent.  Elle  était  sourdement  agitée 
par  les  Carbon ari ,  qui  s'engagent,  dans  leurs  réunions 
secrètes ,  «  à  tout  faire  pour  purger  la  campagne  (  l'Ita- 
lie) des  loups  (les étrangers  ).»  Une  conspiration  fut  dé- 
couverte ,  ou  du  moins  soupçonnée,  pendant  le  voyage 
de  l'empereur  dans  la  Lombardie  ;  et  plusieurs  de  ceux 
qu'on  en  croyait  les  chefs,  furent  arrêtés  ou  s'enfuirent 
de  leur  patrie.  En  même  tems  ,  des  brigands  impunis 
ravageaient  les  États  romains,  tandis  que  des  collèges 


»g8  5CIENCF.S  MORALES 
de  jésuites  se  formaient  à  Rome  ,  et  déjà  disputaient  k 
la  cour  du  ^Piémont  l'héritage  du  vieux  roi  de  Sar- 
daigne,  qui  était  mort  sous  leur  habit.  A  ISaples  et  en 
Sicile  ,  les  volcans  semblaient  paisibles  ;  mais  une  érup- 
tion terrible  se  préparait 

Cependant,  l'Espagne  était  en  proie,  dans  quelques- 
unes  de  SCS  provinces  ,  à  la  fièvre  jaune  ,  dans  toutes  au 
despotisme,  et  aux  conspirations  saus  cesse  renaissantes. 
Eu  vain  de  sages  conseillers  demandaient  au  gouver- 
nement de  la  modération  et  de  la  clémence  ;  en  vain 
l'arrivée  d'une  jeune  reine  faisait  espérer  qu'on  accor- 
derait aux  délits  politiques  une  amnistie  (ju'nn  ne  re- 
fusait pas  aux  assassins.  Le  pouvoir  ne  voulait  rien 
céder  :  il  se  tenaif  continuellement  dans  une  défensive 
oii  il  ne  pouvait  manquer  d'être  un  jour  vaincu.  H 
faisait  marcher  à  l'échafaud  des  hommes  qui ,  l'année 
suivante  ,  devaient  être  honorés  comme  des  martyrs  de 
la  liberté. 

Les  Portugais  étaient  dans  la  même  position  que 
les  Espagnols  ,  et  ils  se  trouvaient ,  de  plus  ,  séparés  de 
leur  roi  par  l'Océan ,  et  dominés  chez  eux  par  de^ 
étrangers. 

Enfin,  l'Angleterre,  si  souvent  citée  comme  la  terre 
classique  de  la  liberté  ,  voyait  ses  antiques  institutions 
menacées  par  ses  propres  citoyens  et  par  les  fautes  de 
sou  gouvernement  (i).  «  Elle  était  livrée  aux  dissen- 
sions intestines  qui  résultent  de  l'excessive  inégalité  des 
fortunes  et  du  poids  des  impôts ,  de  la  surcharge  d'une 
population  laborieuse  sans  travail ,  de  l'exagération  du 
système  industriel  (2),  du  découragement  de  l'agricul- 

Cr^  ylunuiiire ,  p.iges  f\\ç)  et  siiiv:mtcs. 

(1)  \\\\\.-on  iuie  pr«uv«  ù*  r«(lf;  txag'-valion  pousst;«  jn'imrà 


ET  POLITIQUES.  295 
lure  qu'on  ne  pouvait  relever  que  par  des  lois  odieuses 
sur  les  grains  ,  du  fardeau  d'un  papier  monnaie  dans 
le  plus  riche  pays  de  l'uuivers  ,  et  des  progrès  des 
doctrines  subversives  de  la  société  dans  l'Etat  qui  se 
croit  le  mieux  constitué  des  Etats  anciens  et  mo- 
dernes   On  n'a  pas  dû  s'étonner  de  l'influence 

qu'ont  pu  prendre  des  factieux ,  là  oii  la  misère  faisait 
chaque  jour  des  mécontens  ;  car  la  société  doit  à  tous 

ceux  qui  la  composent  du  travail  ou  du  pain Les 

réunions  populaires  ,  que  la  Constitution  anglaise 
autorise  ,  que  des  hommes  d'État  ne  regardaient  au- 
trefois que  comme  des  saturnales  dont  on  faisait  cesser 
le  tumulte  par  l'apparition  d'un  constable  ,  étaient 
devenues  des  émeutes  légalement  organisées,  oii  il 
ne  s'agissait  plus  du  redressement  de  quelques  griefs, 
mais  du  renversement  de  tout  l'ordre  politique  et 
social  de  la  Grande-Bretagne.  »  Des  assemblées  de 
réformateurs  eurent  lieu  dans  plusieurs  comtés.  Bien- 


tine  incroyable  barbarie?  Un  bill,  rendu  en  i8iy,  a  ordonné 
d'abréger  et  d'adoucir  le  travail  imposé  aux  enfans  employés  dans 
les  filatures.  «On  en  compte  plus  de  cinquante  mille ,  et  nn 
petit  nombre  d'entre  eux  ne  sont  pas  même  âgés  de  6  ans.  Us 
travaillent, "de  treize  à  seize  heures  par  jour,  dans  des  ateliers 
écliauffés,  où  la  température  est  entretenue  entre  70  et  godtgrc's. 
Ils  sont  obliges  de  travailler  tant  que  la  machine  va  ;  et,  pendant 
ce  tems ,  il  ne  Inur  est  permis  ni  de  s'asseoir ,  ni  do  sortir  de  l'ate- 
lier... La  maigreur  et  la  difl'ormité  sont  ordinairement  le  résultat 
de  cis  travaux^  et,  souvent,  on  est  obligé  d'avoir  recours  aux 
machin8S  de  fer  ou  d'acier ,  pour  redresser  les  jambes  des  mai- 
iieureux enfans. 'J'cis  sont  quelques-uns  des  inconvénieus  auxquels 
i!s  sont  exposés  ;  et ,  lorsque  les  forces  vicunent  à  leur  manquer, 
ils  sont  renvoyés  de  l'atelier,  et  viennent  à  la  charge  des  com- 
mîmes^ ou  bien,  ils  se  livrent  à  des  occupations  funestes  pour  la 
sftciété.  » 


f 


3oo  SCIENCES  IMORALES 

tôt  {)0,ooo  liommps  se  rruniront  a  î^irminqlinra,  8o,oorv 
dar.sunfauboiirgde  Londrcs,ur:plusgrancl  nombre  en- 
core à  Maiuliester.  L'autorité  légale,  si  respectée  en  An- 
gleterre ,  et  (jiii  avait  pu  encore  ,  au  milieu  des  rasscm- 
biemensdeSmithfield  ,  arrêter  sansobstacle  un  des  chefs 
desréforniatenrs ,  fut  enfin  méconnue.  Les  forces  mili- 
taires furent  déployées  ,  et  Maucliester  vit  le  sang  an- 
glais couler  sous  les  baïonnettes  anglaises.  Le  ministère 
obtint  du  parlement  des  moyens  de  réprimer  ces  trou- 
bles. Ils  lui  furent  accordés  ,  malgré  les  protestations 
de  l'opposition  contre  les  massacres  ,  «  qu'elle  regardait 
comme  des  infractions  des  libertés  anglaises,  et  des 
violations  de  la  grande  Charte.  »  Quelques  orateurs 
demandaient  qu'on  s'occupât  d'une  réforme  modérée  , 
et  la  proposition  faite  à  cet  égard  par  M.  Tierney  fut 
rejetée  par  38i  voix  contre  i5o;  «  minorité  assez  forte 
dans  le  .système  électoral  de  l'Angleterre ,  pour  être 
remarquée.  » 

Parmi  les  peuples  qui  ont  su  ,  par  dos  constitutions 
régulières  ,  consacrer  et  limiter  tous  les  droits  ,  on 
remarque  la  Suède  et  la  Norwège  où  s'établit  tranquil- 
lement une  dynastie  nouvelle,  adoptée  par  les  suffrages 
de  la  nation  ;  la  Suisse,  oii  quelques  cantons  semblent 
rétrograder  vers  l'aristocratieet  l'intolérance  religieuse, 
et  oîi  l'émigration  augmente  à  mesure  que  la  liberté 
diminue;  les  Pays-Bas,  composés  de  deux  peuples dif- 
férens  de  mœurs  et  d'intérêts  ,  et  qui  conservent  encore 
le  souvenir  des  institutions  françaises  ;  enfin  ,  quelcpies 
J^^tats  d'Allemagne,  qui,  prenant  poiir  niodèlc  la 
France  qu'ils  eurent  si  long-tems  pour  soutien  ,  ont 
reçu  des  Chartes  oii  1rs  trois  pouvoirssont  phis  on  moins 
habilement  combinés.  Là,  aussi ,  l'autorité  éprouve  des 
résistances  ;  mais  aucune  n'est  accompagnée  de  mou- 


ET  POLITIQUES.  3oi 

vemens  populaires.  Elles  sont  toutes  régulières  et  lé- 
gales. Dans  les  Pays-Bas  ,  le  budget  décennal  est  rejeté 
par  l'unanimité  des  députés  aux  états-généraux.  En 
Bavière,  les  dépenses  de  la  guerre  sont  réduites  d'un 
million  de  florins,  et  le  roi  se  voit  forcé  de  déclarer 
que,  s'il  est  nécessaire  d'augmenter  les  dépenses,  il  im- 
putera l'excédant  sur  la  liste  civile.  A  Bade  ,  l'édit  qui 
maintient  une  partie  des  privilèges  de  la  noblesse  est 
formellement  repoussé  par  la  Chambre  des  députés. 
Elle  n'adopte  que  les  propositions  faites  pour  l'aboli- 
tion des  corvées  et  des  peines  corporelles  en  matière 
de  police  ;  et  son  zèle  pour  l'intérêt  des  peuples  se 
montre  dans  les  réductions  qu'elle  fait  subir  au  budget. 
Le  Wurtemberg  présente  un  autre  spectacle.  Le  prince 
et  les  communes  y  sont  réunis  pour  combattre  les  pré- 
tentions de  la  noblesse.  Le  système  municipal  y  est 
organisé  ,  comme  le  système  politique ,  de  la  manière 
la  plus  favorable  aux  citoyens  ;  aussi  ,  «  il  est  difficile 
de  peindre  l'enthousiasme  avec  lequel  fut  reçue  , 
dans  tout  le  Wurtemberg  ,  la  nouvelle  Charte.  On 
en  célébra  la  fête  le  8  septembre ,  en  même  tems  que 
l'anniversaire  du  roi  ,  regardé  comme  le  restaurateur 
de  la  liberté  wurtembergeoise.  Les  résolutions  de  la 
diète  de  Francfort  suspendirent  un  moment  l'allé- 
gresse publiqne....  \  mais  le  roi  ne  différa  point  pour 
cela  l'exécution  de  la  Constitution.  Il  partit  inconti- 
nent pour  Varsovie ,   oti  se   trouvait  alors  l'empereur 

de  Russie Et,  si  l'on  en  croit  les  bruits  qui  furent 

alors  répandus,  il  quitta  cette  ville  avec  la  certitude 
que  rien  ne  serait  changé  au  pacte  sacré  qu'il  venait 
de  faire  avec  son  peuple.  » 

Tel  est,  en  abrégé,  le  tableau  de  l'Europe  en  ï8ig, 
tableau  où  brille  une  foule  de  contrastes,  et  oiiron  est 


3oa  Sl:lE^cT:s  :mop.ales 

frappé  des  chaiigcinens  «ju'oiit  amenés  trente  années , 
qnand  on  voit  d'un  côté  l'ancien  maître  absolu  d'un 
éleclorat,  roi  constitutionnel  de  Paxière,  demander 
aux  électeurs  de  son  royaume  des  représentans  sans 
peur  et  sans  reproche;  de  l'autre,  le  député  d'un  des 
cantons  de  la  A  ieille-Helvétie  assurer  à  la  diète  fédé- 
rale <t  qu'on  peut  féliciter  sa  patrie  de  ce  que  la  liberté 
de  la  presse  y  est  encore  inconnue.  » 

Les  autres  points  du  globe  ont  pour  nous  moins 
d'importance.  Cependant,  on  observe  avec  un  vif  in- 
térêt les  ttats-Lnis  se  préparant  à  rivaliser  sur  les  mers 
leur  ancienne  métropole,  et  attendant  s'ils  tiendront 
les  Florides  du  roi  d'Espagne,  ou  s'ils  les  posséderont 
malgré  lui  ;  tandis  ([uc  les  vastes  contrées  de  l'Aniéii- 
que  méridionale  sont  le  tbéàlre  d'une  guerre  entre- 
prise pour  l'indépendance,  et  soutenue  par  des  exjiloits 
et  des  succès  presque  merveilleux  (i). 

Nous  ajouterons  peu  de  choses  sur  les  autres  parties 
de  Vy/nniiaire,  sur  les  documens  ofbciels  qu'il  contient, 
tant  pour  l'histoire  de  France  que  pour  l'iiistoire  étran- 
gère, et  parmi  lesquels  on  remarque  les  notes  diplo- 
matiques des  cabinets  de  Vieime  et  de  Berlin,  et  les 
2o5  articles  de  la  Constitution  du  royaume  de  Wur- 
temberg ;  sur  la  Chronique  oîi  sont  relatés,  dans  de- 
espèces  d'épliémérides ,  les  anecdotes  du  jour,  les  nou- 
veautés théâtrales  ,  les  cérémonies  drs  cours  ,  les  jugc- 
incns  qui  ont  attiré  l'attention  et  quelquefois  éveillé 
le  scandale,  enfin  tous  ces  hors-d'œuvre  de  riiistoire  , 
qu'il  ne  convient  pas  à  sa  dignitc'  d'admettre,  mais  (jui 


(i)  Voyez  le  récit  de  lu  marche  de  Bolivar,  sur  la  Mouvelie- 

Grcnade  ,  pug.  (  i  ii. 


ET  POLITIQUES.  3o5 

sont  quelquefois  plus  amusans  qu'elle.  Nous  ne  parle- 
rous  ni  du  tableau  statistique  de  l'Europe,  ni  des  ta- 
l)lettes  ne'crologiques  des  hommes  célèbres  morts  eu 
1819,  ni  des  mélanges  et  des  notices  qui  contiennent 
un  jugement  exprimé  en  peu  de  mots  sur  les  ouvrages 
littéraires  et  scientifiques,  ou  sur  les  productions  les 
plus  remarquables  des  beaux-arts  et  de  l'industrie. 

Nous  nous  contenterons  de  dire  que  peu  d'ouvrages 
contiennent  plus  de  matériaux  intéressans  que  V An- 
nuaire historique;  qu'ils  y  sont  rangés  dans  l'ordre  le 
plus  favorable  aux  recherches  ;  que  le  style  en  est  pur 
et  élégant  ;  qu'enfin  ,  ce  que  l'Almanach  royal  est  pour 
les  fonctionnaires  publics  ,  ce  que  celui  des  25, 000 
adresses  est  pour  les  gens  d'affaires  ou  pour  les  étran- 
gers qui  arrivent  dans  Paris  ,  l'Annuaire  doit  l'être 
pour  les  amis  de  la  philosophie,  de  la  littérature  et  de 
l'histoire,  et  doit  trouver,  à  ce  titre,  sa  place  dans  la 
plupart  des  bibliothèques. 

E.  A. 


LITTÉRATURE. 

(  LITTÉRATURE  ANGLAISE.  ) 

La  Destruction  de  Jérlsalfm,  poémfl  dramatique; 
par  le  révérend  II.  H.  Milman  (i). 

La  terrible  catastrophe  qui  termine  la  merveilleuse 
histoire  du  peuple  juif,  la  dcslruclion  de  Ji'ru^oh  m 
par  Titus  ,  est  sans  contredit  un  des  événemens  histo- 
riques les  plus  mémorables.  Une  nation  divisée  et  peu 
nombreuse,  sans  alliés,  sans  discipline  ,  presque  sans 
approvisionnemens  militaires,  lutte  avecénergie  contre 
un  puissantempire ,  défend  chaque  village,  chaque  mur, 
avec  autant  de  courage  que  de  résolution  ,  et  fait  pleu- 
rer ses  défaites  aux  vainqueurs  par  le  nombre  des  morts 
couchés  sur  la  poussière;  elle  est  enfin  réduite  à  s'enfer- 
mer dans  les  remparts  de  la  ville  sainte,  où  elle  pré- 
sente l'étonnant  spectacle  des  contrastes  les  plus 
bizarres  :  là ,  le  fanatique,  le  meurtrier,  le  blasphé- 
mateur, foulent  aux  pieds  les  lois  sacrées,  et  s'aban- 
donnent à  leurs  passions  impétueuses;  tantôt  ils  tour- 
nent leurs  armes  les  uns  contre  les  autres  ;  tantôt  ils 
unissent  leurs  fureurs  contre  l'ennemi  commun  ;  mais, 
du  milieu  de  leurs  crimes,  tous  élèvent  la  voix  vers  le 
Seigneur,  et  lui  demandent  de  reconnaître  son  peuple 
et  de  le  délivrer.  Les  prodiges  qui  précédèrent  la  chute 
de  la  «  cité  déicide  (2)  ;  »  l'acconiplissemeni  des  redou- 
tables prédictions  lancées  contre  ses  habitans,  leurs 
souflfrances,  leur  totale  dispersion  ,  tout,  dans  cet  im- 


(1)  Lontires  ,  i8ao.  i  vol.  in-80.  Sccoode  édition   IMiimy.  Prix, 
8  sliellin^s  6  pence. 

(a)  Expression  de  M-  de  ChateaubriaD(] 


LITTÉRATURE.  3o5 

nicuse  taLleau,  prêtait  de  riches  couleurs  à  la  poe'sie , 
et  de  beaux  effets  au  taleut.  M.  Milman  s'est  emparé 
de  ce  vaste  sujet,  et  l'a  traité  avec  beaucoup  de  supé- 
riorité. Les  événemens  sont  resserrés  dans  un  espace  de 
treute-six  heures,  et  se  terminent  par  l'incendie  du 
temple.  Sans  s'astreindre  à  suivre  en  tout  l'historien 
Flavius  Josèphe,  le  poète  lui  emprunte  les  faits  princi- 
paux, et  quelques-uns  des  personnages  fameux  de  cette 
époque  :  tels  sont  Jean  et  Simon  ,  chefs  des  deux  fac- 
tions qui  divisaient  alors  le  peuple  Juif.  Comme  Josèphe 
accuse  les  sectateurs  de  Jean  de  débauche  et  d'impiété  , 
M.  Milman  a  donné  à  ce  dernier  les  dogmes  et  les  so- 
phismes  communs  aux  sadducéens,  tandis  qu'il  a  fait 
de  Simon  un  pharisien  zélé  et  fanatique.  L'opposition 
de  ces  deux  caractères  est  bien  ménagée,  et  parfaite- 
ment soutenue  jusqu'à  la  fin. 

Le  premier  chant  nous  transporte  sur  le  mont  des 
Oliviers  ,  oii  Ti|j^s  ,  entouré  de  ses  soldats,  contemple  , 
pendant  le  calme  d'une  belie  soirée,  la  cité  superbe 
dont  la  destruction  s'approche.  Ému  de  pitié  à  cet  as- 
pect, et  poussé  par  une  force  irrésistible  à  remplir  les 
décrets  de  la  Providence  ,  il  communique  aux  Romains 
qui  l'entourent  les  seutimens  dont  il  est  agité.  La  des- 
cription de  la  ville  et  du  temple  ,  puisée  dans  Josèphe , 
est  fort  belle;  l'antique  Sion  ,  si  long-tems  l'orgueil 
du  peuple  de  Dieu,  et  aujourd'hui  son  dernier  refuge, 
apparaît  aux  yeux  du  lecteur  attendri,  qui  redoute 
déjà  les  affreux  malheurs  dont  elle  est  menacée.  Cette 
scène  sert ,  en  quelque  sorte,  d'introduction  au  poëme  ; 
il  ne  s'ouvre  qu'au  moment  oii  Javan  attend ,  sur  les 
bords  de  la  fontaine  de  Siloé,  la  vierge  timide  qui  doit 
s'y  rendre,  au  péril  de  ses  jours.  La  lune  éclaire  de  ses 
rayons  paisibles  les  eaux  de  la  source  ,  les  plaines  par- 

TOIE    VIII.  20 


3o6  LITTÉRATL'RK. 

semées  d'oliviers,  les  tours  de  la  ville  coupable,  et  le 
camp  des  Romains.  Javan  a  rmlrassé  la  iloctriiie  mé- 
prisée de  Jt'si'S  de  Nararclh  ;  il  a  quulé  S  on  avec  le 
reste  des  fidèles  ;  mais  il  aime  Miriam  ,  lo  filU  du  cruel 
pharisien  vSimon  ;  et ,  chaque  jour,  à  l'approche  ae  la 
nuit ,  il  brave  mille  dangers  pour  'a  revoir  et  pour  lui 
porîer  les  provisions  qui  soutiennent  la  %-fe  <ïe  son  père, 
au  milieu  des  horreurs  de  la  famine.  Miriam  appar- 
tient aussi  à  la  croyance  divine  de  l'homme  de  Galilée  : 
vierge  tremblante  et  sans  défense,  elle  en  impose,  dans 
sa  faiblesse  ,  aux  farouches  ennemis  du  Dieu  qu'elle 
adore.  Depuis  deux  nuits,  Javan  l'a  vainement  atten- 
due :  il  se  plaint  de  son  absence  ,  il  craint  de  nouveaux 
malheurs?  mais  la  voix  de  sa  bien-aimée  le  délivre  de 
ses  inquiétudes  ;  il  la  presse  de  fuir  avec  lui  à  Pella ,  oii 
les  chrétiens  se  sont  réfugiés;  il  lui  dépeint  les  scènes 
sangla'ites  dont  Jérusalem  va  devenir  le  théâtre.  Rien 
ne  peut  ébranler  la  constance  de  la  iewie  chrétienne  c 
son  dévouement  filial  l'emporte  sur  tout.  Elle  veut  par- 
tager le  sort  de  son  père,  quel  qu'il  soit  :  elle  sait  que 
la  haine  des  hommes  le  poursuit,  et  que  peut-être  il  l'a 
méritée  ;  mais  elle  veut  que  sa  tendresse  pour  lui  rem- 
place toutes  les  affections  qu'il  a  perdues.  Touché  de 
sa  vertu  ,  Javan  la  laisse  retourner  à  Jérusalem  ,  char- 
gée du  pain  et  du  vin  qu'elle  destine  à  Simon.  Elle  re- 
gagne sa  demeure  par  un  escalier  en  mines,  dont  elle 
seule  connaît  l'issue  mystérieuse  :  c'est  là  que ,  dans  son 
enfance,  elle  aitnait  à  se  retirer  loind*  ses  jeunes  com- 
pagnes. La  description  qu'elle  donne  de  ce  lieu,  et  les 
souvenirs  qu'elle  y  rattache,  sont  remplis  de  grâce  et 
de  naturel. 

•<  Dans    les  jours  luniroux  de   mon  enfance,  je  me 
plai»ai^  à  p.n courir  les  détours  de  cet  escalier  à  demi 


LITTÉRATURE.  505 

rompu,  qui  conduit  de  notre  demeure  à  la  vallée.  Jadis, 
ce  passage  mystérieux  servait  aux  vierges  qui  descen- 
daient à  la  fontaine  pour  s'y  rafraîchir  dans  ses  eaux 
transparentes  ,  au  milieu  des  brûlantes  ardeurs  de  l'été. 
Que  de  fois,  cachée  dans  le  tronc  d'un  olivier  sauvage  , 
ou  assise  à  l'ombre  du  sycomore  entouré  de  lierre,  j'ai 
tressé  en  guirlandes  les  fleurs  qui  semblaient  m'invite! 
à  les  cueillir.  J'aimais  ce  lieu  avec  une  sorte  de  prédilec- 
tion, parce  que  seule  je  le  connaissais.  J'aimais  sa  soli- 
tude ,  qui  n'était  troublée  que  par  le  gémissement  des 
tourterelles  se  jouant  aux  rayons  du  soleil  du  midi. 
Mais  ,  hélas  I  les  oiseaux  consacrés  à  la  paix  et  à  l'a- 
mour n'habitent  plus  cet  asile.  Tout  à  l'heure,  comme 
je  montais  d'un  pas  rapide  les  marches  brisées,  uu 
noir  vautour  s'est  élevé  au-dessus  de  ma  tête  ;  ivre  du 
sang  des  enfans  d'Israël ,  il  agitait  péniblement  ses  ailes 
pesantes  dans  les  airs.  » 

Le  poète  introduit  ici  un  nouveau  personnage,  Sa- 
lomé,  sœur  de  Miriam  :  enthousiaste  de  la  loi  de  Moïse, 
elle  croit  encore  à  la  gloire  future  d'Israël  ;  les  feux  de 
l'amour  et  de  la  religion  brûlent  à  la  fois  dans  son  ame, 
et  en  font  une  prophétesse  ,  inspirée  tour  à  tour  par  sa 
passionet  par  son  zèle.  Elle  raconte  les  visions  brillantes 
qui  lui  apparaissent  pendant  son  sommeil;  et,  lorsque 
Miriam  semble  douter  de  la  vérité  de  ses  prédictions  ,  et 
qu'elle  les  attribue  à  un  long  jeûne  et  à  l'état  d'exalta- 
tion de  son  esprit,  Salomé  l'accuse  d'être  chrétienne ,  et 
la  menace  de  la  dénoncer  à  son  père.  Celui-ci  rentre 
alors  ,  et  raconte  l'inutile  recherche  qu'il  vient  de  faire 
pour  se  procurer  des  provisions  :  il  termine  son  triste 
récit  par  la  description  de  deux  enfans  endormis  dans 
les  bras  l'un  de  l'autre.  Cette  image  rappelle  à  Salomé 
les  liens  qui  l'unissent  à  Miriam,  leur  enfance,  leurs 


k 


îoK  LlTTÉKATL'KE 

jeux  et  leurs  chagrins  ,  si  long-leins  partages-;  elle  s'at- 
tendrit, elle  n'a  plus  la  force  de  dévoiler  son  apostasie. 
Simon  quitte  ses  filles,  et  revient  bientôt  après  ,  ayant 
découvert  les  provisionsqu'ilcrnit  être  apportéesthaque 
nuit  par  un  ange  protecteur.  Miriam  n'ose  le  désabuser  ; 
elle  craint  qu'il  ne  rejette  loin  de  lui  les  mets  qui  lui 
sont  offerts  par  un  chrétien  ,  et  qu'il  ne  périsse  dans  sa 
faussecroyance.  Elle  se  retire  pour  éviter  de  s'unir  à  ses 
aciionsde  grâces ,  et  chante  seule  un  hymne  sur  la  nais- 
sance et  la  miséricorde  du  Dieu  qui  sou  tien  t  son  courage, 
en  le  priant  de  fléchir  l'humeur  farouche  de  son  père  et 
de  se  manifestera  lui. 

Le  jour  commence  à  poindre;  Simon  contem])le  les 
cieux  avec  une  in(|uiétude  mêlée  d'espoir:  il  y  cherche 
le  signal  de  la  prochaine  délivrance  de  sa  patrie.  Ce 
qui,  dans  Salomé,  n'est  ([ue  le  rêve  d'une  imagination 
ardente  ,  est  en  lui  le  résultat  d'une  foi  ferme  et  iné- 
branlable ,  mais  impure  et  ambitieuse  ;  ses  méditations 
sont  interrompues  par  l'arrivée  de  Jean  ,  le  sadducécn, 
d'Amariah  son  fils  ,  jeune  homme  bouillant  et  impé- 
tueux, qui ,  sans  s'intéresser  aux  discussions  religieuses, 
aime  et  désire  la  guerre,  et  se  plaît  au  milieu  des  dan- 
gers et  du  carnage  :  Eléazar  et  le  grand-prêtre  les  ac- 
compagnent. Jean  insulte  à  son  rival  et  l'accable  de 
reproches  ;  mais  les  trompettes  qui  annoncent  un  par- 
lementaire envoyé  par  les  Romains,  font  cesser  la  dis- 
cussion. Les  chefs  s'empressent  d'aller  sur  les  murailles, 
cil  Titus  les  somme  de  mettre  bas  les  armes  et  de  s'a- 
bandonner usa  clémeuce.  Jran  répond  à  celte  proposi- 
tion par  de  sanglans  sarcasmes,  et  par  le  tableau  des 
cruautés  exercées  contre  les  Juifs  fugitifs.  Simon  prend 
alors  la  parole  et  adresse  auxCientils  un  discours  plein 
d'éloquence  et  de  force.  Après  avoir  dépeint  l'immense 


LITTÉRATURE.  809 

pouvoir  de  Rome  ,  si  faible  devant  le  Seigneur  ,  il  s'é- 
crie :  "  Orgueilleux  Gentils  !  à  l'heure  où  je  vous  parle, 
vous  marchez  entourés  de  ruines  et  de  prodiges.  L'air 
que  vous  respirez  est  lourd  ,  sombre  et  chargé  de  votre 
condamnation.  Si  notre  terre  ,  dans  son  dédain  ,  sup- 
porte encore  vos  légions  années,  c'est  qu'elle  attend, 
dans  une  douloureuse  impatience,  le  signal  de  votre 
dispersion.  Voyez  !  les  montagnes  abaissent  sur  vous 
leurs  ombres  immenses  et  menaçantes  ,  prêtes  à  s'élan- 
cer de  leurs  bases  pour  vous  engloutir.  Les  vents,  ar- 
rêtés dans  leur  course,  soupirent  après  la  présence 
tardive  de  celui  qui  doit  nous  venger:  et,  du  fond  de 
leurs  tombeaux,  nos  ancêtres  se  rient  de  vos  efforts; 
ils  s'indignent  à  la  pensée  qu'un  conquérant  païen  as- 
pire à  régner  sur  la  Jérusalem  du  Seigneur.  L'abîme 
profond  et  ténébreux  de  l'enfer  s'entr'ouvre  pour  vous 
recevoir.  C'est  là  qu'habitent  les  rois  superbes  et  les  chefs 
de  la  terre  dont  l'orgueilleuse  idolâtrie  osa  s'élever 
contre  la  cité  sainte  et  contre  le  peuple  de  Dieu.  Ils 
t'attendent ,  ô  Titus  !  Séduit  par  leurs  folles  espérances, 
tupartageras  leur  chute  fatale  :  tu  rejoindras  l'Egyptien 
Pharaon,  que  la  mer  Rouge  dévora,  ainsi  que  son  armée; 
les  rois  de  Chanaan  ;  lesPhilistins,  adorateurs  de  Dagon; 
Moab  ,  Edam  ,  le  féroce  Amalek  ,  et  le  souverain  de 
Babylone  dont  les  nombreux  soldats  couvraient  ces 
mêmes  colline*  oii  brillent  aujourd'hui  vos  lances.  Dans 
le  court  espace  d'une  nuit ,  l'ange  invisible  du  Seigneur 
'M  frappa  cette  multitude  de  son  aile  sombre  et  muette  f 
et  le  camp  qui,  la  veille,  retentissait  de  cris  d'allé- 
gresse ,  ne  présenta  plus,  aux  premiers  rayons  de  l'au- 
rore, qu'une  vaste  sépulture,  semée  de  cadavres  sans 
tombeaux  :  Sennacherib  aussi  ;  tous  ,  tous,  ont  secoué 
la  poussière  qui  couvrait  leurs  ossemens.  Ils  s'avan- 


I. 


3io  LITTÉRATURE, 

cent  ;  ils  entonnent  un  hymne  pour  célébrer  l'arrivée 
de  celui  qui,  semblable  à  eux  ,  a  tourné  ses  armes  ira- 
pies  contre  les  mtirs  de  Sion,  et  qui,  dans  sa  misère  , 
est  tombé  devant  le  Dieu  vengeur  d'Israël.  •• 

Ce  discours  ranime  le  courage  des  Juifs  ;  ils  conju- 
rent Simon  de  les  mener  à  la  victoire.  L'historien  Jo- 
sèphe  ,  alors  captif  des  Romains,  adresse  aux  habitans 
de  Jérusalem  une  exhortation  énergique  et  tendre  , 
dans  laquelle  il  essaie  de  leur  montrer  leur  erreur  ,  et 
les  conjure  de  céder  à  la  force.  Un  javelot ,  parti  de  la 
main  d'Amariah,  le  blesse  et  l'oblige  à  s'arrêter.  Cet 
outrage  achève  d'étouffer  la  pitié  dans  le  cœur  de 
Titus;  il  s'abandonne  à  la  terrible  impulsion  qui  le 
presse  d'exécuter  la  vengeance  du  ciel.  Salomé,  qui 
veut  être  témoin  du  combat ,  monte  sur  les  remparts  , 
d'oîi  elle  décrit  à  sa  sœur  les  progrès  des  deux  armées  : 
à  travers  le  brouillard  sanglant  qui  s'élève  du  champ 
de  bataille,  elle  suit  des  yeux  Amariah  qu'elle  aime, 
et  dont  les  exploits  signalent  la  valeur.  Son  langage  est 
plein  de  poésie  et  de  passion.  Tandis  que  ce  terrible 
spectacle  captive  son  ame  tout  entière,  sa  sœur  se 
joint  aux  filles  d'Israël  qui  vont  implorer  dans  le  temple 
la  protection  du  Très-Haut,  résolue  cependant  de  ne 
pas  s'unir  à  leurs  prières,  mais  d'adresser  ses  vœux  au 
divin  Messie.  Un  bel  hymne,  imité  du  chant  de  Moïse  , 
rappelle  alors  le  passage  de  la  mer  Rouge  et  les  mi- 
racles que  r>ieu  fit  éclater  en  faveur  de  son  peuple.  Le 
^crépuscule  du  soir  lutte  avec  les  dernières  lueurs  du 
jour,  lorsque  Salomé  accourt  épouvantée  ;  son  voile  est 
rejeté  en  arrière  ,  ses  cheveux  flottent  en  désordre  ; 
elle  a  vu  le  triomphe  des  Gentils,  les  défenseurs  d'Israël 
sont  repous^sés.  La  voix  courroucée  de  Simon  se  fait  en- 
tendre au  loin,  ralliant  les  fugitifs.  Il  revient ,  suivi 


LITTÉRATURE.  3ii 

de  Jean  qu'il  accuse  d'avoir  attiré  par  ses  crimes  les 
inaibeurs  de  la  nation.  Ce  dernier  lui  reproche  à  son 
tour  ses  cruautés  et  son  hypocrisie.  Cette  scène  est  in- 
terrompue par  l'entrée  du  grand-prêtre,  qui  vient  de- 
mander justice  de  l'affront  fait  à  la  majesté  du  temple. 
Le  nom  du  «  Nazaréen ,  du  prétendu  fils  de  Dieu ,  >-  a  re- 
tenti sous  ces  voûtes  sacrées  :  un  adorateur  de  Jésus 
s'est  mêlé  parmi  les  vierges  Israélites.  Salomé ,  cer- 
taine que  la  coupable  est  Miriam ,  s'élance  pour  la 
dénoncer;  mais  seule  ,  sans  voile  ,  au  milieu  d'un  cercle 
de  guerriers  dont  les  regards  sont  attachés  sur  elle,  sa 
fermeté  s'ébranle;  elle  hésite,  elle  balbutie  :  elle  se 
rappelle  la  prière  que  sa  mère  lui  fit  en  mourant,  d'ai- 
mer, de  protéger  sa  sœur.  Tandis  qu'elle  balance  entre 
un  reste  de  tendresse  et  un  zèle  insensé,  le  peuple, 
frappé  de  son  aspect  surnaturel ,  et  poussé  par  le  faux 
prophète  Abiram  ,  demande  à  grands  cris  son  mariage 
avec  Amariah,  fils  de  Jean,  afin  de  faire  cesser,  par 
l'union  de  leurs  enfans ,  l'animosité  des  deux  chefs. 
Simon  y  consent  ;  il  croit  déjà  voir  sortir  de  cette 
union  ,  formée  au  milieu  des  angoisses  d'Israël ,  le 
Messie,  attendu  depuis  si  long-tems.  Pendant  qu'ils  se 
livrent  tous  aux  transports  d'une  joie  effrayante,  Mi- 
riam profite  des  ténèbres  pour  se  rendre  à  la  fontaine 
de  Siloé,  malgré  les  nuées  d'orage  qui  s'amoncèlent  à 
l'horizon.  Javan  la  presse  de  nouveau  de  fuir  avec  lui  ; 
il  lui  rappelle  les  paroles  du  Christ  à  ses  disciples: 
«  Lorsque  la  désolation  habitera  dans  le  lieu  saint,  que 
ceux  qui  sont  dans  la  Judée  s'enfuient  sur  les  mon- 
tagnes. »  Vainement  il  l'implore,  au  nom  de  sa  ten- 
dresse; elle  résiste,  et  ils  se  séparent  sans  espérance  de 
se  revoir  jamais. 

Un  calme  sinistre ,  avant-coureur  de  la  tempête , 


3ia  LI'n'KRATURF.. 

règne  sur  la  terre  et  dans  le  ciel  ;  les  lampes  nuptiale» 
s'allument  ;  elles  éclairent  au  loin  des  ruines,  des  ca- 
davres et  la  foule  airaniée  qui  se  presse  dans  les  rues  de 
Jérusalem  ,  avide  d'apprendre  les  nouveaux  malheurs 
qui  la  menacent.  L'un  raconte  comment  un  mét«'nre, 
suspendu  depuis  plusieurs  mois  au-dessus  de  la  ville, 
sous  la  forme  d'une  épce  flamboyante ,  vient  de  s'at^iler 
dans  les  airs  :  un  autre  rappelle  la  lumière  qui  éclata 
autour  de  l'autel  et  du  temple,  lors  de  la  fête  solennelle 
de  Pâques.  Un  troisième  dit  comment  le  ciel  du  nord 
parut  couvert  de  chariots  de  guerre  et  dlmmmes  ar- 
més. Tout-à-coup,  la  musique  se  fait  entendre;  des  sons 
doux  et  joyeux  s'élèvent  de  la  maison  de  Simon  ,  où 
l'on  célèbre  les  rits  du  mariage.  Les  chants  retracent  les 
anciennes  coutumes  de.«  Juifs  ,  et  leur  riche  et  brillante 
harmonie  forme  un  terrible  contraste  avec  les  dangers 
et  la  désolation  (|ui  régnent  dans  la  cité  sainte.  Nous 
regrettons  de  ne  pouvoir  donner  qu'un  extrait  de  ce 
passage. 

Des  7wix  de  jeunes  Jîlles  chantent  en  chœur  dans  le 
lointain  :  «Nous  avons  porté  la  vierge  jusqu'à  son  heu- 
reuse demeure,  au  son  des  tambourins  et  des  har]jes 
antiques.  Les  flambeaux  d'ITymen  brillaient  dans  les 
ténèbres  ;  son  manteau  d'écarlate,  agité  par  les  vents, 
la  voilait  à  tous  les  regards  ,  et  le  dais  qui  ombr.igeait 
sa  tête,  vacillait  dans  nos  mains  tremblantes.  0  vierge  I 
tu  as  quitté  la  fête  joyeuse,  et  les  plaisirs  se  sont  en- 
fuis. Nous  t'avons  déposée  à  la  porte  de  ton  époux  : 
bientôt  elle  s'ouvrira  pour  lui  ;  il  calmera  tes  vaines 
frayeurs.  Ne  crains  donc  rien,  ô  fiancée  d'Israël!  car 
des  accords  plus  vifs  t'annonceront  bientôt  la  venue  de 
ton  bicn-aimé.  » 

«  Premier  juif.  —  Ces  chants  d'allégresse  célèbrent  le 


f 


LITTERATURE.  3i3 

mariage  d'Amariah  avec  la  belle  Salomé.  La  jeune 
vierge  n'a  pu  quitter  la  maison  de  son  père,  ainsi  que 
l'ordonnent  nos  lois  ;  on  a  craint  les  dangers  qui  nous 
entourent;  mais  l'époux  prépare  la  chambre  nuptiale.  » 
»  Une  voix  se  fait  entendre  .■  —  Malheur  !  malheur  I 
malheur  !...  » 

»  Second  juif . —  Hélas!  c'est  .Tosué,  le  fils  d'Ananus.  » 
»    Troisième  juif  —  Que  dit-il  ?  » 
»  Second  juif . — Es-tu  donc  si  étrangerdans  Jérusalem, 
que  tu  ne  connaisses  pas  ce  redoutable  prophète?  >» 

Le  juif  raconte  alors  comment  Josué,  fils  d'Ananus, 
fut  saisi  d'un  esprit  prophétique  ,  lors  de  la  fête  des  Ta- 
bernacles ,  et  s'écria  :  «  Malheur  à  Jérusalem  î  et  mal- 
heur à  son  peuple  I  »  comment ,  depuis  sept  ans  ,  il  ré- 
pète ces  sinistres  paroles,  en  dépit  des  persécutions  qu'on 
lui  a  fait  subir;  comment,  enfin,  il  a  cessé  son  la- 
mentable cri ,  depuis  le  commencement  du  Siège,  qui 
semble  devoir  confirmer  sa  triste  prédiction.  Mais  il  est 
interrompu  par  le  prophète  lui-même.  «  Malheur  !  mal- 
heur I  Une  voix  s'est  élevée  du  côté  de  l'Orient!  une 
voix  est  sortie  de  l'Occident  !  une  voix  contre  Jérusa- 
lem et  contre  le  temple  du-  Seigneur  I  une  voix  a  me- 
nacé les  fiancées,  leurs  époux,  et  tout  le  peuple  choisi  ! 
Malheur  !  malheur  !  » 

»  Second  juif  —  Ce  sont  les  mêmes  paroles  que  nous 
avons  entendues  si  long-tems  ;  et ,  cependant ,  il  me 
semble  distinguer  une  sorte  de  triomphe  solennel  dans 
cesaccens,  qui,  jusqu'à  ce  jour,  m'avaient  à  peine 
ému.  Ses  yeux,  jadis  fixés  sur  la  terre,  lancent  main- 
tenant autour  de  lui  des  regards  inquiets,  comme  s'il 
contemplait,  avec  un  étonnementmêlé  d'aflliction  ,  les 
progrès  de  notre  ruine.  Silence  !  j'entends  de  nouveaux 
accords.  » 


Îi4  UTTÉRATURE. 

»  Le.  chœur  des  jeunes  filles.  —  Célébrons  dans  no;» 
chants  joyeux  la  fiancée  de  la  race  royale  de  David.  Son 
sein  agité  s'élève  et  s'abaisse  avec  un  doux  frémissement  ; 
ses  yeux  voilés  par  ses  longues  paupières  ressemblent 
aux  violettes  ,  ijuand  la  rosée  du  soir  brille  en  gouttes 
de  perles  sur  leur  calice  à  demi-fermé:  enveloppée  de 
son  voile  virginal  ,  elle  demeure  immobile  et  si- 
lencieuse ,  jusqu'à  ce  qu'une  auiie  de  son  enfance 
venant  à  entrer  ,  elle  se  lève  et  courbe  à  demi  sa 
taille  flexible  et  gracieuse  ,  pour  lui  rendre  son  ten- 
dre salut.  Paix!...  de  qui  ces  sons  vifs  et  harmonieux 
annoncent-ils  la  présence?....  La  porte  s'enlr'ouvre.... 
—  C'est  lui  I  c'est  lui  !. ..  Ainsi ,  nous  célébrons  la  venue 
du  bien  aimé  ;  ainsi  nos  luths  se  marient  à  ses  louanges. 
Mais,  ô  vierge  d'Tsraël  !  toi  seule  possèdes  l'art  de  lui 
plaire;  seule,  tn  peux  lui  faire  un  accueil  digne  de  lui.  » 

»  Josué.,  Jils  d' Ananus.  —  Malheur  I  malheur!  Vois 
du  côté  de  l'Orient!  voix  du  côté  de  l'Occident!  voix 
contre  Jérusalem  et  contre  le  temple  du  Seigneur!  voix 
contre  les  fiancées  et  leurs  époux  !  voix  contre  le  peuple 
de  Dieu  î  Malheur  !  malheur  !  » 

Bientôt  le  grand-prêtre  s'avance  :  sou  éphode  étin- 
cèle  à  travers  l'obscurité  de  la  nuit  ;  sa  milre  d'or  brille 
comme  une  lampe  allumée  ;  et  les  clochettes  ,  qui  gar- 
nissent sa  longue  robe,  annoncent  au  loin  son  appro- 
che. Retiré  dans  le  sanctuaire  ,  il  a  senti  le  pavé  du 
temple  s'agiter  sous  ses  pieds.  Les  colonnes  ont  trem- 
blé sur  leurs  bases  ;  l'arche  s'est  ébranlée  ;  un  bruit 
épouvantable  a  fait  retentir  le  lieu  saint  ;  et  une  voix 
aussi  éclatante  que  le  tonnerre  a  proféré  ces  terribles 
paroles  :  «  Sortons  d'ici  !  >» 

»•  Plusieurs  juifs  :  —  O  douleur  I  parlez  ,  parlez  !  De 
quels  autres  affreux  prodiges  avez-vousété  le  témoia.^» 


LITTÉRATURE.  3i5 

H  LiC  grand-prêtre  :  —  Hélas  I  il  me  sembla  que  je 
venais  d'être  exilé  du  temple  ,  et  je  m'enfuis  loin  de 
son  enceinte  déserte.  » 

»  Plusieurs  juifs  :  —  0  Dieu  d'Israël  î  père  de  nos 
pères  ,  nous  as-tu  donc  abandonnés  !  » 

Le  chœur  des  vierges  reprend  ici  ses  hymnes  de  joie  : 
un  guerrier  juif  arrive  sur  ce  théâtre  de  désolation.  Il 
ajoute  à  l'effroi  du  peuple  par  le  récit  de  nouvelles 
horreurs.  Une  mère  a  plongé  le  couteau  dans  le  sein 
de  son  enfant  ;  elle  a  dévoré  ses  membres  palpitans. 

«  Le  chœur  :  — Réjouis-toi,  belle  et  modeste  fiancée; 
réjouis-toi  !  l'orgueil  et  la  joie  doivent  être  ton  par- 
tage. Tu  t'élèveras  comme  une  vigne  féconde  entourée 
de  nobles  rejetons  :  la  malédiction  des  épouses  stériles 
ne  s'appesantira  pas  sur  ta  tête  :  bientôt  un  jeune  en- 
fant ,  endormi  dans  tes  bras ,  te  fera  goûter  les  douces 
joies  d'une  mère.  Une  suite  d'heures  délicieuses  effa- 
cera le  souvenir  de  quelques  instans  de  douleur  et  de 
peine.  Réjouis-toi  I  fille  d'Israël.  » 

Jean  et  Simon  sortent  du  banquet  nuptial  ;  ils  op- 
posent leurs  vaines  espérances  à  la  consternation  du 
peuple  ,  et  ordonnent  aux  citoyens  de  regagner  leurs 
demeures.  Ils  se  séparent  ensuite  pour  aller  rêver  aux 
honneurs  qui  attendent  leur  race.  Jérusalem  est  mainte- 
nant silencieuse  comme  la  tombe.  Miriam  traverse  seule 
les  rues  abandonnées. Tout-à-coup,  l'orage  éclate  dans 
les  cieux  :  les  eraquemens  des  machines  de  guerre  ,  la 
chute  des  murs  qu'elles  renversent ,  les  cris  des  soldats, 
ennemis  se  mêlent  aux  éclats  de  la  foudre  :  les  Ro- 
mains ont  pénétré  dans  la  ville.  Les  Juifs  épouvantés 
se  précipitent  en  foule  vers  le  temple ,  afin  d'y  cher- 
cher un  refuge  contre  le  carnage  et  la  mort.  Simon 
essaie  de  dissiper  leurs  terreurs  ;  il  leur  promet  une 


3ie  LirrÉRATLiRh;. 

délivrance  prompte  el  cerlaiiie.  Dieu  lni-nu*me  se  dr- 
clare  pour  eux  ;  il  aiiéanlira  de  son  tonnerre  les  en- 
nemis d'Israël.  Tandis  que  Miriam  parcourt  d'un  pas 
cliancelant  les  avenues  qui  nicnent  au  palais  de  son 
père  ,  elle  rencontre  un  vieillard  qui  a  été  témoin  du 
supplice  du  Christ ,  et  qui  s'est  écrié  :  «  Que  son  sang 
retombe  sur  nous  et  sur  nos  enfans  !  »  IJ  croit ,  mais 
trop  tard,  ù  la  di\iMité  de  celui  qu'il  a  maudit.  Dans  son 
désespoir,  il  repousse  les  consolations  et  l'espérance  de 
salut  que  lui  offre  la  douce  Miriam  :  il  la  quitte  ,  en 
l'accablant  de  malédictions.  Elle  aperçoit  alors  la  de- 
meure de  ses  pères  consumée  par  les  flammes.  Salonié- 
s'élance  du  milieu  de  l'incendie  :  la  couronne  virginale 
est  suspendue  à  ses  tresses  flottantes  ;  le  manteau  nup- 
tial couvre  encore  ses  épaules,  mais  ses  yeux  ont  perdu 
leur  éclat.  Elle  est  pâle  ,  demi-nue ,  et  le  sang  qui  coule 
de  son  sein  a  souillé  ses  vêlemens.  Réveillé  en  sursaut 
par  le  tumulte  des  armes,  Amariah  s'est  jeté  hors  de 
sa  couche  ;  il  a  vu  le  triomphe  des  Gentils ,  il  a  en- 
tendu les  cris  de  joie  des  farouches  guerriers  ;  dans  son 
délire,  il  est  retourné  près  de  sa  jeune  épouse,  et  l'a 
poignardée  pour  la  mettre  à  l'abri  de  la  brutale  inso- 
lence des  vainqueurs.  Salomé  expirante  appelle  son 
bien  aimé  ;  elle  meurt  entre  les  bras  de  Miriam.  Tan- 
dis que  celle-ci  s'abandonne  à  sa  douleur,  un  soldat 
romain  l'enlève  el  l'entraîne  loin  de  ce  heu  d'efl'roi. 

La  scène  change  alors  ,  et  nous  transporte  devant  le 
temple.  Jean  a  été  fait  prisonnier  :  son  fils  Amariah 
est  tombé  sous  les  glaives  ennemis  ;  mais  Simon  espère 
encore  ;  il  attend  le  secours  céleste.  La  flamme  rou- 
geâtre  qui  s'élève  du  sanctuaire  embrasé  ,  lui  paraît  le 
signal  précurseur  de  la  venue  du  Très- Haut.  Iitus 
s'avance  :  vainement  il  ordonne  qu'on  épargne  le  tem- 


LirrERATURE.  317 

pie.  Simon  tombe  au  pouvoir  des  Gentils  ;  il  reconnaît 
enfin,  dans  l'embrasement  du  voile  qui  dérobait  aux 
regards  profanes  le  Saint  des  Saints ,  le  symbole  de  la 
colère  du  Seigneur  qui  abandonne  le  peuple  rebelle 
de  Judas.  Cependant ,  le  soldat  romain  conduit  Mi- 
riara  à  la  fontaine  de  Siloé ,  et  se  découvre  à  elle,  au 
moTuent  oii  elle  se  jette  à  ses  genoux  pour  le  supplier 
de  l'immoler  à  sa  vengeance.  C'est  son  fidèle  Javan, 
qui,  à  l'aide  de  ce  stratagème,  est  parvenu  à  la  sauver. 
Des  torrens  de  flamme  et  de  fumée  couvrent  Jérusa- 
lem ;  le  temple  apparaît  tout  en  feu  ,  et  sa  ruine  a 
quelque  chose  de  divin  et  de  solennel.  Entourés  de 
chrétiens,  les  amans,  frappés  de  respect  et  d'épou- 
vante, contemplent  l'accomplissement  des  redoutables 
prophéties.  Un  hymne,  dans  lequel  la  désolation 
du  magnifique  édifice  est  dépeinte  comme  l'emblème 
et  l'image  de  celle  des  mondes  ,  termine  majestueu- 
sement le  poëmc. 

Cet  ouvrage  n'est  point  exempt  de  défauts  ;  niais  on 
y  remarque  du  génie,  et  parfois  de  grandes  beautés  : 
nous  n'avons  pu  que  les  indiquer  dans  cette  rapide 
analyse.  Les  situations  sont  tragiques  et  bien  amenées; 
les  caractères,  bien  conçus  et  tracés  aveaiénergie  ;  le 
style  ,  quelquefois  sublime  et  toujours  harmonieux. 
Mais  ,  l'auteur  a  peut-être  trop  multiplié  les  contrastes. 
Il  laisse  voir  l'intention  de  faire  effet,  et  cela  nuit 
souvent  à  celui  qu'il  veut  produire.  L'accusation 
de  Miriam ,  par  Salomé ,  et  la  promptitude  avec  la- 
quelle le  peuple  et  le  grand  prêtre  adoptent  le  projet 
de  mariage  proposé  par  Abiram ,  sans  songer  davan- 
tage au  coupable  profanateur  du  temple,  sont  deux 
circonstances  qui  manquent  de  vraisemblance.  Mais  , 
sans  nous  arrêter  aux  critiques  ,  nous  aimons  mieux 


3i8  LITI ÉRATURE. 

louer  le  talent  de  M.  Milman  ,  et  montrer  comment  il 
a  su  vaincre  les  difliciiltês  que  lui  présentait  son  sujet. 
D'abord,  la  marche  qu'il  a  suivie,  affranchie  à 
plusieurs  e'-gards  des  règles  ordinaires,  est  celle  qui 
se  prêle  le  mieux  au  développement  de  plu;>ieurs  faits 
historiques,  resserrés  dans  un  court  espace  de  tems:  elle 
dispense  d'une  foule  de  détails  qui  afl'aiblissent  l'inté- 
rêt. Tout  se  passe  en  action:  ce  n'est,  à  bien  dire, 
ni  un  poëme ,  ni  une  tragédie ,  mais  une  histoire  ra- 
contée en  dialogues.  Celle  manière  d'écrire  en  vers  a 
été  imaginée  ])ar  Southey  ,  poète  lauréat,  qui  l'a  in- 
troduite avec  succès  dans  plusieurs  de  ses  ouvrages. 
Les  L' Itrà-classiqucs  s'élevèrent  contre  une  semblable 
innovation  ;  elle  triompha  ,  en  dépit  de  leurs  censures, 
et  ouvrit  une  nouvelle  carrière  au  génie,  ennemi  des 
entraves  et  de  la  contrainte.  On  ne  peut  nier  qu'elle  est 
d'un  effet  très  dramatique,  et  qu'elle  sauve  beaucoup 
de  longueurs  et  d'inutilités.  La  facilité  qu'elle  donne 
de  changer  la  mesure  des  vers,  suivant  l'instant  et  le 
personnage  qui  parle,  est  un  avantage  inappréciable. 
Ainsi,  M.  Milman  a  rimé,  en  vers  alexandrins,  les  redou- 
tables prédictions  du  prophète,  tandis  que  le  chœur 
des  viergef'chanle  ,  en  belle  poésie  lyrique,  les  joies  qui 
attendent  la  jeune  épouse.  Cette  brusque  transition 
rend  le  contraste  plus  frappant,  et  ajoute  à  l'eflroi 
qu'on  éprouve.  Les  chœurs  d'Eslhor  et  d'.\thalie 
peuvent  donner  l'idée  de  ce  genre  de  compositions,  et 
le  plan  de  ces  deux  admirables  pièces  n'est  peut-être 
pas  sans  qupl(|ue  analogie  avec  celui  que  s'est  trace 
l'auteur  de  la  Destruction  de  Jérusalem.  Les  caractères 
des  (?eux  sœurs  Salomé  et  Miriani  sont  d'heureuses 
cr'^ations  du  poète,  et  soutiennent  merveilleusement 
l'iatérêt,  lorsque  l'absence  des  jurandes  catastrophes 


LITTÉRATURE.  3 19 

l'exposerait  à  languir.  En  tout,  ce  poërne  est  une 
production  fort  distinguée,  et  mérite  d'être  compté 
au  nombre  des  ouvrages  qui  honorent  la  littérature 
anglaise  (1).  L.-Sw — n. 


»IV\  IVVVVVVW\<VWWVWVW\<VV\  f«*vwwv»<vv\ 


La  DÉr^ENCE  DE  Charles  VI ,  tragédie  en  cinq 
actes  par  M.  JVépomucèneLi.  Lemercier,  deTIns- 
titut  royal  de  France,  et  qui  défait  être  repré- 
sentée sur  le  second  Théâtre  -  Français  ,  le 
20  septembre  1820.  2*  édition  (2). 

La  France  vendue  à  l'Angleterre,  sous  un  roi  en  dé- 
mence ,  forme  le  sujet  de  cette  tragédie.  Des  dissen- 
sions sanglantes ,  des  haines  invétérées ,  de  noires 
perfidies ,  des  vengeances  atroces  ,  des  guerres  souil- 
lées par  des  parricides ,  la  paix  ensanglantée  ,  des 
princes  assassinés ,  faisaient  de  la  France  un  théâtre 
d'horreur  et  de  carnage.  Alors ,  la  politique  de  Londres, 
enorgueillie  de  quelques  triomphes ,  mais  toujours  fé- 
conde en  artifices,  conçoit,  soutient  et  accomplit  le 
dessein  de  faire  passer  la  France  sous  son  obéissance, 
à  la  faveur  de  ces  calamités,  en  soufflant  de  tous  côtés 
le  feu  de  la  discorde.  Comme  la  tragédie  vit  surtout 
des  malheurs  du  genre  humain,  et  que  ces  malheurs 
font  une    sensation   d'autant  plus  étonnante  sur  nos 

(i)  INous  possédons ,  en  France ,  un  poème  intitule  Solyme  con- 
duise ,  ou  la  Dispersion  des  Juifs  ,  par  M.  Desqurion  de  Saint- 
Agnan.  Il  embrasse  la  seconde  et  la  dernière  dispersion  du  peuple  Is- 
raélite. Nous  renvoyons  ie  lecteur,  curieux  de  comparer  le  tra- 
vail des  deux  poètes,  au  compte  quel'on  a  rendu  de  Touvrage  fran- 
çais dans  ce  recueil.  (  Voy.  T.  V,  p.  174O 

(2)  Paris,  i8ao.  hi-S".  J.  W.  Barba,  libraire  au  Palais-fiojaL 


3aû  LITTÉRATURE, 

âmes,  qu'ils  ont  clé  ceux  de  notre  p^^ic  ;  on  ne  pou- 
vait choisir  un  sujet  ni  plus  heureux,  ni  plus  national  ; 
ruais  il  prcsenlait  des  diflicultés  à  vaincre. 

Les  évôiieinens ,  les  mœurs,  les  caraclères  de  celte 
époque  désastreuse  sont  ensevelis  dans  des  histoires  in- 
formes ,  encombrées  de  détails  innlilt-s  ou  puérils  ,  el 
couvertes  des  obscurités  de  la  barbarie  ;  de  manière 
qu'avant  d'être  poète  ,  ranteur  doit  se  livrera  des  re- 
cherches pénibles  ,  comme  historien  :  difliculté  qui  ne 
se  rencoiilrc  pointdans  lessujels  tires  des  lems  anciens, 
où  l'histoire  prêle  ses  couleurs  et  ses  pinceaux  à  la  tra- 
gédie. "  J'avais  copié  mes  personnages  ,  dit  Racine 
dans  la  préface  de  Brilannicus  ,  d'après  le  plus  grand 
peintre  de  l'antiquité  ;  je  veux  dire  ,  Tacite.  Et  j'étais 
alors  si  rempli  de  cet  excellent  historien,  iju'il  n'y  a 
presque  pas  un  trait  éclatant  dans  ma  tragédie  ,  dont 
il  ne  m'ait  donné  l'idée.  »  Les  beautés  de  Tite-Live 
revivent  dans  les  Horaccs.  On  voit  aussi  la  scène  tra- 
gique occupée  par  les  héros  de  l'Epopée,  qui  n'est  iju'u ne 
histoire  d'un  ordre  plus  relevé,  embellie  par  de  ma- 
giques fictions.  Ainsi  M.  Lemcrcier,  sans  le  secours 
d'une  histoire  bien  faite  ,  a  été,  pour  ainsi  dire,  obligé 
de  fondre  les  statues  de  ses  personnages,  et  de  les  faire 
penser  avant  de  les  faire  agir. 

Mais  il  s'élevait  un  autre  obstacle,  que  la  seule  har- 
diesse de  l'invention  pouvait  franchir  :  c'était  de  trans- 
porter sur  la  scène  un  roi  insensé.  Comment  paraîtra 
ce  roi,  dans  cet  état  de  dégradation  de  la  nature  hu- 
maine? Il  fallait  faire  ressortir  son  caractère  de  la  pro- 
fondeur des  abîmes  de  la  démence.  Quelle  sera  son 
attitude  ?  Quelle  passion  se  peindra  dans  son  regard 
égaré?  Quel  langage  tiendra-t-il  ?  Sous  quel  vêtement 
se  moulrera-t-il  aux  yeux  du  spectateur  ?  Sa  démence 


LITTERATURE.  Bat 

sera-t-elle  sillonnée  de  quelque  e'clair  cle  lumière  ?  La 
raison  reprendra-t-elle  un  moment  son  empire,  pour 
lui  découvrir  l'horreur  de  son  infortune  ,  qui  entraîne 
après  elle  la  ruine  de  l'Etat?  Ces  réflexions  jiiquent 
singulièrement  la  curiosité.  On  est  avide  de  savoir 
de  quoi  est  capable  l'esprit  humain  dans  une  entre- 
prise  si  neuve? 

Cependant  ,  elle  n'était  pas  sans  exemple  :  les  écri- 
vains classiques  connaissent  V Àjax  Jlagellateur ,  pièce 
dont  le  héros  est  représenté  dans  les  agitations  du  dé- 
lire, et  composée  par  Sophocle,  le  plus  grand  modèle 
quepuisse  suivre  l'école  de  Melponicne  Est-ce  aujour- 
d'hui une  singularité,  une  bizarrerie  ,  que  d'imiter  So- 
phocle ?  Un  exemple  du  même  genre  ,  plus  récent,  et 
non  moins  digne  d'imitation  ,  se  trouve  dans  l'admi- 
rable tragédie  de  Shakespeare  ,  intitulée  :  Le  roi 
Léar. 

La  tragédie  de  Charles  VI  ne  paraîtra  point  avec  la 
pompe  et  le  prestige  de  la  représentation  théâtrale;  au 
milieu  d'un  concours  de  speclatettrs  nombreux  et  éclai- 
rés ;  dans  l'enthousiasme  de  ces  émotions  produites 
par  l'amour  du  pays  ;  parmi  ces  transports  animés  de 
terreur,  de  pitié  et  de  mélancolie,  qui  sont  une  source 
féconde  d'intérêt,  et  qui,  remuant  si  puissamment  le 
cœur,  font  couler  des  larmes  utiles  à  la  vertu  ,  à  l'aspect 
de  l'infortune  des'héros  et  des  catastrophes  des  Etats.  On 
conseil  de  ministres  ,  enveloppé  par  les  pièges  de  la  cen- 
sure ,  a  été  surpris  dans  sa  sagesse  au  milieu  du  tourbil- 
lon des  affaires  publiques  ;  et  l'on  a  interdit  l'entrée  de 
ia  scène  à  Charles  VI.  C'est  donc  privée  des  charmes  de 
l'illusion  scénique,  sans  lesquels  une  pièce  perd  une 
grande  partie  de  sa  valeur  ,  et  dans  le  calme  de  la  ré- 
(lexion,  que  se  montre  celte  tragédie.  Mais  l'opinion, 

TOME    VUI.  21 


3w  LITTÉRATURE, 

ficvaiit  qui  s'abaissent  les  rois  et  les  empires  ,  la  releTera 
de  tcltc  injuste  proscription  dont  elle  a  été  frappée. 
La  preuve  de  celle  injustice  Ci>tdans  l'examen  soigneux 
et  rigoureux  de  l'oLivrage  nirine  ;  examen  (|ui  dr-mon- 
trera  que  la  représentation  ,  loin  d'avoir  aucun  danger, 
était  une  grande  leçon  d'expérience. 

La  scène  s'ouvrepar  deux  personnages  remarquables  : 
l'un  est  le  duc  de  Bourgogne  ,  prince  dont  le  caractère 
est  un  mélange  de  bravoure  et  de  férocité.  Sa  haine 
était  pleine  de  noires  perfidies;  il  assouvissait  sa  ven- 
geance dans  le  sang  ;  il  avait  assassiné  le  duc  d'Orléans, 
et  rempli  Paris  de  tumulte  et  de  carnage.  L'autre  est 
Warwich  ,  ambassadeur  d'Angleterre  ,  politique  subtil , 
qui  médite  la  ruine  de  la  France.  Il  sèmel  a  discorde  parmi 
«es  princes  ,  et  ne  flatte  tour  à  tour  les  partis  que  pour 
mieux  exciter  leur  fureur,  dans  le  dessein  de  les  af- 
faiblir, de  les  comprimer,  et  d'élever  la  domination 
anglaise  sur  leurs  ruines  communes.  Ils  s'occupent  des 
malheurs  qui  désolent  laFrance.  Le  ducde  Bourgogne, 
long-tems  dupe  des  stratagèmes  de  la  politique  d'An- 
gleterre ,  éprouve  le  repentir  de  n'avoir  pas  tourné  se< 
armes  contre  cette  dangereuse  ennemie ,  et  se  plaint  d<- 
ce  que  Warwich  a  eu  ,  sans  son  consentement,  une  en- 
trevue avec  le  dauphin.  Ce  dauphin  ,  avec  lequel  le  duc 
fait  la  guerre,  est  un  jeune  homme  chez  qui  la  bra- 
voure est  unie  à  la  candeur  :  ses  vertus  relèvent  l'éclaf 
de  son  courage  ;  la  corruption  d'une  cour  oii  régnaient 
la  perfidie,  l'adultèie,  le  crime,  n'a  point  encore  em- 
poisonné son  amc,  trempée  de  bonne  heure  dans  les 
revers  ;  fils  tendre  ,  ami  sûr,  loyal  ennemi ,  il  est  l'espoir 
de  la  patrie. 

Dans  la  crainte  de  l'union   du  duc   de  Bourgogne 
arec  le  danphin  ,  l'ambassadeur  anglais  cherrhc  à  Ifv 


LITTÉRA'IURE.  iaS 

perdre  tous  deux,  durant  une  conférence  qu'ils  doi- 
vent avoir  pour  la  paix  au  portt  de  Montereau  ;  et,  pour 
cet  objet,  il  se  sert  de  la  reine  Isabelle,  prête  à  marier 
sa  fille  au  roi  d'Angleterre,  qui  se  montre  en  appa- 
rence un  vainqueur  plein  d'une  rare  générosité.  Cette 
reine,  instrument  de  la  politique  étrangère,  est  une 
femme  fière ,  inconstante  ,  souillée  d'adultère  ,  mère 
dénaturée  ,  révoltée  contre  son  propre  sang,  abusant  de 
la  démence  de  son  époux  pour  perdre  l'État.  Elle  se  fait 
un  jeu  des  attentats  les  plus  noirs  ,  pour  ravir  la  cou- 
ronne à  son  propre  fils  et  la  placer  sur  la  tête  d'un 
roi  étranger  et  ennemi,  en  lui  donnant  sa  fille  en 
mariage. 

Après  l'effroyable  peinture  des  désordres  de  la  cour, 
cil  sont  représentés  les  favoris  enrichis  des  dépouilles 
des  sujets  ,  des  princes  égorgés  sans  pitié  ,  des  fêtes  qui 
mettent  la  France  en  deuil ,  le  duc  de  Bourgogne  fait 
à  l'ambassadeur  le  récit  des  causes  de  la  démence  d'un 
roi  dont  le  nom  était  partout  respecté;  démence  à  la- 
quelle il  a  lui-même  contribué  par  un  singulier  et 
infâme  stratagème  : 

Las  de  tant  de  licence,  il  courut  la  punir  : 

Ses  vassaux  le  suivaient  :   sa  colère  allumée 

S'indignait  des  lenteurs  de  sa  pesante  arme'e  : 

L'éclat  le  plus  brûlant  du  soleil  de  Tété 

Fit  bouillonner  l'ardeur  de  son  front  irrité; 

Et  son  fougueux,  esprit,  dont  s'animaient  les  flammes , 

]Ne  rêvait  qu'attentats,  que  pièges  et  que  trames. 

Tout -à-coup,  au  détour  d'un  ravin  enfonce, 

A  travers  son  cortège  un  homme  s'est  lancé , 

Hideux ,  tout  revêtu  de  lambeaux  exécrables  ; 

Et,  pour  le  consterner  d'augures  formidables, 

Ayant  saisi  les  crins  de  son  noble  coursier, 

«  Arrête!  on  te  trahit,  »  osa-t-il  lui  crier. 


3i4  LIITÉKATURE. 

T'n  cl.ir<l  tombe  avec  bruit.  Cliarle  cmii ,  plein  tralarmc», 
Sur  sa  lioiipe  vl  ses  chefs  luiirrie  en  fuieur  ses  armes  , 
rrajipe,  immole,  elles  coups  de  son  glaive  sanglant 
llovanccnt  son  regard  de  rage  c'tincelant. 
On  recule  :  chacun  évitant  sa  poursuite. 
Le  respect  de  son  rang  force  tout  à  la  fuite. 

La  raison,  ce  flambeau  de  la  carrière  humaine^ 
Dis-lnrs  éleiule  en  lui,  se  rallumant  à  peine, 
Ne  sut  plus  le  conduire  ,  et  sa  sombre  vapeur 
Produit  tantôt  sa  rage  et  tantôt  sa  stupeur. 

Ce  récit  fait  descendre  dans  le  cœur  un  intérêt  puis- 
sant,  soutenu  par  une  pitié  qui  va  durer  dans  une 
gradation  progressive,  jusqu'à  la  fin  de  la  pièce.  La 
démence ,  objet  de  compassion  dans  le  sort  com- 
mun des  hommes  ,  donne  au  pathétique  une  force  ex- 
traordinaire ,  quand  elle  frappe  une  tête  couronnée  ; 
elle  prend  alors  une  prodigieuse  grandeur  ,  surtout  si 
de  hautes  vertus  ,  des  actions  éclatantes  ,  et  la  bonté 
d'ame  forment  le  caractère  du  héros  tragique  :  des 
larmes  vont  bientôt  couler. 

Cependant,  de  nouveaux  malheurs,  causés  par  le 
délire  du  roi,  se  préparent  dans  deux  scènes  opposées 
l'une  à  l'autre ,  et  tracées  dans  un  dialogue  énergi(|ue  : 
une  reine  doublement  perfide  va  perdre  le  duc  de  Bour- 
gogne et  son  propre  fils  ,  pour  assouvir  l'ambition  de 
l'Angleterre.  KUe  les  entrelient  séparément  ,  en  fei- 
gnant avec  tous  deux  d'abjurer  sa  haine  ,  de  leur 
rendre  son  amitié  ,  de  vouloir  se  soustraire  au  joug  des 
Anglais  et  rétablir  la  France  dans  sa  splendeur  pas- 
sée. Le  duc,  qui  connaît  la  perversité  de  la  reine,  de- 
mande sa  main  ,  par  suite  d'un  divorce  avec  le  roi  , 
pour  gage  de  la  réconciliation.  La  perfide  reine  a  l'air 
de  sacrifier  son  orgueil  à  celte  indignité  ;  mais,  pour 


LITTERATURE.  3  20 

prix  de  ce  sacrifice  ,  elle  exige  que  le  duc  immole  le 
dauphin  à  leur  vengeance  commune  ;  qu'il  lui  tende 
des  pièges  dans  la  conférence  du  pont  de  Montereau  , 
et  qu'il  le  jette  imjîitoyablenient  dans  les  fers.  Cette 
mère  dénaturée  oppose  aussitôt  le  crime  au  crime  : 
elle  voit  son  fils;  la  haine  et  la  vengeance  sont  au  fond 
de  son  cœur.  Mais  l'oubli  du  passé ,  la  réconciliation  , 
une  vive  tendresse  sont  sur  ses  lèvres  ;  et  après  avoir 
adroitement  irrité  l'animosité  de  son  fils  par  le  sou- 
venir d'outrages  et  de  crimes  récens  ,  et  par  l'effroi  de 
l'avenir,  elle  lui  propose  d'assassiner  le  duc,  dans  cette 
même  conférence.  A  la  vue  de  cet  attentat  qui  ensan- 
glantera la  paix  ,  le  vertueux  dauphin  est  saisi  d'un 
trouble  extrême.  Alors,  la  reine,  pour  accomplir  son 
horrible  dessein  ,  jette  les  yeux  sur  Duchatel ,  officier 
de  la  suite  du  dauphin,  et  dont  l'ardeur  pour  le  crime 
ou  pour  la  vertu  est  égale ,  selon  les  circonstances. 

Pendant  qu'on  médite  l'exécution  de  ce  double  at- 
tentat, l'intérêt  varie  et  s'accroît  au  second  acte.  Un 
chagrin  profond  agite  l'ame  du  dauphin  ,  qui  vient  de 
voir  son  père  plongé  dans  un  affreux  accès  de  dé- 
mence ,  et  qui  ne  l'a  pas  même  reconnu  :  situation 
neuve  et  déchirante  pour  le  cœur  du  fils  d'un  roi.  C'est 
à  Duchatel  qu'il  confie  sa  douleur: 

Dans  sa  chambre  introduit ,  dès  que  j'osai  paraître  , 
D'un  œil  morne  et  sinistre  envisageant  mes  traits, 
Il  s'est  tu  devant  moi  :  tremblant,  je  soupirais. 
11  offrait,  demi-nu,  l'aspect  de  l'indigence; 
De  ses  cheveux  souilles  la  triste  ne'gligence, 
Son  immobilité,  son  maintien,  sa  pâleur, 
Étonnèrent  mes  yeux  Gxes  sur  son  malheur. 
J'étends  vers  lui  les  mains,  et  je  l'approche  à  peine 
Que ,  le  front  colore  d'une  flamme  soudaine , 
Maudissant  les  argus  dont  il  fut  entoure', 
il  me  prend  pour  l'un  d'eux  ;  moi  qui,  de'sespére. 


336  LITTÉRATURE. 

Et  d'un  cœur  filial  partageant  sa  dëtresie. 
Ne  Tenais  qu'e'pier  un  retour  de  tendresse. 
«  Sors  d'ici,  porte  ailirurs  ton  zèle  furieux  ,  » 
M'a-t-il  dit,  trausporlé  d'un  acct-s  curieux. 
J'en  ai  frémi  :  dts-Iors,  en  un  cruel  sourire, 
Atroce  cliangcment  des  traits  de   son  délire  , 
Sur  moi  son  amertume  a  paru  s'exhaler. 
Et  par  sa  Toix  terrible  il  m'a  fait  reculer. 

Combien  est  touchant  le  tableau  de  celle  entrevue  1 
les  couleurs  en  sont  tristes,  naturelles  et  Traies:  ce 
qu'il  offre  de  sinistre  et  de  noir  ,  est  adouci  par  la  douce 
espérance  que  Duchatel  apporte  au  coeur  du  dauphin  , 
en  lui  disant  que  l'instant  approche  ,  où  le  roi  a  cou- 
tume de  reprendre  l'empire  de  la  raison  ,  et  qu'il  sor- 
tira du  sommeil  de  la  démence  pour  voir  le  retour  de 
la  paix.  Mais  il  lui  révèle  que  cette  paix  sera  achetée 
par  le  meurtre  du  duc,  assassin  d'Orléans  son  maître  ; 
que  la  reine  l'a  choisi  pour  cet  attentat,  qui  doit  as- 
souvir son  ressentiment,  sauver  le  dauphin,  et  mettre 
un  terme  à  la  guerre  civile.  La  vertu  du  dauphin  s'ojî- 
pose  constamment  à  cet  assassinat,  quel  que  soit  le 
fruit  qu'il  en  puisse  recueillir.  II  ne  veut  point  souiller 
de  sang  un  traité  de  paix  ,  donner  l'exemple  du  crime  , 
troubler  sa  vie  par  des  remords  qui  ne  s'éteignent  ja- 
mais. C'est  à  la  vengeance  des  lois  qu'iJ  livrera  le  cou- 
pable. Ainsi  ,  le  prince  demeure  étranger  au  forfait  ; 
mais  la  reine  n'en  poursuit  pas  moins  l'exécution  de 
son  atroce  dessein  ;  elle  j)rcle  de  nouveau  ses  fureurs 
à  Duchatel  ,  qui  n'est  que  trop  disposé  à  la  servir. 

Le  roi,  qu'on  attend  avec  une  curieuse  impatience, 
paraît.  Il  est  accompagné  d'Odelle,  femme  d'une  amc 
bonne,  sensible,  qui  lui  prodigue  les  soins  les  plus 
généreux.  La  pitié ,  déjà  descendue  dans  le  cœur, 
produit  tout  à-coup  des  sensations  nouvelles.  On  cher- 


LITTÉRATURE.  327 

che  en  vain  ce  prince  illustre  dans  la  guerre,  plus  grand 
dans  la  paix  ,  environné  des  hommages  et  des  respects 
de  la  terre  ;  les  regards  étonnés  s'arrêtent  sur  un  fan- 
tôme qui  sesurvit  à  lui-même.  C'est  la  démence  assise 
sur  le  trône  ;  mais ,  cette  démence  offre  les  ruines 
d'une  raison  supérieure.  Duchatel  est  la  première  per- 
sonne qui  se  présente  au-devant  des  pas  du  roi  qui  le 
reconnaît.  Sa  présence  fait  naître  dans  un  cœur  en 
proie  aux  égaremens  de  la  folie  ,  des  souvenirs  tendres , 
mais  pleins  d'une  âpre  mélancolie.  Les  horreurs  dont 
le  duc  de  Bourgogne  se  souilla  dans  le  siège  de  Paris  ^ 
se  peignent  à  son  imagination.  Il  voit  Duchatel  sau- 
vant et  emportant  son  fils  dans  ses  bras.  Il  lui  rappelle 
cet  héroïque  dévouement  ;  mais,  aussitôt ,  par  un  con- 
traste frappant ,  sa  réflexion  se  reporte  sur  son  état 
d'ignominie,  d'indigence,  d'ahandon  ;  et  l'on  voit  un 
roi  réduit  à  demander  un  cercueil  à  la  pitié  de  celui 
qui  sauva  son  fils  au  berceau  ;  idée  sublime  ,  et  admi- 
rablement rendue  par  ces  mots  : 

Ils  m'ont  prive  de  tout;  vivant,  m'ont  délaissé  : 
Mort,  aurais-je  lenrs  pleurs?... 

Odelle  observe  avec  attention  les  mouvemens  de 
l'ame  de  sou  maître  ;  elle  craint  que  des  émotions 
trop  violentes  ne  déchaînent  sa  fureur;  et  sa  crainte 
impose  silence  à  Duchatel,  qui  maudit  le  duc  de  Bour- 
gogne, auteur  de  la  démence  du  roi.  Charles  épanche 
son  ame  souffrante  et  égarée  auprès  de  l'amie  qui 
adoucit  son  infortune  ;  et  c'est  dans  ces  épanchemens 
que  le  cœur  humain  se  montre  sous  un  aspect  aussi 
.sombre  que  nouveau: 

Dieu  créateur!  qui  seul  nous  fais  ce  que  nous  sommes^ 
Dégrades-tu  si  bas  la  majesté  des  hommes . 


3a8  UTTÉRATURE. 

Pour  nous  mieux  aveclir  de  ne  point  l'oublier, 

Et  sous  tes  tliâtimens  nous  mieux  Ijumilier? 

Rien  nV'sl  donc  sûr  pour  nous,  sous  Tcmpire  céleste 

Ah!  fraj;ilcs  humains,  vous  vous  opouvanicz 

Des  prompts  rcnvcrsemons  de  %'os  prospérités! 

C'est  peu  de  voir  tomber  vos  grandeurs ,  vos  fortunes  j 

Le  courage  soutient  des  pertes  si  communes  : 

Mais ,  déchus  de  raison ,  implorez  le  tombeau  , 

Avant  qu'ainsi  vos  pas  s'egareul  sans  (lambeau. 

Ces  réflexions  conduisent  sa  pensée  vers  ses  enfans  , 
il  s'afflige  de  n'avoir  pas  reconnu  son  fils  ,  de  ne  l'avoir 
pas  accueilli  par  de  tendres  cmbrassemens  ,  ce  fils  à 
qui  appartient  un  trône  dont  un  pire  a  été  précipite 
par  la  démence.  Le  mariage  de  sa  fille  vient  occupoi 
sa  tendresse  ;  il  se  nourrit  de  l'espoir  (|uc  celte  union 
étouffera  le  feu  de  la  guerre  civile  ;  mais,  aussitôt ,  par 
un  retour  déchirant  sur  lui-même  ,  il  s'écrie  : 

Mais  ,  sierait-il  qu'un  spectre  allAt  par  ses  douleurs 
Attrister  les  autels  ornes  pour  toi  de  fleurs, 
Et,  sous  Iheurcux  eclut  des  flambeaux  dhy  menée. 
Montrât  aveuglement  sa  pilleur  couronnée? 

Son  cœur  ne  cesse  de  nourrir  de  douloureux  souve- 
nirs. Une  princesse  qu'il  aimait  avec  passion  ,  Valen- 
tine,  veuved'OrIcans  ,  égorgé,  dans  les  guerres  civiles  , 
parmi  d'autres  princes  de  la  cour  ,  ne  fait  (ju'accroître 
sa  languissante  et  sauvage  mélancolie.  fJlene  s'adoucit 
que  par  les  pleurs  d'Odelle  ,  dont  la  touchantr  amitié 
lui  inspire  ces  vers  ,  oii  sont  tracés  avec  tant  de  déli- 
catesse et  de  charme  les  vertus  des  femmes  : 

Je  me  perdrais  sans  toi,  guide  aimable  et  fidèle! 
O  femmes!  de  vo";  soins  adorables  effets! 
La  vin  humaine  entière  est  due  à  vos  bienfaits. 
A  riieiire  du  déclin,  comme  dès  la  naissance, 
Votre  sexe  c^t  l'appui  de  notre  double  lufaucc  ^ 


LITTERATURE.  329 

Et,  de  nos  jours  sereins  prolongeant  le  flambeau, 
Berce  encor  nos  douleurs  aux  portes  du  tombeau  : 
Vos  secours,  votre  sein  et  vos  bras  nous  attendent  : 
Les  consolations  de  vos  lèvres  descendent. 
Quand  nous  a  fui  Tamour  et  même  Famitié, 
Dieu  ,  pour  nous ,  dans  vos  cœurs  met  encor  la  pitié. 
Anges  de  charité  dans  les  pieux  asiles, 
Qu'au  lit  des  rois  soufl'rans  vos  vertus  sont  utiles  ! 

A  la  vue  flu  duc  de  Bourgogne  ,  son  indignation  se 
soulève  ;  il  lui  reproche  ses  crimes ,  l'accable  des  noms 
les  plus  odieux  ,  et  prédit  sa  mort.  Cette  prédiction 
épouvante  le  duc,  qui  est  d'ailleurs  averti  de  son  péril 
par  une  lettre.  Il  ne  voit  plus  dans  Charles  un  prince 
qui  est  privé  de  la  raison  ;  niais  iin  organe  des  enfers.  Ce- 
pendant, il  rappelle  son  courage  accoutumé;  sa  terreur 
s'évanouit.  Il  se  rend  au  pont  de  Montereau  ,  pour 
perdre  le  dauphin. 

Durant  cette  conférence,  la  reine  qui  les  a  engagés 
à  se  tendre  mutuellement  des  embûches,  est  tourmen- 
tée d'une  inquiétude  extrême ,  ne  sachant  de  que!  côté 
triomphera  la  scélératesse.  Sa  confiance  se  repose  da- 
vantage sur  Duchatel ,  dont  le  bras  est  exercé  au  meur- 
tre. L'ambassadeur  d'Angleterre  vient  lui  annoncer  que 
l'un  des  deux  a  succombé.  Après  l'affreux  récit  de  la 
mort  du  duc  frappé  par  Duchatel  ,  l'ambassadeur  ,  en 
habile  politique  ,  saisit  cette  circonstance  ,  pour  qu'elle 
rejette  la  noirceur  de  cet  assassinat  sur  le  dauphin  , 
et  fasse  signer  un  traité  qui  l'exclut  de  la  couronne  , 
qu'on  fera  passer  à  l'enfant  qui  naîtra  du  mariage  de 
sa  fille  avec  le  roi  d'Angleterre. 

L'assassinat  du  duc  ayant  causé  un  tumulte  effroya- 
ble dans  la  ville  ,  Charles  ,  abandonné  aux  soins  d'O- 
delle  ,  s'échappe  dans  un  accès  de  fureur;  il  est  errant 
sous  les  murs  du  château.  Son  égarement  le  conduit 


33o  LITTÉRATL^RE. 

près  de  la  reine,  qui  ,  pour  rester  seule  avec  lui  ,  fait 
sortir  Odelle.  Ici  se  passe  une  scène  pleine  d'effroi.  C'est 
le  comble  de  l'art  d'avoir  mis  un  roi  ,  dont  l'aliéna- 
tion d'esprit  ne  dément  point  le  noble  caractère ,  en 
présence  d'une  reine  dont  rien  n'égale  la  fourberie,  si 
ce  n'est  sa  cruauté.  Le  délire  du  monarque  est  tel 
qu'il  se  croit  seul,  quoique  la  reine  réponde  à  son 
discours  :  invention  d'un  genre  neuf  et  d'une  dif- 
ficile exécution.  Egaré  dans  les  labyrintljes  de  la  folie, 
il  s'irrite  et  s'étonne  d'être  prisonnier  dans  son  palais  ; 
inais  son  étonnement  cesse,  lorsqu'il  songe  qu'il  est 
au  milieu  d'une  cour  où  régnent  l'étranger  ,  la  per- 
fidie et  le  crime  ;  où  mille  trames  sont  ourdies  pour 
son  abjection.  Son  bras  désarmé  assure  l'impunité  ;  il 
se  voit  en  proie  à  la  liaine  ,  à  l'insulte ,  à  l'abandon  ,  et 
cette  terrible  vérité  sort  de  sa  bouche  : 

Un  roi  n'a  point  d'ami;  c'est  le  malheur  tlu  trône. 

Tout-à-coup  ,  son  discours  est  rompu  ;  on  ne  trouve 
aucune  liaison  dans  ses  idées  ;  c'est  bien  la  démence 
surprise  sur  le  fait  : 

Aux  heures  du  sommeil  pourquoi  me  re'veille-je? 
La  nuit  couvre  ces  murs...  Quelle  est  sombre!..  RAve-jci* 
Non,  j'agis  •  non,  je  marche...  Ah!  j'ignore  en  «jucls  lieux... 
Que  mon  front  est  pesant?  quel  voile  est  sur  mes  yeux  ! 

Une  mélancolie  sinistre  accable  son  imagination  et 
s'exhale  dans  des  paroles  entrecoupées,  qui  partent 
d'un  cœur  rongé  par  l'amertume.  Cependant,  il  aper- 
çoit une  personne  qui  converse  avec  lui.  La  démence 
le  fait  tomber  dans  une  étrange  méprise.  Sous  les  traits 
de  la  reine,  il  voit  Valentine  qu'il  aima  dan^  les  belles 
années  de  sa  vie;  il  oublie  qu'elle  a  expiré,  victime 
du  chagrin  ou  du  poison.   La  surprise  de  la  reine  se 


LITTERATURE.  33  r 

change  bientôt  en  frayeur  ;  lorsque  son  époux  lui  pré- 
dit une  mort  exécrable,  en  lui  rappelant  le  supplice  de 
Brunehaut : 

Les  grands  qu'elle  opposait  en  coupables  rivaux. 
Unis  enfin  contre  elle ,  ont,  aux  pieds  des  chcTaux, 
Sur  des  ronces,  traîné  sa  dépouille  abhorrée. 
Qu'en  lambeaux  tout  sanglans  le  peuple  a  déchirée... 
Noir  exemple  où  du  ciel  éclate  la  rigueur! 

Cette  prédiction  la  glace*  d'horreur ,  d'autant  mieux 
que  celle  de  la  mort  du  duc  venait  de  se  réaliser  sous 
ses  yeux.  Ici  la  terreur  se  joint  à  la  pitié  ;  et  cette  ter- 
reur redouble,  lorsque  Charles  s'assied,  et  arrête,  dans 
va  moment  de  calme  ,  des  regards  immobiles  sur  une 
reine  dont  le  cœur  est  pétri  de  fiel  et  de  crime.  Ce 
calme  précède  un  violent  orage,  qui  s'élève  dans  son 
ame  ,  lorsqu'il  appreiid  que  le  duc  a  été  assassiné  , 
parce  qu'il  voulait  faire  la  paix  et  marier  sa  fille  au 
roi  d'Angleterre,  et  que  l'assassin  est  son  propre  fils. 
Des  parricides,  des  trahisons,  des  princes  noyés  dans 
leur  sang  ,  des  attentats  nouveaux  ,  se  mêlant  à  l'image 
charmante  de  l'innocence  de  sa  fille,  environnent  la 
scène  d'affreux  nuages.  Les  tourmens  de  Charles  font 
succomber  son  ame  sous  la  violence  d'un  accès  a?  dé- 
mence ,  et  le  livrent  aux  perfidies  de  la  reine ,  qui  va 
lui  faire  signer  l'acte  remis  par  l'ambassadeur  anglais  ; 
mais  il  n'a  pas  plutôt  jeté  les  yeux  sur  cet  acte  d'op- 
probre et  d'infamie  ,  qu'il  se  réveille  de  sa  stupeur.  Sa 
fureur  est  à  son  comble»  Les  gouffres  de  l'enfer  appa- 
raissent à  son  imagination  frappée  de  terreur;  et,  parmi 
les  ombres  infernales  ,  il  rencontre  Isabelle. 

Je  dois  m'arrêter  sur  cette  rencontre,  parce  qu'elle 
me  paraît  le  dernier  effort  de  l'art  :  c'est  le  plus  beau 
passage  de  la  plus  belle  scène  de  la  tragédie.  Charles 


33a  LITTÉRATl^RF. 

commence  par  une  apostrophe  véhémente  aux  courti- 
sans perfides  ,  aux  ambitieux  qui  se  tourmentent ,  s'a- 
gitent et  s'égorgent  pour  de  vains  titres  et  de  vains  hon- 
neurs ;  aux  ministres  pervers  qui  se  sont  enrichis  des 
dépouilles  des  citoyens,  qui  ont  proscrit  riiomuie  juste, 
qui  ont  fait  couler  les  larmes  de  la  veuve  et  de  l'orphe- 
lin ,  qui  se  sont  souillés  de  trahisons  ou  de  meurtres  ,  et 
dont  les  hurlemens  dans  les  enfers  n'apaiseront  point 
les  plaintes  de  leurs  victimes.  Le  spectateur  est  ainsi 
préparé  à  l'émotion  déchirante  produite  par  tout  ce 
que  Charles  va  dire  à  la  reine  : 

Et  comment  à  mes  yeux  t'oses-tu  présenter. 
Téméraire  Isabelle?..  Est-ce  pour  m'iosulter? 
Est-ce  dans  le  dessein  d'arracher  aux  supplices 
Des  princes  sans  honneur,  tes  féroces  complices?.. 
•Si  j'en  crois  tes  discours ,  mon  esprit  est  blessé... 
Examine  mes  traits...  Dis  :  quai-je  d'insensé? 
Est-il  donc  étonnant  que  mon  œil  soit  farouche, 
Voyant  un  monstre  aflreux  qu'aucun  remords  ne  touche' 
Quel  désordre  égaré  t'efTraie  en  mon  regard?.. 
Jamais  sur  les  mortels  Icvai-jc  le  poignard? 
Si  je  pleure  rn  ma  cour  tout  le  sang  qui  l'inonde, 
Est-ce  un  dérèglement,  f|ue  ma  pitié  jjrofonde? 
Le  délire  est  aux  cœurs  qui,  dans  un  froid  repos, 
Excusent  l'homicide ,  et  taisent  les  complots... 
Mais,  moi,  j'ai  bien  l'horreur  de  tes  lâches  maximes, 
Bien  l'amour  des  vertus  ,  bien  la  haine  des  crimes.. 
Quelle  est  ma  déraison?  Parle...  Pourquoi  trembler." 
C'est  toi  dont  la  froideur  doit  faire  reculer... 
Toi  qui  souill.'ts  mon  lit,  {|iii  di-giadas  mon  trône; 
Toi  qui  vendrais  l'titat,  et  jus({u'à  ma  couronne; 
Toi,  (Illc  de  discorde,  et  qui,  par  tes  forfaits, 
Dans  l'usage  du  crime  as  su  trouver  la  pai\  : 
Va  l'asseoir  aux  enfers,  nr>uvelle  Frédégouilc  : 
lia  ,  ton  arr^l  t'attend  pour  l'exemple  du  monde. 

Energieetprofoudeurdc  pensées ,  beauté  des  images  , 


LITTÉRATURE.  333 

«ris  de  douleur  et  de  frémissement  contre  le  crime, 
accens  passionnés  de  la  vertu  ,  tendre  amour  du  pays , 
horribles  imprécatioos  contre  l'auteur  des  calamités 
publiques:  tout  se  trouve  réuni  dans  cette  scène, 
comme  dans  le  foyer  d'un  vaste  embrasement,  dont 
les  flammes  répandent  au  loin  la  pitié  et  la  terreur. 
C'est  dans  cette  situation  tragique,  oii  Charles  s'ima- 
gine voir  Isabelle  dans  les  enfers,  que  le  visage  de 
Joanny  ,  qui  devait  remplir  le  rôle  du  roi,  se  couvre 
d'une  fureur  noire:  ses  traits,  de  l'état  d'immobilité 
oii  l'enchaîne  le  courroux  comprimé  de  la  démence , 
s'animent  tout-à-coup  ,  et  avec  une  telle  impétuosité, 
que  sa  voix  semble  tonner  dans  les  profondes  cavernes 
de  la  mort.  Son  regard  est  étincelant  d'une  sombre 
rage;  il  recule  épouvanté.  Son  aspect  a  je  ne  sais  quoi 
de  funèbre  et  de  redoutable;  au  point  que ,  pendant 
les  répétitions  ,  et  sans  aucun  prestige  théâtral ,  un  fré- 
missement involontaire  s'emparait  de  toutes  les  per- 
sonnes employées  au  théâtre.  Qu'on  se  figure  l'effet 
qu'aurait  produit  cette  situation  sur  les  spectateurs. 

Après  une  pareille  scène  ,  l'ame  a  besoin  de  repos. 
Le  voyageur  ,  fatigué  des  beautés  sauvages ,  terribles 
et  imposantesde  la  nature  ,  se  plaît  dans  un  tranquille 
vallon.  Le  dauphin  conserve  toujours  la  candeur  de  son 
caractère,  dans  un  entretien  avec  Duchatel  sur  l'as- 
sassinat du  duc  de  Bourgogne  ;  assassinat  qu'il  avait  vu 
et  (|u'il  voit  encore  avec  horreur.  Comme  les  lois  sont 
armées  pour  punir  celui  qui  les  outrage,  la  scélératesse 
du  duc  n'est  pas  pour  lui  une  excuse  ;  il  exile  de  sa 
présence  Duchatel  qui  n'éprouve  aucun  remords,  et  qui 
veut  servir  encore  son  prince  ,  avant  de  s'éloigner. 
Bientôt  il  aura  la  généreuse  audace  de  le  justifier,  en 
prenant  sur  lui  seul  tout  l'odiçux  de  son  forfait,  et  en 


334  LITTERATURE 

disant  avec  fierté,  devant  Charles  et  ses  compagnons 

d'armes  : 

La  liaine  en  vain  impute  un  \e\  meurtre  à  sa  gloire  : 
Moi  .seul  )t'  l'ai  commis  ;  j'en  charge  ma  mrmoire. 

Le  roi  reparaît  ;  sa  raison  a  repris  son  empire  :  ses 
vêlemeiis  souillés  et  déchirés  sont  remplacés  par  la 
pourpre  et  les  ornemens  de  la  royauté  ;  son  regard  ,  son 
air  ,  sa  démarche  ,  son  langage  ,  sont  assurés  Ainsi , 
Charles  est  présenté  sous  ce  douhle  aspect  :  d'abord , 
dans  un  état  de  démence  progressif  et  traversé  de  quel- 
ques éclairs  de  lumière  ;  ensuite  ,  jouissant  de  toutes  ses 
facultés  intellectuelles,  sans  que  la  folie  altère  la 
beauté  de  son  caractère.  Amour  de  la  vertu  ,  haine 
du  crime  ,  tendresse  paternelle  ,  horreur  pour  la  domi- 
nation étrangère ,  zèle  ardent  pour  la  gloire  et  le 
bonheur  de  la  France:  voilà  les  précieuses  qualités  , 
ornement  de  l'ame  d'un  roi ,  qui ,  s'il  pouvait  renaître  , 
s'indignerait  encore  du  dernier  outrage  qu'on  fait  à  sa 
mémoire  ,  en  lui  défendant  l'entrée  de  la  scène.  Tou- 
jours les  maux  de  l'empire  sont  présens  à  sa  pensée. 
Cette  fois  ,  c'est  dans  le  sein  d'un  fils  vertueux  appelé 
au  trône  ,  qu'il  dépose  ses  noires  anxiétés.  A  peine  lui 
reste-t-il  un  souvenir  confus  de  tout  ce  qu'il  a  dit  ou 
fait  dans  les  scènes  précédentes.  Il  apprend  qu'il  a  signé 
l'arrêt  de  l'exil  de  son  fils  ,  faussement  accusé  d'avoir 
trempé  ses  mains  dans  le  sang  du  due  ;  c'est  alors  qu'il 
adresse  un  discours  rempli  d'une  éloquence  pathétique, 
où  se  trouve  l'épanchcinent  du  cœur  d'un  père  pro- 
fondément malheureux  et  indignement  trompé  : 

Plains-moi!  ne  me  hais  pas  !  excuse  un  triste  père  . 
Demandant  ton  pardon,  démentant  sa  colère... 
Et  i)riant  ta  vertu,  mon  (ils,  de  surmonter 
■lusqu'aux  secrets  mépris  qu'il  a  pu  mériter. 


LITTÉRATURE.  335 

Cet  entretien  du  père  et  du  fils  est  interrompu  par 
Duchatcl  :  il  vient  annoncer  que  la  garde  de  la  reine 
assiège  l'une  des,  portes  du  château,  pour  surprendre  et 
arrêter  le  dauphin  ,  qui  court  sur-le-champ  aux  armes. 
Duchatel  a  rassemblé  sa  garde,  et  va  racheter  par  la 
valeur  le  crime  qu'il  vient  de  commettre. 

La  reine  assemble  son  conseil.  Sa  politique  artificieuse 
représente  la  France  désolée  par  la  guerre  civile  ,  vain- 
cue par  l'Angleterre  ;  ses  princes  divisés  ,  assassinés, 
tour  à  four  oppresseurs  et  opprimés  ;  Bourgogne  ,  l'es- 
poir de  la  patrie,  tombé  dans  une  embûche  mortelle 
dressée  par  le  dauphin  :  elle  ajoute  que  l'aurore  d'une 
paix  ensanglantée  était  pire  que  la  guerre  ;  que  la  sa- 
gesse lui  prescrivait  d'unir  sa  fille  au  roi  d'Angleterre, 
de  placer  sur  la  tête  de  l'enfant  qui  naîtra  de  cette  union, 
la  couronne  dont  le  dauphin  s'est  rendu  indigne.  Charles 
se  montre  d'une  manière  inattendue  dans  ce  conseil  , 
et  y  parle  en  maître  ;  il  protège  l'innocence  de  son  fils , 
qui  saura  vaincre  l'Angleterre.  Mais,  un  nouveau  sujet 
d'alarme  et  de  désespoir  s'empare  de  cet  infortuné  mo- 
narque ,  lorsqu'il  apprend  qu'il  a  signé  l'acte  qui 
livre  la  France.  C'est  dans  cette  circonstance  que  l'am- 
bassadeur anglais  parle  plus  que  jamais  de  vertu ,  de 
modération,  de  générosité,  pour  mieux  déguiser  la 
trahison.  Le  roi  le  pénètre,  fait  éclater  sa  colère,  et 
s'abandonne  à  l'amertume  du  désespoir.  Le  dauphin  , 
espérant  relever  la  fortune  de  la  France  dans  les  com- 
bats ,  vient  adresser  des  paroles  menaçantes  au  conseil, 
et  proteste  hautement  contre  son  exhérédation.  Mais 
la  raison  n'a  prêté  sa  lumière  à  Charles,  que  pour  lui 
faire  mesurer  avec  plus  d'effroi  l'abîme  oii  la  France 
est  plongée  ;  ce  qui  cause  un  tel  ébranlement  dans 
son  cerveau  ,  que  ses   forces  l'abandonnent ,  et  qu'il 


3^6  LU  IKRATL'RIÎ. 

rentre  clans  les  horribles  labyrinthes  tic  la  démence , 

en  s'écriant  : 

Plenrfz !..  non  les  tourmcns  d'un  prinre  qui  succombe, 
IVl.iis  le  jpect.icle  afTroux  d'un  empire  «pji  tombe. 

Ainsi  se  termine  l'action  <le  la  pièce  ,  dont  le  sujet  est 
la  France  vendue  à  l'Angleterre.  C'est  parce  qu'on  n'a 
ni  soigneusement  analyse,  ni  profondément  nMldilé  la 
tragédie  de  Charles  VI,  que  l'oti  a  prétendu  que  cette 
pièce  n'avait  pas  de  fin  ;  et  que,  d'ailleurs,  elle  péchait 
par  défaut  d'unité  d'action,  la  mort  du  duc  de  Bour- 
gogne a^'ant  lieu  entre  le  deuxième  et  le  troisième 
acte.  D'abord  ,  la  protestation  du  dauphin,  et  l'espé- 
rance de  le  voir  un  jour  couronné,  loin  de  prolonger 
l'action,  prouve  qu'elle  est  accomplie  ;  car  on  ne  peut 
pas  protester  contre  un  événement  qui  n'est  pas  arrivé; 
et,  si  cet  événement  est  accompli  ,  le  dénouement  ne 
laisse  rien  à  désirer  ;  d'autant  mieux  que  la  restauration 
du  dauphin, sur  le  trône,  est  un  autre  événement  indé- 
pendant,  soumis  aux  hasards  de  la  guerre. 

La  mort  du  duc  ne  forme  pas  duplicité  d'action  , 
parce  qu'elle  n'est  qu'un  incident:  rien  no  finit  après 
cette  mort.  Le  roi  n'a  pas  encore  signé  l'acte  de  tra- 
hison ;  et,  après  avoy  signé  cet  acte,  la  reine  ne  l'a 
pas  encore  fait  approuver  dans  le  conseil.  Cette  sanc- 
tion était  le  dénouement  naturel  de  la  pièce  ;  dénoue- 
ment (|ui  devient  une  nouvelle  source  d'intérêt  et  frappe 
l'imagination  ,  parce  qu'il  est  environné  des  prestigi^s 
de  la  démence  d'un  roi ,  qui  n'ouvre  les  veux  à  la  lu- 
mière de  la  raison  ,  que  pour  voir  la  France  sous  In 
joug  odieux  d'une  domination  ennemie;  d'un  roi  qui 
représente,  en  quelque  sorte,  la  patrie  entière  victi^ne 
dans  sa  propre  personne.  A.  Métral. 


l 


LITTÉRATURE.  333 


WVVWWVVWVWWVVWVWVWVWVX'VVWIW 


ANTHOj.O'iiE  ABABE,  OU  Clioix  de  poésîes  arabes 
inédites,  Iraduiies  en  français ,  avec  le  texte  en 
jvgaixî^  et  accompagnées  d'une  version  littéiale-^ 
par  J.  Hlmbert  ,  de  Genève  (i). 

><  En- publiant  ce  recueil,  dit  M.  Hunibertdans  sa  pré- 
face ,  mon  but  a  été  d'offrir  à  ceux  qui  cominencent 
î'étiide  de  la  poésie  arabe,  des  niorcea";xde  vers  moias 

diiïicdes  que  ceux  qu'on  a  imprimés  jusqu'à  ce  jour 

On  pourra  me  reprocher,  ajouie-t-il  un  peu  plus  loin, 
de  n'avoir  pas  fait  un  choix  as>ez  sévère  ;  d'avoir  im- 
primé plusieurs  morc-^aux  infectés  de  ieiix  de  mots  et 

d'enflure Mais  je  voulais  faire  connaître  le  govLt  des 

Arabes,  tel  qu'il  est  réellement,  et  non  publier  des 
]ioemes  oii  le  goût  épuré  des  Européens  n'eût  rien 
a  reprendre.  » 
P""  '  Ces  deux  passages,  réunis,  sembleraient  atinoncer  que 
M.  Hiimberl ,  en  composant  ce  recueil  ,  a  voulu  le  faire 
servir  à  deux  choses  distinctes,  bien  qu'assez  étroite- 
ment liées  l'une  à  l'autre:  d'abord  ,  à  faciliter  l'étude 
de  la  poésie  arabe,  qui  a  effectivement  grand  besoin 
de  l'être  ;  et,  de  plus,  à  donner  une  idée  du  goût  et  du 
génie  qui  caractérisent  cette  poésie^  et  la  distinguent 
de  celle  des  autres  peuples  asiatiques,  p^esqu'aussi  net- 
tement que  de  celle  des  Européens.' 

Mais,  il  ne  faut  pas  prendre  trop  à  la  lettre  cette 
dernière  partie  du  dessein  de  M.  Flumbert;  ou  bieri'il 

(i)  Paris,  1819.  I  vol.  in-S".  Imprimerie  royale.  Treuttel  et 
Wiirtz,  libraires,  rue  de  Bourbon,  n"  17. 

TOME   VUI.  22 


338  LITTÉRATUKK. 

faudrait  avouer  qu'il  ne  l'a  pas  remplie.  Il  s'en  faut 
bien  ,  eu  effet ,  que  le  choix  de  poésies  arabes  publié  par 
lui  soit  assez  riche  et  assez  varié,  qu'il  soit  conçu  comme 
il  devrait  l'être,  pour  donner  une  idée  générale  de  la 
poésie  arabe.  Cette  poésie  a  eu,  connue  le  peuple  dont 
elle  est  la  création  ,  ses  époques  de  vigueur,  de  jeunesse 
et  de  gloire,  oii  les  jeux  d'esprit,  qu'on  lui  rej)roclie 
maintenant,  lui  furent  étrangers  ;  et  même  à  dater 
des  tems  oii  le  mauvais  goût  a  commencé  à  s'y  intro- 
duire ,  il  s'en  faut  bien  que  l'enflure  et  la  recherche 
soient  le  caractère  dominant  de  toutes  ses  productions  : 
il  en  est  un  très  grand  nombre  oii  ces  défauts  ne  pa- 
raissent que  comme  des  taches  accidentelles  et  locales, 
à  travers  des  beautés  franches,  pures  et  hardies. 

Il  faut  donc,  pour  rendre  justice  au  travail  de 
M.  Humbert,  se  borner  à  le  considérer  relativement  ;i 
son  objet  évident  et  principal  :  celui  de  rendre  plus 
agréable,  et  en  même  tems  plus  aisée,  l'étude  de  la 
poésie  arabe.  C'est  sous  ce  rapport  qu'il  lucnle  la  re- 
connaissance des  orientalistes. 

L'Anthologie  arabe  de  M.  Humbert  est  divisée  en 
deux  parties  distinctes,  dont  la  première  renferme  le 
texte  original  des  morceaux  sur  lesquels  il  a  travaillé. 
Ces  morceaux  sont  au  nombre  de  soixante-cinq  ,  qu'il 
a  tirés,  la  plupart,  des  Mille  et  une  Nuits.  Plusieurs 
sont,  extraits  d'une  Anthologie  poétique  compilée  par 
Soj^outi ,  et  très  répandue  dans  l'Orient.  Quelques-uns 
ont  été  fournis  par  les  nombreux  recueils  des  ])oëtes 
arabes  d'Espagne.  D'autres  enfin  appartiennent  à  la 
précieuse  collection,  si  célèbre  parmi  les  orientalistes, 
sous  le  litre  des  Ilamasa.  Il  eût  été  facile  à  M.  Hum- 
bert de  mettre  plus  de  variété  dans  le  choix,  de  ce* 


LITTÉRATURE.  389 

ïnorceaux  ,  et  de  le  rendre  plus  piquant  ;  mais  il  semble 
avoir  été  gêné,  à  cet  égard,  p.ir  la  crainte  de  trop  mul- 
tiplier, dans  sa  collection  ,  le  nombre  des  pièces  difti- 
ciles  ;  ce  qui  eût  été  direclemeut  contraire  à  son  projet. 

Le  texte  de  chaque  pièce  est  accompagné  d'une  note 
qui  en  indique  le  laètre,  suivant  les  formules  de  la 
versification  arabe  ,  et  d'une  traduction  française  ,  que 
les  orientalistes  eux-mêmes  aimeront  à  rapprocher 
de  l'original.  Cette  traduction  sera  particulièrement 
agréable  à  ceux  qui,  sans  savoir  l'arabe  ,  voudraient 
néanmoins  se  faire  quelqu'idée  du  ton  et  du  goût 
qui  régnent  dans  une  grande  multitude  de  composi- 
tions poétiques  en  cette  langue. 

La  seconde  partie  du  travail  deM.  Humbert .  spéciale- 
ment destinée  aux  orientalistes,  en  est  la  plus  étendue, 
comme  la  plus  importante.  Elle  renferme  une  version 
latine  de  chacune  des  soixante-cinq  pièces  du  recueil  ; 
version  accompagnée  de  notes  de  tout  genre,  principale- 
ment destinées  à  faciliter  l'intelligence  du  texte  auquel 
elles  ont  rapport.  Crtte  simple  annonce  montre  assez , 
ce  me  semble,  que  l'auteur  n'a  négligé  aucun  moyen 
d'étendre  ou  d'assurer  l'utilité  de  son  travail. 

Outre  l'avantage  accessoire  d'être  imprimé  avec  beau- 
I  coup  d'élégance,  le  texte  de  ce'te  anthologie  arabe 
a  le  mérite  plus  important  d'être  remarquablement 
correct.  La  version  latine  est  ce  qu'elle  devait  être , 
pour  répondre  aux  vues  du  traducteur,  et  au  besoia 
des  commençans  ;  c'est-à-dire,  exacte  et  aussi  littérale 
que  possible.  Les  notes  sont  nombreuses,  variées  et 
toutes  intéressantes  et  utiles  ;  les  unes,  sous  'e  rapport 
philologique;  les  autres,  comme  renfermant  des  traits 
curieux  sur  la  littérature ,  l'histoire  et  les  mœurs  des 

22* 


J4o  Lin^^.RATLRE. 

Aral)es  en  général.  Plusieurs  sont  agréablement  entre- 
mêlées de  iVagtnrns  poéliquos,  (|iM  forijicnl  une  sorte  de 
supplément  aux  pièces  dont  se  compose  le  corps  même 
du  recueil.  Queîques-uns  de  ces  fragniens  ,  ainsi  épars 
dans  les  noies  qu'ils  enricliissent ,  sont  empruntés  de  la 
lang^ue  et  de  la  poésie  des  Persans  ,  et  peuvent  donner 
lieu  à  des  rapprocliemcns  agréables  entre  le  géuic 
poélique  de  ce  dernier  pepple  et  celui  des  Aral>es.  Ce 
n'est  pas  tout  :  cjue'ques-unes  des  pièces  les  plus  in- 
téressantes du  recueil  ont  inspiré  à  ]\I.  Humbert  l'idée 
de  les  traduire  eu  vers  grecs.  Ces  traductions  se  trouvent 
aussi  parmi  les  notes  ,  et  font  preuve,  dans  leur  auteur, 
d'un  sentiment  délicat  et  exercé  de  la  langue  el  du 
style  d'Anacrcon. 

Quant  à  la  version  française  des  textes  de  cette  an- 
thologie, elle  est  élégante,  aïiimée,  et  peut-être  aussi 
concise  que  puisse  l'êlre  une  traduction  française  de 
vers  arabes.  On  y  trouve  bien  çà  et  là  quelques  passages 
qui  seraient  suscfplib'es  d'êlre  eutendns  autrement 
qu'ils  ue  l'ont  été  par  M.  Ilumbcrl  ;  mais  cela  était  iné- 
vitable dans  la  version  de  pièces  pleines  de  jeux  d'ima- 
gination ou  d'esprit,  si  bizarres  ou  si  hardis,  (|ue  l'on 
ne  saurait  être  toujours  bien  assuré  d'avoir  rencontré 
la  véritable  pensée  de  l'auteur,  en  adoptant  celle  qui 
s'est  préseutée  comme  la  plus  naturelle  ou  la  moins 
obscure. 

On  pourrait  aussi  noter  ,  dans  la  traduction  dont  il 
s'agit ,  qtielques  traits  qui  ne  rendent  pas  avec  toute  la 
justesse  possible  ,  les  traits  correspondans  de  l'original , 
lors  même  que  le  sens  de  ceux-ci  n'a  rien  de  douteux. 
Ainsi,  par  exemple,  M.  Iliimbert  a  compris  dans  son 
choix  un  fort  beau  morceau  des  Uarnasa  ,  dont  il  Ira- 


I  LITTÉRATURE.  34i 

^uit  ainsi  le  premier  vers  :  «  Tai  dit  à  mon  ame  : 
mardi  ans  au  combat;  et  déjà  elle  s'envole^  saisie  de 
■  frayeur ^  à  Vidée  des  héros  ennemis.  »  Pour  être  exact, 
il  aurait  fallu  dire  :  «  Tai  dit  à  mon  ame ,  au  moment 
oit  elle  s'envolait,  etc.,  »  ou  q'ieîque  chose  d'e'quivalent. 
Mais  ce  sont  là  des  inexactitudes  bien  légères  ;  et  je 
n'en  ai  point  rencontré  d'un  genre  plus  grave. 

Je  présume  faire  une  chose  agréable  au  lecteur ,  en 
le  mettant  à  portée  de  juger  lui-même  ,  au  moins  par 
un  esemp'e,  du  style  dans  lequel  M.  Humbert  a  rendu 
des  originaux  toujours  difficiles  à  traduire  ,  et  souvent 
intraduisibles.  Voici  donc  une  des  pièces  de  son  recueil, 
qu'il  a  donnée  sous  le  titre  à' Élégie  d'un  Arabe 
d'Espagne.  Cet  Arabe,  revenantde  Damas  oii  il  a  fait 
quelque  séjour,  adresse  aux  amis  qu'il  y  a  laissés 
l'expression  des  tendres  regrets  que  lui  inspirent  et  le 
souvenir  de  leur  amitié  ,  et  celui  des  charmes  de  leur 

pays: 

»  0  mesbons  amis  de  Damas ,  n'aurai-je  donc  aucune 
nouvelle  de  vos  contrées  chéries  !  car  le  feu  du  désir 
brûle  mon  sein  et  le  consume.  Un  espace  immense  me 
sépare  de  vous  ;  mais,  j'en  atteste  Dieu  même  !  depuis 
l'instant  oîi  je  vous  ai  quittés  ,  mes  yeux  n'ont  eu  de 
plaisir  ni  à  se  fermer  au  sommeil  ,  ni  à  s'ouvrir  à  la 
lumière.  —  Quand  je  me  rappelle  ces  jours  de  bonheur 
roulés  délicieusercent  près  de  vous  ,  mon  cœur  est  sur 

le  point  de  se  briser Quel  n'étais-je  pas  alors,  au 

matin,  dans  le  vallon  de  Niren  ;  dans  ce  vallon  oii  les 
fleurs  ne  cessent  de  sourire  ,  arrosées  des  larmes  du  ciel  ; 
oîi  roucoulent  les  colombes ,  où  se  balancent  les  ra- 
meaux ,  oii  les  torrens  et  les  arbres  font  ouïçsans  cesse 
un  agréable  murmure  !  Et  cette  plaine  au  pied  des 


343  LinÉRATLRt. 

monts  !  où  sont  les  soirées  de  bonheur  qu'elle  a  fait 
naîtrepoiir  moi  et  dont  une  seule  valait ,  à  mes  yeux  , 
une  vie  tout  en'ii're  ?  P'ainc  charmante,  que  Dieu  t'ar- 
rose du  tribut  de  mes  larmes!...  >• 

Du  reste,  en  facilitant  Tétudc  de  la  poésie  arabe, 
M.  TTumbert  a  fait.par  cela  seul,  qurl(|ue  chose  qui  doit 
contribuera  élendreet  à  perfectionner  l'élude  de  l'arabe 
même.  L'on  ne  peut  en  effet,  à  ce  qu'il  me  semble,  avoir 
une  idée  complète  de  l'étonnante  abondance  de  cette 
langue,  de  son  inimitable  énergie,  des  nuancesaussi  pré- 
cises que  délicates  de  sentiment  et  de  pensée  aux- 
quelles elle  se  prête,  si  on  ne  l'a  pas  étudiée  dans  les  poé- 
sies qui  en  sont  la  principale  richesse,  et  les  monumens 
les  plus  anciens  et  les  plus  caractéristiques.  Les  con- 
naissances, l'exactitude  et  le  goût  dont  M.  Humbert  a 
fait  preuve,  dans  ce  premier  fruit  de  son  étude  des  lan- 
gues et  des  lettres  orientales,  font  désirer  qu'il  y  persé- 
vère, et  autorisent  à  espérer  qu'il  s'y  distinguera. 

F.  L. 


( 


^^*^rt.VVX*VV\^VVVlVV\\\\\\V\^\\\l\VVVVV\\V\VVX\\\Art,XVV\'VV\*VV\'V\\VV\VVVVV\VVVVVW 

III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

LIVRES  ÉTRANGERS  (i). 


AMÉRIQUE. 

ÉTATS-UNIS. 

101. —  lYorth  American  Reflew  and  Miscellaneous  Journal.  — 
Kevue  de  TAmérique  du  Nord  ,  et  Journal  de  Me'langes.  Boston , 
1820.  Milliard  et  Metcalf.  K"  XXVI. 

Cette  fieuue  paraît  tous  les  trois  mois,  et  deux  cahiers  for- 
ment un  Tolume  de  420  à  45o  pages.  Elle  se  recommande  par  le 
bon  choix  et  la  sage  distribu  !ion  des  matières.  Étrangère  à  toute 
secte  religieuse  exclusive,  comme  à  tout  esprit  départi  politi- 
que, elle  s'occupe  seulement  de  la  discussion  des  sujets  qui  sont 
d'un  intérêt  ge'ne'ral ,  et  particulièrement  de  l'examen  des  ouvrages 
publiés  dans  les  Etats-Unis. 

Le  N°  XXVI  contient  les  articles  suivans  :  Mémoires  historiques 
des  études  et  des  productions  du  docteur  G.  Bernardo  de  Rossi , 
professeur  de  langues  orientales,  écrits  par  lui-même; — Paysages 
du  Mississipi  ;  poème  descriptif  de  l'intérieur  de  l'Anaérique  sep- 
tentrionale, par  Charles  Mead  ,  citoyen  des  États-Unis  j  — Dis- 
cours sur  difTérens  sujets ,  par  Jeremy  Tatlor,  chapelain  ordi- 
naire de  Charles  I"',  et  évèque  de  Down  et  Connor; — les  Aven  tures 
du  capitaine  GoLOWNis,  de  la  marine  russe  impériale,  durant 
son  emprisonnement  chez  les  Japonais,  en  1811,  1812  et  i8i3; 
avec  ses  observations  sur  l'empire  du  Japon  et  sur  ses  habi- 
tans ,  etc.  ;  —  les  Souvenirs  de  Curran  et  de  quelques-uns  de  ses 
contemporains ,  par  Charles  Phillips,  écuyer;  — Quelques  déci- 
sions importantes  rendues  par  des  Cours  de  judicature  des  États- 
Unis  ;  —  Procédés  et  rapport  des  commissaires  pour  l'Université 
de  Virginie,  présentés  le  8  décembre  i8i8j  —  Substance  de  deux 
discours   prononcés  au  Sénat  des  États-Unis,   par  l'honorable 

(il  INous  indiquerons,  par  unastérisque  {*)  placé  à  côtédutitre 
de  chaque  ouvrage  ,  ceux  des  livres  étrangers  ou  français  qui 
paraîtront  dignes  d'une  attention  particulière,  et  dont  noua 
rendrons  quelquefois  compte  dans  la  sectioo  des  analyses. 


344  LIVRES  LTI\AKGER.S. 

Rufii  Kiîtc,  de  New-York ,  y  l'occasioa  d'un  acte  intitulé  Mis'- 
souri-Bill ,  relatif  à  l'esclavage  des  n  lirs  dans  cet  Etat  j  discours 
remarquables  par  cette  profootleurdevues  qui  caractérise  riiomme 
d'Etat,  et  parla  saine  pliilosopliic  sur  laquelle  elirs  s'appuient  ;  — 
Mi-moire  sur  le  cnniniercect  la  navigation  'iela  mer  ^oire,  et  sur  le 
commerce  et  la  ui-ogr;ipliie  maritime  de  la  iurquic  et  derE£;_vpte  ; 
par  Henry  A.  S.  Deartors;  —  Mémoires  de  la  vie  et  des  campa- 
gnes de  riionorablc  ^alîianiel  Greene,  ma)or£;tr.i-rul  dans  l'ar-  I 
mée  lies  Ktat^-Unis,  et  commandaat  du  dt^partcment  méridional , 
pendant  la  guerre  de  \i.  révolution;  par CAnr/ei  Caldwell,  D.M.; 
professeur  dliistoire  naturelle  dans  l'Lniversite  de  Fensylvanie; 
—  Sermons  du  feu  révérend  /'".  J.  BucKMiJiSTEP,  avec  une  notice 
biogra^'hique  le  concernant. 

Nous  espérons  pouvoir,  dans  le  cours  de  l'année  prochaine,  éta- 
blir des  relations  plus  suivies  avec  l'Amérique  du  Nord  ,et  rendre 
compte  du  eonlenu  des  principaux  recueils  de  littérature  et  de 
scieuces  publiés  dans  ces  contrées. 

ASIE. 

CHINE. 

lod.  ■ —  Snn  tsae  ton  hwuy.  —  Recueil  de  {;ravures  sur  le» 
trois  départemens  des  sciences  ,  savoir:  le  ciel ,  la  terre  et  riioHt- 
me.  Pékin,  ôj  vol.  in-8°. 

On  donne  généralement  h  cet  ouvrage  ,  en  Europe,  lenomd'AT/a- 
cyclopJdie  chinoise  ,  (|tioi(ju'il  ait  peu  de  droit  à  ce  titre,  n'étant 
qu'im  recueil  de  figures  suivies  de  courtes  explications.  Jl  fut 
comj>osé  par  Wang-Hung-tliow,  qui  occupait  un  rang  distingué 
dans  la  littérature ,  sous  le  règne  de  AVan-Leih  (  en  1600  ).  Ce  fut 
vers  cette  éj"'que  ,  que  les  Européens  visitèrent  la  Chine  pour  la 
première  fois,  depuis  la  dccouvertedu  cap  de  Bonne-Espérance, 
et  il  est  parlé  dans  ce  recueil  des  fusils  d'Europe.  L'auteur  se  (it 
aider  dans  son  travail  jiar  son  (ils  ,  qui  partageait  son  goi\t  pnur 
les  lettres.  Le  but  qu'il  semble  s'être  proposé  ,  est  de  décrire  les 
objets  en  présentant  à  l'œil  leur  copie  exacte.  Aussi,  Fauteur  de 
la  préface  dit-il  que  le  savant  Wang-Hung-Chow  n  a  placé  les 
figures  à  ^.uiclie  cl  les  livres  à  droite^  u  ce  qui  signifie  que  îles 
représentulious  exactes  doivent  toujours  précéder  les  explica- 


LIVRES  ETRAKGEUS.  345 

tiens.  Il  ajoute  «  que  les  ^lavures  sont  Tebseuce  et  ros2)rit  d'un 
livre;  ce  qin  lui  donue  de  la  vie.  » 

Les  snjfis  sont  ru\ig<i'5  dans  l'ordre  suivant:  1°  rastronomic  j 
a"  ia  ;;L'o„raf'liiv,' ^  S"  ;;■).  traits  d.' personnages  éniinens  ,  et  des 
diflei  enlos  tribus  d'biimnu-Sfle  cS.aqae  r»'gion;  4°  ''^s  mystères  du 
Cycle  et  de  Pa-K-wa:  6°  l'arc!  iteclure ,  C°  l'araïublement,  les 
usleusilcs  lie  me'oaje ,  ie.^  insfr-inians  propres  au  jardinage,  à  la 
pêclip ,  à  la  guerre;  les  arn:cs,  etc.;  7*^  gravures  d'anatomie; 
8"  parties  d'îs  vêteaiens,  rob'^s,  inant»  aux. ,  etc.;  9°  les  échecs  , 
et  auljes  jeux  ;  10°  anciens  caractères  chinois;  11°  la  botanique 
et  l'histoire  nafureLe  <lo  dillerens  pays;  lai"  l'art  de  boser  et  de 
faii- .  des  ann«rs;  i  j"  l'exercice  du  sabre;  uj^la  danse  du  menuet; 
ir«°  di/1'Jrentes  attitudes,  et  secrets  pour  fortifier  la  sanle' et 
prolonger  la  vie;  i6"  les  combats  de  tatireaux,  de  coqs,  et 
auties  amusemens  du  même  genre;  17"  me'dailles  et  pièces  d'ar- 
gent gravées. 

Telle  est  à  peu  près  la  division  des  sujets  dont  traite  le  ^San 
isae  ino  hwny.  Chaque  gravure  est  accompagnée  d'une  expli- 
cation qui  rend  1  ouvrage  amusant  et  instructif.  On  assure  qu« 
les  planchiîs  en  sont  perdues,  et  qu'on  ne  peut  s'en  procurer 
d'exemplaires  qu'avec  beaucoup  de  peine  et  à  un  prix  exorbitant. 
Cependant,  il  en  existe  quelques  exemplaires  en  Angleterre  et 
sur  le  continent. 

Er^ROPE. 

ANGLETERRE. 

To3.  —  General  Zoology;  or  sysleinatlc  natural  liistory  ;  etc. 
—  Zoologie  générale,  ou  Système  d'histoire  naturelle;  commencée 
par  feu  George.s  Shaw,  membre  de  la  Société  royale  de  Lon- 
dres ,  et  continuée  par  J.  Stephf.ks  ;  ornée  de  gravures.  Londres , 
1820.  Walker  Vol.  XI;  parties  i  et  2.  i  vol.  in-8°.  686  pages. 
Prix,   2  pounds,    12  shellings  6  pence. 

L'étendue  progressive  des  découvertes  et  des  observations, 
dans  l'étude  de  riiistoire  naturelle,  a  fait  scnHr  le  besoin  d'y  in- 
troduire un  sytème  d'ordre  plus  rigoureux  que  la  nomen- 
clature de  Linnée.  Les  naturalistes,  llliger, 'IVmminck,  Vieil^ 
lot,  et  autres,  ont  proposé  d'établir  un  oj'dre  systématique  pour 
ranger  les  diflerentes  classes  de  l'ornithologie  ,  et  en  faciliter  l'é- 


346  LIVRKS  ETKA^GEHS. 

tilde,  en  la  rt>nd;int  pins  simple  rt  plus  claire.  M.  Sfephcnsa 
piollte  «le  leurs  travaux  ,  et  son  ouvrage  v  a  beaucoup  pagiid.  Le 
onzième  volume,  quil  vient  de  faire  paraître,  traite  Av^  t^nlliiia- 
cées ,  des  itruthinnt-i ,  ties  cursoivs  et  i\c%  grnl/œ.  11  y  relève  plu- 
sieurs erreurs  importantes  ccliappëcs  aux  savans  qui  Tout  pré- 
cède dans  cette  rarrii're  ;  mais  il  ne  s'applique  pas  assez  à  décrire 
rinstinct  et  les  habitudes  de  chaque  espèce.  Tout  occupe  de  sa 
méthode  de  classification,  il  néglige  trop  souvent  les  détails. 
Quelques  fautes  de  langage  ont  aussi  échappe  à  son  attention.  Ce 
sont ,  au  reste  ,  de  léj^ères  imperfections  ,  quand  on  les  com|)are  à 
rexécution  générale  de  l'ouvrage,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  ,  sous 
le  rapport  des  recherches  et  des  détails  scientifiques. 

io4-  —  Thecharacters  nj'tfie  c/utses,  onlers,  gênera,  anctspecies; 
or  the  charactcnstic  ofthe  natural  history  System  nf  minera logy , 
etc.  —  Caractères  des  classes  ,  des  ordres,  des  espèces,  ou  Sys- 
tème d'histoire  naturelle  a|i]ili({ué  à  la  minéralogie,  pour  appren- 
dre aux  ctudians  à  distinguer  les  minéraux  ,  d'ajirès  des  principes 
semblables  à  ceux  de  la  bolaiiifjue  et  de  la  zoologie  ;  par  I'pf.di';- 
RjcMoHs,  professeur  de  minéralogie.  Freyberg,  i8ao.  1  raduit  en 
anglais.  Londres.  Colburn.  i  vol.  in-8°.  Prix,  G  shellings  6  pen- 
ce ,  cartonné. 

io5. — •  yîduice  and  maxiins  j'or  younq  studcnts  ami  praclitio- 
ners  ofmcdicine  ,  etc.  — Avis  et  maximes  pour  lesjeunes  étudians 
en  médecine  et  pour  lesjeunes  médecins,  suivisde  remarques  sur 
le  pouls;  ])ar  le  docteur  Johnson.  Londres,  1820.  Colman.  IJro- 
chure.   Prix  ,  i  shtUing  6  pence. 

106.  —  ^n  Introduction  to  arithmetic ,  etc.  —  Introduction  à 
rarithmétiquc  ,  dans  laquelle  les  premières  règles  sont  entremê- 
lées d'instructions  biographiques  et  historiqties;  par  Richard 
Chambefs.  Nouvelle  édition,  revue  et  augmentée.  Londres,  1820. 
Colburn.  i  vol.  Prix,  1  shellings,  relié. 

107.  —  An  inquiry  into  t/ie  présent  stntc  of  the  British 
naiy,  etc.  —  Enquête  sur  l'état  présent  de  la  marine  anglaise, 
contenant  des  réflexions  sur  la  dernière  guerre  avec  l'Amérique, 
etc.;  par  un  capitaine  delà  marine  anglaise.  Londres,  i83o> 
In-S".  6  sbel.  6  pence,  cartonné. 

108. — ^n  yiccounl  nf  the .drctic  Reliions,  with  a  history  and  des- 
cription qf  the  Northern  whalcfisJung  ,  etc.  —  Description  des 


LIVRES  ETRAINGERS.  347 

régions  arctiques,  suivie  d'une  relation  «les  pèches  du  Nord,  et 
particulièrement  de  celle  de  la  baleine  5  par  VV.  Scoresp.y.  Lon- 
dres, i8ao.  Colman.  Edimbourg.  Olivier  et  Boyd.  2  vol.  in-8** 
oi'nés  de  2^  gravures. 

L'auteur  de  cet  ouvrage  a  fait  dix-sept  voyages  au  Groenland 
et  à  Spilzherg,  pour  la  pêche  de  la  baleine.  Son  expérience  et  les 
renseignemens  qu'il  a  lires  des  meilleurs  auteurs,  l'ont  mis  en 
état  d'ofl'rir  au  public  une  description  complète  de  ces  intéres- 
santes régions.  Son  premier  volume  est  consacré  aux  découvertes 
faites  dans  les  terres  arctiques,  et  à  l'histoire  naturelle  de  Spitz- 
berg  et  de  la  mer  du  Groenland.  Le  second  renferme  des  détails 
fort  curieux  sur  la  zoologie  et  les  pêches  des  côtes  du  Nord. 

Dans  le  grand  problème  q'ii  partage  les  géographes  ,  celui  dt; 
l'existence  d'un  passage  de  l'Océan  -  Pacifique  à  la  Mer-du- 
Nord,  M.  b'coresby  se  range  du  côté  de  ceux  qui  pensent  que 
ce  passage  existe  au  nord-ouest;  mais  il  ne  suppose  pas  que  cette 
découverte  puisse  jamais  devenir  avantageuse  au  commerce.  Il 
croit,  au  contraire,  que  s'il  y  a  réellement  une  communication 
entre  la  partie  du  sud  de  la  baie  de  Baflîn  ou  la  partie  du  nord  de 
la  baie  d'hudson  et  le  détroit  de  Behring ,  elle  ne  peut  être  ou- 
verte qu'à  de  longues  années  d'intervalle,  et  pendant  environ  huit 
ou  dix  semaines  au  plus;  ce  qui  rendrait  la  navigation  d'une 
mer  à  l'autre  fort  dillicile  et  souvent  impossible.  M.  Scoresby  est 
d'avis  qu'on  parviendrait  plutôt  à  connaître  la  vériîé  par  un 
voyage  sur  terre.  <(  Il  y  a,  dit-il,  des  hommes  qui,  étant  accou- 
tumés à  voyager  sur  la  neige  pour  le  service  de  la  Compagnie  de 
la  baie  d'Hudson  ,  entreprendraient  volontiers  le  voyage  des  lacs 
intérieurs  de  l'Amérique  septentrionale  jusqu'à  la  Mer-Glaciale; 
et ,  au  cas  qu'ils  trouvassent  une  continuation  de  terrain,  s'avan- 
ceraient jusqu'aux  pôles.  Les  voyages  de  Mackenzie  et  deHeame 
prouvent  clairement  que  cette  manière  de  faire  des  découvertes 
est  praticable.  » 

Dans  son  premier  chapitre,  M.  Scoresby  discute  la  grande 
question  de  la  jonction  des  deux  mers,  l'Océan-Aflantique  et  l'O- 
céan-Pacifique; il  passe  en  revue  les  différentes  excursions  faites 
dans  les  régions  du  INord.  Dans  son  second  chapitre ,  il  décrit  les 
pays  septentrionaux  qu'il  a  visités.  Ses  relations  sont  fort  inté- 
ressantes; les  détails  sur  la  pèche  de  la  baleine  ne  le  sont  pas 


348  LIVRES  ETRANGeiS. 

moins.  On  Irouvc  aussi  dans  cet  ouvra»??  beaucoup  d'observation» 
curieuses  sur  les  glaces  «les  pùlis,  sur  rahnospJnie  ilu  Groen- 
land,  sur  les  vrnt-i  qui  soullleul  dans  ces  parafées,  et  inlia  siu^lc» 
poissons  drs  mirs  du  TSord. 

jNous  renvoyons  le  lecteur  à  la  relation  même  de  M.  Scorcsbv, 
dont  nous  n'avons  pu  citer  tout  ce  qui  mérite  d'être  rcnurqué. 

109.  —  The  Eléments  of  mudern  ireogr'iyhy  and  ((entrai  his- 
toiy ,  etc.  —  Liéinens  de  {;eo!;rupliic  niod'rne  et  d'histoire  na- 
tufille,  contenant  une  dfsrri|  tion  Jolailleett  interessantcde  tous 
les  pays ,  Ktats ,  etc.,  du  monde  connu,  d  apris  la  détermination 
«lu  Congrès  de  V'ieine  et  d"Aix-la  Lliajifrllc,  suivis  de  détails  sur 
les  moeurs  et  coutumes  des  li.bitins.  de  notices  historiques,  et  de 
questions  pour  examiner  les  clives  j  oroe's  de  cartes  et  de  |;iaTU- 
res^  par  G.  Roberts.  Londres,  iSuo.  Sheiwood.  i  vol.  in -8*. 
Prix,  6  sliell;nj;s  6  pence. 

110.  —  7  Ae  présent  state  nf  Chili ,  Jroni  the  report  laid  before 
Congre ss ,  etc.  — i  Etat  actuel  du  Chili,  d'après  le  rapport  pre'- 
ttnié  au  Congrès  ;  par  Blano  ,  commissaire  envo}  é  dans  ce  pays 
par  le  gouvernement  des  États-Unis ,  en  1818.  Londres,  1820. 
Longman.  Brochure  in-8°.  Prix ,  3  shellings  fi  pence. 

111.  — A  statistical ,  hi^torical ,  and  political  Dcicription  of 
the  colony  nj New  South  ff^ales,  etc.  —  Description  slatiNtique, 
historique  et  politique  delà  colonie  du  nouveau  pays  de  Calle» 
et  des  établis.ocmens  qui  en  dépendent  ;  par  W.  C.  VV'entvortu  , 
natif  de  la  colonie.  Londres,  i8ao.  Colhurn.  Seconde  édition  re- 
vue et  augmentée,  i  vol.  in-8''.  Prix  ,  16  $lulliu;;s. 

lia.  (*)  —  Account  ofa  tour  in  Nornuindy  undirtaktn  chiefly 
for  the  purpoie  ofini^estig-iting  the  archiVclunil  antii]u:ti:  s  of  thv 
Dulchy ,  wtth  obserifati'ins  on  its  history ,  on  the  country  and  nn 
ils  inhnbitants ,  etc.  — Relation  d'un  \ovaf;e  en  Kormani'ie,  spé- 
cialement entrepris  pour  examiner  les  antiquités  d'aichitrcture 
du  Duché,  avec  des  observations  sur  son  histoire  ,  sur  le  pays  et 
sur  SCS  babitans^  oroée  de  plusieurs  gravures.  Par  D.  Jdrner. 
Londres,  i8ao.  a  forts  volumes  in-8°.  J.  et  A.  Arrh.  Prix.  6.!  fr. 

L'auteur  est  un  homme  de  m<Tite.  savant  botaniste  et  hou  an- 
tiquaire. On  se  projiose  de  publier  bientôt  une  tiaduction  fran- 
çaise de  cette  relation. 

Il  3.  —  The  establishments  ^fM.  T  m  manuel  de  t'illcnheig,  al 
Hoffwyl,  considered  with  référence  to  iheirclaim  upon  the  alten- 


LIVRES  ÉTRA'^IGERS.  343 

tion  rtfmen  in  public  station,  etc.  —  Elublissempns  de  M.  Emma- 
nuel île  Felleoberg,  à  Jlollwii ,  considères  sous  le  rapport  de  leur 
utilité  et  de  leurs  titres  à  rattenliou  des  hommes  publics  j  par  le 
comte  LoDis  de  Villevieille.  Londres,  1820.  Colburn.  In-8°. 
Prix  ,  2  shell.ngs. 

ix/f..  —  Lectures  on  the  philosophy  oj'h'story.  —  Leçons  sur  la 
phi'io  oj.hie  de  l'histoire,  enrichies  do  notes  et  de  gravures;  par 
le  revcicnj  L.  Bloomfielo.  Londres,  1820.  Longman.  i  vol.in-4°. 
Prix ,  20  shellings'. 

11 5.  —  Lettersjrom  Gerniany-  and  nolland  during  the  yeafs 
181  3 — 14;  containing  a  detailed  account  oj  the  opérations  of  the 
British  army  in  those  cauntiieo,  etc.  —  Lettres  écrites  de  l'Alle- 
magne et  de  la  HoUan  le  ,  pendant  les  années  i8i3  et  i8i4;  con- 
tenant un  récit  détaillé  des  opérations  de  l'armée  anglaise  dans  ces 
deux  pays,  et  de  l'at^ujuc  d'Anvers  el  d«  Berg-op  Zoom,  par  les 
troupes  sous  les  ordres  du  général  Graham.  Londres,  1820.  Col- 
man.  i  vol.  in-12. 

1 16. —  Exlntcts  on  éducation,  jî-om  the  mosi  popular  writers,  etc. 
—  Eïtrait'!  rur  l'éducation  ,  tirés  des  meilleurs  auteurs.  Londres, 
1820.  Colliurn.  2  vol.  in-18.  Prix,  7  shellings, 6  pence,  cartonnés. 

117.  —  Recollectioiis  and  reflecli'~'ns ,  persnnal  and poiitical,  as 
connecicd  with  public  affairs  during  the  reign  of  Georges  III.  — 
Souvenirs  et  réflexions,  personnels  et  politiques  ,  liés  aux  aflaires 
publiques  sous  le  règne  de  Georges  111  j  par  J.  jNichols.  Londres, 
1820.  Colburn.  i  vol.  in-8°de  408  pag. 

M.  iNiciiols,  ancien  membre  du  Parlement,  présente,  dans  cet 
ouvrage  ,  une  suite  d'observations  intéressantes  ,  faites  pendantle 
cours  d'une  longue  carrière  politit[ue.  Zélé  partisan  de  Fox,  il  at- 
taque impilojablemcnt  tous  ses  adversaires  :  il  ne  juge  guère  avec 
moins  de  sévérité  les  membres  de  l'opposition,  que  ceux  du  parti 
ministériel.  Plusieurs  des  anecdotes  qu'il  raconte  sont  intéres- 
santes; mais,  eu  général,  elles  reposent  sur  son  seul  témoignjge, 
qu'un  esprit  de  parti  très  prononcé  peut  rendre  quelquefois 
suspect. 

118.  —  Lettersfrom  a  Mother  to  her  Daughter  at  school,  poin- 
tinq  out  the  duties  towards  hermaker,  etc.  — Lettres  d'une  mère 
à  sa  ûlle,  pendant  son  séjour  en  pension  ,  propres  à  enseigner  à 
une  jeune  personne  ses  devoirs  envers  Dieu,  envers  ses  maîtresses, 


35o  LIVRES  ÉTHANGERS. 

ses  compagnes  ,  et  ellc-iuème  ;  j>ar  madame  J.  A.  Sarcaut.  Lon- 
dres,  i8.iO.  Colbum.  I  petit  vol.  Prix,  'i  slitilings. 

1  ic).  —  'J'aU-s  oj  ihe  Henri.  —  Contes  du  cœur,  par  madame 
Oi'iE.  Londres,  i8io.  ColLurn.  4  volin-ia.  l'iix  1  1.  8  shcllings, 
cartonne. 

Déjà  connue  en  France  par  son  ronian  du  Pciv  cl  de  la  tille , 
madame  Opie  vient  d'acquérir  de  nouveaux  titres  à  la  célébrité, 
en  publiant  l'ouvrage  que  nous  annonçons.  Il  se  distingue  par  une 
grande  sensibilité,  moins  profonde  toutefois  que  celle  ([ui  a  dicte' 
plusii'urs  j>assages  de  ses  premiers  écrits.  Admiratrice  de  madame 
Incbbald,  auteur  de  Simple  histoire ,  madame  Opie  a  suivi  ses 
traces  avec  succès.  Elle  n'a  pas,  il  est  vrai,  autant  de  naturel  et 
de  sensibilité'  que  son  modèle  ;  mais  elle  peint  les  passions  avec 
énergie ,  et  possède  l'art  d'en  tirer  des  eflets  dramatiques-  Les 
jdus  remarquables  de  ces  contes  .sont,  selon  nous,  les  Deux  /''ils  ; 
r ylntmir  d'une  t'eiume  ;  le  Voisin  de  vis-à-vis  :  on  peut  encore 
ajouter  celui  île  Jiitnt'eillance  el  l'.'gotsme. 

Les  Coules  du  Cœur  méritent  de  passer  dans  notre  l.mgue,  et 
le  nom  de  madame  Opie  assure  d'avance  au  traducteur  l'intérêt 
du  public. 

120.  —  Hot^g's  If^inler  euening  taies.  — Contes  du  coin  du  feu, 
recueillis  dans  les  chaumières  dcTEcosse  méridionale;  par  James 
Hocc.  Londres,  i8jo.  Whiltakers.  Edind)ourg.  OliviT  et  Royd. 
a  vol.  in-8''. 

L'auteur  est  un  de  ces  hommes  extraordinaires  ,  dont  le  génie 
perce  tous  les  obstacles  qui  s'opposent  à  son  développement.  Ké 
en  177^,  il  ne  reçut  d'instruction  que  jusqu'à  l'âge  de  huit  ans. 
11  était  d'abord  vacher,  et  ensuite  berger  à  Ellrich.  11  cultive  ac- 
tuellement une  modique  ferme  dans  les  monlaç,nes  de  Tl^-osse, 
et  il  est  redevable  di-  ce  surcroît  d'aisance  à  M.  Waller  Scott 
qui,  s'intéressant  au  sort  de  ce  poète,  formé  uniquement  par  la 
nature ,  fit  le  premier  connaître  ses  productions ,  et  les  vendit 
assez  avantageusement  pour  mettre  le  berger  d'Fttricb  à  ni<''me 
d'acheter  un  petit  bien.  On  connaît  de  lui  cinq  ou  six  ou\  rages, 
pour  la  plupart  poétiques,  qui  ont  paru  depuis  1807.  Lts  contes 
que  nous  annonçons  renferment  im  ^rantl  nombre  de  |)assages 
d'ime  beauté  sid)lime.  La  partie  descriptive  y  est  surtout  admi- 
rable, et  peut-être  ne  truuvc-t-on  chez  aucun  poète  modci'nc  le 


LIVRES  ETRANGERS.  35t 

tableau  de  la  vie  d'un  berger  tracé  avec  autant  de  charmes ,  au- 
tant de  perfection  que  dans  ces  contes. 

I2T.  —  The  Carnage,  by  Maria  Bessox.  —  La  Voiture,  par 
Maria  Benson  j  conte  à  Fusage  des  enfans.  i  vol.  in-12.  Londres  , 
1820.  Colburn. 

jVliss  Benson  a  publie'  plusieurs  ouvrages  pour  Tinstruction  de 
la  jeunesse.  Tous  se  font  remarquer  par  la  pureté'  de  la  morale  , 
la  justesse  des  pensées  et  la  douceur  des  sentimens.  Ce  petit  vo- 
lume a  le  même  genre  de  mérite  ,  uni  à  beaucoup  dïntérêt.  L"no 
exclamati^m,  fort  naturelle  de  la  part  d'une  petite  fîUe  qui  se  ré- 
crie sur  le  bonheur  de  posséder  un  b;iilant  équipage ,  sert  de  base 
à  plusieurs  incidens  variés  et  instructifs.  Les  chagrins  que  cache 
le  luse  ,  et  dont  il  est  quelquefois  la  cause ,  sont  mis  à  découvert 
d'une  manière  ingénieuse .  Des  leçons  salutaires  répriment  la  va- 
nité et  Tadmiration  qu'excite  le  faste  des  richesses. 

DANEMARCK. 

122.  —  Catalogus  nummorum  veterum  grœcorum  et  latinorum 
Musei  régis  Daniœ  ,  disposuit,  descripsit  et  œneis  tabuhs  anec— 
dotos  illustravit  Chriitianus  Ramiis ,  professor  et  ÎNIusei  regii 
director.  Hafae  ,  1816,  typis  orphanotroj>hii  regii,  excudebat 
Carolus-Fridericus  Schubart.  Trois  parties  in-quarto,  savoir  : 

Pars  prima.  IVummi  regionum  populorum,  urbium  ,  regiim. 
XVIII  et  4^4  P^ges  avec  8  planches  contenant  i55  médailles 
que  l'auteur  croit  inédites. 

Parssecunda,  vol.  primum.  Cortitinens  nummos  Roniœ  liberœ 
etimperatorios  usqiie  ad  iSeptimium  Seuerum,  imperatorem.  Avee 
2  planches  et  38  médailles.  3 16  pages. 

Parstcrtia,  vol.  secundum.  Moneta  romanorum  continens  num- 
mos iinperatorios  a  Septimio  Sei^ero  iisque  ad  occasurn  imperii  ro- 
mani orientalis  et  pseudomonetarn.  l^ii  pages  avec  2  planches  et 
34  médailles.  Se  vend  chez  MM.  Debure,  libraires,  rue  Ser- 
pente ,  n°  7.  Prix,  5o  francs,  et  sur  grand  papier ,  66  francs. 

ALLEMAGNE. 

123.  —  Commentatio  pathologico-anatomica  deosteogenesieval- 
vulnrum  cordis  prceternaturali ,  aucVire  C.  A.Hering,  M.  et  Ch.  D, 
Leipsick  ,  1820.  Reclam.  in-4°  de  4^  page$,  avec  trois  gravures. 


35a  LIVRFS  É^RA^GFRS. 

Ce  Mëmoin-  peut  <?trcconsiJtMccomnif  un  sli|i]>lc'mmt  aux  ou- 
vrjipcs  de  Corvisait,  de  Tiiiini,  d  •  Ttita  rt  d<'  K.Vfv'iif;  ,  si;r  les 
Qialudirs  du  c(vnr.  Laiifciir  a  prfM|;ic  entiricmoTit  1»ornë  ses  ob- 
serTations  au  pliennraine  que  jinisenJcnl  U's  T:dvulrs  du  coeur, 
lorsqu'elles  s'ossifient.  11  compare,  avec  l'caiicotip  de  jtfstesse, 
toutes  les  recherches  faites  à  cp  sujet ,  et  déploie  des  connaissances 
fort  étendues,  résultat  d'une  grande  lectuie. 

ta^.  —  Plaliiern  Bcyirni^c  ztir  KfiilthsdffS  Atlischen  Rrchts. 
Traite  du  Droit  attique,  par  fùlnnnrtl  Platm:ii  ,  profcsspiir  de 
rCniversité  de  Marbourg.  Marbour^,,  i.Sio.  Krieger.  i  vol.  in-8" 
de  4  j5  pages. 

Ce  volume  renferme  rëcUemrnt  deux  ouvTaç;es.  L'un  ,  m  langue 
allemande  ,  fait  connaître  le  droit  attif(ue  ,  dan'*  tous  ses  de'tails  j 
l'autre  ,  en  lanj;ue  latine,  expose  1  idée  du  droit  et  de  la  justice, 
d'après  Homère  et  Hésiode  (7Vo»i>/>ti  jrris  et  justiltœ,  ex  Hn- 
meri  et  Hcsiodi  car/rinibus}.  Vmn'i  l'un  et  l'autre  traité,  l'auteur 
montre  une  grande  érudition ,  sans  se  perdre  cej)endant  dan>  des 
discussions  oiseuses. 

ia5. —  Die  Conslitutinnen  dcreiirojuniehen  Stacten  scit  rfcn  fez- 
ten  20  Jahren.  — Les  Constitutions  des  l't.its  européens  ,  do|>(iis 
les  derniers  aS  ans.  Lcipsick.  ,  1820.  Brockhaus.  Troisième  to- 
lumc  in-8°  de  678  pages. 

La  connaissance  des  constitutions  poiiliqncs  des  nations  est  de- 
Ycnue  plus  importante  à  l'homme  d'Etat,  que  la  connaissance  du 
droit  romain,  du  droit  canriniqiu-  et  de  tous  les  autres  droits  pos- 
sibles^ aussi  n'a-t-on  pas  tardé,  m  Allemagne,  d'en  publier  la 
collection  que  nous  annonçons  ici.  Le  premier  volume  paru»  en 
1817.  Il  cnnimence  par  \a  (^onstitulinn  iles  l-'trts-l^ nis  lie  1787. 
Quoique  ce  pays  ne  fasse  point  ])artie  des  F.tals  d'F.iirope,  sa 
constitution  devait  tiouver  place  dans  cette  collection ,  puis- 
qu'elle est.  calquée  sur  celle  d'Angleterre,  et»p«'flle  a  servi  de  mo- 
dèle à  la  première  c/>nstitntion  franeaisedc  1 7<)i,  qui  a  été  siiiriede 
cinq  autres.  Toutes  ces  constitutions,  avec  celles  des  Paj's-Ras, 
depuis  I7C)8,  forment  le  contenu  du  premier  volume.  A  la  tête 
du  second  volume,  également  publié  en  1817,  on  trouve  la  C  •m- 
tituiton  des  Payi-Btis,  du  aj  août  iSiTi.  Elle  est  suivie  des  trois 
Cr.niliUttions  p'-lonoiscs ,  puis  de  la  Cnnititutwn  de  la  ville  lihrc 
de  Ctncofie.  Viennent  ensuite  les  ConsUluuoas  allemandes,   sa- 


LIVRES  ETRANGERS.  353 

voir  :  de  la  Confédération  du  Rhin  ,  des  Etats  du  Tyrol ,  du  ci- 
devant  royaume  de  Westphalie ,  de  la  Bavière ,  du  grand-duché 
de  Francfort,  des  duchés  d'Anhalt-Cœthen,  de  Waldeck,  de 
Nassau,  de  Saxe-Cobourg ,  deWeimar  et  de  Schwartzbourg-Ru- 
dolstadtj  la  nouvelle  constitution  de  la  ville  de  Francfort  et  celles 
de  Suède  et  de  la  Nor^vége. 

Le  troisième  volume  commence  par  l'Espagne.  Viennent  en- 
suite la  nouvelle  constitution  de  Bavière  ,  celles  de  Wurtemberg, 
de  Bade ,  de  Saxe-Hildburghausen ,  de  Lippe-Schaumbourg  , 
de  Lippe-Detmold,  et  de'  la  principauté  de  Lichtenstein.  Les 
pays  constitutionnels  de  l'Italie  ,  depuis  1 797  ,  terminent  ce  vo- 
lume ,  savoir  :  Gènes ,  la  république  Italienne ,  le  royaume  Lom- 
bardo-Vénitien ,  Lucques ,  Naples  et  la  Sicile. 

Quoique  plusieurs  de  ces  constitutions  ne  soient  plus  en  vi- 
gueur ,  elles  offrent  néanmoins  un  grand  intérêt  historique.  Le 
quatrième  volume  de  cet  ouvrage ,  actuellement  sous  presse  , 
complétera  la  collection  des  constitutions  qui  toutes  doivent, 
pour  ainsi  dire ,  leur  origine  à  la  première  constitution  française 
de  1791. 

126.  —  A'ophronizon  oder ,  etc.  — Sophronizon,  ou  Mémoires 
impartiaux  et  libres  pour  servir  à  l'histoire  de  la  législation  et  de 
la  statistique  ecclésiastique  et  civile  ,  publiés  par  M.  le  docteur 
Paulus  ,  conseiller  intime  du  grand-duc  de  Bade,  professeur  de 
philosophie  et  de  théologie  à  l'université  de  Heidelberg.  Franc- 
fort-sur-le-Mein ,  1620,  in-8°. 

Lie  Sophronizon  ,  d'après  Son  étymologie  grecque ,  promet  de 
la  modération  et  de  la  prudence.  Ce  recueil ,  rédigé  par  un  des 
savans  les  plus  distingués  de  l'Allemagne  ,  est  un  dépôt  qui  con- 
tient des  pièces  très  curieuses  en  allemand  et  en  français. 

127.  —  Memmingers  Beschreibung  von  PF'urîemherg.  —  Des- 
cription du  royaume  de  Wurtemberg,  parJ,-D.-G.  Memminger. 
Stuttgard  et  Tubingen,  1820.  Librairie  de  Cotta.  i  vol.  in-8°  de 
53o  pages. 

M.  Memminger,  déjà  connu  par  d'autres  ouvrages  du  même 
genre ,  est  du  nombre  de  ces  auteurs  qui  cultivent  une  science 
sans  la  professer,  qui  travaillent  par  goût  et  nullement  par  be- 
soin ou  par  devoir.  Cette  nouvelle  production  de  ses  loisirs  offre 
«ae  description  complète  du  royaume  de  Wurtemberg ,  et  laisse 
TOME    VIII.  23 


354  LIVRES  ÉTRANGERS, 

peu  à  désirer.  L'ouvrage  est  divisé  ciï  trois  parties  principales.  La 
primitTf  donne  im  picris  hisfoiique  de  Wurtcmlicrg.  Ce  n'est 
point  1  bi>toire  des  princes  qui  se  trouvaient  plaecs  à  lu  tête  du 
gouvernement,  mai<  l'exposé  des  causes  qui  ont  concouru  au  dé- 
veloppement de  cet  Etal,  et  qui  l'ont  porté  au  degré  de  prospé- 
rité dont  il  jouit  aujourd'hui.  La  seconde  partie  en  donne  une 
description  iiéographique  tracée  en  grand ,  et  d'où  l'on  a  exclu 
les  ilétiiils  minutieux  qui  trop  souvent  rendent  létude  de  la  gco- 
gra|hie  aride  et  rebutante.  La  troisième  partie  est  consacrée  ex- 
clusivement à  la  statistique,  et  cette  partie  ebt  remarquable  par  une 
rare  précision,  jointe  à  des  recherches  infatigables,  dirigées  par 
un  esprit  vraiment  philosophique. 

ia8.  —  Clironotogiichc  (itschichte  des  Ilcizngtliumt  iStryer- 
maïk.  — Histoire  clironologique  du  tluché  de  btyrie,  par  J.-D. 
WisKLEnN    Gratz  ,  i8jo.  lerste. 

L'encouragement  que  r..rebidue  Jean  a  accordé  aux  recherches 
sur  l'histoire  et  la  géographie  de  l'Autriche  intérieure,  a  eu  pour 
résultat  la  publication  récente  de  plusieurs  ouvrages  plus  ou 
moins  importans  qui  s'y  rapportent,  et  l'histoire  chronologique  de 
M.  "Winklcrn  est  de  ce  nombre.  C'«st  un  manuel  précieux  pour 
riuicorc|ue  n'a  pas  le  loisir  ou  l'occasion  de  recourir  à  des  ou- 
vrages volumineux  ,  po«Jr  chercher  un  fait  historique  relatif  à  la 
Styrie. On  y  trouve,  disposés  dans  un  ordre  ingénieux,  tous  ces 
faits  ,  ainsi  que  les  pirsoni  âges  maïquans  qui  ont  figuré  dans 
l'histoire  de  ce  pays,  depuis  le  tems  où  il  était  encore  habité  par 
des  peuples  sauvages  et  indépendant,  jusqu'à  nos  jours.  La  .Styrie 
est  le  berceau  de  la  j>lus  ancienne  noblesse  de  la  monarchie  au- 
trichienne, et  d'un  grand  nombre  de  ses  plus  illustres  guerriers  j 
elle  est  proportionnellement  riche  en  littérateurs  et  ^avaiis  dis- 
tingués, tels  que  Sigismond  Pusch  ,  Erasme  l-iohlich  ,  Aquilin- 
Jule  Càsar,  Popo^itsch,  Riwald  ,  Soda  et  Liesgang,  qui  ont  il- 
lustré le  18'  siècle j  et,  parmi  les  contemporains:  François  de 
Zeiller,  à  qui  l'Autricbc  est  en  grande  partie  recievable  de  ses 
codes  civil  et  pénal-  Joseph  de  Hammer,  l'un  des  premier'- 
orienfalistes  de  l'I-'uropcj  le  célèbre  métallurgiste  Hermann,  le 
comte  Vincent  R  iltliiany  ,  VS'ilfling,  ^Veissegger  et  lùger; 
le  chevalier  Kalchl)crgi  l'Iiabilc  typographe  Degen  ^  l'mfatigablc 
ia>  ant  Wartinger ,  etc.  La  \  tupart  de  ces  hommes  distingués  ool 


LIVRES  ÉTRANCEÎlS.  355 

r^cu  le  jour  dans  la  ville  de  Gratz,  qui  semble  avoir  e'fc  aussi  le 
temple  de  Melpomène  pt  de  Tbalie.  C'est  la  ville  natale  de  Brock- 
mann,  premier  trage'dien  que  l'Allemagne  ait  posse'dé  ;  de  Ro- 
salie INouseiil,  deCaliierine  et  Maiianne  Jacquet,  et  de  Frédériqne 
Ijcllmiann-Uiizelmann.  Tous  ces  de'tails  rendent  l'ouvraççe  de 
M.  ^Vlnklt•rn  très  important,  non-seulement  à  ses  compatriotes, 
mais  à  tous  les  hommes  de  lettres  qui  s'occupent  de  recherches 
historiques. 

129.  —  Rom,  Rnmerund Ronierinnen.  —  Rome  et  ses  habitans^ 
par  W.  MtJLLER.  Berlin,  1820.  2  vol.  in-S". 

L'auteu»'  de  cet  ouvrage  ne  s'arrête  point  aux  ruines,  aux 
églises ,  aux  musées ,  etc.  ;  il  ne  parle  point  des  objets  de  Tanti- 
quité  et  des  arts,  dont  tant  d'autres  voyageurs  ont  fait  avant  lui 
la  description^  il  préfère  introduire  le  lecteur  au  milieu  du  peuple 
romain  ,  dont  la  vie  sociale  n'est  guère  connue.  Les  tableaux  ani- 
me's  de  ce  peuple,  tracés  par  M.  Miiller,  attestent  l'esprit  d'ob- 
sei-vation  et  rimagination  féconde  qui  distinguent  l'auteur.  On 
rencontre ,  à  la  vérité ,  de  légers  défauts  dans  la  composition , 
quelquefois  ime  couleur  trop  fleurie,  et  peu  d'harmonie  dans  les 
détails;  mais  l'ensemble  ne  déplaît  point.  M.  Miiller  a  choisi 
pour  son  ouvrage  la  forme  épistolaii'e  :  son  stvle  réunit  le  double 
mérite  de  1  élégance  et  de  la  pureté.    - 

i.3o.  — Handb'ich  (1er  schonen  Rer}^hiuv.te.  — Manuel  de  Rhé- 
torique ,  par  J,  H.  M.  Ernesti.  Quatrième  édition ,  entièrement 
refondue  et  très  augmentée.  Leipsick,  1820.  Voss.  1  vol.  in-S". 
Prix  ,11  fr. 

Cet  ouvrage  est  un  recueil  de  morceaux  choisis  des  auteurs  clas- 
siques allemands.  Non  -  seulement  l'éditeur  a  bien  mérité  de  se.s 
jeunes  compatriotes,  en  contribuant,  par  ce  moyen,  à  former 
leur  j^oùt;  mais  il  a  rendu  un  véritable  service  aux  étrangers  qui 
s'occupent  de  l'étude  de  la  langue  allemande ,  en  les  indemni- 
sant de  leurs  peines,  par  un  choix  bien  entendu  de  la  littérature 
germanique.  Le  premier  volume  est  consacré  à  la  poésie ,  et  le 
second  à  l'éloquence. 

i3i. —  DitMusen. — LesMuses,  ou  Recueil  de  morceaux  choi- 
sis des  meilleurs  poètes  et  prosateurs  allemands ,  par  T.  HEiivsins. 
Leipsick,  1820.  Fleischer.  2  vol  in-S".  Prix,  6  fr. 

Ce  Recueil  est  du  même  genre  que  le  précédent,  quoique  plus 

23* 


356  LIVRES  ÉTRANGERS, 

particulièrement  destine  à  l'instruction  «le  la  première  jeunesse. 
Les  auteurs  que  INI.  Heinsius  a  exploités,  sont  :  GcUert  ,  Hage- 
dorn .  Lichtver,  Gleim,  Herder ,  Krummacher,  LieheskinJ, 
Engcl,  H.  Picolai,  Langbein,  Rosegarten,  Bijrgcr,  Schiller  et 
A.  Sclilegcl. 

i3.2.  —  Komisches  Theater  von  ytdolph  Baceble.— Théâtre  co- 
mique d'Adolphe  Balerle.  Pesth  ,  i8io.  Hartiebcn.  i  vol.  in-S". 

L'auteur  de  ces  pièces  jouit ,  en  Autrirho,  de  la  faveur  du  pu- 
blic ,  et  sa  muse  est  d'une  grande  fécondité.  Cependant ,  la  col- 
lection dont  il  s'agit  ici  ne  renferme  pas  tout  ce  qu'il  a  écrit ,  mai* 
seulement  les  pièces  qui  ont  eu  un  succès  non  équivoque  à  la  pre- 
mière représentation.  Cesont  des  farces,  pour  la  plupart.    H. — s. 

SUISSE. 

i33. —  The  population  and  riches  oj  nations,  considered  toge- 
ther,  not  onljr  with  regard  to  their  positive  and  relative  increase, 
but  with  regard  to  their  tendency  to  marais,  prosperity ,  and 
happiness.  By  «ir  Edgerton  Brtdges,  Bav.  K.J. — La  popu- 
lation et  les  richesses  des  nations,  considérées  dans  leur  en- 
semble ,  non-seulement  sous  le  rapport  de  leur  augmentation  po- 
sitive et  relative ,  mais  encore  dans  leur  tendance  à  perfectionner 
les  mœurs  et  à  augmenter  la  prospérité  et  le  bonheur.  Genève  , 
août,  1819  j  imprimerie  de  Luc  Sestié.  i  vol.  in-8«  de  XXIX  et 
343  pages.  Prix  ,  ^  ir. 

L'auteur,  qui  a  publié  avant  celui-ci  divers  ouvrages  de  litté- 
rature et  d'économie  politique,  paraît  s'être  plus  spécialement 
occupé,  depuis  [quelques  années,  de  celte  dernière  science  ,  et 
avoir  combattu  ,  au  parlement  d'Angleterre  ,  les  abus  et  les  er- 
reurs <ju'il  signale  dans  l'ouvrage  dont  nous  rendons  compte. 

Disciple  d'Adam  Smith,  sans  approuver  sa  méthode,  qui  n'est, 
dit-il ,  destinée  qu'à  développer  les  principes  de  la  production  des 
richesses  et  les  moyens  de  les  porter  au  plus  haut  point  j>ossible  , 
il  relève  diverses  erreurs coniraif es  par  Say  dans  son  Traite  d\co~ 
noniie  politique,  ainsi  que  par  Hirardo ,  qui  les  a  adoptées 
dans  ses  ouvrages.  Il  entreprend  ensuite  d'établir  les  rapports 
qui  existent  entre  l'agriculture,  les  manufactures  et  le  com- 
merce ,  d'une  part,  et  la  santé,  la  moralité  et  les  jouissances  d* 
toute  une  nation  ,  de  l'autre. 


LIVRES  ÉTRANGERS.  35? 

Ne  reconnaissant  aucune  richesse  immate'rielle ,  et  n'admettant 
<jue  les  richesses  matérielles  qui  sont  susceptibles  d'être  e'chan- 
ge'cs  contre  une  valeur  semblable,  consistant  soit  en  une  autre 
matière,  soit  en  quelque  chose  d'immate'riel,  il  soutient  la  dis- 
tinction que  fait  Adam  Smith  du  travail  productif  et  improduc- 
tif, et  combat  Say  etGarnier,  qui  rangent  dans  la  classe  des 
producteurs  les  individus  qui  contribuent  à  produire  des  richesses 
immatérielles. 

Suivant  l'auteur,  il  est  indispensable  de  maintenir  constamment 
une  certaine  proportion  entre  les  produits  de  l'agriculture  et  ceux 
des  manufactures  :  il  démontre  qu'en  Angleterre  les  manufacture» 
ont  dépassé  la  proportion  convenable. 

11  combat  ensuite  les  lois  sur  les  pauvres,  et  surtout  la  mau- 
vaise application  qu'on  en  a  faite ,  à  quelques  égards.  Il  défend  les 
iois  sur  les  blés ,  par  le  principe  qu'une  population  agricole  est 
préférable  à  une  population  manufacturière  ,  la  première  offrant 
plus  de  santé,  de  moralité  et  de  jouissances  que  la  dernière.  En 
conséquence  ,  il  réprouve  la  dîme  ,  comme  étant  une  taxe  qui  re- 
pose sur  le  premier  prix  des  objets  de  première  nécessité;  mais  , 
il  avoue  qu'il  est  très  difficile  d'en  trouver  une  autre  qui  puisse 
lui  être  substituée  sans  inconvénicns.  Il  établit  que  les  taxes  doi- 
vent être  assises  de  manière  à  ne  pas  diminuer  les  produits  fu- 
turs, et  qu'elles  doivent  l'être  avec  la  plus  grande  égalité  pos- 
sible ;  qu'elles  doivent  encore  avoir  pour  base  le  revenu,  à  moins 
que  celui-ci  ne  soit  extrêmement  modique.  Il  estime  que  le  com- 
merce étranger  doit  être  régi  par  les  mêmes  principes  que  le 
commerce  intérieur;  que  la  plus  grande  liberté  doit  être  accordée 
à  l'un  comme  à  l'autre  ,  et  qu'il  a  tout  lieu  de  douter  de  la  jus- 
tesse des  anciennes  idées  sur  la  balance  du  commerce. 

Finalement ,  il  pose  en  principe  :  qu'une  grande  populatioQ 
n'estavantageuse,  qu'autant  qu'elle  est  proportionnée  aux  moyens 
de  subsistance  ,  et  que  les  richesses  sont  distribuées  dans  une 
juste  proportion  et  employées  d'une  manière  conservatrice  de  la 
morale  ;  que  les  richesses  qu'on  ne  peut  se  procurer  qu'aux  dé- 
pens de  la  vertu  et  d'un  travail  qui  entretient  la  santé  ,  sont  des 
maux  qu'il  faut  éviter  et  non  des  biens  à  rechercher  j  qu'en  con- 
séquence ,  prétendre  qu'un  pays  dont  les  productions  ne  suffisent 
pas  à  ga  consommation ,  doive  se  mettre  dans  le  cas  d'avoir  re- 


35S  LIVRES  ÉTILO^'GERS. 

cours  à  l'étranger,  pour  y  suppléer,  en  faisant  abandonocr  L 
<harrue  au  cultivateur  jiour  le  faire  passer  au  tiavail  plus  piolî- 
tablc  des  manufactures,  sous  li;  prétexte  (ju'on  olitient  par-la 
une  plus  j^rantlt*  masse  de  riclicsses,  est  une  des  Joctriues  les 
plus  funestes  et  les  plus  aboudantes  en  conséquences  désastreuses, 
qu'on  ait  jamais  imaginées  pour  tromper  l'es]  rit  public. 

134.  —  Berne  et  Us  ilernou.  i  vol.  in-iu  de  iGy  pages.  Zurich  , 
iSao.Orell,  lussli  et  comp.  Avec  5  gravures. 

Cet  ouvrage  est  écrit  «n  langue  française.  L'auteur,  M.  Henri 
Meister,  a  publié  ,  l'année  dernière,  une  semblable  descrij  tion  de 
Zurich,  sa  patrie.  Voici  l'esquisse  générale  qu"il  trace  de  Berne. 
Cette  ville  lui  paraît  jouir  x  d'une  richesse  solide ,  d'un  bonheur 
parfait,  d'un  luxe  simple  et  commode  ^  sa  température  trop  uni- 
forme, quelquefois  même  un  peu  lourde,  ne  sert  peut-être  qu'à 
rendre  plus  sensible  encore  le  caractère  de  force  et  de  repos,  dr 
modération  et  de  stabilité,  vers  lequel  tendaient  habituellement 
toute  la  sagesse  et  tout  l'orgueil  de  son  ancienne  aristocratie.  »  Il 
dit  plus  loin  :  «  Je  ne  pense  pas  qu'il  y  ait  jamais  eu  dans  le 
monde  aucun  pays  où  la  grande  masse  du  peuple  ait  joui  d'un 
bien-être  plus  complet  et  plus  réel  ;  où  les  ressources  et  les  tr^ 
sors  amassés  par  la  sage  économie  du  souverain  aient  été  consa- 
crés avec  plus  de  probité,  plus  de  désintéressement  ,  jilus  de 
grandeur  même,  au  maintien  de  la  cho.'e  publique ,  à  l'encoura- 
gement de  l'agriculture  et  de  l'industrie,  au  soulagement  de  tous 
les  besoins,  à  la  subsistance  des  infortunés  de  toutes  les  classes,  w 
Tout  l'ouvrage  de  M.MeLster  ofl're  un  intérêt  soutenu,  et  fait  naître 
le  désird'aller  visiter  un  pays  dont  la  description  a  tant  d'atiraits. 
Mais,  on  ne  peut  s'empêcher  d'imputer  à  l'auteur  un  sentiment 
de  partialité  ,  souvent  aveugle,  en  faveur  du  gouvernement  ber- 
nois. Il  n'a  voulu  voir  et  présenter  qu'un  des  cùti\s  de  la  mé- 
daille j  l'autre  côté  pourrait  ofl'rir  «m  étrange  C4>ntrasle. 

i35. — jiUemanUc/ie  Gedichte  jiir  l''reun<le  Idnillicher N alur  unri 
Sitlen,  etc.  — Poésies  dédiées  aux  amis  des  mœurs  chamjtêties  et 
de  la  simple  nature  j  par  J.  F.  Hebel.  Ciuquièmc  édition  originale, 
comjilèle.  Arau,  i8uo.  1  vol.  in-12  de  ^?>G  pages,  av«c  3  gravuies 
et  un  titre  gravé,  orné  d'une  vignette.  H.  R.  i»aucrlan«ler.  Prix  , 
bit. 

Le  dialecte  dans  lequel  bont  écrites  ces  )iuctir*(  juâtilic  le  (ilr« 


\ 


LIVRES  ETRANGERS.  SSg 

qu'elles  portent  :  il  est  en  usage  dans  le  \yjys  sifiie'  sur  les  bonis 
<l;i  Rhin  ,  entre  le  îiickthal  et  Tanei'  n  Siin(lj;au  ;  on  le  parle  aussi , 
mais  avec  différentes  moditlcations,  ilans  les  coutrées  a  voisinantes 
qui  s'étehdent  jusqu'au  pied  des  Vosfjes  et  même  des  Alpes,  ainsi 
qu'au-delà  delà  forêt  Noire,  dans  la  plus  grande  partie  dt:  la 
Souabe.  On  ne  saurait  nier  qu'il  ne  soit  partieulièrcraeiit  ps-opre 
à  des  poe'sies  d'un  ^enre  sirapleet  naïf.  Ci'Ite  nouvelle  e'dition  était 
atfenilue  depuis  long-tcms.  11  y  a  tout  lieu  de  présumer  qu'c  lie  sera 
accueillie  aussi  favorablement  que  les  précédentes.  Elle  a  été  enri- 
chie de  quelques  morceaux  qui  ont  déjà  parudans  l'y/75,  de  Jacobi, 
ainsi  que  dans  VAlmannch  ALucien  :  ce  qui  porte  à  4^  'a  totalité 
des  pièces  qui  y  sont  contenues.  Un  avertissemrnt ,  placé  à  la  lête 
de  l'ouvrage,  renferme  quelques  observations  grammaticales,  des- 
tinées à  faciliter  TmleUij^ence  de  ces  poésies  aux  lecteurs  non 
encore  familiarisés  avec  cet  idiome.  Le  glossaire,  qui  ter  :  ine  ce 
recueil,  fiiit  connaître  les  idiomes  et  les  formes  irrégulières  du 
dialecte  employé  dans  sa  composition.  Dire  que  cet  ouvrage  est 
à  sa  cinquième  édition,  cVst  indiquer  suffisamment  l'estime  dont 
il  jouit.  Indépendamment  de  son  méiite  sous  le  rapport  poé- 
tique, il  ne  peut  qu'être  très  utile  aux  philologues  et  aux  éty- 
mo^ogistes  qui  s'occupent  de  recherches  sur  la  formation  delà 
langue  allemande.  L'ouvrage  est  orné  de  jolies  gravures  ,  exécu- 
tées à  Strasbourg;  il  est,  du  reste,  très  bien  imprimé,  comme 
tout  ce  qui  sort  des  presses  de  M.  Sauerlânder. 

ITALIE. 

ï3ô.  —  Isloria  Jeli  incendio  delP  Etna,  etc Histoire  de  l'é- 
ruption de  lEtna,  arrivée  en  mai  1819,  par  Carmelo  Maravigna, 
professeur  de  chimie,  etc.  Catane,  1819.  In -80,  avec  deux 
planches. 

L'ouvrage  est  divisé  en  sept  chapitres.  Dans  le  premier  ,  l'au- 
teur donne  l'histoire  des  phénomènes  qui  eurent  lieu  pendant 
cette  éruption  ;  dans  le  second,  il  spécifie  ses  divers  produits; 
dans  le  troisième,  il  expose  et  réfute  la  théorie  de  Patrin  qui  at- 
tribue la  cause  des  éruptions  volcaniques  a  l'action  de  l'acide  mu- 
riatique  ;  il  s'étudie  à  tout  expliquer  par  le  moyen  de  l'eau  de  la 
mer  et  de  l'hydrogène  qu'elle  renferme  ;  ce  qui  avait  été  indiqué 
par  le  célèbre  M.  Davy.  En  général ,  l'auteur  semble  dogmatiser 


t 


36o  LIVRES  EIRANGERS. 

avec  trop  d'assurance  sur  la  c;iusu  tt  le  niécanLsme  d'un  phéno- 
mène dont  la  nature  dérobe  encore  le  mystère  à  nos  recherches. 
On  ne  peut  cependant  lui  refuser  des  connaissances  chimique» 
qu'il  fait  servir  à  appuyer  ses  conjectures  ,  et  par  lesquelles  il  se 
distingue  parmi  tous  les  écrivains  qui  se  sont  occupés  du  même 
objet. 

iS^. — t'LxviiCresconii  Corippi  Johannidos  ,  seudebellis  liby- 
cis ,  libri  vu,  eJiti  ex  codice  mediolanemi  musœo  operd  Tri- 
fultii  et  studio  Pétri  Mazzcchelli  coUegii  Ambrosiani  doctoris. 
Milan,  1820.  In-4°,  pages  Lxxiiet444' 

Ce  manuscrit,  le  seul  qui  se  soit  conservé  parmi  quelques 
autres,  fut  fait  à  Milan,  au  quatorzième  siècle.  L'éditeur  croit  que  le 
sujet  de  ce  poème  est  la  guerre  que  Jean ,  proconsul  sous  Justinien , 
fit,  en  Afiique,  en  55o,  contre  Rantala  ou  Attila,  roi  des  Maures,  et 
que,  par  conséquent ,  l'histoire  de  cette  époque  en  peut  tirer  un 
grand  parti  :  ce  ne  serait  pas  la  seule  fois  que  la  poésie  fût  venue 
au  secours  de  l'histoire.  On  ne  peut  refuser  à  l'éditeur  le  mérite 
de  s'être  donné  la  peine  de  suppléer  aux  altérations  causées  par 
le  tems  et  par  l'ignorance,  et  d'avoir  éclairci  le  texte  au  moyen 
de  quelques  notes  critiques ,  grammaticales  et  historiques.  Ce 
poème ,  en  vers  hexamètres,  est  divisé  en  sept  livres.  Le  septième 
livre  est  parfois  mutilé ,  surtout  à  la  fin.  Le  public  jugera  si  la  dé- 
couverte et  la  publication  de  ce  poème  ont  réellement  1  impor- 
tance qu'on  leur  attribue. 

1 38.  —  f^alerii  Catulli  carmina  quce  extant  omnia  ex  recensione 
Guil.  DoERiNG.  Augustœ  Taurinorum,  ex  tyjiisvidux  Pomba  et 
filiorum.  1820,  in-8°,  pag.  xxxvet  486.  Paris,  Treuttelet  Wùrtz. 

C'est  le  troisième  volume  de  la  Collection  des  classiques  latins , 
entreprise  à  Turin,  en  1814 ,  par  la  veuve  Pomba  et  fils.  L'édi- 
teur, dirigé  par  un  professeur  très  savant ,  a  bien  répondu  à  l'at- 
tente du  public.  Loin  d'ent^isser  les  imes  sur  les  autres  des 
notes  superflues,  monotones  et  ennuyeuses,  comme  font  la  plu- 
part des  commentateurs  ,  qui  espèrent  rendre  leurs  éditions  inté- 
ressantes â  force  de  citations  et  de  volumes ,  il  se  contente  de 
choisir  et  de  publier,  avec  le  texte  le  plus  correct,  le  commen- 
taire le  plus  judicieux ,  quelle  que  soit  la  nation  à  laquelle  ap- 
partienne le  commenfbteiir  dont  il  adopte  le  travail.  Catulle  a 
4oDc  paru,  suivant  la  leçon  et  avec  les  notes  de  M.  FréUtlriu 


LIVRES  ÉTRAIXGERS.  36r 

Guillaume  Doëring  ,  directeur  du  Collège  de  Gotha ,  qui  donna 
son  e'dition  à  Leipsick,  en  1788,  et  lit  oublier  tous  les  commenta- 
teurs qui  l'avaient  devancé.  Aucun  n  avait  rectifie  et  éclairci  mieux 
que  lui  le  texte  de  ce  poète  ;  aucun  ne  l'avait  enrichi  de  notes 
aussi  justes  et  aussi  concises,  et  seulement  destinées  à  Tinstruc- 
tion  des  lecteurs.  L'éditeur  de  Turin ,  aussi  savant  que  mo- 
deste, n'ajoute  à  son  édition  que  deux  index,  avec  une  correction 
et  une  élégance  typographiques  que  les  éditions  précédentes  n'a- 
vaient pas  encore  eues.  U  nous  prévient  aussi  qu'aucune  poésie  de 
Catulle  n'a  été  retranchée,  ni  mutilée,  par  un  scrupule  mal  en- 
tendu. La  langue  et  le  style  du  poète  et  du  commentateur  rassu- 
rent assez  la  délicatesse  des  lecteurs.  Enfin  ,  toutes  les  qualités  et 
tous  les  soins  qui  distinguent  cette  édition ,  doivent  sans  doute  la 
rendre  préférable  à  beaucoup  d'autres  qu'on  publie  dans  l'Italie 
et  ailleurs. 

iSg.  —  Le  Rime  del  Petrarca .  —  Les  Rimes  de  Pétrarque.  Pa- 
doue,  i8ig.  2  vol.  grand  in-4°,  avec  Ggures. 

On  doit  celte  édition  ,  remarquable  sous  le  rapport  typogra- 
phique, au  professeur  Antonio  Marsand  ,  qui  a  fidèlement  rem- 
pli sa  promesse.  Elle  est  enrichie  des  portraits  de  Pétrarque  et  de 
Laure ,  et  de  quelques  planches  intéressantes  par  le  sujet  et  Texé- 
cution ,  et  très  utiles  pour  l'intelligence  du  texte.  On  y  remarque 
un  fac  iimile ,  représentant  les  huit  lignes  écrites  de  la  main 
du  poè'te  sur  le  manuscrit  de  Virgile ,  qui  existe  dans  la  Biblio- 
thèque Ambroisienne.  L'éditeur  a  corrigé  plusieurs  pages  qui 
avaient  été  négligées  par  ses  devanciers ,  ou  qui  lui  ont  paru 
mériter  quelques  corrections.  A  la  tête  de  chaque  sonnet  et  de 
chaque  canzone,  on  trouve  un  argument  très  court.  La  nouvelle 
Vie  que  l'éditeur  nous  donne  de  Pétrarque  est  extraite  des  prin- 
cipaux passages  de  ses  ouvrages  latins,  où  le  i>oète  parle  de  lui. 
Enfin ,  on  y  trouve  les  diflérentes  leçons  des  trois  anciennes  édi- 
tions des  /Unies  de  Pétrarque,  faites  en  1472  >  'Soi  et  j5i3,  et 
de  celles  qui  furent  exécutées  par  V  olpi ,  Bandini ,  Scrassi  et  Mo- 
relli^  des  catalogues,  des  appendices  et  des  éclaircissemens  plus 
ou  moins  intéressans.  L'édition  fait  beaucoup  d'honneur  à  l'Italie 
et  au  professeur  qui  l'a  si  heureusement  achevée. 

j^o.  — Ritratti  poetici,  etc.  —  Portraits  poétiques  d'Agatino 


36i  LIVRKS  É'IRANGERS. 

Longo ,  de  Catane  .scrondi'  pnriic  ,  qui  coini-rcnd  les  orateurs  et 

le^  ))hilo>ophes.  Catane,  i8it).  In-jn. 

La  première  partie  contient  les  portraits  des  poètes.  Chaque- 
portrait  est  présenté  dans  un  sonot  t.  Lauteur  a  suivi  la  nietliodc 
de  Tabbtf  Bonaftde.  On  lui  a  rcproehe  de  nètic  pas  souvint 
assez  exact  et  caractéristique,  dans  ses  imitations.  Ou'lcjucfois . 
il  semble  aussi  présenter  des  auteurs  et  des  sy^tèmes  q  »"U  n  a  pas 
assez  connus^  car  ,  il  ne  sullit  pas  d'être  poëte  ou  versilicateur 
pour  apprécier  et  juger  des  ]ihilosophes.  11  généralise  troj»  lé- 
gèrement quelques  circonstances  jvarticulières  ,  pour  en  déduire  le 
caractère  dominant  de  cei  tains  autours  tels  que  Platon  .  Rousseau  , 
Kant ,  etc.  Cela  est,  peut-être,  un  des  privilèges  de  la  po,  -sie. 

i4i-  —  J^'JO.'iumenti  etnisc/ii ,  o  li'etrusco  non  e.  —  Monumen» 
étrusques,  etc.;  par  le  ciievalier  T'ra/içoù  Inghirami.  Florence, 
i8ao. 

Cet  ouvrage  ,  qui  sort  des  presses  et  de  la  calcographie  de  l'au- 
teur, à  Florence,  fera  époque  dans  Ihisloire  des  arts.  I,a  beauté 
et  l'exactitude  des  dessins  et  des  gravures  ,  rimitalicm  piirf.iili-  des 
vases  et  des  médailles,  la  profonde  érudition  et  le  ^oOt  de  !\1.  le 
chevalier  Inghirami ,  déjà  connu  par  d  autres  productions  litté- 
raires ,  sont  les  titres  qui  rendent  cet  ouvrage  recommandiible 
aux  savans  rt  aux  amateurs  des  bonnes  études.  Il  en  a  déjà  paru 
deux  livraisons. 

ESPAGNE. 

i4'i-  —  Dcrrntero  de  las  Islas  Antillas. —  Roule  maritime  pour 
aller  aux  Aiitillt's  ,  aux  côtes  du  continent  du  iVouveau-Monde  , 
et  à  celles  du  golfe  de  Mexique;  décrite  par  la  direction  liy- 
drographiqtie  de  Madrid.  Madrid,  1820;  1'  édition ,  corrigée  et 
augmentée.  1  vol.  in-4°.  Au  bureau  de  la  même  direction. 

On  ne  saurait  révoquer  en  doute  l'utilité  iPun  ouvrage  de  celte 
nature,  ni  le  mérite  de  celui  que  nous  annonçons,  parce  c|ue  la 
direction  hydrographique  tle  Madrid  est  composée  des  hoiumes 
les  plus  éclairés  de  TFspagne  dans  la  théorie  et  la  pialujue  Je  la 
navigation  en  Amérique. 

143.  —  Catccismocomtitucinnnl .  — Catéchisme  constilutionnc' 
I  vol.  in-i-i,  Madrid,  i8ao.  Ramos. 


LIVRES  ÉTRANGERS.  363 

Ce  petit  ouvrage  sera  peut-être,  en  Espagne,  d'une  utilité  io- 
calculuble  ,  parce  qu'il  est  destine  à  l'usage  des  écoles  primaires, 
en  conse'quence  de  l'art.  366  de  la  Constitution  de  la  monarchie. 
Il  conlient  une  explication  des  devoirs  de  l'homme  en  société,  et 
du  citoyen  dans  une  monarchie  modérée.  La  précision  et  la  clarté 
qui  se  font  lemarquer  dans  cet  ouvrage  correspondent  à  l'âge  et 
au  degré  d'intelligence  des  enfans.  Ce  moyen  très  simple  d'ins- 
friirtion,  analoi^ue  au  catéchisme  en  usage  pour  les  enfans  qui 
sont  élevés  dans  ta  religion  catholique,  doit  produire  d'excellens 
Gilets  ,  non-seulement  eu  Espagne,  où  il  est  d'une  nécessité  abso- 
lue ,  à  cause  de  l'ignorance  du  bas-peuple,  mais  dans  beaucoup 
d'autres  pays. 

t4Î.  — Memorin  snbr^  el sistemn  jle  contribucinnes .  —  Mémoire 
concernant  le  système  des  contributions,  i  vol.  in-8°.  Par  Don 
JosephV ASCOM.  Madrid,  1820.  Kanz. 

L'auteur  a  divisé  son  Mémoire  en  deux  parties  j  la  première  est 
consacrée  à  l'examen  des  contributions  directes  ;  il  suppose  , 
avant  tout,  que  la  dîme  sera  supprimée  ou  du  moins  modifiée  en 
Espagne^  la  seconde  partie  contient  beaucoup  de  controverses 
sur  différentes  espèces  des  contributions  indirectes  j  l'auteur  dis- 
cute plusieurs  questions  concernant  le  monopole  du  tabac  et 
d'autres  objets.  Il  établit  aussi  des  principes  économiques  pour 
conserver  et  augmenter  le  crédit;  public;  principes  dignes  d'être 
médités  par  tous  les  créanciers  de  l'Etat ,  qui  pourront  s'en  ser- 
vir pour  calculer  la  valeur  et  la  force  des  motifs  de  crainte  ou 
d'espérance  que  leur  offre  aujourd'hui  l'Espagne.  M.  Vasconi 
était  administrateur  des  douanes  à  Madrid,  pendant  le  règne  de 
la  Constitution  de  l'an  1808  ;  il  a  été  réfugié  en  France  j  et  il  est 
généralement  reconnu  pour  l'un  des  hommes  les  plus  instruits,  en 
matière  de  finance,  que  possède  l'Espagne.         J.  A.  Llobente. 

RO-ïATTME     DES    PAYS-BAS. 

145.  —  Biiffoniet  Daiihenlonijiguraruin  aviunt  coloralarum  no- 
mina  systematica.  CoUegit  H.  Kuul  ,  math.  raag.  Phil.  nat. 
Doctor.  Edidit ,  prœfatione  et  indicibus  auxit  Theod.  f'^an 
SwriNDEREN  ,  in  Academiâ  Groninganâ  professer  ordinarius.  Gro- 
ningee  ,  iSjo.  Apud  I.  Oomkens,  Academù»  typographum.  In-  4°- 


36i  LIVRES  ÉTRAIVGFRS. 

Se  trouve  aussi  à  Paris,  chez  G.  Dufoiir,  libraire,  quai  Voltaire, 
no  i3.  Prix,  3  fr.  5o  c. 

146-  —  Magasin,  etc.  —  Recueil  des  découvertes  les  plus  ré- 
centes concernant  In  monde  primitif;  par  une  réunion  d'hommes 
de  lettres,  et  public  par  J. -G. -J.  Rallf.nstedt,  etc.  Première  li- 
vraison, avec  une  représentation  du  .Mammutii ,  traduit  libre- 
ment, et  augmenté  parle  docteur  A.  Moll  ,  etc.  Amsterdam, 
i8ao.  V'  Dicdcrichs  et  fils.  In-S»  de  2^5  p. 

Il  y  a  prodigieusement  de  choses  dans  cet  ouvrage,  qui  suppose 
une  vaste  lecture  et  de  profondes  recherches.  Kous  en  citerons 
les  divisions  les  plus  piquantes  :  des  motifs  de  croire  à  l'existence 
et  à  la  destruction  d'un  monde  préadamilc;  de  la  création  pri- 
mitive des  corps  dans  la  nature  ;  des  indications  prcadaraitiques 
dans  le  règne  végétal  et  dans  le  règne  animal  j  des  restes  préada- 
mitiques  de  l'espèce  humaine  ;  des  causes  probables  de  la  destruc- 
tion du  monde  primitif ,  autres  que  le  déluge.  Ces  divisions  ap- 
partiennent à  la  première  partie ,  où  Ion  trouve  encore  divers 
morceaux  curieux  sur  les  mines  de  gypse  de  ïhiede  ,  sur  le  INlam- 
muth  et  sur  les  Antropolites. 

La  deuxième  partie  traite  de  l'antiquité  de  Pespèce  humaine  ,  de 
l'analogie  des cosmogonies  américaines  et  asiatiques,  des  zodiaques, 
almanachs ,  traditions  et  mythes  d'une  langue  primitive  univer- 
selle ;  et  l'auteur  y  présente  entin  un  essai  d'explication  probable 
des  mythes  bibliques,  sur  la  création  et  le  premier  âge  du  monde. 

Malgré  les  soins  du  traducteur,  qui  paraît  ne  s'être  poii  t  fait 
lui-même  illusion  ,  il  manque  beaucoup  à  cet  ouvrage  i)Our  qu'il 
forme  un  tout  systématique,  convenablement  lié  dans  toutes  ses 
parties  j  mais  Salomon  l'a  déjà  dit  :  Dieu  a  livré  le  monde  aux 
disputes,  et  du  moins  celles-ci  comportent  un  haut  degré  d'inté- 
rêt, et  provoquent  des  recherches  qui  ne  peuvent  tourner  qu'au 
profit  de  la  vérité. 

i47' — Procve  eener  geneeskundige  heschryvuig  ,  etc. —  Essai 
d'une  topographie  médicale  de  la  ville  d'Amsterdam  ;  par  C.  J. 
INiEuvrEHHuis,  dorleur  en  médecine  et  en  chirurgie  ,  membre  de 
la  commission  provinciale  de  médecine  de  Hollande;  tome  3. 
Amsterdam,  i8qo.  J.  Vander  Hey.  In-80. 

148. — y1antcheningpn,e\.v . — IVofei  tenues  pendant  le  cours  de  ma 
marche ,  de  ma  détention  et  de  mon  retour,  dans  la  campagne  do 


4 

LIVRES  ÉTRANGERS.  365 

Russie,  en  1812,  ï8i3  et  i8i4i  par  C.  J.  Wacevriek,  capitaine 
d'infanterie  au  service  de  Hollande ,  chevalier  de  l'orilre  de  Guil- 
laume. Amsterdam,  1820.  J.  Van  der  Hey.  In-80. 

j^g.  _  jyieiiwe  Dichtschakeriugen.  —  Poésies  nouvelles  de 
Guillaume  Bilderdyk  et  de  Catherine-Guillelmine  Bilderdyk, 
son  épouse.  Rotterdam  1819.  C.Immerzeel  jeune, 2  volumesin-8''. 

On  craignait ,  Tannée  dernière ,  pour  les  jours  du  savant  cory- 
phe'e  du  Parnasse  batave,  M.  Bilderdyk.  Il  a  été'  conservé  aux 
muses  et  aux  lettres,  et  il  nous  offre,  dans  ces  deux  nouveaux 
volumes ,  de  nouvelles  preuves  de  sa  féconde  et  intarissable  verve. 
Son  épouse  se  montre  digne  de  s'associer  à  sa  gloire. 

i5o. — M.  f^alerius ,  etc.  —  Marcus  Valerius  Messala  Corvi- 
nus  esquissé  dans  quelques  tableaux  de  Thistoire  contemporaine 
de  Rome  ;  par  M.  C.  Van  Hall  ,  chevalier  de  l'ordre  du  Lion-Bel- 
gique ,  et  membre  de  l'Institut  royal.  Tome  I.  Amsterdam ,  1820. 
Van  der  Hey.  In-80  de  280  pages. 

M.  Van  Hall ,  savant  jurisconsulte  hollandais,  a  fait  preuve  , 
par  son  C.  Plinius  Secundus ,  de  son  talent  pour  donner  une  forme 
dramatique  à  l'histoire  romaine  ,  dans  le  genre  de  l'abbé  Barthé- 
lémy, de  tlorian,  de  Meisner  ;  et  sa  nouvelle  production  ne  peut 
que  lui  assurer  un  nouveau  succès.  De  grands  événemens,  de 
grands  personnages  figurent  dans  cet  ouvrage.  Horace  ,  Tibulle 
y  jouent  un  rôle,  et  un  assez  grand  nombre  de  leurs  poésies  est  tra- 
duit ou  imité  avec  un  véritable  talent.  La  partie  typographique  est 
très  soignée,  et  la  gravure  concourt  encore  à  l'embellir.  —  Un 
autre  jurisconsulte  hollandais  non  moins  distingué,  M.  P^an 
Assen,  a  aussi  donné  dernièrement,  mais  dans  un  genre  différent, 
Périclès  d'Athènes  (  La  Haye,  i8ig-  AUart  et  compagnie.  In-S" 
de  95  pages  ).  Ce  sont  deux  discours ,  l'un  sur  l'origine ,  l'éduca- 
tion ,  le  caractère  et  les  principaux  détails  de  la  vie  de  ce  célèbre 
Athénien  J  l'autre  est  son  apologie  contre  les  accusations  de  Lacri- 
tidés ,  au  tribunal  des  Héliastes. 

i5i.  —  Dissertation  sur  Forigine,  Pinfention  et  le  perfectionne» 
ment  de  l'imprimerie,  par  Jacques  Koning,  commis- greffier  au 
tribunal  de  première  instance  à  Amsterdam ,  membre  de  la  So- 
ciété hollandaise  des  Sciences  à  Harlem ,  de  celle  des  Belles- 
Lettres  des  Pays-Bas  à  Leyde  ,  et  de  la  Société  des  Sciences  de 
Zelande  j  couronnée  par  la  Société  hollandaise  des  Sciences  à 


w 
3r)6  M  VUES  l'ITR  \^GI•Î\S. 

Harlem,  au  mois  »Jf  in;ii  iSi^i  ;  Ir.tdnife  (hi  holhmlais.    Araslet» 
il.im,  i8iï).  Delaclà;iii\.  In-S"  de  i8o  pajçrs. 

L'auteur  soutient  Ifs  anricnnes  prt'ffnlions  ilc  la  ville  de  Har- 
lem à  la  deVoiivi'i  tf  de  riraprinicric  p;ir  Laurent,  lils  de  Ji  an 
Kosfer  ,  margniilier  de  la  eathcdrale  de  celle  ville,  dans  Tinter' 
valle  des  années  i^ai  à  i.^33. 

^5•2. —  liomancen^  etc.  —  Romances,  h:dlades  et  légendes, 
par  M.  le  chevalier  TollE>s;  2'  cahier.  Rotterdam,  1819.  J.  Im- 
merzecl  jenne.  In-8'de  100  page».  ' 

Le  tcms  où  noii^  vivons  est  une  hclle  époque  pourla  littérature 
hollandaise.  M.  Toli.en.s  ,  jaloux  de  rcnricliir  d'un  genre  «ju'elle 
pouvait  enviera  la  littérature  allemande,  à  celle  d'Anj;leterre  et 
même  à  celle  de  France,  paraît  avoir  puisé  avec  succès  dans  cha- 
cune de  ces  sources ,  pour  en  accroître  les  richesses  nationales- 
Nous  avons  sous  les  yeux  une  pièce ,  traduite  de  l'anglais ,  du 
sombre  auteur  du  Moine,  Lewis:  elle  est  intitulée  le  bra^>e 
yllftnzo  et  la  belle  y4:  tigone.  C'est,  selon  nous,  du  talent  perdu  , 
que  du  talent  employé  à  de  pareilles  compositions.  Pourquoi  res- 
susciter, même  en  beaux  vers,  les  puérilitésqu'accrédita  la  supers- 
tition auprès  de  nos  crédules  ancêtres?  La  pièce,  à  quclqiics 
incorrections  près,  n'en  est  pas  moins  agréablement  écrite;  le 
rhythme  cadencé  convient  parfaitement  au  genre.  M. 

LIVRES  FRANÇAIS. 

i5^.  —  façons  de  More,  Cours  complet  de  botanique,  expli- 
cation de  tous  les  .systèmes,  introduction  à  l'étude  des  plantes, 
par  J.-L.-M.  Poiret,  continuateur  du  Diclionnnire  de  botanique 
de  r Encyclopédie  mi'lhodiqne  ;  suivi  d'une  iconographie  vége'talc 
en  cinquante-six  j^lanches  coloriées,  offrant  ])rès  de  mille  objets- 
par  P.-J.-F.  Turpin.  Paris.  i8c!o.  C.-L.-F.  Panckoucko,  rue  des 
Poitevins,  n"  14.  Prix  de  chaque  livraison,  a  fr.  10  cent,  i""',  a', 
3*,  4*  cl  J>*  livraisons.  (L'ouvrage  formera  14  livraisons.) 

La  botanique,  quoiqu'assez général rmrnt  cultivée  aujourd'hui , 
le  serait  davantage  si  les  charmes  en  étaient  plus  connus  ,  et  sur- 
tout si  les  livres  élémentaires  ,  bien  loin  d'en  rendre  l't'tude  at- 
trayante et  facile,  n'étaient,  au  contraire,  uniquement  rempln 
d'idées  systématiques,  de  nomenclatures  arbitraires ,  qui  d(-goô- 


367  LIVRES   FRANÇAIS, 

tent  dabord  le  lecteur,  et  convertissent  en  une  science  de  mots 
rëtude  intéressante  de  la  nature.  Tel  est  le  de'faut  queTon  peut 
généralement  reprocher  aux  nombreux  ouvrages  ,  estimables 
d'ailleurs  ,  qui  ont  été  publiés  sur  la  botanique.  La  plupart,  mal- 
gré leur  titre  d'' élémentaires ,  semblent  plutôt  destinés  aux 
jeunes  naturalistes  apj)elés  à  faire  de  cette  science  une  étude 
suivie,  qu'aux  gens  du  monde  qui  veulent  seulement  en  faire 
Tobjet  d'im  délassement  agréable. 

INT.  Aimé  Martin  ,  dans  quelques  pages  de  ses  Lettres  à  Sophie, 
avait  bien  entrepris  de  présenter  renseignement  de  la  botanique 
sous  ce  dernier  point  de  vue;  mais  son  ouvrage,  écrit  pour  les 
dames ,  n'est  au  fait  qu'une  suite  d'allégories  ingénieuses ,  re- 
vêtues du  charme  des  vers  ,  et  dans  lesquelles  il  ne  fait  que 
plaire,  sans  instruire,  au  lieu  de  plaire  en  instruisant , 

Lecloreni  deleclundn  parittrque  moneiido. 

Il  manquait  encore  aux  amateurs  de  la  botanique  un  ouvrage 
qui  leur  trajât  la  route  la  plus  propre  à  les  conduire  d'une  ma- 
nière agréable  et  facile  à  la  connaissance  de  cette  science  j  qui  pût 
les  transporter  au  milieu  du  grand  spectacle  de  la  nature  j  les 
amener  ensuite  à  la  considération  des  plantes  prises  isolément; 
leur  apprendre  à  les  placer  ou  à  les  reconnaître ,  d'après  leurs 
caractères  naturels  et  les  méthodes  établies  pour  leur  classifica- 
tion :  tel  Cït  le  but  que  nous  semble  avoir  atteint  l'ouvrage  que 
nous  annon-^ons.  Le  nom  de  M.  Poiret,  à  qui  le  texte  en  est 
confié  ,  est  d'ailleurs  un  garant  suiiisant  du  mérite  de  la  ré- 
daction. 

jNous  recommandons  principalement  à  l'attention  des  lecteurs 
les  trois  premiers  chapitres  de  ce  recueil.  Ces  trois  chapitres ,  in- 
titulés ,  le  1  "■ ,  Tableau  de  la  végétation  h  la  surface  du  globe  ;  le 
2*  ,  J'.tablissemtnl  de  la  végétation  a  la  surface  du  globe  ;  le  3«  ayant 
pour  objet  Les  plantes  considérées  dans  leurs  rapports  ayedes  subs- 
tances qui  les  nourrissent  et  celles  quel/es  produisent ,  renferment 
des  passages  qui  rappellent  souvent,  d'une  manière  heureuse  ,  le 
st^ie  des  Etudes  de  la  nature. 

i54.  —  (*)•  I^Jnnuel  (Pornithologie ,  ou  Tableau  systématique 
des  oiseaux  qui  se  trouvent  en  Europe  ;  précédé  d'une  analyse  gé- 
nérale d^ornithologic ,  et  suivi  d'une  table  alphabétique  des  es- 


368  LIVRES  FRANÇAIS. 

pèces  ;  par  M.  C.-J.  Temmixck,  membre  de  plusieurs  Académies 
et  Sociétés  savantes,  directeur  des  Musées  d'histoire  naturelle  du 
royaume  des  Pays-Bas.  Seconde  «'dition ,  considérablement  aug- 
mentée et  mise  au  niveau  des  découvertes  nouvelles.  Paris  ,  i8ao, 
u  volumes  in-8°  de  plus  de  looo  pages.  Gabriel  Dufour,  libraire, 
f|u.ii  \  ollaire.  «o  i3.  Prix,  i5  fr. ,  et  i8  fr. ,  francs  de  port. 

i55.  —  (*)  Obienations  anatomiques  sur  ta  structure  intt'rieurc' 
et  le  squelette  de  plusieurs  espèces  de  cétacees;  par  Pierre  Cam- 
pée ,  etc.  :  publiées  par  son  iils  A. -G.  Camper ,  etc.  5  avec  des 
notes  par  M.  G.  Cuvier  ,  l'un  des  quarante  de  l'Académie  fran- 
çaise, secrétaire  perpétuel  de  celle  des  Sciences,  etc.  Paris,  i8ao. 
Lin  volume  in  -4°  et  i  atlas  in-folio  de  53  jilanches  ,  dont  3  sont 
en  couleur»;,  brochés.  Prix,  3o  fr.  Gabriel  Dufour,  libraire,  quai 
Voltaire,  n"  i3. 

i56.  —  Le  magnétisme  éclaire ,  ou  Introduction  aux  archii'es  du 
magnétisme  animal;  par  M.  le  baron  d'HEmrr  de  Covillers  ,  ma- 
réchal de  camp,  etc. ,  etc.  Paris,  1820.  In-8°  de  aSa  pages.  Bar- 
rois  l'aîné,  ïreuttel  et  Wiiitz  ,  etc. 

Cet  ouvrage  sert  dannoncc  à  la  reprise  du  Journal  des  archives 
du  magnétisme  animal,  auquel  on  souscrit  chez  Barroisaîné,  li- 
braire, rue  de  Seine,  faubourg  Saint -Germain,  n°  10.  Prix, 
22  francs  pour  douze  numéros  par  année.  Plusictirs  de  ces  nu- 
méros viennent  de  paraître  ;  tous  seront  au  moins  de  six  feuille» 
d'impression. 

L'auteur  qui  reprend  la  publication  de  ce  jounial,  est  'VI.  le  ba- 
ron d'Hcnin.  11  promet  d'y  insérer,  avec  impartialité,  les  faits ,  les 
expériences,  les  obsei-valions,  les  théories  pour  et  contre  le  ma- 
gnétisme animal;  car  il  ne  dissimule  pas  qu'il  existe  des  senti- 
mens  qui  sont  tout-à-fait  contraires ,  sur  ce  sujet ,  et  il  avoue 
qu'il  est  de  ceux  qui ,  avec  l'Académie  des  Sciences  (en  1 784) , 
avec  feu  M.  Faria  (i)  et  ÎNI.  de  Virey  (.>),  n'aj)erçoivent  rien 
de  réel  dans  ce  qu'on  attribue  au  magnétisme  animal,  que  les 

(i)  De  la  Cause  du  Sommeil  lucide  ,  par  l'abbé  Faria  j  in-S". 
Tome  I".  Paris,  1819;  chez  madame  Horiac,  libraire. 

{•i^  F.xamen  impartial  du  magnétisme  nnimal ,  p.ir  IM.  Virey, 
docteur  en  médecine  à  Paris.  Tome  XXIX  du  dictionnaire  des 
sciences  médicale».  Paris,   1819. 


LIVRES  FRANÇAIS.  3(jy 

effets  cle  rimagination.  Il  s'ëlève  ici  fortement  contre  les  idées  de 
M.  De  Leuze,  qui  croit  à  Texisterice  d'un' fluide  électro-magnétique 
animal  ^  et  qui  admet  la  re'alité  des  connaissances  acquises  en  des 
voyages  très  lointains,  qui  font,  sans  sortir  d'une  chambre  ,  les 
somnambules,  autrement  les  liypnocrates  ouhypnoscojjes ,  cupre'- 
tendus  épnptes ,  avec  lesquels  il  se  met  en  rapport,  en  leur  lan- 
çant du  bout  de  ses  doigts  uû  prétendu  fluide  (i). 

157.  (*) — Traité  (ï aiiatomie  vétérinaire ,  ou  Histoire  abriige'e  de 
l'anatomif  et  do  la  physiologie  dts  principaux  animaux  domesti- 
<[ues-  par  J.  Girard,  directeur  de  l'Ecole  royale  d'économie  ru- 
rale et  vétérinaire  d'Alfort,  etc.  Paris  ,  1819.  2  vol.  in-8°  j  1'  édi- 
tion. Chez  madame  Huzard ,  libraire ,  rue  de  l'Eperon-Saint- 
André-des-Arts ,  n**  17. 

L'anatomie  est  proprement  l'étude  phy-sique  des  corps  organisés, 
et  des  parties  constitutives  de  ces  corps.  On  appelle  tissus ,  les 
plus  simples  de  ces  parties-  organes,  la  réunion  d'un  certain 
nombre  de  ces  tissus j  appareils,  la  réunion  d'un  certain  nombie 
de  ces  organes,  et  en  corps  organisé ,  la  réunion  de  ces  tissus  ,  de 
ces  organes  et  de  ces  appareils. 

L'étude  des  tissus  primitifs  ,  abstraction  faite  des  organes  ,  ou 
des  groupemens  variés  de  ces  tissus,  se  nomme  anatomie  géné- 
rale ;  l'étutle  des  formes  diverses  de  ces  oi'ganes  ,  anatomie  des- 
criptive j  et  l'étude  comparative  de  ces  tissus  et  de  ces  organes 
dans  les  divers  animaux  ,  anatomie  comparée. 

Le  but  final  de  l'aniitomie  est  de  déterminer  tout  à  la  fois  les 
structures,  les  formes  et  les  an.dogiesdes  corps  organisés;  l'ana- 
tomie est  donc  tout  à  la  fois  générale,  descriptive  ,  et  compara- 
tive. Toutes  ces  diflérentes  anatomies  ne  sont  donc  que  des  ma- 
uièris  différentes  de  considérer  l'anatomie. 

Les  anatomies  Sfiéciales,  l'anatomie  humaine,  l'anatomie  des 
animaux  domestiques,  etc.  ,  ne  sont  pas  moins  tenues  que  l'ana- 


(1)  Défensedu  âJaqnrtiime animal,  par  J.  P.  F.  DeLcuzo.  Paris. 
1819.  I  vol.  in-H".  M.  cle  \  irey  a  ré|ioniiu,  tians  le  ly  cahier  du 
Journal  complémentaire  du  Dictionnaire  des  Sciences  médicales; 
Paris,  1819. 

TOME  VIII.  24 


?.;•  LIVRES  ira?>(;als. 

loniie  iwoj'i('iiieul  Jilc  ,  d'èlre  lout  à  la  fois  gcndralcs  ,  descrip- 
tives cl  couiparalivcs.  L'analoinie  luiinaine  u'a  long-tcms  tilc 
qu'une  analttiiiic  descriptive  j  Bichat  la  rendue  geoeralej  il  reste 
à  la  rendre  comparative. 

Quant  aux  anatomics  dites  chirurgicales  ,  physiologiques  ,  des 
peintres  ,  etc.  ,  ce  ne  sont  pas  preciseuicnt  ties  anatoniics,  mais 
des  applications  di-  l'anatomic  ù  la  clrirurgie  ,  à  la  physiologie,  ou 
à  la  peinture,  etc.  L'anatomic  chirai-j^icale  n'est  jias,  comme  on  le 
dit  souvent,  une  simple  analomie  d<;scriptive.  tUe  décrit ,  })Our 
j^uiJcr  la  raain  de  l'opérateur  vers  un  organe  altéré,  comme  Ta- 
natomie  pathologique  décrit  pour  connaître  les  altérations  de  cet 
organe.  La  description  n'est  qu'un  moyen,  et  ce  moyen  sert  e'ga- 
Icmcnt  à  ces  deux  analoniies,  ou  plutôt  à  ces  deux  applications 
de  l'anatomic. 

L'anatomic  vétérinaire,  «u  des  animaux  domestiques,  n'est 
encore  ni  ge'ntfralc,  ni  pathologique,  ni  réellement  compara- 
tive, etc.  j  elle  n'est  guère  qu'une  analomie  descriptive.  Depuis 
Bourgelat,  qui,  le  premier,  donna  une  description  à  peu  près 
complète  des  paities  du  cheval,  cl  princijialemcnt  des  parties 
osseuses  cl  musculaires  ,  on  n'a  guère  fait  que  reproduire  et  per- 
fectionner Bourgelat.  Vitct  cl  quelques  autres,  à  la  vérité,  ont 
essayé  de  comparer  entre  eux  certains  animaux  domestiques; 
n)ais,  ce  ne  sont  là  que  des  essiiis.  Plusieurs  points  d'anatomic 
■vétérinaire  se  trouvent  enûn  traités  avec  une  granele  habileté  dans 
Les  ^4 nniomics  cotnparces  iLc  Monro  ,  Camper,  Daubeuton  ,  et  sur- 
tout de  iNL  Cuvier,  etc. 

M.Girard  a  eu  l'heureuse  et  ulilc  idée  d'offrir,  dans  un  livre  e'h- 
mrntaire  ,  le  résumé  de  ces  divers  travaux  sur  l'analomie  vétéri- 
naire. Ce  livre  est,  sans  contredit,  ce  que  nous  avons  de  plus 
complet  encore  en  ce  genre.  La  clarté  de  l'exposition  ,  l'ordre  rai- 
sonné des  matières,  l'emploi  d'une  nomenclature  piiilosojihiquo 
lui  ont  déjà  valu  une  seconde  édition.  (]ellc  seconde  «Mition  est 
lout  à  la  fois  un  succès  et  un  service  rendu  par  M.  Girard  aux 
écoles  vétérinaires.  Floubens,  D.-HI. 

i58.  —  Compte  rendu  des  travaiuv  de  In  Société  ixtjrale  ifn^ri 
cullare ,  histoire  nutuielle  il  arls  utiles  de  Ly'on ,  depuis  le  i''Je- 
f/ùr  J8if),  jusqu'au  i'"  mars  iSio;  par  L.  1''.  Gno(;.tiF.R  ,  profes- 


LIVRES  FRANÇAIS.  3;i 

seur  vétérinaire,  secrétaire  delà  Société'.  Lyon,  1820.  In-80  «ic 
2^6  pages.  J.  31.  Barret. 

Ce  rapport ,  fait  avec  méthode ,  clarté  et  concision ,  sera  une 
acquisition  précieuse  pour  les  personnes  qui  suivent  avec  intérêt 
les  travaux  des  Sociétés  savantes  et  utiles.  On  y  remarque  plu- 
sieurs articles  de  statistique  rurale,  des  recherches  importantes 
sur  les  divers  genres  d'engrais ,  des  observations  sur  la  culture 
des  végétaux  herbacés ,  sur  celle  des  arbres ,  sur  quelques  progrès 
de  Tart  vétérinaire  et  d'autres  arts  utiles  5  plusieurs  récompenses, 
décernées  par  la  Société  ,  à  titre  d'encouragement  5  la  désignation 
des  agriculteurs  les  plus  recommandahles  de  Farrondissement  de 
Lyon;  enfin,  des  notices  biographiques  sur  des  hommes  qui  ont 
rendu  des  services  essentiels  dans  les  professions  de  médecin, 
d'artiste  vétérinaire  et  de  pharmacien ,  qu'ils  ont  exercées  avec 
autant  de  désintéressement  que  de  capacité.  Au  Compte  rendu, 
est  annexé  im  tableau  où  sont  exposées  les  expériences  faites  par 
M.  de  Martinel,  célèbre  agronome,  sur  les  produits  de  soixante- 
treize  variétés  de  pommes  de  terre  ;  tableau  également  curieux 
par  les  résultats  ofiérts,  et  par  les  observations  dont  ils  sont  ac- 
compagnés. 

1 09.  —  Notice  des  travaux  de  la  Société  royale  de  médecine  de 
Bordeaux,  depuis  sa  dernière  séance  publique ,  jusqu'au  28  août 
iSsio;  par  M.  Dupuch-Lapointe  ,  secrétaire  général.  Bordeaux, 
1820.  Brochure  in-S"  de  34  pages.  Lawalle  jeune  et  neveu,  allées 
de  Tourny,  n°  20. 

Cette  Notice  est  divisée  en  autant  d'articles ,  qu'il  y  a  d'objets 
iraportans  dont  la  Société  s'est  occupée.  On  remarque  avec  satis- 
faction que  la  Société  Voit ,  chaque  année ,  le  cercle  de  ses  tra- 
vaux s'agrandir ,  et  qu'elle  ne  néglige  rien  de  ce  qui  peut  lui 
faire  atteindre  le  noble  but  de  son  institution. 

160.  —  L'xamen  critique  de  F  Essai  sur  F  indifférence  en  matière 
de  religion,  de  M.  F  abbé  de  La  Mcnnais;  par  Le  Joyeux  de  Saint- 
Acre.  Ouvrage  indispensable  à  tous  ceux  qui  ont  lu  celui  qui  y 
est  examiné ,  et  qui  venge  les  gouvememens ,  les  peuples ,  les  re- 
ligionnaires ,  la  philosophie,  les  sciences,  la  raison  et  le  goût, 
\  outragés  par  M.  l'abbé  do  La  Mennais.  Paris,  aux  archives  dcj 
Lettres,  Sciences  et  Arts,  quai  Voltaire,  no  3.  Prix,  3  fr. 

L'Essai  sur  CindiJJ'érenae  en  matière  de  rcliqicn,  par  M.  l'aJibé 

2^J* 


^r-i  Livrj:s  i  IlA^(;AI.s. 

do  La  .Mennais,  a  t.iiscit<^  Iteaiicou])  de  criliqucs,  cl  l'écrit  dont 
(<n  vient  de  lin-  le  (ilie  iiot  ui  la  moins  forte,  ni  la  moins  dé- 
taillée quïl  ait  fait  naître.  C'est  un  examen  presque  complet  de> 
opinions  et  du  style  de  M .  de  La  Mcnnais.  L'auteur,  M.  Le  Joyeux 
de  Saint-Acre ,  ne  j)ardonne  à  aucune  des  erreurs  que  les  meil- 
leurs esprits,  même  ceux.-  du  j)arti  de  INI.  de  La  Mennais,  n'ont 
pu  s'empêcher  de  reconnaître  dans  son  ouvraj^e.  Peut-être,  néan- 
moins ,  doit-on  reprocher  au  censeur  la  trop  j;rande  anurtumc 
de  ses  rellexious  critiques  j  il  eût  été  plus  convcnalile  tjuil  se  fût 
e'carté  moins  souvent  des  limites  d'une  sage  modération^  dans 
l'intérêt  même  de  la  critique ,  dont  Tautorité  est  d'autant  plus 
jurande,  c[ue  ses  formes  sont  moins  exagérées  et  sou  ton  moins 
]>assionné.  Certes,  il  y  a,  dans  l'écrit  de  M.  de  La  Mennais,  une 
foule  de  propositions  repréhensihles  ;  il  en  est  même  qui  j)euvent 
être  considérées,  à  juste  titre,  comme  coupahles  ,  comme  subver- 
sives de  tout  ordre  social  fondé  sur  la  tolérance,  de  tout  état  qui 
ne  se  confond  j)oint  avec  l'Église.  On  s'aperçoit,  trop  souvent,  (|ue 
M.  de  La  Mennais  n'est  point  assez  fidèle  au  devoir  de  ])aix  et 
de  charité  que  l'Evanj^ile  impose  à  son  ministère  ;  qu'il  substitue 
au  langage  calme  et  simple  de  la  raison  et  de  la  vérité,  l'empoi- 
tcment  du  fanatisme  et  la  petitesse  de  la  sujierstition  ;  mais,  après 
tout ,  M.  de  La  Mennais  est  un  écrivain  de  talent;  et  si ,  dans  ses 
éloquentes  déclamations,  il  oublie  trop  souvent  et  le  caractère 
<lont  il  est  revêtu,  et  la  majesté  des  sujets  qu'il  traite,  il  était 
digne  de  son  adversaire  de  s'en  souvenir  pour  lui ,  et  de  lui  don- 
ner encore  une  leçon  de  modération.  Le  rejiroche  cpie  nous  fai- 
sons à  M.  Le  Joyeux  de  Saint-Acre  s'adresse  i)lus  particulièrement! 
à  l'espèce  de  caricature  qui  sert  de  frontispice  à  son  ouvrage. 
Jamais  un  bon  livre  ne  fut  détruit  par  des  épigrammes  de  dessin, 
et  par  des  satires  passionnées.  Employer  de  telles  armes  contre 
un  livie,  médiocre  ou  mauvais,  c'est  le  recommander  auprès  de 
beaucoup  d'esprits  qui  n'ont  j)oint  oublié  cet  axiome  du  légis- 
lateur du  Parnasse  : 

I^j  vérité  n'a  point  cet  air  impétueux. 

Au  reste,  l'écrit  de  M.  ]je  Joj'eux  de  Saint-Acre  sera  lu  avec- 
plaisir.  Iloflre  de  la  variété,  et  il  intéresse  surtout  par  les  citations 
miUti|)Iié<1s  des  passades  de  l'auteor  ({u'il  combat.  Si  l'on  est  tru]> 


LIVRES  IRAKÇAIS.  S--^ 

frappé  Jj  Fabsenre  des  laisonnemens ,  on  y  trouve  un  vrai  pa- 
triotisme ,  un  amour  ardent  pour  la  liberté  et  pour  les  insti- 
tutions que  M.  de  La  Mennais  attaque  ^vec  une  trop  grande 
inconsidération.  Il  était  utile  de  rappeler  à  cet  écrivain  que  TÉ- 
vangile  ordonne  d'obéir  aux  puissances  civiles,  et  qu'il  serait  ià- 
«■heux,  pour  la  religion  elle-même,  que  des  ministres  déclarasr- 
sent  qu'on  ne  peut  être  bon  catholi([ue  saijs  être  mauvais  citoyen. 

L.  Thiessé. 

i6i.  —  Beautés  de  Sturm,  tirées  des  Considérations  sur  les  œu- 
vres de  Dieu  dans  le  règne  de  la  Nature  et  de  la  Providence,  pouf 
les  quatre  saisons  de  l'année  ;  mises  a  la  portée  de  lu  jeunesse ,  en 
forme  de  leçons;  par  madame  Eliza  Andrevts.  Traduites  de  l'an- 
glais, sur  la  sixième  édition.  Paris,  t8'20.  Gabriel  Dufour,  li- 
_braire,  rne  de  Vaugirard,  n°  34-  ln-12  de  4^0  pages.  Pris,  3  fr. , 
et  4  ff.   franc  de  port. 

H  n'est  besoin  que  de  parcourir  au  hasard  quelques  pages  de 
cet  ouvrage ,  pour  apprécier  son  utilité ,  qui  ne  se  borne  pas  au 
premier  âge  de  la  vie.  L'auteur  conduit  ses  jeunes  lecteurs,  par 
la  contemplation  des  merveilles  de  la  création,  à  la  reconnais- 
sance envers  l'éternelle  Providence.  La  sage  oidonuance  de  notre 
globe,  les  feux  souterrains,  les  pluies,  les  brouillards,  la  merveil- 
leuse structure  de  l'œil,  Futilité  de  nos  sens,  l'égale  distribution 
des  saisons,  les  soins  paternels  du  Créateur  pour  la  conservation 
de  l'homme  dans  toutes  les  parties  du  monde  :  tels  sont  les  ob- 
jets des  principales  leçons  pendant  la  saison  de  l'hiver.  Le  prin- 
tems,  outre  une  foule  de  considérations  profondes,  nous  ofl're  le-; 
rapports  des  créatures  entre  elles,  et  des  réflexions  sur  la  mul- 
tiplication des  végétaux  ,  sur  le  retour  des  oiseaux,  la  vertu  vi- 
vifiante du  soleil,  la  rosée,  l'utilité  des  plantes  et  des  bêtes  ve- 
nimeuses, sur  la  sagesse  qui  se  remarque  dans  la  structure  du 
corps  des  animaux.  Dans  l'été  ,  les  plantes  étrangères ,  l'arc-en- 
ciel ,  les  météores ,  les  singularités  de  la  mer ,  la  terre  ,  sa  cons- 
titution  primitive,  ses  zones,  la  marche  des  corps  célestes  et  le< 
mœurs,  les  métamorphoses  des  insectes,  se  succèdent  pour  diri- 
ger nos  méditations  sur  les  mystères  de  la  nature.  L'automne  fixe 
nos  regards  sur  les  pétrifications,  les  différentes  espèces  de  terre, 
la  migration  des  oiseaux,  les  divers  climats  et  la  division  du  teras, 
les  besoins  et  les  jouissances  de  lliomrae,  l'origine  des  fontainfs 


3^4  LIVRES  rRAÎSTAIS. 

et  Jcs  sources,  les  rc-volntions  accidentelles  de  la  terre,  elc-  On 
peut  recommander  ce  livre  aux  parens  et  aux  instituteurs  qui 
eiirouvent  .souvent  beaucoup  d'emharras  dans  le  choix  des  ou- 
vrages à  placer  sous  les  yeux  de  leurs  enfans  ou  de  leurs  «'lèves. 

162.  —  (*)  Levons  de  philosophie ,  ou  Essai  sur  les  Jacuhcs  de. 
Famé,  par  P.  La  Ro>iicciî:re  ,  professeur  de  jihilosophie  à  la 
Faculté  des  Lettres  de  l'Acade'mie  de  Paris.  Deuxième  édition. 
Paris,  1820.  Brunot-Lahbe,  libraire  de  TUniversite,  quai  des 
Augustins.  ûo  33.  2  vol.  in-80.  Prix,  12  fr. ,  et  i5fr.  francs  de  port. 
Idem  papier  vélin,  dont  il  n'a  été  tiré  que  i5  exemplaires, 
35  fr. ,  et  28  fr.  francs  de  port. 

i63. —  Le  Porte -Jcudle  vert,  ou  Recueil  de  contes  et  d'entretiens, 
à  l'usage  de  la  jeunesse  j  par  Campe,  traduit  de  lallcmand.  Paris, 
1820.  I  vol.  in-i2.  Prix,  3  fr.  Locard  et  Davj- ,  rpiai  des  Augus- 
tins, n"  3. 

Ce  petit  livre ,  imprime  avec  soin  et  orne'  de  jolies  gravures , 
est  écrit  dans  les  raeillcurs  principes  moraux  et  religieux.  Il  ofl're 
d'ailleurs  une  instruction  réelle  et  variée  sous  des  formes  agréa- 
bles j  par  exemple,  au  sujet  dun  chêne,  l'auteur  s'étend  sur  tous 
les  genres  d'utilité  de  cet  arbre,  sur  les  divers  insectes  qui  l'ha- 
bitent, même  sur  les  diflerens  états  et  métiers  qui  emploient  son 
bois,  son  écorce.  La  vue  d'un  vaisseau  fournit  également  l'occa- 
sion d'explif[ucr  les  principaux  procédés  employés  pour  sa  cons- 
truction ,  etc. 

iG'j.  — PtlîLs  Contes  mornnx  h  Fiisage  des  enf/ins ,  en  partie 
traduits  librement  ou  imités  de  l'anglais  de  miss  Maria  Ldge- 
woRTU,  par  mademoiselle  Anna  Louise  S. — >. ,  avec  gravures. 
Paris,  1820.  2  Toi.  in-18,  xii ,  176  et  182  pages.  Eymery ,  rue 
Mazarine  ,  n»  3o;  Colas,  rue  Daupbine,  n"  H2.  Prix,  2  fr. 

Ce  petit  ouvrage  ,  publié  sous  les  auspices  de  la  Sociclé  établie 
a  Paris  pour  fanicliurotion  de  Renseignement  elim''ntaiiv  ,  et 
admis  jiar  elle  au  nombre  doslivrcs  qui  doivent  faire  partie  d'une 
Bibliothèque po;  ulairr,  spécialt  ment  deslinécaux  élcvesdes  écoles 
d'enseignement  mutuel  et  à  leurs  familles,  se  recommande  à  la 
fois  par  le  nom  et  l'honorable  réputation  de  la  dame  anglaise  qui 
en  a  coni^u  la  première  idée  et  les  principaux  sujets^;  parle  choix 
judicieux,  le  goAt  pur,  l'amom-  éclairé  de  l'enfance,  rpii  ont  di- 
rigé la  dame  française,  autiur  de  la  Iraductiou  ou  de  rimitatie>n. 


LIVRES  FRAÎS^ÇAIS.  37^ 

«£  surtout  par  le  but  éminemment  moral  que  Tune  et  ["autre  s» 
sont  proposé.  Les  petits  contes  renfermés  dans  ces  deux  volumes, 
sont  au  nombre  de  quatre.  Le  premier,  intitulé  :  Suzette  ou  la 
Reine  de  mai,  occupe  tout  le  premier  volume  :  il  ofl're  un  modèle 
touchant  de  piété  filiale,  et  des  scènes  de  famille  à  la  fois  gra- 
cieuses et  attachantes ,  toujours  à  la  portée  des  enfaus.  Les  trois 
autres  contes  :  Laureiit-le-Pufesseux ,  les  Orphelins,  Pardon  tt 
Oubli ,  n'ont  pas  moins  d'intérêt ,  et  font  vivement  dé.sirer  que 
mademoiselle  A.'  L.  S.  ,  déjà  connue  par  un  très  bon  Petit  ma- 
nuel  de  morale  élémentaire,  (Voy.  tome  V,  pag.  B.jS  )  remplisse 
bientôt  rengagement  qu'elle  prend  avec  ses  jeunes  lecteurs ,  de- 
continuer  à  faire  paraître  la  suite  des  Petits  contes  moraux ,  dont 
la  collection  entière  pourra  former  six  volumes.  Elle  conseille, 
avec  raison,  d'appliquer  à  son  nouvel  ouvrage,  comme  au  Petit 
manuel  de  Morale,  la  Méthode  des  questions  adressées  aux  enfans 
sur  la  lecture  qii'ils  viennent  de  faire  ,  soit  par  les  instituteurs 
ou  par  les  pères  et  mères  de  famille,  soit  par  les  jeunes  moni- 
teurs ,  dans  les  écoles  d'enseignement  mutuel.  Ces  questions  ser- 
viront à  développer  les  préceptes  de  morale  qui  ne  peuvent  être 
qu'indiqués  dans  le  récit,  et  à  faire  bien  saisir  le  sens  de  quelques 
mots  que  les  enfans  ne  comprendraient  pas ,  sans  une  courte  ex- 
plication :  elles  ont  aussi  pour  objet  de  fixer  l'attention  des  enfans, 
d'exercer  leur  intelligence,  d'éveiller  leurs  réflexions,  de  former 
leur  jugement  et  de  fortifier  leur  mémoire,  enmêmetems  qu'elles 
deviennent  pour  eux  un  moyeii  d'amusemeutet  d'instruction.  » 

M.  A.  J. 
i65. —  Manuel  des  écoles  élémentaires  pour  les  filles ,  ou  Précis 
de  la  méthode  d'enseignement  mutuel  appliquée  li  la  lecture,  h- 
l'écriture,  au  calcul  et  h  la  couture;-  par  madame  Quignon,  di- 
rectrice de  l'école  de  la  Halle  aux  draps,  chargée  du  cours  normal 
des  aspirantes  maîtiesses.  —  Paris,  1819.  Colas,  libraire,  rue 
Dauphine,  n°  Sa. 

Cet  ouvrage,  composé  par  la  directrice  de  Tccole  de  la  Halle 
aux  draps,  l'une  des  plus  belles  écoles  gratuites  de  Paris,  est  très 
propre  à  faire  connaître  et  apprécier  les  avantages  de  Venseigne- 
mcnt  mutuel,  appliqué  à  la  lecture,  à  l'écriture,  au  calcul  et  à 
la  couture.  On  y  retrouve  l'esprit  d'ordre  qui  règne  dans  ce  vaste 
atelier,  où  près  de  5oo-  élèves  travailleut  à  la  fois ,  sans  confusion 

/ 


3;ti  LIVRFS  FRANÇAIS. 

et  presque  sans  bruit,  tc^laiiuil  soi  a  surtout  utile  aux  maître.sjeî 
nommées  par  le  gouvernement  pour  diriger  des  e'colcs  ëlc'men- 
talrcs,  et  à  celles  qui  voudront  fonder  des  établissemens  particu- 
liers sur  le  même  m<>dèle.  La  division  du  tems,  les  exereiees  , 
les  travaux  ,  tout  y  est  explique  avec  détail  et  clarté.  Il  existait 
déjà  un  AJanui-l  destiné  it  rimtruiltdn  ih  i  maîtres,  et  unx  ccolcs 
fie  garçons -^  mais  il  n'y  en  aA'ait  point  pour  les  écoles  de  (lUes, 
et  personne  ne  pouvait, mieux  que  madame  Quignon,  se  charger 
d'en  composer  un  ,  fonde'  sur  un<;  égale  connaissance  de  la  théo- 
rie et  de  l'application  pratique  de  la  méthode. 

166.  —  Mémoire  sur  T instruction  des  sounfs-niuels ,  lu  dans  la 
séance  publique  de  l'Académie  royale  des  Sciences,  Arts  et 
Belles-Lettres  de  la  ville  de  (>aen,  le  jeudi  27  avril  i8'2o,pai 
IM.  l'abbé  Jamf.t,  membre  de  la  même  Académie,  et  instituteur 
des  sourds-muets.  Caen  ,  i8jo.  Brochure  in-8"  de  28  pages 
F.  Poisson. 

L'auteur  rend  compte  de  la  méthode  qu'il  a  adoptée  jiour  l'ins- 
truction de  ses  élèves.  11  ne  se  borne  })oint,  dit-il,  aies  faire 
écrire  sous  la  dictée  des  signes  j  il  ne  s'astreint  point  à  rendre 
toujours  les  mots  de_notre  langue  par  de  longues  pantomimes.  Il 
u'eraploic  les  scènes  mimiques  ,  que  lorsqu'il  s'agit  de  faire  conce- 
voir au  sourd-muet ,  le  vrai  sens,  ou  les  diverses  acceptions  d'un 
mot 5  mais,  une  fois  qu'il  est  compris,  Tinstituleur  n'a  plus  be- 
soin du  secours  de  la  ]>antomime.  Un  sigue  unique,  simple  et  con- 
cis la  remplace.  Dans  les  entretiens  «jue  ses  élèves  ont  entre  eux, 
ou  avec  leur  maîtres ,  ce  signe  tient  lieu  du  son  de  la  voix. 

La  publication  de  cette  brochure  donnera  lieu ,  sans  doute ,  à 
quelques  observations  de  la  part  d'autres  personnes  vouées  à 
l'enseignement  des  sonrds-muet.s  5  cl  ces  observations ,  rappro- 
chées de  la  nouvelle  méthode  de  M.  Jamct ,  pourront  répandre 
un  nouveau  jour  sur  un  sujet  qui  intéresse  une  classe  nombreuse 
d'êtres  malheureux.  IVous  ne  pouvons  qu"aj>plaudir  aux  généreux 
eflbrts  de  M.  Jamet,  pourélendre  le  domaine  défriché  parl'abbé 
del'Epée,  et  si  heureusement  exploité  au  profit  do  l'humanité  jiar 
son  digne  successeur,  M.  l'abbé  Sicard. 

1G7.  —  Damis  on  VEdur.ition  du  cœur;  jiar  lluf^ues  ÎMiliot. 
Orné  de  deux  jolies  gravures.  Paris,  1820.  L'n  vol.  in-iu  de  H70 
]^ig.  (^bativin.liljiaiiect  commisiionnaiie,  r^ie  de  Richelieu,  n"  uo 


LIVRES  FRANÇAIS.  377 

Ce  petit  cours  Je  morale  est  Touvrage  d'un  homme  de  bien  , 
qui  a  employé  sept  anne'es  à  en  rassembler  les  diverses  parties. 
Il  a  peint  les  vices  de  la  société ,  et  les  causes  funestes  qui  dé- 
tournent rhomme  des  routes  de  la  justice  et  de  la  morale,  pour 
le  jeter  dans  un  labyrinthe  de  fautes  qu'ail  paie  souvent  de  sa 
propre  ruine,  après  avoir  travaillé  à  celle  de  ses  semblables.  Si  la 
voix  de  la  sagesse  suflîsait  pour  faire  rentrer  dans  le  devoir  ceux  que 
leurs  passions  semblent  appeler  à  être  les  fauteurs  de  désordi'es  so- 
ciaux, les  conseils  que  Damis  donne  à  ses  enfans  pourraient,  en 
exerçant  la  plus  douce  influence  sur  les  mœurs,  amener  Thu- 
inanité  à  ce  point  de  perfectibilité  qui  passe  pour  être  une  chimère 
des  belles  âmes.  Mais  un  monarque  sage  et  éclairé  a  donné  son 
approbation  à  l'ouvrage  de  M.  H.  Millot ,  et  le  bien  que  Fauteur 
voudrait  oj)érer,  pourrait  devenir  facUe  par  la  volonté  forte  d'un 
gouvernement  bienfaisant  et  éclairé. 

168.  — L' Art  de  connaître  les  femmes  ;  par  le  chevalier  Plante- 
Amoir.  Paris,  1820.  Brochure  in- 12  de  176  pages  d'impression. 
Delaunay.  Prix  ,'2  fr.  40  c. 

L'auteur,  après  avoir  donné  une  idée  générale  des  fenmies 
(^telle  qu'il  se  t'est  formée)  ,  traite  des  jeunes  demoiselles  et  de 
leur  éducation  j  —  de  l'amour -propre  j  —  de  l'état  de  vie 
qu'on  choisit;  —  de  la  religion  et  de  la  dévotion  des  dames  ;  ~ 
de  l'amour  et  des  déréglemens  dans  lesquels  cette  passion  jette 
souvent  les  femmes  j  — du  mariage  j  —  de  l'esprit  et  de  la  science  ; 
—  du  secret  j  —  de  la  beauté  et  de  la  parure ,  avec  des  réflexions 
sur  les  modes  5  —  du  mensonge ,  de  la  médisance  et  de  la  ca- 
lomnie ;  —  de  la  flatterie  et  de  la  dissimulation  :  —  de  l'amitié  et 
de  la  haine;  —  de  l'envie  ;  —  de  l'avarice  et  de  la  prodigalité  ;  — 
de  l'orgueil  et  de  l'ostentation,  etc.  On  trouve,  dans  ce  petit 
traité,  beaucoup  d'emprunts  faits  à  divers  écrivains;  et  l'auteur, 
bien  difle'rent  de  la  plupart  de  ceux  qui  ont  choisi  les  femmes 
pour  sujet  de  leurs  observations  et  de  leurs  méditations  ,  se 
montre  le  plus  souvent  frondeur  impitoyable  du  beau  sexe. 

169.  —  Lettres  sur  l'amour  de  la  patrie  ,  ou  Correspondance 
d''Annpist€mon  et  de  Phdopatros  ,  par  Frédéric  11,  roi  de  Prusse;' 
publiées  par  M.  César  Gardeton.  Paris,  1820.  In-80  de3o  pages. 
Béchct  et  Mongie. 

170.  —  La  Criticomanie  (sccnufue) ,  dernière  cause  de  la  dcca- 


3;^  LIVRES  FRAISTAIS. 

ilence  de  la  relif^ion  et  dts  moeurs  :  en  juitijicniirm  des  lumières  dir 
dix-huitième  siècle -^  pour  faire  suite  an  Traite  des  Causes  de 
C indigence  et  de  Cimmoralité ;  moyens  de  les  détruire;  en  a  vol. 
in-i2.  par  Marc-François  Hache.  Paris,  1819.  Delaunay,  et  ma- 
dame Lrpctit ,  libraire,  rue  Pavéc-Saint-Andrc'-des-Arcs,  n"  2,, 

171.  —  Discours  sur  le  duel,  par  J.  L.  Crivelli,  avocat  à  la 
Cour  rojale  de  INîmcs.  Paris  ,  i8iO.  Pavoux  ,  libraire.  ru« 
Gît-lo-(J(Tnr ,  n"  4.  ln-8°.  Prix,  i  fr.  aS  cent. 

L'Académie  de  Dijon  avait  fait ,  sur  celte  matière ,  un  appel 
tous  les  écrivains  philosophes.  EDe  avait  annoncé  un  prix  pour 
!c  meilleur  discours  qui  lui  serait  envoyé.  Le  concours  a  été  nom- 
breux, et  cependant  elle  a  relire  le  sujet  proposé.  F.lle  a  ainsi 
trompé  les  espérances  des  aspirans  à  la  palme  académique. 
jVI.  Crivelli  a  voulu,  sans  doute,  se  dédommager  de  ce  petit 
désappointement,  en  livrant  son  ouvrage  au  jugement  du  public 
qui,  à  notre  avis,  doit  l'accueillir  favorablement.  Cet  écrivain, 
auquel  nous  devons  un  volimie  de  jurisprudence  dont  la  rédac- 
tion est  très  soignée,  annonce  ,  dans  ce  Discours  ,  de  l'érudition  , 
la  connaissance  du  cœur  humain,  et  des  vues  philosophiques.  Le 
style  en  est  correct  j  il  a  du  mouvem^mt  et  de  lélégance.  La 
première  partie  fait  connaître  l'origine  du  préjugé  barbare  qu'il 
attaque,  les  causes  qui  l'entretiennent  encoi-e  de  nos  jours,  et  fes 
vices  de  la  législation  faite  pour  le  réprimer.  La  seconde  in- 
dique les  moyens  propres  à  le  combattre  avec  succès.  Nous  pen- 
sons que  cet  écrit,  peu  volimïineux ,  mais  très  substantiel,  sera 
lu  avec  fruit  par  nos  législateurs,  qui  pourront  en  tirer  avantage 
dans  la  révision  de  nos  lois  criminelles. 

172.  —  Journal  de  Jurisprudence,  ou  Recueil  des  arrêts  no- 
tables de  la  Cour  royale  de  Kîmcs;  par  J.  L.  Ciiiyelli  ,  avocat  à 
la  même  Courj  membre  (^s  Académies  d'Avignon  et  de  Nîmes. 
Nîmes,  1820.  I  vol.  in-|o  de  (îoo  j'af^es  environ,  pour  les  deux 
années  1819  et  1820.  Prix,  iTt  fr.  Paris.  Antoine  Uavoux,  libraire, 
rue  Gît-le-Cœur,  n»  \.  On  s'abonne  à  Nîmes,  die?  l'auteur. 

La  jurisprudence  est,  pour  ainsi  dire,  le  complément  de  la 
loi,  dont  elle  fournit  le  commentaire  le  plus  sur  :  la  connaissance 
en  est  indispensable  à  ceux  qui  se  livrent  à  l'étude  du  droit.  Les 
recueils  d'arièts,  faits  avec  choix  et  avec  un  esprit  de  critique  ,. 
doivent  contribuer  aux  progrès  de  la  science. 


LIVRES  FRANÇAIS.  3;9 

Cet  esprit  a  présidé  à  la  collection  des  arrêts  qui  composent  le 
volume  que  nous  annonçons.  Ce  n'est  point  ici  une  simple  com- 
pilation, un  travail  purement  mécanique  j  Fauteur  Taccompagne 
toujours  de  réflexions  judicieuses  ;  il  fait  preuve  de  beaucoup  d'é- 
rudition, et  d'une  grande  connaissance  du  droit.  La  plupart  dos 
arrêts  qu'il  rappoite ,  sont  précédés  ou  suivis  d'observations  qui 
renferment  un  traité  succinct  et  substantiel  des  questions  dont  ils 
donnent  la  solution.  A  ce  mérite,  l'auteur  enjoint  un  assez  rare 
dans  le  barreau  dé  nos  provinces ,  celui  d'un  style  pur  et  cor- 
rect. 11  écrit  avec  beaucoup  de  clarté  et  de  méthode.  Ce  volume 
se  recommande  par  lui-même ,  et  fait  désirer  que  l'ouvrage  soit 
continué. 

173.  —  I.  De  la  Simpfification  des  {principes  constitutifs  et  ad- 
ministratifs ,  ou  Commentaire  nouveau  sur  la  Charte  constitu- 
tionnelle j  par  M.  L.  D.  D.  L.  V.  Paris,  1820.  i  vol.  in-8°  de 
120  pages.  —  2.  Du  Système  général  des  finances ,  par  M.  L.  D. 
D.  L.  V.  Paris ,  1820.  In-8°  ,  28 pages.  Paris.  Didotainé.  — 3.  Du 
Droit  de  cité;  des  droits  d'élection  qui  en  dérivent ,  ou  Recherches 
et  Propositions  sur  Toi-ganisation  locale,  les  droits  civiques  et  les 
élections,  et  spécialement  sur  les  fonctionnaires  de  l'ordi-e  admi- 
nistratif, juges  de  paix,  gardes  nationales  et  députés;  par  G. ,  avec 
cette  épigraphe  :  le  Roi  et  la  Charte.  Paris  ,  octobre  ,  1820.  In-80 
de  164  pages.  IVlongie  aine.  —  4-  Doctrine  sociale,  ou  Principes 
universels  des  lois  et  des  rapports  de  peuple  à  peuple  ,  déduits 
delà  nature  de  l'homme  et  des  droits  du  genre  humain;  par 
C.  J.  B.  BoNNiN.  Paris,  1820.  Ih-8o  de  188  p.  Brissot-ïhivars. 

Il  n'est  pas  étonnant  que  ,  dans  la  situation  où  se  trouve  la 
France,  on  voie  se  multiplier  les  écrits  sur  le  gouvernement  de 
ce  royaume  ;  les  uns ,  au  détriment  de  la  Charte ,  et  au  proîit 
des  privilèges  ou  de  la  grande  propriété;  d'autres,  au  profit  de 
la  toute  puissance  parlementaire  ou  ministérielle  ;  d'autres  enfin , 
dans  le  but  de  maiutenir  les  textes  et  l'esprit  de  cette  même 
Charte.  A  cette  dernière  classe  appartiennent  les  trois  premiers 
ouvrages  qui  font  le  sujet  de  cet  article;  mais  ,  dans  le  quatrième, 
on  suppose  apparemment  que  les  suspensions  et  les  violations 
de  la  Charte  amènent  la  nécessité  d'une  constitution  nouvelle ,  cl 
l'on  s'occupe  à  l'avance  de  rédiger  une  déclaration  des  di'oits: 
celle-ci  est  tellemeat  spéciale  et  a5>solue ,  qu'il  serait  difficile  de 


^H<s  I, IVRES  IRA^-rAlS. 

l:i  concilier  avec  le  .«ystème  de  la  monarrhie.  Tant  il  •**!  \rai  qn»* 
«  \c  sol  politique  a  clé.  fouille  ,  dan<  ces  derniers  tcms  ,  avec  uni- 
excessive  inipriulince  (i;!  «  Tant  il  e»t  manifeste  qu'on  ne  sau 
rail  trop  se  h^^fer,  pour  la  justice  et  pour  la  paix,  de  revenir  à 
la  f  iliiirte  ,  rt  de  rt'j^ler  un  mode  particulier  pour  sa  revision 
"  L  opinion  (le  sfal)iiile  une  fois  ébranlée,  les  controverses  pul- 
lulent ;  e'.les  nous  lancent  plus  loin  qu'on  ne  prévoyait  ;  elles  me- 
nacent de  tout  perdre.  » 

11  serait  peul-»!tre  facile,  quant  au  premier  et  an  troisième 
écrit,  de  percer  le  voile  des  lettres  initiales,  et  de  décou>Tir  , 
dans  celui-là  ,  un  de  nos  plus  illustres  et  de  nos  plus  habiies  ]ier- 
sonnapes  de  Tancien  et  du  nouveau  re'gime,  l'un  de  nus  meilleurs 
citoyens  ;  et,  dans  celui-ci,  l'un  de  nos  mat^istrats  et  de  nos  jiu- 
hlicistes  les  plus  éclaires.  Mais  nous  aimons  mieux  obser^  er  <pie 
ce  voile,  mis  en  avant  par  des  royalistes  constitutionnels,  purs 
et  très  sincères,  qui  n'écrivent  que  pour  le  maintien  et  le  dr'vr 
loppcmcut  de  la  Charte,  qui  montrent  à  chaque  j^age  leur  \  : 
attachement  j)Our  le  Roi,  la  dvnastie  et  nos  libertés  publiques, 
e>l  un  phénomène  digne  d'attention.  (Jommrnt  en  sommes  -nous 
M-nus  à  ce  point ,  que  l'on  se  dégni<c  pour  défendre,  par  le  rai- 
sonnement, la  loi  de  nos  lois  ? 

Quoi  qu'il  en  soit,  M.  L.  D.  D.  L.  V.  ajirès  avoir  rendu  à  la 
religion  de  la  majorité  des  Français  im  éclatant  et  juste  hom- 
mage, énonce  le  va-u  bien  raisonnable  de  voir  concentrer  tous 
les  missionnaires  dans  l'intérieur  des  églises;  il  demande  aussi 
l'obsei-valion  do  la  loi ,  mise  en  oubli ,  qui  exige  ,  pour  1rs  non- 
veaux  ctablisseniens ecclésiastiques,  l'intervention  des  Chambres; 
il  vmidrait  qu'on  ne  fît  pour  le  clergé  aucune  dépense  nouvelle, 
avant  d'avoir  pourvu  à  l'augmentation  du  traitement  des  curés 
et  des  vicaires,  etc. 

Il  ne  reconnaît  de  vraies  corporations  dans  l'Etat,  que  les  deu\. 
<]hambrcs  législatives.  11  «léfen»l,  comme  sages  et  cimfornies  à  l.< 
Ch.irtc,  les  dispositions  quant  à  pi-ésent  suspendues  de  cet  te  même 
loi;  et,  sans  examiner  quelle  est,  en  droit .  la  force  obligatoire  des  lois 
rontraircs  à  la  constitution ,  il  recommande  pour  elles  le  respect  et 

'i)  Voyez  mon  F.xnmenilu  sjslè-nr  dr  fll.  l'I.iu^eriçucs.'xn-^'' . 
jSiq.  Baudouin  frères.  ' 


t 


I 


LIVRES  l'RAlNÇAIS,  3Si 

nirnie  le  silence.  Or,  il  se  déclare  partout  con>titutionnel,  et  sare 
I  I  '  i  luandation ,  présentée  comme  absolue ,  peut  sembler  difficile  à 
«oucilier  avec  le  maintien  de  la  constitution.  L'illustre  auteur  n'a 
voulu  sans  doute,  ici,  que  donner  un  conseil  salutaire  qu'on  ne  ])l\t 
lui  reprocher,  et  dont  on  ne  saurait  au  moins  contester  la  pi'udence 
On  aime  àrentendre,  pages  28,  44'  ^^^7  se  reconnaître  «  op- 
pressé par  notre  Code  pénal,  »  et  demander  que  ce  Code,  qui 
•est,  dit-il,  en  plusieurs  dispositions,  «  un  horrible  monument 
de  despotisme,  soit  mis  en  accord  avec  le  système  d'une  mo- 
narchie constitutionnelle ,  et  qu'on  nous  donne  la  loi  nécessaire 
pour  prévenir  et  pour  ré[jrimer  les  arrestations  arbitraires,  w  11 
ose  dire,  pageag,  que  «  l'arbitraire  est  le  plus  grand  vice  de  tout 
gouvernement ,  et  la  ruine  entière  du  gouvernement  monarchique 
tempéré!  »  En  conséquence,  il  présente,  pour  assurer  la  respon- 
sabilité réelle  des  ministres  et  de  tous  les  agens  secondaires  ,  un 
projet,  conforme  presqu'en  tout,  comme  il  l'observe  lui-même, 
à  un  plan  déjà  proposé  par  M.  le  baron  de  Cormenin ,  maître  des 
requêtes.  On  regrette  qu'il  veuille  fixer  définitivement  l'organi- 
sation et  la  procédure  criminelle  des  Chambres,  par  de  simples 
réglemens ,  et  qu'il  ne  paraisse  point  blessé  que  les  pairs ,  en 
Francecommeen  Angleterre, demeurent  toutà  la  fois  juges  d'ins- 
ti'uction  et  d'accusation  ,  jurés  et  juges,  et  que  leurs  actes  soient 
affranchis  de  toute  révision  et  cassation,  même  devant  une  sec- 
tion de  leur  Chamljre. 

Cependant,  il  sollicite,  pages  4o  et  sviivantes,  le  rétablissement 
du  jury  d'accusation,  et  une  formation  des  jurys  qui  leur  ôte  le 
caractère  de  commission.  Il  donne  aussi  le  projet  de  cette  forma- 
tion, et  un  projet  qui  semble  judicieux.  Il  demande,  avec  grande 
raison,  pages  5"/  et  58,  un  ordre  judiciaire  légal  pour  juger  le 
contentieux  de  l'administration.  Il  indi(]ue  un  moyen  d'assurer  la 
libre  délibération  des  Cliambres ,  sans  rien  changer  à  l'année  fi- 
nuncière  :  ce  moyen  aurait  l'avantage  d'établir  la  fixité  de  la  con- 
tribution foncière.  Il  réclame  le  maintien  de  la  loi  du  recrute- 
ment, et  d  réprouve  tout  traité  de  commerce  ,  comme  toujou^is 
Illli^ible  aux  plus  précieux  intérêts  du  commerce  et  de  riiidustrie. 
Il)>iésente,  d'ailleurs,  beaucoup  d'aperçus  politiques  et  dénotions 
oonstitulionnelles  qu  il  faut  voir  dans  l'ouvrage  même. 

Dans  la  Ijiociuire  intilulée  :  Système  gnuntl  des  fincinces ,  le 


i 


■ 


38j  I.IVIŒS  IKANÇAIS. 

même  auteur  «leploic  «les  vues  <jui  nous  ont  semble  profondes ,  et 
très  dignes  de  l'attention  de  nos  ministres. 

Le  livre  r/u  Droit  île  f'Uc,  etc.  ,  jin-sintc  sur  ce  droit,  et  sur  les 
élections,  des  reclicrchcs  historiques,  savantes,  ingenjeu-:es  ,  et 
fort  bien  rcdif^ces.  Quant  au  choix  des  membres  de  la  chambre 
élective,  l'auteur  voudrait  que,  sauf  le  cas  d'exclusion  ou  de  sus- 
pension nécessaires,  tous  les  mâles  français  payant  une  contri- 
bution,  ;1gés  de  11  ans  accomplis,  inscrits  sur  le  registre  civique, 
ayant  acquis  depuis  par  inscription  un  domicile  politicpie,  con- 
courussent à  nommer  les  électeurs.  V.n  deux  mots,  il  est  pour  le 
siiflVage  à  peu  jiriJs  universel  des  coutribuables ,  et  pour  les  deux 
degrés  d'élection.  Il  est  permis  de  croire  que  le  suHrage  univer- 
sel, au  premier  degré,  ne  serait  qu'un  avantage  très  illusoire  pour 
les  petits  contribuables,  et  peut-être  quici,  comme  en  autre 
chose,  le  mieux  serait  l'ennemi  du  bien. 

L'auteur  demande  que  ,  pour  choisir  les  conseils  de  municipa- 
lités d'arrondissement  et  de  département,  les  contribuables,  ïlgés 
de  "21  ans  ,  jouissant  de  leur  raison  ,  et  liors  létal  du  service  do- 
mestique, concourent  aux  élections;  il  donne  de  sages  moyens 
pour  obtenir  aisément  ce  concours.  Il  laisse  au  roi  ou  au  préfet  le 
choix  de  tous  les  maires,  pourvu  quïls  soient  pris  dans  le  conseil 
niimifipal. 

Relativement  aux  juges  de  paix  ,  il  vote  pourquc  le  roi  les  choi- 
sisse sur  une  double  jirésentation  des  citoyens  de  l'arrondisse- 
ment, suivant  la  dernière  loi  rendue  sur  ce  sujet;  il  démontre 
qu'il  conviendrait,  à  tous  égards,  d'en  laisser  l'élection  libre  aux 
citoyens  du  ressort  de  chaque  justice  de  paix. 

Quant  aux  gardes  nationales,  il  ne  voudrait  tout  au  plus  <|ue 
des  g.inles  municipales  ,  et  il  demande  ,  pour  le  pouvoir  exécutif, 
1<'  choix  de  tous  les  oflirlcrs  :  comme  si  le  droit  d'ancienneté  <|ui 
a  lieu,  même  dans  la  ligne,  pouvait  paraître  ici  dangereux  !  Si 
l'on  n'a  que  des  gardes  municipales  pour  escorter  la  procession  , 
et  pour  faire  cortèpe  oii  parade,  comme  dit  l'auteur,  on  ne 
conçoit  pas  qu'il  y  ait  de  l'inconvénient  à  laisser  choisir  tous  les 
olliciers  jiar  ceux  (pii  font  le  service,  comme  cela  se  j^raliquait 
eu  beaucoup  d'endroits,  avant  la  révolution  ,  sans  aucun  résultat 
fJrhcux. 

il  faut  voir,  dans  le  livre  de  M.    Bonnin  .  ses  .'Iphonimes   sur 


LIVRES  FKANÇAIS.  383 

les  droits  de  l'homme,  et  gi  articles  formant  un  abrège  de  ces 
mêmes  aphorisraes.  Parmi  des  idées,  la  plupart  fort  justes,  et 
d'une  ap;)lication  ge'nc'rale,  il  en  est  qui  ne  peuvent  convenir 
pour  une  vieille  civilisation,  et  surtout  pour  servir  une  vieille 
monarchie.  L'auteur  pre'tend,  néanmoins,  qu'elles  doivent  servir 
de  modèle  à  tous  les  peuples  ,  sans  exception. 

Cet  ouvrage  est  terminé  par  des  re'flesions  judicieuses  sur  Mon- 
tesquieu, et  sur  les  plus  célèbres  pliilosoplies  et  publicisles.  Ce- 
lui que  l'auteur  préfère  à  fous  ,  est  Montesquieu.  On  ne  voit  pas 
bien  comment  il  pourrait  s'accorder  avec  Fobjet  de  sa  prédilection. 
Montesquieu  était  singulièrement  frappé  des  ubus  de  la  correction 
même.  Il  disait  que  «  la  plus  grande  preuve  de  la  bonté  des  lois 
d'un  peuple,  est  qu'elles  ne  soient  applicables  à  aucun  antre  »,  et 
il  a  écrit  cette  phrase  :  «  Si  je  pouvais  faire  en  sorte  que  tout  le 
monde  eût  de  nouvelles  raisons  pour  aimer  son  prince  et  ses  lois , 
qu'on  put  mieux  sentir  son  bonheur  dans  cli;ique  gouvernement, 
je  me  croirais  le  plus  heureux  des  mortels.  »  Enfin  ,  IMontesquieu 
était  bien  loin  de  croire  que  «  l'idée  de  Dieu  doive  être  totalement 
étrangère  au  gouvernement  des  hommes.  » 

L'auteur  n'a  point  rempli  ce  que  son  titre  annonce.  Il  promet 
les  Principes  uniuersels  des  lois  et  des  rapports  de  peuple  à  peuple  ; 
et  il  n'a  traité  que  du  droit  public  intérieur,  des  rapports  des  ci- 
toyens avec  leurs  magistrats  ,  et  entre  eux.  Quelle  que  soit  notre 
critique,  l'ouvrage  de  M.  Bonnin  mérite,  à  beaucoup  d'égards, 
l'attention  des  philosophes ,  des  législateurs  et  des  citoyens 
éclairés.  Lakjcinais. 

1^4'  —  Examen  des  lois  des  17,  26  mars ,  Qjuin  1819,  et3i  mars 
1820,  relatives  a  la  rc'pression  des  abus  de  ta  liberté  de  la  presse-, 
par  M.  Caknot,  auteur  de  plusieurs  ouvrages  sur  la  législation. 
Paris ,  1820  ;  in-S"  de  266  pages.  Chez  INève. 

Les  trois  premières  de  ces  lois  ont,  en  plus  d'un  sens,  trompé 
les  vœux  des  partisans  de  l'arbitraire,  et  surtout  le  juste  espoir 
des  amis  d'une  sage  liberté.  La  quatrième  loi  est  ouvertement 
constitutionnelle  j  son  malheureux  titre  de  loi  de  passage  suffit 
pour  la  faire  apprécier  :  elle  a  déjà  duré  long-tcms.  Les  trois  au- 
tres sont,  à  quelques  égards,  très  vicieuses;  l'auteur  en  démontre 
ici  les  graves  inconvéniens,  et  indique  les  dispositions  qu'il  fau- 
drait admettre;  il  signak',  en  attendant,  les  ybu>  d'exécution  qui 


:W'»  LlVllFS  FHAlVrAJS. 

^onf  vfnii*  ag£;ravpr  encore  le  joug  de  ces  mj'mrs  lois.  Cft  r-xameii 
est  un  nouveau  service  que  .M.  C.  a  reiulii  à  la  pairie,  ^os  le{;is- 
lalcnrs,  comme  nos  jurisconsultes,  trouveront  dans  son  livre  des 
iloctrines  aus>i  cxacics  qu'utiles,  et  qu'on  ne  saurait  trop  tôt  voir 
adoptées.  Lanjcinais. 

!'•;'>.. —  In  tltfiutr  Jnii-.'l  accepter  des  places  ?  l'ar  EusÈrr. 
Salverte,  du  département  de  TAube.  Paris,  18  !0.  Brochure 
in-H"  de  i\  pages.  Baudouin  frères. 

On  se  doute  bien  que  cette  que^tion  est  résolue  négativement  ; 
mais  il  est  bon  de  suivre  l'auteur  dans  l'exposition  des  motifs  qui 
lui  semblent  commander  impérieusement  :  i"  que  le  députe  inde- 
j)endant  renonce  à  accepter  des  j-hiccs;  a"  que  le  de'pulé  ionc- 
lionnaire  renonce  à  ol)tenir  son  avancement. 

l'-G.  —  L'itat  (le  la  qutstinn.  LvUrc  a  un  c!ecteitr;  par  ErsÈFE 
Salverte,  du  depaitcmeni  de  l'Aube.  Paris,  1820.  Brochure 
in-S^de  4^  pages.  Baudouin  frères. 

i^iy. —  Lettre  iur  ta  censure  des  journaux  et  sur  tes  censeurs, 
ou  Extrait  d'une  correspondance  inédile  ,  l'efatiue  nu.r  affaires  du 
ti-nis  ;  par  Huariite  \)vMovi.\y.  Paris,  i8.>.o.  Brocluire  in-8°  de 
100  pages.  Baudouin  frères. 

!•-{>.  —  IVote  sur  ta  véritable  inter-irétation  d^une  toi  ilaticnne. 
Paris,  1820  ;  in-8°.  Ant.  Baillcul,  rue  Thibaut  ode',  n°  8. 

M.  le  comte  Ckarlcs  Pasero,  né  à  'l'urin  ,  étant  venu  en 
l'rancc  vers  la  (in  de  Tannée  1816,  a  fait  imprimer  successive- 
ment divers  opuscides  marqués  au  sceau  de  la  morale  .  de  la  lo- 
gique et  dune  politique  sagement  libérale.  ^laintenant,  on  lui  eu 
fait  un  crime.  On  l'accuse  d'avoir  violé  une  loi  du  Piémont  , 
conçue  en  ces  termes  :  «  On  ne  pourra  faire  imprimer  à  l'étran- 
ger aucun  écrit,  sans  l'avoir  soumis  auparavant  à  l'approbation 
des  réviseurs  établis  par  S.  M.  ,  sous  peine  d'une  amende  de  60 
ecus  ,  ou  do  telle  autre  plus  forte  que  S.  M.  pourra  infliger,  se- 
lon les  circonstances.  » 

La  Note  a  pour  objet  de  démontrer  f[u'une  pareille  accusation 
reposerait  sur  une  fausse  inleri)réfation  de  la  lui  cilée,  quand 
laéme  celle  loi ,  qui  n'a  jamais  eu  dexécnfion  ,  n'aurait  pas  «-lé 
abrogée  par  désuétude.  L'auteur  nous  paraît  avoir  traité  la  «jurs- 
tion  sous  ses  vrais  points  de  vue. 

i-n.  —  Sur  la  cuisse  hypothécaire  et  ses  rcsult>ils  ,  par  M.  Br.R- 


LIVRES  FRAISÇAIS.  385 

THEviTf.  Paris,  1820.  Brochure  in-S"  de  20  pages.  Chez  Louis, 
Pt-licier  etJohanneau,  libraires. 

L'auteur  discute  les  moyens  géne'raux  à  employer  pour  que 
Tapplication  des  capitaux  puisse  aider  les  efforts  de  l'agriculture. 
Puis  ,  il  cherche  à  de'raontrer  qu'il  n'est  pas  donné  à  la  caisse  hy~ 
pothécaire  de  produire  un  résultat  aussi  important.  En  pre'sa- 
geant  la  chute  de  cette  caisse ,  l'auteur  fait  ne'anmoins  observer 
qu'elle  aura  introduit  parmi  nous  l'esprit  de  calcul,  à  la  faveur 
duquel  on  pourra  bientôt  concevoir  une  banque  à  la  fois  foncière 
et  de  circulation  :  problème  dont  la  solution  serait  un  ve'ritable 
bienfait  pour  la  France  ,  à  cause  <le  la  réunion  des  intérêts  fon- 
ciers et  commerciaux. 

180.  —  Des  priviléi^es  et  hypothèques ,  ou  Kxplicntion  du  titre  18 
du  litre  III  du  Code  cii-il;  par  M.  Cotelle  ,  professeur  de  la  Fa- 
culté de  droit  de  Paris,  et  avocat  à  la  Cour  royale.  Paris,  1820. 
I  vol.  in-8°  de  480  pages. 

Nous  avons  déjà ,  sur  ce  sujet  difficile  et  important ,  plusieurs 
traités  postérieurs  au  Code  civil ,  quia  établi  Tordre  hypothécaire 
actuel  par  amalgame  des  deux  systèmes  précédemment  établis, 
l'un  par  redit  de  1771  sur  les  lettres  de  ratification  ,  et  l'autre 
par  la  loi  de  messidor  an  3,  modifiée  déjà  par  la  loi  de  brumaire 
an  II  sur  les  hj-pothèques. 

Ce  qui  distingue  principalement  ce  nouveau  traité,  c'est  le 
chapitre  septième  et  dernier  où  l'auteur  expose  quelques  incon- 
véniens  et  quelques  difficultés  graves  qui  résultent  du  système 
actuel ,  avec  l'indication  de  plusieurs  dispositions  qui  feraient 
disparaître  ces  vices. 

181.  —  Les  OJfîcialités  supprimées  par  la  loi,  rétablies  par  des 
~  évéques ;  ou  Examen  religieux  et  politique  d'une  ordonnance  de 

Tévêque  de  Metz,  du  28  mars  1820.  Par  M.  Lattiuikais  ,  pair  de 
France,  etc.  Paris,  1820  ,  brochure  in -8*  de  17 pages.  Baudouin 
frères  ,  rue  de  Vaugirard ,  n°  3G. 

182.  —  Histoire  de  la  ville  de  Kholan,  tirée  des  Annales  de  la 
Chine  et  traduite  du  chinois;  suivie  de  recherches  sur  la  subs- 
tance minérale  appelée  par  les  Chinois  pierre  de  lu ,  et  sur  le 
jaspe  des  anciens.  Par  M.  Abel  RÉmusat.  In-80  de  288  pages. 
Paris,  1820,  chez  Doublet. 

Khotan,  dont  nos  géographes  parlent  à  peine  sous  le  nom  de 

Coten ,  est  le  nom  transformé  d'une  ville  et  d'un  pays  de  la  Tar- 

TOME  VIII.  a5 


«6  LIVRES  FRANÇAIS, 

tarie  indépendante ,  qui  formèrent  autrefois  un  assez  puissanl 
royaunjc,  dans  la  petite  Boiikarie,  vers  le  milieu  de  ce  que  non» 
appelons  la  Tartarie  indépendante,  an  midi  de  la  rillc  et  du 
royaume  de  Kashj;ar.  Le  nom  original  est  le  mot  sara^icrit  Knui- 
tana ,  qui  signilie  Urre  mamelle  ,  excellent  jjays  ,  ou  Ai  nin- 
melledela  lerre.  En  eflet,  le  Khotan  donne  le  mu>c  dont  le  parfum 
et  le  beau  uoir  sont  tant  cëlcbrës  par  les  poètes  orientaux.  Les  ri- 
Tières  du  pays  charient  la  précieuse  pirrre  de  cash,  ou  le  jaspe  an- 
tique, notre  jade  oriental,  autrement  la  pierre  dVii ,  dontlegisse- 
ment  est  le  fabuleux  monf  y*/erou,  l'Olympe  des  Indous,  YNot-moJus 
des  anciens,  en  saniscril  hinimala,  le  inonti1ut''mul ,  ou  flimalaYa, 
place  du  Froid  (i).  Cette  pierre  est  encore  aujourd'hui  l'objet 
d'un  commerce  dont  le  pays  et  la  ville  de  Khotan  sont  le  princi- 
pal entrepôt ,  et  dont  l'origine  paraît  remonter  aux  premiers  âgei- 
du  monde.  Dés  avant  l'ère  chrétienne  ,  ce  pays  était  connu 
des  Chinois  ;  il  servait  de  passage  pour  communiquer  de  l'occi- 
dent de  l'Asie  dans  la  Chine,  et  entretenir  des  rapports  de  com- 
merce. Il  était,  il  y  a  plus  de  iGoo  ans  couvert  de  monastères, 
où  les  boudhistes  des  régions  orientales  allaient  chercher  les  livres 
sacrés  et  les  traditions  de  leur  croyance.  Il  paraît  avoir  con- 
•ervé  son  indépendance  jusqu'à  l'invasion  de  Gengiskan. 

Tels  sont  les  faits  importans  recueillis  dans  la  première  parti* 
de  ce  volume.  La  seconde  est  une  monographie  de  la  pierre  d'yu  , 
la  plus  complète  qui  existe,  et  l'on  y  trouve  sur  la  nature  des 
fameux  vases  murrhins  une  excursion  très  curieuse. 

L'auteur  nous  promet  sur  Verki/ing,  Knshqar  ,  Bishlalick  et 
autres  pays  situés  entre  le  Tibet  et  les  limites  méridionales  d« 
l'empire  russe  actuel,  et  tous  en  des  contrées  qui  répondent  sur 
nos  cartes  à  de  grands  espaces  blancs,  des  extraits  exacts  et  précis 
de  ce  qu'en  disent  les  livres  chinois. 

On  peut  prévoir  que  ses  profondes  recherches  et  son  érudition 
profonde,  le  mettront  un  jour  en  état  de  tracer  l'histoire  du 
culte  de  Boudha  dans  la  Tartarie,  et  de  rédiger  le  tableau  des 
révolutions  qui  ont  conduit  les  antiqiies  Samanéens'  si  loin  d* 
leur  contrée  originaire,  et  étendu  dans  le  nord  l'influence  des 

(i)  De  hiiita  et  de  hintmala  viennent  sans  doute  le  mot  hicm< 
des  liittins,  ^d'où  sort  notre  mot  hn/er),  f\\c  hinttnvi  et  se* 
analogues,  qui  désignent  le  ciel,  dans  les  langues  tcutoniques. 


LIVRES  FRANÇAIS.  387 

religions,  des  institutions  et  des  lan>,xies  qui  ont  tant  fleuri  dans 
la  presqu'île  de  Tlnde,  après  y  avoir  été  apportées  de  régions 
asiatiques  plus  occidentales.  Lanjcinais. 

1 83.  —  (*)  Histoire  de  la  vie  et  des  ouurnges  de  .1 .  de  Lnfontaine , 
par  C.-A.  Walckenaer  ,  membre  de  Tln'îtitut  ;  avec  cette  épi- 
graphe :  «  De  ma  rêveuse  enfance  il  a  fait  les  délices.  )>  (Ducis.) 
Paris,  1820.  I  vol.  in-S"  de  535  pages.  Nepveu,  libraire,  passage 
des  Panoramas ,  n°  26. 

184.  —  Essai  sur  la  vie,  les  opinions  et  les  ouvrai^es  de  Barthé- 
lémy t^aujas  de-  Saint-Fond,  administrateur  du  Jardin  du  Roi, 
professeur  de  géologie  au  Muséum  d'histoire  naturelle,  membre 
dediverses  Sociétés  savantes,  et  chev;dier  de  la  Légion  d'honneur; 
par  M.  DE  Fretctnet,  propriétaire.  Valence,  1820.  De  l'imprime- 
rie de  Jacques  Montai.  56  pages  in-4°. 

Le  département  de  la  Drome  fut  le  berceau  de  Barthélémy 
Faujas  de  Saint- Fond  ,  et  c'est  dans  ce  même  département,  au 
domaine  de  Saint-Fond  ,  que  repose  sa  dépouille  mortelle.  Ce  sa- 
vant est  mort  à  l'âge  de  78  ans,  après  avoir  été  l'ami  de  Bufl'on  et 
avoir  parcouru  une  carrière  aussi  brillante  dans  les  lettres,  qu'u- 
tile dans  les  hautes  sciences  :  il  était  attaché  au  Jardin  du  Roi 
comme  administrateur,  et,  au  Muséum  de  cet  c'tablis.sement, 
comme  professeur  chargé  de  la  chaire  de  géologie.  Il  laisse  de 
précieux  et  nombreux  ouvrages.  , 

Il  eût  été  pénible  pour  le  département,  d'attendre  que  l'éloge 
de  ce  savant  fût  publié  par  des  hommes  étrangers  à  la  Drôme  : 
aussi  annonçons-nous  avec  plaisir  cet  éloge ,  dû  à  l'un  de  ses  amis 
(M.  Freycinet).  Comme  tribut  payé  à  la  mémoire  d'un  ami,  il  est 
fait  pour  intéresser  :  il  renferme  ,  en  outre,  des  opuscules  inédits 
de  Barthélémy  Faujas  ,  qui  consistent  en  pensées  diverses,  en  un 
dernier  voyage  géologique ,  suivi  d'un  discours  ex  professa,  pro- 
noncé par  Barthélémy  Faujas  à  l'ouverture  de  son  dernier  cours  de 
géologie,  en  1818;  à  la  fin,  est  une  notice  bibliographique  de  48 
ouvrages  imprimés,  et  d'autres  qui  n'ont  pointencore  paru.  L'ou- 
vrage de  M.  Freycinet ,  imprimé  avec  soin  sur  très  beau  papier 
vélin  d'Annonay,  est  destiné  par  l'auteur  aux  amis  les  mieux 
connus  de  Barthélémy  Faujas,  à  qui  il  en  fait  hommage.  Quant 
au  reste  de  l'édition,  il  n'est  plus  que  d'un  petit  nombre  d'exem- 
plaires :  on  les  trouvera  chez.  MM.  Freycinet,  à Loriol ,  et  Montai, 


2C> 


n* 


388  LIVRES  FKAWÇAIS. 

imprimeur  du  Roi,  à   Valence.  Prix  ,   i  francs,  si  l'ouvrage  est 

retire  ;"i  ces  deux  adresses  .  et  a  fr.  a5  c.  fianc  de  port. 

i85. — ,f^ie  (rjJoiitcc  .\rhoii,  commandant  en  chef  des  (lottes 
britanniques,  baron  du  JNil,  chevalier  de  l'ordre  du  Bain  ,  etc.; 
traduite  de  l'anglais,  sur  la  troisiîme  édition  de  Uohert  Sodthet, 
par  M.  F....  R....;  in-S"  de  4î'ipages,  avec  le  portrait  de  INelson. 
Prix,  5  fr.,  et  6  fr.  5oc. ,  frauc  de  port.  Scherfl",  libraire ,  rue  de 
l'Oratoire-St. -Honore  ,  n*  6. 

Cet  ouvrage,  qui  est  à  sa  troisième  édition,  a  obtenu  un  grand 
succès  en  Angleterre.  Les  Anglais  devaient  accueillir  avec  cm- 
pres.sement  la  vie  d'un  des  grands  capitaines  qui  ont  honore'  leur 
marine.  L'éditeur  français  ne  doute  pas  que  cette  vie  n'intéresse 
vivement  ses  comp.ttriotes  ,  (/ue  cFanciennes  rifaliles  n'ont  jamais 
empêchés  de  rendre  justice  au  mérite  de  ceux  de  leurs  ennemis  qui 
leur  ont  fait  le  jdus  de  mal.  Nous  devons  lui  savoir  gré  de  ce 
motif  <jui  r.i  décide  à  publier  sa  traduction,  nous,  surtout,  qui 
aimoiis  à  faire  valoir  les  hommes  et  les  choses  utiles,  sans  dis- 
tinction de  pays  ni  d'opinions. 

Celui  qui  demandait ,  à  l'âge  de  cinq  ans ,  ce  que  c'est  que  la 
peur,  devait  être  un  jour  un  héros.  Doué  d'une  ame  forte ,  que 
Ton  aurait  à  peine  Roupçonnée  dans  un  corps  aussi  débile  que  le 
sien,  il  eut  à  vaincre  beaucoup  d'obstacles  dans  le  commence- 
ment de  sa  carrière.  On  aime  h  recueillir  le  témoignage  qu'il  se 
rend  à  lui-m.^mc ,  dans  l'ép.inchcmcnl  de  l'amiti»'.  «  J'ai  tciminé 
cette  guerre,  dit  INelson  dans  une  de  ses  lettres ,  sans  avoir  fait 
ma  fortune  j  mais  ma  réputation  est  sans  tache.  La  gloire  véri- 
table, je  l'espère,  sera  toujours  d'un  plus  grand  prix  ,  à  mes  yeux, 
que  les  rlrhcsses.  n  C'est  ainsi  que  pensait  ce  grand  homme,  qui, 
mort  à  ^Hans ,  avait  consacré  3)  années  à  seivir  son  pays.  Il  mou- 
rut, comme  il  avait  vécu,  en  triomphant,  à  la  bataille  île  l'ra- 
falgar,  le  20  octobre  i8o5.  «  ]Vous  avons  perdu  bien  plus  ()ue 
nous  ne  pourrions  jamais  gagner,  «  dit  le  monanjuc  anglais,  en 
apprenant  la  victoire  et  la  mort  de  l'amiral  Nelson. 

Le  traducteur  a  rendu  fidèlement  le  texte  de  l'auteur,  en  n'y 
joign.mt  (pic  deux  ou  trois  notes,  et  en  se  dispensant  de  relever 
jilu'»irurs  assertions  hasardées,  telles  (|ue  celle-ci:  «  L'Angleterre 
n'a  ]viit-«'^tre  pas  employé  assez  souvent  ce  genre  «l'artillerie  (l'or) 
dont  la  l'rancr  a  tiré  un  vi  îjrand  |>arti  pour  subjuguer  le  ronli- 
Bcnt.  u  Nous  imiterons  ta  modération ,  laissant  au  lecteur  le  soi* 


LIVRES  FRANÇAIS.  389 

«le  faire  justice  de  ces  passages,  qui  déparent  un  peu  l'ouvrage  de 
M.  Robert  Southcy. 

186.  —  Dissertation  sur  cette  question  :  Cujas  fut-il  refuse  dans 
la  demande  «ju^il  fît  d'une  chaire  de  professeur  à  Toulovisu?  par 
M.  Behriat  Saint-Prix,  ln-8"  de  02  pages.  Paris ,  1820.  Baudouin 
frères. 

Cette  dissertation  ,  oii  le  refus  éprouve  par  Cujas  est  démontré 
par  une  lettre  de  lui-même,  et  dont  l'original  existe ,  fait  partie  d'un 
£ssai  sur  la  vie  de  Cujas,  que  l'auteur  se  propose  de  publier  à  la 
suite  d'une  Histoire  du  droit  romain. 

187. — Eloge  historique  de  Jean-AJaric  Cailleau,  docteur  méde- 
cin;  parE.  B.  Revolat,  ancien  médecin  principal  des  armées,  etc.: 
lu  dans  la  séance  publique  de  la  société  royale  de  médecine  de 
Bordeaux,  le  28  août  1820.  Bordeaux,  1820.  in-8°  de  32  pages. 
Lawalle  jeune  et  neveu  j  Allées  de  ïourny ,  n"  20. 

188.  —  Ode  hébraïque  sur  la  naissance  de  Mgr.  le  duc  de  Bor- 
deaux ;  par  M.  D.  Drach,  rabbin,  docteur  de  la  loi,  directeur  de 
l'école  cousistoriale  israulite  de  la  Seine ,  avec  la  traduction  fran- 
çaise en  regard  du  texte  :  présentée  à  S.  M.  Louis  XVIII ,  par 
l'auteur,  d.ms l'audience  du  23  octobre  1820.  Paris,  1820.  Impri- 
merie hébraïque  de  Sétier. 

189.  —  Sur  les  ai'antages  des  belles-lettres:,  discours  prononcé 
par  M.  Mathias  ,  censeur  de  l'Ecole  militaire  préparatoire  des 
BouUais  (le  16  octobre  1820,  à  l'ouverture  de  cette  Ecole  royale). 
1820.  Didot  aînéj  la  pages. 

190.  —  Le  vieux  Cdi^enol,  ou  Anecdotes  sur  Jimbroise  Borély. 
Paris,  1820,  I  vol.  in-i8.  Kleffer,  rue  d'Enfer,  iio  2.  Prix,  3  fr. 

C'est  une  jolie  réimpression  d'un  roman  contre  l'intolérance  5 
roman  historique  ,  ingénieux  ,  et  bien  écrit,  oh  le  célèbre  et  in- 
fortuné Rabaut  Saint-Etienne  mit  autrefois  en  action  les  lois  et 
les  principales  mesures  executives  dirigées  contre  les  protestans, 
sous  le  règne  de  Louis  siv  etdepuis.  L'ouvrage  eut  un  assez  grand 
succès  lorsqu'il  parut  j  il  est  précédé  ici  d'une  intéressante  notice 
sur  l'auteur,  par  M.  le  comte  Boissy  d'Anglas,  et  d'un  éloge  de 
M.  de  Bec-de-Lièvre,  évoque  de  Wîiues,  prélat  qui,  pour  sa 
bienfaisance  et  sa  charité,  fut  aussi  regretté  par  ses  diocésains 
protestans ,  que  par  les  catholiques. 

191.  (*)  —  Un  An  et  un  Jour,  traduit  librement  de  l'anglais, 
par  madame  La  ha^xonne  Isabelle  de  montolieu  ;  3  volumes  in-i2-. 


39»  LIVRES  FKAINÇAIS. 

Prix,  pour  Paris,  7  fr.  fîoc.  :,  parla  poste,  9  fr.  Paris,  1830. 
Arthus  Bertrand  ,  rue  Hautefeuille ,  no  23. 

19a. — Chamonnier français , ou  l'irennes  des  dames  ;  rédigé  par 
quelques  convives  du  Caviau  moderne  et  des  Soupers  de  Mo- 
mus.  XV'Ili' année.  Paris,  1820.  t  vol.  in-i 8.  Caillot ,  lib. ,  rue 
St.-Anilré-des-Arfs,  noS;.  Prix,  j  fr.  5o  c,  et  a  fr.,  franc  de  port, 

193. — Chaiisrtnnier  det demoiselles  ,  par  lés  mêmes  auteurs  ,  et 
chez  le  même  libraire.  XVII»  année,  1  v.  in- 18.  1  fr.  et  i  fr.  a5  c. 

194.  —  yfrchn>es  des  le  tire  s ,  sciences  et  arts  ;  nouveau  journal. 
Format  in-4*.  Paris,  quai  Voltaire,  n'3,  au  premier.  Prix,  i5 
fr.  pour  la  France,  par  année,  et  17  fr.  5o  c.  pour  l'étranger. 

Le  premier  nunii'ro  de  ce  journal  a  paru  le  7  décembre  1819. 
Le  17  septembre  dernier,  il  avait  déjà  annoncé  :  1167  articles  de 
librairie,  176  de  gravure,  et  iiGdi  musique.  Les  yfrchi^'es  ne 
EC  bornent  pas  à  donner  les  titres  et  les  prix  des  ouvrages,  et 
à  n'en  présenter  ainsi  qu'une  froide  nomenclature^  elles  en 
font  aussi  connaître  le  plan  et  le  but ,  dans  des  annonces  rai- 
sonnces. 

Livre  étranger  imprimé  en  France. 

iq5-  —  Memorias  para  la  historia  de  las  Constituciones  espano- 
las,  etc.  —  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  des  Constitutions 
espagnoles.  —  \"  'Vlémoire  sur  la  Constitution  gothique-espa- 
gnole; par  Jean  Sfmpere.  Paris,  i8ao.  1  vol.  in-8°.  Kodriguez , 
cour  des  Fontaines ,  n°  4- 

L'ouvrage  que  nous  annonçons,  et  dont  l'auteur  est  connu  par 
un  grand  nombre  de  productions  eslim.<bles,  traite  de  la  l.onsti- 
tution  politique  de  rh.spagne,  pendant  les  trois  siècles  de  la  mo- 
narchie gothique.  —  Il  n'existait  pas  ,  à  proprement  (>arler,  de 
Constitution  écrite  ;  mais  l'histoire  et  les  lois  publiées  sous  le  roi 
£niirk  ,  cinquante  ans  après  la  conquête  ,  et  sous  les  successeurs 
d'Enrick,  offrent  «les  mnniimens  qui  constatent  l'existence  d'une 
organisation  politique,  résultat  du  mélange  des  coutumes,  des 
moeurs  et  des  opinions  apportées  en  Espagne  par  les  conque'ranx, 
avec  les  coutumes,  les  mœurs  et  les  opinions  des  Romains,  sous 
le  Ras-Kmpire ,  et  avec  celles  que  les  Espagnols  avaient  pu  con- 
server des  tems  antérieurs  à  la  domination  romaine.  M.  Sempcre 
pense  que  la  Constitution,  depuis  Km  ick  jusqu'.t  Recarede  ,  n  ad- 
mettait pas  les  Espagnols  (appelés /io/nâùw)  à  l'admiuistratioo 


LIVRES  FRANÇAIS.  îgi 

«lu royaume,  nia  la  formation  des  lois.  La  conversion  «leRecarede 
au  catholicisme ,  vers  la  fia  du  sixième  siècle,  fut  Forigine  du 
pouvoir  politique  des  évêques  :  ils  acquirent  alors ,  quoique  d'o- 
rigine espagnole,  une  autorité  illimitée,  et  s'érigèrent  en  législa- 
teurs ,  même  dans  les  Conciles  généraux  de  la  nation.  La  Cou- 
ronne des  Visigots  étant  élective ,  ils  participèrent  à  l'élection 
desroisjet,  si  la  force  ou  l'intrigue  en  décidaient,  l'élu  ne  se 
croyait  pas  solidement  assis  sur  le  trône,  à  moins  que  les  évêques, 
réunis  dans  un  Concile  avec  les  grands,  n'eussent  approuvé  l'élec- 
tion. 

Le  pouvoir  exécutif  était  confondu  avec  les  pouvoirs  législatif 
«t  judiciaire  ;  car,  le  roi  était  à  la  fois  chef  du  gouvernement , 
président  des  Conciles  ,  et  juge  suprême.  Aucun  impôt  n'était 
établi.  Le  souverain  soutenait  sa  maison  et  sa  dignité  avec  le  pro- 
duit des  terres  assignées  aux  rois  ,  et  cultivées  par  des  Espagnols 
attachés  aux  mêmes  terres,  comme  serfs  aJscripti glebœ.  Outra 
cela  ,  le  roi  s'appropriait  les  biens  confisqués  sur  ceux  qui  encou- 
raient cette  peine,  d'après  la  loi,  ou  en  vertu  d'un  jugement  du 
roi.  Les  Conciles  de  Tolède  nous  font  connaître  que  les  rois  visi- 
gots abusaient  très  souvent  de  ce  droit.  La  liberté  individuelle 
n'était  pas  garantie  :  il  est  vrai  qu'un  jugement  inique  pouvait 
être  réformé  par  une  cour  supérieure;  mais  le  malheureux  qui  ne 
parvenait  pas  à  constater  l'injustice  devant  le  juge  d'appel,  perdait 
son  procès ,  et  pouvait  être  puni  corporellement  j  circonstance  qui 
faisait  trembler  tous  les  pauvres,  etceuxmêmequi  nel'étaientpas. 

M.  Sempere  s'étonne,  avec  raison ,  des  éloges  que  des  écrivains 
éclairés  ont  donnés  à  la  Constitution  espagnole  <ies  Visigots  j  il 
avoue  franchement  que  les  évêques  espagnols  ont  quelquefois 
•tempéré  ledespotigme  des  rois,  dans  les  Conciles  de  Tolède  :  mais 
il  ne  dissimule  pas  les  motifs  intéressés  qui  les  déterminèrent  sou- 
vent ,  dans  des  occa<iions  critiques  ,  à  pencher  en  faveur  des 
hommes  ambitieux  qui  avaient  usurpé  le  trône.  Enfin,  l'ou- 
vrag"  deM.  iSempere  piésente  des  aperçus  neufs  et  curieux:  ceux 
qui  cherche  t  a  s'instruire  dans  l'histoire  critique  des  peuples,  y 
trouveront  un  grand  nombre  de  vérités  utiles  ,  et  penseront  peut- 
être  qu'un  travail  du  même  ordre,  exe'culé  pour  la  France,  r^ 
pandrait  quelques  lumières  sur  les  siècles  de  la  première  dyaas- 
tie.  J.  A.  Llobeitte. 


vwwwwwwvww  vwvwww  \v\xvi\v\\x^  WAWw^  \\v\  \\x\v  v\\  www  V  W\%\  VVWVWI^ 

IV.  NOUVELLES  LITTERAIRES 

ET    SCIENTIFIQUES. 


AMERIQUE. 

ÉTATS-UNIS. 

CoKSECTiCLt.  — I\ew-1Iav£.\.  —  Phy'siquc.  —  EUclricUè  gal- 
vanique.—  M.  Robert  Uare,  professeur  de  chimie  à  Tuniversitë 
de  Pensylvanie,  a  proposé,  dans  The  American  Journal  oj  Science 
and  yirts,  une  nouv<Uc  tlnioric  de  la  pile  de  f'oha  ,  qu'il  a  ap- 
puyi'e  dVxperii  uccs  intéressantes.  Lt- puissant  agent  dévcloppf 
pur  l'action  galvanique,  iii'  paraît  être  une  combinaison  de  calo- 
rique et  dVK'ctricilé  ordinaire.  11  reproclic  aux  phy-iricns  , 
peut-être  injustement ,  d'avoir  presque  coostainmeot  préfùrë  des 
piles  galvaniques  ù  plaques  nombreuses  ,  au  lieu  d'avoir  employ<^ 
des  surfaces  i>lus  clcnJues,avec  un  plus  petit  nombre d'e'lc'mcns. 
Au  mo^  en  dune  seule  paire  de  cuivre  et  de  zinc  ,  m.iis  de  49  l>icds 
carre's,  il  est  parvenu  à  rougir  très  fortement  un  til  métalli(|ue. 
M.  Hare  nous  semble  trop  négliger  Faction  chimique  ,  qui  doit 
j  lucr  un  rôle  inportaot  dans  la  théorie  de  cet  appareil. 

P<nu.ùère  atmosphérique.  —  M.  fiafinesque  a  publié  ,  dans  le 
Journal di'jà cité,  un  ÎMcmoire  sur  ce  qn  il  nomme  la  poussière  nt- 
m  sphcriquc.  Il  pens"  que,  sans  cesse  flottante  dans  Pair,  c'est 
elle  qui  se  déposer  si  abondamment  dans  nos  maisons  ;  qu'elle 
tombe  aussi  en  ia>e  campagne  ,  et  en  égale  quantité ,  par  un  tems 
sec  et  par  un  feuis  brumeux  j  qu'elle  est  principalement  composée 
d'alumine,  et  que  la  chute  prof'.ressive  de  cette  poussière  ,  jointe 
au  détritus  des  jilantes,  pei  met  do  concevoir  comment  les  anciens 
édifices  de  la  Grèce  et  Je  Rome  ont  été  presqu'cntièrement  en- 
sevelis. Jl  prt'tcnd  enfl'i  l'avoir  vue  en  Sicile,  sur  les  Alpes,  sur 
1rs  montagnis  de  l'Amérique  ,  et  même  au  milieu  de  l'Océan. 
M.  R.  ne  parati  pas  avoir  eu  connaissance  du  fait  suivant,  dont 
sans  doute  il  n'aurait  pas  manc|uéde  tirer  parti.  Lorsque,  vers  la 
fin  de  i8ig,lc  gouvernement  anglais  lit  ouvrir,  dans  le  ch.ltean 
d'Kdinibonrg.  la  chambre  où  étaient  déjioscs  les  omemens  royaux 
des  anciens  souverains  d'Ecosse ,  on  remarqua  sur  Icpbnclicr  une 


AMÉRIQUE.  395 

couche  de  poussière  de  plus  de  trois  pouces  d'e'paisseur ,  qui  sV- 
tait  accumuk'e  pendant  un  siècle  dans  une  salle  exactement  ferme'e. 

Kew-Yoek.  —  Météorologie.  —  M.  John  Bech  a  présente'  au 
lyce'e  de  cette  ville  un  Mémoire  sur  ce  qu'il  nomme  omges  salés. 
En  i8i5,  un  violent  ouragan  ,  venant  de  la  mer,  occasionna  d'af- 
freux ravages  ,  et  de'posa  sur  les  maisons  et  sur  les  plantes  une 
couche  cristalline  de  sel  marin.  M.  J.  B.  se  demande  dans  quel 
état  le  muriate  de  soude  existe  suspendu  dans  l'atmosphère;  et, 
quoiqu'il  n'entreprenne  pas  de  résoudre  cette  question,  il  lui  a 
paru  intéressant  de  constater  de  nouveau  un  fait  qu'avaient  déjà 
remarqué  ,  dans  l'Inde  et  en  Egypte ,  MM.  Forbes  et  de  Voluey. 

ViRGiME  ET  Tennessee.  —  Géologie.  —  M.  Elias  Cornélius  a  fait 
plusieurs  Observations  géologiques  importantes,  dans  ces  deux 
Etats.  Il  décrit  le  célèbre  pont  naturel  de  la  f^irginie  ;  les 
strates  inférieures  d'une  montagne  ayant  été  emportées  dans 
quelque  grande  révolution,  les  couches  supérieures  sont  restées, 
formant  une  arche  magnifique  de  214  pieds  d'élévation.  —  Il  a 
visité  dans  le  Tennessee  une  grotte  calcaire  dont  les  parois  offrent 
aux  habitons  une  abondante  récolte  de  salpêtre,  qu'ils  purifient 
par  des  cristallisations  successives.  L'acide  nitrique,  nécessaire 
à  la  formation  du  vitriol  de  potasse,  provient  sans  doute  de  la 
décomposition  des  cadavres  déposés  dans  la  grotte,  qui  servit 
long-tems  de  cimetière  aux  Indiens.  Il  a  observé  aussi,  chez  la 
nation  Cherokee,  un  vaste  tumulus,  ou  pyramide  conique,  de  plus 
de  1000  pieds  de  tour.  En  Amérique,  la  construction  de  ces  monu- 
naens  primitifs  remonte  à  une  si  liante  antiquité,  que  les  Indiens 
n'ont  conservé  aucune  tradition  de  leur  origine. 

Province  deTIhactaw.  —  Zoologie.  —  Mouche  venimeuse.  — 
A  cent  milles  des  Natchez,  une  grande  route  a  été  rendue  impra- 
ticable pour  les  chevaux,  à  cause  des  attaques  d'une  mouche  veni- 
meuse qui  les  fait  périr,  trois  heures  après  les  avoir  piqués  :  jus- 
qu'à 40  chevaux  ont  été  tués  dans  un  seul  hiver.  M.  Elias  Corné- 
lius n'a  pas  pu  déterminer  l'espèce  de  cet  insecte.  Ce  fait  rappelle 
que,  dans  l'Amérique  méridionale,  M.  de  Humboldt  avait  observé 
On  ruisseau  devenu  impraticable  pour  les  mulets",  parce  que  les 
anguilles  électriques  (  gymnotus  electricus  )  les  foudroyaient  à 
leur  passage. 


394  AMÉRIQUE. 

WASHiaCTOH.  —  Publication  nouvelle.  — M.  Georges  Otis,  qui 
a  traduit  récemment  Touvrage  de  M.  l'abbé  de  Pradt,  intitule'  : 
De  l'Europe,  aprci  le  congres  d'Aix-la-Cliapelle,  vit-at  aussi  de 
faire  passer  dans  notre  langue  l'histoire  vcritablenn-nt  classique 
de  notre  glorieuse  Révolution  ,  par  M.  Botta ,  céltbre  auteur  ita- 
lien, maintenant  citoyen  français,  et  rectiur  de  TArailcmie  de 
Rouen,  qui  semble  avoir  pris  pour  modèles  les  grands  historiens 
de  l'antiquité. 

RÉPUBLIQUE     d'hA.ÏTI. 

Port- au-Pbikce.  —  Enseignement  mutuel.  —  Des  lettres  de 
cette  ville  annoncent  que  l'instituteur  désigné  par  la  Société  de 
Paris,  M.  Ricatte,  a  reçu  l'accueil  le  plus  favorable;  son  école 
est  en  pleine  activité.  Sur  cent  élèves,  il  n'y  en  a  qu'un  blanc. 
M.  Pradères,  correspondant  de  la  Société  pour  l'enseignement 
ele'mentaire ,  demande  une  institutrice  pour  le  même  lieu. 

NOUVELLE-GRENADE. 

Bagota.  —  Instruction  pub'ique.  —  Le  général  Bolivar  a  fait 
convertir  le  couvent  des  capucins  de  cette  ville  en  un  collège, 
pour  servir  à  l'éducatjon  i°des  enfans  des  citoyens  mis  a  mort 
par  les  autorités  espagnoles;  'x°  de  tous  les  autres  orphelins  ou 
enfans  dont  les  parens  se  trouvent  réduits  à  rin.iigence;  3o  enfin 
de  tous  les  enfans  trouvés.  Les  dépenses  de  leur  nourriture  et  de 
leur  éducation  seront  supportées  par  la  république.  Le?  enfans 
dont  les  pères  ou  les  protecteurs  sont  morts  au  champ  de  bataille 
ou  sur  l'ëchafaud ,  pour  la  cause  de  l'indépendance,  seront  seuls 
immédiatemunl  ndmisdans  ce  collège.  On  y  enseignera  la  langue 
espagnole,  les' principes  de  la  religion,  de  la  morale,  de  la  logi- 
que, des  mathématiques,  de  la  philosophie  expérimentale,  du 
dessin,  de  l'histoire,  de  la  géographie  et  de  la  topographie.  Les 
fonds  spéciaux  du  collège  ne  consisterdbt ,  pour  le  moment ,  que 
dans  les  i5,ooo  dollars  (environ  80,000  francs)  que  le  docteur 
J.  Y.  Guitterez  a  légués  par  son  testament  à  l'instruction  publi- 
que, et  dans  les  fonds  appartenant  au  couvent  et  à  la  commu- 
nauté des  capucins  qui  se  sont  enfuis  de  cette  ville.  Si  ces  res- 
sources ne  sont  pas  suffisantes  ,  le  déûcit  sera  comble  par  la  tiëso- 
rerie  nationale. 


AMÉRIQUE.  —  ASIE.  ogS 

>'OUVELLE -ESPAGNE. 

Mexico.  —  Enseignement  mutuel.  —  Extrait  (Pune  lettre  écrite 
par  M.  Alaman.  —  «  J'ai  trouve  mon  frère ,  qui  est  chanoii>e,  à  la 
tête  d'un  de  nos  collèges ,  auquel  est  jointe  une  e'cole  primaire.  Je 
me  suis  occupe'  d'y  introduire  Vensrignement  mutuel:,  et  quoique 
j'aie  commencé  depuis  peu  de  tems,  on  s'aperçoit  déjà  du  succès 
de  cette  métliode.  » 

PÉROU. 

JYécrologie.  —  M.  Thaddée  Hœnke  ,  célèbre  naturaliste 
de  la  Bohème ,  vient  de  mourir  au  Pérou.  11  se  disposait  à 
revenir  en  Europe,  pour  refondre  et  publier  son  ouvrage  inti- 
tulé la  Flore  d<is  yilpes.  (]ette  perte  prive  les  savans  d'une  foule 
d'observations  curieuses  sur  la  vie  des  plantes  et  sur  l'action  inté- 
rieure de  la  nature  ,  et  de  beaucoup  de  recherches  faites,  pendant 
unséjour  de  quinze  ans,  dans  la  provincedeCocbabamba,  l'une  des 
plus  belles  et  des  plus  fertiles  contrées  du  monde.  A  la  nouvelle 
de  cette  mort,  le  vice -roi  adonné  ordre  qu'on  transportât  tout  ce 
qu'avait  recueilli  M.  Hœnke,  d'Arica  à  Lima.  Sa  collection  con- 
sistait en  extraits  de  quinquina,  et  en  autres  plantes  fort  esti- 
mées. Ce  naturaliste  était  élève  de  Jacquin. 

BRÉSIL. 

Rio-J.\NÈiRO.  —  Enseigiienent  mutuel. — M.  le  comte  de  Scey, 
ancien  préfet  du  Dodbs,  a  écrit  de  Kio-Janéiro  à  la  Société  pour 
l'enseignement  élémentaire  ,  afin  de  la  remercier  des  secours 
qu'elle  a  oiierts  «  t  qui  seront  très  utiles  pour  la  formation  des 
écoles  dans  ce  pays. 

ASIE. 

INDES    ORIENTALES. 

.  Calcutta.  —  .Aéridithe ,  ou  pierre  tombée  de  V atmosphère .  — 
Tous  les  1  hysiciens  sont  aujourd  hui  d'accord  sur  la  réalité  des 
aérolithes.  11  nVn  est  jjas  de  même  à  l'égard  de  l'origine  et  de  la 
formation  de  ces  corps  :  les  uns  les  regardent  comme  des  débris 
de  planètes,  ou  comme  des  produits  des  éruptions  volcaniques 
de  la  luni!  ;  d'autres  pensent  qu'elles  se  forment  de  toutes  pièces 
dans  l'atmosphère.  D  existe,  dans  le  muséum  de  la  compagnie 


k 


.igfi  asip:. 

des  Indes,  une  de  ces  pierres  .  remarquable  par  les  circonstance* 
qui  accompaj;nèrcnl  «a  chute.  Los  détails  que  nous  alinns  donner 
sont  extraits  d'une  lettre  du  capitaine  G-  Biid  au  major  Pcn- 
nington. 

Le  i8  février  iSif),  vers  raidi,  des  fjens  travaiJliint  dans  un 
champ,  à  environ  im  demi-mille  du  %Ula^edo  Dooralla,  furent 
tont-à-ccup  aiai-més  par  une  explosion  qu'ils  prirent-  pour  celle 
d'un  canon  de  ;;;ros  calibre  ,  à  laquelle  succe'da  un  bruit  pareil  au 
sifîlcmcnt  dun  boulet  de  canon  dans  sa  plus  grande  v-tesse.  Ayant 
tourné  leurs  yeux  vers  l'endroit  d  où  le  bruit  venait ,  ils  virent 
dano  l'air  une  };rosse  masse  noire,  qui  pa!-ai-;sait  se  diriger  vers 
eux  :  elle  les  dépassa  avec  une  vitesse  intonrevablc ,  rt  s'enfonça 
dan-i  la  terre,  à  la  distance  d'environ  60  pas  du  lieu  où  ils  e'taient. 
Aussitôt  que  leur  terreur  fut  dissip«;e,  ils  coururent  au  villaf;e.  où  ils 
trouvèrent  les  habit  ans  non  moins  eil'rayes  qu'eux-mêmes;  comme 
on  n'avait  point  vu  l'aerolithe,  on  appréhendait  que  ce  ne  fftt  un 
parti  de  maraudeurs  (jui  s'approchait.  Les  braniincs ,  ayant  ap- 
pris ce  qui  ctait  arrive',  accoururent  sui^TS  du  peuflt;  ;  ils  ii- 
rent  creuser  à  l'endroit  où  la  terre  paraissait  fraîchement  remiiëe, 
«t  ils  trouvèrent  la  jnerre  à  environ  cinq  pieds  de  juofondeur. 
Ils  l'emportèrent  au  village ,  où  ils  la  couvrirent  de  fleurs;  et 
ils  ouvrirent  une  souscription  pour  e'riger  un  temple  ,  afin  de  l'y 
placer  et  de  tirer  parti  de  l'dvc'nciTient.  L'exp^o^ion  fut  entendu* 
à  la  distance  de  'j5  milles  de  P  '0;;lla.  Le  major  Penningfon, 
instruit  de  cette  circonstance  ,  éciivlt  au  cajiitaine  Ri<d  d'es- 
sayer de  se  procurer  la  pierre.  Ce  dernier ,  s'ctant  adressé  au 
rajah  ,  obtint  sans  dillieultë  uno'dre  pour  l'enlever.  Le  rajah  rc- 
{;ardait  sans  doute  la  pierre  comme  un  p)ë;age  de  malheur;  car 
il  douna  des  didres  formels  pour  qu'elle  n  approchât  point  de  sa 
re'sidence.  ï.lle  fut  transjiortée  à  Lediana,où  le  capitaine  Bird 
ctait  alors  ,  à  80  milles  environ  du  lieu  de  sa  chute;  une  troupe 
de  bramines  et  des  seiks  à  cheval  l'escortèrent,  (iclte  aèrohthe 
pèse  plus  de  2.5  livres;  elle  est  couverte  d'une  pellicule  mince  et 
noire,  aune  forme  à  peu  près  triangulaire,  et  présente  à  un  angle, 
d'où  un  morceau  a  ëté  détaché,  des  pyrites  de  fer  et  du  nickel. 
Tant  qu'elle  resta  chez  le  capitaine  Bird ,  elle  fut  l'objet  des 
adorations  des  bramines  du  voisinage,  qui  venaient  à  la  tente  de 
cet  olTicier;  les  Hindous  n'osaient  point  en  ap|irorher  sans  avoir 
les  mains  jointes  et  dans  l'attitude  d'une  grande  dévotion. 


ASIE.  397 

ïliNDA. — Histoire  naturelle. — Eruption  volcanique. — M.  Baum- 
hauer,  résident,  des  Pays-Bas  dans  cette  ville ,  a  transmis  des  détails 
sur  réruption  volcanique  de  Goonoug-Ajii ,  quia  eu  lieu  le  1 1  juin 
1820.  Ce  phénomène  s'annonça,  à  onze  heures  et  demie  du  matin, 
d'une  manière  efl'rayante.  A  deux  heures  ,  ime  masse  de  pierres 
brûlantes  s'échappa  du  volcan  avec  ime  force  extraordinaire,  et 
mit  en  feu ,  dans  sa  chute  ,  tout  ce  qu'elle  put  atteindre.  Les  se- 
cousses occasionnées  par  l'éruption  étaient  si  fortes  et  se  succé- 
daient si  rapidement ,  que  les  maisons  et  même  les  vaisseaux  qui 
se  trouvaient  à  la  côte  en  ressentaient  les  eiîets.  La  fumée  et  les 
cendres  que  vomissait  le  cratère  eurent  bientôt  obscurci  tous  les 
enviroud  de  la  montagne.  Les  coups  redoublèrent  vers  le  soir,  et 
les  pierres  furent  lancées  à  une  hauteur  double  de  celle  de  la 
montagne,  qui  paraissait  couverte  de  torrens  de  feu.  Ce  spec- 
tacle devint  plus  effroyable  encore  par  un  tremblement  de  terre 
qui  eut  lieu  dans  la  soiiée,  et  par  un  ouragan  violent ,  de  sorte 
que  toute  la  po])ulation  de  Banda  et  des  autres  îles  passa  la  nuit 
dans  les  plus  vives  angoisses  ,  et  qu'à  la  pointe  du  jour  tous  les 
bâtimens  qui  étaient  en  rade  s'éloignèrent  de  la  côte.  L'éruption, 
continua  pendant  toute  la  journée  du  12.  La  fumée  et  les  cen- 
dres couvrirent  INeira  et  Louthoir ,  jusqu'au  milieu  du  parc  de 
Bogauw.  Les  arbres  furent  comme  ensevelis  dans  le  sable,  et  les 
puits  que  l'on  ne  put  fermer  furent  entièrement  comblés.   La 
verdure  fut  brûlée  partout,  et  la  terre  couverte  de  cendres  grises, 
qui  étouffèrent  dans   leur  chute  plusieurs  oiseaux   et  plusieurs 
quadrupèdes.  11   s'était   formé  ,  au  nord-ouest  de  la  montagne , 
ime  nouvelle  ouverture,  par  laquelle  s'échappaient  des  pierres 
d'un  volume  considérable.  Néanmoins ,  l'éruption  principale  s'est 
faite  par  l'ancien  cratère.  D'après  f^alentin,  la  montagne  a  brûlé 
pendant  cinq  années  lors  de  l'éruption  de   ifigo ,  et  un  vieillard 
digne  de  foi  assure  que  la  même  chose  a  eu  lieu  de  l'-^Gb  à  1775. 
Malaca.  —  Botanique  chinoise.  —  Dans  une  lettre  adressée  au 
révérend  docteur  Morison,  lésidant  à  Canton,  M.  Livingstou 
propose  de  joindre  au   collège  anglo  -  chinois  établi  à  Malaca 
(Voyez  ci-dessus,  tome  iV  de  la  Revue,  page  217),  une  école  spc- 
ciale  pour  l'étude  de  la  botanique  en  Chine.  Il  a  développé  son 
projet  dans  un  Mémoire  présenté  à  la  Société  horliculturnle  de 
Londres.  Un  habile  botaniste,  choisi  par  la  Société,  pourrait 
être  envoyé  en  Chine,  où ,  à  l'aide  des  habitans  ,  il  formerait  un 


39S  ASIE. 

jardin  botanique  dont  les  plante*  seraient  ensuite  transportées  ew 
Anj;letcrre,  suivant  leur  utilité  et  le  mode  de  culture  qu'elles 
cxigerjiei\t.  La  dilliculte  qu'cjirouvent  les  voyaj;curs  à  p<netrer 
dans  l'intéreur  du  pays,  ne  serait  j)lus  un  obstacle  à  rexécution 
de  ce  dessein  ,  si  l'on  enseignait  à  quelques-  uns  des  naturels  les 
principes  de  la  botanique  furoi  écnni' ,  par  lesquels  ils  seraient  à 
même  (le  jut;er  des  proprielé-i  particulière»  à  chaqiu-  plante,  et  de 
transmettre  leurs  connaisances  au  savant  cli:ir;;e  de  dirif;^-  leurs 
travaux.  Le  révérend  docteur  Morrison  a  icpoi  du  qu'il  approu- 
vait \e  plan  de  M.  Livingslon  j  que,  dès  la  fondation  du  collège 
anglo-chinois  à  Malacd  ,  il  était  convenu  qu'on  y  joindrait  un 
jardin  botanique  j  mais  que  les  occupations  dont  les  missionnaires 
étaient  silrchargés  ne  leur  avai<'nt  pas  permis  de  donner  suite  à 
ce  projet.  Cependant,  il  j:roniet  de  rechercher  tous  les  ouvrages 
chinois  cpii  traitent  desj)lantes.  et  de  les  réunir  à  la  bibliothèque 
du  collège.  Dans  le  cas  où  la  Société  horticuUura/e  con--entirait 
à  seconder  leurs  eflbrts,  il  l'engage  à  envoyer  en  Chine,  sans 
perdre  du  tcms,  vm  jeune  botaniste,  atin  qu'il  puisse  étudier  la 
langue ,  et  revoir  la  traduction  en  chinois  des  meilleurs  ouvrages 
européens  qui  traitent  de  la  botanique.  Le  Mémoin-  adressé  par 
M.  Livingston  à  la  Société  anglaise  contient  plusieurs  détails  inté- 
ressans  sur  les  obstacles  qui  se  sont  opposés  jusqu'ici  à  l'introduc- 
tion des  plantes  .chinoises  en  Angleterre,  et  sur  les  précautions 
à  prendre  pour  remédier  à  ces  inconvéniens. 

—  Sociétés  bibliques.  —  Le  Glaneur  indo- chinois  donne  les 
détaUs  suivans  sur  les  progrès  des  missions  dans  l'Inde.  Le  5  jan- 
vier 1819,  on  a  célébré  à  Bellary  le  premier  anniversaire  de  la 
fondation  d'une  Société  biblique  dans  cette  ville.  Tout  s'y  est 
passé  avec  leplus  grand  ordre  :  à  la  lin  de  la  cérémonie  ,  quelques 
naturels  se  sont  fait  inscrire  sur  les  registres ,  comme  souscrip- 
teurs. Les  quôtcs  de  la  dernière  année  se  sont  élevées  â  deux 
cents  louis.  Les  membres  de  la  Société  espèrent  pouvoir  distri- 
buer, sous  ])eu,  plusieurs  exemplaires  des  saintes  écritures  tra- 
duites en  chinois.  Le  18  du  même  mois,  le  nombre  des  institu- 
tions chrétiennes  existant  déjà  à  Beilary  a  été  augmenté  par  la 
formation  d'une  nouvelle  Société  biblique  parmi  les  jeunes  gens. 
Soixante  enfans  ont  voulu  concourir  à  cet  établissement  ,  et  ont 
souscrit  pour  une  certaine  somme.  Le  maître  qui  dirige  l'Ecole 
de  charité  a  ,  le  premier,  donné  l'idée  de  ce  projet,  dont  l'exécu- 


ASIE.  39g 

tien  est  entièrement  due  à  son  zèle  et  à  l'activité'  d'un  des  élèves, 
auparavant  connu  par  sa  méchanceté',  et  chez  lequel  une  bonne 
instruction  religieuse  a  produit  le  plus  heureux  changement.  De- 
puis long-tems,  les  membres  de  la  grande  Société  biblique  dési- 
raient acheter  un  édifice  situé  au  centre  de  la  ville ,  afin  de  pou- 
voir s'y  rendre  de  teras  en  tems  ,  et  converser  avec  les  naturels 
«ur  des  sujets  religieux.  Ils  ont  enfin  ,  non  sans  peine ,  fait  Tac- 
quisition  d\me  maison  bâtie  en  pierre ,  et  contenant  deux  appar- 
temens  ori  ils  doivent  aller,  tous  les  soirs  ;  lire  et  expliquer  les  dif- 
férens  passages  de  la  Bible  qui  ont  rapport  aux  catéchismes  et 
aux  dialogues  religieux,  etc.  ;  ils  répondront  aussi  aux  questions 
qui  leur  seront  adressées.  M.  Taylor  a  fait  dernièrement,  au  nom 
de  la  Société,  une  tournée  pour  inspecter  les  écoles.  Elles  sont 
presque  toutes  fort  bien  tenues  j  cependant,  les  progrès  sont  géné- 
ralement plus  rapides  dans  le  calcul,  que  dans  la  lecture.  L'école 
de  Boodial  est  une  des  plus  satisfaisantes.  Quoique  M.  Taylor  n'y 
fût  point  attendu ,  il  Ta  trouvée  dans  un  ordre  parfait  :  treize  des 
«lèves  ont  récité  le  premier  catéchisme  ;  sept  savaient  par  cœur  le 
cinquième  chapitre  de  Tévangéliste  Mathieu  ;  enfin ,  tous  mon- 
traient de  la  bonne  volonté  et  de  Tapplication.  La  liste  suivante 
fera  connaître  les  écoles  fondées  et  soutenues  par  cette  mission  ; 
le  nombre  des  élèves  qu'on  y  instruit,  et  les  connaissances  qu'ils 
acquièrent  sur  la  religion. 

Nombre  des  écoles  ,  onze. 
■  Enfans  qui  suivent  les  classes  régulièrement  : 

L'école  de  Gentous 5o  élèves. 

Ecole  pour  enseigner  l'indo-anglais  aux  naturels.  .     i^. 

Ecole  pour  les  pariahs ,  ou  hors  de  caste ,  qui  habi- 
tent dans  le  voisinage 24. 

A  Kowl  Bazar 22. 

A  Seedharaguddy 16. 

A  Kupgul 24. 

A  Arsoondy 26. 

A  Tholamamady 23. 

'  A  Boodial^ 5o. 

A  Heerial 4°- 

A  Paltoor 55. 

Total 347. 


4oo  ASIK. 

Nombre  des  enfans  qui  peuvent  réciter  le  premier 
Catéchisme i\[i. 

Le  second  C.ilcrJM-imc ao. 

LeSermon  sur  la  montagne '^•^. 

Les  Ai\  Commandi  mens   de  Dieu i.J. 

'  Les  Prières  du  5oii' et  du  matin  à  r usage  des  écoles   ...  7. 

Le  petit  Catéchisme  sur  la  création 3. 

En  général ,  les  élèves  sont  assez  avancés  pour  la  lecture,  l'é- 
criture et  le  calcul ,  etc.  lia  Société  a  t'ait  écrire  une  lettre  dans 
la  langue  du  jiaj's  ,  contenant  un  exposé  de  l'état  actuel  des  écoles  j 
elle  en  a  envoyé  des  copies  à  tous  les  maîtres ,  afin  que  les 
louanges  données  à  ceux  qui  s'acquittent  bien  de  leurs  impor- 
tans  devoirs,  les  encouragent  à  continuer,  et  que  les  plus  indo- 
lens  reconnaissent  leurs  fautes  et  s'en  corrigent.  —  Les  naturels 
commencent  à  sentir  le  i)rix  de  l'éducation  :  ■?.]  d'entre  eux  sont 
dernièreracnt  venus  ollrir  de  payer,  tous  les  mois,  une  somme 
d'argent  pour  renirelien  des  écoles.  11  est  salisfaLsant  de  les  voir 
disposésà  accueillir  1  instruction  et  les  lumières  que  s'empressent 
de  répandre  des  philanthropes  aussi  recommandables  par  leur 
piété,  que  par  le  zèle  avec  lequel  ils  servent  la  cause  de  la  religion 
et  de  l'humaiiité. 

—  Bihliothcque  du  Collège  an glo -chinois.  —  Plusieurs  pliilan- 
thropes  se  sont  empressés  de  concourir  à  rétablissement  du  Col- 
lège nviglo-chinois  établi  dans  cotte  ville,  en  versant  des  fonds 
considérables  enlro  les  mains  des  respectables  fondateurs,  et  eu 
ofliant  des  ouvrages  estimes  pour  la  bibliotlièque  de  cette  insti- 
tution. INous  donnerons  ici  l'indication  de  ceux  qui  ont  déj.i  élc 
reçus ,  aiin  de  faire  juger  la  direction  imnrimée  à  1  instruction  de 
jeim<.'>  élèves  dans  ce  pays. 

M.  J.  Davis  a  otJ'ert  les  ouvrages  suivans  :  Riivhère,  i  vol.  in 
folio;  les  Ambassade^  Imllandaises  au  Japon,  a  vol.  in-fol.  \  l'His 
loirede  la  Chine,  jiar  Semedo ,  1  vol.;  l'Histoire  du  Japon  ,  pai 
Rœmpfer,  a  vol.  j  l'Histoire  universelle  de  la  Chine,  par  Se- 
medo ,  1  \o\.  in-.îo  ;  les  Voyages  par  terre  de  Moscou  en  Chine 
p.ir  Ides  ,  I  vol.  in-4''.  >^ 

Livres  ofl'erts  par  plusieurs  Ani;lais,  amisdelinsfitntion  :  Riblial! 
sacra,  i  vol.  in-fol.  ;  Recueil  évangélitpie,  a}  vol.  in-S"  ;  ^  ie  di|j' 
Joseph  AUein,  5  exemplaires  ,  i  vol.  in-S»;  Histoire  de  l'Europej 


ASIE.  4ot 

par  Bigland,  2  70I.  in-8°;  Répertoire  de  l'Evangile,  4  vol.  in-8°  j 
Revue  eclectic  ,  pour  1818,  i  vol.  in-80  ;  l'Observateur  chre'lien, 
pour  1817,  I  vol.  in-80  ;  le  Journal  des  Missions,  pour  1817, 
I  vol.  in-S"  \  le  modèle  d'un  chrétien  ,  par  Thomas  A-  Kempis, 
I  vol.  in-12;  Traité  sur  le  gouvernement  divin,  par  Williams, 
i  vol.  in-80. 

Livres  donnés  par  le  docteur  Chalmers  :  la  Vie  de  Calvin , 
I  vol.  in-8°  ;  les  Observations  d'Young,  i  vol.  in-S"  ;  Essai  sur 
l'origine  et  le  décUn  de  la  religion  chrétienne  dans  l'Inde,  1  vol. 
in-80 . 

Le  docteur  MoiTison  a  donné  les  livres  ci-après  :  Traduction 
française  de  l'invariable  milieu,  par  M.  AbelRemusat,  i  vol. 
in- 4°  '■)  (Les  originaux  de  cet  ouvrage  sont  écrits  en  chinois  et  en 
tartare  j  la  traduction  est  française  et  latine  ,  avec  des  notes.  )  Le 
Parallèle,  par  Montucci,  i  vol.  in-jo  5  le  Journal  desSavans, 
cahiers  de  juin  et  d'août  1817  ;  la  Gr;iramaire  chinoise  de  Morri- 
son,  4  exemplaires,  i  vol.  in-4°.  (En  tout,  cinquante  volumes.) 

—  Publications  nouvelles  et  prochaines,  r— On  doit  publier  in- 
cessamment dans  cette  ville  {Malaca)  une  Revue  des  tr.wnux  de 
la  mission  protestante  en  Chine,  pendant  les  dix  premières  années , 
accompagnéi>  d'un  grand  nombre  d'observations  curieuses  sur 
le  langage,  l'histoire  ,  et  la  mythologie  de  la  Chine 5  sur  le  carac- 
tère moral  et  intellectuel  de  quelques-unes  des  nations  in^îo-chi- 
noises,  et  sur  les  missions  chrétiennes;  par  l'éditeur  du  Olaneur 
indo-chinois,  i  vol.  in-S",  en  papier  indi.  n,  d'environ  25o  pages. 
Les  souscripteurs  paieront  4  sicca  roupies  (8fr.  20  c.  );  on  pourra 
souscrire  chez  MM.  Alexandre  et  compagnie,  à  Calcutta;  à  Ma- 
laca, chez  MIVI.  H.  Kraal  et  Brooks,  et  .î  Londres,  chez  M.  J. 
Nisbet ,  libraire ,  n°  1 5 ,  Castle  Street ,  Oxford  Koad. 

—  Pendant  les  maladies  qui  ont  régné  ici,  et  qui  ont  enlevé  un 
grand  nombre  de  personnes,  les  missionnaires  ont  fait  paraître 
un  petit  écrit  en  chinois ,  intitulé  :  Dei^nirs  de  C homme  dans  les 
calamités  publiques.  Cet  ouvrage  a  pour  but  d'apprendre  aux 
payensà  se  soumettre  sans  murmure  aux  tlécrets  de  Dieu,  et  de 
leur  faire  admirer  et  connaître  les  voies  de  la  Providence.  ^1.  Tay- 
lor  a  aussi  fait  imprimer  on  malai  quelques  hymnes,  et  des  ré- 
â.exioas  sur  la  dépravation  humaine. 

TO«E  VIH.  26 


4o2  ASIE.  —  AFRIQUE.  —  EUROPE. 

CHINE. 

Canton.  —  Publications  nouuetlfs. —  Le  docteur  31orrison  u 
entièrement  terminé  sa  traduction  des  prophètes  ^'alium,  Aggée  , 
Uabacuc,  E/échiel,  Zacharie ,  et  ^lalacliie.  11  a  aussi  composé 
et  publié  en  chinois  un  ouvrage  contenant  un  f^oyage  autour  du 
monde,  qui  unitTintérét  à  rinstruction. 

PERSE. 

TÉHÉBAH.  —  P^oyage  Scientifique.  —  Le  célèbre  philologue  et 
Toyageur  danois ,  lU.  Rask,  après  avoir  traversé  l'Astracan,  le 
Caucase  et  la  Géorgie,  est  arrivé  au  mois  dernier  dans  cette  ville, 
d'où  il  compte  se  rendre  à  Bombay. 

AFRIQUE. 

SERR  A-LEONE. 

^vCTTovrif.  —Progrès  de  la  civilisation.  —  Depuis  deux  ans,  «m 
journal  intitulé  :  The  royal  gazette  and  Serra- Leone  aduertisrr , 
se  ]iijblie  dans  cette  ville  ,  qui  est  la  capitale  de  la  colonie.  —  On 
ëlèvp  aujourd'hui  des  temples  dans  cette  contrée ,  où  ,  il  y  a  qua- 
rante ans  ,  on  trouvait  à  peine  quelques  misérables  huttes.  L'a- 
griculture y  est  dans  un  état  florissant,  et  les  écoles  lancasféricn- 
nes,  qu  on  y  a  établies  en  grand  nombre,  obtiennent  des  succès 
toujours  croissans. 

EUROPE. 

GRANDE-BRETAGNE. 

LosDRES. — Société royaU. —  Géologie. — Le  doct.  jugent  a  pré- 
senté, à  la  .Société  roj'ale  de  Londres,  des  observations  curieuses 
sur  la  géologie  de  Vile  d^yintigoa,  dans  l'archipel  des  Antilles  : 
située  presqu'au  milieu  d'un  système  volcanique,  elle  ofl're  vers 
le  sud  des  couches  calcaires  d  une  formation  très  récente,  et  qui 
paraît  contemporaine  de  celle  des  environs  de  Paris  et  de  l'île  de 
Wight.  Au-dessous  de  ces  couches,  il  a  trouvé  des  coquilles  céri- , 
thcs  dans  des  bancs  siliceux.  La  riche  végétation  des  tropiques  et 
des  forêts  de  palmiers  ombragent  cette  formation  remarquable. 

Écos.'^R. —  Glasgow.  —  Economie  rurale.  — AInnière  de  détruira 
les  clienilles — Un  jardinier  de  cette  ville  a  découvert  par  basant) 


EUROPE.  4o3 

•«ne  manière  simple  et  certaine  de  de'truire  les  chenilles.  Un  petit 
morceau  d'étoffe  de  laine  ayant  été  porté  par  le  vent  dans  un 
buisson  de  groseillers,  il  l'y  trouva  couvert  de  ces  insectes  des- 
tructeurs. Il  mit  alors  plusieurs  morceaux  d'étoffes  dans  différens 
arbustes  de  son  jardin,  et  les  chenilles  s'y  réfugièrent  en  grand 
nombre  pendant  la  nuit.  De  cette  manière  ,  il  en  a  tué  plusieurs 
milliers,  et  il  est  parvenu  à  les  faire  disparaître  tout-à-fait. 

Londres.  —  ^agriculture.  —  Pécher-amandier.  —  M.  Andrew 
Knight,  de  Londres,  ayant  fécondé  les  fleurs  d'ua  amandier  à 
amandes  douces  avec  la  poussière  fécondante  des  étamines  du 
-pécher,  réussit  à  obtenir  an Jruit  inter-uédiaire ,  qui  semble  indi- 
-quer  entre  les  deux  arbres  une  analogie  que  ni  leur  port ,  ni  leurs 
caractères  n'auraient  fait  soupçonner.  Il  incline  à  penser  que 
les  deux  espèces  pourraient  bien  n'en  faire  qu'une,  et  que  les 
amandes  ne  sont  que  des  pêches  imparfaitement  développées.  Le 
fruit  qu'il  obtint  formait  un  globe  d'à  peu  près  sept  pouces  de 
«irconférence ,  était  très  charnu,  d'un  beau  jaune  à  l'extérieur  et 
d'-une  légère  teinte  citron  en  dedans  •  le  goût  n'en  était  pas  très 
prononcé.  11  espère, à  force  d'essais,  reproduire  et  répandre  cette 
variété  (i). 

—  j4rts  mécaniques.  —  Pont  en  chaînes.  —  Le  capitaine  de  vais- 
seau Brovrn ,  chargé  de  diriger  les  travaux  du  pont  de  chaînes 
jeté  sur  la  Tweed ,  vient  de  le  terminer.  Il  est  ouvert  au  pubhc  ; 
les  voitures  et  les  charriots  de  toute  espècey  circulent  Hbrement. 
Ce  pont  léger ,  d'une  construction  facile  et  peu  coûteuse ,  est 
d'une  grande  solidité  :  c'est  le  premier  de  ce  genre  qu'on  ait  fait 
en  Angleterre.  La  rivière  a  437  pieds  de  large,  et  le  pont  n'est 
soutenu  au  centre  par  aucun  pilier.  Le  capitaine  Brown,  qui  eti 
«st  l'inventeur  et  le  constructeur,  s'engage  à  en  garantir  la  durée. 

—  Publications  prochaines.  —  Sir  Robert  Ker  Porter  doit  pu- 
blier incessamment  des  f^oyages  en  Géorgie  ,  ea  Perse  ,  en  Ar- 
ménie,  etc.,  faits  pendant  les  années  1817,  1818,  1819  et  1820. 
Ces  voyages  embrassent  une  vaste  étendue  de  pays  ,  et  en  parti- 
culier presque  tout  ce  qui  était  compris  dans  les  anciens  em- 
pires assyrien,  babylonien  et  persan  j  depuis  les  bords  de  la  ÎMer- 


(j)  Philosophical  Magazine.    Mars,  1820.  Transactions  de  la 
Société  Horticulturale  de  Londres. 


26* 


4o4  EUROPi:. 

Noire  ju'jqu'à  rEiiphrate,  et  <lcp\ùs  l'Euphrafo  jusqu'à  l'embou- 
chure du  golfe  Pcrsique.  Les  mœurs ,  les  costumes  et  les  cou- 
tumes des  liabitans  de  ces  régions  y  seront  scruj)uleiisemcnt  dé- 
crits, et  compares  aux  mœurs  des  races  d'hommes  qui  les  ont  pré- 
cédés. ITes  gravures  ,  faites  d'après  les  dessins  de  ]M.  Porter,  re- 
présenteront les  antiquités  curieuses  qui  subsistent  encore  au- 
jourd'hui dans  cette  partie  de  l'Asie. 

—  PoJsie  dramatique.  — Hugo  Foscolo,  l'auteur  des  Letlret 
Je  Jacopo  Orlis ,  imituti^m  remarqu;J)lc  de  Werther  ,  a  fait  im- 
primer ici  une  tragédie  italienne  dont  on  parle  beaucoup,  et  c|ui 
a  pour  titre  Jîicciarda.  Il  a  cherché  à  réunir  dans  cette  pièce  le 
pathétique  somlire  anglais  avec  la  simplicité  d'Alfiéri. 

—  .M.  Kinney ,  l)octe  draniatic|ue  estimé  «n  Angleterre,  est  ac- 
tuellement à  Pai"is ,  où  il  a  traduit  les  / 'iym*  nittiennes.  Cette 
tragédie  sera  jouée  prochainement  à  Londres  au  théâtre  de 
Drury-Lane. 

—  AichLoIo^ie.  —  Verslafin  de  l'année  dernière  ,  M.  J.  S.  Cot- 
MAN  ,  ar(i>fe  anglais,  auteur  de  Y  Architecture  ancien  ne  du  comte 
de  A'orfhfk  ,  a  fait  paraître  le  prospectus  d'un  ourrage  intitulé  : 
L'Architecture  du  moyen  âge  en  Normandie,  d'après  les  dessins 
qu'il  a  faits  pendant  les  étés  de  1817  et  181 8,  accompagnée  de 
notices  historiques  et  descriptives. 

L'auteur  ayant  eu  son  attention  dirigée  durant  plusieurs  an- 
nées par  l'architecture  de  sa  province  natale  ,  il  a  natui°ellement 
porté  ses  regards  vers  le  rivage  opposé  du  continent.  Il  ne  pou- 
vait s'emi  èeher  de  croire  que  la  plupart  des  édifices  curieux 
«ju'il  rencontrait  dans  le  cours  de  ses  voyages  pittoresques  en  An- 
gleterre ;ie  tirassent  leur  origine  de  la  Normandie,  quoique  at- 
tribués communément  aux  Anglo-Saxons.  Vérifier  ce  point  qui, 
depuis  long-lems,  a  formé  im  sujet  de  recherche  parmi  les  plus 
sav'ans  antiquaires,  et  en  même  tcms  tracer  les  progrès  de  l'archi- 
tecture gothique  en  Normandie,  en  mettant  des  spécimen  de  se» 
))lus  beaux  restes  sous  les  yeux  de  ses  compatriotes ,  et  en  leur 
soumettant  des  détails  dont  les  dates  soient  irrécusables;  voiU 
l'entreprise  qui  lui  semblait  mériter  de  l'intérêt ,  d'autant  phu 
que  tout  ce  qui  est  connu  à  l'égard  de  ces  monumens,  du  moins 
(m  Anglctcrr«,  sit  r«duit  à  peu  de  chose.  Sen  cflorts  ont  encore 


^  EUROPE.  4o3 

I  iié  excités  par  un  motif  plus  puissant  :  l'espoir  que  son  travail 
pourrait,  quelque  limite  qu'il  pût  être,  jeter  quelques  traits  de 
lumière  sur  Ihistoirc  d'un  pays  intimement  lie  avec  le  sien  par 
le  langage ,  par  les  coutumes,  par  les  lois,  même  en  quelque 
sorte  par  le  sang ,  et  gouverné  pendant  plus  d'un  siècle  par  les 
mêmes  souverains.  Dans  ce  but,  dès  que  la  paix  parut  afi'ermie, 
il  traversa  la  Manche  ;  et ,  il  se  hasarde  maintenant  à  soumettre 
le  re'sultat  de  ses  recherches  au  tribunal  du  public  des  deux 
pays.  Une  semblable  entreprise,  INT.  Cotman  le  reconnaît  bien , 
aurait  pu  se  faire  avec  plus  de  fruit  avant  Fouragan  politique 
qui  est  venu  fondre  avec  une  force  épouvantable  sur  les  temples 
de  la- religion  ,  sur  les  palais  des  rois  et  sur  les  châteaux  des  ba- 
rons 5  et  c'est  pour  lui  un  sujet  de  regret  que  l'entreprise  n'ait 
pas  été  faite  alors.  Cependant ,  bien  des  restes  précieux  ont 
échappé  à  ces  ravages  :  heureusement  les  deux  abbayes  royales 
de  Caen,  quoique  déchues  de  leur  splendeur  primitive,  sont  en- 
core presque  entières  j  les  chûteaux  de  Falaise  ,  d'Arqués  et  de 
Gaillard  conservent  assez  de  leur  magnificence  ancienne,  pour  at- 
tester ce  qu'ils  pouvaient  être  dans  leurs  beaux  jours.  On  re- 
trouve les  villes  et  les  châteaux  qui  ont  été  les  berceaux  de  tant 
Ae  familles  les  plus  nobles  et  les  plus  illustres  de  l'Angleterre, 
telles  que  les  Harcourts,  les  Vemons,  les  TancarviUes,  les  Spen- 
cers, les  Courtnays ,  lesTracys,  les  Montgomerys,  etc. ,  etc.  j  et 
des  édifices  sans  nombre  ,  d'une  beauté  achevée,  qui  datent  des 
tems  moins  anciens  où  les  Henri  et  les  Edouard  se  ressaisirent  du 
sceptre  normand ,  se  rencontrent  partout.  Dans  le  choix  qu'il  a 
fait  parmi  tous  ces  matériaux ,  et  dans  la  partie  descrijitive  de 
son  travail ,  l'auteur  a  eu  le  bonheur  d'être  dirigé  et  aidé  par 
quelques  amis  instruits,  ses  compatriotes,  ainsi  que  par  quel- 
ques savans  antiquaires  de  la  INormandie;  et,  à  moins  qu'il 
ne  soit  porté  à  attacher  trop  d'importance  à  ses  propres  re- 
cherches, il  espère  que  l'ouvrage  dont  il  s'agit  sera  jugé  digne 
d'encouragement  et  d'approbation.  Il  sera  publié  in-folio,  en 
quatre  parties ,  dont  chacune  contiendra  îS  planches ,  avec  des 
descriptions.  La  première  partie  a  déjà  paru  vers  le  commence- 
ment de  cette  année ,  et  les  autres  se  suivront  par  semestre ,  au 
prix  de  trois  guinées  par  livraison  (  ^5  francs  60  centimes).  Il 
doit  y  avoir  cinquante  exerai)laires  sur  grand  papier  vélin ,  avec 


4o6  EUROPE. 

des  épreuves  à  cinq  guindés  (lafi  francs).  On  souscrit  chei  les  li- 
braires des  villes  capitales  de  rEiirope. 

J.  S.  S. ,  de  C Académie  de  Caen. 

Brichton.  —  Beaux-Arts Galerie  de  tableaux.  —  On  vient 

d'ouvrir  au  public,  dans  cette  ville  ,  une  galerie  de  tableaux  qui 
en  contient  plusieurs  d'un  très  grand  pris.  Les  plus  estimes  sont  : 
1**  un  Moisejrafipnnt  le  rocher  d'où,  jaillit  une  iource  d'eau  vi^'e 'y 
par  le  Poustin;  a"  un  Mariage  de  S  le. -Catherine,  pai  Parmigiano, 
peint  pour  le  grand-duc  de  Toscane  j  les  amateurs  l'admirent 
pour  la  vigueur  du  pinceau  et  la  richesse  du  coloris;  3*  un  por- 
trait de  Mengs  ,  d'un  ilni  admirable  ,  J"  Cujndon  dans  les  Jorges 
de  yufcain\  la  tête  de  l'Amour  est  charmante;  son  visage  ex- 
prime à  la  fois  la  grâce  et  la  malignité  ;  il  montre  à  sa  mère  la 
pointe  de  la  flèche  que  les  Cyclopes  ont  aiguisée.  Ses  formes 
sont  élégantes  et  légères  ;  elles  se  dessinent  sur  un  fond  de  cou- 
leur brune  :  la  lumière  ,  répandue  avec  art ,  produit  un  effet  ma- 
giqiie.  Ce  tableau  rappelle  le  Corrégc  et  ses  contours  gracieux, 
tandis  qu'on  y  retrouve  aussi  les  beautés  d'expressions  du  Domi- 
niquio.  On  l'attribue  à  l'un  de  ces  grands  peintres,  sans  savoir 
avec  certitude  auquel  des  deux  il  appartient.  Cette  galerie  ren- 
ferme des  productions  des  écoles  italienne,  française,  hollan- 
daise et  anglaise  ;  ainsi  qu'une  riche  collection  du  peintre  fla- 
mand Loutherbourg  ,  composée  de  trente  et  un  tableaux. 

Edimbourg.  —  IVécrologie.  —  Le  docteur  John  ^lurray ,  pro- 
fesseur de  philosophie  naturelle,  de  chimie ,  de  matière  médi- 
cale et  de  pharmacie,  est  mort  à  Edimbourg,  vers  la  fin  du  mois 
de  juillet.  Ce  savant  possédait  à  un  degré  éminent  les  connais- 
sances nécessaires  à  sa  profession.  Dans  ses  discours,  il  unissait  à 
l'esprit  le  plus  i)hilosophique,  la  clarté,  la  précision  et  l'énergie, 
n  a  publié  en  1801  ,  i"  des  EUmcns  de  chimie ,  a  vol.  in  80, 
réimprimés  en  1810;  2°  des  Elemens  de  matière  médicale  elda 
phaiTfiacie  ,  1804,  a  vol.  in-S"  ;  3°  un  Système  de  chimie ,  1806, 
4  vol.  in-80  ;  4°  w  Supplément  au  système  de  chimu  ,  i8og,  i 
Tol.  ia-80;  un  Système  de  matière  médicale  et  de  pharmacie , 
1810,  a  vol.  iu-80. 

RUSSIE. 

Instruction  publique.  —  On  compte  actuellement ,  dans  les  di- 


EUROPE.  407 

TcrseS  parties  de  l'empire  russe ,  58  écoles  eccle'siastîques ,  dont  /f 
académies,  36  séminaires  et  18  écoles  inférieures  ,   où  l'on  en- 
seigne piincipalement  la  langue  russe  ,  l'arithmétique  et  la  reli- 
gion  chrétienne.    26,000  jeunes  gens   y  reçoivent   actuellement 
l'instruction,  en  grande  partie  aux  frais  du  gouvernement.    Le 
nombre  de  ceux  qui  font  leurs  études  dans  les  quatre  académies 
est  d'environ  4000  5  ils  ont  5o  professeurs.  Les  36  séminaires  comp- 
tent au-delà  de  20,000  élèves  ,  avec  207  précepteurs  ,  et  les  18 
écoles  inférieures  ont  80  précepteurs  et  environ  ao,ooo  écoliers. 
Casan. — Littératures  tartare ,  arabe  et  turque. — L'imprimerie 
du  Collège  (  Gyninasium)  de  Casan   a  fait  paraître,   depuis  le 
commencement  du  siècle  actuel,  plusieurs  ouvrages  en  langue 
tartare ,  et  a  contribué  par-là  à  propager  la  culture  d'une  littéra- 
ture qui  n'est  connue  en  Europe  que  d'un  petit  nombre  de  per- 
sonnes. Ces  ouvrages  ne  sont,  à  la  vérité,  qu'au  nombre  de  trois, 
et  d'une  valeur  intrinsèque  fort  médiocre  ;  mais  ils  ne  sont  pas 
sans  prix  aux  yeux  du  philosophe ,  puisqu'ils  prouvent  les  pro- 
grès de  la  civilisation  :  car  tout  peuple  qui  lit ,  cesse  d'être  bar- 
bare. Deux  de  ces  ouvrages  traitent  de  la  morale,  ou  plutôt  de  la 
religion,  et  paraissent  avoir  été  traduits  du  persan.  Le  premier, 
envers  tartares,  est  intitulé  :  t'eusun-Redschal ,  ou  le  Bonheur 
du  Salut.  Il  a  été  imprimé  en  1802,  et  forme  un  volume  in-4°  de 
•fjG  pages.  Peut-être  est-ce  la  traduction  d'un  ouvrage  persan 
di  Ebi  jili  Meskuje ,  sur  diverses  questions  dogmatiques.  L'auteur 
tartare  commence  son  livre  par  la  division  des  devoirs  en  de- 
voirs nécessaires ,  et  prescrits  par  l'exemple  du   prophète  ;   en 
devoirs   requis,   volontaires,  permis,    indifférens  et  défendus. 
Viennent   ensuite  les  devoirs  de  Tablution  et  de  la  prière:  mais 
la  majeure  partie  de  cet  ouvrage  consiste  en  préceptes  moraux, 
entremêlés  d'anecdotes.  — L'autre  ouvrage  est  intitulé  :  Sebatul- 
Aadschisin;  c'est-à-dire,  la  fermeté  des  faibles.  Il  est  également 
écrit  en  vers  tartares  ,  et  a  été  publié  en  1807  ;  in-4°  de  108  pag. 
L'auteur,  après  avoir  chanté  les  louanges  du  Seigneur,  traite 
d'abord  des  dogmes,  mais  plus  particulièrement  des  huit  qualités 
de  Dieu  ,  savoir  :  l'existence  ou  la  vie  (  hajat  ) ,  le  savoir  (  ilm  ) , 
la  puissance  {kudret)  ,\ai  \ue  (bassr),  l'ouïe  (semi) ,  la  volonté 
{fradet),   la  parole  {helam) ,  la  création  (teAwi«  )•  Il  parle  en- 
suite des  autres  articles  de  foi,  savoir:  des  anges,  des  pro- 


4o8  EUHOPK. 

plii'fcs,  des  peines  du  lombrau  et  de  l'enfer,  de  la  resurreclioo, 
du  jugement  (iernu-r,  de  la  balance  de  la  justice,  du  pont  de  sé- 
paration ,  dp  bassin  dVau  du  paradis ,  et  de  l'intercession  du  pro- 
plif'tc.  Le  reste  de  ronvrage  est  consacre  à  i  etliique,  et  traite  du 
bonhi-ur,  <lu  contenttnienl  ,  de  Ta  varice,  de  la  ferrcur ,  de  la 
coniiunce  el  de  Torgucilj  puis,  de  la  nécessite  de  garantir  Tcil  de 
Faspect  des  choses  défendues,  des  suites  funestes  du  ui»nijiip  de 
reOexif'n  ,  du  monde  trompeur  et  de  la  vanité  de  la  vie.  Le  tout 
est  enimnéléde  petites  histoires  et  d'anecdotes  sur  des  personnes 
pieuses  et  sages.  Le  dernier  article  traite  des  mauvaises  disposi- 
tions de  Tame  ,  de  Tohligation  de  tenir  sa  promesse,  dn  bonheur 
d'avoir  un  bon  guide  ;  et ,  ajirès  avoir  raconte  l'histoire  de  Said  et 
Saad,  l'auteur  termine  son  livre  par  des  observations  sur  la  né- 
cessite de  se  soumettre  à  son  sort.  —  Le  troisième  ouvrage  est 
l'histoire  du  prince  SciJul-AJuH,  conte  rim»- ;  i  vol.  ii»-4".  1807. 
Ce  he'ros  est  le  même  que  celui  q  u  i  figure  dans  /cj  Mille  et  une  A'uits. 
Cependant ,  les  deux  contes  diflirent  essentiellement  (juant  au 
sujet.  Kien  de  plus  absurde  que  les  aventures  accumulées  dans 
ce  poé'me.  Mais ,  c'est  le  seul  conte  tartarc  qui,  à  l'exception  des 
poésies  romantiques  de  AJir-yili-Schir,  nous  soit  connu,  et, 
sous  ce  rapport,  il  est  précieux.  Il  fait  voir  la  pauvretd  de  la^lit- 
iérature  tarfare,  qui  n'a  ni  la  couleur  fleurie  de  celle  de  la  Perse, 
ni  l'exubérance  de  celle  de  l'Arabie,  et  qui,  cultivée  etir  le  sol 
russe  ,  n'a  fait  aucun  progrès  depuis  le  célèbre  Mir-ylliSchir , 
connu  comme  jwète,  sous  le  nom  de  IVtwaji,  et  dont  la  Riblio- 
thiquc  royale  de  Paris  possède  les  œuvres  en  deux  magnifiques 
volumes  in-folio. 

Outre  ces  ouvrages,  l'imprimerie  de  Casan  a  fait  sortir  de  ses 
presses,  en  1H09,  les  clénieus  de  la  grammaire  tartare ,  à  l'usnge 
des  élèves  du  collège  de  cette  ville  j  1  vol.  in-8°  de  106  pages. 
En  y  ajoutant  une  grammaire  et  un  dictionnaire  tartare  de  Jof^epli 
Gij;anovy,  imprimes  à  Pètersbourg,  et  une  autre  grammaire  pu- 
bliée dans  la  même  ville,  en  1814,  par  Alexandre  Trogansky, 
professeur  de  langue  tartare,  on  connaît  tout  ce  qui  a  été  mis  au 
jour  en  Kussie  sur  cette  langue. 

Quant  aux  autres  ouvrages  en  langues  orientales,  qui  ont  été' 
imprimés  ;'i  Casan,  ils  se  burnenl  aux  siiivans:  1"  Le  livre  tVL'stu- 
want  fllohaimncd   l'Jfcndi,   sur  les  préceptes  de  la  purification 


EUROPE.  409 

selon  la  loi ,  et  de  la  prière  répe'te'e  cinq  fois  par  jour,  en  langue 
turque.  1806  ;  in-8°  de  168  pag.  —  2°.  Prissalei  /Jergewi,  ou  Ins- 
truction religieuse  de  Scheich  Mohammed  Ben  yili  Bergeli , 
également  en  langue  turque.  1808.  \x\-\°  de  122  pag.  —  3°.  Le 
même  ouvrage  en  rimes  turques;  1807. — 4'*-  ^^*^  Koran,  en  langue 
arabe.  1816.  Vol.  in-folio  de  478  pag.  —  5°.  Enfin,  un  extrait  ou 
des  fragmens  du  Koran,  en  langue  arabe.  1816.  Vol.  in-8°  de 
238  pages.  Un  ouvrage  sur  la  vaccine  a  e'té  imprimé  à  Pe'ters- 
bourg,  i8o3,  en  langue  turque,  in-80  de  73  pages  ;  et  c'est  dans 
cette  coileclion  de  quatorze  ouvrages  que  consistent  toutes  les 
publications  en  langues  tartare  ,  arabe  et  turque ,  qui ,  depuis 
une  vingtaine  d'années  ,  ont  été  faites  tn  Russie ,  pour  la  plu- 
part aux  frais  de  particuliers. 

POLOGNE. 

Extrait  du  rapport  fait  a  la  Diète  par  M.  le  comte  Mottowski 
sur  la  situation  actuelle  de  la  Pologne.  —  Un  recensement  exact 
de  la  population  du  royaume,  la  porte  à  3,438,728  individus; 
ainsi,  la  diminution  causée  par  la  guerre  se  trouve  déjà  à  peu 
près  compensée.  Plusieurs  causes  ont  concouru  à  cet  accroisse- 
ment, et,  entre  autres,  les  nombreux  établissemens  de  colons 
étrangers,  le  retour  d'une  grande  quantité  de  Polonais  dans  leur 
patrie,  la  multiplication  des  mariages,  qui  suppose  plus  de  bien- 
être  dans  l'état  social,  et  le  bienfait  de  la  vaccine  qui  augmente 
les  chances  de  vie  dans  la  classe  des  enfans,  où  la  petite-vérole 
dévouait  tant  de  victimes  à  la  mort.  Avec  la  population  et  la 
paix,  l'agriculture  s'étend  et  s'améliore;  les  races  de  bestiaux 
s'améliorent,  en  même  tenis  qu'elles  s'augmentent,  par  les  secours 
qu'elles  tirent  des  établissemens  où  le  gouvei'nement  réunit  les 
plus  belles  espèces.  Des  écoles  d'agriculture,  des  desséchemens 
de  marais,  des  constructions  de  routes,  contribuent  aussi  aux 
heureux  changemens  qui  se  font  sentir  dans  le  pays.  —  Les  villes 
ne  se  ressentent  pas  moins  que  les  campagnes  de  l'impulsion  vers 
Je  bien  ,  donnée  à  toutes  les  parties  de  l'administration.  Les  soins 
de  l'autorité  pour  les  objets  tenant  à  la  salubrité,  et  notamment 
pour  le  pavage  et  l'éclairage,  ont  été  couronnés  de  succès.  La 
multiplication  des  briqueteries  donne  lieu  à  des  constructions 
plus  solides.  Une  Compagnie  d'assurances  contre  les  incendies 


4,0  EUROPE. 

garantit  les  propri^U/s.  Le  service  des  hôpitaux  et  maisons  d» 
détention  est  mieux  règle.  Des  manufactures  s'établissent  ,  et  de» 
fabriques  de  draps  commencent  à  fournir  aux  besoins  communs. 
La  réduction  des  droits  d'entrée  favorise  le  commerce  d'un  pay» 
que  sa  position  topographique  prive  de  débouches  naturels.  — 
Les  travaux  des  mines  et  carrières  prennent  chaque  jour  de  Tacti- 
vité.  —  L'armée  polonaise ,  si  distinguée  par  sa  bravoure ,  a  gagns 
encore  sous  les  rapports  de  l'ordre  du  service  et  de  l'administra- 
tion \  elle  est  presque  entièrement  habillée  avec  des  draps  du 
pays,  ce  qui  décharge  la  nation  d'un  tribut  de  deux  millions  de 
florins,  qu'elle  payait  pour  cet  objet  à  l'étranger.  —  Un  comité  a 
été  chargé  de  présenter  un  projet  de  banque  nationale. 

Cracovie.  — Nouvelle  S  Qculéd'' agriculture.  —  Une  société  s'est 
formée  en  Pologne,  sur  la  proposition  de  M.  Obrichdc  Szanicky, 
propriétaire  dans  cette  ville,  pour  faire  l'acquisition  de  biens- 
fonds  considérables ,  dans  la  vue  de  multiplier  partout  les  fermes 
expérimentales,  de  fonder  des  fabriques  et  des  manufactures» 
afin  de  perfectionner  l'agriculture,  de  tirer  parti  de  ses  produits 
en  tous  genres,  et  d'améliorer  le  sort  des  paysans- 

SUÈDE    ET     NORWÈGE. 

Instruction  publique.  —  Université  de  Christiania.  —  Depuis  la 
fondation  de  l'Université  de  Norwége,  établie  dans  la  ville  de 
Christiania,  il  y  a  t-té  inscrit  cent  quatre-vingt-dix-neuf  étudians. 
A  la  Gn  du  mois  d'aoïU  dernier ,  le  nombre  de  ceux  qui  y  faisaient 
leurs  études,  s'élevait  à  quatre-vingt-dix-neuf  pour  toutes  les 
facultés  des  sciences.  On  applaudit  généralement  à  la  sévérité 
avec  laquelle  les  professeurs  attachés  à  cette  Université  n'ad- 
mettent à  faire  leurs  examens  publics  de  réception,  que  les  étu- 
dians qui  sont  en  état  de  justifier  d'études  soutenues,  tt  de  la 
solidité  de  leurs  connaissances. 

DAKEMÀRCK. 

Islande.  — Sources  bouillantes.  —  Le  professeur  Mengc,  de 
Hanau  ,  dans  un  voyage  qu'il  a  fait  en  Islande,  écrit  de  sa  tente, 
en  juillet  1819,  au  pied  même  du  Geyser  ,  la  description  des  phé- 
nomènes que  lui  présentaient  ses  sources  bouillantes.  Un  entonnou 


EUROPE.  4ii 

^  '•00  pieds  de  tour,  et  d'une  profondeur  inégale,  se  vide  et  se 
remplit  alternativement  d\an  ciiaudc.  Dans  un  intervalle  , 
M.  Menge  a  eu  le  courage  de  pénétrer  dans  son  intérieur  et  d'y 
ramasser  quelques  pierres  du  fond,  qui  n'est  que  du  tuf  siliceux, 
dont  la  silice  est  en  véritable  dissolution  dans  les  eaux  de  la 
source.  Il  snfiisait  de  jeter  une  pierre  dans  l'entonnoir,  pour  de'ter- 
miner  une  explosion.  Au  milieu  d'une  des  nuits  qu'il  a  passées 
auprès  du  Geyser,  le  voyageur  fut  réveille  par  un  fracas  sembla- 
ble à  celui  du  tonnerre;  il  s'élança  hors  de  sa  tente,  et  vit  les 
eaux  du  Stroch  projetées  à  une  telle  hauteur,  que  la  fumée  de  la 
colonne  d'eau  bouUlanle  semblait  atteindre  les  étoiles  ;  tandis 
qu'au  milieu  d'explosions  terribles,  le  grand  Geyser  étalait  magni- 
fiquement sa  montagne  colossale  de  vapeur.  La  clarté  de  la  lune 
et  les  premiers  rayons  de  l'aurore  éclairaient,  de  chatpic  côté  ,  les 
nuages  ondoyans  formés  par  ces  volcans  d'eau.  Dans  son  enthou- 
siasme ,  le  professeur  Menge  se  félicite  d'avoir  été  témoin  du 
plus  beau  spectacle  que,  selon  lui,  la  nature  puisse  olTrir  aux 
regards  d'un  mortel. 

Copenhague.  —  Ouverture  d'un  cours  de  langue  samscritc.  — 
M.  INyerup,  professeur  et  bibliothécaire  à  l'Lniversité  dcCjupcn- 
hague,  connu  par  plusieurs  ouvrages  sur  la  bibliographie,  l'his- 
toire et  les  antiquités  du  INord,  vient  d'ouvrir  un  cours  do  langue 
samscrite.  La  bibliothèque  possède,iainsique  l'assure  IM.  INyerup, 
une  collection  extrêmement  précieiised'ouvragt-s  samscrits, qu'elle 
doit  aux  soins  infatigables  de  l'estimablo  M.  Nathanael  Wallich, 
directeur  du  jardin  botanique  à  Calcutta  ,  qui  ne  s'est  pas  borné  à 
"obtenir  de  la  bienveillance  des  deux  sociétés  littéraires  asiatiques 
de  Calcutta  et  de  Fort- William  ,  une  collection  considérable  de 
livres  précieux,  mais  qui  s'est  même  dépouillé  de  ses  propres 
richesses  en  ce  genri',  pour  en  faire  don  à  sa  patrie.  Il  est  bon 
peut-être  d'ajouter,  pour  confondre  ceux  qui  méprisent  ou  qui 
feignent  de  mépriser  les  juifs,  que  M.  le  dortcur  Wallirh  pro- 
fesse la  religion  de  Moisi-.  AI.  INyerup  attribue  à  la  laniMie  sams- 
crite une  si  haute  importance  ,  qu'il  croit  qu'avant  un  demi-siècle 
il  sera  nécessairement  étalili  dans  toutes  les  Universités  de  l'Eu- 
rope des  chaires  pour  cttfe  langue ,  ainsi  qu'il  y  en  a  depuis  long- 
tems  pour  l'hébreu,  l'arabe  et  les  autres  langues  oricn'alcs  ,  tant 
mortes  que  vivantes. 


4»a  EUROPE. 

ALLEMAGNE 

Tdbihcen.  —  Chimie,  —  Imvcs.  —  Le  docteur  Gmelin  ,  tle  Tu- 
bingen  ,  a  trouve,  dans  les  Liwes  phonolilcs  (clinsr.-lcin  ou  pierre 
sonore  par  le  choc),  qui  ronfeimcnl  la  natrolite  (  mësoty  pe  de 
M.  Haiiy  ) ,  une  certaine  quantité  d^amnaoniaque  ,  qu'i.lles  laissent 
dégager  par  la  distillation.  11  l'a  aussi  rcncontrc'c  dans  les  basaltes 
colonnaircs.  11  serait  exirtmement  intéressant  de  démontrer  qua 
les  laves  contiennent  une  substance  animale. 

—  Poison  animal  dccoin'erl  dans  les  Saucissons  fumes.  —  L« 
docteur  J.  Kerner  a  découvert  que  les  saucissons  fumés,  mets  fa- 
voris des  habilans  du  Wurtemberg  ,  causent  souvent  dis  empoi- 
sonnemens  mortels.  L'eflét  du  poison  se  maniftste  ordinairement 
tous  les  printems  au  mois  d'avril ,  d'une  manière  plus  ou  moins 
alarmante.  Déjà,  dans  une  feuille  p<'riodique  qui  paraît  à  Tubin- 
gen  ,  M.  Kcrncr  a  fait  connaître  plusieurs  observations  relatives 
à  ce  sujet,  et  il  a  actuellemint  sous  presse  un  ouvrage  qui  le 
traite  plus  en  détail.  Il  rapporte  que  sur  76  personnes,  tombées 
malades  pour  avoir  mangé  de  ces  saucissons ,  3^  sont  mortes  en 
peu  de  lems,  et  que  d'autres  sont  restées  valétudinaires  pen- 
dant des  années.  Les  saucissons  de  foie  paraissaiint  t'tre  les  plus 
dangereux.  En  général,  le  poison  qui  se  forme  dans  toutes  les 
chairs  crues ,  hachées  et  assaisonnées ,  et  passées  à  la  fumée  ,  après 
avoir  clé  renfermées  dans  des  boyaux,  ce  poison  animal,  dit 
M.  Kerner,  se  distingue  de  tous  les  autres  ,  en  ce  qu'il  n'attaijue 
point  le  cerveau  et  la  moelle  éjîinière,  tandis  qu'il  ehran'e  tout  le 
système  lymphatique.  Quelquefois  le  malade  nr  si  nf  (iltis  son 
cœur  battre  pendant  plusieurs  mois ,  quoique  le  battement  des 
artères  reste  invariable.  Toutes  les  observations  de  M.  Kerner 
sont  appuyées  par  des  exemples  tirés  de  sa  propre  expérience. 
L'ouvrage  paraîtra  cliczIM.  Osiander,  à  Tuliin;;en. 

Wur-TEMnrnc. — Stuttoarp.— ^■^/■/.v  mvcnniqucs- — /lec/nmrlion. 
—  Il  a  été  question  (T.  VII,  page  Sga  )  d'une  machine  inventée  à 
Vesoul,  par  un  officier  du  génie,  et  destinée  à  faire  connaître  le 
point  précis  où  un  incendie  vient  d'éclater.  Le  Alori^enblalt 
(feuille  du  matin)  réclame  la  priorité  dr  l'inviMiliiin  on  faveur 
d'un  Danois  ,  l'adjudant  général  cl  chambellan,  M.  de  /lies,  qui 


EUROPE.  4i3 

fit  cette  de'couverte ,  il  y  a  plus  de  vingt  ans,  à  Copenhague ,  et  à 
qui  l'Académie  de  cette  ville  envoya,  à  cette  occasion,  une  mé- 
daille d'honneur.  L'instrument  de  M.  Ries  sert  de  plus  à  déter- 
miner la  distance  des  vaisseaux  en  mer. 

Prusse. — Berlin. — Socicté  sauauie. — Médecine. —  L'Acade'mie 
royale  a  propose  un  prix  de  cinc[uante  ducats  à  l'auteur  du  meil- 
leur Mémoire  sur  l'emploi  extérieur  de  l'eau  froide  dans  le  trai- 
tement des  lièvres. 

—  L^ Académie  germanique,  spécialement  chargée  de  veiller 
au  maintien  de  la  pureté'  de  la  langue  allemande,  vient  de  choisir, 
pour  un  de  ses  membres  correspondons,  M.  le  professeur  Simon, 
de  Paris,  auteur  d'une  grammaire  allemande  très  estimée  {^oy. 
Tom.  VI ,  page  37g) ,  et  qui  s'occupe  en  ce  moment  d'un  nouveau 
Dictionnaire  allemand-français,  et  français-allemand,  que  nous 
avons  de'jà  annoncé  (Tome  VU,  page  4o5  ).  Cette  Académie  ce'- 
lèbre ,  à  laquelle  M.  Simon  a  soumis  ses  ouvrages,  n'a  pas  cru 
pouvoir  mieux  témoigner  toute  l'importance  qu'elle  y  attache  , 
qu'en  re'compeusant  d'une  manière  aussi  honorable ,  surtout 
pour  un  Français,  le  succès  avec  lequel  ce  |  rofesseurest  parvenu 
à  expliquer,  d'une  manière  lumineuse,  les  dilîiculte's  sans  nombre 
qu'on  rencontre  dans  l'étude  de  la  langue  allemande. 

Bavière.  — >  Mcnich.  —  f^oyage  scientijique.  —  Les  docteurs 
Spix  et  IVIartins  ,  tous  deux  membres  de  rAcadémie  des  Sciences 
de  cette  ville,  qui  sont  arrivés,  dans  les  derniers  jours  du  mois 
d'août,  à  Lisbonne,  de  retour  de  leur  voyage  scientifique  au 
Brésil ,  ont  déjà  envoyé  une  grande  quantité  de  caisses  con- 
tenant des  objets  d'histoire  naturelle  d'un  grand  prix,  et  ils  en 
apportent  avec  eux  qui  n'ont  pas  une  moindre  valeur.  La  rela- 
tion de  leur  voyage  est  attendue  avec  impatience. 

Saxe.  — Altemburg.  —  Publication  prochaine.  —  Dictionnaire 
encyclopédique.  —  Le  succès  du  Dictionnaire  encyclopédique  ou 
de  conversation  (  Conversations  Lexicon  ) ,  publié  par  M.  Brock- 
haus,  à  Leipsick,  en  dix  gros  volumes  in-8°,  au  prix  modique 
de  cinquante  francs,  et  dont  il  a  été  fait ,  en  dix  ans,  cinq  édi- 
tions ,  formant  un  ensemble  de  quarante  à  cinquante  mille 
exemplaires,  a  déterminé  M.  le  docteur  L.  Hain,  l'un  des  coUa- 
borAtejirg  de  ce  Dictionnaire ,  à  publier  un  ouvrage  semblable , 


4i4  EUROPE. 

sous  le  tHre  de  Dictionnaire  encycloprdique  des  sciences ,  des  arts 
et  des  métiers  (  Allgemeincs  rnrycloii'àdisrhes  Worterburch  ).  La 
librairie  de  M.  Halin  vn  a  distribue  lu  premirre  feuille  d"imj)res- 
sion ,  pour  servir  de  jimspectus.  V.n  la  compiiiiint  à  celle  du  Dic- 
tionnaire de  .M.  Rrockbaus,  on  trouve  «jue,  depuis  A  jusqu'à 
ABUC  ,  l'une  contient  au-delà  de  trois  cents  articles,  tandis  que 
Tautre  n'en  oflre  que  cinquante  ^  d'où  il  résulte  une  {grande  diflé- 
rcnce  entre  ces  deux  Dictionnaires,  sous  le  rapport  de  Tetendue 
des  articles.  On  ne  peut  guère  m^me  s'attendre  à  trouver  dans  le 
Dictionnaire  de  M.  Hain,  cju'une  simple  nouicnclature  ,  aver  quel- 
ques lignes  de  rcnseij^ncuiens  ou  d'explications.  Qiioiqu  d  en  soit , 
cette  nouvelle  entreprise  est  utile  sous  tous  les  rapports,  et  j)eut 
servir  à  compléter  la  traduction  fiançaise  que  ^1.  nrockli.ius  pré- 
pare de  son  Dictionnaire  encyclopédique,  et  à  lui  donner  l'uni- 
formité et  l'impartialité  qui  manquent  à  l'original-  L'ouvrage  de 
IM.Haiu  formera  huit  parties,  en  quatre  volumes.  La  jm  mière  li- 
vraison par.iîlra  encore  avant  la  fin  de  cette  année  ,  et  la  dernière 
est  promise  pour  l'an  182J.  Le  prix  de  souscription  pour  tout 
l'ouvrage  est  de  40  francs. 

Prusse. — Berliw.  —  Journal  officiel.  —  La  Rédaction  de  notre 
gazette  ofiicielle  vient  d'être  confiée  à  M.  le  conseiller  aulique 
Heun,  avantageusement  connu,  dans  le  monde  littéraire,  par  des 
poésies  ,  des  contes  et  des  romans  ,  publiés  sous  le  nom  de  Clau- 
len,  et  (|ui  ont  eu  plusieurs  éditions. 

Grand-Ddcué  oe  Baoe.  — Cahlsruue. — Beaux-Arts.  — Pein- 
ture.—  M.  Mezler  possède  un  tableau  (jue  les  connaisseurs  attri- 
buent à  Carlo  Dolce,  et  qu'ils  considèrent  comme  le  chef-d'œuvre 
de  cet  artiste.  En  voici  le  sujet  :  Dans  un  paysage  d'un  grand 
style,  quoique  subordonnéà  la  figure  principale,  un  jeune  iiomme, 
d'une  beauté  remarquable,  est  à  genoux  ,  à  moitié  penche  sur  le 
bord  d'une  fontaine  ,  où  il  contemple  son  imagej  un  chien  de 
chasse  est  couché  à  ses  pieds  et  le  regarde  attentivement.  Ce  n'est 
point  un  Narcisse  ordinaire  :  aussi  dirait-on  (jue  l'artiste  a  voulu 
exprimer  une  idée  bien  diflcrente  j  qu'il  a  eu  dessein  de  représen- 
ter un  jeune  homme  sortant  de  l'enfance,  et  sentant  les  premières 
émotions  de  l'amour.  Il  semble  sortir  d'un  profond  sommeil,  et  ne 
voir  encore  qu'imparfaitement  les  objets.  En  un  mot,  l'artiste  a 
exprimé  ici ,  d'une  manière  admirable,  le  sentiment  qui  anime  U 


EUROPE.  4i5 

tialatfaée  de  J.-J.  Rousseau,  lorsqu'elle  prononce  les  premières 

paroles  :  Cest  moi  ! 

Hongrie. — Pest.  —  JYécrologie.  — Jean  de  Bardozzi ,  ancien 
directeur  du  gymnase  royal,  et  conservateur  de  la  biblothèque 
de  Leutschau,  est  mort  à  Pest,  âge'  de  8i  ans.  Il  occupait  un 
ïang  distingué  parmi  les  litte'rateurs  de  la  Hongrie.  Il  a  publié 
plusieurs  écrits  intéressans  sur  l'histoire  de  ce  pays. 

SUISSE. 

Gewève.  —  Société  heli'étique  des  sciences  naturelles.  —  Eji 
1817  ,  cette  compagnie  savante  avait  mis  au  concours  la  question 
de  savoir  :  «  S'il  était  vrai  que  les  Hautes-Alpes  de  la  Suisse  fus- 
sent devenues  plus  âpres  et  plus  froides,  depuis  une  série 
d'années.  »  Le  prix  vient  d'être  donné  à  M.  Charles  Kasthofer, 
inspecteur  des  forêts  à  Unterseen  ,  dont  le  Mémoire ,  plein  de  re- 
cherches laborieuses  et  de  vues  nouvelles,  quoique  borné  dans 
ses  applications  à  l'un  des  cantons ,  au  lieu  de  s'étendre  à  toute  la 
Suisse  comme  le  voulait  le  programme  ,  a  paru  digne  de  cet  en- 
couragement. 

M.  Kasthofer  a  fixé  paiticulièrement  son  attention  sur  les  ava- 
lanches. Il  les  distingue  en  quatre  espèces  :  avalanches  de  neige 
en  poussière,  avalanches  en  masse,  avalanches  de  glaciers,  et 
avalanches  glissantes.  Les  premières ,  dit -il ,  sont  les  plus  nui- 
sibles à  la  végétation,  en  raison  du  courant  d'air  violent  qu'elles 
établissent  ;  réunies  aux  secondes ,  elles  commencent  les  glaciers. 
Après  avoir  exposé  les  divers  phénomènes  des  glaciers,  il  conclut 
qu'il  y  a  d'autres  causes  de  l'accroissement  des  glaciers,  que  l'in- 
fluence des  années  froides  5  qu'il  n'est  point  prouvé  que  la  quan- 
tité absolue  de  glace  ait  augmenté  sur  les  hautes  montagnes  de- 
puis des  siècles ,  mais  que  c'est  un  fait  que  ces  glaciers  sont  des- 
cendus plus  bas ,  sans  que  ce  fait  cependant  prouve  rien  pour 
le  refroidissement  de  la  terre  ;  enfin  ,  qii'on  ne  peut  démontrer 
que  la  limite  inférieure  des  neiges  soit  plus  basse,  dans  les  Alpes, 
qu'elle  ne  l'était  il  y  a  plusieurs  siècles.  Aucune  des  quatre  es- 
pèces d'avalanches  ne  peut  avoir  lieu  là  où  il  y  a  des  bois.  Dans  les 
endroits  où  la  force  végétative  a  diminué ,  il  n'est  pas  possible, 
de  prouver  que  cet  effet  soit  dû  au  refroidissement  du  climat. 
L'action  plus  forte  des  vents  et  la  dimiaution  du  terrain ,  dont  ellt 


4i6  EUROPK. 

est  la  consc'quenc»^,  sont  lescaiist-s  iiuniediatesde  ce  derroissement , 
qui  se  fait  reiiurqiK'r  surtout  dans  les  lieux  où  les  forets  ont  été 
détruites,  parce  que  les  courans  d'air,  plus  violens  qif  ai  Heurs  , 
emportent  la  terre  végétale  dépouillée  de  gazon  par  un  trop  long 
séjour  de  la  neige. 

Ces  faits  et  ces  résultats  une  fois  établis,  M.  Kasthofer  s'oc- 
cupe des  moyens  dy  porter  remède.  Le  premier  de  tous,  ù  son 
avis  ,  est  lo  rétablissement  du  gazon  ,  que  Ton  avivera  par  des 
semis  de  plantain,  plunla^n  alfunn  ,  de  fenouil  des  Alpes,  phel- 
landrium  mutrllina,  et  par  des  engrais  ;  surtout,  par  des  arrose- 
mens  de  Teau  qui  s'ét  ouïe  des  étables.  Il  veut  qu'on  ménage  plus 
particulièrement  les  bords  supérieurs  des  forêts,  et  tous  les  arbres 
égrenés  qu'on  trouve  au-dessus  de  la  limite  des  bois;  que,  lors- 
qu'on doit  couper  des  arbres  dans  les  hautes  régions  ,  on  laisse  au 
tronc  un  mètre  au  moins  hors  de  terre,  pour  protcçer  les  jeunes 
plantes  et  contenir  les  neiges  sur  les  pentes  escarjtëes.  11  conseille, 
10  de  semer  partout  de  jeunes  azaléas,  azalea  procumbens  ;  sous 
les  vieux  sapins  et  sur  les  pointes  les  plus  élevées  ,  des  aulnes  des 
Alpes ,  betula  viridis  ,  et  des  sorbiers ,  sorbus  aucuparia  ;  dans  les 
lieux  escarpés,  au  midi,  le  genévrier  des  Alpes,  et  iqSo  mètres 
ou  6000  pieds  plus  bas ,  des  mélèzes  ;  2°  d'établir  des  haies  vives 
entre  ces  plantations,  principalement  du  côté  du  nord  et  de 
l'ouest  ;  3"  enfin  de  conserver,  avec  une  religieuse  attention,  le» 
forêts  existantes  sur  les  hautes  montagnes,  et  de  ménager,  dans 
leur  intérieur,  les  arbres  qui  se  trouvent  sur  des  rocs  proémi- 
neus.  Tous  ces  moyens  sont  d'un^  application  difficile,  quand  on 
aà  vaincre  l'habitude  des  pilturages  communs,  la  paresse,  l'intérêt 
personnel  et  de  vieux  préjugés  ;  mais  on  saura  en  profiter  jiartout 
QÎi  l'amour  de  la  |>atrie  et  le  bien-ctre  de  ses  enfans  seront  la  pre- 
raière  loi  des  citoyens  et  de  l'Etat. 

-<-  Histoire  naturelle.  —  Musée.  —  Les  salles  de  cet  établisse- 
ment national,  dû  en  entier  au  patriotisme  des  Genevois  ,  et  qui 
ne  compte  qu'une  année  d'existence,  seront  bic:  tôt  insuflisantes 
pour  contenir  tous  les  dons  qui  lui  sont  faits  joumellenient.  Déjà 
on  est  forcé  de  construire  une  salle  supplémentaire,  destinée  i 
recevoir  l'éléphant  noir  tué  à  Genève ,  au  commencement  de 
celte  année. 

—  Ecoles    de   mathématiquts    pures     »l    appliquées.  —  Con- 


EUROPE.  4,^ 

vaincus  de  la  grande  importance  d'une  e'cole  où  les  tnathe'mati- 
-  ques  t)iires  el  appliquées  seraient  enseignées  suivant  les  méthodes 
modernes  ,  et  appuyés  de  l'approbation  de  professeurs  distin^ue's 
MM.  Schaub,  professeur  honoraire  de  mathématiques  à  Tacadé- 
raie  de  Genève,  et  Dtifour,  lieutenant  colonel  da  génie  fédéral, 
ont  formé  le  projet  de  créer  un  pareil  établissement,  où  les  jeunes 
gens  d'une  certaine  force,  aussi  bien  que  les  commençans,  pour- 
ront entrer  à  diflérentes  époques  de  l'année  ,  pour  suivre  les  le- 
çons à  leur  portée. 

Cet  établissement ,  ouvert  aux  jeunes  gens  de  tous  les  pays, 
qui  viennent  chercher  l'instruction  à  Genève ,  sera  utile  en  par- 
ticulier aux  jeunes  Fratiçais  et  aux  jeunes  Suisses  <jui  aspirtnt  à 
l'école  polytechnique;  ils  y  puiseront,  en  peu  de  tems  et  à  peu 
de  frais ,  toutes  les  connaissances  exigées  pour  l'admission.  Enfin, 
les  militaires  suisses,  qui  en  auront  suivi  les  cours,  se  trouveront 
bien  préparés  pour  tirer  tout  le  fruit  des  exercices -pratiques  aux- 
quels ils  peuvent  être  appelés  dans  les  nouvelles  écoles  militaires 
fédérales. 

Les  élèves  seront  partagés  en  deux  divisions,  d'après  leur  ins-^ 
truction.  Chaque  division  recevra,  chaque  jour,  une  leçon  alter- 
nativement de  M.  Sfhaub  et  de  M.  Dufour.  11  sera  permis,  en 
outre,  aux  élèves  de  la  première  division ,  d'assister  aux  leçons 
données  aux  commençans;  ils  pourront  ainsi  repasser  farilem<nt 
les  branches  élémentaires,  qu'il  est  si  important  de  se  rendre  fa- 
milières. 

Les  heures  des  leçons  seront  choisies  de  manière  ;"i  ne  point 
empêcher  les  jeunes  gens  de  suivre  les  cours  publics  de  phijoso- 
pliie  ou  de  belles-lettres.  M.  Schaub  enseignera,  à /a  deuxième 
dwLirtn,  première  ann.e  :  L'.irithmétique ,  l'algèbre,  la  trigono- 
métrie rectiligne,  la  trigonométrie  sphérique ,  avec  ses  applica- 
tions à  l'astronomie-pratique,  et  l'usage  de  quelques  insl rumens; 
a  la  première  division,  seconde  année  :  Les  élémens  du  calcul 
différentiel,  ceux  du  calcul  intégral,  la  dynamique.  M.  Dufour,  à 
la  deuxième  diuision,  première  année  ;  La  géométrie,  l'applicatioa 
de  l'algèbre  à  la  géométrie,  comprenant  les  sections  coniques, 
les  applications  de  la  trigonométrie  rectiligne  à  la  géodésie,  l'u- 
sage des  instrumcns  pour  les  levers  sur  le  terrain  ;  a  la  premièiv 
division,  seconde  année  :  La  statique,  la  géométrie  descriptive 
TOME   Vllt.  27 


4i8  ELKOPt. 

avec  ses  applications  à  la  perspective ,  à  la  théorie  des  ombres ,  îî 
la  coupe  des  pierres  ,  :'i  la  charpente  et  aux  e'iemens  des  niacliiiie.<:^ 
la  géométrie  analytique  supérieure.  On  suivra  dans  ces  diflërentes 
leçons  les  ouvrages  les  plus  estimés. 

Les  jeunes  gens  ne  seront  pas  admis  avant  liige  de  douze  ans 
accomplis,  et  s'ils  ne  sont  déjà  familiarises  avec  les  premiers  cal- 
culs de  rarilhmrtifjuc-praticjuc,  si»r  lesquels  on  les  examinera 
en  particulier  avant  leur  entrée.  Les  paiemens  se  feront  par  tri- 
mestre ,  et  à  l'avance  ,  à  raison  de  cent  cintjuante  j'rana  de  France 
par  trimestre.  Celui  qui  ne  voudra  suivre  (|u'une  des  deux  leçons, 
suivant  sa  convenance  ,  en  aura  la  faculté  j  il  ne  paiera  alors  que 
cent  francs  par  trimestre.  L'école  ne  s'ouvrira  pas  avant  que  dou/e 
personnes  ne  se  soient  inscrites,  chez  MM.  Schaubet  Uufour  ,  de- 
meurant à  Genève,  rue  de  la  Cité,  n"  ii\. 

SruAFFousE.  —  Evib lisse metit  Je  secours  pour  les  aveugles.  — 
La  direction  de  cet  établissement,  formé  dans  cette  ville,  il  v  a 
neuf  ans,  a  rendu  compte  de  sa  gestion  pendant  l'année  révolue 
le  S  juin  dernier  (  brochure  in-8°  de  i6  pages  ).  Les  dons  faits, 
tant  par  des  gens  du  pays  que  par  des  bienfaiteurs  étrangers  et 
pai  des  voyageurs  traversant  le  canton,  ont  augmenté  de  prt"» 
d'un  quart  le  fonds  capital  de  la  société,  qui  s  élève  maintenant 
à  i)lus  de  5.000  florins (i  i,ooo  francs).  L'augmentation  de  revenu 
qui  es  résulte  a  décidé  les  directeurs  à  étendre  les  bienfaits  dv 
rinstitwtion.  Déjà,  dans  l'année  qui  vient  de  s'écouler,  ils  ont 
augmenté  les  secours  accordés  aux  aveugles  j  ils  se  proposent 
maintenant  de  faire  soigner  à  leurs  frais ,  par  des  oculistes  expc- 
rimenté^ ,  tous  les  individus  appartenant  à  la  bourgeoisie,  que  } 
la  ciainte  de  la  dépense  pourrait  empêcher  d'en  appeler  assez  tôt  | 
pour  prévenir  cette  cruelle  inlirmité.  Depuis  l'année  181 5,  épo- 
que à  laquelle  la  société  a  pu  ,  pour  la  première  fois ,  faire  par- 
ticiper les  aveugles  à  ses  bienfaits,  il  a  été  employé  plus  de 
3^00  francs  à  soulager  26  aveugles ,  dont  14  ont  encore  part  à  ce 
secours.  Les  dons  faits  à  l'établissement ,  pendant  l'année  expiré»  \ 
au  8  juin,  s'élèvent  à  environ  2700  francs.  On  remarque  ]iarmi 
les  donataires  la  reine  de  Suède,  la  duchesse  douairière  de  Bade, 
les  frères  Casa  de  la  Havane,  M.  Moorat ,  négociant  à  Madras  , 
et  M.  Tliomton,  trésorier  de  la  société  biblique  anglaise  et  1 
étrangère 


EUROPE.  4,3 

ITALIE. 

Enseignement  mutuel.  —  Les  progrès  des  écoles  vont  toujours 
croissant  dans  ce  pays.  H  s'en  e'tablit  à  Valence  sur  le  Pô ,  à  Ri- 
voli, etc.  La  Société  de  Florence  entretient  des  relations  suivies 
avec  le  conseil  de  la  Société  de  Paris  ;  elle  a  fait  exécuter  des 
porte-crayons  solides  et  économiques,  dont  elle  a  envoyé  uu 
échantillon. 

Piémont.  — Torin.  —  Bibliographie. — Découverte  de  manuscrits 
classiques. — L'abbé  Amadeus  Peyron,  professeur  de  langues  orien- 
tales à  l'université  de  Turin ,  a  découvert  quelques  fragmens  de 
Cicéron  dans  un  manuscrit  du  monastère  de  Saint-Co]oml)an  du 
Bobbio ,  ville  sur  la  Trebia  ,  dans  les  Etats  du  roi  de  Sardaigne. 
Ce  manuscrit  contient  plusieurs  fragmens  de  harangues  déjà 
connues,  telles  que  celles  de  pro  Scauro,  pro  M.  TuUio,  et  des 
passages  entiers  de  discours  qui  ne  sont  malheureusement  pas  ar- 
rivés jusqu'à  nous.  Quelques-uns  de  ces  fragmens  avaient  déjà  été 
publiés  par  M.  Majo,  d'après  un  manuscrit  tiré  de  la  même  bi- 
bliothèque ,  et  déposé  ensuite  dans  la  bibliothèque  ambrosienne 
de  ]VIilan.  Cette  circonstance  fera  peut-être  croire  que  les  deux 
manuscrits  n'en  formaient  qu'un  5  mais,  en  les  examinant,  il  est  fa- 
cile de  reconnaître  que  cette  conjecture  n'est  point  fondée.  L'un 
€st  écrit  sur  deux  colonnes  ,  et  l'autre  sur  trois  j  les  écritures 
sont  tout-à-fait  diilërentes  :  celui  qui  a  été  trouvé  par  l'abbé 
Peyron  est  beaucoup  plus  complet ,  et  peut  servir  à  rempUr  les 
vides  et  à  rectifier  les  erreurs  du  premier. 

États  Vénitiens.  —  Adria.  —  Archéologie.  —  Dans  les  der- 
nières fouilles  et  recherches  d'antiquités  qui  ont  été  faites  ici ,  on  a 
trouvé  une  pierre  gravée  d'une  grande  valeur.  C'est  une  belle 
sardoine  ,  de  forme  ovale ,  et  de  grandeur  à  pouvoir  servir  de 
bague.  Elle  représente,  par  de  petites  Ggures  blanches  relevées 
en  bosse  sur  un  fond  sombre,  la  vendange  qu'Anacréon  décrit 
dans  sa  17e  ode.  La  partie  supérieure  est  entourée  d'un  pampre 
non-seulement  avec  ses  feuilles ,  mais  avec  ses  gr^j^pes.  Plusieurs 
ioUs  enfans  sont  occupés  à  cueillir  les  grappes ,  tandis  que  d'aiv- 
tres  se  tiennent  prêts  à  les  recevoir  dan  s  la  cuve,  sous  laquelle  est 
placée  une  cuvette  qui  doit  recevoir  la  liqueur.  La  partie  inférieure 
îcla  pierre  est  occupée  par  Silène,  étejadu  à  côté  de  son  fldèlç 

27* 


4io  ELROPE. 

compagnon,  que  l'on  ne  voit  cependant  pas  lout-à-fait.  Les  Cgnrcs 
iont  an  nombre  de  six,  bien  dessinées  et  exécutées  avec  une  pré- 
cision presqu'inconccvable.  Ce  beau  monument  de  la  civilisation 
des  anciens  habitans  d'Adria,  a  été  trouve  à  une  profondeur  de 
huit  pieds  et  ne  porte  aucune  trace  des  ravages  du  tems. 

LoMBARDir. —  MiLAS. — licaux-Arts. —  L"  Académie  des  Beaux- 
Arts  a  proposé,  le  i\  juin  dernier,  pour  l'an  i8ji  ,  les  prix 
•uivans  ,  pour  lesquels  les  artistes  étrangers  peuvent  concourir  : 

lo.  ^architecture.  Une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  60  ducats 
pour  le  meilleur  plan  d'un  conservatoire  de  musique,  assez  spa- 
cieux pour  renfermer  comniodérai-nt  5o  demoiselles  et  100  gar- 
çons comme  élèves ,  et  le  nombre  convenable  de  professeurs , 
avec  chapelle  ,  théâtre,  salle  de  concert,  etc.  ^o-  Peinture.  Lno 
médaille  dor  de  la  valeur  de  100  ducat.s,  pour  le  meilleur  ta- 
bleau représentant  n  le  monument  où  le  duc  de  Milan ,  Barnabo 
Visconti,  égaré  au  milieu  de  la  nuit ,  dans  les  environs  du  châ- 
teau de  ^langnano,  est  rencontré  par  ses  gens  qui  le  cherchent  à 
la  lueur  des  flambeaux.  ))  (  D'aj-rès  l'Histoire  de  Milan  par  Venni, 
tome  I,  chap.  i3,  et  la  rhroniqtie  d'Azario,  page  26g.  )  3°.  Sculp- 
ture. Une  médaille  d'or  de  60  ducat*  }nnir  le  meilleur  croupe  en 
terre  cuite,  représentant  a  l'athlète  Entellus  au  moment  où  il  en- 
fonce avec  son  ceste  le  crâne  d'un  taureau,  prix  de  sa  victoire 
remportée  sur  Dares.  »  (D'après  l'Enéide  de  Virgile,  liv.  5.  )  Le 
groupe  doit  être  isole  et  avoir  trois'pieds  de  hauteur.  4''-  Gra- 
imrt.  Une  médaille  d'or  de  3o  ducats  pour  la  meiUeure  gravur» 
d'un  ouvrage  quelconque  de  bon  maître,  qui  n'ait  pas  encore  été 
tp-avé.  !j«.  Dessin  tle  figure.  Une  médaille  d'or  de  3o  ducats  pour 
le  meilleur  dessin  représentant  «Gédéon,  le  libérateur  du  peuple 
d'Israël,  observant  attentivement  ses  soldats  au  moment  où  ils 
boivent  dans  la  fontaine  d'Harod.  »  (  D'après  le  livre  des  juges, 
rhap.  7.)  6*.  Dessin  irornemrnl.  Une  médaille  d'or  de  ao  ducaLr 
pour  le  meilleur  de«sin  de  deux  omemens  riches  ,  élégans,  sem- 
I)lables ,  mais  non  pas  égaux:  p.ir  exemjile,  un  candélabre,  etc. 

Les  artistes  (^  désirent  concourir  sont  invités  à  faire  parvenir 
à  l'Académie  leurs  travaux  avant  la  fin  du  mois  dejuin  de  l'an  i8ai. 

Vf.mise.  —  Histoire  des  Arts.  —  !M.  Antoine  de  Neumayer, 
commissaire  impérial  ii  Mestre,  s'orcxipc  di- la  publication  «Fim 
Dictionnaire  Jet  artistes  allemands.  Le  j'remier  vuluniu  de  cet 


ELROPE.  4ai 

«arrage ,  écrit  en  langue  italienne ,  a  été  imprimé  dans  cette  ville, 
ovi  U  a  déjà  paru.  Ij  ne  renferme  que  la  lettre  A,  quoiqu'il  con- 
tienne des  notices  biographiques  sur  environ  deux  cents  artiste>i. 
L'auteur  e^t  déjà  connu  de;  Italiens  par  sa  description  historique 
et  critique  du  Prado  delta  valle  à  Padoue. 

Naples.  —  Sculpture.  —  Le  célèbre  Canova  a  prouvé,  en 
sculptant  les  deux  Uons  qui  ornent  le  mausolée  du  pape  Qémcnt 
XIII,  dans  léglise  de  Saint- Pie/re ,  que  son  talent  se  prête  éga- 
lement à  tous  les  genres  de  composition.  Il  y  a  quelques  années 
qu'il  fit  le  modèle  d'un  cheval  d'une  taille  colossale.  Cet  ouvrage, 
qui  présentait  une  foule  de  diOicultés ,  fu£  fort  admiré  des  con- 
naisseurs \  et  on  !e  coula  en  bronze  à  Naples,  avec  beaucoup  de 
succès.  Canova  s'occupait  alors  à  faire  un  second  modèle  du  mêoap 
animal  dans  une  autre  attitude.  Ce  modèle,  où  le  sculpteur  s'est 
sui-passé,  doit  servir  de  pendant  à  celui  dont  nous  avons  déjà 
parlé.  Tous  deux  orneront  la  grande  place  du  magnifique  temple 
de  Saint-François-de-Paule  ,  qu'on  bâtit  à  Naples,  d'après  les 
dessins  de  l'architecte  Bianchi. 

TURQUIE    d'eUROPE. 

Moldavie.  —  Jasst.  —  Enseignement  mutuel.  —  Extrait  d'une 
lettre  adressée  au  directeur  de  la  Reuue  Encyclopédique.  —  «  L'in- 
térêt qui  vous  anime  pour  tout  ce  qui  tient  au  bien  de  l'humanité, 
et  la  bienveillance  particulière  dont  vous  m'honorez ,  me  font 
prendre  la  liberté  de  vous  soumettre  le  rapport  que  j'ai  l'honneur 
de  présenter  à  la  Société  d'enseignement  mutuel  de  Paris ,  sur 
l'état  actuel  de  cette  institution  en  Moldavie.  » 

V^oici  l'extrait  de  ce  rapport.  «La  lettre  que  j'ai  eu  l'honneur  de 
vous  adresser ,  au  mois  d'octobre  de  l'année  dernière ,  vous  pré- 
scntait'les  difBcultés  et  les  obstacles  que  pouvait  éprouver  l'éta- 
blissement de  la  méthode  d'enseignement  mutuel  en  Moldavie; 
ils  ont  été  successivement  aplanis  ,  et  j'ai  la  satisfaction  d'y 
avoir  contribué  de  tous  mes  moyens.  Cependant,  ce  n'est  qu'au 
mois  de  mars  que  l'école  a  été  ouverte  à  Jassy  ;  mais  les  progrès 
des  premiers  élèves  ont  été  si  rapides ,  que  leur  nombre  s'est 
promptement  accru  j  il  est  actuellement  de  cent,  et  il  serait  beau- 
coup plus  considérable,  si  le  local  permettait  toutes  les  admis- 
sions qui  sont  sollicitées.  Cette  iastitution  a  été  bientôt  honores 


/^22  EUROPE. 

de  la  haute  protection  de  S.  A.  le  prince  régnant,  et  de  la  bien- 
Tcillancc  toute  partictilitrc  du  chef  de  notre  sainte  religion, 
S.  Em.  le  metrojiolifain  de  Moldavie.  Ce  vénéiaMe  prélat  a  bien 
Toiilu  «?f  re  membre  de  Y lîpilrofjie ,  composée  de  plusieurs  des 
principaux  seigneurs  :  enlin  ,  linslitution  est  reconnue,  et  il  y  est 
pourvu  comme  aux  autres  etablissemens  d'instruction  publique. 

u  M.  le  professeur  Cleobulos  qui ,  chaque  jour,  justifie  de  plus 
en  plus  la  confiance  que  la  Société  a  mise  dans  son  zèle  et  ses  lu- 
mières ,  a  ajoute  à  Técole  qu'il  dirige  une  école  normale  ;  plu- 
sieurs professeurs,  qu'il  a  déjà  formes,  sont  partis  pour  Sparte  , 
Athènes,  Smyrne,  (Jhios  et  divers  autres  points  de  la  Grèce. 
D'autres  partiront  bientôt  encore.  Plusieurs  se  destinent  pour  la 
Crimée,  et  tous  doivent  corresjiondre  avec  nous.  Heureux,  si 
nous  pouvions  ainsi  devenir  le  centre  de  l'enseignement  dans  ces 
contrées,  et  être  destines  à  présenter  annuellement  à  lillustre  So- 
ciété de  Paris  ,  le  tribut  d'hommages  et  de  reconnaissance  que  lui 
devront  toujours  les  institutions  tjui  pourront  successivement  se 
former .' 

»  Les  tableaux  rédigés  en  langue  grecque  sont  déjà  traduits,  en 
partie ,  en  langue  moldave ,  et  nous  espérons  voir ,  sous  peu ,  des 
écoles  s'établir  dans  les  autres  villes  et  les  principaux  bourgs  de  la 
Moldavie.  L'instruction  primaire  se  répandra  ainsi  dans  toutes 
les  classes  de  la  population....  »  Ns.  ueRossetto  Roziiovaito. 

cnÈcE. 

Projqrcs  de  la  littérature — Grâces  aux  progrés  rapides  des  Grecs 
modernes  dans  la  civilisation  et  dans  la  lillérature  (voy.  ci-des- 
sus pag.  190,  et  Tome  VII,  p.ig.  Gjo)  ,  leur  langue  commencer 
se  populariser  en  Europe.  Weigel ,  libraire  de  Leipsick  ,a  publié 
un  excellent  Dictinnnuire  et  une  Gratunutire  tic  i^rec  iiioflfrne ,  par 
le  professeur  Schneider.  On  a  dernièrement  fait  paraître  aussi  , 
en  Angleterre  ,  une  petite  Grammaire  Je  la  Lingue  grecque 
jtioderne ,  par  le  docteur  Robertson ,  membre  de  la  Société  des 
Philomuses  d'Athènes,  et  de  l'Académie  des  Iles  Ioniennes.  Les 
éditions  stéréotypes  des  auteurs  grecs  ,  publiées  par 'i'aurbnitz, 
de  Leipsick  ,  circulent  dans  toute  la  Grèce  ,  cl  .«t'y  vendent  à  un 
prix  lrè<  modéré.  A\  eigcl  prépare  dans  ce  moment  une  eiiition 
soigneusement  corrigée   des  principaux  cchvaios  en  prose,  et 


EUROPE.  4^3 

des  meilleurs  poètes  grecs,  sous  le  titre  ge'ne'ral  de  Jhhlimhec/i 
Grceca.  Les  observations  sur  la  géogragliie  de  ce  pays  acquièrent 
chaque  jour  un  nouveau  degré  de  certitude.  Les  ouvrages  topo- 
graphiques du  .«avant  sir  William  Gell ,  sur  Argos,  Ithaque  .  et  la 
iVIorée  ,  peuvent  passer  pour  classiques  \  son  Itinéraire  de  la  Grèce 
est  aussi  une  acquisition  pre'cieuse,dont  nous  avons  rendu  compte 
(  voy.  T.  IV,  pag.  493).  H  est  maintenant  occupé  à  dresser  une 
carte  de  toute  la  Grèce  ,  sur  une  échelle  d'un  pied  par  degré:  le 
colonel  Leake  l'aide  dans  ce  travail.  — La  Société  athénienne  des 
Philomuses,  instituée  en  i8i5,  se  propose  d'envoyer  ((uatre 
jeunes  Grecs  en  Ita|ie  et  en  Allemagne,  pour  achever  leur  éduca- 
tion. Cette  Société  est  composée  de  3oo  membres ,  dont  la  plupart 
sont  étrangers. 

Enseignement  mutuel.  —  Extrait  d'une  lettre  de  Corfou,  du  20 
octobre  1820.  —  On  vient  d'établir  à  l'île  de  Sainte-  Maure  (l'an- 
cienne Leucade  )  une  grande  école  d'enseignement  mutuel.  Lft 
premier  professeur  est  M.  Athanasios  Politis ,  natif  de  Sainte- 
Maure  ,  jeune  homme  plein  de  talent  et  de  patriotisme.  L'arche- 
vêque de  cette  île  célèbre  a  pris  sous  sa  protection  spéciale  cetim- 
portant  établissement,  dont  il  est  lui-même  le  directeur-général. 
Ce  digne  prélat  vient  d'adresser  à  tous  les  Grecs  de  son  diocèse 
une  lettre  pastorale ,  qui  i-espire  non-seulement  la  véritable  charité 
chrétienne,  mais  encore  cette  philosophie  solide  etgénéreuse  qui  sait 
vaincre  les  plus  grands  obstacles ,  quand  il  s'agit  du  bien  public. 

Des  lettres  de  Bukarest  et  de  Constantinople  annoncent  que 
l'école  d'enseignement  mutuel ,  établie  à  Jassy  par  M.  Cléobidos , 
continue  à  prospérer  sous  la  protection  éclairée  du  prince  actuel- 
lement régnant  en  Moldavie ,  et  de  l'arclievêque  du  même  pays. 

Quatre  jeunes  Grecs,  déjà  sortis  de  cette  école  ,  sont  arrivés  à 
Constantinople,  où  ils  ont  été  bien  accueillis  par  le  patriarche, 
qui  leur  adonné  toutes  les  recommandations  nécessaires  pour  aller 
fonder  des  établissemens  à  Chios ,  Patmos  et  Candie. 

"Vous  apprendrez  sans  doute  a,ycc  une  vive  peine  que  les  deux 
grands  collèges  de  Jannina  viennent  d'être  réduits  en  cendres,  à 
la  suite  dun  boraliardement  dirigé  par  le  féroce  Ali  Pacha  contre 
cette  malheureuse  capitale.  Ces  deux  collèges  renfermaient  une 
multitude  de  livres  grecs ,  latins ,  français  ,  italiens,  etc. ,  et  plu- 
«ieurs  manuscrits.  Tout  a  été  la  proie  des  flammes.  Ou  regrette 


44(  EUROPE. 

surtout  deux  iriîmn'îrrits  aiifoprapho';  du  célèbre  ge'ograjihe  Mé- 
Ictius,  natif  de  Junnina  j  savoir,  une  Histoire  fccli^siastique,  et  un 
Traite' d'astronomie,  que  ce  savant  avait  composés  pour  l'instruc- 
tion de  ses  rom|iatriotes. 

Voici  qui'lf|ues  de'tails  sur  cette  ville  ;  il  y  a  pI"''  d"nn  siècle 
qu'on  y  trouvait  deux  écoles  .  dans  lesquelles  ,  outre  la  langue 
grecque  anrieiine,  on  enseignait  les  mathe'mutiques  et  la  philo- 
sophie. Méléfius  e'tait  dlève  de  ces  écoles  ,  comme  beaucoup 
d'autres  savans  grecs  du  dernier  siècle.  Les  Janniotes  voulant 
mettre  ces  établisseracns  à  l'abri  des  chances  du  gouvernement 
local ,  en  avaient  place'  les  fonds  dans  la  caisse  de  la  république 
vénitienne  5  mais  ils  furent  perdus,  lors  de  la  destruction  de  cette 
antique  république  :  les  successeurs  de  la  domination  vénitienne 
n'ayant  pas  voulu  se  charger  de  ses  dettes. 

Cette  cire  n -tance  filcheusc  et  la  tyrannie  d'Ali  Pacha  auraient 
été  fatales  à  ces  écoles;  mais,  grâce  au  patriotisme  et  à  la  libéralité 
de  MM.  les  frères  Zosima  et  de  M.  Picrosoy,  émigrés  épirotes  en 
Russie  ,  leur  réi,'ime  n'a  pas  cesse  de  s'améliorer,  et  l'aflectatioii  du 
revenu  d'un  million  de  roubles  ,  places  cnRussic,  aurait  maintenu 
leur  ancienne  splendeur. 

Les  géogr;iphes  modernes  insultent l'Ep ire,  en  lui  donnant  le  nom 
d'Albanie  :  Jannina  est  une  ville  vraiment  grecque;  et,  quoiqu'il  s'y 
trouve  des  mahdmctans ,  des  juifs  et  des  bohémien:; ,  tous  ses  ha- 
bit ms  parlent  grec:  singularité  peut-être  unique  dans  toute  la 
Grèce. 

FRANCE. 

BoiiCHES-nc-HH(j!\F,.  —  Ltom.  —  Physique,  —  Capneitc  (tes  gaz 
pour  le  rn/nrufue — .M.  J.  H.  Mallet ,  secrétaire  de  l'Aradémic  de 
Lyon  ,  a  publié  des  expériences  intéressantes  ,  et  combinées  d'une 
manière  fort  judicieuse,  sur  un  des  problèmes  les  plus  importans 
de  la  physique,  la  constitution  intime  <I es  tlit^ers  ifnz.  et  leur ca- 
pacit  pmtr  le  calorique.  Il  peusc  avoir  démontré  qu'à  une  un'ine 
tempériiture  les  particules  des  «lillérens  gaz  sont  à  des  distances 
égairs,  f|U('  cr'i  molécules  ont  des  voluin«-s  «li\ers .  etquelaquan- 
tité  de  cal.^viquc"  qu'un  gaz  peut  admettre,  dépend  de  la  grandeur 
de  l'espace  qui  sépare  les  molécules. 

SciNE-ST-MÀnMi:.  —  Zoologie.  —  Crmlacée.  —   M.  Adolphe 


EUROPE.  4a5 

Drogniarba  découvert,  dans  les  mares  de  la  forêt  de  Fontainebleau , 
un  nouveau  crustacée  qu'il  nomme  linmadia,  et  qui  est  surtout 
remarquable  par  sa  grosseur.  Il  paraît  former  une  espèce  bien 
distincte.  Tous  les  individus  que  M.  B-  a  remarque's,  au  nombre 
de  mille,  avaient  des  œufs  sur  le  dos^  ses  observations  n'ont  pas 
e'te'  assez  multipliées  pour  rendre  raison  de  cette  circonstance  sin- 
gulière. 

BoucHES-Du- Rhône.  —  Arles.  —  Zoologie.  —  Sauterelles.  — 
M.  d'Hombres  Firmas  a  donné  la  description  des  ravages  causés 
dans  la  Camargue,  et  aux  environs  d'Arles,  par  des  nuées  de 
sauterelles,  qui  rasèrent  les  champs,  comme  si  les  flammes  les  eus- 
sent dévorés.  Il  ne  peut  expliquer  cette  invasion  subite,  contre 
laquelle  le  maire  d'Arles  envoya  un  grand  nombre  de  personnes , 
qui  réussirent,  au  moyen  d'une  espèce  de  piège  fort  simple,  à 
détruire  35  ou  l\o  quiataux  de  sauterelles,  pendant  six  jours  con- 
sécutifs. 

Charente-Inférieure. —  Agriculture.  — M.  Chai  fils ,  proprié- 
taire, est  parvenu  ,  avec  un  zèle  qui  mérite  les  plus  grands  élo- 
ges, à  naturaliser,  dans  ce  département,  le  hcan  peuplier  baumier 
(paupulus  balsamifera  )  de  la  Virginie  et  de  la  Caroline.  Il  serait 
à  désirer  que  la  culture  de  cette  utile  variété  se  répandît  de  plus 
en  plus  j  elle  est  aussi  remarquable  par  la  délicatesse  de  son  feuil- 
lage que  par  son  odeur,  qui  parfume  l'air  à  l'instant  de  sa  flo- 
raison. 

Meuse.  —  Chirurgie.  —  Surdité.  —  On  avait  annoncé  que 
M.  Deleau ,  médecin  dans  le  département  de  la  Meuse,  avait  pra- 
tiqué avec  succès  l'opération  de  la  perforation  du  tympan  ,  qui  a 
pour  but  de  rendre  le  sens  de  l'ouie  aux  sourds-muets.  M.  De- 
leau n'est  point  l'inventeur  de  cette  opération  ,  qui  est  découvei'te 
depuis  long-tems.  Il  le  reconnaît  lui-même,  et  annonce  qu'il  va 
publier  un  Mémoire  sur  un  instrument  de  son  invention,  dont  il 
a  obtenu  d'utiles  résultats.  M.  Deleau  n'est  point  le  seul  qui  ait 
tourne  ses  méditations  vers  ces  utiles  perfectionnemens  :  M.  Du- 
camp, jeune  médecin  d'un  grand  mérite,  qui  exerce  sa  profession 
à  Paris,  est  aussi  l'inventeur  d'un  instrument  qui  a  également 
pour  but  de  faciliter  l'opération  de  la  perforation  du  tympan. 

Ille-et-Vilaine.  —  DoL.  —  Technologie.  —  t'ahrication  des 
huiles.  —  M.  Écouchart,  de  Dol ,  est  parvenu  à  introduire,  dans 


^26  ELlROPh. 

les  jiioredes  ordinaires  pour  Vcrpression  de  l'huile  cTolii^es ,  du» 
améliora lioDS  importantes,  cjui  ilébariassent  entièrement  des  pi- 
lons, et  de  tous  les  autres  accessoires  qui  en  rendent  la  fabrication 
assez  coûteuse.  Il  extrait  Thuile  avec  sûreté  et  économie  par  un 
seul  cylindre ,  au  moyen  de  la  vapeur  dVau. 

SEi>E-lNFÉniEURE.  — Y.v .  —  Archeologic.  —  On  a  découvert, à 
une  lieue  de  cette  ville  lus  restes  d'une  cité  romaine.  Les  fouilles, 
commencées  sous  la  direction  de  MM.  l'.lnnccliii  et  TrauUe,  ont 
déjà  otlért  l'assise  d'un  temple  dont  la  partie  supérieure  a  été 
abattue,  ou  brûlée  sans  doute,  à  Tépoque  oîi  le  christianisme,  triom- 
phant du  paganisme,  détruisait  les  raonumens  de  ce  culte.  Des 
monnaies  {gauloises  et  romaines,  du  tcms  d'Auguste  et  de  Tibère, 
ont  été  trouvées  auprès  du  péristyle.  On  aperçoit,  sous  un  ama!< 
d'arbres  et  de  broussailles,  la  forme  demi-circulaire  de  l'enceinte 
dun  amphithéâtre  ou  d'une  arène.  11  est  à  délirer  que  le  gouver- 
nement prenne  en  considération  cette  intéressante  découverte, 
et  fournisse  les  moyens  nécessaires  de  continuer  des  travaux,  dont 
un  particulier  ne  pourrait  supporter  la  dépense  sans  se  ruiner. 
Kous  reviendrons  sur  la  découverte  de  MM.  Ktancelin  et  'J'rauUé 
quand  ce  dernier,  avantageusement  connu  à  ylbhevillc  par  ses 
connaissances  et  ses  recherches  en  antiquités,  aura  terminé  le 
travail  qu'il  se  propose  de  publier  sur  cet  objet. 

Allier. — Néris. —  Dans  les  premières  fouilles  que  les  ingé- 
nieurs ont  faites  pour  placer  l'aqueduc  du  nouvel  établissement 
thermal  de  Wéris,  on  a  découvert  une  piscine  d'environ  cinquante 
pieds  de  diamètre,  sur  huit  ou  neuf  de  j)rofondeur;  elle  est  di- 
visée en  plusieurs  escaliers  circulaires  :  ces  escaliers  ,  ainsi  que 
le  plafond  intérieur  et  les  pourtours,  sont  revêtus  du  plus  beau 
marbre,  au-dessus  duquel  est  appliquée  une  couche  épaisse  de 
trois  pouces  d'un  stuc  gris,  dont  la  naluie  et  la  fabrication  pa- 
raissent inconnues  dans  les  arts.  A  la  suite  de  cette  ]iiscine ,  on  en 
remarque  six  autres  moins  grandes ,  de  formes  rondes  ou  car- 
rées ,  destinées  aux  étuves  •  elles  sont  aussi  parquetées  et  revêtue» 
de  marbre  ;  leur  partie  inférieure  est  soutenue  par  des  pilastres  en 
brir{uc  ,  larges  de  huit  pouces  ,  et  correspondantes  au  niveau  des 
eaux.  Les  cheminées,  de  forme  nouvelle  ,  étaient  traversées  par 
des  trous  carrés,  et  adossées  au  pourtour  des  rotondes  :  elles  étaient 
masquées  par  des  enduits  de  bcton,  et  des  applications  du  pins 


EUROPE.  427 

beau  marbre.  Ces  découvertes ,  propres  A  faciliter  Tôfude  de  Tart 
chez  les  anciens,  ne  sont  qu'un  prélude  à  d'autres  plus  impor- 
tantes et  plus  nombreuses.  Des  colonnades  de  marbre  et  de  £;tanit, 
que  l'on  a  trouvées  en  faisant  un  fossé  à  Toiiest  du  bAtiment  ther- 
mal projeté,  ne  laissent  pas  de  doute  sur  Texistence  d'un  ancien 
temple. 

Oise.  —  jNogent-les-Vierges.  — On  avait  découvert ,  en  1816, 
dans    cette   commune,  une  grotte    qui  renfermait  un  nombre 
considérable  d'ossemens  humains.  En  contintiant,   cette  année, 
les  fouilles ,  on   est  parvenu  à  déblayer  le  reste  de  cette  grotte , 
située  à  gauche  de  la  route  de  Creil  à  Clermont ,  et  élevée  d'en- 
Tiron  cinquante  pieds  au-dessus  du  niveau  du  chemin.  C'est  en 
creusant  le  tuf  de  la  montagne ,  qu'on  a  trouvé  cette  espèce  de 
galerie ,   dont  la  partie  supérieure  ,   formée  d'un  banc  de  roche , 
ne  permettait  point  de  se  tenir  debout.  La  longueur,  dans  la  di- 
rection du  nord  au  sud,  est  d'environ  trente-six  ou  trente-sept 
pieds,  et  sa  largeur,  de  sept.  Lorsqu'on  pénétra  dans  cette  ga- 
lerie, elle  renfermait  des  corps  qui  paraissaient  avoir  été  couchés 
par  lits ,  les  uns  sur  les  autres  ,  et  recouverts  d'un  sable  sec ,  des- 
tiné ,  sans  doute ,  à  les  conserver.  Le  sol  était  couvert  de  dalles 
brutes  ,  d'un  pouce  ou  deux  d'épaisseur,  et  telles  qu'on  en  trouve 
encore  à  peu  de  distance  de  là ,  dans  le  lit  d'un  torrent.  Les  dif- 
férentes aspérités  ou  concavités  que  présentait-nt  ces  dalles,  étaient 
égalisées   au    moyen  de    pierres  plus  petites.    C'était  sur  cette 
couche  de  dalles ,  que  reposait  le  premier  lit  de  corps.  On  n'en  a 
trouvé  aucun  entier  ;  tous  les  os  étaient  détachés  les  uns  des 
autres,  mais  on  a  gardé  un  certain  nombre  de  têtes  restées  dans 
leur  entier.  On  a  remarqué  qu'en  général  elles  avaient  le  nez  très 
enfoncé  et  au  niveau  des  yeux ,  que  le  menton  était  très  ])ro- 
noncé  et  les  dents  inférieures  presque  toutes  intactes.  Ces  têtes 
paraissent,  en  grande  partie,  avoir  appartenu   à   des  hommes 
forts  et  robuftes.    Parmi    elles,  s'est  trouvé  un  criînc   dont  l'os 
pariétal  gauche  olire  une  grande  ouverture,  provenant  d'une  bles- 
sure qui,  cependant,  n'aurait  pas  empêché  l'individu  de  vivre  en- 
core lonj;-tems  après  cet  accident.  Au  milieu  de  tous  ces  corps, 
on  a  rencont)  é  une  petite  hache  de  pierre ,  d'un  silex  blanc  très 
dur,  et  un  autre  instrument  éjjalementen  silex  ,  mais  d'un  travail 
plus  grossier.  De  nouvelles  fouilles  ont  permis  d'arriver  jusqu'à 


4a8  KUROPK. 

IVnfreo  delà  p;alme,  dont  il  ne  reste  qu'une  partie:  c'est  une 
pierre  de  roche  de  quatre  pieds  de  largeur,  formant  une  espèce 
de  marche  et  deux  nionîans,  dont  le  haut  a  e'tc  brisd  et  emporté 
probablement  avec  les  terres  qui  formaitnt  la  Toûte  de  cette 
partie.  Tout  autour  de  cette  pierre  rèf;ne  um-  feuillure,  qui  semble 
indiquer  remjilacement  de  la  port»-  ;  mais  il  serait  diflicile  d'aflit-- 
mer  avec  quelle  espèce  d"in->trument  cette  feuillure  a  pu  êtr« 
tracée,  car  tous  ses  angles,  soit  rentrans,  soit  saillans,  sont  ar- 
rondis, et  semblent  avoir  ctc'  foi  mes  avec  beaucoup  de  difficultés. 

J.  G.  B.  no  B. 

SOCIÉTÉS   SAVANTES   ET    d'uTILITÉ    PUBLIQUE. 

AwGOULÈME.  (Charente.  )  —  Société  d'agriculture.  —  Dans  I« 
séance  publique  du  4  mai  i8ai,  cette  compagnie  décernera  une 
médaille  d"or,  de  la  valeur  de  deux  cents  francs ,  à  l'auteur  du 
meilleur  jirocédé  «  pour  ôter  à  Thuile  de  noix  les  principes 
échauffans  et  nauséabonds  qu'elle  contient,  alin  de  la  rendre 
propre  à  remplacer  Thuile  d'olive  sur  les  tables,  et  à  être  em- 
ployée pour  l'éclairage.  »  Une  médaille  d'a'-gent  sera  accordée  à 
celui  qui ,  sans  avoir  rempli  toutes  les  conditions  du  concours  , 
aura  apporté  dans  cette  partie  les  améliorations  les  plus  impor- 
tantes. En  i8j2,  cett  Société,  à  l'instar  de  celle  de  la  Haute- 
Garonne ,  remettra  cinq  prix  ,  de  cent  francs  chacun  ,  aux  cinq 
métayers  les  plus  méritans  (  un  par  chaque  arrondissement  de  la 
Charente).  Les  concurrens  devront  fournir  un  certilicat  du  pro- 
priétaire au  service  duquel  ils  .seront,  con.-tatant  une  résidence 
d'au  moins  dix  années  dans  le  domaine  ,  de  bonnes  meeurs ,  une 
probité  à  toute  épreuve,  un  grand  soin  de.>  bestiaux  ,  de  l'éco- 
nomie dans  les  fourrages,  une  grande  aptitude  au  labour,  et  de  la 
diligence  dans  les  diflérentes  farons  à  donner  aux  terres,  enfin 
toutes  les  qualités  qui  concourent  à  former  un  bon  métayer. 

Bordeaux  (  Gironde).  — Société  royale  de  médecine.  —  Séance 
publique  du  a8  août  iSao. —  La  Société,  d'après  le  vœu  que  feu 
M.  le  docteur  de  Ponsard,  membre  honoraire  de  la  Société,  avait 
exprimé  dans  son  testament,  proposa  en  1818,  pour  sujet  d'un 
prix  de  la  valeur  de  4oo  francs,  donl!M.  de  Pon.said  avait  fait  les 
fonds,  et  qui  doit  être  décerné  dans  la  séance  de  ce  jour,  la  ques- 
tion suivante  :  n  Quelle  est  la  méthode  la  moins  coûteuse ,  et  en 


EUHOPE.  429 

*même  tem»  la  meilleure,  d'engraisser  les  terres  à  froment?  » 
Le  Mémoire  portant  pour  épigraphe  ce  vers  de  Delille  : 

L'or  naît  dans  ces  sillons  qu'enrichit  la  culture, 
a  paru  à  la  Société'  remplir  le  vœu  du  donataire. 

L'auteur  est  le  docteur  Guillon,  ancien  chirurgien-major  des 
armées  du  roi ,  membre  correspondant  de  plusieurs  Sociéte's  sa- 
vantes ,  domicilié  propriétaire  et  cultivateur  à  Rauzan,  arron- 
dissement de  Libourne ,  département  de  la  Gironde.  La  conma- 
gnis  lui  a  décerné  le  prix. 

La  Société  avait  remis  au  concours  l'année  dernière  la  question 
suivante  :  «  Quels  son'  les  résultats  d'un  accroissemsnt  trop  rapide? 
Quels  sont  les  moyens  d'en  modérer  les  progrés  ,  s'ils  deviennent 
nuisibles  ,  et  de  remédier  aux  accidens  qui  en  sont  la  suite?»  Elle 
avait  promis  de  décerner ,  dans  la  séance  de  ce  jour,  un  prix  de 
la  valeur  de  3oo  francs  à  l'auteur  du  Mémoire  qui  aurait  le  mieux 
traité  cette  question.  Parmi  les  Mémoires  que  la  Société  a  reçus, 
elle  a  distingué  celui  qui  porte  pour  éj.igraphe  la  sentence  sui- 
vante :  «  Le  devoir  du  médecin  est  de  se  préserver  de  tout  es- 
prit de  système ,  de  s'appliquer  à  connaître  les  cas  où  il  doit 
agir,  et  ceux  où  il  doit  être  simple  spectateur.  »  (Bordeu  ,  malad. 
chrou. ,  pag.  99.  )  Ce  Mémoire  est  l'ouvrage  d'un  praticien  éclairé 
et  bon  observateur  j  mais  il  a  été  composé  avec  précipitation  ,  et 
sans  avoir  été  suffisamment  médité.  La  Société  voulant  néanmoins 
récompenser  les  efforts  de  l'auteur ,  lui  accorde  une  mention  ho- 
norable. Cette  question  ,  qui  n'a  point  encore  été  traitée  d'une 
manière  satisfaisante,  a  paru  trop  importante  pour  la  retirer.  La 
Société  la  remet  au  concours,  et  elle  promet  un  prix  de  la  valeur 
de  3oo  francs  ,  avec  une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  100  francs, 
qu'elle  décernera  dans  sa  séance  publique  de  1822.  La  Société 
rappelle  aux  concurrens  qu'ils  ne  doivent  point  se  livrer  à  des  ré- 
flexions tirées  d'une  subtile  idéologie.  Elle  veut  un  Mémoire 
rempli  de  faits  positifs,  que  la  médecine  pratique  puisse  avouer 
sans  contestation. 

Dans  son  programme  de  l'année  dernière,  elle  a  proposé  un 
prix  de  la  valeur  de  3oo  francs,  qui  sera  décerné  dans  sa  séance 
publique  de  1821 ,  à  l'auteur  du  meilleur  ouvrage  élémentaire  sur 
f  éducation  physique  des  enfans.  L'auteur  devra  se  borner  à  expo- 
ser, avec  concision  et  sagesse,  les  bons  principes  sur  le  régime  des 


43o  EUROPE. 

fnfans,  et  toutes  les  roules   qui  iloivent  diriger  ceux   qui  sonf 
tharftes  de  leur  éducation  corporelle. 

Les  relations  maritimes  que  le  commerce  de  Bordeaux  entre- 
tient avec  le  uouve;.u  mon>le,  les  Indes  et  le  Levant,  exposant 
celte  ville  à  recevoir  de  ces  contrée»  les  maladie!»  contaj^ieuves  qui 
y  rc{;nenl  presque  cnnslammcnt ,  il  a  ete  reconnu  (jue  Tilablisse- 
uient  d'un  laztret  était  indipensable  pour  le  port  de  Bordeaux, 
et  qju'il  dtvait  seul  oliVir  la  sécurité  nécessaire  contie  la  traus~ 
mission  des  maladies  des  pays  chauiis.  Le  local  le  plus  propice  à 
ce  lazaret  n'étant  pas  encore  choisi,  la  Société  propose  un  prix 
de  la  valeur  de  3oo  Irancs,  f|ui  sera  iléccrnc  dans  la  séance  pu- 
blique de  i8ai  ,  à  lanlcur  du  meilleur  >Iémoire  sur  celle  ques- 
tion: «  l)i  tf  rminer  IVndroit  le  pliis  pmpre  à  1  el.iblissemtnl  d'un 
lazaret  sur  la  Gironde  j  tn  donni  r  It  plan  le  plus  avantageux  et 
le  plus  économique.  » 

La  Société  voulant  appeler  l'attention  des  médecins  du  dépar- 
tement vers  l'étude  de  la  nature  et  des  causes  des  maladies  qui 
régnent  dans  leS  diverses  parties  du  département  de  la  Gironde, 
propose  pour  sujet  d'un  prix  de  la  valeur  de  3oo  fr.incs,  qui  sera 
déceipé  dans  la  séance  pui)lique  de  i8j2,  la  question  suivante  : 
«  Quelles  sont  les  maladies  qui  refînent  le  plus  communément 
dans  le  déparleraent  de  la  Gironde  j  en  établir  les  causes  et  les 
moyens  de  les  prévenir?  » 

La  Société  accorde  chaque  année  une  mcdaille  d'encourage- 
ment à  celui  <pii  lui  envoie  le  meilleur  Mémoire  (sur  un  sujet  au 
choix  de  l'auteur,  et  relatif  à  l'art  de  guérir  ).  Depuis  .sa  dernière 
séance  publique  ,  elle  a  reçu  plusieurs  ouvrages,  parmi  Ic-quels 
elle  a  ilistin^ué  un  ÎMéuioire  ayant  pour  titre  :  n  napj)ort  sur  la 
fièvre  scarlatine  qui  a  régné  dans  l'arrondissement  de  Liboume, 
pendant  l'année  1819,  »  dont  l'auleur  est  M.  le  docteur  de  Jau- 
rias,  médecin  à  Libourne.  La  Société  lui  décerne  une  médaille 
d'or. 

Elle  accorde  une  mention  honorable  :  i»  A  M.  Guillon,  mé- 
decin à  Rauzan,  l'un  de  ses  <orrespondans ,  auteur  d'un  ouvrage- 
ayant  pour  litre  :  «  Essai  sur  les  prédictions  des  crises  dans  les 
maladies  aiguës,  par  le  moyen  du  pouls ,  et  de  quelques  autres 
indices  qui  peuvent  se  présenter;  extrait  en  partie  des  observa- 
tions du  docteur   Solano ,    célèbre  médecin  espagnol.  »  u^.  A 


EtROPE.  43 1 

M.  Onnière,  médecin  à  Toulouse,  Tun  de  ses  correspondans,  auteur 
d'un  Mcmoire  ayant  pour  titre  :  «  Deux  observations  d'hydropisie 
interne  du  cerveau,  guéries  par  l'emploi  du  mercure,  administré 
jusqu'à  la  salivation  ,  suivies  de  réflexions  sur  cette  maladie.  » 

La  Société,  votdant  encourager  les  gens  de  l'art  du  départe- 
ment de  la  Gironde  à  répandre  les  bienfaits  de  la  vaccine,  et  par- 
là  faire  cesser  l'insouciance  de  ceux  qui  négligent  dVn  jouir,  a 
proînis  de  décerner,  dans  la  séance  publique  de  ce  jour,  des  mé- 
daill'  s  d'arg'jnt,  à  litre  d'encouragement,  à  ceux  qui  lui  auraient 
fait  parvenir  les  tableaux  authentiques  les  plus  complets  des 
vaccinations  faites  par  eux,  ainsi  que  leurs  propres  observations 
sur  les  effets  particuliers  de  cette  méthode  salutaire.  Dans  le 
nombre  des  ftlémoires  qui  lui  ont  été  envoyés,  la  Société  a  dis- 
tingué :  1'  a  Du  tableau  des  vaccinations  pratiquées  dans  le  can- 
ton de  Sainte-Foy,  pendant  l'année  1818,  avec  un  rapport  his- 
torique de  la  propagation  de  la  vaccine  dans  ce  canton ,  »  par 
M.  le  docteur  Broca ,  médecin  à  Sainte-Foj-  »  a<*  <c  Un  tableau  des 
vaccinations  pratiquées  à  Bordeaux  pendant  Tannée  1819,  »  par 
M.  le  docteur  Liaubon ,  médecin  à  Bordeaux.  La  Société  accorde 
à  chacun  de  ces  médecins  une  médaille  d'argent.  La  Compagnie 
promet  d'autres  médailles  aux  praticiens  de  ce  département  qui, 
dans  le  courant  de  l'année  ,  lui  enverront  de  nouveaux  tableaux, 
en  se  conformant  aux  conditions  suivantes  :  «  Les  tableaux,  dû- 
ment légalisés  ,  doivent  renfermer  le  nom,  le  prénom,  l'âge,  le 
sexe,  le  domicile,  l'état  des  enfans  vaccinés,  et  les  observations 
intéressantes  à  recueillir.  »  Les  Mémoires ,  écrits  en  latin  ou  en 
français,  doivent  être  remis  chez  M.  Dupuch-Lapointe,  secrétaire- 
général  de  la  Société,  avant  le  i5  juin. 

CuALONS  [Marne).  —  Société  d'.-4gnculture ,  Commerce, 
Sciences  et  Arts.  —  Séance  du  5  septembre  1820.  —  M.  Gobert- 
BoissELLE,  président  annuel,  ouvre  la  séance  par  la  lecture  de 
«  Considérations  sur  les  avantages  des  petites  propriétés  rurales.» 
M.  CiQUOT  ,  secrétaire ,  rend  sommairement  compte  des  tra- 
vaux de  la  Société,  depuis  sa  dernière  séance  publique,  et  du  ré- 
sultat des  concours.  M.  Vanzut  lit  un  discours  sur  «  l'État  com- 
paré des  sciences  et  des  arts,  particulièrement  de  l'agriculture 
chez  les  anciens  et  chez  les  modernes.  »  M.  le  docteur  Prin  ijt  un 
discours  sur  a  l'Hygiène  publique  eu  général.  »  M.  1«  secrétaire 


43a  EUROPE. 

Jonne  lecture  du  ]irogramine  ilcs  prix  proposes  pour.  i8ai  et  i8aa. 
M.  le  préfft,  occupjDl  li-  fjitteuil ,  aprts  avoir  adresse  à  M.  Lois- 
40n  ,  membre  correspondant,  d'houor.iblis  fclicitalions,  lui  re- 
met,  au  nom  de  5a  Majesté,  une  médaille  d'argent  qui  lui  est 
décernée  pour  ses  tra\uui  agricoles.  M.  le  président  annuel  pro- 
clame, ainsi  qu^il  suit,  les  noms  des  coucurrens  que  la  Société  a 
cru  devoir  dislingurr  :  i°.  L'ne  mt^ntiou  lionurabk  à  M.  A.  A.  S. 
Bedfort ,  auti'ur  du  IMémoire  sur  ci'tte  question  :  «  Quels  sont , 
sous  l't.-mpire  de  la  Cliarle,  et  dans  l'état  actuel  de  la  1  rance,  les 
niojens  les  plus  propres  à  déveli>j>per  et  à  fortifier  Tesp-rif  public  ?» 
a".  Une  médaille  de  première  classe  à  M.  P.  L.  Kemy,  chirurgien 
il  Cliâtillon-sur-iMarne ,  auteur  d'un  M<  moire  sur  cette  question  : 
«  La  «-lôtuie  en  haies  vives  des  terres  arables  et  des  prés  ,  serait- 
ellc  avafitagcuse  à  Taf^iicullure  du  département  de  la  Marne?  » 
3°.  Dne  médaille  dr  prt  niiéreclasse  à  M.CJiaielte,  géomi'lreiiu  ca- 
dastre, auteur  d'une  «  Statistique  du  cantonde  Sooipuis.  »  \°.  Lne 
médaille  de  première  classe  à  M.  Franco,»  IMandel,  dojendes 
pharmaciens  à  INancy,  auteur  d'un  procédé  simple  etpeuilispen- 
dieux ,  pour  préserver  les  murs  de  craie  des  atteintes  du  salpêtre. 

La  Société  décernera  ,  dans  sa  séance  publique  du  mois  d'août 
i8ai  : 

1°.  L'ne  médaille  d'or  de  3oo  fr.au  meilleur  Mémoire  sur  cette 
question  :  «  Quel  est,  dans  l'état  artuel  de  la  France ,  et  dans  ses 
rapports  avec  les  nations  étrangères,  le  degré  d'extension  que 
Tindustrie  ,  dirigée  vers  l'intérêt  national ,  doit  donner  aux  dillc- 
rens  genres  d'inventions  qui  suppléent  le  travail  des  hommes 
par  le  tiavail  des  maci.ines?»  a".  Une  médaille  d'or  de  aoo  francs 
au  Mémoire  le  plus  .satisfaisant  sur  ce  suj'-t  :  «  ni'lerininer  quelles 
sont  les  maladies  qui  attaquent  ]>arliculièrement  les  laboureurs  , 
les  jardiniers  et  les  vignerons  du  déj)artenient  de  la  Marne  j'en  re- 
chercher les  causes  ;  indiquer  les  moyens  de  les  prévenir  et  ceux 
de  les  guérir.  »  Elle  ro.tinuc  d'olirirdes  prix  d'encouragement, 
lo  à  l'auteur  d.'  la  meilleure  Statistique  d'i;n  canton  du  déjiarte- 
ment  de  la  Marne  j  a"  au  médecin  ou  chirurgien  de  ce  départe- 
ment ,  qui  aura  vacciné  le  plus  grand  nonihrc  de  sujets  pendant 
l'année  i8ai.  Le  prix  sera  décerne  dans  sa  .'i-ance  publique  du 
moi.4  d'août  i8aa. 

Dijon  (  Cvte-d'Or  ).  —  Académie  des  Sciencei ,  AiU  et  Belles- 


EUROPE.  433 

Lentes  de  Dijon.  —  Réclamation.  —  Sur  la  foi  du  plusieurs  joui'- 
U:aix  ,  nous  avions  annoncé  ci-dessus  ,  page  204  ,  ()uc  l'Académie 
de  Dijon  avait  mis  an  concours  la  question  suivante:  «  Quelle  e>t 
rinilut'uec  des  théâtres  secondaires  sur  les  mœurs  des  peuples, 
sur  ia  littérature  et  le  goût?  »  Le  secrétaire  de  cette  Société nou» 
éiTÏt  qu'elle  n'a  jamais  proposé  cette  question  >  et  qu'il  ignore 
quelle  est  l'Académie  à  qui  elle  appartient.  — Celle  de  Dijon  a  mis 
au  concours,  pour  1821 ,  la  question  de  physique  suivante  :  «Jus- 
qu'à que!  jKiinl  peut-ou,  dans  Tétat  actuel  de  la  physique,  expli- 
quer les  phénomènes  météorologiques  aqueux?  »  Le  prix  est  une 
cai'.luiHe  d'or  de  3oo  fV.  j  Its  Mémoires  doivent  être  adressés  au 
secrétaire  de  l'Académie ,  avant  le  1''''  mars  procliain. 

PARIS. 

Institut  de  France.  —  JYotf  sur  les  dernières  décnw-'eites  dans 
les  mers  arctiques ,  lue  a  V^cadtntie  des  Sciences ,  dans  sa  séance 
du  20  novembre  1820,  par  M.  MonEAtJ  de  JoiVNi:s,  correspondant 
de  C  Académie.  —  Si,  dans  le  petit  nomhre  de  détails  publiés  jus- 
qu'à présent  par  l'amirauté  d'Angleterre,  sur  l'expédition  du  com- 
raodore  Parry ,  on  cherche  quels  sont  les  résultats  géographiques 
donnés  par  un  premier  aperçu,  il  s'en  présente  déjà  plusieurs 
<l'un  grand  intérêt. 

On  sait  q>ie,  dans  le  voyage  <le  découvertes  exécuté  en  1818, 
sous  le  commandement  du  capitaine  Ross ,  lesbâtimens  anglais  l'A- 
lexandre et  l'Isabelle  s'avancèrent  dans  l'ouest  de  la  mer  de  Baffin , 
jusqu'au-delà  du  80"^  degré  de  longitude  occidentale ,  méridien  de 
Londres,  Le  commodore  Parry  ayant  pénétré ,  cette  année ,  par 
la  passe  de  Lancastre ,  jusqu'au  méridien  de  la  rivière  Mine-de- 
Cuivre,  découverte  par  Hearne,  il  doit  avoir  atteint  le  iio*  de- 
gré de  longitude  occidentale ,  et  conséquemment  être  parvenu  à 
'3o  degrés  plus  à  l'ouest ,  qu'on  n'avait  encore  pu  le  faire. 

Comme  il  paraît  ne  s'être  pas  écarté  beaucoup  ,  dans  sa  route, 
■du  736  parallèle ,  et  que,  sous  cette  latitude,  le  rétrécissement 
des  degrés  de  longitude  est  tel  qu'ils  ne  contiennent  j>lus  chacun 
que  quinze  mQles  et  demi,  c'est  d'environ  cent  quarante  lieues 
au-delà  du  rivage  ,  déjà  reconnu,  de  la  mer  di;  RafGn,  que  l'ex- 
pédition anglaise  s'est  avancée,  vers  l'occident,  dans  l'Océan-Arc- 
•tique.  Il  y  a  à  peu  près  20  degrés  entre  la  rivière  Mine-de-Cuivre 
TOME  VIII.  28 


41»  FX'ROPK. 

et  ci'lic  «le  Mackensic  ;  niaU  la  rôle  tlAme'iifjiie  e>l  ici  iiioin-» 
elcvce  vers  le  jiôle ,  it  stinblc  avoir  pour  gissenunl  le  ^o<^  parai- 
li-le,  oii  les  degre'j  de  loriijitiidc  ont  vingt  milles  et  demi  ^  ce  rjui 
donne  à  cette  distance  iine  étendue  de  i3.(  lieues.  De  la  rivière 
de  iMackensie  à  Tentrce  boréale  du  détroit  de  Behring,  il  n"y  a 
pas  moins  de  trente -six  degrés,  qui ,  étant  chacun  de  vingt- uu 
milles  et  demi,  sous  le  f.ç)'  parallèle,  font  une  distance  de  aSu 
lieues.  D'où  il  suit  que  le  point  le  plus  occidental  où  Texpédition 
soit  parvenue  ,  est  encore  au  moins  à  38G  li<'ues  du  déboucpie- 
ment  ,  dans  le  grand  Occan-Bortid  ;  c'est-à-dire ,  à  une  distance 
presque  triple  de  celle  qui  sépare  la  mer  de  Railin  de  la  rivière 
Mine- de -Cuivre.  Le  nombre  des  obstacles  qui  s'opposent  au 
passage  du  nord-ouest,  paraissant  être  proportionnel  à  l'étendue 
de  la  navigation  qu'il  exige,  il  faut  reconnaître  qu'il  y  a  peu  de 
chances  d'y  réussir  ;  et  cette  opinion  est  conlirmée  par  la  lin  de 
Texpédition  du  commodore  Parry. 

(^ucl  que  soit  le  succès  des  tentatives  futures  de  cet  intrépide 
odicier,  on  doit  déjà  à  son  expédition  des  connaissances  géogra<- 
phiques  qui  assurent  à  son  nom  une  juste  célébrité.  De  la  seule 
découverte  de  la  passe  de  Laucastre,  qui  a  conduit  ce  navigateur 
dans  une  partie  de  TOcéan-Arctiquc,  où  aucun  vaisseau  n'avait 
encore  pénétré,  il  résulte  :  i"  que  le  continent  de  l'Amérique  n"a 
pas  l'étendue  qu'on  lui  supposait  autrefois  vers  le  jiùle  boréal  j 
•j°que  ses  côtes  septentrionales,  quoique  jusqu'à  présent  inabor- 
dables, gissent  sous  des  parallèles  moins  élevés  que  ceux  de  la 
plupart  des  côtes  de  l'Asie ,  et  ne  dépassent  que  de  peu  de  degrés 
les  latitudes  du  nord  de  l'Europe  5  3o  que  la  mer  de  Raflin  n'r<;t 
point  ime  baie,  comme  on  l'a  cru  j)eiidant  si  long-tcms;  qu'elle 
îorme  l'une  des  jiarties  de  rOcéan-.\rctique ,  et  qu'elle  commu- 
nique avec  lui  par  le  détroit  de  Lancastre,  de  même  que,  par  le 
détroit  de  Behring  ,  avec  la  mer  du  même  nom  ;  4''  4"^  'c  Groen- 
land ,(jui  n'ajipartient  point,  ainsi  qu'on  le  croyait,  aux  contréeh 
arctiques  de  l'Aqiérique  septentrionale,  forme  une  île  immense, 
ou  plutôt  im  continent  qu'on  i>eut  considérer  comme  une 
sixième  partie  de  la  terre,  puisque,  de  l'extrémité  du  grand  sail- 
lant i)u  il  projette  entre  rFurope  et  rAméri((Uf,  jusc(u'à  la  Mou- 
Velle-Siberie  qui  senilile  être  sa  dernière  limite  ,  sous  le  méridien 
ojqtoxt ,  il  n'y  4  pu»  niuius  de  onze  à  douxe  cent»  lieues  ^  5°  que  .  «il 


EUROPE.  435 

«1  eJt  ainsi,  conmiu  on  peut  raJincltre  avec  vraisemblance,  d'a- 
près plusieurs  témoignages  directs  et  indirects,  c'est  une  terre 
glacée  ,  et  non ,  comme  on  le  sup])Osait ,  FOcéan-Boreal,  qui  oc- 
cupe l'espace  compris  entre  le  80e  degré  de  latitude  et  le  pôle 
arctique  j  6°  enfin ,  que ,  si  l'on  réunit  aux  aperçus  résultant  de 
la  dernière  expédition  polaire ,  les  données  fournies  parles  décou- 
vertes des  Russes,  on  trouve  des  motifs  de  croire  que  ce  continent 
arctique  a  été  soumis  originairement  aux  mêmes  causes  géolo- 
giques que  les  autres  grandes  divisions  du  globe,  puisqu'il  pré- 
sente une  configuration  semblable  à  la  leur  5  que  son  plus  grand 
développement  en  lai'geur  est ,  dans  sa  partie  boi'éale ,  comme  les 
cinq  autres  continens  ;  qu'il  se  termine ,  comme  eux ,  dans  sa 
partie  méridionale ,  par  un  vaste  saillant  dont  le  cap  Farewell  est 
l'extremité  ^  que  les  mers  qui  l'environnent  sont ,  comme  les 
leurs ,  resserrées  par  des  détroits ,  et  qu'elles  sont  pareillement 
semées  d'îles  et  d'archipels  volcaniques ,  que  la  même  puissance  a 
projetés  au  milieu  des  glaces  polaires  ,  comme  sous  l'équateur. 

Il  est  évident  que  les  noms  de  buie  de  Baffîn  et  iH' entrée  de  La n- 
castre  doivent  être  changés,  et  qu'on  doit  leur  substituer  ceux 
de  mer  de  BaJJin  et  de  détroit  de  Laiiciutre  ;  peut  -  être  même 
faudrait-il  ne  conserver  les  noms  de  Groenland  et  de  Nouvelle- 
Sibérie ,  que  comme  servant  à  désigner  des  parties  du  continent, 
arctique ,  dont  l'ensemble  exige   une  dénomination   collective  et 
nouvelle,  analogue    à   celle  dCyluslralasie,   adoptée  récemment 
pour  toutes  les  contrées  de  la  Nouvelle-Hollande.  On  prévien- 
drait,  par  ce  moyen,  les  longueurs  et   les  ambiguïtés  que  pro- 
duit ce  défaut  d'une  appellation  générale,  surtout  lor«({a'on  vient 
à  s'occuper  du  sujet  intéressant  et  difliciie  des  courans  de  l'Océau- 
Boréal.  11  importe  assez  peu  quelle  sera  cette  appellatii-n    j)Ourvu 
qu'elle  soit  courte,  sonore,  significative,  et  qu'elle  puisse  être  adop- 
tée dans  la  plupart  des  langues  de  l'Europe:  nous  proposerions 
conséquemment  de  donner  au  continent   arctique  le   nom  de 
Boréasie ,  si  nous  ne  croyions  que  le  droit  de  le  nommer  appar- 
tient au  navigateur  qui,  dans  l'exploration  de  ses  côtes ,  vient  de 
montrer  tant  de  courage  et  de  persévérance. 

—  académie  des  Beaux- Arts.  —  Les  remarques  de  M.  EmÉ- 
Ric- David,  sur  VlJisiuire  de  la  sculpture,  ouvrage  italien  de 
M.  le  comte  Cicognara ,  publiées  dans  diveis  cahiers  de  la  Bet^u* 

08* 


436  EUROPE. 

Encyclopédique  (  août ,  septembre  et  octobre  1819  ,  août  et  oc- 
tobre i8ao  ),  ont  été  réunies  en  un  seul  volume  qui  se  trouve  à 
Paris,  chez  MM.  Debure  frères,  Treuttel  et  Wûrlz,  et  Delaunay. 

Ot  ouvrage  ayant  été  présenté  à  TAcaclémie  roj  aie  des  Beaux- 
Arts  de  rin"<titut,  relte  Académie  a  pris,  dans  sa  séaiice  du  31 
octobre  dernier,  l'an  été  suivant  : 

«  Il  sera  adressé  à  M.  F!méric-David  des  remercîmens  particu- 
liers pour  le  zèle  avec  lequel  il  a  pris ,  dans  l'écrit  distribué  à  la 
dernière  séance ,  la  défense  de  la  sculpture  française  ,  en  la  ven- 
geant des  oublis  et  des  critiques  de  M.  Cicognara ,  auteur  d'un» 
Histoire  de  la  sculjitnre  tr.odernc.  L'Académie  arrête  qu'il  s(  ra 
fait  une  mention  particulière  de  la  présente  délibération  dans  le 
procès-verbal  de  cette  séance.  » 

Gtmsastiqce.  —  Gymnase  civil  normrd.  —  Le  ministre  del'iu- 
térieur  vient  d'arrêter  la  création ,  à  Paris ,  d'un  établissement 
d'éducation  physique  et  gymnastique  ,  sous  la  dénomination  de 
Gynindue  cii^d  normal.  La  direction  en  est  confiée  à  M.  Amoros , 
Espagnol  naturalisé  Français,  connu  par  ses  nombreux  succès 
en  ce  genre.  Lc^  élèves  de  toutes  les  écoles  royales  seront  admis 
dans  cet  établissement ,  qui  sera  ouvert  également  aux  élèves  des 
pensions,  et  aux  autres  enfans  que  leurs  parcns  jugeraient  à  propos 
d'y  envoyer.  Le  Gymnase  civil  est  provisoirement  dans  le  même 
local  que  le  Gymnase  normal  militaire ,  place  Dupleix ,  entre  le 
Chanip-dc-Mars  et  la  barrière  deGrcnelle. 

—  licnle  spéciale  de  Commerce.  —  Nous  avons  fait  connaître 
(  Tome  VI,  page  4^î)  cet  utile  établissement,  dû,  en  grande 
partie,  à  la  généreuse  sollicitude  d'un  citoyen  dont  le  nom  sera 
toujours  cher  à  la  liberté  et  à  l'industrie  j  nous  attendions,  pour 
entrer  dans  k-s  détails  d'organisation  de  cette  École ,  et  de  son 
mode  d'enseignement ,  que  l'expérience  en  eût  démontré  les  avan- 
tages. 

L'enseignement  est  divisé  en  trois  comptoirs ,  présidés  chacun 
par  un  professeur  spécial,  et  tous  surveillés  par  un  censeur  gé- 
néral des  études.  Voici  la  hiérarchie  de  cet  enseignement,  telle 
que  nous  avons  pu  l'observer  :  i*'  et  2'  comptoirs.  — Ces  deux 
comj.toirs  ou  divisions  présentent  deux  degrés  distincts  de  la 
»cifn<e  élémentaire  du  commerce,  et  servent  à  préjarer  les  ilèves 
I»our  outrer  dans  lu  3'  comptoir  de  pratique  simulée,  la  ligne  d<r 


EUROPE.  437 

démarcation  est  tellement  tracée  entre  eux ,  qu'aucun  élève  ne 
peut  passer  du  i'"^  au  ae  comptoir  et  de  celui-ci  au  3«,  sans  avoir 
subi  trois  examens  très  rigoureux ,  d'abord  du  chef  de  son  comp- 
toir ,  ensuite,  du  censeur  des  études,  enfin,  du  directeur. 
3«  comptoir.  —  Celui-ci  distingue  éminemment  FEcole  spéciale  de 
commerce  de  toutes  les  autres  institutions.  Qu'on  se  figure  des 
jeunes  gens  installes  chacun  dans  un  bureau  séparé,  où  se  ras- 
semblent leurs  livres ,  leurs  cartons ,  leur  caisse,  leur  porte-feuille , 
etc.  ,  etc.  ;  qui  reçoivent ,  en  y  entrant ,  im  fonds  capital  com- 
posé de  billets  de  banque  gravés  à  l'usage  de  l'Ecole  ,  de  monnaies 
factices  de  toutes  valeurs  pour  les  appoints,  et  de  lettres-de- 
chan^e  sur  diverses  places  de  l'Europe. 

Ces  jeunes  gens  ,  qui  représentent  chacun  une  maison  de  com- 
merce d'une  ville  de  France  ou  de  l'étranger,  correspondent 
entre  eux,  comme  de  vrais  négocians,  lient  des  opérations  de 
commerce  de  tous  les  genres  ,  font  des  recettes  et  des  paiemens, 
des  achats,  des  ventes  et  des  livraisons,  se  transportent  à  la 
l)ourse  qui  est  dans  le  local,  et  là,  les  uns,  comme  agens  de 
change,  les  autres,  comme  courtiers  de  commerce 5  ceux-ci, 
comme  spéculateurs,  armateurs  ou  banquiers ^  ceux-là,  comme 
simples  commissionnaires,  négocient  leur  papier ,  ou  traitent  des 
marchandises  d'après  les  cours  publics  qu'ils  ont  sous  leurs  yeux, 
pour  les  différentes  places  de  l'Europe. 

N'est-il  pas  vraiment  intéressant  ce  musée  commercial ,  érigé 
dans  l'établissement  oîi  ces  négocians  fictifs  apprennent  à  con- 
naître toutes  les  marchandises  et  les  matières  premières,  tant  in- 
digènes qu'exotiques,  qui  entrent  dans  la  circiUation  du  com- 
merce ;  se  familiament  avec  leurs  nuances  et  leurs  qualités ,  avec 
leurs  avaries ,  leurs  poids ,  leurs  tares ,  leurs  enveloppes ,  les  con- 
ditions de  vente ,  d'achat ,  de  livraison  ,  et ,  à  l'aide  d'échantillons 
qui  leur  sont  fournis,  trafiquent  aussi  réellement  qu'ils  le  fe- 
raient dans  les  ports  de  Londres  ou  d'Amsterdam?  Le  cours  d'ins- 
truction comprend,  d'un  côté,  les  langues  vivantes,  le  français, 
l'anglais ,  l'allemand  et  l'espagnol ,  qui  sont  enseignées  par  des  pro- 
fesseurs habiles  et  versés  dans  les  usages  et  dans  la  science  du  com- 
merce ;  de  l'autre,  la  législation  commerciale ,  l'économie  politique, 
la  géographie  et  la  statistique  commerciale.  On  nepeut  douter  que 
les  jeunes  gens  qui  auront  voulu  profiter  de  tous  les  moyens 


438  rUROPK. 

d-instrnction  qm  Iriir  sonJ  «illi-i  ts,  ne  rlrvirTinrnt  dc^  liommof;  c.j- 
]>abli-s  de  faire  di>fin^ii<'r  leurs  noms  dans  1  h'moralile  carrière  â 
laquelle  ils  se  destinent.  U lùofe spéciafe rie  commerce  est  clablicr 
rue  Saint-Antoine  ,  n°  i.j3,  dans  un  fort  bel  hôtel  qui  fut  autre- 
fois occupe  par  Sri-i-v. 

—  Cnnsen'atQirc  îles  nrU  et  melU-rs.  —  La  nouvelle  ecnle  fondt'c 
dans  ce  bd  etaldisseraent  ,  à  l'ancienne  abbave  Saint-Martin  . 
rue  Saint-Martin  ,  doit  s'ouvrir  le  samedi  a  décembre,  et  le» 
cours  se  C'ntinueront  ainsi  qu'il  suit  : 

CofRS  Je  mécanique  np/ffiquée  aux  arts;  professeur,  iM.  Char/rt 
DcTin,  de  TAcadémie  des  Sciences^  le  luniii  de  chaf|iie  semaine, 
à  \ine  heure  après-midi. 

Cours  tle  chimie  oppliqtif'e  attr  ans  ;  profcs<ieur,  M.  CT,ÉMr.^T- 
Pesormes;  le  jeudi  de  chaque  semaine,  à  deux  heures  aj>rès- 
midi. 

Cours  tl'éronomie  industrielle  \  professeur,  IM.  Jcnn-Jinptiilr 
Say  ;  le  samedi  de  chaque  semaine,  à  deux  heures  après-midi. 

L'objet  de  cet  enseignement  est  de  faire  participer  les  arts  in- 
dustriels aux  derniers  progrès  des  sciences.  11  oflVe  cz-ci  de  parti- 
culier ,  que  rèeonomie  ])oliti<(ue  appliquée  aux  arts  v  sera  ensei- 
gnée par  1  homme  à  qui  cette  science  a  sans  contredit  le  plus 
d"oblit;ations.  En  fondant  Tcconomie  politique  sur  les  solides 
bases  de  rexpçricncc  et  de  l'observation  ,  M.  Say  a  suivi  la  mc- 
thoile  qui  a  été  si  favorable ,  depuis  une  quarantaine  d'an- 
ïie'es  ,  à  l'avancement  des  sciences  pinsiques;  rt  cette  m^  tliode, 
développée  par  lui,  ne  peut  qu'avoir  de  très  heureux  ri'stdtats. 
C'e?;t  un  enseignement  que  les  étrangers  envieront  à  la  France,  et 
auquel,  gr.ice  à  la  libéralité  de  ses  institutions,  ils  pourront 
venir  prendre  part. 

Les  deux  autres  professeurs,  MM.  Dupinvt  Clément,  offrent 
aussi,  par  leur  réputation  et  leurs  ouvrages,  des  garanties  de  la 
bonté  et  de  la  solidité  de  l'instruction  qu'ils  sont  chargés  de 
donner. 

—  yJlhénée  royal  de  Paris.  —  Nous  avons  déj.î  parlé  de  ce  bel 
établissement  littéraire,  fondé  en  i^8i  ,  sous  le  nom  de  A/usée  , 
par  l'infoituné  Pilatre  deRozier,  agrandi  et  amélioré,  en  i^Sr», 
sous  le  nom  de  Lycée  ,  qu'il  a  porté  jusqu'en  i8o3,  époque  où  . 
le  nom  de  lycée  ayant  été  donné  aux  anciens  collèges,   il  a  prS 


rXROPE.  439 

r-jlui  ôl'yftlienée.  L'assemblée  générale  des  fondateurs,  présidée 
;:ar  M.  le  comte  Boissy-d'Anglas ,  pair  de  France ,  vient  d'arrêter 
tt  de  publier  le  programme  des  cours  pour  Fan  1821,  trente- 
sixième  année  de  la  fondation  de  cet  établissement. 

Ce  programme  comprend  les  cours  suivans  : 

Physique  expérinientale ,  M.  Pouillet  j  ^Chimie,  M.  Robiquet  j 
Zoologie,  M.  de  Blainville  j  ylnatomie  et  Physiologie,  M.  Ma- 
g€ndicj  ytslrnnomie  ,  M.  Francœur  ^  Théorie  physiologique  fies 
sensations  ,  M.  Flourens;  Théorie  de  T audition  musicale,  M.  Mo- 
rel  5  Histoire  ,  M.  Trognon  j  Littérature  cl  morale ,  M.  de  Jouy. 
—  Un  certain  nombre  de  séances  sera  réservé  pour  des  lectures 
particulières.  M.  Levasseur  se  propose  d'en  faire  plusieurs  sur 
r/iisloire  des  premiers  tems  de  la  monarchie  française'^  et 
I^I.  Alexandre  Lenoir,  sur  les  monumens  de  Fart  en  France, 
pendant  le  moyen  âge.  —  Les  cours  de  l'Athénée  durent  six 
mois.  Plusieurs  salons ,  destint-s  à  la  conversation  et  à  la  lecture , 
sont  ouverts,  pendant  toute  Tannée,  depuis  neuf  heures  du  ma- 
tin jusqu'à  onze  heures  et  demie  du  soir.  Les  séances  de  chaque 
cours  sont  indiquées  sur  des  tableaux  placés  dans  les  salles.  Les 
souscripteurs  reçoivent,  chaque  dimanche,  le  bulletin  des  leçons 
de  la  semaine  suivante.  —  Le  prix  de  la  souscription  est  de 
120  francs  pour  les  hommes,  et  de  60  francs  pour  les  dames.  — 
Le  bureau  pour  les  abonnemens  est  ouvert,  tous  les  jours,  au  ser- 
crétariat  de  l'Athénée,  rue  de  Valois  (ci-devant  rue  du  Lycée)  , 
n°  3 ,  au  coin  de  la  rue  Saint-Honorë  et  de  la  place  du  Palais^ 
Royal. 

Publications  ijouvelles  et  prochai?.'Es.  — Méthode  pour  Tenr 
seignement  des  langues  ;  par  M.  J.-J.  ORniNAiRE ,  recteur  de 
l'Académie  de  Besancon.  —  Tel  est  le  titre  d'un  ouvrage  do  plu» 
haut  intérêt,  publié  chez  Colas,  rue  Dauj)hine,  n^Sa,  et  qui 
est  attendu  avec  la  plus  vive  impatience  par  les  membres  du  corps 
enseignant ,  et  par  les  pères  de  fjmille  auxquels  M.  Ordinaire  9. 
communiqué  ses  idées.  D'après  ce  que  nous  avons  pu  savoir,  cet 
ouvrage  se  divise  en  deux  parties.  La  première,  qui  est  actuelt- 
lement  sous  presse  ,  comprend  :  10  l'exposition  des  principes  de 
l'auteur;  2°  leur  application  à  la  langue  latine,  avec  les  tableaux 
et  le  manuel  nécessaires  tant  à  l'instituteur  qu'aux  élèves.  Il  pa- 
yait qu'au  moyen  de  cette  méthode  ,  nOn-sculcment  les  élèvefe  ap- 


44o  EUROPF.. 

prendraient  plus  vîlf,  mais  encore  que  leurs  ronnaissances  se- 
raient plus  étendues ,  mieux  liées  et ,  par  conséquent ,  plus  du- 
raliîes. 

Kous  donncron'î,  dans  notre  prochain  cahier,  l'analyse  d'ur» 
ouvrage  qui  «enililc  d<\oir  ammer  d'importantes  reformes  dans 
l'instruction  puliliquc  et  particulière. 

—  De  rorgnnisalion  de  la  puinance  civile  ,  dans  Finterét  mo- 
narchique ,  ou  Ve  la  nécessite  d'imtituer  les  adminislrulinns  dé- 
partementales et    municipales  en  agences  collectives.  —  L'auteur 
s'est  proposé  de  démontrer  :  i°  que  l'adraini^tration  doit  être  or- 
ganisée comme  la  justice ,  l'une  et  lautie   étant  des  parties  de  la 
même  puissance  appliquée  à  des  objets  diiierensj  uotiuelemo- 
marcjue  doit  s'interdire  toute  juridiction  directe,  ou  censée  telle, 
dans  les  contestations  administratives  et  judiciaires  j  3o  qu'il  n'y 
a  plus  d'unité  dans  le  pouvoir,  et,  par  conséquent ,  point  de  mo- 
narchie, quand  le  pouvoir  ne  réside  pas  entre  les  mains  des  mi- 
nistres auxquels  il  est  délégué;  \'>  enfin,  qu'on  ne  peut  arii'ter  le 
cours  des  délégations  subséquentes,  fixer  invariablement  le  pou- 
voir au  pied  du  trône  ,  étoufl'or  le  germe  sans  cesse  renaissant  des 
ambitions  et  des  entreprises  polygarchiqucs,  qu'en  donnant  aux 
agences  inférieures  des  formes  composées,  et,  au  système  muni- 
cipal, le  caractère  d'une  administration  véritablement  communale. 
Nous  ofl'rirons  à  nos  lecteurs,  cntims  utile,   une  analvse  de 
cet  ouvrage,  dans  laquelle  on  exposera  et  discutera  les  principes 
qui  servent  de  base  aux  proi)o.sitions  de  l'auteur  \  principes    dé- 
duits de  l'examen  et  de  la  comparaison  des  divers  systèmes  judi- 
ciaire ,  administratif  et  municipal  qui  se  sont  succédés  depuis  le 
cinquième  siècle  jusqu'à  nos  jours. 

M.  Denu^on  ,  imprimeur,  rue  du  Pot-de-Fer  ,  n°  i.^.  fst  lédi- 
tcwT  de  cette  impoi-tante  j)rodurtion  ,  qui  sera  mise  en  vente, 
dans  les  premiers  jours i^le  décembre  i8io,  chez  A.  Fymery.  rur 
Mazarine  ,  n»  Jo;  Déchet,  quai  des  Augustins,  n»  5^  ;  et  Delau- 
nay ,  Palais-Royal,  galeries  de  bois  ,  n»»  24^  et  a44' 

—  Traite  des  nullités  de  tçut  genre ,  de  droit  et  de  forme ,  ad- 
mises en  matières  civiles  par  les  nouveaux  Codes  et  la  jurispru- 
dence des  cours,  avec  l'esprit  de  l'ancien  droit  ;  par  M.  Biret,  an- 
cien jurisconsulte,  juge  de  paix  à  la  Rochelle,  auteur  de  divcr» 
ouvrages  de  jurisprudence,  de  morale,  etc. 


EUROPE.  4jj 

Le  prix  (le  ToHvrage  sera  de  lo  francs  ,  pour  les  personnes  qui 
souscriront  avant  la  mise  en  vente  du  second  volume.  Passé  cette 
épo((ue,  le  prix  sera  de  12  francs.  Pour  recevoir  les  deux  volumes, 
parla  poste,  on  ajoutera  2  fr.  5o  cent.  Le  premier  volume  sera 
en  vente  le  i"'  décembre,  et  le  second,  le  i''  janvier  1821.  Pour 
être  souscripteur,  il  suffit  de  se  faire  inscrire  chez  Arllius  Ber- 
trand ,  libraire-éditeur,  rue  Hautefeuille,  n®  23,  à  Paris. 

—  Description  de  FEgypte,  ou  Recueil  des  observations  et  des 
recherches  faites  ei>  F.gypte  pendant  Texpédition  de  Tarmée  fran- 
çaise. Seconde  édition  ,  dédiée  au  roi.  Publiée  par  C.  L.  F.  Panc- 
KoccKE  ;  25  vol.  in-80  de  texte  et  900  gravures  format  grand  atlas, 
grand  ai^Ie ,  grand  monde,  format  dit  grand  Egypte,  etc.  Ces 
gravures  sont  imprimées  sur  les  cuivres  mêmes  de  la  première 
édition,  dont  il  a  été  tiré  peu  d'exemplaires. 

L'ouvrage  paraîtra  par  livraison  de  cinq  planches,  chacune 
format  grand  at!as  ,  imprimé  sur  papier  fin  et  satine.  Ce  papier 
est  aussi  beau  que  celui  de  la  première  édition.  Le  prix  sera  de  10 
francs  chaque  livraison  étiquetée.  On  paiera  en  souscrivant  deux 
livraisons  a  Vavance,  qui  seront  les  deux  dernières  de  l'ouvrage. 
Lorsqu'il  sera  inséré  une  plancheg-ra«J  (7 i^/e  ou  forma  t^rrt/j(^mo«t/e 
ou  Egypte  dans  une  livraison ,  cette  planche  représentera  deux 
planches  du  grand  atlas  pour  le  prix,  et  la  livraison  ne  contiendra 
alors  que  quatre  planches,  dont  le  prix  sera  toujours  de  10  francs. 
Il  n'existe  que  vingt-quatre  planches  des  plus  grands  formats  dits 
grand  monde  et  Egypte  (i). 

Les  volumes  de  texte  in-80,  imprimés  avec  des  caractères  neufs 
ricéro,  sur  très  beau  papier,  sont  accompagnés  de  vingt-huit 
planches. 

Le  prix  de  chaque  volume  de  texte ,  y  compris  ces  uingt-huit 
planches ,  sera  de  7  francs ,  et  franc  de  port,  de  9  francs.  La  liste 


(1)  Ainsi,  grâce  à  la  munificence  du  gouvernement,  chaque 
planche  d'un  form.Tt  gra.id  atlas,  sur  très  beau  papi^T  satiné, 
.sera  donnée  aux  souscripteurs  pour  2  francs,  et  cha({Ui'.  planche 
gra'id  nig'e  t:\. grand  Egypte ,  pour  4  francs;  les  premières  vau- 
draient dans  le  commerce  3fî  francs  :  un  portrait  de  ce  format  a 
coiUé  Gooo  fr.  de  çjravure;  les  plus  grandes  planches  vaudraient 
dans  le  commerce  60  à  80  francs:  des  planches  détachées  ont  ét« 
payées  dans  les  ventes  100  à  i5o  fr. 


I 


4i3  EUROPE. 

«ies  souscripteurs  sfra  imprimci;  A  la  fin  de  loiiTragc,  sous  le  ixhe 
de  souscripteurs  associes  et  fondateurs  de  cette  édition.  Aiicunr 
souscription  ne  pouvait  rire  annoncée  sous  fies  auspices  plus  fa- 
vorables. La  preniicrc  c'ditioQ  sera  bientôt  entièrement  achevée. 
Les  sonscripteurs  sont  assures  que  la  seconde  édition  n'attendra  . 
pour  ctrc  terminée,  que  le  tenis  qu'ils  exigertjnt  ciix-inémes  : 
ici  la  cclc-rilc  ne  pourra  nuire  à  la  perfection.  Dans  les  cinq  plan- 
ches de  ciiaqiic  livraison,  on  placera  deux  on  trois  d'aotiriuilés, 
une  ou  deu\  dclat  moderne  ,  une  dhistoire  naturelle  ou  de  géo- 
graphie. 

li  paraîtra  une  ou  deux  livraisons  tous  les  vingt  >ours  ,  ce  qui 
fera  une  dépense  de  moins  de  vingt  francs  par  mois.  Plus  tard, 
les  liviai.sons  se  succéderont  plus  rapidement,  selon  le  désir  de» 
souscriiili-urs^  et,  comme  toutes  les  planches  sont  gravées,  la  pu- 
blication cnlirre  pourra  être  terminée  dans  deux  ans,  ou  deux  ans 
et  demi.  La  souscription  est  ouverte  à  Paris  ,  dans  les  bureaux 
lie  la  secomie  édition  do  la  Description  de  l'Egypte,  rue  des  Poi- 
tevins, n"  i4,  où  Ton  pourra  voir  une  partie  des  planciies  impri- 
mées, et  chez  tous  les  libraires  de  Paris,  de  la  France  et  de  l'é- 
1  ranger. 

jy.  B.  Les  journaux  annonceront  la  pul)lication  de  la  première 
livraison. 

—  Le  libraire  Galignani  fera  paraître,  à  Paris,  dans  la  jiremicre 
quinzaine  de  décembre ,  les  Voyages,  recherches  et  Jecouuertes 
de  yV.  Belzoni  dans  l'Egypte  et  la  Nubie ,  suivis  de  ses  excur- 
sions à  l'ancienne  Bérénice  et  à  l'Oasis  d'Ammon  j  traduits  de 
l'anglais,  et  accompagnés  de  quelques  notes,  par  ]NL  DEPri^ir.. 
•X  vol.  in-8°.  Oii  pourr.i  joindre  à  cette  relation  un  allas  de  gra- 
vures coloriées  qui  se  vendra  séparément,  et  qui  représentera  les 
objets  découverts  par  le  célèbre  vovageur  dans  les  temples,  py- 
ramides, tombes,  etc. ,  des  bords  du  INil. 

—  Corps  des  auteurs  latins ,  ou  Collection  complète  des  ccri 
vains  de  l'anciejine  Home  ,  avec  la  traduction  française  en  regard 
du  texte. —Résolus  à  profiter  des  travaux  philologiques,  qui, 
dans  les  diverses  contn'cs  de  l'Europe  ,  ont  si  puissamment  con- 
tribué à  l'intelligence  do  la  docte  antiquité,  les  éilileiirs  ont  en- 
trepris d.;  assembler,  dans  une  seule  el  même  édition,  tout  et 
«|ui  nous  reste  de  la  lillirature  latine  proprCTncnt  Uitc  ,  avec  mie 


EUROPE.  443 

'crsîon  française  placée  en  regard  clu  texte.  Ce  qui  n'a  pas  ete  tra- 
liiit,  le  sera  avec  le  plus  grand  soin;  ce  qui  l'a  déjà  ete'  plus  ou 
moins  heureusement ,  reparaîtra  avec  les  changemens  et  les  cor- 
rections nécessaires;  enfin,  les  auteurs  qui  ont  eu  de  mauvais 
interprètes,  seront  reproduits  d'une  manière  plus  digne  du  teras 
actuel.  Ainsi ,  tout  Touvrage  aura  le  même  caractère ,  et  semblera 
sorti  de  la  même  main.  Les  noms  des  hommes  de.  lettres  charge's 
de  tous  les  travaux  relatifs  à  sa  publication,  offriront  aux  sous- 
cripteurs une  sûre  garantie  du  mérite  de  cette  importante  collec- 
tion. M.  TissoT,  successeur  de  Delille  à  la  chaire  de  poe'sie  latine 
du  Collège  de  France,  donnera  des  soins  à  l'entreprise.  M.  Aignan, 
de  l'Académie  française,  traducteur  d'Homère  ,  et  connu  par  des 
succès  varie's  en  littérature,  a  contracté  l'engagement  de  faire, 
avaift  l'impression,  un  dernier  examen  de  chaque  manuscrit.  Les 
principaux  collaborateurs  seront  MM.  Bariîiir-Vémars  ,  Levée  , 
Liez  ,  A.  Mahcl,  Roqdefort  et  Victor  Verger. 

La  collection  sera  divisée  en  cinq  séries,  dont  la  publication 
aura  lieu  séparément.  La  première  série  comprendra  les  iiisto- 
j'iens;  la  deuxième,  les  orateurs;  la  troisième,  les  philosophes, 
rhéteurs  et  grammairiens;  la  quatrième,  les  polémiques,  poly- 
graphes  et  auteurs  qui  ont  écrit  sur  diverses  matières;  et  la  cin- 
quième, les  poêles.  A  mesure  qu'une  de  ces  séries  sera  complète, 
on  distribuera  à  chaque  souscripteur  des  frontispices ,  à  l'aide  des- 
quels la  série  entière  se  trouvera  rangée  dans  l'ordre  chronolo- 
gique. La  plupart  des  auteurs  destinés  à  ftiire  partie  de  la  qua- 
trième série ,  n'ayant  point  été  traduits  d'une  manière  satisfaisante, 
et  plusieurs  même  ne  l'ayant  jamais  été  dans  notre  langue  ,  nous 
croyons  faire  plaisir  au  public  en  publiant  cette  série  d'abord. 

Auteurs  de  la  quntrUme  série. 

AUTEUR.S.  OUVRAGES.  VOLUMES. 

Catox» De  l'Economie  rurale.  —  Fragmens.   ...  1 

Varro.v De  l'Economie  rurale. — De  la  Langue  la- 
tine. —  Fragmens 2 

ViTRuvE De  l'Architecture 2 

PomponibsMela.  .  Cosmographie t 

CoLUMELLE  ....  De  l'Economie  ruralc.  —  Des  Arbres  .  .  .  2 


414  EUHOPE. 

fi 

Plinf. Histoire  naturelle lo 

Frojtti!» Des  A({ucducs(lc  la  ville  (ie  Honu-. — (Qua- 
tre Livres  deStrata{;èmcs. —  Delà  Qua- 
lité des  Terres a 

Aulu-Gelle.  .   .   .  ÎN'iiits  at tiques 3 

Apulée L'Ane  d"Or.  —  Discours  sur  la  Magie.  — 

—  Livre  du  Monde.  —  Livre  du  Dieu 
de  îsocrate.  —  Trois  Livres  sur  le  phi- 
losophe Platon.  —  Floride.s 3 

Ampelics Mémorial 1 

■Cewsori!» Du  Jour  Katal >      i 

JoLiDS  Obsequess.   Dcs  Prodiges .J 

Palladics De  l'Economie   rurale i 

SoLiK Livre  des  choses  mémorables  du  Monde.  ^ 

Apicids Des  Mets  et  Assaisonnemcns \      i 

MoDESTOS Sur  l'Art  militaire ) 

Sextus  RoFDS.   .  .  Appendicedes  Victoires  et  Provinrcs  du 
Peuple  romain. —  Livre  sur  les  Difle- 
rens  Quartiers  de  la  Ville  de  Rome. 
PcBLiDS  Victor.   .   Livre  sur  les  Diflercns  Quartiers  de  lai 

Ville  de  Kome 

Stmmaqce Dix  Livres  de  Lettres 

VicfecE Appendice  de  l'Art  militaire.    —  Quatre 

Livres  sur  l'Art  ve'térinaire r 

IVIacrobe Les  Saturnales.  —   Coranirntairc  sur    le 

Songe  de  Scipion.  — Ditlerences  et  Rap- 
ports lies  Langues  grecque  et  latine.  3 
Sidoine  ApoLiimi«r.  Neuf  Livres  de  Lettres.  —  Discours.  — 
Vingt-quatre  Pièces  de  Poésie,  parmi 
lesquelles  su  trouvent  trois  pane'gjri- 
ques -i 

Total 3'> 

Chaque  livraison  sera  corapose'e  de  deux  volumes;  il  en  paraîtra 
une  chujiie  mois.  I^a  souscription  est  ouverte,  pour  la  quatrième 
«ërie  sRulitnent,  chez  Everat,  imprimeur-libraire,  rue  du  Ca- 
dran, u"  iG,  à  Paris.  Prix,  6  fr.  le  volume,  pour  Paris,  et  7  fr. 


EUROPE.  445 

5b  c.  pour  les  départemens.  En  recevant  la  première  livraison,  on 
paiera  la  première  et  la  deuxième  ;  en  recevant  la  deuxième ,  on 
paiera  la  troisième  ,  et  ainsi  de  suite.  La  souscription,  pour  cette 
quatrième  se'rie,  devait  être  fermée  au  i5  octobre  dernier,  et  le 
prix  de  chaque  volume  porté  à  7  fr.  pour  Paris,  et  à  8  fr.  5o  c. 
pour  les  départemens. 

On  pourra  souscrire  se'pare'ment  pour  les  Saturnales  de  Ma- 
crobe  (  qui  composeront  la  première  livraison ,  et  dont  aucune  tra- 
duction n'a  encore  été'  publiée  jusqu'à  ce  jour) ,  à  raison  de  6  fr. 
5o  cent,  le  volume ,  pour  Paris,  et  de  8  fr.  pour  les  départemens. 
Beaux-Abts.  —  Quatre  tableaux  de  M.  Ducis ,  représentant  les 
yrincipaux  éwe'nemens  de  la  vie  du  Tasse.  ■ —  M.  Ducis ,  l'un  de 
nos  plus  agréables  peintres  d'histoire  et  de  genre ,  neveu  de  notre 
célèbre  poète  tragique  Ducis,  et  beau-frère  de  notre  grand  acteur 
tragique  Talma,  a  complété,  pour  la  dernière  exposition  du  Musée, 
la  collection  de  tableaux  qu'il  avait  commencée ,  il  y  a  près  de 
dix  ans ,  et  dans  laquelle  il  s'était  proposé  de  représenter  les  prin- 
cipales scènes  de  la  vie  du  Tasse.  Ces  tableaux ,  au  nombre  de 
quatre ,  foi-ment  une  sorte  de  drame  en  quatre  parties ,  qui  réunit 
le  double  mérite  de  l'unité  d'intérêt ,  puisqu'il  s'agit  du  même 
personnage  considéré  dans  quatre  époques  difierentes  ,  et  d'une 
grande  variété  ,  puisque  les  divers  événemens,  ainsi  rapprochés, 
offrent  souvent  des  contrastes  remarquables. 

La  première  de  ces  compositions  nous  montre  le  Tasse  lisant  à 
la  princesse  Léonore ,  qu'il  aime ,  un  épisode  de  la  Jérusalem  dé- 
livrée,  où  elle  est  représentée  sous  les  traits  de  Sophronie.  La 
physionomie  du  poète  brille  alors  de  tout  l'éclat  de  la  jeunesse  , 
de  l'espérance,  de  l'amour  et  du  bonheur. 

Le  sujet  du  second  tableau  est  la  captivité  du  Tasse  ,  et  l'état 
de  démence  et  d'abandon  où  le  trouve  Michel  Montaigne,  en 
passant  à  Ferrare.  Les  yeux  et  les  traits  du  chantre  d'Armide 
peignent  à  la  fois  le  génie  et  la  folie.  Ses  yeux  égarés ,  qui  lancent 
des  éclairs  et  semblent  trahir  les  secrets  de  son  ame ,  font  ressor- 
tir davantage  la  figure  calme  et  froide  du  philosophe ,  qui  vient 
observer  le  poète  dans  ce  cruel  état  de  dégraJation  et  d'infortune. 
Dans  le  troisième  tableau  ,  le  Tasse ,  après  avoir  brisé  ses  fers , 
est  parvenu,  couvert  des  lambeaux  de  la  misère  ,  jusqu'à  Sor- 
rento ,  sa  patrie  ,  dans  la  maison  de  sa  sœur  aînée  Cornélia.  Vou- 


4,6  Ja'ROPK. 

laut  i;j)rouvcr  si  In  tems  it.  W-  uialhem  ne  lui  ont  point  enlève  son 
afl'ection,  il  évite  d'abord  de  se  faire  connaître  à  elle  ,  et  s'annoncf 
r.omiuf  un  inessaf;<-r  charge  de  lui  lenietlie  une  lettre  du  Tasx- 
Kmu  de  la  duiilcur  où  lu  |ilon{;c  la  Ic-rturc  de  cette  lettre,  qui 
contient  le  récit  des  infortunes  de  son  frère,  celui-ci  ne  peut  s<- 
«:ontrain«lre  iilu-i  lonj^-lems,  et  on  le  voit  au  moment  de  se  jeter 
dans  les  bras  de  celte  tendre  soeur. 

L,a  mort  du  Tasse  eut.  le  sujet  du  quatrième  tableau.  Le  peint  ii- 
nous  ofl're  sa  pompe  funéraire  ce'lébree  au  couvent  de  Saint  - 
Onuplire  ,  le  jour  même  où  se  prèjiarait  pour  lui  au  Capiiole  une 
jnuiii>c  ti'iompliale.  Ce  contracte  tlouloureux  des  p;ilnies  de  la 
gloire  destinées  au  j)oète,  et  des  lu^nbr<;s  c\]>rès  qui  les  rempla- 
cent, réveille  dans  Pâme  des  réflexions  i-t  des  souvenirs  mélanco- 
liques ,  et  font  mieux  ajiprécier  la  vanité  de  nos  désirs  et  de  n«>> 
esi)érances. 

Tous  les  suflVages  se  sont  réunis  pour  louer  la  manière  dont 
^I.  Ducis  a  traité  son  sujet,  eu  se  pliant  avec  un  art  et  une  {;iriee 
toute  j)articulièrc  ans  dillérens  tons  projjres  à  chacune  ties  scènes 
«ju'il  a  choisies.  Ou  a  surtout  admiré  ce  caractère  de  vérité  locale 
qu'il  a  su  conserver,  sans  nuire  à  l'intérêt  dramatique  ,  ni  à  l'ellét 
général  de  ses  compositions. 

Les  (juatre  tableaux  sont  maintenant  réunis  dans  le  salon  de 
madame  la  princesse  douairière  de  Talmont,  qui  en  a  fait  l'ac- 
«juisition.  M.  A.  JLCMt^f. 

Théâtres.  —  Odeon.  —  Phocion  ,  tragétlie  en  cintj  actes  do 
^I.  C  RoTou.  —  Cette  jnèce,  (pii  avait  déjà  oldenu  un  >uc<-è> 
«l'estime  au  premier  Théâtre- rran(ais,  vient  d'en  avoir  un  du 
même  genre  au  second.  11  ne  faut  y  chercher  ni  des  caractères 
vraiment  dramatiques,  ni  des  situations  très  attachantes.  Le  pcr- 
.sonnage  principal ,  Phocion,  dont  on  prévoit  la  mort  dès  le  com- 
mencement de  la  pièce  ,  se  trouve  toujours  dans  la  même  situa- 
lioii,  opposant  à  une  fortune  ennemie  cette  stoiquc  vertu,  ce 
courage  inébranlable  (jui  sans  doiiti-  excitent  l'admiration,  mais 
([ui  émeuvent  diiiicilement  li)rs(pi  il  ne  s'y  mêle  pas  quelques-unes 
de  ces  faiblesses  qui  doivent  rapprocher  les  héros  tragiques  de» 
autres  hommes,  et  augmenter  ainsi  l'intérêt  qu'on  leur  jwrte.  Ce- 
])endant,  nous  devons  citer  comme  une  scène  d'un  tics  grand 
ellèt  celle  où  Phocion ,  après  avoir  ordonné  «ju  un  ouvre  les  portos 


EUROPE.  447 

aux  furieux  qui  viennent  l'immoler  ,  les  désamie  en  leur  racon- 
tant sa  vie  ,  et  en  leur  montrant  les  cicatrices  dont  sa  poitrine  est 
«■ouverte.  Les  autres  personnages  sont  très  secondaires  et  n'inté- 
ressent que  faiblement  j  ainsi  que  Phocion,  ils  n'éprouvent  au- 
cun de  ces  changeniens  de  fortune  qui  font  passer  les  spectateurs 
alternativement  de  la  crainte  à  l'espérance.  Le  style  fait  le  prin- 
cipal mérite  de  cet  ouvrage  j  il  annonce  un  homme  qui  a  long- 
tems  étudié  les  anciens.  Peut-être  même  est-ce  à  im  trop  grand 
désir  de  les  imiter,  qu'il  faut  attribuer  un  certain  nombre  de  ti- 
rades (pii  laissent  voir  le  rhéteur,  et  refroidissent  encore  une  pièce 
déjà  froide  par  elle-même. 

—  DAcc'ulenl  en  voycii^e  ,  ou  les  llenconlres  de  f^alognes ,  co- 
médie en  trois  actes  et  en  prose  ,  de  M,  Georges  Dcval.  —  Cette 
pièce  n'a  eu  que  deux  représentations.  Quelques  mots  spirituels 
n'ont  pas  paru  au  public  une  compensation  suffisante  des  invrai- 
semblances, des  scènes  d'un  comique  faux  ou  forcé,  et  des  ex- 
pressions triviales  qu'on  trouve  dans  cet  ouvrage,  où  l'on  n'a 
pas  reconnu  le  talent  dont  l'auteur  a  fait  preuve  dans  la  Journée 
k  f^ersallles. 

NÉCROLOGIE.  —  français  -  Laurent  LamakdÉ  ,  inspecteur-géné- 
ral du  corps  royal  des  ponts-et-chaussées,  officier  de  la  Légion 
d'honneur,  chevalier  de  l'ordre  du  Roi,  membre  de  l'Académie 
royale  des  sciences,  belles-lettres  et  arts  de  Rouen,  ne'  à  Dinan, 
en  Bretagne,  le  1 5  avril  1735,  est  mort  à  la  Flèche,  le  i5  mai 
1819  ,  à  r^ge  de  84  ans.  Les  ports  de  Rouen,  Dieppe,  Fécamp, 
Saint-Valery  et  Honfleur  lui  ont  dù  successivement  de  nom- 
breuses améliorations  j  mais  c'est  surtout  au  Havre  qu'il  a  dé- 
ployé ses  grands  talcns  et  ses  vastes  connaissances,  dans  le  plan 
général  du  port  dont  on  continue  aujourd'hui  l'exécution  ,  qu'il 
avait  commencée  sous  Louis  XVL  II  eut  pour  maître,  dans  l'é- 
tude des  mathématiques,  l'abbé  de  la  Caille  ,  et,  pour  condisci- 
ples, l'abbé  Marie,  Bailly  et  Bernardin  de  Saint- Pierre.  C'est  lui 
que  ce  dernier  cite  dans  ses  Harmonies  de  la  nature,  comme 
ayant  sauve  une  partie  delà  ville  des  Sables-d'Olonne  de  l'enva- 
hissement prochain  de  la  raer.  C'est  à  lui  qu'un  des  propriétaires 
de  cette  ville  ,  mourant  sans  enfant ,  laissa  comme  marque  de  la 
■reconnaissance  publique,  et  long  -  teuis  après  le  service  rendu, 
i\n  legs  considérable. 


i 


Vis  riiRoPK. 

—  Jean- Antoine  Macdbi',  ancien  ev(*qiie  de  Saint-Dié,  tn^ 
le  5  mai  17  J8,  à  Adnmp,  de|)aif<nicnt  des  Vosges,  est  mort  à 
Rellttville,  près  Paris,  le  i3  !>ejitenil)re  dernier.  «  Lor!<(|iriine 
re'ftirmo  salutaire  tenta  de  ramener  en  Franre  la  discipline  pri- 
mitive. 3M.  Matidru  ,  élu  par  ses  compatriotes,  fut  institué  et  sa- 
cré de  la  manière  que  prescrit  le  quatrième  canon  du  concil»-  de 
Ricéej  de  la  même  manière  que  le  furent  tous  les  grands  pontifes 

des  premiers  siècles Fn   1801  ,    à  la  demande  du  clief  de 

TEglisc,  il  s"emprcssa  de  donner  sa  démission  d'ime  place  ac- 
ceptée dans  des  tems  difliciles,  et  iiniqueraont  pour  que  les  fi- 
dèles ne  fussent  pas  privcsdesCon<olations  de  la  religion.  Descendu 
du  premier  rang,  mais  pénétré  du  principe  que  tout  est  honorable 
dans  la  maison  de  Dieu,  il  accepta  la  cure  de  la  ville  de  î^tenaV. 
L''invasion  du  territoire  français  pat  des  légions  étrangères  four- 
nit à  ses  ennemis  Foccasion  de  satisfaire  leur  animosité Pen- 
dant sept  mois,  une  redoutable  inquisition  le  j)oursuivit  sans  re- 
lâche  L'ordre  arbitraire  dun  mini-.tre  lui  enjoignit  de  se 

rendre  sur  les  rives  de  la   Loire  \  et ,  pendant  un  an  ,  relégué  à 

Tours  dans  un  galetas,  il  fut  (n  proie  à  toutes  les  privaticns 

LibreenGn  de  quitter  son  exil,  il  vint  fixer  sa  résidence  à  cinq 

lieues  de  Paris Tendrement    attaché  au    chef  de   TEglise, 

comme  catholique,  comme  évèque;  à  .sa  patrie,  à  nos  libertés 
constitutionnelles,  comme  citoyen  ,  il  rendit  ii  César  ce  qui  est  à 
César ,  à  Dieu  ce  qui  est  a  l)wu » 

Kous  avons  extrait  ces  notes  d'un  Discours  prononcé  à  Belle- 
ville  par  M.  Grégoire  ,  ancien  évêque  de  Blois ,  lors  de  l'inbuma- 
tion  du  vénérable  M.  Maudru,  en  présence  de  plusieurs  évêques, 
prêtres,  magistrats  et  laïques,  dont  il  avait  su  se  concilier  l'es- 
time et  l'aillfclion.  Ce  discours,  qui  .se  trouve  inséré  tout  entier 
dans  le  tome  V  de  la  Chronique  relii^ieuse ,  contient  des  particu- 
larités remai'quables  sur  le  pieux  personnage  qui  en  est  l'objet. 


ERRATA. 
Page  «29,  ^4'  ligne  «  "m  lieu  de  à  ligne  ,  lisez  à  la  ligne.  —  i'^ge 
369,  ib«  ligne,  au  lieu  de  et  en  corps  organisé,  lisez  et  corps  or- 
ganisé. —  FageSja,  ai' ligne,  nu  lieu  de  lu  petitesse  ,  /<.<«;  les 
petitesses.  , 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

ou 
ANALYSES  ET  ANNONCES  RAISONN^ES 

Des  productions     les  plus   remarquables    dans   la 
Littérature ,  les  Sciences  et  les  Arts, 

«^V  VVVVVV  VVVVVV  VVV  vXfV  VVVVVVVVX)  VVVV^V  iAfVVXVVVVV  VVVVV  VVV  vvv  vvv  v\v  v^ 

I.  MÉMOIRES,  NOTICES, 

LETTRES    ET    MELANGES. 


EXTRAIT 

Du  Discours  d'ouverture  du  Cours  de  Mécanique  appli- 
quée AUX  ARTS  ,  prononcé  dans  la  séance  générale 
d' ouverture  des  Cours  du  Conservatoire  des  arts  et 
MÉTIERS  ,  le  1  décembre  iS^.o  ,  par  M.  Chaules  Duplv, 
membre  de  V Académie  des  Sciences  (i). 

La  mécanique  ,  telle  que  nous  devons  l'envisager 
dans  notre  cours ,  a  pour  objet  de  considérer  les 
forces  de  l'homme  et  de  la  nature  ,  dans  leur  appli- 
cation aux  usages  de  la  vie ,  ainsi  qu'aux  travaux 
des  arts. 

Nous  parlerons,   en  premier  lieu,  des  forces  de 

(i)  C'est  le  2  décembre  qu'a  eu  lieu  la  séance  d'ouverture  des 
trois  cours  des  sciences  mécaniques,  chimiques  et  économiques , 
appliquées  aux  arts,  qui  composent  le  nouvel  enseignement  cre'é 
près  du  Conservatoire  des  arts  et  métiers.  S.  Exe.  le  comte  SI- 
TOME  VIII.    24'  Cahier.  29 


I 


43o  EXTRAIT 

l'iiomrue  :  les  unes  soni  plivsirjnes  ou  malérielles  5 

Jcs  adtres  ,  inoral(  s  on  inicllt'tiut'llcs. 

•Tusqu'irl,  la  pliilosopliic  rationnelle  a  fail  son 
domaine  exclusif  de  l'exanjcn  des  facullés  intellec- 
tuelles de  l'homme  -,  et  la  philosophie  naturelle  a  fait 
le  sien  de  toutes  les  forces  physiques  des  êtres  aifi- 
mcs  ou  inaniiiiés. 

Pour  arrivrr  aux  applications  dont  nous  devons 
exposer  les  principes,  faire  connaître  iVsprit  ,  et 
démontrer  l«s  résultats,  nous  emprunteions  à  ces 
deux  pliilosophies  ,  tout  ce  tprelles  pourront  nous 
présenter  d'utile.  Sans  nous  égarer  en  de  vaincs 
iech(;rches  sur  des  causes  premières  qui  nous  sfint 
encore  et  nous  seront  prohabîement  à  jamais  in- 
connues, nous  chercherons  seulement  à   bien  con- 

mcon ,  minibtrc  de  1  inférieur,  qui  tli'\ait  j)r»>iilor  la  scaurc  , 
n'ayant  pas  pu  s'y  rendre,  M.  le  duc  de  la  RochefoucauU  Lian- 
court,  pair  de  France,  a  tenu  la  place  du  minisire  ,  et  a  porte  la 
parole,  comme  président.  11  s'est  attaciié  à  laire  appn  cier  les 
ini]>ortans  services  déjà  rendus  par  Tindustric ,  et  les  nouveaux 
birnf.iits  que  la  Société  a  droit  ilVn  attendre,  à  mesure  que  cette 
industrie  ,  source  de  la  richesse  des  n.'ition'^,  et  non  moins  bien- 
faisante sous  le  ra|iport  du  d(!veIoppemcnt  moral  que  sous  celui 
delà  ]>rospérité  publique,  sera  excitée  et  perfectionnée,  au  moyen 
d^une  instruction  plus  solide  ,  plus  généralement  répandue  et  plus 
complète.  Les  trois  prof(  sseurs  du  Conservatoire  ,  M.M.  Cu.  Dt- 
ri!v ,  CrÉMEKT  et.SATont  ensuite  exposé  le  plan  cl  1rs  vues  générales 
de  liurs  cours-  de  ni(  conique  fAo  chimie  tifp/iqui'c  et  d't-V  o«om/(■• 
l/lJ((J/Wc//e.  Ces  trois  discours  ont  également  fixé  l'attention  et  ob-  ' 
tenu  Icsapplaiidisscmcns  d'un  auditoire  non)brrux  et  éclairé.  Kciu 
croyons  faire  plaisir  ù  nos  lecteurs,  en  leur  «ifliant  ici  rexlrait  du 
discours  (|u'a  prononcé  notre  collaborateur  M.  IJiipin,  et  <|u'i!  a 
bien  voulu  nous  communiquer.  M-  A.  J. 


DU  DISCOURS  D'OUVERTURE,  etc.  45i 

naître  et  à  bien  juger  des  efïëts  appréciables.  Nous 
considérerons,  comme  autant  de  faits,  tout  ce  que 
nous  apprend  notre  observation,  sur  les  ressources 
de  nos  forces  intellectuelles  et  sur  les  secours  qu'elles 
peuvent  nous  offrir  dans  la  direction  de  nos  forces 
physiques. 

Il  n'existe  peut  -  être  aucune  espèce  de  travaux 
exécutés  par  l'homme  ,  où  ces  deux  espèces  de  forces 
ne  soient  pas  combinées  pour  se  prêter  un  mutuel 
secours.  Mais  ,  quoiqu'elles  soient  presque  toujours 
employées  en  même  tems ,  elles  le  soîjt  dans  des 
proportions  qui  varient  à  des  degrés  presque  in- 
finis. 

Tantôt ,  comme  dans  les  travaux  des  beaux-arts  , 
tels  que  le  dessin,  la  peinture,  la  gravure,  il  faut 
faire  un  très  grand  emploi  de  la  force  intellec- 
tuelle, et  un  emploi  très  médiocre  de  la  force  cor- 
porelle ;  dans  quelques  arts,  tels  que  la  sculpture, 
et  certaines  constructions  d'architecture ,  il  faut  faire 
un  grand  emploi  des  deux  forces  ;  enfin  ,  dans  beau- 
coup d'autres,  il  faut  principalement  se  servir  de 
ses  facultés  physiques. 

fe  A  mesure  que  ces  métiers  ou  ces  arts  ont  été 
créés  et  développés  ,  ils  ont  pris  un  rang  plus  ou 
moins  élevé  dans  l'opinion  des  hommes.  On  a  géué- 
lement  placé  plus  haut  ceux  qui  demandaient  les 
plus  grandes  actions  de  la  force  intellectuelle. 
Ainsi,     les    travaux    d'invention  ont  été    regardés 

»  comme  supérieurs  aux  travaux  d'imiiation.  Aiitisi , 
■l'on  à  mis    tous   ceux  qui  demandaient  une  plus 


I 


43a  EXTRAIT 

grande  puissance  d'attenlion  ,   de  mémoire,  de  ju- 

gcmcMit  et  d'itiiaginalion  ,  au-dessus  de  ceux  (jni  ne 

demandent  (jn'tni  t;rand  eHorl  pour  tirer,  jjrr'ssor, 

pousser  ou  fia[>per  j  en  un  mol  ,  pour  agir  njalé- 

rie'.lement. 

Cependant  ,  quelques  philosophes  entraînés  par 
une  vainc  manie  du  paradoxe  ,  et  par  le  désir  de 
renverser  toutes  les  idées  reçues,  ont  voulu  nous 
persuader  qu'il  fallait  au  contraire  accorder  le  plus 
d'estime  aux  travaux  qui  demandent  le  plus  grand 
emploi  de  nos  forces  phvsi(|ues. 

Si  Ton  veut  réduire  cette  discussion  à  des  préé- 
minences fondées  sur  des  considéraiious  plus  ou 
moins  vagues  ,  plus  ou  moins  ingénieuses,  avec  un 
génie  subtil  et  des  formes  entraînantes,  on  pourra 
rendre  la  dernière  opinion  aussi  plausible  que  la 
première.  Mais,  dans  l'esprit  d'application  qui  doit 
nous  diriger ,  nous  n'envisagerons  pas  une  telle 
discussion  sous  le  point  de  vue  d'une  vainc  piéé- 
minence  entre  les  oeuvres  de  la  main  «>u  du 
cerveau  ,  de  la  matière  ou  de  la  pensée.  ?vous  ra- 
mènerons la  question  à  des  élémens  beaucoup  plus 
simples. 

Que  serait  l'homme  ,  et  que  pourrait-il  faire,  s'il 
était  réduit  à  ses  simples  facultés  instinctives  et 
physiques  ?  qu'esl-il,  et  que  penl-il  faire,  en  ajou- 
tatJt  à  ces  facultés  toutes  celles  de  son  intelligence.»^ 
('est  l'histoire  de  l'industrie  qui  doit  notis  fournir 
dès  îi  présent  la  réponse  à  ces  questions  inq>(>r- 
tanles.  LLnsuite,  l'ensemble  même  des  connaisianccs 


DU  DISCOURS  D'OUVERTURE,  etc.  453 

qui  seront  développées  dans  ce  cours  ,  fera  con- 
naître ,  dans  ses  principaux  résultats  ,  ce  concours 
de  toutes  nos  facultés  pour  augmenter  notre  bien 
être  ,    nos   plaisirs  et  notre  puissance. 

S'il  fallait  en  croire  les  historiens  de  l'âge  d'or,  les 
hommes  des  tems  héroïques  auraient  été  beaucoup 
plus  forts  que  les  hommes  des  premiers  tems  ul- 
térieurs 5  et  ceux-ci,  néanmoins,  plus  forts  encore 
que  les  hommes  des  tems  civilisés.  Ainsi ,  les  pro- 
grès de  la  société  n'auraient  eu  d'autre  résultat 
que  de  faire  dégénérer  l'espèce  humaine. 

C'était  aussi  l'opinion  de  quelques  philosophes 
modernes  ,  qui  ,  se  formant  des  idées  chimériques 
sur  l'état  de  nature ,  se  sont  plus  à  douer  l'homme 
qui  vit  dans  la  liberté  des  sauvages  ,  d'une  force 
plus  grande  que  celui  dont  tous  les  mouvemens  sont 
gênés  par  des  entraves  sociales  ,  depuis  le  maillot 
et  le  berceau  jusqu'au  linceul  et  à  la  tombe. 

Mais  ,  depuis  qu'on  sait  mesurer  des  .eilorts  mé- 
caniques par  des  instrumens  exacts  ,  l'expérience  a 
prouvé  que  la  force  physique  des  sauvages  est  sen^ 
siblement  moins  grande  que  celle  des  hommes  ci- 
vilisés. 

Ainsi ,  l'expérience  nous  confirme  dans  cette  idée 
que  la  raison  seule  aurait  dû  faire  adopter  :  la  force 
corporelle  de  l'homme  ,  au  lieu  de  décroître  par  les 
effets  de  la  civilisation  ,  s'accroît  au  contraire  par 
l'exercice  d'un  travail  que  la  raison  dirige  et  modère; 
et  par  les  effets  d'un  genre  d'existence ,  où  ,  grâce 
à  notre  prévoyance ,  à  notre  expérience  ,   nos  bc- 


454  '        EXTRAIT 

soins  sont  satisfaits  avec  régularité,  nos  maux  guéris 

(1ns  leur  naissance  ,  et  nos  infirmités   soulagées   ou 

prévenues. 

Ce  n'est  pas  qu'on  puisse  espérer,  par  tous  ces 
moyens  réunis  ,  d'amener  un  très  grand  change- 
ment dans  la  force  matérielle  absolue  dont  l'homme 
est  susceptible  :  c'est  à  l'aide  de  nos  facultés  intel- 
lectuelles qu'on  peut  faire  produire  à  cette  même 
force  des  effets  incomparablement  supérieurs  ,  non- 
seulement  chex  quelques  hommes  privilégiés  de  la 
naline;  mais  chez  des  peuples  entiers,  dont  la  raison 
très  cultivée  s'applique  à  développer  à  la  fois  toutes 
les  facultés  qifî  peuvent  nous  élever  au-dessus  de 
nous-mêmes  :  c'est  ce  dont  l'éducation  de  quelques 
peuples  de  l'antiquité  nous  oflrira  l'exemple. 

Sans  remonter  maintenant  à  des  époques  éloignées, 
jetons  les  regards  autour  de  nous  :  nous  verrons 
dans  les  actions  les  plus  communes  de  la  vie  ,  et 
dans  tous  les  travaux  des  arts,  que,  sans  accroître 
sa  force  absolue ,  l'homme  peut  en  augmenter  sin- 
gulièrement les  effets  ,  par  l'emploi  que  sait  en  faire 
une  heureuse  intelligence. 

Ijorsqu'on  observe  avec  soin  les  travaux  d'un  ate- 
lier nombreux  ,  on  est  frappé  de  la  différence  des 
résultats  obtenus  par  les  divers  ouvriers  dont  il  se 
compose.  On  voit  les  uns,  doués  par  la  nature  d'une 
1res  grande  force  matérielle  ,  s'épuiser  en  efforts  pro- 
digieux ,  et  néanmoins  produire  un  travail  également 
médiocre  ,  soit  pour  la  quantité  du  produit  ,  soit 
pour  la  qualité  de  l'exécution. 


DU  DISCOURS  D'OUVERTURE,  etc.  455 

On  en  voit  d'autres  dont  le  corps  grêle  ou  la  com- 
'plexion  délicate  ne  promet  guère  de  grands  efforts 
physiques  ;  mais  ils  compensent  ce  défaut  par  une 
rare  intelligence ,  et  par  rha])itude  d'observer,  de 
comparer  et  de  réfléchir.  Ils  ne  perdent  pas  un  seul 
mouvement  j  ils  n'appliquent  à  la  production  de 
chaque  effet  particulier ,  que  la  portion  de  forces 
strictement  nécessaires  pour  le  produire  ;  ils  évi- 
tent et  les  faux  coups ,  et  les  pressions  superflues 
et  les  frottemens  inutiles  ou  contraires;  et,  par  cette 
économie  de  leurs  moyens  ,  ils  font  plus  vite ,  plus 
parfaitement  et  avec  peu  de  fatigue  ,  ce  que  les 
hommes  les  plus  robustes  s'épuisent  à  produire. 

Des  dispositions  naturelles  à  l'observation,  une  dex- 
térité dont  la  source  est  dans  la  flexibilité  de  certaines 
articulations ,  dans  la  souplesse  et  l'agilité  de  cer- 
tains mouvemeus ,  doivent  rendre  moins  long  et 
moins  imparfait  l'apprentissage  de  chaque  art  mé- 
canique. Mais  ,  dans  cet  apprentissage  même  où  , 
trop  souvent,  on  confie  tout  au  hasard  ,  au  tems  , 
à  la  routine  ,  la  science  peut  offrir  d'utiles  enseigne- 
mcns  ,  pour  atteindre  ,  par  une  voie  plus  sûre  , 
plus  directe  et  plus  facile  ,  au  but  dont  sans  elle 
on  ne  peut  approcher  que  par  des  à  peu  près  et  des 
latonnemens. 

C'est  au  directeur  d'ateliers  et  de  manufactures  à 
faire ,  au  moyen  de  la  mécanique  appliquée  ,  une 
étude  spéciale  de  tous  les  moyens  d'économiser  les 
forces  de  ses  ouvriers  :  il  y  gagnera  doublement.  Il  pro- 
duira ée  plus  grands  résultats,  avec  un  même  nombre 


456  EXTRAIT 

d'homrru's -,  il  pourra  les  l;uii;ucr  moins,  et  pour- 
taiil  vu  obunir  tla\anlage.  Eux-nir'iiu's  apj)rcii(!ronl, 
dans  un  tenis  donné,  non-seulement  à  faire  plus, 
mais  à   f;iire   mieux. 

Ainsi,  la  main-d'œuvre  deviendra  ,  dans  l'indus- 
trie française  ,  de  plus  en  plus  économicjue  \  et,  cha- 
que jour,  elle  approchera  davantage  de  la  perfection. 
Les  produits  de  nos  arts  ,  mieux  ;>ppropriés  à  nos 
■besoins  ,  accroîtront  les  jouissances  de  la  vie  ;  et  ces 
produits  ,  livrés  à  la  société  ,  pour  des  valeurs  moins 
élevées,  multiplieront  le  nombre  des  hommes  qui 
peuvent  se  procurer  ces  jouissances.  Par  ces  moyens 
divers  ,  tantôt  balançant  l'industrie  étrangère  ,  tan- 
tôt remportant  la  palme  ,  les  produits  perfectionnés 
de  notre  industrie,  toujours  croissante,  iront  ap- 
picnJrc  nos  titres  de  gloire  dans  les  bienfaisans 
travaux  de  la  paix  ,  aux  peuples  qui  tant  de  f(tis  ont 
vu  noi  litres  à  la  gloire  dans  les  travaux  de  la 
guerre. 

Pour  atteindre  ce  but,  il  faut  inspirer,  dès  l'en- 
fance, aux  jeunes  ouvriers,  l'amour  de  la  raison,  de 
l'ordre  et  de  l'activité  5  il  faut  de  bonne  heure  les  fa- 
çonner aux  dures  habitudes  du  travail.  Mais,  gardons- 
nous  d'imiter  certains  manufacturiers  d'une  contrée 
voiïinc  ,  qui  ,  pour  assouvir  leur  avarice,  ont  fait 
travailler  de  malheureux  eufans  de  huit  à  dix  ans  , 
jusqu'à  douze  cl  quatorze  heures  par  jour.  Abus 
crucîl ,  prolongé  jusqu'au  moment  où  la  législature 
indignée  a  créé  des  comités  d'entjuéte  ,  pour  ron- 
naiirc  à  quel  point  la  cupidité  des  fabricans  abusait 


DU  DISCOURS  D'OUVERTURE ,  etc.  ,',57 

de  l'indigence  des  parens  ,  et  tarissait  ainsi  dans  sa 
source  l'espoir  et  l'aliment  des  pauvres  familles. 

N'exigeons  de  ces  enfans  qu  un  travail  plutôt  un 
peu  au-dessous  qu'au-dessus  de  leurs  forces  crois- 
santes-, divisons  ,  allégeons  ce  travail ,  par  des  inter- 
valles de  repos  et  de  récréation,  pendant  lesquels, 
sortant  des  salles  et  des  réduits  renfermés  des  fabri- 
ques et  des  ateliers  ,  ils  aillent  prendre  le  grand  air, 
s'abandonner  à  cet  essor,  à  cette  gaieté  du  jeune  âge 
qui  donnent  du  ton  à  toutes  les  fibres,  excitent  l'éner- 
gie des  moyens  intellectuels  ,  et  mettent  l'adolescence 
en  état  de  reprendre  ses  travaux  avec  une  vigueur 
nouvelle. 

En  vous  parlant  du  développeraeut  des  forces  pliy- 
siqiies  de  la  classe  ouvrière ,  je  ne  dois  pas  oublier 
ce  qui  regarde  le  développement  des  mêmes  forces 
dans  les  autres  classes  de  la  société. 

A  cet  égard,  Messieurs,  les  anciens  l'emportaient 
de  beaucoup  sur  les  modernes.  La  1  )rce  corporelle 
était  chez  eux  d'une  extrême  importance.  Comme 
elle  décidait  du  sort  des  combats,  elle  était  l'égide 
de  la  patrie  pour  les  peuples  justes  ,  et  le  véhicule  de 
l'ambition  pour  les  peuples  usurpateurs.  On  apportait 
donc  un  soin  extrême  au  développementde  cette  force 
et  à  son  application  intelligente  ;  c'est-à-dire  ,  à  l'a- 
dresse. Non-seulement  on  exerçait  les  enfans  de  tou- 
tes les  classes  de  l'État,  à  la  lutte,  au  pugilat,  à  la 
course  ,  soit  à  pied  ,  soit  à  cheval ,  soit  sur  un  char  5 
mais  on  récompensait  les  talens  acquis  dans  ces  exer- 
cices ,    par  dos   prix  si  grands  et  si  beaux,    <[u'ils 


45S  EXTRAIT 

faisaient  l'ambition  des  citoyens  de  tous  les  rangs. 
C'est  dans  les  vastes  assemblées  de  l'élite  des  na- 
tions ,  en  présence  des  premiers  magistrats  ,  qu'on 
établissait  des  concours  pour  ces  di/Térens  exercices  : 
les  vaiiujueurs  recevaient,  pour  récompenses,  des 
palm«s  et  des  couronnes;  les  poètes  les  plus  illus- 
tres chantaient  leurs  combats  et  leur  gloire  ;  et  les 
villes  ,  enorgueillies  d'avoir  donné  le  jour  à  des  hom- 
mes qui  l'emportaient  ainsi  sur  les  autres  ,  leur  éri- 
geaient des  monumcns  et  des  statues. 

Les  Grecs  en  lésistant  aux  forces  de  l'Asie  qu'ils 
ont  ensuite  conquise  ,  et  les  Romains  en  devenant 
les  maîtres  du  monde,  ont  montré  combi<'n  ces  ins- 
titutions ,  qui  nous  semblent  aujourd  Imi  frivoles, 
étaient  alors  sages  et  profondes. 

Depin's  l'adoption  des  machines  où  la  poudre  en- 
flammée sert  de  moteur,  nos  forces  corporelles  ont 
cessé  d'être  le  principal  élément  des  victoires  ;  mais 
il  ne  faut  pas  croire  que  cette  force  et  la  santé  dont 
elle  est  le  fruit  soient,  aujourd'hui  même,  d'un 
faible  avantage  ,  et  dans  la  guerre  et  dans  la  paix. 

11  faut  ,  dans  nos  armées  ,  que  le  soldai  puisse  au 
besoin  élever  des  retranchemens  ,  creuser  des  fossés  , 
des  sapes  et  des  raines  11  faut  que  l'oflicier  ,  aussi 
bien  que  le  soldat ,  soit  assez,  robuste  pour  siq'jporter 
des  marches  forcées  ;  soufliir  la  faim  ,  la  soif,  le 
froid,  le  chaud  ,  et  toutes  les  intempéries  des  saisons 
et  des  climats.  Or ,  tout  cela  ne  peut  se  faire  que 
par  une  éducation  >igf)ureusc,  qui  développe  bien 
nos   moyens  physiques  ,   et   qui  rende  nos  organes 


DU  DISCOURS  D'OUVERTURE,  etc.  4^9 

aussi  peu  sensibles  que  le  permet  noire  nature  ,  aux 
privations  de  toute  espèce  ainsi  qu'à  des  efibrts  puis- 
sans  et  prolongés. 

Puisque  les  enfans  du  riche  ,  comme  les  enfans 
du  pauvre,  peuvent  être  appelés  à  la  défense  de 
l'Etat ,  ce  serait  une  précaution  pleine  de  sagesse  que 
1  de  combiner,  dans  toutes  les  classes  de  la  société, 
Texercice  et  le  développement  des  facultés  physiques 
et  morales.  Sans  doute  ,  avec  de  l'opulence  ,  on  se 
rachète  des  périls  et  des  fatigues  de  la  guerre  *,  mais  , 
comment  se  racheter  des  revers  mêmes  de  la  fortune? 
et ,  dans  le  dénuement  de  toutes  choses  ,  suflPire  en- 
core au  souiien  de  sa  propre  existence  ? 

Je  n'irai  pas  ,  pour  cela  ,  jusqu'à  prétendre  que 
les  enfans  du  riche  doivent  tous  ,  comme  l'Emile  de 
Rousseau,  se  faire  menuisiers  ou  charpentiers,  uni- 
quement pour  savoir  un  art  manuel  ,  quoique  tout 
nous  démontre  la  prudence  d'une  telle  précaution  , 
dans  le  cours  incertain  de  la  vie  et  des  révolutions. 
On  peut  présumer,  par  exemple,  que,  dans  les 
vicissitudes  de  l'émigration  et  de  l'exil ,  sur  les  pon- 
tons d'Angleterre  ,  ou^  dans  les  déserts  de  la  Russie, 
une  foule  de  Français  élevés  dans  l'opulence  et  dans 
l'indolence,  auraient  rendu  grâce  au  ciel  et  à  leurs 
parens,  s'ils  avaient,  dans  leur  jeune  âge,  appris  quel- 
qu'une de  ces  professions  modestes  qui,  partout, 
font  vivre  honnêtement  celui  qui  sait  les  pratiquer. 

Ainsi ,  les  sévères  leçons  du  passé  semblent  élever 
leur  voix  ,  pour  commander  aux  hommes,  dans  tous 
les  rangs  de  la  société,  de  cultiver,  au  moins  d'une 


46o  EXTRAIT  DU  DISCOURS  D'OUVERTURE,  etc. 
manière  générale  rt  simullnnée,  les  facilités  physi- 
(jiu'S  et  morales  de  leurs  enfans  5  de  leur  faire  ap- 
prendre ,  avec  la  théorie  ,  quelques  moyens-prati- 
ques cl  quelques  ressources  des  arts  utiles  :  afin  qu'au 
moniitil  lia  besoin  ,  ils  ne  soient  pas  entièrement 
étrangers  à  des  travaux  qui  pourront  les  sauver  de 
la  misère  ,  ou  de  l'aumône  ,  ou  du  déshonneur.  Eh 
Lien  !  ces  moyens  d'application ,  cet  art  d'utiliser 
nos  forces  et  celles  de  la  nature  ,  voilà  l'objet  de  notre 
enseignement. 

Quant  à  la  jeunesse,  aussi  nombreuse  qu'intéres- 
sante, qui  se  destine  à  la  direction  des  ateliers  et 
des  manufactures  ,  jeunesse  à  laquelle  nos  leçons 
seront  plus  spécialement  destinées  ,  elle  ne  saurait 
rester  étrangère  à  la  pratique,  non  plus  (ju'à  la  théorie 
des  arts  qu'elle  est  appelée  à  diriger.  Il  faut  qu'au 
besoin,  un  directeur  de  travaux  puisse  mettre  la 
main  à  l'œuvre,  non  pas  pour  la  quantité  absolue 
d'ouvrage  qu'il  pourra  faire,  mais  pour  l'exemple 
et  pour  l'instruction  qu'il  lui  importe  si  fort  de  don- 
ner, en  beaucoup  de  cas  ,  h  ses  ouvriers  :  d'ailleurs, 
il  n'est  qu'un  moyen  de  n'être  jamais  trompé  sur 
l'exécution  des  travaux  qu'on  dirige  ^  c'est  d'en  con- 
nailre  à  fond  la  pratique. 

11  faut  seulement  (jue  ,  potir  l'homme  appelé  à  en 
diriger  l)eauconp  d'autres,  le  travail  de  sa  main  n'ait 
qu'une  importance  secondaire  :  c'est  à  sa  force  in- 
tellectuelle qu'il  doit  accorder  le  premier  rang  ,  et 
c'est  dans  un  enseignement  tel  que  celui  du  Conser- 
vatoire des  arts  et  métiers  ,  qu'il  doit  la  cultiver 


46  r 

/W\(W\lW\iW\'VV\'WVW\iVV\'VV\W\'VW'W»W\ 

NOTICE 

Sur  les  Découvertes  philologiques  de  l'abbé  Angelo 
Majo. 

Les  Annales  de  littérature ,  publiées  à  Vienne  (  Fahr^ 
bûcher  der  Literatur) ,  l'un  des  meilleurs,  et,  sous 
quelques  rapports,  le  plus  soigné  des  nombreux  recueils 
littéraires  qui  paraissent  en  Allemagne,  contiennent  , 
dans  ]eur  cinçuicme  volume,  un  aperçu  des  découvertes 
philologiques  du  savant  abbé  Majo  à  Milan  ,  et  des  édi- 
tions qu'il  en  a  publiées.  Plus  d'une  fois,  la  Revue  En- 
cyclopédique a  fait  mention  de  cet  illustre  savant  (i)  , 
et  nous  croyons  satisfaire  la  curiosité  de  nos  lecteurs 
en  leur  donnant  ici,  d'ajDrès  le  recueil  que  nous  avons 
cité  ,  l'énumération  chronologique  de  ses  importans 
travaux.   Ils  sont  au  nombre  de  vingt-deux. 

C'est  dans  la  bibliothèque  Ambroisienne  de  Milan  , 
que  notre  philologue  a  fait  tant  de  découvertes.  Cette 
bibliothèque  et  le  collège  Ambroisien  furent  fondés,  il 
y  a  deux  cents  ans,  par  Frédéric  Borromée,  cardinal 
et  archevêque  de  Milan,  cousin  de  Saint-Charles  Eor- 
roinée.  L'institution  reçut  le  nom  de  Saint-Ambroise  , 
patron  de  la  ville.  Rien  ne  fut  épargné  pour  enrichir 
la  bibliothèque  ,  qui  renferme  actuellement ,  outre 
quinze  mille  manuscrits  d'une  haute  antiquité,  envi- 
ron soixante  mille  ouvrages  irhprimcs.  La  première 
partie  de  ce  trésor  a  été  considérablement  augmentée 
par  les  manuscrits  du  couvent  de  Bobbio  ,  fondé  dans 
les  Apennins  ,  en  6i2  ,  par  saint  Columban  ,  et  dirigé  , 
dans  le  dixième  siècle ,  par  le  célèbre  Gerbert.  Les  ri- 

(i)  Vol.  I,369,3;6iVol.  II,  175 j  Vol  V,  38G. 


/,62  NOTICE  SUR  LES  DÉCOLVEKTES  PHILOLOG. 
clicsses  que  roriffriuail  la  hihliotlièqtie  de  ce  couvent 
attirèrent  l'altontion  du  fondateur  de  la  hibliolhèque 
Ambrolsienue  ,  eu  sorte  que  tout  ce  qui  s'est  trouvé  de 
précieux  dans  la  première  ,  a  passé  successivement  dans 
l'autre.  C'est  dans  celle-ci,  que  ]\J.  Majo  occupait  d'a- 
bord la  place  de  scrilore  di  lingue  oricnlal  ,  et  il  en 
était  dernièrement  l'un  des  seize  dollori.  11  a  été  de- 
puis appelé  à  la  bibliothèque  du  \atican,  ce  qui  le 
met  en  état  de  consacrer  tout  son  lenis  à  ses  études 
chéries.  Il  est  membre  de  l'Académie  de  Munich,  de 
l'Institut  des  Pays-Bas  ,  et  correspondant  de  l'Académie 
des  Inscriptions  et  Relies-Lettres  de  Paris. 

La  première  publication  de  ses  travaux  philolo- 
giques fut  Isocralis  oralio  de  pirmutatione  ,  cujiis  j)ars 
ingens  priwitni  grœce  edila  ah  y^ndrca  Mui<toxjde , 
mine  priiviiin  latine  cxhiùelur  al/  anonjnio  inttvprele  ^ 
qui  (t  notas  cl  appendices  adjunxit.  ]\Iediolani ,  tjpis 
Jo.  Piioiœ  ,  i8i3  ;  in-R"  ;   i4<S  pag. 

André  Musloxidi  (  Mo-uçoçxior.ç) ,  natif  des  Iles  louicn- 
nps ,   mais   élevé  eu    Italie,   avait  découvert,  dans  la 
bibliotliè(jue  I.aurentienne  de  Florence,  un  manuscrit 
contenant  le  discours  d'Isocrale  ttcoi  àvrio'&o-cM; ,   plus 
complet  qu'il  ne  se  trouvait  dans  aucune  édition  ]ui- 
bliée    jusf|u'alors.    Cette  découverte   détermina    ]\lus- 
toxidi  à  faire  d'autres  recherches,  et   la  bibliothlcjue 
Ambroisieniie  lui  ofïrit  un  manuscrit  qui  contenait  le 
méinc  discours  non  moins  cc)m]>]el.  Étant  ainsi  con- 
\aincu  (jue   le   surcroît  de  <e   qui   nous  reste   du  cé- 
lèbre  rhéteur   d'Atliènrs,   n'était  point    une   interj)0- 
lation  ,  il  publia  le  discours  ,  à  INIilan,  dans  la  langue 
originale.  C'est  de  ce  discours  dont  l'abbé  Majo  qui  , 
en  cette  occasion  ,  garda  l'anonynie,  a  donu«'  'a   tra- 
duction complète,   en   adoptant  pour  la    partie  (|iu 


DE  L'ABBE  AWGELO  MAJO.  463 

était  déjà  connue,  celle  d'Auger  ,  préférablement  à 
celle  de  Wolf.  Les  appendices  ont  pour  sujet  les  lettres 
d'Isocrate  ,  l'explication  d'un  passage  obscur  dans  un 
autre  discours,  et  des  remarques  sur  le  manuscrit  de 
la  bibliothèque  Ambroisienne,  qui  se  trouve  être  celui 
de  Michel  Sophianos ,  dont  P.  Veltori  a  fait  mention  , 
il  y  a  plus  de  deux  siècles,  comme  contenant  un 
fragment  consid*^rab!e  encore  inconnu.  Ce  même  frag- 
ment a  été  retrouvé,  depuis,  dans  deux  autres  manus- 
crits d*;  la  bibliothèque  du  Vatican. 

II.  31.  Tullii  Ciceronis  irnim  orationiim.,pro  Scaiiro , 
pro  TulliOypro  Flacco  ,  partes  ineditœ  ,  citm  autiqno 
scoliaste  item  inedilo  ad  orationem  pro  Scaitro.  In- 
venit ,  recensuit ,  nou's  illustravit  Angeliis  Maius  ^  bi- 
bliothecœ  Ambrosiance  à  linguis  orientalibus.  Medio- 
lani ,  tj'pis  Jo.  Pirolce.  i8i4,  in-S*",  5i  p. 

Averti  par  ce  premier  succès  ,  M.  Majo  prît  la 
résolution  de  poursuivre  ses  recherches ,  et  bientôt  il 
tomba  sur  un  manuscrit  du  couvent  de  Bobbio  ,  con- 
tenant les  productions  du  poète  chrétien  Sedulius. 
Mais  le  parchemin  avait  servi  antérieurement  à  d'au- 
tres écrits,  dont  une  partie  s'était  presque  effacée,  et 
l'autre  avait  été  grattée  j  ce  qui  est  arrivé  souvent  pour 
les  anciens  manuscrits  que  l'on  appelle,  à  cause  de 
cela,  rescripti ,  palimjj.sesli  {nyH[i-^yi7ot).  En  l'exami- 
nant attentivement,  il  découvrit,  dans  cet  écrit  anté- 
rieur, de»  discours  perdus  de  Cicéron.  O  Deus  imfnor- 
talis  !  s'écrie  M.  Majo ,  au  sujet  de  cette  découverte  , 
avec  l'aimable  enthousiasme  qui  caractérise  sa  nation, 
o  Deus  immortalis  ,  quid  dcmitm  video  I  en  Ciceronem, 
;  en  lumen  romanœ  facundiœ  indignissimis  tencbris 
\  circumsepliim  !  Agnosco  dcperditas  Tullii  oraliones  , 
s^ntio  ejus  eloquentiam  dii'ind  quiidam  vi  Jluere ,  etc. 


464  KOTICK  SUR  LES  DÉCOLVEKTES  PHILOLOG 
Le  luaniiscrit,  actnclIrniPiit  ployé  iu-8°,  l'avait  étc 
(iriginaiiemrnt  iii-î",  et  les  discours  de  Cicnron  y 
étaient  écrits  en  trois  colonnes.  1/éiliteur  croit  «in'à 
en  j«ig«'r  par  récriture,  le  texte  de  Cicéron  date  du 
second  ou  du  troisième  siècle  ,  et  il  pl.'icc  dans  le  hui- 
tième celui  de  Sedulius.  Les  scolies  lui  paraissent  être 
de  lexcellent  commentateur  Asconius  Pedianus,de 
Padoue  ,  qui  avait  personnellement  connu  son  com- 
patriote Tite-Lîve  et  \  irgile. 

III.  Jf.  ^fu/lii  Occronts  irium  orationum^  in  Clodiiwi 
ri  Curiom-tn  ,  de  cerc  alicno  Milonis  ,  de  rege  Alcxan- 
drino ,  fragmenta  inédit  a  y  ilctn  ad  1res  prœdictas  ora- 
tioncs  ,  et  ad  alias  7iitliana.<;  qntituor  éditas  ,  eovinien- 
tarius  antiquiis  incditns  ,  fjni  vidilur  Asconii  P<  diani , 
scolia  insttper  anliqna  et  incdita ,  quœ  videntitr  cx- 
cerptn  comvientario  deperdilo  ejusdeni  ylsconii  Pediani 
ad  alias  rursiis  qnatuor  Ciceronis  éditas  oratwncs. 
Oivnia  ex  antiquissimis  MSS  tuw  critieis  notis  edebat 
Ang'Aits  Mains,  etc.  Mediolani,  tjpisJo.  Pirotœ.  i8i4» 
iri-S°,  171)  p. 

31.  Majo  avait  continué  ses  re(  Iicrclies  avec  plus 
d'ardeur;  et  votis  iteritm  Forluna  resj)ondit.  Il  s'offrit  à 
sa  vue  un  beau  manuscrit  en  parciiemin  de  la  biblio- 
ihèquc  d;i  couvent  de  Tobbio,  ijui  contenait  la  tra- 
«luction  latine  des  actes  du  concile  de  Calcédoine. 
Mais  ce  manuscrit  était  aussi  un  palimpseste ,  dont  le 
texte  oflVait  cncorcdcs  fragmens  de  discoursdeCicéron. 
Peu  de  mois  suffirent  à  l'ardeur  de  M.  Majo  pour  dé- 
(  liiffrer  et  pour  copier  tous  ces  fragmens  ;  mais  il  lui 
en  coula  davantage  pour  les  mettre  en  ordre  ,  car 
Valfsurdissimns  codicis  cornijttor,  se  souciant  fort  ])eu 
de  (licéron  ,  en  cousant  ensemble  les  feuilles  pour  y 
écrire  ses  actes  du  concile,  les  avait  euticremcnt  em- 


DE  L'ABBÉ  ANGELO  IMAJO.  465 

brouillées.  Malgré  ces  difficultés,  M.  Majo  parvint  à 
mettre  au  jour  le  trésor  que  ce  dédale  renfermait. 

IV.  M.  Comelii  Frontonis  opéra  inedita  ,  cum  epi's- 
tolis  item  ineditis  Antonii  PU  ,  M.  Aurelii ,  L.  T'^eri  ^ 
et  Appiani  ,  nec  non  alionini  velerum  fragmeniis . 
ïnvenit  et  commentario  prcevio  ,  notisque  ilhtslrai'it  A. 
Maius,  etc.  Mediolani ,regiis  tjpis.  i8i5,  2  vol.  iu-8*, 

678  P- 

Avec  ce  quatrième  ouvrage,  les  éditions  commencent 
à  être  plus  belles.  Toutes  sortent  des  presses  de  l'im- 
primerie royale  ,  sont  embellies  de  gravures  ,  et  offrent 
à  l'œil  cette  élégance  typographique  dont  elles  sont  si 
dignes.  Il  s'agit  ici  ,  encore  une  fois ,  (ii  un  palimpseste 
originairement  de  la  bibliothèque  de  Bobbio.  L'auteur, 
Fronton  ,  était  natif  de  Cirta  ,  en  Afrique,  et  précep- 
teur de  Marc-Aurèle.  Les  lettres  que  renferme  cet 
ouvrage  sont  adressées  à  Antonin  le  pieux ,  à  Marc- 
Aurèle  le  philosophe  ,  à  son  épouse  la  belle  impératrice 
Faustine  ,  à  sou  collègue  L.  Verus  ,  à  l'historien  Appien  ; 
d'autres  lettres  sont  écrites  par  ces  illustres  person- 
nages qui  tous  chérissaient  l'auteur.  L'intérêt  qu'elles 
offrent  est  d'autant  plus  grand  ,  que  les  traces  histori- 
ques qui  nous  restent  de  ces  tems  sont  presque  effa- 
cées. 

V.  Ç.  Aurelii  Summachi  V.  C.  octo  oralionum  l'ne- 
ditarum  parles.  Invenil  notisque  declaravit  A.  Maius. 

,  Mediolani  ,  regiis  tjpis ,  i8i5  ;  in-8°  ;  84  pages. 

Syramaque  était ,  vers  la  fin  du  quatrième  siècle,  le 
plus  illustre  sénateur  païen  de  l'ancienne  Rome  ,  sous 
des  empereurs  chrétiens.  Les  pères  de  l'église,  Ara- 
broise,  Augustin,  Jérôme,  Grégoire,  Chrysoslôme ,  etc.  , 
étaient  ses  contemporains.  Tout  ce  qui  date  de  cette 
époque  de  l'histoire  romaine  est  important  pour  nous. 

TOME   VIII.  3o 


.iGG  ISOTICE  SLR  LES  DECOLVERTES  PHILOLOG. 
Le  tronc  iiupcrial  était  IraiislVré  à  Constantinoplp  ;  l.i 
majorité  du  peuple  et  des  soldats  avaient  quitté  leurs 
pénates  ,  et  les  grandes  familles  avaient  déjà  commencé 
à  en  faire  autant.  Les  additions  que  le  titre  de  cet  ou- 
vrage annonce  ,  «ont  des  variantes  du  panégyrique  de 
Pline  ,  qui  se  trouvaient  dans  le  même  manuscrit. 

VL  M.  u4ccii  Plauti  Fragmenta  ineiiita,  ùcm  ad 
P.  Terenliuni  comwenlaliones  et  j)icturœ  incdilœ.  Jn- 
wnlore  A.  Maio  ,  bibliolhecce  Anihrosianœ  a  LL.  Or. 
Alediolani ,  regiis  typis^  in-8°  ;  67  pages. 

Encore  uu  ralimpscste ,  comme  le  précédent  :  il 
contient  une  partie  de  la  traduction  latine  de  l'ancien 
Testament,  apparemment  du  septième  siècle;  elle  se 
trouvait  écrite  sur  un  manuscrit  de  seize  comédies  de 
Plante  déjà  connues,  et  d'un  fragment  de  deux  feuilles 
de  la  pièce  perdue  ,  la  Valise  (  T'idularia  ).  M.  Majo  pu- 
blie provisoirement  cette  découverte  avec  quelques  au- 
tres fragmens  et  variantes;  mais  ,  il  fait  espérer  qu'avec 
le  tems ,  il  pourra  donner,  à  l'aide  de  ce  manuscrit  , 
une  nouvelle  édition  de  Piaule  ,  entièren)ent  refondue. 

VIL  io-ato'j  ).ôyoç  r.ia\  toû  K).swvv|xou  x),r,|5oy.  —  Isaëi 
oralio  de  hereditate  Cltonynt/,  mine priwuw  dupla  aur' 
iior^  inventorc  et  interprète  A.  Maio.  3Jediolani,  regiis 
tj'pis ,  181 5  ;  in-S"  ;  67  pages. 

Isaéus  ,  l'un  des  dix  rhéteurs  d'Athènes,  était  dis- 
ciple d'Isocrate,  et  le  maître  de  Déjnosthènes.  l  n  de 
ses  discours  ,  de  Meneclis  hereditate  ,  fut  uïis  au  jour, 
il  y  a  trente  ans,  en  Angleterre  M.  Majo  l'a  trouve 
aussi  dans  la  ])ibliothèque  Anibroisienne  ;  mais,  il  n'en 
a  publié  que  les  meilleures  variantes.  Le  discours  de 
Cleotiyvii  hereditate  est  de  la  moitié  jilus  considé- 
rable <|ue  celui  que  nous  connaissons  déj.'i.  D'après  le 
cjlulogue  de  Baudini  ,  M.  Majo  présume  «[uo  le  ma- 


DE  hWHBt  ANGELO  MAJO.  467 

nuscril  de  ce  discours  ,  qui  se  trouve  à  Florence,  et  le 
manuscrit  N°  2989  de  la  bibliothèque  de  Paris,  doivent 
être  également  complets.  N'est-il  pas  impardonnable 
que  ,  pendant  les  trois  siècles  et  demi  qui  se  sont  écou- 
lés depuis  l'invention  de  l'imprimerie,  les  éditeurs  des 
anciens  n'aient  pas  encore  mis  à  profit  toutes  les  res- 
sources que  leur  offrent  les  bibliothèques  ,  pour  rendre 
plus  complets  .ces  modèles  immortels  de  la  pensée  et 
du  goût?  M.  Majo  ,  en  faisant  cette  remarque,  re- 
commande à  ses  compatriotes  l'étude  des  auteurs  grecs  ; 
et  le  critique  judicieux  de  Vienne  observe,  à  celte  oc- 
casion ,  que,  s'il  est  vrai  que  les  écoles  des  pays  pro- 
testans  en  Allemagne,  en  Hollande  et  en  Angleterre  , 
soient  supérieures  à  celles  des  pays  catholiques  ,  il  faut 
l'attribuer  à  ce  que  les  derniers  attachent  beaucoup 
moins  d'importance  aux  études  philologiqnes. 

VIII.  Qîui^i'jTj  (jiikr/ijOfO'j  "kô'/a;  T^po;  T'-ù;  air'aTî^p./vov; 
ènï  Tw  âéqotaâxt  tmv  dp^ri^t.  —  Themistii  philoAPfjhi  oratio 
in  eos  a  qidbus  ob  prœfecliiram  susceplaiv  fueral  tïIu- 
peratus.  Invenlore  et  inler/>rete  A.  Maio.  Mcdiolatii , 
regiis  tjpis ^  1816;  in-8°  ,  75  pages. 

Themistius  était  contemporain  deSymmariue  ,  dont 
il  a  été  question  plus  haut,  et,  comme  celui-ci,  il 
était  payen.  Le  père  de  l'église,  Grégoire  de  Nazianze, 
était  son  condisciple  ,son  correspondant ,  et  son  admi- 
rateur. Il  jouissait  de  l'estime  des  empereurs  chrétiens  , 
sous  lesquels  il  occupait  des  places,  et  qui  ne  s'offen- 
saient pas  qu'un  païen  les  exhortât  à  la  tolérance.  Dans 
le  neuvième  siècle,  on  connaissait  de  lui  trente-six  dis- 
cours ,  dont  trois  ont  été  perdus.  M.  Majo  eu  a  retrouvé 
un,  qu'il  communique  ici  avec  un  préambule  inédit  du 
vingtième  discours,  et  des  fragmens  qui  rcnj  plissent  deux 
lacunes  daps  les  vingt-neuvième  et  trente-troiàèmc. 

3o* 


I. 


^G»  KOTICE  SUR  LES  DÉCOUVERTES  PHILOLOG 

IX.  Ar.vuctou  A).iza/3vaa(T£<wç  Pwpatitf.;  A/Jjravoio'/tat;  ri 
M.-;^oi  Toû  Je  zïhi:TOjrx.  —  Diovj.sii Halicarnassei Roma- 
norum  anliquitattmi  pars  hactenùs  daiderala ,  intnc 
denique  ope  codicwn  Ambivsianortmi  ub  A.  Maio  , 
quantum  licuit ,  restituta.  Opus  Francisco  T.  Auguslo 
sacrum.  Mcdiolani ,  rcgiis  tjpis  ;  181G;  21g  pages. 

Denys  d'Halicarnasse  vivait  au  siècle  d'Auguste.  Il 
s'était  établi  dans  la  capitale,  pour  donner  à  son  ta- 
lent une  sphère  plus  étendue.  Connue  Polybe  ,  il  vou- 
lait faire  concevoir  aux  Romains  qu'ils  n'étaient  rede- 
vables de  l'empire  du  monde  qu'à  leurs  institutions.  Il 
avait  tracé  leur  histoire  ,  depuis  la  fondation  de  Rome, 
sous  le  titre  6! Antiquités  romaines.  De  ces  ouvrages  ,  en 
vingt  livres  ,  nous  ne  connaissons  même  pas  entière- 
ment les  onze  premiers.  Quelques  fragmens  des  autres 
seulement ,  nous  ont  été  conservés  dans  les  extraits  de 
l'empereur  Constantin,  de  p'^irlulibus  et  Vitiis  ^  etc. 
Mais  Klienne  de  Bjfzance,  qui  écrivait  dans  le  cin- 
quième siècle ,  fait  mention  d'un  abrégé  de  cet  ouvrage; 
et,  dans  le  neuvième  siècle,  Photius  l'avait  lu  en  cin<{ 
livres.  Ces  indices  déterminèrent  M.  Majo  à  faire  dr$ 
recherches  dans  la  bibliothèque  Ambroisienne ,  pour 
trouver  cet  abrégé.  Il  en  découvrit  deux  manuscrits 
du  quatorzième  et  du  quinzième  siècles  ,  tous  les  deu\ 
sur  du  papier,  mal  conservés  et  remplis  de  lacunes.  Il 
en  donne,  dans  le  présent  ouvrage  en  neuf  livres,  la 
partie  qui  commence  là  oii  finit  le  livre  onzième  du 
prand  onvrage  ;  il  y  intercale  les  extraits  de  Constan- 
tin. De  cette  manière,  nous  possédons  aujourd'hui  tous 
les  vingt  livres  de  Denys,  quoique  dans  un  état  tri» 
défectueux. 

yctwv.  —  Philonis  Judtvi  de  virlule  ejusque pckrlibus.  Il,- 


DE  L'ABBÉ  AIVGELO  MAJO.  4G9 

venu  et  interprelatus  est  A.  Mains  ;  preponitur  disser- 
tatio  cum  descriptione  librorum  aliquot  incognitoriim 
Philonis ,  curnque  partibus  nonnullis  chronici  inediti 
Eiisebii  Pawphili ,  et  aliorum  operiim  notitia  è  codi- 
cibus  armeniacis  petila.  Mediolani ,  regiis  tjpis^  1816; 
ia-S"  ;  108  pages. 

Il  s'est  trouvé  plus  tard  que,  dans  le  titre  du  manus- 
crit,  l'ouvrage  TTjjOt  à|5îT/ic  avait  été  faussement  attri- 
bué à  Philon ,  et  que  le  même  ouvrage  était  déjà  pu- 
blié, d'après  un  autre  manuscrit,  comme  une  produc- 
tion de  George  Gemistus.  Quant  aux  manuscrits  ar- 
méniens ,  dont  le  titre  fait  mention  ,  ils  méritent  une 
attention  particulière. 

Il  existe  ,  à  Venise  ,  une  congrégation  d'ecclésiasti- 
ques arméniens,  qui,  sous  la  protection  des  lois  du 
pays ,  et  à  la  portée  des  moyens  de  civilisation  qu'ils 
trouvent  en  Europe  ,  cherchent  â  contribuer  aux  pro- 
grès intellectuels  de  leur  nation,  en  faisant  imprimer 
pour  elle  des  livres  utiles,  et  en  donnant  une  instruc- 
tion soignée  à  des  jeunes  gens  destines  à  l'état  ecclé- 
siastique. M.  Majo  savait  que  ces  ecclésiastiques  étaient 
en  possession  de  plusieurs  ouvrages  inédits  de  Philon  , 
traduits  en  leur  langue;  et,  n'étant  pas  encore  dé- 
trompé alors  à  l'égard  du  Traité  jrspt  àoîT^ç,  il  crut  de- 
voir s'adressera  eux  pour  en  obtenir  des  éclaircissemens. 
I/un  de  ces  savans  arméniens ,  Jean  Zohrab  ,  se  rendit 
en  personne  à  Milan  ,  portant  avec  lui  tous  ses  trésors 
philologiques.  M.  Majo  y  trouva  ,  en  effet,  beaucoup 
d'ouvrages  inédits  de  Philon  ,  mais  non  pas  celui  qu'il 
cherchait.  Il  y  trouva  aussi  la  traduction  de  la  Chro- 
nique d'Eusèbe,  et  d'autres  ouvrages  grecs  que  nous 
ne  connaissons  pas  en  l'original.  Ces  traductions  da- 
tent ,  la  plupart ,  du  ciaquièrae  siècle,  particulièrement 


470  NOTICE  SDR  LES  DÉCOi:  VERTES  PHILOLOG. 
du  règne  de  Théodose,  el  lorsque  r^rménie,  sous  le 
patriarche  îsaar  et  '^OIl  digne  soutien  Mesrob  ,  l'inven- 
teur des  caracti'r»^'^  arméniens  ,  avait  drvant  elle  la  pers- 
pective d'une  ci\iIisalion  graduelle.  Des  hommes  qui 
chérissaient  les  lettres,  avaient  été  envoyés  à  Athènes, 
à  Alexandrie,  à  (lonslantinople ,  pour  agrandir  la 
sphère  de  leurs  conna'ssances ,  et  c'est  par  eux  que  les 
traductions  dont  il  s'agit  ici  ont  été  faites.  Vers  ce 
même  tcms ,  l'auteur  arménien,  Moise  de  Chorène , 
écrivait,  dans  sa  langue  maternelle,  les  ouvrages  (|n'ea 
1-36  les  deux  frères  ^Vliislon  ont  fait  connaître  en  An- 
gleterre ,  et  dont  Zohrah  fera  incessamment  paraître 
Tine  édition  pins  complète ,  d'après  un  manuscrit  ar- 
ïiîénien  ,  qu'il  découvrit,  en  1791  ,  à  Lemberg,  oii  ré- 
side un  archevêque  de  sa  nation.  Il  obtint  la  permis- 
sion de  prendre  ce  manuscrit  avec  lui,  à  A  cnise  ,  pour 
le  copier  à  son  aise.  Les  lacunes  qui  s'y  trouvaient  ont 
été  remplies  ensuite,  d'après  un  autre  manuscrit  de 
Constantinoplc.  Celui-ci  date  de  i?.58,  tandis  (jue  le 
manuscrit  de  Lemberg  est  de  I2()G.  La  traduction  même 
paraît  avoir  été  faite  dans  le  cinquième  siècle  ,  et  peut- 
être  ne  rattribuerait-on  pas  à  tort  au  célèbre  Moïse 
de  Chorène.  Elle  fait  connaître  treize  ouvrages  de 
Philon.  De  huit  de  ces  ouvrages,  les  originaux  grecs 
sont  perdiis.  On  sait,  au  reste,  que  Philon  était  juif, 
et  vivait,  dans  le  premier  siècle,  à  Alexandrie.  Ses  ou- 
trages sont  très  im|)ortans  pour  les  théologiens.  Quant 
à  la  Chrouique  d'Kusèbe,  nous  en  parlerons  plus  bas. 
XL  ï\fjpf'jpio-j  ytXoTÔ'-oy  TTûô^  Maoy.A).av.  —  Porph")  ni 
phi/osojiJii  ad  Mnrct  lln-f}.  Invcnit ,  intirprctalionc  no- 
ti'sqiir  d<  clartun't  A.  Malus,  jiccedil  rjusthm  Porphjrii 
porticiim  fragwcnUnu.  Mcdiolani ^  rogiis  tj'pis.  181 G  ; 
in-S" ,  "jCt  page». 


DE  L'ABBÉ  ATNGELO  MAJO.  471 

Le  philosophe  Porphyre  ,  natif  de  Syrie  ,  était  disci- 
ple d'Origène,  chrétien,  et  de  Longin  et  Plolin,  païens. 
Peu  de  ses  nombreux  écrits  nous  sont  connus.  On  sait 
que  l'empereur  Cotistanlin  a  fait  détruire  son  ouvrage 
■contra  les  chrétiens  ,  ouvrage  important  pour  l'histoire 
ecclésiastique.  Le  présent  fragment  d'un  Discours  ou 
Traité,  que  Porphyre  adresse  à  sa  femme  Marcella  ,  se 
trouvait  dans  un  des  manuscrits  qui  ont  fourni ,  à 
M.  Majo  ,  les  fragmens  de  Denys  d'Halicarnasse.  Le 
fragment  poétique  que  l'éditeur  joint  ici,  est  du 
dixième  livre  d'un  poëme  sur  la  philosophie  des  ora- 
cles ,  du  même  auteur. 

Xn.  'ï.'^Qlr.z  lôyoç  t'J.  — Sibj'llœ  lihri  XîV^editore 
et  interprète  A.  Maio.  Additur  sextus  liber  et  pars  oc- 
tavi ,  cuni  multà  vocum  et  versuum  varietale.  Medio- 
lani ,  regiis  typis.   1817  ;  in-S",  54  pages. 

Dans  l'avant-propos  de  cette  publication  ,  M.  Majo 
expose ,  en  peu  de  mots,  toutes  les  recherches  qui  ont 
été  faites  au  sujet  des  livres  des  sibylles.  Selon  le  gram- 
mairien Servius,  les  oracles  sibyllins,  au  nombre  de 
deux  mille,  furent  brûlés  pat-  Auguste,  lorsqu'il  était 
grand  pontife.  Une  centaine  de  ces  oracles  avaient  été 
conservés  ;  on  en  connaît  huit  imprimes.  M.  Majo  a 
joint  ici ,  à  l'original  du  quatorzième ,  une  élégante 
traduction  latine,  dans  la  même  mesure.  Le  manuscrit 
sur  lequel  ce  livre  a  été  transcrit,  renfermait  en  outre 
tout  le  sixième  livre  ,  et  la  partie  du  huitième  qui  con- 
tient les  acrostiches  sur  le  Christ.  Et,  comme  le  texte 
du  manuscrit  diffère  beaucoup  du  texte  imprimé, 
M.  Majo  communique  ici  l'cM-iginal,  sans  y  ajouter  de 
version. 

XIIL  Ttinerarium  Alexandri ,  ad  Constantin^?  Aii- 
gnstum ,  Constantini  M.  Filiiim ,  edente  nunc  primum 


47a  NOTICE  SUR  LES  DÉCOUVERTES  PHILOLOG. 
cum   nctis  A.  Maio.  Mediolani  y  regiis  tfpis.     1817 
in-S".  100  pages. 

XIV.  Juin  Valerii ,  res  gestee  Alexandri  Macedo- 
nis ,  translaiœ  ex  AEsopo  Grœco  y  prodeunt  nunc  pri- 
mutn  edentc  ,  iwlisque  illustrante  A.  Maio.  Mediolani, 
regiis  typis  ,  1817.  in-8°.  270  pages. 

Ces  deux  ouvrages  se  trouvaient  dans  un  même  ma- 
nuscrit du  cinquième  siècle.  Selon  la  dédicace  du  pre- 
mier ,  l'auteur  anonyme  avait  fait  des  recherches  sur 
les  campagnes  d'Alexandre  et  de  Trajan  dans  l'Orient, 
à  l'occasion  des  préparatifs  de  guerre  de  l'empereur 
Constantin  contre  les  Perses.  La  partie  qui  traite  de  la 
campagne  de  Trajan  ,  est  apparemment  perdue  pour 
toujours.  Le  présent  ouvrage  ne  contient  que  la  cam- 
pagne d'Alexandre.  L'autrur  païen  paraît  avoir  été 
contemporain  de  Symmaque  et  d'Aramien  Marcellin  ; 
et,  quoifju'il  se  rencontre  souvent  avec  Arrien,  plusieurs 
des  faits  qu'il  rapporte  ont  un  caractère  d'originalité. 

L'autre  ouvrage  doit  être  très  ancien ,  puisqu'il 
parle  du  temple  de  Sérapis  à  Alexandrie  ,  et  du  tom- 
beau d'Alexandre,  comme  de  choses  existantes.  L'au- 
teur et  le  traducteur,  tous  les  deux  païens ,  étaient ,  à 
ce  qu'il  paraît,  originaires  d'Afrique,  le  premier,  vrai- 
semblablement d'Alexandrie.  Au  reste,  cet  ouvrage 
ressemble  beaucoup  à  la  traduction  connue  de  l'his- 
toire romanesque  de  pra^iis  magni  Alexandri  Mace- 
donis  ;  mais  le  latin  de  Julius  Valerius  est  meilleur ,  et 
c'est  pour  cela  que  M.  Majo  a  jugé  cet  ouvrage  digue 
d'être  imprimé. 

XV.  M.  Tullii  Ciccronis  sex  orationum  parles  ante 
nosiram  œtatem  ineditœ  ;  cum  antiquo  interprète  antc 
nosiram  item  ivlatein  incdilo ,  f/ui  vidctur  Asconius 
Pcdianus ,  ad  7'ullianas  septent  oraiiones.  Acc^dunt 


DE  L'ABBÉ  ATVGELO  MAJO.  4;3 

scolia  minora  vetera.  Ediiio  allt-ra  ^  qiiam  ad  codices 
Ambrosianos  recensuit,  eniendavit,  et  an  vit ,  ac  des- 
criptione  Codicinn  CXLIX^  vilâCiceronis  aliisque  ad- 
ditamentis  instnixit  A.  Maius.  Mediolani ,  regiis  typis. 
1817.  372  pages. 

C'est  la  deuxième  édition  corrigée  et  augmentée  des 
deux  ouvrages  II  et  III,  ci-dessus  indiqués.  M.  Majo, 
après  avoir  de  nouveau  comparé  les  manuscrits ,  a 
rétabli  plus  de  cent  passages,  tant  dans  le  texte  de 
(  .icéron  ,  que  dans  le  commentaire  ,  et  il  a  entièrement 
refondu  ses  notes.  Il  ne  croit  pas  que  les  lacunes  qui 
restent  dans  le  texte  puissent  jamais  être  remplies, 
puisque  les  recherches  qu'il  a  faites  à  cet  égard  sur  les 
cent  quarante-neuf  manuscrits  de  la  bibliothèque  Am- 
broisienne  ,  ont  été  infructueuses. 

XVI.  Philonis  Jiidœi  de  cophini festo  ,  et  de  colcti- 
dis  parenlibus  cuni  brevi  scriplo  de  Jonu.  Editove  ac 
interprète  A.  Maio.  Mediolani ,  regiis  tjpis.  1 8 1 8.  in-S". 
56  pages.  "" 

M.  Majo  ,  en  faisant  une  excursion  à  Florence,  con- 
féra, dans  la  bibliothèque  Médicis ,  un  manuscrit  de 
Philon  ,  du  douzième  siècle,  avec  l'édition  publiée  en 
Angleterre  par  Mange}--.  Quoique  cette  édition  soit  la 
plus  complète  des  oeuvres  de  ce  philosophe  juif,  elle  ne 
renferme  pas  deux  ouvrages  qui  se  trouvent  dans  le 
manuscrit ,  l'un  de  colendis  parenlibus  ,  faisant  partie 
de  son  grand  commentaire  sur  le  décalogue,  l'autre 
de  cophini  Jesto  (  offrande  des  prémices  des  fruits  de 
la  terre),  dont  aucune  mention  n'est  faite  dans  le 
traité  de  fcstis  Hebrœorum.  M.  Majo  donne  ici  ces 
deux  ouvrages  inédits  ,  selon  sa  coutume  ,  en  l'ori- 
ginal grec,  accompagné  d'une  version  latine  et  de 
notes  critiques.  Il  ajoute  à  la  fin  un  fragment  du  ma- 


4:4  NOTICE  SUR  LES  DÉCOUVERTES  PIULOLOG. 
nuscrit  arménien  de  Philon ,    traduit    en   latin  par 
Zohrab. 

X\'II.  T'ir^iUi  Maronis  intc>2>retes  vetcres  :  Asper^ 
Cornulus  ,  llalcrianus ,  Longits  ,  Nisus ,  Probus ,  Scan- 
niSj  Siil/jiciits  et  anonj-mus.  Edenie  notisqiie  illustrante 
A.  Mdio.  3'L^dioIani ,  regiis  tjpis.  1818,  in-8° ,  124  P- 

M.  ]Majo  fit  cette  découverte  à  Vérone  ,  dans  un  ma- 
nuscrit palimpseste  du  neuvième  siècle  ,  oii  l'on  a 
transcrit  les  œuvres  de  (irégoirc- le-Grand  sur  un 
Virgile,  avec  des  scolies  du  quatrième  siècle.  L'éditeur 
ne  donne  ici  que  les  scolies  inconnues,  en  y  ajoutant 
des  notices  littéraires,  des  notes  critiques ,  etc. 

XVII I.  Eitscbii  Pawphili  chronicorum  vanomun  li- 
bri  filin.  Ojyns  ex  Haicano  codice  a  doc  ter'  Johanne 
Z.ohiabo  ,  collcgii  armenioci  VenetiGnim  aîimino  ,  di' 
ligcnlrr  expressiim  et  castlgaliini  Angrlus  Mains  cl  Job. 
Zolirabus  mine  prinmni  conjunclis  ciiris  Intinilalc  do' 
natiim  iwtisqin'  illusiratiim  ,  additis  grœcis  reliqitiis  , 
edidcnint.  Mcdiolani ,  regiis  typis.  1818'  liber  prier) ^ 
in-4°,  218  p. 

XIX.  Eitsebii  chronicorum  canotiiim  liber  aflcr;  etc. 
Au  dixième   article,   en   parlant   d'un    ouvrage    de 

Philon  ,  nous  avons  donné  quelques  détails  sur  la 
congrégation  d'ecclésiasti(pies  arméniens  à  ^  enise  , 
sur  les  manuscrits  précieux  que  cette  congrégalion 
possède,  et  sur  les  liaisons  intimes  que  le  même  ou- 
vrage de  Philon  a  fait  naître  entre  les  deux,  sa  vans 
philolognes  Majo  et  Zohrab.  C'est  à  cotte  heureuse 
rencontre  (jne  le  monde  littéraire  doit  la  publication 
de  cet  ouvrage,  si  iniporlant  pour  l'histoire  en  gi-néral, 
mais  plus  particulièrement  pour  l'histoire  ecclésias- 
ti({iie.  Eusèbe  était  le  favori  du  premier  empereur 
chrélif'n,  et  il  rhévi^sait  tellempnl  le-;  srienres,   qu'iî 


DE  LV\RBE  ANGELO  MAJO.  4;5 

demanda  à  Constantin ,  pour  toute  grâce ,  le  libre 
wsage  des  archives  de  l'empire.  La  célèbre  chronique 
de  ce  savant  arche\èque  ,  résultat  de  ses  immenses  tra- 
vaux ,  est  en  deux  livres  dont  le  premier  était  perdu, 
et  le  second  ne  nous  était  connu  qu'imparfaitement,  par 
une  traduction  interpolée  de  saint  Jérôme,  et  par 
quelques  fraginens  de  l'original  grec  ,  qui  ont  été 
conservés  dans  la  chronique  du  Syncelle  de  Byzance. 
Ce  fut  en  1792  qu'un  Arménien,  nomme  Giorgio  di 
Giovanni ^  découvrit,  à  Constantinople,  un  manuscrit 
en  langue  arménienne  de  ce  trésor  perdu.  Zohrab  ,  en 
étant  prévenu  ,  engage  aussitôt  le  même  George  à  lui 
copier  le  manuscrit  qui,  écrit  sur  parchemin,  pa- 
raissait rtre  du  onzième  ou  du  do  ;zième  siècle.  Le 
cachet  du  manuscrit  porte  le  nom  d'un  patriarche 
Grégoire  :  Gregorius  calholicus  nrnieniornn?.  On  sait 
que  l'Arménie  a  eu  plusieurs  patriarches  de  ce  nom. 
La  publication  de  celte  découverte  en  langue  armé- 
nienne, avait  rencontré  bien  des  diflicultés,  et  peut- 
être  fût -elle  encore  restée  long-tetns  ignorée,  si  Zoh- 
rab n'avait  pas  pris  la  résolution  d'aller  trouver , 
avec  son  manuscrit,  le  philologue  Majo ,  à  Milan. 
Nous  avons  déjà  annoncé,  dans  le  second  volume  de 
la  Revue  E/}cj'cloj)('diqiic  (p  i'^5),  la  publication,  en 
langne  latirie,  du  premier  volume  de  celle  chronique, 
et  nous  attendons  que  le  second  volume  nous  soit  aussi 
parvenu,  pour  rendre  à  la  fois  compte  de  tout  l'ouvrage. 

Les  autres  ouvrages  que  nous  devrons  aux  recherches 
assidues  de  M.  Majo,  et  qui  vont  successivement  pa- 
raître, sont  : 

XX.  Didj-mi  Alexandrini  ,  mnrn7orum  cl  lingrrum 
qitorumvis  men^iirœ ,  grœce  ex  Ambrosiano  codive , 
eiirn  lalind  cditoris  intcrprctalionc  et  notis. 


4:6         NOTICE  SUR  LES  DÉCOUVERTES,  etc. 

XXI.  Des  fragmens  d'Homère  ,  avec  cinquante- 
huit  images  d'après  ua  ancien  manuscrit  du  cinquième 
siècle. 

XXII.  Enfin,  le  complément  de  la  traduction  go- 
ibique  de  la  Bible  d'Llfilas,  du  quatrième  siècle, 
d'après  un  msinuscrit  palimpseste  de  la  bibliothèque 
Ambroisienne.  Les  caractères  gothiques  pour  cette  édi- 
tion sont  nouvellement  fondus. 

Nous  terminerons  cet  article  en  rappelant  que 
M.  Majo  a  exprimé  le  désir  que  la  langue  arménienne 
devînt  l'objet  des  études  de  nos  orientalistes ,  non 
moins  que  les  langues  arabe,  pcrsanne ,  cophte  ,  sy- 
riaque et  autres.  Le  critique  de  Vienne  applaudit  à 
cette  idée,  et  ajoute  que  la  France  possède  le  moyeu 
le  plus  heureux  de  la  réaliser,  en  mettant  à  profit  les 
ressources  de  sa  belle  bibliothèque  et  les  lumières  de 
ses  savans  orientalistes  (i).  Hemiichs. 


(i)  Ceci  s'adresse  naliirollement  à  M.  Cerbicd  ,  professeur  d'ar- 
inenien  à  TEcole  des  langues  orientales ,  cJablie  pr«s  la  bibliothè- 
que du  roi.  Ce  savant  professeur  ne  nc'glige  rien  de  ce  qui  jjcuI 
contribuer  à  l'illustration  de  son  idiome  paternel.  Nous  avons 
sous  les  yeux  un  travail  étendu  qu  il  a  fait  sur  la  grammaire  ar- 
ménienne. Kous  regrettons  que  les  bornes  et  la  nature  de  notre 
recueil  ne  nous  permettent  pas  d'y  insérer  l'ouvrage  de  M.  Ccr- 
bied,  qui  ne  pourrait  être  justement  apprécii?  qne  par  les  orien- 
talistes. (  TS.  D.  R.  ) 


4;: 

««VV»IVV\*V»A/V»«AIWVWV«AIWV»AVV*  iw  we 


NOTICE  NÉCROLOGIQUE 

Sur  M.  Loms  de  Brème  ,  de  Turin. 

Aomomentoù  l'aurore  d'un  jour  glorieux  allait  com- 
mencer à  luire  pour  l'Italie,  un  des  hommes  les  plus 
faits  pour  honorer  sa  patrie  renaissante,  pour  servir 
ses  concitoyens,  pour  les  éclairer,  pour  s'associer  à 
tous  les  triomphes  de  la  cause  commune  ,  de  la  liberté , 
de  la  morale  et  de  la  vertu ,  Louis  Arborio  Gatlinara 
de  Brème,  a  cessé  d'exister.  Issu  d'une  des  familles 
les  plus  illustres  du  Piémont,  d'une  famille  qui  joignait 
à  tout  l'éclat  d'un  grand  nom,  tout  le  crédit  de  l'opu- 
lence, tout  le  pouvoir  attaché  aux  faveurs  des  cours, 
au  ministère  qu'avait  exercé  son  père,  aux  ambassades 
remplies  par  son  frère;  engagé  lui-même  dans  les 
ordres  sacrés ,  et  assuré  ,  s'il  faisait  usage  de  tous  ses 
avantages,  qu'il  parviendrait  un  jour  à  la  pourpre 
romaine,  jamais  il  ne  se  ralentit  dans  la  noble  carrière 
des  défenseurs  du  peuple  ;  jamais  il  n'hésita  à  recher- 
cher, de  toute  sa  puissance,  l'émancipation  de  l'esprit 
humain  ,  l'affranchissement  de  sa  patrie  ;  jamais , 
comme  homme  de  qualité,  il  ne  se  crut  d'un  autre 
sang  que  le  commun  des  hommes  ;  jamais ,  comme 
homme  en  place,  il  ne  crut  que  les  lois  étaient  faites 
pour  lui  contre  les  autres  ;  jamais,  comme  prêtre,  il  ne 
voulut  faire  de  la  morale  un  monopole,  et  de  la  re- 
ligion un  tarif  pour  racheter  le  vice. 

Quoique  doué  par  la  fortune  de  tous  les  biens  aux- 
quels le  vulgaire  porte  le  plus  d'euvie ,  l'abbé  de  Brème 
fut  constamment  malheureux.  Jeune  encore,  il  perdit 
ta  mère ,  aux  leçons  et  à  l'exempiç  de  laquelle  il  avait 


4'S  KOriCIi  NÉCIlOLOGIQLh 

dû  et  cette  élévatiou  de  caractère,  et  cette  sensi- 
l)ilité  profonde,  et  cette  délicatesse  de  goût,  (jui  le 
rendaient  lui-inêuie  si  cher  à  ses  amis.  11  commençait  à 
peine  à  recouvrer  ses  forces  après  celte  douloureuse 
épreuve,  lorsqu'un  autre  chagrin,  d'une  nature  plus 
secrète,  le  plongea  de  nouveau  dans  le  désespoir.  Il 
perdit,  j'ignore  par  (juelle  circonslaiice  ,  tout  espoir 
de  s'unir  à  la  personne  f|u'il  aimait.  T'est  alors,  que 
pour  se  dérober  à  de  nouveaux  orages  du  cœur,  il  se 
fit  prêtre  :  il  voulut  se  faire  moine,  et,  par  des  vcpux 
irrévocables,  il  condamna  sa  vie  à  un  irrévocable  mal- 
heur. Il  étaitsincèrement  allaclié  à  une  religion  douce, 
philosophique,  éclairée;  mais  l'état  de  prêlre  ne  lui 
convenait  pas.  Aucun  homme  n'avait  un  cœur  plus 
aimant  ,  aucun  homme  n'avait  plus  besoin  de  toutes 
les  alToctions  de  famille.  S'il  avait  pu  prévoir  que  les 
passions  les  plus  orageuses  se  calment ,  que  les  douleurs 
les  plus  déchirantes  s'assoupissent  ,  il  aurait  attendu  , 
il  aurait  recueilli  !e  bénéfice  du  tems ,  et  il  aurait  un 
jour  trouvé  dans  le  mariage  le  bonheur  dont  il  était 
digne. 

L'abbc  de  Brème  fut  nommé  aumôni^'r  de  la  cour 
de  Milan.  Ramené  alors  ,  après  quelques  années  de  re- 
traite ,  au  sein  d'une  société  brillante,  il  s'y  fit  dis- 
tinguer par  son  esprit,  par  l'aménité  de  son  caractère, 
par  son  goAt  pour  les  lettres,  par  son  talent  pour  la 
poésie.  Au  milieu  des  courtisans  qui  ne  songt  aient  qu'à 
s'élever,  il  aima  et  se  fit  aimer;  et,  lors(|ue  le  boule- 
versement de  l'Europe  eut  précipité  dans  le  malheur 
ceux  qu'il  avait  vus  long-lems  au-dessus  de  lui  ,  il  saisit 
avec  empressement  l'occasion  de  rendre  un  hommage 
public  à  ceux  que  la  foule  abandonnait.  Ce  fut  le  but 
principal  du  livre  qu'il  publia  en  français,  sous  le  litre 


SL'K  M.  DE  BREME.  4;<j 

rie  Grand  Commentaire  sur  un  petit  article.  M.  de 
JBrême,  qui  n'avait  jamais  vu  la  France,  ne  maniait 
qu'avec  effort  une  langue  étrangère  pour  lui  ,  et  l'on 
doit  chercher  dans  son  livre  bien  plutôt  ses  nobles 
sentiniens  que  ses  titres  littéraires. 

M.  de  Brème  avait  étudié  la  plupart  des  langues  de 
l'Europe  :  il  connaissait  très  bien,  outre  sa  propre 
littérature  et  celle  de  l'antiquité,  la  française,  l'an- 
glaise, l'allemande  et  l'espagnole.  Il  s'était  adonné 
avec  ardeur  à  l'étude  de  l'arménien  ,  dans  l'espérance 
de  retrouver,  dans  cette  langue,  des  traductions  et  quel- 
ques-uns des  chefs-d'œuvre  perdus  de  la  Grèce.  Son 
amour  pour  la  liberté  ,  se  portant  sur  la  littérature 
comme  sur  les  sciences  sociales,  lui  avait  fait  adopter 
les  systèmes  nouveaux  que  les  Allemands  eut  opposé.? 
aux  enseignemens  plus  précis  de  l'école.  Il  aimait  le 
genre  romantique ,  et  en  attendant  qu'il  pût  attaquer 
d'autres  dominations  non  moins  absolues,  il  faisait  la 
guerre  à  l'orthodoxie  pédantesque  de  quelques  poé- 
tiques. Ce  fut  le  sujet  de  plusieurs  ouvrages  qu'il  pu- 
blia à  Milan,  et,  en  particulier,  d'un  journal  qu'il 
entreprit  avec  quelques  amis  ,  sous  le  titre  de  Concilia- 
tore.  Il  croyait  qu'il  aurait  beaucoup  fait  s'il  ramenait 
ses  compatriotes  à  l'habitude  de  penser,  de  juger  d'a- 
près eux-mêmes,  n'importe  sur  quel  sujet.  La  critique 
littéraire  lui  paraissait  un  acheminement  vers  l'examen 
de  tous  les  principes  sociaux  ,  et  il  sentait  dans  son 
cœur  que  la  poésie,  la  littérature,  l'humanité,  la 
morale,  la  liberté  ,  sont  toutes  sœurs,  et  qu'elles 
s'appellent  l'une  l'autre.  Cette  même  liaison  enire 
toutes  les  jouissances  libérales  fut  également  sentie  par 
ses  adversaires,  et  il  fut  attaqué  avec  ce  débordement 
d'injures,  avec  cette  amertume  de  zèle,  avec  cetarro- 


I 


48o  KOTICE  JNÉCKOLOGIQLE  SLR  M.  DE  liHÈME. 
gant  mépris  pour  tout  ce  qui  n'est  pas  eux-mêmes, 
auxquels  on  reconnaît  ceux  qui  se  disent  aujourd'hui 
les  champions  de  l'autel  et  du  trône.  Dans  son  pays, 
la  presse  est  asservie  ,  en  sorte  que  l'outrage  datis  les 
journaux  y  a  toujours  la  sanction  de  l'autorité.  En 
effet,  on  lâcha  contre  lui  tous  les  dogues  littéraires 
qu'on  a  soin  de  gardera  l'attache ,  dans  la  cour  du 
maître,  et  de  nourrir  sur  son  fumier.  La  défense  lui 
fut  interdite  ;  on  lui  supprima  enfin  son  journal. 

M.  de  Brème  était  en  butte  à  toutes  ces  petite» 
Tcxations  ,  à  toutes  ces  petites  persécutions,  lorsqu'un 
affreux  malheur  plongea  sa  famille  dans  le  deuil.  Son 
frère  aîné  et  son  meilleur  ami  ,  le  warqiiis  de  Sarti- 
rano  ,  fut  noyé  dans  le  Tesin  ,  avec  Vin  médecin  qu'il 
conduisait  à  son  père  alors  malade  ;  son  second  frère  , 
enveloppé  dans  la  même  catastrophe ,  fut  rappelé  à  la 
vie  par  les  soins  de  ceux  qui  le  retirèrent  de  l'eau.  Cette 
nouvelle  frappa  au  cœur  d'un  coup  mortel  M.  Louis 
de  Brème  :  il  se  rendit  aussitôt  à  Turin  pour  prendre 
soin  des  enfansd'un  frère  chéri;  mais,  quelque  effort 
qu'il  fît  pour  vivre,  pour  se  conserver  comme  un  second 
père  à  ces  enfans  auxquels  il  se  consacrait  sans  partage, 
sa  force  était  brisée  et  son  tempérament  de'lruit  par 
la  douleur  :  il  a  langui  quelques  mois  encore  au  milieu 
d'eux  ,  cl  il  a  enfin  succombé  au  chagrin. 

.T.    C.    L.    DE   SlSMOXDI. 


VVXV\\VVl'V^*VV\l\VtVV\V\V\\lVVVVVV\'VVVVV\VVV\'\\%VVVV\VVVV\,VVV\\\\^VVV^VVVVVVV\V'V^ 

IL  ANALYSES  D'OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

NaTURAL    HISTOUY     OF     THE  .  nSHES      OF     THE     OhIO 

RivEii  and  Us  tributary  streams ,  etc  \ 
Histoire  naturelle  des  poissons  de   la  rivière 
Onio  et  des  jleuves  ses  tributaires  ;  par  C.  S.  Ra- 
finesque  ,  professeur  de  botanique  et  d'histoire 
naturelle  à  l'Université  de  Pensylvanic  (i). 

Cet  ouvrage,  dont  nous  ne  possédons  encore  que 
l'introduction  et  les  premières  feuilles,  paraît  une 
acquisition  importante  pour  l'histoire  naturelle,  tant 
par  les  observations  intéressantes  qu'il  renferme,  que 
par  le  talent  distingué  du  savant  naturaliste  qui  le 
publie.  Nous  allons  en  extraire  quelques  passages  : 

«  Aucun  naturaliste  n'avait  encore  décrit  les  pois- 
sons de  rOhio  ,  ni  ceux  de  l'immense  bassin  qui  dé- 
charge ses  eaux  dans  le  IVlississipi  ;  à  peine  en  connais- 
sait-on douze  espèces  ,  lorsque  j'entrepris  ,  en  1818  et 
en  i8ig,  de  les  observer  et  de  les  décrire.  Je  parvins, 
la  première  année,  à  découvrir  près  de  quatre-vingts 
espèces  ,  et ,  celte  année,  j'en  ajoutai  vingt  autres, 
formant  en  tout  une  collection  de  cent  espèces  de  pois- 
sons,  dont  les  neuf  dixièmes  sont  nouvelles  ,  et  n'ont 
jamais  été  décrites.  » 

«  La  science  de  l'ichtyologie  a  été  considérable- 
ment augmentée  dans  les  États-Unis.  Catesbj,  Kalm , 
Forster,  Garden,  Linné,  Schoepf ,  Castiglione,  Bloch  , 

(i)  New-York,  1820.  2  vol.  in-8°. 

TOME  Via.  3l 


48a  SCIOCKS  PHÏSIQLKS. 

Bosc  et  Laccpède  ont  donne  l'énumcration  de  quelques- 
uns  des  poissons  atlantiques  ;  mais  le  docicnr  Sanuiel 
rslitcbell  a  enrichi  cette  branche  d'histoire  naturelle 
de  cent  nouvelles  espèces  ,  sur  lesquelles  il  a  publié  des 
observations  dans  deux  Mémoires  sur  les  poissons  de 
JScn'-Yorh.  Le  premier  a  été  publié,  en  i8i4,  dans 
les  Transactions  de  la  Sociclé jthilosojthiffue  et  litlcrairc 
de  New- York ,  et,  le  second  ,  en  1819,  dans  le  journal 
américain  qui  a  pour  titre  :  the  American  Monlhly 
magazine.  M.  Lesueurfut  le  premier  naturaliste  qui  vi- 
sita les  lacs  Krié  et  Ontario,  où  il  découvrit  un  grand 
nombre  de  nouvelles  espèces.  Il  a  déjà  parlé  de  quel- 
ques-unes ,  dans  le  journal  de  V Académie  des  scie]icc\ 
de  Philadelphie  )  ci  il  les  fera  toutes  connaître  dans 
son  Histoire  générale  des  poissons  de  l'Amérique  ,  ou- 
vrage rédigé  sur  le  plan  de  V Ornithologie  de  Tf'ilson  , 
auquel  il  travaille  depuis  long-tems.  » 

On  connaît  mainleuant  environ  cinq  cents  espèces 
de  poissons  de  l'Amérique  du  nord,  tandis  qu'il  v  a 
di\  ans  ,  l'on  en  comptait  k  peine  cent  vingt. 

«  Il  est  probable  que  quelques-uns  des  poissons  qu'on 
trouve  dans  le  Mississipi ,  sortent  tous  les  ans  du  golfe 
d\i  Mexique,  et  viennent  déposer  leur  frai  dans  ce 
lleuvc  et  dans  ses  branches  inférieures  ;  mais  ceux  de 
rOhio  l'habitent  conliiiuellenjent ,  ou  ne  descendent, 
en  hiver,  que  jusqu'au  Mississipi  :  le  plus  grand  nombre 
se  réfugie  ,  pendant  cette  saison,  dans  les  profondeurs 
de  rOhio,  et  on  les  voit  reparaître  au  commencement 
i\vi  ]irinlems.  Les  poissons  abondent  dans  cette  rivière  ; 
on  les  y  pêche  par  milliers  à  la  senne.  Il  y  en  a  pru 
qui  aient  le  goût  salé  ;  mais  ils  n'ont  pas  un  goût  f.ule, 
comme  le  poisson  d'eau  douce  en  Europe.  La  chair  en 
est  ordinairement  ferme  cl  blanche.  Les  plus  rcchcr- 


SCIENCES  PHYSIQUES.  483 

elles  sont  la  perche  saumonée ,  le  poisson-tufïïe  (  buf- 
faloe-Hsli),  l'cslurgeon  ,  le  chat  marin ,  etc.  Il  n'est 
pas  rare  d'en  pêcher,  de  ces  espèces,  qui  pèsent  depuis 
trente  jusqu'à  cent  livres  ,  et  l'on  en  prend  parfois  de 
monstrueux  qui  ont  le  double  de  ce  poids.  Les  pêches 
de  rOhio  se  font  habituellement  à  la  senne,  ou  avec 
des  harpons,  la  nuit,  dans  les  endroits  oii  l'eau  a  moins 
de  profondeur  ;  enfin  ,  avec  des  hameçons,  des  lignes, 
et  même  des  paniers. 

L'Ohio  est  formé  par  le  confluent  des   rivières  AI- 
legany    et    Monongahela  ,    dans    la    Pensylvanie  ,     à 
Pittsbourg  ,  près  le  quarantième  et  demi  degré  de  la- 
titude nord.   Quoique  son  cours  soit  plein  de  sinuosi- 
tés ,  sa   direction  générale  est  sud-est,  et  ouest-sud- 
ouest.  Il  prend  toutes  les  autres  directions,  mais  coule 
rarement   du  côté  tout-à-fait  opposé.  11  se  décharge 
dans   le  Mississipi ,  près  du  trente-septième  degré  de 
latitude  ,  et  sépare  l'État  de  Kentuckey  de  celui  des 
Illinois  qui  est   au  nord.   De  Pittsbourg    jusqu'à  son 
embouchure,  il  a  5oo  milles  géographiques  (  soixante 
au  degré  )  de  cours  direct,  et  g6o  de  cours  régulier. 
Sa  largeur  est  communément  d'un  demi-mille,  ou  de 
deux   mille  cinq  cents  pieds.  Ses   eaux  sont   un   peu 
troubles  ,  ce  qu'on  attribue  à  de  petites  particules  de 
matière  terreuse  qui  s'y  dissolvent  ;  mais  elles  sont  ce- 
pendant fort  salubres.  L'Ohio  coule  dans  une  étroite 
vallée  jusqu'à  Utiquc ,  au-dessus  de  Louisville.  Cette 
vallée  a  environ  un  mille  de  largeur,  et  trois  cents 
pieds  de  profondeur  ;  dans  quelques  endroits  ,  sa  pro- 
fondeur est  d'environ  cinq  cents  pieds.  On  a  des  preuves 
évidentes  qu'elle  formait  autrefois  le  lit  de  la  rivière 
qui  la  remplissait  entièrement.  L'Ohio  a  plusieurs  îles  : 
on  en  compte  jusqu'à  cent  trente;  elles  sont  la  plupart 

3i* 


4^}  scœtn<:ks  physiques. 

ôtrnilcs  et  longues.  Quelques-uns  rlrs  b.jucs  «le  s.ihie 
«mi  se  trouvent  au  milieu  de  la  rivitîre  ,  deviennent 
f^raduclleinrnt  des  îles,  qiii  sont  inondi'es  ,  lors  des 
grandes  eaux.  I-a  navigation  de  l'Ohio  est  dilllcile  ,  à 
cause  des  bancs  de  sable  dont  il  est  rempli  :  on  les 
trouve  surtout  dans  le  voisinage  des  îles,  lis  produisent 
des  bouillonnemens  et  des  remoux  ;  qupl(|urs-uns  ont 
à  peine  six  pouces  d'eau  ,  à  la  baisse  ilei  eaux.  Les  bords 
<le  la  rivière  sont  tous  formés  par  les  alluvions,  ou 
terres  que  les  eaux  ont  rejelées  en  se  retirant  et  eu 
changeant  leur  cours.  Le  sol  en  est  riche  et  fertile.  Il 
V  a  dans  plusieurs  fonds  dexix  et  trois  rives  ,  tontes 
très  escarpées,  et  de  dix  à  quarante  pieds  de  haut.  La 
prenjière  est  entièrement  couverte  ,  à  marée  haute  ;  la 
seconde  ne  l'est  jamais.  Ou  nomme  bajoiib ,  d'étroits 
canaux  dans  lesquels  l'eau  coule  à  une  certaine  époque 
de  la  crue  de  la  rivière,  et  entoure  des  parties  de  terre 
dont  elle  fait  des  îles.  Le  plus  long  de  ces  canaux  est 
situé  au-dessous  d'Evansville ,  et  coupe  en  deux  une 
vallée  qui  forme  alors  une  grande  île.  ^  is-à-vis  llen- 
dersonville,  l'Ohio  est  sujet  à  des  crui's  périodiiiuf^s, 
et  à  plusieurs  autres  qui  sont  accidentelles.  La  plus 
haute  arrive  au  printemps  ,  quand  la  neige  se  fond 
dans  les  montagnes  d'.\llegany  ;  on  l'a  vu  s'élever 
jusqu'à  quinze  pieds  au-dessus  du  cours  ordinaire, 
couvrir  toutes  les  îles ,  et  inonder  les  villes  bâties  sur 
ses  rives  ,  telles  que  Marietta  ,  Sliippingporl ,  etc.  ,  à 
une  profondeur  de  plus  de  dix  pieds,  lue  autre  a  lieu 
à  la  chute  des  premièies  pluies  ;  toutes  deux  s'écoulent 
])romplenienl.  Les  inondations  ne  montent  pas  si  haut 
diitis  les  vallées  basses  ;  mais  elles  s'élendenl  partout, 
et  laissent,  en  se  retirant,  des  étangs  et  <les  marécages. 
Les  lournans  oLi  l'eau  s'cngouflVe  avec  bruit  sont  com- 


SCIE^^CES  PHYSIQLiES.  483 

niuns  dans  l'Ohio,  mais  n'y  sont  pas  dangereux.  La 
vallée  est  presque  toujours  couverte,  en  hiver  et  au 
printemps  ,  d'épais  brouillards  qui  se  rassemblent  dès 
le  matin,  et  durent  jusqu'à  ce  que  le  soleil  les  dis- 
sipe. Ils  garantissent  cette  contrée  des  fortes  gelées , 
et  rendent  son  climat  plus  doux  que  celui  du  pays  qui 
l'avoisine.  Les  orages  sont  fréquens  en  été  ,  et  amènent 
quelquefois  des  ouragans  qui  rendent  la  navigation 
dangereuse,  à  cause  des  vagues  qui  s'élèvent  contre  le 
courant.  Après  les  inondations,  il  règne  souvent  des 
fièvres  internaittentes  ,  particulièrement  dans  les  bas- 
fonds  ;  mais  elles  durent  peu  ,  et  le  climat  est  en  géné- 
ral salubre.  Les  rives  et  les  collines  qui  bordent  l'Ohio, 
ainsi  que  ses  îles,  sont  presque  partout  couvertes 
d'arbres,  parmi  lesquels  on  distingue  \e platanus  occi'- 
detitalis  ^  le  svcomore  ,  \c  populus  anguîala^  le  collon- 
nier ,  et  le  salix  iiigra  (le  saule).  Les  paysages  sont 
variés  ;  les  sites  romantiques  et  la  culture  augmentent 
encore  ces  beautés  naturelles,  surtout  près  de  Cincin- 
nati, de  Maysville,  de  Pittsbourg,  etc.  La  rivière  est 
navigable  pour  les  bateaux  à  vapeur,  les  grandes 
barques,  les  petites  goélettes  ,  les  bateaux  à  rames,  les 
bateaux  plats,  les  pirogues,  les  radeaux,  etc.,  dont 
plusieurs  mille  descendent  l'Ohio  tous  les  ans.  Le  nombre 
de  eux  qui  le  remontent  n'est  guère  moins  grand  ;  on 
(>a  compte  plusieurs  centaines,  entre  autres  plus  de 
.soixante  bateaux  à  vapeur,  de  i5o  tonneaux  chacun. 
Outre  la  vapeur,  on  s'aide,  pour  voguer  contre  le  cou- 
rant, de  voiles  ,  de  rames  ,  de  cordes  ,  etc.  La  princi- 
])ale  difficulté  de  la  navigation  consiste  à  éviter  les 
écueils ,  les  bois  flottans ,  le  moment  de  la  crue  des 
eaux  ou  de  leur  baisse,  les  eaux  basses,  les  tournans,les 
rcmoux  ,  etc.  Au  printcms ,  l'eau  s'élève  à   une  telle 


486  SCIEINCES  TIIYSIQUES. 

liautrur  ,  que  les  vaisseaux  do  5oo  tonneaux  y  sont  à 
flot.  Plusieurs  grands  navires  furent  construits  à  Pills- 
Lourget  à  Marietta,  et  gagnèrent  la  mer  sans  acciJent  ; 
mais  ,  depuis  l'iulroduclion  des  bateaux  à  vapeur  ,  on 
a  cessé  de  faire  usage  des  vaisseaux  pour  naviguer  sur 
les  riviL'rcs.  Il  y  a  déjà  plus  de  cent  vingt-cinq  villes  et 
villages  bâtis  sur  les  bords  de  l'Oliio.  Piltsbourg  ,  située 
à  la  source  de  ce  fleuve,  contient  près  de  quinze  mille 
liabitaus  ;  la  population  de  Cincinnati  est  de  plus  d«; 
dix  mille  âmes.  Les  autres  villes  principales,  sont: 
Louisville,  dans  le  Kentuckey,  cinq  mille  amcs;  Sten- 
benville  ,  environ  trois  mille  ;  Maysville,  dans  le  Ken- 
tucliey,  deux  mille;  Beavertovvu  ,  dans  la  Pensylvauic; 
A\heeling,  dans  la  Virginie;  Marietta  ,  à  remboucliuro 
du  Muskingum  ;  Gallipolis;  Portsmoulli,  à  l'enibou- 
cbure  du  Scioto  ;  Augusta,  dans  le  Kentuckey  ;  iNew- 
Port ,  à  l'embouchure  de  la  rivière  Licking  ;  Oweus- 
borough,  Hendersonville ,  Vevay,  dans  l'Indiana  ,  etc. 
L  Ohio  reçoit  à  peu  près  quatre  cents  rivières  ,  dont 
vingt  ont  plus  de  cent  milles  de  longueur.  Los  autres 
ne  sont  que  des  torrens  ou  des  ruisseaux  grossis  par  les 
pluies.  Beaucoup  prennent  leurs  sources  dans  les  monts 
Allegany. 

Il  y  a  trente  -  quatre  espèces  de  poissons  décrites 
dans  les  feuilles  que  nous  possédons.  La  plupart  sont 
thoracliiques  (on  nomme  ainsi  Tordre  de  poissons  dont 
les  nageoires  sont  situées  un  peu  en  arrière  des  pecto- 
rales ),  <'t  semblent  appartenir  exclusivement  aux  ri- 
vières qu'ils  habitent. 

L'intéressant  travail  de  M.  Rafincsque  doit  être 
maintenant  terminé,  et  les  naturalistes  pourront  jouir 
du  fruit  de  ses  recherches  et  de  ses  savantes  observa- 
lions,  déjà  connues  en  France  par  uu  Mémoire  (ju'il 


SCIEKCES  PHYSIQUES.      '  487 

envoya ,  il  3'  a  un  an  ,  à  M.  de  Blainville  de  Paris,  pour 
être  publié  dans  son  Journal  de  phj'-sique  ^  sous  le 
litre  de  Prodrome  de  soixante-dix  nouvelles  espèces 
d'animaux  ^  et  cinquante  nouvelles  espèces  de  plantes 
de  l'Amérique  septentrionale.  L.  S. 


vwvwwvwvwvwvwvvwvwwwwvwwv 


Traité  de  topographie,  d'arpentage  et  de  ni- 
vellement ;  par  h.  Puissant,  officier  supérieur 
aucorps  royaldes ingénieurs-géograpïies,  etc.  ( i). 

La  science  qui  enseigne  à  mesurer  et  à  partager  la 
terre ,  est  cultivée  depuis  des  tems  si  reculés ,  qu'on  la 
regarde  comme  l'origine  de  la  géométrie,  cette  base 
de  toutes  les  sciences.  Ce  qui  est  certain  ,  c'est  qu'elle 
se  lie  à  tous  nos  besoins,  à  toutes  nos  jouissances,  et 
même  à  notre  système  social  ,  par  la  navigation ,  le 
commerce  et  la  division  des  propriétés  territoriales  , 
auxquelles  sont  attachés  les  droits  politiques.  Enfin, 
de  nos  jours,  cette  science  a  été  l'objet  des  médita- 
tions des  géomètres  les  plus  profonds;  et  les  travaux  des 
Borda,  Laplace,  Delambre  et  Le  Gendre  l'ont  élevée 
au  plus  haut  degré  de  perfection. 

On  la  divise  en  deux  parties  :  l'une  traite  les  questions 
relatives  à  la  figure  du  globe  terrestre  ,  et  se  rattache 
à  l'astronomie;  elle  se  nomme  géode'sie.  L'autre  partie, 
moins  élevée  et  présentant  des  difficultés  beaucoup 
moindres,  est  la  topographie ,  quis'occupede  la  forma- 
I  tion  des  cartes  et  de  la  levée  des  plans  de  détail.  Pour 
\  former  la  carte  d'un  grand  État ,  on  distingue  d'abord 
les  points  les  plus  remarquables  ,  à  la  distance  de  G  à 
10  lieues,  d'oii  les  lunettes  des   instrumens   les  font 

(1)  Paris,  1820.  1  vol.  \n-\°.  Scconile  etlition.  Miidame  veuve 
Courcier,  libraire,  nie  du  Jardinet-Saint- Aadré-dcs-Arcs. 


4SS  SCIl-NClîS  PHYSIQUES, 

aperrevoir.  (^es  points,  joints  trois  à  trois  par  des  li- 
gnes droites,  constituent  un  réseau  de  grands  trian- 
gles qui  s'encliaînenl.  (i'est  la  géodésie  qui  montre  à 
trouver  les  diincnsions  de  ces  triangles  de  premier 
ordre,  à  cm  déterminer  les  dispositions  mutuelles,  ù 
assigner  les  longitudes  et  latitudes  de  leurs  sommets, 
ainsi  ([ue  leurs  élévations  au-dessus  du  niveau  dos  mers. 
Ce  travail,  diflicile  et  long  ,  a  été  fait  pour  plusieurs 
royaumes,  avec  un  talent  supérieur,  cl  les  ingénieurs 
du  dépôt  de  la  guerre  ont  acquis  en  Bavière  ,  en  France, 
en  Italie,  et  dans  les  montagnes  alpines,  une  renom- 
mée de  savoir,  égale  à  celle  de  valeur  qu'ils  avaient 
méritée  sur  les  champs  de  bataille. 

Ces  grands  triangles  déterminés  ,  il  reste  U  combler 
leurs  vastes  surfaces,  en  y  rapportant  les  points  moins 
importans  qu'on  y  remarque.  C'est  ici  que  la  topogra- 
phie reçoit  ses  applications. 

M.  Puissant,  officier  supérieur  au  corps  des  ingé- 
nieurs-géographes, chargé  spécialement  de  l'ensei- 
gnement des  élèves  reçus  dans  ce  corps,  a  publié  deux 
éditions  de  ses  Traités  de  Géodésie  et  de  Topographie. 
Ces  deux  ouvrages,  également  distingués  sous  le  double 
point  de  vue  de  la  pratique  et  de  la  théorie,  sont  dicnes 
de  faire  suite  l'un  à  l'autre.  Le  premier  a  paru  il  y  a 
deux  ans,  et  nous  en  avons  rendu  compte  (voyez  7." 
vol. ,  pag.  24.  Avril  1819  ).  C'est  de  la  seconde  édition 
de  la  Topographie  ([ue  nous  devons  parler  ici. 

Après  avoir  montré,  par  des  exemples  convenable- 
ment choisis,  comment  on  peut  lier  un  plan  par- 
liciilirr  à  l'un  des  grands  triangles  donnés  par  une 
opération  générale  et  préliminaire,  l'auteur  résout  plu- 
sieurs problèmes  de  géométrie  pratique,  et  donne  les 
principales  règles  de  l'arpentage.  Il  expose  avec  soin 
la  construcliou  et  l'usage  des  divers  inslruiiicns,  tels  qu  e 


SCIEÎNCES  PHYSIQUES.  ^Sg 

]a  plauclielte,  la  boussole,  le  cercle  répétiteur,  le  tliéo- 
dolite  ,  le  sextant  et  le  cercle  de  réflexion,  dont  l'emploi 
doit  désormais  être  répandu  à  raison  des  facilites  c[u'ou 
trouve  à  s'en  servir,  et  de  la  rapidité  avec  laquelle  ou 
peut  opérer.  M.  Puissant  montre  les  avantages  propres  à 
chacun  de  ces  instruniens  ,  et  indique  les  cas  oii  il  doit 
être  préféré.  Il  décrit  aussi  ceux  qui  servent  à  trans- 
porter les  observations  sur  le  papier  ,  tels  que  le  com- 
pas de  proportion,  le  pantographe,  etc. 

Un  chapitre  entier  est  destiné  à  traiter  du  nivelle- 
ment et  du  calcul  des  terrasses  ,  avec  des  applications 
d'une  utilité  journalière  dans  les  travaux  des  ponts  et 
chaussées  et  du  génie  militaire.  Un  autre  chapitre  a 
pour  objet  l'art  de  construire  les  cartes  et  de  les  dessi- 
ner. Ce  dernier  sujet  nous  a  semblé  digne  d'attirer  l'at- 
tention d'une  manière  particulière. 

Autrefois,  le  dessinateur  croyait  que  ,  dans  le  figuré 
d'un  terrain,  il  pouvait  se  livrer  à  ses  inspirations  ,  et 
que  son  but  é-tait  rempli  lorsque  la  carte  était  présen- 
tée d'une  manière  agréable  et  pittoresque.  On  a  même 
j  des  cartes  où  les  objets  sont  dessinés  en  perspective  : 
mais,  le  plus  souvent,  on  préférait  donner  aux  mon- 
tagnes ,  aux  coteaux ,  une  sorte  de  saillie  ,  à  l'aide  du 
jeu  des  ombres.  On  faisait  venir  le  rayon  de  lumière 
de  l'angle  supérieur  à  gauche ,  et  l'ombre  se  dirigeait 
vers  la  région  opposée.  On  a  reconnu,  depuis,  qu'outre 
le  grave  inconvénient  d'employer  deux  sortes  de  pro- 
jections pour  désigner  ixn  même  objet ,  l'épaisseur  des 
ombres  dérobait  aux  yeux  les  détails  intéressans  à 
conserver.  Il  est  indispensable  qu'une  carte  permette 
l'évaluation  des  distances  et  des  hauteurs  ,  ainsi  que 
les  plis  du  terrain  et  les  accidens  variés  du  sol ,  avec 
la  précision  géométrique. 


490  SCIENCES  PHYSIQUES. 

Maintenant  les  ingénieurs  sont  convenus  de  couper 
les  montagnes  par  une  suite  de  plans  horizontaux 
équidistans  ,  qui  y  forment  des  sections  curvilignes, 
qu'on  projette  sur  la  carte.  En  nombrant  ces  lignes,  il 
est  clair  que,  d'après  l'intervalle  convenu  des  plans  ,  il 
est  aisé  d'évaluer  exactement  la  hauteur  des  sommets , 
comme  avec  un  compas  on  peut  évaluer  les  distances 
d'après  l'échelle  du  plan.  Il  y  a  plus  ,  ces  courbes  étant 
d'autant  plus  rapprochées  que  la  pente  a  plus  de  ra- 
pidité ,  on  peut ,  d'un  coup-d'œil ,  juger  de  la  déclivité 
des  plans,  et  prendre  une  idée  vraie  et  générale  du 
terrain  qui  y  est  dessiné.  Des  ligues  dirigées  selon  la 
plus  grande  pente  en  ind'icjuent  les  diverses  directions. 
Lorsque  le  plan  est  construit  sur  une  petite  échelle  ,  ou 
se  borne  à  la  simple  indication  de  ces  lignes  de  pente , 
qui  suHlsent  à  l'objet  qu'on  a  en  vue  :  on  reconnaît  de 
suite  les  mouvemens  du  terrain  ,  par  les  oppositions 
de  clair  et  d'ombre,  puisque  les  traits  sont  plus  serrés 
et  les  hachures  plus  courtes  et  plus  denses  lorsque  la 
pente  est  plus  rapide. 

La  manière  d'éclairer  le  terrain  est  un  sujet  de  con- 
troverse entre  les  gens  de  l'art.  Le  système  des  Alle- 
mands ,  qui  a  pour  défenseur  M.  le  colonel  Bonne  ,  veut 
que  le  soleil  soit  toujours  supposé  au  zénith  ,  en  sorle 
que  le  sol  est  éclairé  comme  sons  la  Zone-Torridc.  Le 
fond  d'une  vallée,  le  plateau  ou  aboutit  une  chaîne  de 
montagnes ,  sont  marqués  d'une  teinte  également 
claire  :  c'est  le  blanc  même  du  papier.  Diverses  teintes, 
de  pure  convention,  indiquent  ensuite  les  degrés  de 
pente.  L'arbitraire  qui  règne  dans  cette  distribution 
des  ombres  ,  la  difficulté  d'exercer  son  œil  à  reconnaître 
le  degré  d'une  pente  à  la  teinte  (ju'elle  a  reçue,  la  né- 
cessité de  figurer  de  la  même  uiauièrc  un  cône  et  w. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  491 

creux  conique,  donnent  aux  opposansde  ce  système  des 
armes  bien  fortes  (i).  A  la  tète  de  ceux-ci,  on  voit 
MM.  Puissant,  Chrétien  de  la  Croix,  et  la  plupart  des 
ingénieurs  français.  C'est  dans  le  Traité deTopographie 
qu'on  peut  voir  et  juger  l'état  de  cette  question  devenue 
très  importante  dans  la  circonstance  actuelle  ,  ou  le 
Gouvernement  se  dispose  à  faire ,  sur  une  grande 
échelle,  une  nouvelle  carte  de  France,  qui  devra  être 
dessinée  d'après  l'un  ou  l'autre  des  systèmes  que  nous 
venons  d'exposer. 

M.  Puissant  résout  les  nombreux  pi'oblèmcs  du  vaste 
sujet  qu'il  embrasse,  au  moyen  d'une  analyse  savantCj 
genre  dans  lequel  il  a  donné  des  preuves  nombreuses 
d'habileté.  C'est  par  ces  applications  des  sciences  du 
calcul  et  de  la  géométrie,  que  l'art,  et  je  dirais  presque 
le  métier  de  l'arpenteur  et  du  niveleur,  s'est  élevé  sur 
la  même  ligne  que  le  inathénialiciea  et  l'astronome  , 

f"     dans  les  recherches  et  les  travaux  des  grandes  mesures 

'•      de  la  terre  et  de  ses  contrées. 

D'après  l'exposé  que  nous  venons  d'offrir,  on  recon- 
naît que  le  Traité  de  Topographie  de  M.  Puissant  est 
digne  et  de  l'habile  professeur  qui  le  publie,  et  des 
savans  ingénieurs  auxquels  il  est  destiné.  Le  succès  en 
sera  sans  doute  aussi  assuré  que  celui  de  la  première 
édition,  à  laquelle  on  remarque  de  nombreux  chan- 
gemcns,  que  l'expérience  a  indiqués  à  l'auteur,  et  qui 
ajoutent  un  nouveau  prix  à  son  travail.       Francoedr. 


(f)  Les  personnes  qui  voudront  juger  des  effets  de  ce  système, 
n'ont  qu'à  jeter  les  yeux  sur  les  cartes  de  l'ouvrage  de  M.  dellum- 
boldt.  La  difficulté  de  faire  sentir  les  pentes,  quand  l'e'chclle  est 
très  petite ,  a  conduit  M.  Brué  à  se  conformer  '*  ce  genre  dans 
son  Atlas  (  Voyez  la  Rci'iie ,  ci-dessus,  page  162),  et  dans  sa 
grande  Mappemonde.  Ces  belles  cartes  étant  a  point  très  petit ,  cet 
habile  géographe  a  cru  devoir  prcfcrcr  le  système  allemand. 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 

De  l'Eco>omie  ruBLiQt.'E  r/r  Rur.ALE  des  Perses  et 
DES  Phémcie>s  ,  par  L.  Reymek  (i). 

Ce  volume,  dont  nous  avons  à  rendre  compte  de- 
puis long-tems,  est  le  second  du  grand  ouvrage  entre- 
pris ,  il  y  a  deux  ans  (2) ,  par  le  savant  !M.  Rcynicr,  sur 
W'conowic  politique  et  rurale  des  plus  anciens  peuples 
comvis.  Il  embrasse  non-seulcmcut  les  Perses  et  les 
Phéniciens  ,  mais  encore  les  nations  qui  ont  fleuri,  sous 
différcMs  noms,  dans  les  contrées  renfermées  entre 
PEuplirate  et  l'indus,  la  mer  Caspienne  et  le  golfe  Per- 
sique.  Le  travail  de  l'auteur  a  ,  dans  cette  circonstance, 
été  d'autant  plus  épineux,  qu'il  avait  moins  de  sources 
à  consulter,  et  qu'il  devait  parler  des  Assyriens  et  des 
Mèdes  qui  ont  précédé  les  anciens  Perses.  «  Les  ouvra- 
ges de  la  plupart  des  historiens  grecs  qui  ont  écrit  sur 
ces  peuples,  comme  il  le  dit  lui-même,  ne  sont  point 
parvenus  jusqu'à  nous;  ce(Jx  dont  les  écrits  subsistent,  en 
ont  plutôt  donné  des  épisodes  qu'une  histoire  réelle  ;  et 
encore  ces  épisodes  ont  la  plupart  un  coloris  fabuleux 
<jui  détruit  la  confiance.  Les  historiens  orientaux  ,  (jui 
auraient  pu  fournir  d'autres  rcnseignemcns  ,  sont  pos- 
térieurs à  ri'.iIrodiH  lion  de  l'islamisme  ,  et  leurs  ouvra- 
ges fourmillent  de  fables  sur  les  é-pociues  antérieures 
il  ce  culte.  Ces  deux  sources  où  il  ('lail  possible  de  pui- 
ser, présentent  de  telles  di/Ticnltés,  (ju'cUes  pourraient 
décourager  l'écrivain  le  moins  susceptible  de  l'être.  » 

(i)  Ijaiisannn,  it<i()-  1  vol.  in-S*^  ilc  xx  cl  \\(i  pag.  Se  trouve  à 
P.iii'!,  clu-/.  rrtsr.lioiid,  lil).  Prix,  7  fr.  .'io  c. ,  et  9  fr.  fmnc  déport. 

y-x)  Vnyi'z  Pan.ilyse  qiir  nous  avons  donnée  <le  Vllistoiir  tirs 
ÇcUtii  cl  tl'i  G.  rinauii  ,  «lu  luêmc  uulciir,  T.  111,  p.  aji  cl  miLv. 


SCIE^'CKS  MORALES  ET  POLITIQUES.  493 
Dans  cet  état  de  choses,  il  fallait  plus  que  du  zèle 
pour  remplir  la  lâche  difficile,  mais  honorable,  que 
M.  R.  s'est  imposée ,  en  publiant  sori  premier  volume. 
Comment  s'en  est-il  acquitté?  Quel  parti  a-t-ilsu  tirer 
des  évéuemens  romanesques ,  des  rêveries  mythologi- 
ques racontées  par  les  auteurs  grecs,  et  desmonumens 
en  très  petit  nombre  qui  ont  survécu  à  ces  âges  reculés? 
Comment  est-il  parvenu  à  concilier  des  traditions  épar- 
ses  et  trop  souvent  défigurées ,  avec  quelques  usages 
populaires  conservés  jusqu'à  nos  jours?  L'examen  at- 
tentif de  son  livre  nous  a  prouvé  que  M.  R.  a  surmonté 
toutes  les  difficultés  :  en  critique  habile,  il  a  pénétré 
dans  la  nuit  des  lems  ;  il  s'est  frayé  une  large  route, 
que  son  lecteur  parcourt  avec  plaisir,  avec  un  intérêt 
toujours  croissant. 

L'ouvrage  consacré  aux  Perses  et  aux  Phéniciens  est 
divisé  en  trois  parties.  Dans  la  première,  l'auteur  jette 
un  coup-d'œil  rapide  sur  les  antiquités  de  l'Asie,  an- 
térieures aux  tems  historiques,  duquel  il  résulte  que 
les  connaissances  astr.'tnomiques  y  étaient  très  éten- 
dues ,  et  qu'une  période  de  lumières  ,  dont  le  souvenir 
se  perd  au-delà  descippes  de  l'histoire,  a  précédé  l'état 
de  décadence  oii  nous  trouvons  aujourd'hui  presque 
tous  les  peuples  des  contrées  asiatiques.  Dans  la  seconde 
partie,  M.  Rev.mer  s'occupe  des  Perses  sous  le  rapport 
de  leur  organisation  politique  et  de  leurs  institutions 
religieuses  ,  des  finances,  du  commerce,  de  l'industrie 
et  de  l'agriculture.  La  troisième  partie  traite  des  Phé- 
niciens ,  considérés  dans  leur  origine,  dans  leur  exis- 
tence politique  ,  dans  leurs  travaux  industriels  et  agri- 
coles. 

Le  vaste  onpire  auquel  Zoroaslre  donna  des  lois,  a 
succçssxYçaieat   et*;  le   théâtre  oii  les  Assyriens,   les 


49',  SCIFJVŒS  MOKALKS 

Mbdc'S,  les  Perses,  los  Paithes  el  les  Persans  ont  déve- 
lojipc  leur  j)iiissance.  Celle  coiiliiiullé  tle  révolulions 
])liis  ou  moins  (k'saslreiises  ,  ces  phases  de  grandeur  et 
de  calaujiles,  ces  niulatioiis  subites  de  dynasties  et 
incnjc  «le  langages,  de  lois  el  de  coutumes  diUiMenles  , 
n)onlrenl  la  dislocalion  d'un  ancien  e;i-aijj  Kiat  fr'dr- 
ralif,  dont  chacun  de  ces  peuples  faisait  partie;  o.Wi  . 
font  voir  d'antiques  prétentions  à  la  domination  gén< - 
raie,  cl  en  mcnne  teins  l'impossibilité  d'en  retrouver  les 
premiers  liens,  d'en  coordonner  l'histoire,  d'en  re- 
connaître les  iustituliuns.  Cependant ,  les  recherches 
i)rofondes  de  M.  Rcj/iitr  répandent  sur  ces  points  éloi- 
gnés une  lumière  assez  grande,  pour  nous  faire  accuser 
la  puissance  extraordinaire  inijinulemmeiil  accordée 
aux  prêtres  chaldéens  ,  les  rigueurs  du  de.-polisme  qui 
si  long-tenis  désolèrent  l'antique  berceau  de  la  civilisa- 
tion. L'époque  de  Cyrns  fut  celle  de  la  discipline  mi- 
litaire; celle  d'Alexandre,  celle  des  plus  gran<lps  divi- 
sions d'inlérrls  el  d'opinions  entre  les  nombreuses 
pro\inces  de  l'empire  perse.  Sans  trop  rappelisser  le 
héros  de  la  Cj'ropcclic ^  sans  trop  vanter  ce  soldat  auda- 
cieux qui  détruisit  les  inslilulions  les  plus  respectées  de 
sa  patrie,  qui  substitua  au  gouvcrnenien  l  représenta- 
tif, seule  sauvegarde  des  lois  el  de  la  liberté,  le  des- 
potisme d'un  seul,  le  droit  du  sabre  et  de  l'hérédité  de» 
premières  places  de  l'Klat,  M.  Jleynier  nous  le  repré- 
sente tel  qu'il  fut;  el ,  lorsqu'il  arrive  à  l'époque 
d'Alexandre  ,  il  arrache  la  brillante  couronne  di? 
radulatton,  que  de  serviles  écrivains  placèrent  sur  sa 
tt'te,  pour  légitimer  les  monstrueuses  entreprises  des 
conquérans.  Ollr  partie  de  son  ouvrage  appelle  la  mé- 
ditation des  personnes  vouées  aux  sciences  politiques. 
En  traitant  de  la  religion  ,  nous  voyous  avec  j)eine 


ET  POLITIQL^ES.  495 

que  notre  savant  auteur  adopte  le  système  absurde  de 
l'astrolhéologie  ,  et  qu'il  su\trop  complaisainraent  les 
opinions  de  Dupuis,  à  qui  cejDCudant  nous  sommes  bien 
loin  de  refuser  de  vastes  connaissances,  une  critique 
peu  commune  ,  et  un  talent  remarquable.  M.  Reynier 
s'appuie,  il  est  vrai,  du  témoignage  de  Strabon  ,  qui 
nous  assure  (i)  que  les  disciple?  de  Zoroastre  adoraient 
le  soleil.  Mais  ,  en  ouvrant  les  livres  attribués  à  ce  ré- 
formateur de  la  religion  persanne  ,  on  ne  trouve  nulle 
part  le  culte  des  astres;  partout  il  parle,  au  contraire, 
d'un  Dieu,  maître  de  toutes  choses,  dontHÉoMo,  le 
législateur  de  l'antique  Asie  ,  avait  long-tems  avant 
lui  proclamé  la  puissance  et  publié  les  bienfaits.  Mitbra, 
que  le  père  de  l'histoire  grecque  (2)  compare  à  la  ^  énus 
de  Guide  ,  et  que  Xénophon  (3)  ,  qui  vécut  à  peine  un 
demi-siècle  après  lui,  nous  peint  comme  un  dieu,  n'est 
point  le  symbole  du  soleil,  ainsi  que  Hyde  (4)  et  Mos- 
hemius  (5)  l'ont  fort  bien  démontré.  Les  monumens  qui 
avaient  servi  de  preuves  à  cette  opinion,  appartiennent 
à  des  ciseaux  grecs  ou  romains  que  l'imagination  ou 
les  croyances  du  tems  ont  égarés.  La  religion  primi- 
tive des  Perses  était  purement  théocratique  ;  et ,  si  elle 
admettait  deux  sortes  de  génies,  les  uns  bons  (ceux  de 
Ehoromez-duo),  les  autres  mauvais  (ceux  de  Ahriman)^ 
elle  les  regardait  plutôt  comme  des  agens  intermé- 

(i)  Géogr. ,  lib.  XV,  pag.  106'^. 

{2)  HÉRODOTE,  lib.  I ,  cap.  i3i. 

(3)  Cjroped. ,  lib-  VII.  16.  OEconom.  IV.  Son  opinion  a  étv 
adoptée  par  tous  les  e'crivains  grecs  et  latins;  le  seul  Ambrosids 
(contra  iSfrnmdchiun,  pag.  8.^0  )  a  juivi  Hérodote. 

(j)  Ulsloria  religionis  velerum  Persarum ,  cap.  IV  ,  pag.  to4  à 


122. 


(5)  Au  rapport-d«^RDCK.EU ,  fiist.  philos. ,  lom.  I,  pag.  169. 


.\i)G  SCll'^CES  MORAÎ.F.S 

tîiaiios  cuire  la  diviiiilè  cl  !cs  liouiines,  qtic  connue  do^ 
«lieux  toul-piiissans.  ICn  c(u»t  ,  les  livres  Zcnd  nous  le 
prouvent  dans  la  distribution  qu'ils  font ,  et  les  préro- 
gatives qu'ils  atlrihuent  à  ces  differens  génies.  Les  bons 
génies  smit  divisés  en  quatre  classes:  les  .'Imscluipand.^, 
ou  les  exccllens  ,  qui  sont  au  nombre  de  six  ,  iuspirenl 
les  vertus  publiques  et  privées;  les  Jczd ,au  nombre  de 
vingl-(juatre,  sont  leurs  ministres  directs  auprès  des 
Iioiujues  ;  les  Ilavihars  sont  chargés  des  biens  de  la 
terre, et  les  (jahsUn  cours  r''gulier  des  astres.  Les  niati- 
vais  génies  sont  divisés  en  trois  ni.'isses  :  \cs  Dconanvi ,  an 
nombre  de  six,  qui  luttent  sans  cesse  contre  les  am>- 
cltapauds  ;  les  Dhvrs ,  dont  le  nombre  s'élive  à  qua- 
rante ,  et  les  D(ircu(fj  qui  promènent  ])artnnt  les 
maladies,  enveuiinenl  les  passions  et  niullij)lient  les 
accidens  fâcheux  autour  des  hommes  qu'ils  travaillent 
en  tous  sous.  Milhra  appartient  à  la  classe  des  jezd  et 
occupe  parmi  eux  le  septième  rang  :  son  nom  en  zend 
signifie  justice  et  bonld ;  comme  bon,  il  préside  à  la 
fertilité  de  la  terre;  le  livre  de  VJzcschnc  lui  donne 
)nille  oreilles  et  dix  mille  yeux  pour  entendre  et  exau- 
cer les  vœux  des  hommes.  Comn;c  juste,  il  est  placé 
sur  le  jiont  Tchénoùéto,  qui  sépare  le  ciel  de  la  terre, 
ci  là,  il  pèse  les  actions  des  morts:  il  est  secondé,  dans 
cette  fonction,  ])ar  un  autre  génie  bienfaisant  appelé 
Raschiu'-rasl.  Il  est  impossible  ,  à  mou  sens,  de  trouver 
ici  de  quoi  justiiier  une  religion  astrothéologiqne. 

Lcsysième  des  finances  a  beaucoup  varié  ;il  a  suivi  les 
vicissitudes  politiques  de  l'État.  Sous  le  gouvern- ment 
absolu  des  .Assyriens  ,  tous  les  tributs  arrivaient  à  un 
seul  centre,  après  avoir  été*  prélevés  au  milieu  dos  ex- 
torsions de  tous  les  genres.  Sous  la  domiriafion  militaire 
des  Mèdcs,  les  Salrajies  ,  inamovibles  dans  leurs  cliar- 


ET  POLITIQUES.  497 

ges ,  dévoraient  tous  les  revenus  publics  et  ceux  des 
malheureux  qu'ils  accablaient.  Sous  les  Perses,  le  gou- 
vernement ayant  commence  par  avoir  les  formes  mili- 
taires ,  d'oii  il  a  passé  au  despotisme  qui  en  est  la  suite 
naturelle,  l'obéissance  passive  étant  la  base  de  la  dis- 
cipline ,  les  vices  antérieurs  de  l'administration  se  sont 
conservés,  ou,  pour  mieux  dire  ,  légitimés.  Les  trésors 
des  rois  de  Perse  étaient  entre  leurs  mains  des  masses 
stériles  ,  que  la  circulation  aurait  transformées  en  ri- 
chesses productives,  et  que  leur  stagnation  a  rendues 
inutiles  à  la  nation  ,  et  fatales  à  Xercès ,  à  Darius  et  à 
leurs  successeurs. 

Quant  à  l'agriculture  ,  elle  était  sacrée  ;  les  lois  veil- 
kiient  à  ses  travaux  et  à  la  conservation  de  ses  produits, 
même  pendant  la  guerre.  C'est  à  tort  que  Xénophon 
fait  honneur  de  celte  loi  à  Cyrus  ;  elle  lui  était  anté- 
rieure de  plusieurs  siècles.  En  effet ,  la  grande  fertilité 
des  terres  dans  ce  pays  ,  la  richesse  et  la  variété  des 
cultures  qui  firent  l'admiration  des  Grecs  ,  dont  le  terri- 
toire exigu  était  loin  d'offrir  les  mêmes  avantages,  en  un 
3mot,  l'état  florissant  du  premier  des  arts  ,  se  rattachent 
aux  plus  vieilles  institutions  de  la  civilisation  asiatique. 
L'agriculture  et  la  procréation  de  nombreux  enfans 
étaient  spécialement  recommandées  par  les  premiers 
législateurs  de  la  Perse  ;  on  retrouve  encore  le  même 
précepte  dans  le  Zend-Avesta ,  qui  doit  avoir  été  écrit 
plus  de  deux  mille  ans  avant  l'ère  actuelle.  Cette  leçon 
des  âges  les  plus  reculés  s'est  conservée  au  milieu  de 
toutes  les  vicissitudes  ;  elle  est  tellement  enracinée  dans 
les  têtes  persanes,  qu'aujourd'hui,  malgré  le  change* 
meut  de  culte,  le  bien  labourer,  le  soin  de  semer  de 
bons  grains  ,  d'ouvrir  partout  des  canaux  d'irrigation  , 
de  creuser  des  réservoirs  d'eaux  dans  les  régions  mon- 
ToMK  vin.  32 


498  SCIENCES  MORALES 

tagneuses ,  le  dessccliemenl  des  sols  trop  humides ,  etc. , 
sont  encore  regardés  comme  des  actes  de  piété  ,  comme 
les  plus  utiles  de  toutes  les  occupations. 

Le  soin  des  bestiaux  et  l'importance  de  leur  multi- 
plication bien  entendue  furent,  après  la  culture  des 
terres  ,  au  nombre  des  préceptes  les  plus  recommandés 
par  le  culte  des  Perses;  aussi  ,  nulle  part  on  ne  vit  des 
bètes  à  cornes  aussi  belles  que  dans  le  pays  des  Aspiens  : 
ils  réservaient  le  bœuf,  uniquement  pour  les  rustiques 
travaux;  le  cheval,  pour  la  monture  des  guerriers 
et  des  hommes  investis  du  pouvoir.  Les  bêles  à  laine  , 
dont  le  nombre  était  considérable,  se  faisaient  re- 
marquer par  leurs  riches  toisons;  les  chèvres  jouissaient 
surtout  d'une  haute  faveur  ;  ce  sont  elles  que  nous  con- 
naissons maintenant  sous  le  nom  de  chèvres  (V Angora. 
Dans  les  basses-cours,  on  nourrissait  beaucoup  de  vola- 
tiles ,  surtout  des  poules  et  des  coqs  ;  c'était  une  obli- 
gation religieuse  d'avoir  un  coq  dans  son  habitation. 

L'Europe  a  beaucoup  emprunté  à  l'agriculture  per- 
sane. Nous  lui  devons  plusieurs  céréales  :  l'orge  nue  de 
la  Cappadoce,  le  riz,  la  luzerne,  appelée  long-tems  herbe 
de  Mt'die  ;  le  raisin  qu'on  cultive,  de  nos  jours,  dans 
les  îles  Ioniennes,  sous  le  nom  de  raisin  de  Corin- 
the ,  etc.;  plusieurs  arbres  ,  le  citronnier  ,  le  noyer,  le 
pistachier  originaire  de  la  Bactriaiie  ,  le  pêcher  et  le 
jujubier.  On  joignait  naguères  encore  le  cerisier  à  cette 
liste  assez  nombreuse,  sans  songerque  cet  arbre  de  nos 
forêts  était  cité  ])ar  les  naturalistes  grecs  et  latins  , 
comme  indigène,  long-tems  avant  que  Lucullus  eût 
rapporté  de  Cérasonte  la  guig-ne  ou  le  bigarreau. 

D'après  Hérodote  et  Strabon  ,  il  paraît  (jue  l'olivier 
n'entra  point  dans  la  culture  des  Perses  ;  cette  particu- 
larité frappa  les  Grecs  ,  qui  considéraient  son  huilt 


ET  POLITIQUES.  499 

comme  un  objet  de  pren.ière  nécessité  ;  mais  c'est  à 
tort  que  M.  Rejnier  eu  infère  que  le  climat  de  ce  pays 
ne  convenait  pas  à  l'arbre  de  Minerve  ,  puisqu'au  rap- 
port d'Olivier,  qui  a  long-tems  habité  la  Perse  et  visité 
les  diverses  contrées  de  cette  partie  de  l'Asie  ,  avec  les 
yeux  d'un  naturaliste  profond  ,  on  y  trouve  partout 
cet  arbre  dans  l'état  sauvage  (i)  ;  on  assure  même  que 
c'est  de  l'Asie  occidentale  qu'il  s'est  répandu  dans  l'Eu- 
rope, et  qu'il  passa  sur  les  côtes  autrefois  habitées  par 
les  Phéniciens  et  leurs  colonies,  oii  son  huile  était  une 
branche  de  commerce  très  considérable. 

C'est  aussi  des  contrées  asiatiques  que  nous  est  venu 
le  maïs,  long-tems  regardé  comme  originaire  du  Nou- 
veau-Monde ;  il  était  cuUivé  dans  la  Natolie ,  bien  avant 
le  douzième  siècle  de  l'ère  vulgaire,  puisque  c'est  de-là 
qu'il  fut  apporté  en  Italie  l'an  iso^  (2).  I-e  père  de  la 
poésie  italienne  en  parle  comme  d'une  plante  fort  con- 
nue ,  et  Dante  (lorissait  avant  la  découverte  de  l'Amé- 
rique. M.  Reyiiier  ne  parle  pas  du  maïs  ;  i!  l'a  sans  doute 
confondu  avec  le  sorgho  ,  holcus  bicolor,  qui  se  cultive 
depuis  plusieurs  siècles  en  Italie  ;  mais  c'est  une  erreur 
qu'il  partage  avec  beaucoup  d'autres. 

Lorsque  notre  savant  auteur  cite  les  palmiers  qui  oc- 
cupaient ,  chez  les  Perses  et  les  plus  anciens  peuples 
de  l'Asie,  le  premier  rang  parmi  les  arbres  utiles,  il  lui 
échappe  quelques  erreurs  relativement  à  la  connais- 
sance des  sexes,  dans  les  fleurs  de  tous  les  végétaux, 

(i)  Et  plus  particulièrement  dans  Tanciennc  Mésopotamie,  au 
bas  des  montagnes  qui  rendent  si  pittoresques  les  environs  de 
Merdin  ou  Mardë. 

(2)  J'ai  publié  à  ce  sujet  un  excellent  Mémoire  de  M.  Caffa- 
RELU  dans  le  VI<=  volume,  pag.  a34  et  suir.  de  ma  Bibliothèqu 
physico-économique. 

3a* 


5oo  SCIENCES  MORALES 

«ju'il  refuse  aux  anciens  ;  il  va  même  plus  loin  :  il  accuse 
'J'iiéophraste  d'un  défaut  d'atlcnlion  à  cet  égard.  Je  lui 
demande  la  permission  dépenser  tout  autrement,  et 
de  voir ,  au  contraire,  dans  rilluslrê  élève  et  successeur 
d'Aristole,  l'auteur  de  la  grande  découverte  des  sexes 
dans  les  plantes  (i);  découverte  que  Zaluziansky  a  rap- 
pelée le  premier  en  i5<p,  fjue  Grew  et  Malpighi  prou- 
vèrent en  i(j'6,  et  que  Linnée  fixa  d'une  manière  irré- 
vocable en  1737.  Théopbraste  nous  apprend  positi- 
vement que  la  reproduction  des  végétaux  a  lieu,  comme 
chez  les  animaux,  par  l'union  des  sexes  (2)  ;  ce  sont  , 
di(-il  ,  les  corpuscules  pulvérulens  xovt'ooToç  qu'on  re- 
marque dans  les  fleurs  mâles  aoôy.varç ,  sous  l'aspect 
d'un  léger  duvet  ,  qui  fécondent  les  fleurs  femelles 
5/,).:iaç  ,  leur  font  porter  des  fruits  ,  et  les  amènent  à 
une  parfaite  maturité  (3).  Jamais  ces  dernières  ne  pro- 
duiraient sans  le  secours  des  fleurs  mâles.  L'hymen 
s'accomplit  par  le  ministère  des  vents,  ou  par  la  main 
des  hommes  ,  dans  les  palmiers  ,  dans  les  arbres  et  les 
herbes  dioiques  (4)  ,  dans  le  genévrier  et  toutes  les 
plantes  sinoïques  ;  soit  qti'elles  habitent  les  eaux  ,  ou 
qu'elles  couvrent  le  sol ,  les  organes  sexuels  sont  réunis 

(i)  M.  'iHirnALT  DE  Bebneaid  prépare  sur  ce  naturaliste  un 
grand  travail ,  qui  a  déjà  fixe  l'attention  de  l'Institut  de  France  et 
de  plusieurs  autres  corps  savans  fie  l'Europe.  Ce  {|ue.MM.  Civier 
et  DR  MinBET.  CD  ont  dit,  i^un  dans  son  rapport  .Mur  les  travaux  de 
l'Académie  des  Sciences,  année  181^,  l'autre  dans  ses  E/imens 
de  /ihyiiotoffie  végétale  et  de  botanique,  en  fait  désirer  la  pu- 
blication. (]N.  n.  H.) 

(a)  Jlisloirt;  des  plantes  ,  liv.  III,  <h.  9. 

(3)  //ùt.  Plant. ,  lib.  Il,  cap.  8  et  g. 

(4)  De  Couiis,  lib.  1,  cap.  7  j  lib.  II,  cap.  \i,ti  Jiiit-  Plaint., 
lib.  II ,  cap.  8. 


ET  POLITIQUES.  5o* 

sur  le  même  individu  ,  et  sout  placés  de  manière  â  pou- 
voir également  payer  le  tribut  conjugal  (i).  D'après  ce 
peu  de  faits  que  je  jjourrais  étendre  davantage,  et  que 
chacun  est  en  mesure  de  vérifier  aisément ,  il  n'est  point 
possible  de  refuser  à  Théophraste  la  parfaite  connais- 
sance des  sexes  chez  les  végétaux  ,  et  d'avoir  donné  à 
cette  découverte  tout  le  développement  dont  elle  était 
susceptible,  en  un  siècle  oii  l'œil  n'avait  point,  dans  les 
verres,  le  puissant  auxiliaire  qu'ils  nous  fournissent  au- 
jourd'hui ;  en  un  siècle  où  l'on  était  plus  occupé  à  ras- 
sembler des  observations  en  tout  genre  ,  que  de  les 
coordonner  méthodiquement. 

Une  loi  remarquable  des  Perses  défendait  d'aug- 
menter les  impôts,  sous  le  prétexte  des  améliora- 
tions qu'une  bonne  culture  avait  produites  ;  une  autre 
ordonnait  aux  hommes  chargés  du  pouvoir,  de  ne  faire 
usage  que  des  productions  agricoles  et  industrielles  du 
pays.  Dictées  par  la  justice  et  la  raison,  ces  lois  font 
l'éloge  de  leurs  auteurs  et  des  peuples  qui  les  conser- 
vent encore.  La  première  est  une  critique  amère  des 
gouvernemens  trop  fiscaux  de  notre  Europe  ;  la  der- 
nière est  la  base^d'une  prospérité  durable,  et  le  motif 
constant  d'une  perfection  certaine. 

Nous  avons  fort  peu  de  choses  à  dire  de  la  troisième 
partie  de  l'ouvrage  que  nous  examinons.  Les  Phéni- 
ciens ,  qui  élevèrent  les  murs  de  Tyr  et  ceux  de  Sidon  , 
n'étaient  point  un  peuple  autochtone,  mais  une  famille 
de  coinmerçans  ,  occupée  du  soin  de  s'enrichir  et  de 
former  des  colonies  partout  où  les  relations  commer- 
ciales pouvaient  leur  assurer  tous  les  genres  de  spécu- 
lations. Ils  avaient  des  lois  affreuses  ;  leur  culte  exigeait 

(i)  Hist.  Plant. ,  lib.  111 ,  cap.  6. 


5o9  SCIENCES  MORALES 

que  les  autels  fussent  arrosés  de  sang  humain  ;  leurs  prê- 
tres et  leurs  magistrats  étaient  sans  pitié  ;  l'oligarchie 
écrasait  le  pauvre  :  il  était  voué  au  plus  dur  esclavage. 
Les  peuples  sans  agriculture  ne  font  que  passer  ;  le 
commerce  entasse  l'or,  et,  lors(|u'il  en  est  gorgé,  il 
s'endort  dans  les  hras  du  despotisme  ,  sans  laisser  d'au- 
tres souvenirs  (jue  ceux  de  la  haine  et  d'un  luxe  lévol- 
tant.  On  altrihuc  ordinairement  aux  Phéniciens  une 
découverte  importante,  la  fabrication  du  verre  ;  mais 
M.  Reynier  nous  apprend  que  c'est  sans  raison  ,  puis- 
qu'ils en  ont  emprunté  les  procédés  aux  éthiopiens,  chez 
qui  cette  industrie  était  très  anciennement  connue  ,  et 
que  les  Égyptiens  avaient  déjà  perfectionnée  avant  l'ar- 
rivée des  colonies  phéniciennes  sur  les  côtes  de  la  Mé- 
diterranée. 

Quoi  qu'il  en  soit  des  observations  critiques  auxquelles 
nous  nous  sommes  livrés  dans  cet  article,  nous  devons  de 
très  grands  éloges  au  savant  qui  nous  prépare,  sur  les 
plus  anciens  peuples  ,  un  corps  d'histoire  politique  et 
morale  ,  uni({ue  en  son  genre  ;  il  mérite  les  encoura- 
gemens  de  tous  les  amis  des  sciences  ,  et  la  reconnais- 
sance de  tous  les  hommes  appelés  à  l'administration. 
Les  leçons  du  passé  doivent  servir  au  présent. 

TeiÉBAUT  DE  Berneaud. 


ET  POLITIQUES.  5o3 


VWWW'W'VW'VVW  VW  WX/WV^- WV'VWXX'VX'W  w 


L'EuEOPE  AU  MOYEN  AGE ,  traduit  de  V anglais  de 
M.  Hekry  Hallam,  par  MM.  P.  Dudouit, 
avocat  à  la  Cour  royale  de  Paris,  et  A.  R.  Borg- 
HERS.  Tome  P' ,  contenant,  i°  l'histoire  de  France, 
depuis  Clovis  jusqu'à  l'invasion  de  Naples  par 
Charles  VIII  ;  2°  l'exposition  du  système  féodal  -, 
3°  l'histoire  d'Espagne,  jusqu'à  la  conquête  de 
Grenade  (i). 

Cet  ouvrage  ,  remarquable  à  tous  égards  ,  sera  lu  avec 
un  grand  intérêt  par  tous  les  homcnes  qui  ,enétudiant 
l'histoire  ,  ont  un  autre  but  que  celui  de  surcharger 
leur  mémoire  d'une  série  fastidieuse  de  noms  et  de  dates , 
ou  d'une  suite  monotone  de  villes  prises  ,  de  jîays  ra- 
vagés ,  de  batailles  gagnées  ou  perdues.  " 

Ce  qui  est  réellement  singulier,  c'est  de  voir  que  les 
mêmes  personnes  qui  se  plaignent  de  l'ennui  attaché  k 
la  lecture  de  la  plupart  des  histoires  modernes,  se  mon- 
trent en  même  tems  ennemies  opiniâtres  de  la  seule 
science  qui  pourrait  faire  disparaître  cet  ennui,  rendre 
la  vie  à  l'histoire,  expliquer  les  causes  desévénemens,  et 
connaître  les  principes  qui  élèvent ,  soutiennent  ou  rui- 
nent lesEtats. 

L'histoire  séparée  de  la  philosophie  n'est  qu'un  froid 
squelette  qui  attriste  les  regards  et  glace  le  cœur.  La  phi- 
losophie seule  peutressusciter  et  ranimer  cette  foule  de 
morts,  dont  la  nomenclature  n'est  que  fatigante  lors- 
qu'on ne  fait  pas  revivre  leurs  passions ,  et  lorsqu'on 

(1)  Paris,  1820.  I  vol.  in-8°.  Delestre-Boiilage ,  libraire  âo. 
l'École  de  Droit,  rue  dts  Mathurins-Saiot-Jacques,  xi">  i.  Prix, 
5  fr.  et  8  fr.  5o  c.  franc  de  port. 


So4  SCIKNCKS  MORALES 

n'explique  point  leurs  actions,  en  retraçant  leurs  lois 

et  en  peignant  leurs  minurs. 

C'est  l'influence  réciproque  des  lois  sur  les  mœurs  et 
des  mœurs  sur  les  lois,  qui  seule,  lorsqu'elle  est  ob- 
servée avec  sagacité,  éclaire  la  nuit  des  lenis ,  allume 
le  flambeau  de  la  vérité,  éclaircit  tous  les  mystères  de  la 
politique,  fait  pour  nous  de  l'histoire,  la  plusmorale, 
la  plus  attachante,  la  plus  utile  desétudes  ,  etnousaido 
surtout  à  nous  préserver,  pour  l'avenir,  des  erreurs  dont 
le  passé  nous  retrace  le  tableau. 

Personne  ne  veut  assurément  ni  son  propre  malheur 
ni  celui  de  sa  patrie,  et  l'on  verrait  probablement  dispa- 
raître une  grande  partie  des  passions  qui  nous  divisent , 
et  des  semences  de  discorde  qui  fermentent  aujour- 
d'hui parmi  nous  ,  si  l'on  parvenait  à  dissiper  cette 
ignorance  plus  générale  ,  plus  profonde,  et  plus  gros- 
sière qu'on  ne  le  croit,  cette  ignorance  inconcevable  de 
nos  premiers  tems  ,  de  nos  premières  lois ,  et  des  varia- 
tions successives  introduitesdansnos  institutions  etdans 
nos  mœurs. 

Rien  n'est  si  commun  que  d'entendre  partout  une 
jeunesse  passionnée,  une  vieillesse  mal  instruite,  des 
femmes  irrr.scibles  et  frivoles,  des  militaires  tranchans 
et  de  prétendus  hommes  d'Etat,  répéter  avec  ineptie 
leurs  latnentations  sur  la  chute  d'un  ordre  de  choses 
qui ,  pendant  (|uatorze  siècles,  disent-ils  ,  a  fait  la  gloire 
et  le  bonheur  de  la  France. 

On  voit  par- là  qu'ils  ignorent  complètement  les 
premiers  élémens  de  leur  propre  histoire;  ils  ne  con- 
naissent ni  la  (h'mocratie  des  premiers  Francs  y  m  la 
servitude  des  Romains-Gaulois ,  ni  les  limites  él«roites 
de  l'ancien  jionvoir  royal,  ni  les  progrès  rapides  d'une 
aristocratie  belliqurnsc  ,  mais  qui,  pendant  plusieurs 


ET  POLITIQUES.  5o5 

siècles, n'eut  aucun  rapport  avecl'aristocratie  de  nais- 
sance, ni  la  conslilution  presque  représentative  ressus- 
.  citée  et  orgnnisée  par  Charlemagne,  ni  le  chaos  dans 
lequel  les  successeurs  de  ce  monar.^ue  laissèrent  tomber 
la  France,  envahie  par  une  foule  innombrable  de  grands 
et  de  petits  usurpateurs  seigneuriaux,  ni  la  régulari- 
sation quele  système  féodal  parvint  à  porter  dans  cette 
anarchie  ,  aux  dépens  de  la  liberté  des  peuples  et  du 
pouvoir  des  rois. 

Ils  ignorent  également  toutes  les  révolutions  succes- 
sives qui  rompirent  et  détruisirent  cette  chaîne  féodale , 
par  des  conquêtes,  par  des  successions,  par  des  confis- 
cations ,  et  qui,  sans  donner  une  base  légale  au  pou- 
voir concentré  du  roi,  ci-devant  électif,  fit  seulement 
de  lui  un  seigneur  féodal ,  absorbant  les  droits  de  tous 
les  autres. 

Ils  ne  savent  pas  davantage  par  quels  degrés  le  peuple 
a  passé  de  l'indépendance  à  l'asservissement ,  et  de  l'es- 
clavage à  la  franchise  ;  la  formation  des  parlemens 
pour  remplacer  les  barons,  ennemis  du  travail  et  des  lois, 
leur  origine  ,  la  variété,  le  peu  de  fondement  de  leurs 
prétentions  ;  l'institution  irrégulière  des  états -géné- 
raux, privés  de  toute  part  à  la  législation  et  revêtus 
d'un  seul  droit,  celui  de  consentir  l'impôt;  l'absence 
de  toute  fixation  dans  les  limites  des  différens  pouvoirs  ; 
la  forccet  la  fortune,  tantôt  soutenant  les  prétentions 
des  plus  petits  gentilshommes,  autorisés  légalement  à 
guerroyer  contre  le  roi,  tantôt  soumettant  le  trône  au 
clergé,  tantôt  appuyant  les  empiétemens  du  sceptre, 
qui  brisait  à  son  gré  les  liens  féodaux;  enfin  ,  les  efforts 
lents  et  graduels  de  la  raison  humaine ,  depuis  la  re- 
naissance des  lettres  ,  et  la  découverte  de  l'imprimerie  , 
pour  sortir  des  décojtibres de  cette  longue  barbarie  :  ce 


5./i  SCIENCES  MORALES 

sont  toutes  choses  qui  semblent  aussi  étrangères  au  plus 
grand  nombre  de  nos  politiques  modernes,  que  si  elles 
avaient  existé  dans  quelques  peuplades  obscures,  aux 
extrémités  de  l'Asie. 

Mais,  si  qncl(|ues-uns  d'entre  eux  veulent  prendre  la 
sage  résolution  de  lire  avant  de  parler,  et  deconnaître 
avant  de  juger,  d'autres  écueils  les  attendent  sur  leur 
route.  Ils  y  rencontrent  des  auteurs  dominés  par  l'esprit 
de  système  et  de  parti,  plus  propres  à  égarer  leurs  pas 
qu'à  diriger  leur  marche;  chacun  d'eux  vient ,  avec  des 
lunettes  arrangées  poiîr  son  système,  observer  et  pein- 
dre ,  à  sa  manière,  le  berceau  de  notre  monarchie. 

Aussi ,  un  homme  de  bonne  foi ,  qui  veut  s'enfoncer 
dans  les  ténèbres  du  moyen  dge  ,  se  trouve  dans  une  in- 
certitude et  dans  un  embarras  extrêmes,  lorsqu'il  en- 
tend des  hommes  tels  que  Mably ,  Dnhos ,  Daniel ^  Mé- 
zeray ,  Vélj  ,  Mondaiisicr ,  Boulaim'illii'rs ,  Rohertson, 
Montesquieu  y  IJcnauty  se  contredire  ,  se  choquer,  et  ex- 
pliquer les  faits,  les  écrits,  les  lois  ,  suivant  les  doctrines 
différentes  qu'ils  ont  professées. 

Tous  ces  phares  differens  ne  présentent  que  des  clartés 
douteuses;  ils  ne  laissent  point  distinguer  avec  certi- 
tude le  chemin  qu'on  doit  suivre  ;  et  dahs  ce  laby- 
rinthe, le  fil  d'Ariane  est  encore  attendu. 

Il  me  paraît  que  M.  Ilallam  réunit  toute  la  sagacité 
et  toute  la  sagesse  nécessaires  pour  le  trouver.  Il  a 
étudié  tous  les  systèmes ,  et  n'en  a  embrassé  aucun  en 
particulier.  C'est  la  raison ,  et  non  l'esprit  de  parti , 
qu'il  a  prise  pour  guide  dans  ses  laborieuses  recher- 
ches :  aussi  ,  loin  d'appuyer  son  opinion  ,  comme 
d'autres,  sur  quelques  faits  isolés,  il  les  compare ,  il 
les  rassemble  tous  en  faisceaux  pour  eu  faire  jaillir  la 
lumière. 


ET  POLITIQUES.  607 

Les  vieilles  chroniques,  les  longs  commentaires  ,  les 
histoires  des  provinces  ,  les  capitulaires ,  les  recueils 
d'ordonnances,  les  procès-verbaux  des  états,  les  cou» 
tûmes  diverses  ont  été  explorés  par  lui  avec  un  soin 
sévère  ,  et  c'est  le  fruit  de  ses  études  longues  et  péni- 
bles qu'il  nous  présente  aujourd'hui. 

Les  épines  de  ce  travail  nous  sont  épargnées,  il  ne 
nous  en  fait  cueillir  que  la  fleur  ;  son  ouvrage  est  com- 
posé dans  une  forme  si  neuve,  qu'il  serait  embarrassant 
de  lui  trouver  un  nom  :  ce  n'est  point  une  dissertation, 
car  on  n'y  voit  ni  pesanteur,  ni  aridité  ;  ce  n'est  pas 
non  plus  une  histoire  ordinaire,  car  on  n'y  trouve  que 
des  faits  principaux  ,  point  de  détails  militaires  ;  les 
événemens  n'y  servent  qu'à  l'éclaircissement  de  la  lé- 
gislation, à  l'explicat  on  de  la  politique,  et  à  la  mora- 
lité de  la  narration. 

«  Lorsque  j'ai  traité  (  dit  l'auteur)  des  tems  les  plus 
intéressans  et  les  plus  instructifs  de  ce  période,  je  me 
suis  efforcé  de  ne  point  offrir  une  aride  série  d'annales. 
Voulant  tracer  une  esquisse  fidèle,  et,  autant  qu'il 
m'était  possible,  hardie  et  animée,  plutôt  que  de 
peindre  une  miniature,  j'ai  dû  supprimer  tous  les 
faits  qui  ne  se  lient  pas  essentiellement  à  d'autres , 
ou  qui  ne  sont  point  propres  à  jeter  du  jour  sur  des 
résultats  iraportans.  » 

Un  autre  caractère  qui  surprend  dans  ce  livre  ,  c'est 
son  plan.  Le  sujet,  c'est-à-dire,  le  tableau  de  l'Europe 
au  moje.n  dge  ,  excluait  nécessairement  l'unité  d'inté- 
rêt. L'auteur  est  forcé  de  passer  sans  cesse  d'un  pays 
qu'il  décrit  à  une  contrée  différente  ,  et  d'une  législa- 
tion expliquée  à  une  autre  qu'il  doit  aussi  faire  con- 
naître ;  mais ,  cette  unité  ,  qui  ne  peut  pas  exister  dans 
la  division  de  son  ouvrage,  existe  dans  la  moralité  de 
son  but.  Par-là,  il  crée  un  ordre  réel  au  milieu  d'un 


5o8  SCIENCES  ISfOUALF.S 

désordre  apparent;  cl  cette  variété  de  inaticres  repose, 

au  lieu  de  fatiguer. 

"Ce  plan  (continue  M.  Hallam)  dilTere  probable- 
ment de  celui  dos  revues  hislori([ues  qui  existent  déjà. 
Chaque  cliapilrc  a  son  sujet  pjrticulier,  et  peut  être 
considéré  coniino  iudépendanl  du  res'e  ;  aussi  l'ordre 
dans  lequel  on  les  lira  est  à  pou  près  indifférent.  Cette 
division  par  rliapitre,  à  laquelle  j'avoue  que  je  tiens 
assez  ,  m'a  été  sugg.-rée  par  le  désir  d'éviter  les  transi- 
tions continuelles  ,  et  de  laisser  subsister  la  liaison  na- 
turelle des  faits.  J'ai  trouvé  dans  cet  arrangement  si 
peu  d'inconvéniens  pour  la  composition  ,  c|ue  je  ne 
puis  penser  qu'il  doive  occasionner  beaucoup  d'em- 
barras aux  lecteurs.  »  M.  Hallam  a  raison;  ces  cha- 
pitres séparés  gagnent  en  clarté  ce  qu'ils  semblent 
perdre  en  suite  méthodique  d'événemens  ;  on  l'accom- 
pagne toujours  dans  sa  marche  avec  le  même  intérêt , 
parce  que  l'étude  du  cœur  humain  est  son  grand  but  ; 
la  recherche  impartiale  de  la  vérité,  son  moyen  ;  et 
que  toutes  les  pièces  ou  les  faits  ([u'il  cite,  sont  autant 
de  preuves  sur  lesquelles  il  s'appuie,  pour  s'assurer  de 
ses  découvertes. 

Nous  donnerons  ,  dans  un  autre  cahier,  une  courte 
analyse  des  différens  chapitres  que  contient  ce  volume  : 
elle  prouvera  ,  j'espère,  à  nos  lecteurs  ,  que  ,  s'ils  veu- 
lent percer  les  ténèbres  de  notre  origine  et  de  nos 
tems  semi-barbares,  que,  s'ils  cherchent  la  clé  de  nos 
révolutions  successives  et  de  notre  situation  actuelle  , 
ils  trouveront ,  en  suivant  AT.  Hallam,  un  conseil  im- 
partial ,  un  guide  sage  et  un  éloquent  interprèle. 

La  noble  simplicité  ,  la  clarté  et  quelquefois  l'élo- 
«jneiice  du  style  doivent  faire  partager  aux  traducteurs 
l'honneur  du  succès  dont  jouit  déjà  cet  ouvrage. 

Le  comte  de  Segur. 


ET  POmiQUES.  5o9 


VW  V\\>  WWW  wvwv  wvwv  wvvw  w  ww  vw 


Essai  sur  l'Histoire  awcienpe  et  moderne  de 
LA  NouVKLLE-RussiE  :  Statistique  des  provinces 
qui  ta  cowposejit.  Fondation  d^ Odessa;  ses  pro- 
grès ,  son  état  actuel;  détails  sur  son  commerce. 
J^ojage  en  Crimée  dans  Vintérét  de  ï agriculture 
et  du  commxij'ce\  avec  cartes  ,  vues  ,  plans  ,  etc.  5 
dédié  à  S.  M.  l'empereur  Alexandre  I^r  (;). 

M.  DE  CASTEL^fAU  a  fait  un  séjour  de  quinze  ans  dans 
le  pays  dont  il  écrit  l'histoire;  il  a  employé  la  plus 
grande  partie  de  ce  tems  à  recueillir  les  matériaux  de 
son  important  ouvrage. 

L'histoire  de  la  nouvelle  Russie  présentait  plus  de 
difficultés  que  celle  d'aucun  autre  peuple  de  l'Europe. 
Cette  portion  de  l'empire  russe,  nouvellement  réunie, 
fut  tour  à  tour  possédée  ,  conquise  et  ravagée  par  plus 
de  soixante  et  dix  nations  différentes ,  depuis  le  teras 
d'Hérodote.  Au  milieu  de  tant  de  changemens  et  de 
dévastations  ,  ses  annales  devaient  offrir  de  fréquentes 
lacunes.  A  force  de  soins,  de  travaux  et  de  recherches, 
M.  de  Casteinau  est  parvenu  à  nous  offrir  un  corps 
complet  d'histoire,  auquel  il  donne  modestement  le 
titre  à^ Essai. 

L'ouvrage  est  divisé  en  trois  époques  principales  :  la 
première  commence  à  l'antiquité  la  plus  reculée  ,  et 
finit  à  la  conquête  de  la  Tauride  par  Mahomet  H, 
en  1475,  douze  ans  après  la  prise  de  Constantinople. 

Dans  cette  première  partie,,  l'auteur  s'appuie  sur 

(i)  Paris,  i8ao.  3  vol.  in-S".  Key  et  Gravier,  libraires,  quai 
<ic3  Augustiiis,  n''  55.  Prix,  i5  fr- ,  et  18  fr.  franc  de  poft. 


5.0  SCIEIVCKS  IVIOR ALES 

lléroilote  et  sur  It-s  auteurs  grecs  et  latins  qui  ont 
parlé  des  Scvtlies.  11  fait  preuve  d'une  vaste  érudition 
et  d'une  saine  critique,  en  rapportant  les  notions  que 
les  anciens  nous  ont  transmises  touchant  les  moeurs, 
les  mif;ralioiis,  les  guerres,  les  institutions  des  peuples 
indigènes  ou  conquérans  de  laTauride,  et  des  contrées 
qui  forniaient  l'ancienne  Scythie  ;  il  rectifie  plusieurs 
opinions  erronées  ,  et  rétablit  quelquefois  le  texte  des 
auteurs  d'une  manière  heureuse,  et  qui  s'accorde  mieux 
avec  les  faits  et  les  localités  ;  il  rend  tompte  des  rap- 
ports de  politique  ,  de  colonisation  et  de  commerce 
que  ce  pays  eut  successivement  avec  les  Perses  .  les  ré- 
publiqnes  de  la  Grèce,  les  rois  du  Bosphore,  les  Ro- 
mains, les  Grecs  du  Bas-Empire  et  les  Sarmates  ;  il 
parle  ensuite  des  éinblissemens  des  Génois  en  Tauride, 
de  la  conquête  qu'ils  y  firent  de  l'ancienne  Cherson  , 
des  progrès  des  Vénitiens,  leurs  rivanx ,  qui  ,  par  leur 
colonie  de  Tana ,  s'emparèrent  d'une  partie  du  com- 
merce de  l'Orient,  dont  ils  jouirent  concurremment 
avec  les  (iénois ,  juscju'à  ce  que  les  uns  et  les  autres 
furent  chassés  par  les  Turcs  de  tous  les  ports  de  la  mer 
Noire  et  de  la  mer  d'AzolT. 

Cette  première  partie  est  terminée  par  la  descrip- 
tion de  ([uelques  restes  d'antiquités,  et  par  celle  des 
])rincipales  méd.-iilles  trouvées  dans  les  ruines  d'an- 
ciennes villes  et  dans  les  fouilles  des  Kourgaties ^  ce 
sont  des  monticules  de  terre  ,  comme  on  en  trouve  dans 
tout  le  nord,  dont  on  surmontait  le  tombeau  des  chefs 
de  hordes  et  des  guerriers  distingués.  Les  médailles 
représentent,  d'une  manière  allégorique,  plusieurs 
villes  de  la  Tauride,  et  les  traits  de  quelques  rois  du 
Bosphore. 

La  seconde  (époque  o/Tre   plus  de  certitude,  sous  le 


ET  POLIOQUES.  Si i 

rapport  des  faits  historiques.  Elle  comprend  un  espace 
de  trois  siècles,  depuis  la  conquête  de  la  Crimée  par 
les  Turcs  ,  jusqu'à  la  cession  qu'ils  en  firent  à  la  Russie, 
en  1784  ;  ce  fut  alors  qu'elle  reprit  son  ancien  nom  de 
Taiiride.   Pour  faire  passer  sous  nos  yeux  les  événe- 
mens  de  cette  époque ,  l'auteur  ne  s'est  pas  contenté 
de  puiser  les  détails  les  plus  authentiques  dans  les  écri- 
vains russes  et  polonais  ;   nous   savons  qu'il  a  encore 
entrepris  à  ses  frais  ,  et  par  le  seul  amour  de  la  vérité, 
des  Voyages  importans  en  Pologne  et  dans  les  diffé- 
rentes parties  de  la  Russie  ;  il  a  visité  les  champs  de 
Pultawa  et  les  bords  du  Pruth,  si  différemment  célèbres 
dans  l'histoire  de  Pierre  I".  Il  a  eu  entre  les  mains  les 
Mémoires  manuscrits  les  plus  intéressans;  il  a  profité 
des  richesses  de  ce  genre  accumulées  pendant  des  siècles, 
dans  plusieurs  couvens  ;  et  ses  heureuses  investigations, 
secondées  par  les  autorités  publiques,  se  sont  étendues 
dans  la  plupart  des  contrées  du  vaste  empire  auquel  la 
nouvelIeRussie  venait  d'être  agrégée.  Au  moyen  de  tant 
de  secours  ,  de  recherches  laborieuses,  de  traditions  et 
de  communications  soumises  à  un  jugement  éclairé  , 
M.  de  Castelnau  a  pu  nous  donner  le  premier  une  his- 
toire complète  et  impartiale  de  peuples  jusqu'à  ce  jour 
peu  connus  en  Europe  ;  de  ces  Tartares  belliqueux,  si 
souvent  révoltés  contre  la  Porte,  et  presque  toujours 
en  guerre  avec  les  Polonais  et  les  Russes,  affranchis  du 
joug  ottoman  par  le  secours  de  ceux-ci  dont  ils  sont 
enfin  devenus  les  sujets;    de  ces  Kozaks  Zaporogues  , 
alliés  peu  sûrs,  ennemis  terribles,    qui  présentèrent 
la  triple  singularité  d'avoir  existé  Iqng-tems  en  corps 
d'état  sans    femmes,    de   s'être   fixés  sur   ces  mêmes 
bords  oïl  les  anciens  avaient  placé  de  fières  amazones, 
bannissant  les  hommes  de  leur  république  j  et  d'avoir 


5ii  sciEKŒs  :moralks 

enfin  t'iti  tlélruils  sans  retour  par  une  femme.  Celttf 
mesure  (|u'oi<loniia  (  allierluc  l'ut  geuéralement  blâ- 
mée en  lîurojjc  ;  l'auteur  cherche  à  Ja  justifier  par  des 
motifs  de  haute  politique.  L'Hetinan  Climeluiski,  parmi 
ces  kcizaks  ;  le  Klian  Selim-Gherai ,  eu  Crimée  ,  grands 
tous  les  deux  par  leurs  \ertus  giicrrit'res  et  civiques, 
méritaient  également  d'être  célébrés.  Voici  comment 
l'auteur  s'txj)rime  en  parlant  de  ce  dernier  : 

«  Parmi  tant  de  souverains  ,  déshonorant  cet  au- 
guste nom,  on  distinguera  ce  brave  Sélim-Gheraï  , 
l'honneur  de  son  pays  ,  peut-être  même  de  son  siècle, 
si  les  belles  actions  qui  illustrèrent  sa  carrière  eussent 
été  développées  sur  un  plus  vaste  théâtre.  La  vie  de 
ce  prince  ignoré  se  composerait  d'un  hommage  perpé- 
tuel rendu  à  la  vraie  gloire,  à  la  vertu  éprouvée; 
mais  Sélim  n'a  pas  eu  d'historien  ;  sou  nom  ,  resté 
confondu  avec  celui  des  princes  qui  l'ont  obscurément 
précédé  ou  suivi ,  n'a  point  été  accompagné  de  la  cé- 
lébrité qu'il  a  si  bien  méritée — 

»  Cet  homme  extraordinaire  ,  supérieur  à  la  fortune 
et  bien  digne  de  la  fixer,  mourut  après  avoir  laissé  les 
plus  beaux  exemples  de  valeur,  de  constance  ,  de  mo- 
destie, de  patience  ,  de  fidélité  ,  de  justice  dans  l'ad- 
juinistration  ;   de  prudence  et  de  savoir  dans  les  con- 
seils ;  de  piété  et  d'amour  ])aternel.  Sélim!   ailleurs 
ton  nom  etît  passé  à   la  postérité  sur   les  ailes  de  la 
reconnaissance  et  de  la  gloire;  mais  ,  chez  une  nation 
peu  connue  ,  peu  éc'airée  ,  peu  estimée  surtout ,  il  est 
resté  dans  l'oubli.  Puisse  un  jour  un  historien  digne  de 
loi  ,  p'eindre  avec   énergie  des   vertus   que  je  n'ai  su 
qu'esquisser  î  Puisse- 1- il  rendre  à  l'immortalité  un 
prince  fait  pour  elle  ,  et  ajouter  à  la  liste  des  grands, 
des  bons  souverains  ,  un  nom  d'autant  plus  glorieux  , 


ET  POLITIQUES.  5i3 

que  celui  qui  l'a  illustré  naquit  au  milieu  des  Talars, 
qu'il  eut  à  vaincre  l'ignorance  d'une  éducation  vi- 
cieuse et  n'enseignant  aux  chefs  que  le  parjure  et  le 
pillage  !  » 

Le  règne  des  prédécesseurs  de  Sélim  et  de  ceux  qui 
lui  succédèrent  fournit  au  contraire  un  continuel  exem- 
ple des  vices  les  plus  odieux.  Mahomet  II ,  en  se  réser- 
vant la  suzeraineté  de  la  Crimée,  s'était  engagé  à  ne 
placer  sur  le  trône  qu'un  prince  de  la  famille  de  Gen- 
gis-Khan.  Il  avait  juré  solennellement  que  ni  lui,  ni 
ses  successeurs,  ne  pourraient  condamner  à  mort  un. 
prince  de  cette  race.  Aussi,  les  Khans,  appelés  au 
pouvoir  ,  déposés  ,  rétablis  sur  le  trône  ,  suivant  le  ca- 
price de  la  Porte  ,  se  hâtaient-ils  de  dévorer  leur  règne 
d'un  moment  ,  sûrs  que  la  perfidie  ,  l'oppression  et  les 
massacres  des  sujets  ,  l'incendie  des  villes,  la  désola- 
tion des  campagnes,  la  révolte  envers  le  suzerain, 
n'auraient  d'autre  punition  que  l'exil  en  Romélie,  ou 
bien  leur  rappel  à  Constantinople.  Là,  souvent,  au 
milieu  d'une  intrigue  de  sérail,  ils  parvenaient  à  se 
faire  investir  d'un  pouvoir,  et  à  se  venger  d'un  visir 
ennemi. 

Dewlet-Gheraï ,  comptant  sur  un  butin  considérable, 
s'était  vivement  opposé  à  la  suspension  d'armes  que  le 
grand  visir  Mehemet  accorda  au  czar  sur  les  bords  du 
Prulh.  Il  s'emporta  jusqu'à  provoquer  ce  premier  mi- 
nistre avec  violence,  et  soutint  que  le  traité  ne  pou- 
vait avoir  lieu  qu'après  la  ratification  du  g'rand  sei- 
gneur. Un  ami  du  visir ,  présent  à  cette  altercation  , 
s'écria  :  «  IMe  permet-on  de  faire  voler  d'un  seul  coup 
la  tête  du  khan  ?  »  Cet  argument  le  calma  ;  la  paix  fut 
signée. 

Bientôt  après,  Dewlet-Gheraï  est  déposé  ;  il  se  rend 
TOME  viir.  33 


5:4  SCIENCES  MORALES 

à  Constnnlinoplc  et  obtioiil  de  nouveau  la  souverai- 
neté. .«  Il  existait  dans  (  etle  ville  un  usage  bien  si.igu- 
lier,  qui  prouvait  à  la  fois  le  crédit  d'un  khan  de(;ri- 
inée  et  la  faiblesse  du  gonvrrnenicnt  turc.  Lorsqu'un 
d'entre  eux  prenait  congé  du  grand  seigneur,  aprèj 
avoir  été  loroiinu  et  nistallé  khan,  il  montait  à  cheval, 
à  l'issue  de  l'audience;  el ,  s'il  avait  une  demande  à 
faire,  il  niottait  un  pied  à  l'étrier  et  retenait  l'antre 
sur  la  pierre  du  niontoir  ;  cela  voulait  dire  :  Je  suis 
prêt  à  nie  rendre  à  mon  poste,  oii  mon  zèle  égalera  ma 
fidélité  ;  mais  je  suis  retenu  par  un  empêchement  que 
vous  seul  pouvez  lever.  Le  grand  seigneur  fit  demander 
à  Dewiflt  ce  qu'il  désirait  de  lui  ;  le  khan  répondit  (|u'il 
re  pouvait  partir  jusqu'à  ce  qu'on  lui  eût  cnvové  la 
tête  du  grand  visir  Mehemet ,  qui  avait  tiahi  la  Porie 
par  le  traité  du  Prulh  :  on  envoie  aussitôt  con])er  celte 
tête  ,  et,  par  la  mc:i:e  occasion  ,  celles  du  reys-enendi  et 
de  l'aga  des  janissaires,  dont  le  khan  était  mécontent. 
Celte  opération  faite,  Dewlel  acheva  de  se  mettre  eu 
selle  cl  partit  pour  la  Crimée.  » 

L'auteur  ne  nous  porle  pas  de  la  triste  fin  du  dcr* 
nier  de  ces  souverains.  Chaim-Gheraï  qui  ,  avant  cédé 
à  la  Ri:ssie  ses  droits  et  ses  possessions  ,  en  i7»>4  ?  P'^ssa 
dans  une  province  de  cet  empire,  v  vécut  obscuré- 
ment jus(ju'en  i^bt)  ,  et  obtint  alors  l'agrément  de  Ca- 
therine pour  se  ren.'ire  <^n  Turquie  ;  le  grand  seigneur 
l'y  avait  autorisé;  mais  à  ]>eine  v  fut-il  entré,  <|u"il 
s'aperçut  du  ressentiment  qii'inspir.nl  encore  sa  con- 
duite p.TSséc  ;  exilé  à  Rhodes ,  il  v  f  'l  étranglé ,  en  1 787. 
Ainsi ,  la  Porte  qui  av;;it ,  trop  religieusement  pf'uf-ctrr, 
observé  pendant  trois  siècles  le  serment  de  Mahomet  11, 
en  «'•paignanl  la  vie  do  ces  khans,  souvent  rebelles  et 
toujours  barbares  ,  le  >iole  pour  la  première  fois,  en 


ET  POLITIQUES.  5i5 

faisant  mettre  à  mort  celui  tjni  avait  cessé  d'être  soa 
sujet.  Ce  fait,  et  les  réflexions  qu'il  entraîne  ,  méri- 
taient peut-être  une  mention  dans  l'ouvrage  de  M.  de 
CasteUiau. 

La  troisième  époque  de  l'histoire  de  la  Nouvelle-Russie 
est  la  partie  de  l'ouvrage  qui  offre  le  plus  d'intérêt  aux 
amis  de  l'humanité,  à  ceux  qui  jiréfèrent  les  conquêtes 
de  la  civilisation,  les  progrès  de  l'agriculture,  du 
commerce  et  des  arts  ,  l'établissement  des  canaux  et 
des  ports  de  mer,  à  l'invasion  des  provinces,  à  la  fon- 
/dation  et  à  la  destruction  des  pjaccs  fortes,  aux  triom- 
phes sanglans  des  armées. 

Ces  contrées,  si  long-tems  désolées,  présentent  au- 
jourd'hui l'aspect  d'une  félicité  générale.  Leur  situation 
sur  les  bords  de  la  Mer  Noire,  plusieurs  fleuves  navi- 
gables, la  fertilité  des  terres,  l'appel  fait  à  de  nom- 
breux colons  protégés  et  secourus  par  le  gouvernement, 
une  ville  nouvelle  et  déj.i  considérable,  centre  de  riches 
capitaux  et  d'un  grand  commerce  ,  ont  fait  de  la  Nou- 
velle-Russie un  des  pays  les  plus  heureux  de  l'Europe. 

L'auteur  traite  en  détail  ces  différens  points;  il  s'é- 
tend principalement  sur  Odessa  ;  il  dit  ce  qu'elle  était 
avant  la  conquête,  ce  qu'elle  est  devenue  jusqu'en  i8o3, 
ce  qu'elle  est  actuellement ,  et  quelles  brillantes  desti- 
nées lui  paraissent  réserves.  Au  milieu  de  tant  d'avan- 
tages ,  un  fléau  destructeur  infesta  cette  ville  en  1812. 
M.  de  Castelnau  fait  connaître  les  mesures  prises  pour 
arrêter  les  développemens  de  la  peste  ;  elles  eurent  pour 
résultat  des  succès  étonna  ns.Ce  fléau,  ajoute  l'auteur,  ne 
peut  être  promptement  et  sûrement  arrêté,  que  lorsque 
celui  qui  romm.^nde  ne  le  craint  pas.  On  sait  qu'à  cette 
époque,  un  homme  gouvernait  à  Odessa,  qui  soutint 
honorablement  le  titre  de  Français.  Parmi  les  traits 

33* 


fil 6  SaE^CES  MORALES 

cités  dans  cet  ouvrage,  noi)s  en  ferons  connaître  un 
seul,  parce  qu'il  sera  toujours  be  lU,  iudépendaninient 
des  lieux  ,  des  Imis,  des  opinions  :  «  Pour  inspirer  du 
courage  aux  Labilans  de  Pelri-Kowka,  qui  se  refusaient 
à  ensevelir  les  hommes  morts  de  la  poste,  M.  le  duc  de 
Richelieu  prit  une  bêche,  et  leur  donna  un  exemple 
auquel  on  ne  put  résister.  » 

Nous  ne  devons  pas  laisser  ignorer  une  circonstance 
que,  par  modestie,"  M.  de  Caslelnau  a  passée  sous  si- 
lence ;  c'est  que  lui-même  a  prodigué  les  plus  géné- 
reux secours  aux  malades,  tant  qu'a  duré  la  contagion, 
et  qu'il  a  partagé  les  soins  et  les  veilles  de  son  noble 
ami. 

Après  avoir  dépeint  les  funestes  effets  de  la  peste  , 
dans  cette  occasion  ,  l'auteur  cherche  à  prouver  (jue  le 
fléau  ne  se  propage  que  par  le  contact  ;  il  a  rattaché  à 
son  opinion  le  système  des  animalcules  do  Lœuenhœk. 
C'est  aux  physiologistes  et  aux  physiciens  à  juger  du 
mérite  de  cette  hypothèse. 

L'ouvrage  est  terminé  par  la  relation  d'un  voyage 
que  M.  de  Castelnnu  a  fait  en  Crimée.  Géologie,  his- 
toire naturelle,  numismali<|uc  ,  position  des  anciennes 
villes  ,  slalisll  {ne  ,  agriculture,  commerce  etna\iga- 
lion  ,  tout  paraît  avoir  été  embrassé  et  traité  par  fau- 
teur d'une  manière  .satisfaiiÉnle  ,  dans  cette  partie, 
comme  dans  les  précédentes.  De  beHes  caries  de  la 
rsDuvelIe-Russie  en  général  ,  et  de  la  (,'rimée  en  parti- 
culier, accompagnent  le  premier  et  le  second  volume, 
et  tous  les  trois  sont  enrichis  de  gravures  à  Vncf/i/a- 
tinla  ,  qui  représentent  les  sites  les  ])!us  ])illoresqucs  fie 
la  presqu'île. 

Cet  ouvrage,  vraiment  estimable,  ne  peut.m.in- 
qucr  de  plaire  et  d'instruire.  Apres  l'avoir  lu,  on  for- 


ET  POLITIQUES.  517 

niera  comme  nous  un  vœu,  ou  l'on  éprouvera  peut- 
être  un  regret  :  que  ne  fut-il  donné  à  ceux  que  les  dis- 
cordes civiles  éloignèrent  de  leur  patrie,  de  pouvoir, 
en  rentrant  dans  son  sein,  lui  faire  hommage  de  vues 
aussi  philanthropiques,  et  de  tant  de  richesses  morales, 
acquises  par  l'étude,  la  philosophie  pratique  et  un 
travail  honorable  I  D.  de  Gavedell-Geaxny. 


fVVWW  V  V\  'W\'W\'VV\  W\'W\'VVVVV\  VV\  'V\^  ^^"^ 


NOTICIA      DE     LOS    PRINCIPALES    SUCCESSOS    OCCURIDOS 

EN  EL  GOBiERNO  DE  EspANA ,  etc.  —  Le  même 
ouvrage  ,  en  français ,  sous  le  titre  d'ApERçu  des 

RÉVOLUTIONS  SURVENUES  DANS  LE  GOUVERNEMENT 

d'Espagne,  depuis  le  preniierinomeal  de  T insur- 
rection ,  en  1808  ,  jusquà  la  dissolution  des  cor" 
tes  ordinaires  ,  en  i8i4,  traduit  sur  V original , 
écrit,  par  un  Espagnol  à  Paris  (1). 

Tout  le  monde  connaît  les  événemens  qui  out  donné 
lieu  à  la  révolution  d'Espagne  en  1808.  On  sait  que 
Bonaparte ,  en  vertu  d'un  acte  de  cession  signé  par  le 
roi,  prétendit  avoir  le  droit  de  souveraineté  sur  ce 
royaume,  l'envahit,  lui  donna  des  lois,  et  imposa  à 
la  nation  un  roi  de  sa  famille.  Il  est  évident  que  cet 
acte  de  cession  n'avait  aucune  valeur.  Bonaparte  avait 
beau  faire  des  proclamations  et  des  décrets  ;  cela  ne  lui 
donnait  pas  le  moindre  droit  sur  l'Espagne,  et  la  na- 
tion restait  eutièreuicut  libre  dans  le  choix  de  ses 
moyens  de  salut.  Elle  fit  tout  ce  que  prescrivaient  les 
circonstances  extraordinaires  oii  elle  se  trouvait.  Pri- 
vées d'un  gouvernement  central ,  les  provinces  s'insur- 

(1)  Paris,  1830;  iu-S**.  Gorrt'ard,  libraire. 


5i8  SCIENCES  MORALES 

gèrent  isoléincnl ,  et  se  donnaient  des  juntes:  ces  insur- 
rect  oas  partielles  se  lièrent  peu  à  jieii  ;  les  juntes 
s'associèrent;  le  systèiue  fédéral  nuit  de  nouveau  le» 
pays  que  la  rhiile  du  trône  avait  séparés.  Dans  ce  iiio- 
ment,  les  juntes  étaient  le  véritable  gouvernement. 
Créées  par  la  volonté  nationale,  elles  agirent  dans  un 
esprit  vraiment  espagnol ,  et  furent  le  seul  organe  de 
la  nation. 

Cet  esprit  public  ([ui  les  animait,  leur  fit  promptc- 
ment  sentir  le  besoin  de  substituer  un  centre  de  gsu- 
vernemcnt  à  celui  que  l'usurpation  venait  de  détruire  ; 
mais,  pour  que  ce  centre  conservât  le  véritable  esprit 
de  son  institution,  les  juntes  résolurent  do  le  composer 
de  députés  des  juntes  provinciales  :  la  junle  centrale 
fut  une  véritable  émanation  des  juntes  de  province  , 
qui,  par  un  généreux  sacrifice,  digne  de  l'élan  gé- 
néral, se  démirent  de  leur  pouvoir  dés  qu'elles  eurent 
douné  un  gouvernement  à  l'Espagne.  Cependant,  ce 
nouveau  gouvernement  ne  fut  créé  que  provisoirement , 
et  avec  la  mission  expresse  de  préparer  la  convocation 
des  corlës ,  qui  seuls  pouvaient  fonder  un  ordre  de 
choses  durable. 

La  junte  centrale ,  composée  de  trenle-six  députés 
des  juntes  provinciales,  se  réunit  en  i8o8,àAran- 
jucz,  au  [uilieu  des  progrès  de  l'invasion.  Fidèle  à  sa 
mission  ,  quoique  errante  de  ville  en  ville,  elle  s'occupa 
de  la  convocati:)n  des  corlès;  mais,  comme  les  circons- 
tances impérieuses  d'à  lors  exigeaient  une  grande  promp- 
titude dans  les  mesure-  de  salut  public,  elle  se  subs- 
titua une  régenre  composée  de  cinq  meridjres,  et  plus 
pr(q)re  à  gouvei  uer  d.ins  des  momeris  aussi  difïlciles.  La 
régence  riecf'da  point  en  pat  riotisme  à  ses  commollans  ; 
réfugiée  ù  l'exlréuiité  de  l'Kspagne,  dans  l'îlcde  Léon, 


ET  POLITIQUES.  5 19 

elle  convoqua  ,  en  1810,  les  certes  généraux  et  extraor- 
dinaires. Les  provinces  encore  libres  se  lialèrent  d'en- 
voyer à  Léon  leurs  députés  ;  celles  que  l'ennemi  oppri- 
mait nommèrent  spontanément  leurs  représentans  , 
dès  qu'elles  purent  s'affranchir  du  joug  étranger. 

Cadix  devint,  en  181 1,  le  siège  de  cette  assemblée 
auguste,  appelée  à  la  grande  mission  de  donner  un 
nouveau  gouvernement  à  l'Espagne.  C'est  alors  qu'oa 
vit  le  singulier  spectacle  d'une  assemblée  constituante 
délibérant  avec  un  calme  admirable,  et  avec  la  sagesse 
d'un  sénat  antique,  sur  tous  les  articles  de  la  nouvelle 
constitution,  tandis  que  les  bombes  ennemies  volaient 
au-dessus  de  la  salle  des  séances.  Profondément  péné- 
trée de  l'obligation  d'assurer  le  bonheur,  non -seule- 
ment des  conleiTiporains  ,  mais  aussi  de  la  postérité, 
elle  créa  ce  code  constitutionnel  célèbre  sous  le  iiom 
de  Conslitiilion  des  cortes  de  Cadix. 

Tous  les  souverains  qui  ne  se  croyaient  pas  forcés  de 
céder  à  l'influence  de  Bonaparte,  s'empressèrent  de  re- 
connaître l'ouvrage  des  cortès.  De  ce  nombre  furent 
l'infante  de  Portugal ,  les  rois  d'Angleterre,  de  Prusse  et 
de  Suède.  L'empereur  de  Russie  déclara  en  propres 
termes,  par  l'article  3  du  traité  de  Weliki-Louki , 
qu'il  reconnaissait /;oi^r  légitimes  les  corlès  généraux  et 
extraordinaires  ,  ainsi  que  la  constitution  décrétée  cl 
sanctionnée  par  celtt:  assenillée.  Ceci  se  passa  peu  de 
tems  après  que  les  souverains  eurent  tous  reconnu  la 
libre  élection  d'un  autre  souverain,  dans  un  j^ays  du 
Nord. 

Faite  et  sanctionnée  par  les  représentans  légitimes 
de  la  nation  espagnole  ,  acceptée  par  le  peuple  ,  re- 
connue comme  acte  fondamental  par  les  puissances 
élraugcrcs,   la  constitution  de   1812  était  obligatoire 


5io  SCIENCES  MORALES 

pour  tout  Espagnol.  Le  loi  rentra  en  l'Espagne  avec 
riiitciitioii ,  à  ce  ^u'il  paraît,  d'accepter  la  constilu- 
lion  ;  mais,  à  \alcnce,  l'intrigue  réussit  à  le  tromper, 
et  à  l'eiigagor  à  servir  les  projets  «l'un  parti.  L'auteur 
de  l'ouvrogo  (|iie  nous  annonçons  met  à  découvert  les 
ressorts  de  celle  intrigue  anti-nationale,  (jui  a  fait  gé- 
mir l'Espagne  pendant  six  ans  sous  le  despotisme  d'une 
faction.  Il  faut  nous  arrêter  quelques  instans  avec  lui 
aux.  causes  qui  produisirent  cette  espèce  d'interrègne. 
Par  un  excès  de  prudence  patriotique,  l'assemblée 
constituante  avait  décrété  qu'aucun  député  ne  pour- 
rait être  élu  deux  fois  de  suite.  11  en  résulta  qu'aucun 
membre  de  celte  assemblée  n'étant  éligible  aux  pre- 
miers cortèsordinairesqui  furent  convoqués ,  l'Espagne 
fut  restreinte  dans  ses  choix,  et  qu'elle  envoya  aux  cor  tes 
ordinaires  des  députés  dont  les  opinions  étaient  en  partie 
équivoques.  Les.«7v/A'.y  qui  avaient  été  déjoués,  lors  des 
premières  élections  ,  eurent  le  tems  d'intriguer,  et  de 
faire  entrer  dans  la  représentation  nationale  beaucoup 
d'hommes  qui  leur  étaient  dévoués.  L^ne  assemblée 
ainsi  mêlée  n'inspira  plus  la  même  confiance  que  la 
précédente,  ri  n'eut  pas  le  même  ascendant  sur  l'es- 
prit public  :  lo  parti  servile  en  profita  pour  atla«jiier 
et  ruiner  les  libéraux.  Ce  (|ue  le  machiavélisme  des 
ministres  les  plusconompns  a  jamais  inventé  de  plus 
])uissanl  pour  perdre  ses  adversaires,  fut  ernplové  par 
ce  parti;  des  jdans  de  conspiration  furent  artificicu- 
scinent  ourdis,  et  attribués  à  des  hommes  connus 
jiar  leur  patriotisme.  On  mit  en  avant  un  Eranrais  se 
disant  le  général  Audinot ,  arrêté  comme  agent  secret 
de  r)Oiiaparte  ,  pour  déclarer  qu'Arguelles  ,  homme 
probe  et  incorruptible,  s'était  vendu  à  lui.  (.e  ]»arli 
formidable  se   grossissait  de    tous   ceux  qui  s'claiont 


ET  POLITIQUES.  Sii 

nourris  des  abus  de  l'ancien  régime  ;  il  se  précipita  au- 
devant  du  roi ,  le  circonvint,  et  l'obséda  pour  eu  ob- 
tenir le  rétablissement  de  toutes  les  vieilles  institutions. 
Il  ne  fut  pas  possible  au  roi  de  sortir  du  cercle  que 
la  faction  servile  avait  tracé  autour  de  lui  à  Valence  : 
tous  ceux  qu'il  consultait ,  s'accordaient  à  lui  répéter 
que  l'Espagne  soupirait  après  le  rétablissement  de  l'an- 
cien régime.  Il  restait  une  inquiétude  à  la  faction  ;  elle 
craignait  les  dispositions  de  l'armée  :  le  général  Elio  , 
qui  commandait  dans  l'est ,  fut  gagné;  dès-lors  elle  ne 
ruasqua  plus  son  audace.  Des  troupes  furent  envoyées 
contre  la  capitale  pour  disperser  les  cortès  et  arrêter 
tous  les  libéraux.  Le  décret  ordonnant  le  renversement 
de  la  constitution  fut  signé  et  promulgué ,  et  tous  les 
députés  serviles  coururent  souscrire  une  protestation 
contre  les  cortès  ,  dès  qu'ils  surent  que  cet  acte  de  bas- 
sesse leur  vaudrait  des  pensions ,  des  places  et  des  déco- 
rations. Les  mesures  de  despotisme  se  succédèrent  en- 
siiite  avec  une  telle  rapidité,  que  les  libéraux,  loin  de 
résister  à  tant  de  violence  ,  ne  purent  songer  qu'à 
sauver  leur  vie  ,  et  que  la  plupart  furent  saisis  et  jetés 
dans  les  cachots. 

Il  restait  à  notre  auteur  à  combattre  une  objection 
dont  quelques  hommes  se  sont  servis  pour  infirmer  la 
validité  des  actes  des  cortès  :  ils  ont  prétendu  que  les 
cortès  étaient  gagnés  par  l'Angleterre,  et  agissaient  sous 
son  influence.  Ce  serait  la  première  assemblée  nationale 
que  le  ministère  anglais  aurait  soudovée;  il  est  d'ailleurs 
un  peu  difficile  d'acheter  une  réunion  de  quelques 
centaines  de  membres.  Si  l'on  disait  que  le  ministère 
anglais  s'est  contenté  d'acheter  les  personnages  les  plus 
marquans  ,  on  ferait  une  injure  gratuite  à  des  hommes 
qui  jouissent  de  l'estime  générale,  et  de  plus ,  on  serait 


522  SCIENCES  MORALES 

obligé  de  convenir  ([ue  ces  iioin mes  ont  bien  mal  gagné 
l'argent  qu'ils  auraient  consenti  à  recevoir.  «  Ln  c(lVt , 
dit  l'auteur,  le  niiiii>(t-re  anglais,  qui  a  été  et  qui  est 
encore  l'un  «les  nieuibrcs  les  plus  distingués  des  corlès  , 
entama  auprès  de  cette  assemblée  trois  négociations  ' 
importantes.  Il  demandait,  dans  la  première,  a  faculté 
de  ci.^umercer  librement  avec  les  posseS'»ions  des  Espa- 
gnols en  Amérique;  dans  lai  seconde,  il  oilrait  la  mé- 
diation de  son  gouvernement  pour  la  pacification  de» 
provinces  américaines  qui  s'étaient  soulevées;  enfin, 
l'objet  de  lai  troisième  était  de  faire  conférer  au  duc  de 
Wellington  le  commandement  des  armées  d'Esj)agnc. 
Les  deux  prenjiers  points  lui  furent  refusés  ;  il  oldin!  le 
troisième  quand  il  ne  !e  demandait  plus.  »  Ainsi,  l'on 
trouve  toujours  les  corlès  sur  la  ligue  de  la  légalité  et 
de  riionneur  ;  et ,  queUjue  chose  que  fasse  le  parti  scr- 
vile  pour  attaquer  !a  légitimité  des  actes  de  celle  assem- 
blée, il  restera  prouvé  aux  yeux  de  l'Europe  que  les 
coriès  de  181?.  ont  élevé  un  inonument  national,  seul 
moyen  de  salut  et  vrai  palladium  de  leur  patrie. 

Depping. 


(wvw^x  ww%\w\  x^^*w<vv\'V\^'V\,^'V\^^^^^v^ 


Choix  de  IIavports,  Opimo>s  f.t  Discoifs  pro- 
voJiC(k  à  la  tiibtinn  nationale  ,  recueillis  dans 
un.  ordre  his!uri(jue  ,  et  imprimt's  diaprés  les 
pièces  originales.  SESS10^  dk   iSij)  (i). 

L'niSToiRKde  la  «essionde  iBiopourrail  offrir  un  texte 
fécond  à   cette  poléniitjne ,  iiioilié  politique  et   moitié 

(i)  Paris,  i.'Sao.  i  \ol.  in-8°  il'eiiviroQ  8uo  pa^cs.  Alexis  Ey- 
rrury,  rue  iM'-zar  ne ,  n»  "in.  l'rix  ,  ■;  fr  .*i  oiir  les  soiiscripteiiri,  vt 
9  f  r  .iV'C  t  iiortrail;  10  fr.  j'Our  ks  noii-5oUicri|)ltiirs,  ff  12  fr. 
avec  iut>  iiorlrsitts. 


ET  POLITIQUES.  SaS 

personnelle  ,  que  l'on  désigne  communément  sous  le 
noai  i^Q  politique  spéciale^  à  celte  critique  Je  circons- 
tance et  de  détail,  c^ui,  toujours  à  l'afTât  des  faits, 
attend  au  passage,  pour  les  traduire  au  tribunal  de 
l'opinion  ,  les  opérations  d'un  congrès  ,  les  actes  d'un 
ministère,  les  paroles  d'un  orateur.  Mais,  quels  que 
soient  les  avantages  de  cette  censure  journalière  qui 
forme  la  raison  publi(jue,  éclaire  les  citoyens,  dé- 
masque les  intérêts  illégitimes  ,  évente  les  projets  cou- 
pables ou  dangereux,  elle  ne  saurait  convenir  à  la  T{.evue 
Encjclopcdique .  La  politique  spéciale  ,  avec  quelque 
modératioa  qu'elle  soit  traitée,  a  toujours  quelque 
chose  d'hostile ,  peu  conforme  à  l'esprit  qui  préside  à 
la  composition  de  cet  ouvrage.  L'objet  de  la  Revue  est 
plus  grave,  ainsi  que  son  caractère.  Reconnaître  l'état 
et  les  progrès  de  l'esprit  humain  ;  tracer  l'inventaire 
périodique  de  la  civilisation  :  tel  est  le  but  de  ses  au- 
teurs. Ils  cherchent  dans  l'histoire  contemporaine  ,  non 
des  argumens  en  faveur  de  leur  opinion  personnelle, 
mais  ie  tableau  exact  des  faits,  celui  de  l'état  social  et 
de  ses  vicissitudes,  des  institulions,  de  l'esprit  d'un  peu- 
ple ou  d'une  époque.  Il  ne  faut  donc  s'allendre  à  trou- 
ver ici  qu'une  simple  analyse  ,  destinée  surtout  à  faire 
connaître  la  Fi  ance,  et  sa  situation  politique  intérieure, 
à  ceux  de  nos  lecteurs  qui  habitent  les  contrées  étran- 
gères ,  et ,  peut-élre  aussi ,  à  plusieurs  de  nos  compa- 
triotes, qui  manquent  des  données  nécessaires  pour  la 
bien  apprécier.  jN'ous  exposerons  quelle  était  cette  si- 
tuation ,  à  rentrée  de-  la  session  de  1819  ;  nous  trace- 
rons ensuite  ,  en  résumant  l'ouvrage  que  nous  avons 
sous  les  yeux  ,  un  rapide  exposé  des  événemens  de  la 
session.  Jaloux  de  conserver  à  celte  analyse  le  carac- 
tère philosophique  qui  doit  toujours  distinguer  les  ar- 


5a4  SCIEISCES  MORALES 

ticics  de  la  Rei'ue ,  nous  écarterons  avec  soin  tous  les 
dclaiis  qui  n'ont  trait  qu'à  des  hommes  ou  qu'à  des 
circonstances  fugitives  :  nous  raconterons  plus  quenous 
ne  jugerons;  ou  si  ,  quelquefois  ,  il  devient  nécessaire, 
pour  l'intelligence  des  faits  ,  d'en  indiquer  la  couleur 
et  la  physionomie,  nous  nous  efforcerons  de  porter 
dans  nos  jugemens,  non'la  chaleur  du  citoyen  qui 
débat  des  intérêts  présens,  mais  la  circonspection  et 
la  gravité  de  l'historien  ([ui  raconte  des  événemens 
passés. 

La  session  de  18 rç)  ne  présente  point  le  même  aspect 
général  que  les  trois  sessions  précédentes.  Celles-ci  ' 
avaient  été  productives  d'institutions ,  et  ce  caractère 
était  naturel  chez  un  peuple  qui,  possesseur  d'une 
constitution  récente ,  devait  s'empresser  d'assortir  toute 
son  organisation  sociale  à  l'esprit  de  cette  constitution. 
Ainsi ,  la  session  de  1816  avait  produit  une  loi  d'élec- 
tions ;  la  session  de  1817  ,  une  loi  sur  le  recrutement  de 
l'armée;  la  session  de  1818,  une  loi  sur  les  délits  de  la 
presse.  Ces  lois  n'étaient  point  parfaites,  sans  doute; 
mais,  du  moins,  elles  reposaient  sur  Ips  véritables  prin- 
cipes ;  elles  avançaient  l'état  social.  Le  progrès  était 
lent;  mais  il  y  avait  un  progrès.  En  i8iq,  la  scène 
change;  l'établissement  constilutioimel  est  interrompu: 
l'Assemblée  représentative,  jusqu'alors  partagée  en  trois 
sections  à  peu  près  égales  ,  se  divise  en  deux  partis  qui 
se  précipitent  avec  violence  l'un  contre  l'autre.  Le  pou- 
voir renonce  à  la  neutralité,  et  se  mêle  aux  combat- 
tans.  D'oli  sont  venus  ces  changemens  soudains?  Pour 
en  expliquer  la  cause,  quelques  détails  sont  nécessaires  : 
il  faut  rcmor»ter  un  peu  plus  haut. 

Dès    les  premiers  jours  de  la  révolution  ,   la  nation 
française  s'est  divisée  en  deux  partis;  l'un  favorable, 


l 


ET  POLITIQUES.  SaS 

l'autre  opposé  à  ses  résultats.  Ce  dernier  tend  à  rame- 
ner l'ordre  ancien  ;  le  premier  tend  à  consolider  l'or- 
dre nouveau.  L'un  invoque  l'inégalité  et  les  croyances; 
l'autre,  l'égalité  et  les  doctrines.  En  i8i5,  l'invasion 
de  l'étranger  donna  l'avantage  au  parti  de  l'ordre  an- 
cien :  la  session  eut  lieu  sous  son  influence  :  l'ordon- 
nance du  5  septembre  1816  arrêta  ses  progrès  :  la  loi 
du  5  février  181^  ,  sur  les  élections  ,  lui  enleva  la  supé- 
riorité :  dès-lors,  toutes  les  chances  de  l'avenir  furent 
en  faveur  de  ses  adversaires  :  dès-lors  aussi ,  tous  ses 
efforts  se  dirigèrent  contre  la  loi  du  5  février. 

Le  système  politique  du  ministère  ,  à  cotnpter  du  5 
septembre  1816  jusqu'à  la  fin  de  1819,   fut  de  mar- 
cher entre  les  deux  partis,  à  distance  plus  ou  moins 
égale  ,  de  s'unir  alternativement  à  l'un  ou  à  l'autre  , 
selon  le  besoin  du  moment ,  sans  pourtant  rompre  avec 
celui  dont  il  s'éloignait.  L'esprit  de  cette  politique  était 
de  fortifier  la  prérogative  ministérielle  ,  en  se  servant 
tour  à  tour  de  chaque  parti  contre  les  prétentions  du 
parti  opposé.  L'ordre  ancien  réclamait-il  des  conces- 
sions ;   le  ministère  s'appuyait  contre  lui  des  partisans 
de  l'ordre  nouveau  :  l'ordre  nouveau  invoquait-il  des 
garanties;  le  ministère  les  repoussait,  à  l'aide  des  par- 
tisans de  l'ordre  ancien.  C'est  ainsi  qu'il  marchait  cons- 
tamment vers  la  fin  naturelle  de  tous  les  dépositaires 
du  pouvoir,  qui  est  de  faire  la  part  du  pouvoir  la  plus 
large  possible. 

.Pour  y  réussir,  le  ministère  dut  s'assurer  une  masse 
de  suffrages  dont  il  put  toujours  disposer,  non  comme 
représentant  de  telle  opinion ,  de  tel  intérêt  ;  mais, 
comme  pouvoir.  Ce  fut  là  le  noyau  du  parti  ministé- 
riel ^  auquel  se  réunirent  un  certain  nombre  d'hommes 
modérés  des  deux  autres  partis  ,  que  l'amour  de  la 


'i-ffi  SCIENCES  MORALES 

paix  disposait  à  des  concessions.  Par-là  ,  la  cliamljre 

et  la  nation  nièrup  se  trouvèrent  divisées  en  trois  pnrli«. 

Le  parti  de  l'ordre  ancien  se  composait  de  la  no- 
blesse anti-rien  re  à  la  révolution,  d'une  portion  delà 
noblesse  ncuvclle,  créée  sous  le  régime  impérial,  du 
clergé,  d'un  grand  nonibre  de  fonctionnaires  publics, 
et  de  la  plupart  des  grands  propriétaires  territoriaux. 
Sa  force  consistait  dans  les  nouibreux  emplois  qu'il 
occupait  ,  dans  sa  prépondérance  à  la  cour,  dans  ses 
relations  diplomatiques  ,  dans  sa  richesse  territoriale  , 
dans  la  puissance  des  traditions,  des  habitudes,  de>< 
croyances.  Ses  représentans  siégeaient  dans  la  Chambre, 
à  la  droite  du  président  :  dc-là  ,  le  nom  de  côl('  droit , 
qu'on  lui  avait  donné  (i). 

Le  parti  de  l'ordre  nouveau  ,  1  raucoup  plus  nom- 
breux ,  comptait  dans  ses  rangs  presque  toutes  les  for- 
tunes mobiliaires  et  industrielles  ,  les  petits  proprié- 
taires de  terres  ,  les  acquéreurs  de  domaines  nationaux, 
les  commerçans  ,  les  manufacturiers,  les  gens  de  lettres 
et  les  savans  ,  les  hommes  de  loi ,  les  médecins ,  les  mi- 
litaires. Des  capitaux  ,*<les  denrées,  l'industrie  et  le 
travail  étaient  les  élémens  de  sa  richesse  ;  sa  corres- 
pondance avec  les  inlércls  et  les  liesoins  du  corps  so- 
cial ,  l'assentiment  du  plus  grand  nombre,  étaient  les 
élémens  de  sa  force  morale.  La  place  de  ses  d('putés 
dans  la  Chambre  l'avait  fait  nommer  le  côlc  i^auche. 

Le    parti    du    ministère,    plus   nombreux    dans    la' 

(i)  Kous  conscrvfroiis  ,  «tans  le  cours  de  cet  art irlc  ,  ors  de-no- 
minations ,  indidvrcnlcs  t-n  «-lles-nièmes,  et  nous  les  étendrons, 
non-sciiîcraent.  à  la  fraction  «Je  la  Cliiiml)re  qu'elles  i]<-'si;;neiit  , 
lu.tis  encoie  à  la  partie  de  la  nation  <juc  ces  fiactions  repi(-scn- 
tent.  l\ir-là,  nous  éviterons  de  rappeler  les  dénominations  sou- 
vent injustes  ,  toujours  désobligeantes,  que  les  partis  se  donneit 
mutuellement. 


ET  POLITIQUES.  527 

chamlire  que  dans  la  nation  ,  était  principalement 
forme  d'une  portion  des  fonctionnaires  publics  ,  de 
ceux  qui  aspiraient  à  le  devenir,  et  d'un  certain  nom- 
bre d'iiommes  de  toutes  les  classes  ,  qtii  regardent  une" 
déférence  absolue  pour  le  pouvoir  comme  un  gage 
d'ordre  et  de  stabilité.  La  force  intrinsèque  de  ce  parti 
était  peu  considérable  ;  rrais,  il  avait  cette  force  de 
position  que  donnent  le  pouvoir,  l'initiative  des  me- 
sures, une  organisation  régulière  ,  la  disposition  de  la 
richesse  publique  et  des  récompenses  sociales.  Sa  place 
à  la  Chambre  était  entre  les  deux  autres  ;  aussi  le  dé- 
sigoait-on  sous  le  nom  de  centre. 

Lne  conséquence  du  système  mixte  adopté  par  le  mi- 
nistère, était  de  le  mctire  aux  prises  avec  deux  opposi- 
tions. Nous  avons  vu  comment  il  les  combattait  l'une 
par  l'autre.  Tant  que  leur  fonce  respective -dans  la 
Chambre  fut  à  peu  près  égale,  cette  manœuvre  lui 
réussit.  Mais  les  élections  produites  par  !a  loi  du  5  fé- 
vrier fortifiaient  périodiquement  le  côté  gauche  :  on 
prévoj'ait  le  moment  oti  celui-ci  formerait  seul  la  ma- 
jorité. Dans  (ette  expectative,  deux  partis  s'offraient 
au  ministère  :  s'unir  au  cÔLé  gauche  ,  gouverner  selon 
ses  principes  et  avec  son  appui  ;  ou  bien  ,  profiter  sans 
délai  d'une  majorité  fngil:ive  pour  l'écraser  et  changer 
le  svslème  électoral.  Le  gouvernement  parut  d'abord 
pencher  pour  le  premier  p.irti  ;  le  rejet  de  la  propo- 
sition de  M.  Barthélémy  et  les  lois  sur  la  presse  fu- 
rent les  fruits  de  cette  disposition.  Mais,  vers  la  fin  de 
la  session  ,  l'accord  fut  troublé.  Dans  une  occasion  so- 
lennelle ,  le  ministère  eut  le  malheur  de  combattre 
contre  le  texte  précisde  la  loi  fondamenta'e  ,  dont  i!  ne 
parut  pas  tenir  assez  décompte  ,  et  d'ejilever  de  vive 
force  une  délibération  contraire  aux  expressions  fpr- 


I 


5a8  SCFENCES  IMORALtS 

racllcsdela  constilulioii.  Les  reproches  à\\  lôlé g;auche 
furent  extrêmement  sévères.  On  s'aigrit  de  part  et 
d'autre  :  de  nouvelles  discussions  augmentèrent  la  dis- 
corde,  et  ceux  qui  s'étaient  approchés  presque  alliés 
se  séparèrent  presque  ennemis. 

Celle  rupture,  en  retirant  au  ministère  la  popularité 
qu'il  avait  acquise  ,  lui  devint  nuisihle  dans  les  élec- 
tions suivantes.  Au  sortir  de  !a  discussion  des  lois  sur /« 
presse,  les  élections  eussent  été  ministérielles:  après 
les  débats  sur  la  Charte  ,  la  confiance  s'éloigna  :  elles 
prirent  un  caractère  prononcé  d'opposition.  Le  minis- 
tère en  fut  alarmé  ;  il  revint  au  second  parti  dont  nous 
parlions  tout  à  l'heure,  se  rapprocha  du  côté  droit ,  et 
résolut  le  changement  du  svstème  électoral. 

Tel  était  l'état  des  choses,  à  l'ouverture  de  la  session 
de  i8ir).  Les  divers  partis  s'efforçaient ,  au  moven  de 
la  presse  ,  de  se  rendre  l'opinion  favorable.  La  loi 
des  élections  était  devenue  très  populaire,  et  l'an- 
nonce de  son  changement  avait  ])roduit  une  assez 
grande  fermentation.  Leministère,  dans  ses  journaux, 
cherchait  à  changer  celle  disposition  des  esprits.  11 
représentait  (jue  la  loi  du  5  février  réduisait  presqu'à 
rien  l'influence  du  gouvernement  sur  les  élections  ; 
que  ,  cependant  ,  il  n'était  pas  possible  de  gouverner 
sans  l'appui  de  la  majorité  :  il  attribuait  à  plusieurs 
membres  du  calé  ^nuchc  des  intentions  hr.sliles  :  il 
craignait,  ou  feigiiait  de  craindre,  que  la  dynastie  elle- 
même  no  fi\t  menacée  ,  et  son  principal  arguraenl,  h 
cet  égard,  était  la  nomination  du  quatrième  député 
de  l'Isère. 

Le  (Ole  gauche,  répondait  (jue  la  Chambre  élective  , 
destinée  à  contrebalancer  le  jiouvoir,  ne  peut  dès-lors 
être  formée  sous  l'influence  du  pouvoir  ;  que  c'csL  aux 


ET  POLITIQUES.  Saj 

ministres  d'aller  trouver  la  majorité  ,  et  iion  à  la  ma- 
jorité d'aller  trouver  les  ministres:  il  traitait  de  calom- 
nies les  insinuations  dirigées  contre  quelques-uns  de 
ses  membres:  il  reprochait  au  ministère  son  peu  d'é- 
gard pour  la  Charte,  sa  lenteur  à  fonder  des  institu- 
tions nécessaires,  telles  que  le  jury,  le  système  muni- 
cipal :  il  attribuait  au  mécontentement  excité  par 
cette  conduite,  la  tendance  prononcée  de  l'opinion 
électorale  et  les  choix  qui  avaient  blessé  le  ministère. 

Le  côté  droit  cependant  manœuvrait  avec  beaucoup 
d'habileté.  Sans  s'attacher  à  combattre  ses  adversaires 
par  le  raisonnement,  il  s'adressait  aux  imaginations  : 
il  enchérissait  sur  les  alarmes  du  minislère  :  il  attri- 
buait à  l'un  des  nouveaux  élus  un  vote  funeste;  et, 
sans  vouloir  écouter  les  preuves  négatives  ,  il  était  par- 
venu, à  force  de  l'affirmer,  à  le  persuader  à  beaucoup 
de  personnes,  et  peut-être  à  se  le  persuader  à  lui- 
même. 

Le  ministère  avait  laissé  percer  l'intention  de  réviser, 
non-seulement  la  loi  des  élections,  mais  plusieurs  ar- 
ticles de  la  Charte  constitutionnelle.  Ses  adversaires 
se  hâtèrent  de  l'attaquer  dans  cette  position  défavo- 
rable ;  ils  démontrèrent  aisément  qu'une  loi  consti- 
tutionnelle, étant  une  loi  extraordinaire ,  ne  peut  être 
modifiée  ni  dans  les  mêmes  formes,  ni  par  le  même 
pouvoir  qu'une  loi  ordinaire  ;  qu'un  caradère  plus 
grave,  qu'une  sanction  plus  puissante,  conmiandaient 
d'autres  précautions  èl  d'autres  solennités.  Ce  fut  un 
des  principaux  avantages  du  côté  gauche  ^  d'être  placé 
sur  ce  terrain. 

C'est  ainsi  que,  de  part  et  d'autre,  on  se  préparait 
au  combat.  Le  champ  de  bataille  était  la  loi  des 
élections:  le  résultat  de  la  lutte  devait  être  le  triomphe 
TOME  vai.  S-î 


\ 


53o  SCIENCES  MOKALLS 

ou  (le  l'ordre  ancien,  ou  de  l'ordre  nouveau^oudu  pou- 
voir  luiuistériel.    Les  forces  étaient  égales  ,  le   succès 

douteux,    l'opinion    inquicle,    la    nation  attentive 

Enfîn,  ajirès  de  longs  délais,  la  session  s'ouvrit,  le  2q  no- 
vembre 1819. 

Ici  commence  plus  spécialement  le  résumé  que 
nous  devons  offrir,  et  dont  l'exposé  qui  précède  n'est 
que  l'introduction  nécessaire. 

Le  récit  de  la  séance  royale  et  le  discours  du   mo- 
narque ouvrent  le  volume.  Ce  discours  fut  écouté  avec 
une  avide  sollicitude:  on  y  cherchait  la  confirmation 
ou  le  démenti  des  bruits  qui  circulaient.  On  remarqua 
aussi   l'absence   du   quatrième   député   de    l'Isère,   et 
l'omission  de  son  nom  dans  l'appel  des  députés  invités 
à  prêter  serment.  On  savait  que  le  côté  droit  se  disposait 
à  demander  son  exclusion  ,  pour  raison  d'indignité;  et 
l'on  s'attendait,  dès  les  premiers  jours,  à  une  séance 
orageuse.  Cependant,  le  parti  ministériel  ,  également 
opposé  à  l'admission  de  ce  député  ,  mais  désirant  éviter 
l'éclat  d'une  discussion  qui   ne  j)Ouvait   cire  que  très 
violente,   avait  proposé,  comme  moyen  concilialoire, 
Yannulation  de   l'élection  pour  ■? '/ce  </e /ôrwr  .•  le  côlc 
ffattche  avait  accepté  cette  voie  de  pacification  ;  mais 
le   côlt^  droit   ne    voulut   point  abandonner  le  moyen 
d'indignitt'.  Le  rapport  n'en  fut  pas  moins  fait  dans  le 
sens  du  jiarli  ministériel.  A  peine  fut-il  terminé,  que 
des  orateurs  du  iôlt'-  droit  demandorcnt  la  parole  ;    le 
centre  et  le  côlt'  gauche  demandèrent  à  grands  cris  la 
mise  aux  iwix.  Long  tumulte,  suspension  de  la  séance. 
A  la  reprise  ,  M.   Laine  obtient  du  silence  ,  raj)j)elle  le 
vole   imputé  au  député   de  l'Isère ,    et   demande  que 
Yexclu.sion  soit  motivée  sur  l'indignilé  (|ui  en  résulte. 
Le  côté  gauche  ojipose  que  le  vole  allégué  n'a  réelle- 


ET  POLITIQUES.  53 1 

Hnent  pas  été  émis  ;  que  d'ailleurs  la  Charte  prononce 
(art.  II  )  l'oubli  des  opinions  et  des  voles;  que  la 
Chambre  ne  peut  ni  s'attribuer  un  droit  dépiration 
qu'aucune  loi  ne  lui  confère,  ni  la  motiver  sur  une 
cause  qui  n'est  non  pl.:s  déterminée  par  aucune  loi  ; 
qu'admettre  en  principe  le  droit  d'épuration  ,  ce  se- 
rait consacrer  le  despotisme  de  la  majorité,  etc..  Il 
demande  ,  en  conséquence,  que  l'on  vote  simplement 
sur  la  validité  àe  l'élection  ,  et  que  la  questionde  !'/«- 
dignité  soit  écartée,  comme  inconstitutionnelle.  Cette 
question  importante  ne  put  recevoir  de  solution.  Après 
une  discussion  vive  et  prolongée  ,  un  membre,  M.  Ra- 
yez, propose  de  voter  seulement  sur  l'admission,  sans 
exprimer  de  motif.  La  Chambre,  fatiguée,  adopta 
cette  proposition,  et  la  non-admission  fut  prononcée 
purement  et  simplement. 

La  nomination  d'un  président,  la  rédaction  d'une 
adresse  en  réponse  au  discours  du  roi ,  occupèrent 
quelques  séances.  Bientôt ,  la  demande  faite  par  les 
ministres  de  six  douzièmes  provisoires  des  contribu- 
tions fit  naître  un  nouveau  débat.  L'état  des  esprits 
imprimait  un  caractère  politique  à  des  questions  jus- 
qu'alors purement  financières.  L'opposition  soutenait 
que  les  contributions  provisoires  étant  votées  de  con- 
fiance,  et  les  ministres  n'ayant  pas  la  confiance,  on 
ne  devait  accorder  que  deux  ou  trois  douzièmes.  La 
commission,  adoptant  un  terme  moyen,  proposait 
quatre  douzièmes.  Le  côté  droit  se  réunit  au  ministère, 
et  les  six  douzièmes  furent  accordés,  à  la  majorité  de 
187  voix  contre  7g. 

Cet  avantage  était  pourtant  loin  d'être  décisif.  Des 
députés  encore  unis  au  ministère,  les  uns  avaient  dé- 
claré l'intention  de  l'abandonner,  si  la  Charte  ou  la 

34* 


53a  saKISCF:S  MORALES 

loi  des  élections  ctail  attat|U('o  ;  d'autres  balauçaient. 
Les  deux  partis  se  toinjUaient  ;  la  iiiajorilé  éla.l  dou- 
teuse. On  attendait  avec  anxiété  la  première  occasion 
de  connaître  les  forces  respectives.  Cette  occasion  se 
présenta  bientôt. 

Environ  cent  mille  pétitions,  adressées  à  la  Chambre, 
sollicitaient  le  luaintien  int«  gral  de  la  Charte  et  de  la 
loi  des  élections.  Le  jour  du  rapport  arri\a  ;  la  com- 
luissiou  proposa  Voiilie  ilu  jour.  La  discussion  se  pro- 
longea pendant  deux  séances:  dans  la  seconde,  l'un 
des  principaux  orateurs  du  côte  droit ,  M.  de\illèle, 
écartant  les  questions  de  forme  auxquelles  s'étaient 
attachés  les  premiers  orateurs,  attaqua  franchement 
la  question  fondamentale  ,  celle  de  la  loi  des  élections. 
M.  Manuel  lui  répliqua.  On  vit,  dès-lors,  ce  qu'un 
avait  déjà  pressenti,  que  le  résultat  de  la  délibération 
allait  préjuger  Je  résultat  de  la  session  entière.  Uordre 
du  j(<iir ,  malgré  la  présence  de  plusieurs  ministres  dé- 
putés ,  ne  passa  qu'à  la  majorité  de  cincj  voix. 

Ainsi,  le  déplacement  de  //'o/.s  suffrages  pouvait  dé- 
placer la  majorité.  Cette  perspective  était  peu  rassu- 
rante. D'autres  causes  encore  entretenaient  l'iiésilalion 
du  ministère.  Pour  réformer  le  système  électoral  , 
l'appui  du  côté  divil  lui  était  nécessaire  :  mais  le  tâir 
droit  voulait  une  loi  favorable  à  la  grande  propriété 
territoriale  ;  le  ministère  voulait  une  loi  favorable  au 
pouvoir:  on  négociait,  et  rirn  encore  nétait  arrêté. 
D'ailleurs,  la  position  du  ministère  était  délicate: 
en  1818,  il  avait  défendu  la  loi  des  élections;  il  s'agis- 
sait de  l'attaquer:  en  i8j8,  il  avait  combattu  le  to/*"' 
droit  ;  il  s'agissait  de  s'unir  à  lui.  De  ces  variations  ,  de- 
vait résulter  une  attitude  pénible  ;  les  dépositaires  i\u 
pouvoir  répugnaient  à  s'y  placer.  L'incertitude  conti- 


ET  POLITIQUES.  533 

miait  ;  la  session  traînait  en  longueur  ;  la  Chambre 
était  inactive  ou  ne  s'occupait  qu'à  délibérer ,  en  co- 
mité secret ,  sur  les  propositions  de  quelques  orateurs. 
C'est  ainsi  que  le  général  Demarçai ,  membre  du  côté 
gauche,  proposa  de  réclamer  la  convocation  de  quatre 
collèges  électoraux,  dont  la  députation  se  trouvait  in- 
complète :  nous  n'avons  pas  bien  pu  nous  rendre 
compte  des  motifs  qui  firent  rejeter  cette  proposition. 
C'est  encore  ainsi  que  M.  de  Lafayelte  proposa  de  sol- 
liciter une  organisation  générale  de  la  garde  nationale  : 
l'ordre  du  jour  fut  également  prononcé. 

L'attentat  du  i3  février,  qui  consterna  toute  la 
France,  vint  mettre  un  terme  aux  irrésolutions.  Le 
côté  droit  saisit  cette  occasion  pour  accuser  le  système 
suivi  par  le  ministère  depuis  le  5  septembre  i8i4; 
redoubla  ses  attaques  contre  les  élections ,  contre  le 
président  du  conseil  des  ministres  (M.  Decazes).  L'un 
de  ses  orateurs  alla  jusqu'à  dénoncer  celui-ci  à  la  tri- 
bune ,  comme  complice  de  l'assassinat.  Cette  dénon- 
ciation, qui  fut  repoussée  par  la  majorité,  fit  cepen- 
dant son  effet.  Le  ministère  ,  effrayé  de  l'orage ,  voulut 
le  conjurer  ;  il  crut  ne  pouvoir  mieux  réfuter  les  accu- 
sations dont  il  était  l'objet,  qu'en  proposant  de  grandes 
inesures  de  sûreté  générale.  Trois  projets  de  loi  furent 
présentés:  l'un,  suspensif  de  la  liberté  individuelle  ; 
le  second,  suspensif  de  la  liberté  de  la  presse  ;  le  troi- 
sième ,  constitutif  d'un  nouveau  système  électoral. 

Les  atlafjues  dirigées  contre  le  chef  du  ministère 
n'en  furent  point  ralenties.  Il  dut  enfin  leur  céder. 
Un  nouveau  ministère  se  forma  :  cependant,  les  lois 
proposées  restèrent» 

Cette  révolution  fut  le  signal  de  la  dissolution  du 
parti  ministériel.  Presque  tous  les  luembr'îs  du  centre , 


534  scie\ct:.s  imoralfs 

voyant  le  pouvoir  se  déclarer  onverlenienl  en  faveur 
du  côte  droit,  refluèrent  vers  ce  côté  ou  vers  le  coté 
opposé.  II  ne  resta  pins  (ju'im  petit  iioniKr^  de  uionibres 
plus  spécialcmeiil  dévoués  au  ininistére.  Toulefo'S,  ce 
petit  nombre  conserva  de  linfluenro  :  grâce  à  l'éga- 
lité des  forces  opposées,  ce  fut  encore  lui  qui  décida 
la  majorité. 

La  loi  sur  la  liberté  individuelle  fut  mise  la  première 
en  délibération.  I/o|)position  fut  vive,  la  discussion 
éloquente.  Les  défenseurs  du  projet  uno(|uaient  les 
circonstances;  ses  adversaires,  niant  les  rirconslanccs , 
in\o(|iiaient  les  principes.  Les  orateurs  du  coté  foiu  hc 
reprochaient  vivement  aux  nionibres  du  côté  liroit 
d'appuyer  des  lois  d'exception  ,  qu'ils  avaient  éiiergi- 
queinent  réprouvées,  en  i8inct  1817;  ils  fondaient  sur 
cette  conduite  des  accusations  ({ue  nous  n'entendons 
ni  reproduire  ni  juger,  et  que  nous  ne  rapportons  que 
comme  un  fait  caractéristique  cle  la  discussion.  La 
clôture  prononcée,  le  combat  recommença  sur  les  ar- 
ticles du  projet.  Le  coté  gauche  présenta  un  grand 
nombre  d'amendemens  ,  tendant  à  l'adoucissement  de 
la  loi  :  son  but,  à  ce  qu'd  ])arall,  était,  ou  d'obtenir 
des  garanties,  ou  de  forcer  ses  adversaires  à  prendre 
sur  eux  l'odieux  d'un  refus  formel.  Tous  les  amende- 
mens  furent  repousses  :  le  projet,  légèrement  amendé 
par  la  commission,  obtint  une  majorité  de  dix-neuf 
voix. 

La  même  chaleur,  le  même  talcut,  des  incidens  de 
même  nature  signalèrent  la  discussion  de  la  loi  sur  hi 
censure  des  journaux.  Le  système  des  amcndemens  se 
reproduisit;  mais,  ce  qui  est  remarquable  ,  c'est  qu'ils 
ne  furent  point  discutés:  le  vote  négatif  fut  constam- 
ment muet  :  singularité   dont  les  sessions  précédentes 


Er  POLITIQUES.  535 

navaient  point  offert  d'exemple.  Le  projet  fut  adopte 
à  une  majorité  de  vingt-sept  voix. 

Quoique  ces  résultats  semblassent  présager  celui  de 
la  lutte  sur  les  élections,  ce  succès  n'était  pas  égale- 
ment certain.  Le  projet,  conçu  dans  l'intérêt  du  pou- 
voir, plutôt  que  dans  l'intérêt  du  côté  droit ,  convenait 
peu  à  celui-ci  :  on  ne  pouvait  cependant  se  passer  de 
cet  appui.  On  savait  d'ailleurs  que  la  commission 
chargée  d'examiner  ce  projet  ne  lui  était  point  favo- 
rable. Dans  cette  situation,  le  gouvernement  crut  de- 
voir déférer  aux  vœux  du  côté  droit  :  il  apporta  un 
projet  nouveau  ,  fondé  sur  le  principe  de  Vélection  à 
deux  degrés ,  principe  conforme  aux  vœux  des  parti- 
sans de  Vordre  ancien.  Un  incident  s'éleva  sur  cette 
présentation.  L'opposition  contestait  au  gouvernement 
le  droit  de  retirer  un  projet  soumis  à  la  délibération 
des  Chambres  :  il  s'opposait  donc  à  ce  qu'il  fût  donné 
acte  de  la  présentation.  Ses  orateurs  s'efforçaient  de 
saisir  la  parole  qu'on  leur  refusait.  La  séance  entière 
se  passa  dans  le  tumulte  ,  et  l'incident  n'eut  pas  de 
suite. 

Nous  passons  rapidement  sur  quelqxies  faits  acces- 
soires, quoiqu'ils  ne  soient  pas  sans  intérêt.  Le  plus 
remarquable  ,  fut  la  pétition  de  M.  Madier  de  Montjau, 
conseiller  à  la  cour  royale  de  Nîmes.  Il  dénonçait  un 
gouvernement  occulte,  différent  du  gouvernement  royal. 
Cette  pétition  fut  renvoyée  au  conseil  des  ministres  et 
déposée  au  bureau  des  renseignemens. 

Un  membre  du  côté  gauche .,  M.  Manuel,  proposa, 
dans  un  comité  secret,  un  projet  d'adresse  contre  les 
ministres.  Le  débat  fut  animé.  La  Chambre  déclara 
qu'i/  nj  avait  pas  lieu  de  prendre  en  considération. 

Bientôt  arriva  le  rapport  de  la  commission  sur  le 


536  '  SCIENCES  MORALES 

nouveau  projet  électoral.  Le  rapporteur,  M.  Laine, 
proposa  l'adopliou  avec  de  l«'-gers  aiueiideiueus.  Alors, 
s'ouvrit  uue  tliscussion  aussi  mémorable  par  sou  im- 
portance, que  par  la  supériorité  de  vues  et  par  l'élo- 
quence que  déployèrent  une  foule  d'or.ileurs.  Kous  ne 
pouvons  qu'indiquer  sommairement  les  principales 
considérations  invoquées  de  part  et  d'autre,  et  c'est 
avec  un  vif  regret  que  nous  nous  interdisons  les  déve- 
lopnemens  sur  une  dos  plus  brillantes  époques  de  la 
Tribune  française.  <■  Les  deux  degrés  d'élections ,  di- 
saient les  partisans  du  projet ,  sont  un  moyen  d'affer- 
inîr  l'ordre  social  ;  ils  opposent  un  obstacle  aux  in- 
trigues des  factions  ;  ils  feront  cesser  l'interdiction 
politique  dont  la  défiance  des  petits  propriétaires  a 
frappé  les  hommes  de  la  grande  propriété  ;  ils  rendront 
à  ceux-ci  l'influence  naturelle  et  salutaire  que  leur 
promet  l'état  qu'ils  tiennent  dans  la  société.  Par-là  , 
les  électeurs  du  premier  degré,  réunis  dans  les  cliofs- 
IJeux  d'arrondissement,  seront  plus  rapprochés  de  leur 
domicile;  par-là,  ils  échapperont  à  l'iullucnce,  quel- 
quefois dangereuse,  du  chef-lieu  de  département.  " 
—  <<  L'élection  à  deux  degrés  ,  répondaient  les  adver- 
saires de  la  loi,  n'est  point  une  élection,  puisque  m 
les  premiers,  ni  les  seconds  électeurs  n'élisent;  les  uns 
ne  font  que  proposer  des  candidats ,  les  autres  ne  font 
que  choisir  entre  ces  candidats,  et  tous  deux  peuvent 
cire  fjustrés  dans  leurs  intentions:  toute  inégalité 
que  la  Charte  n'a  point  élablje  est,  par-là  nièiue , 
frappée  d'illégitimité.  Les  colh'gcs  de  déparlcniens  se 
défendent  y;ar /<t/r  rwa^if  contre  les  influences  étran- 
g^rpj.,  tandis  que  les  électeurs,  dissémiliés  dons  les  col- 
lèges d'arrondissement,  seront  sons  la  main  de  l'auto- 
rité. Si  la  grande  propriété  a  peu  d'in/li^encc,  c'est  par 


ET  POLITIQUES  5'Î7 

sa  faute  ;  elle  se  montre  hostile  envers  les  intérêts  na- 
tionaux ,  et  la  nation  s'éloigne  d'elle  ;  mais  ,  toutes  les 
fois  qu'elle  s'est  montrée  nationale  ,  elle  n'a  point  eu  à 
se  plaindre  de  la  disposition  des  électeurs.  Ce  sont  ces 
intérêts  nationaux  que  la  loi  du  5  février  avait  garan- 
tis ,  et  qui  se  trouvent  compromis  par  la  loi  nouvelle. 
Le  procès  est  entre  Vordre  ancien  et  V ordre  nouveau , 
entre  V égalité  et  le  privilège,  entre  le  droit  comm^un 
et  le  droit  exceptionnel.  »  La  délibération  durait  de- 
puis plusie^irs  jours:  l'intérêt,  la  curiosité  publique 
croissaient  de  moment  en  moment;  lorsqu'un  événe- 
ment, grave  dans  son  origine,  grave  dans  ses  résultats, 
vint  lui  imprimer  un  caractère  plus  sérieux  encore. 

Un  amendement  proposé  par  M.  Camille- Jordan 
apportait  à  la  loi  proposée  une  modification  impor- 
tante. Il  s'agissait  de  délibérer  sur  la /;r/c»r//^.  Pour  la 
première  fois,  l'opposition  obtint  la  majorité:  elle 
dépendait  d'une  seule  voix,  et  cette  voix  était  celle 
d'un  député  qui,  malgré  de  vives  souffrances,  s'était 
fait  transporter  à  la  Chambre  pour  donner  son  suffrage. 
Le  lendemain,  ce  député  avant  été  insulté  au  sortir 
de  la  séance,  ainsi  que  plusieurs  de  ses  collègues,  des 
mouvemens  eurent  lieu  dans  la  capitale  pendant  plu- 
sieurs jours,  et  la  tribune  de  la  Chambre  retentit  de 
débats  très  orageux.  Nous  en  supprimons  ici  le  détail, 
par  des  motifs  qu'il  est  aisé  d'apprécier. 

Les  esprits  s'animaient  de  plus  en  plus:  la  nécessité 
d'une  transaction  se  faisait  impérieusement  sentir  : 
elle  fut  pioposée  par  M.  Boin,  dont  l'amendement 
adopté  changea,  sur  quelques  points  importans,  le 
caractère  de  la  loi.  Le  ministère  abandonna  les  deux 
degrés  d'élections  :  il  obtint  les  doubles  collèges  ,  les 
éleciioDS  d'arrondissement,  et  quelques  concessions  de 


638  SCIENCES  MORALES 

détail.  Le  nombre  des  députés  fut  porté  de  258  a  43o. 
Ainsi  se  termina  ce  p;rand  débat,  qui,  pendant  plu- 
sieurs mois,  a\ait  occupé  l'Europe  et  agité  la  France 
C'est  à  l'avenir  à  nous  éclairer  sur  l'avantage  ou  sur 
l'inconvénient  des  cbangemens  opérés.  Pour  nous,  sur 
des  événeinens  qui  nous  touchent  de  si  près  encore, 
nous  nous  abstiendrons  de  porter  un  jugement.  Nous 
eussions  pu,  dans  le  cours  de  cet  article,  donner  notre 
opinion  personnelle  ,  discuter  les  questions  qui  s'of- 
fraient en  foule  ,  tirer  nous-mêmes  la  conséquence  des 
faits  :  mais  ce  n'est  point  un  morceau  de  politique  , 
c'est  un  morceau  d'histoire  que  nous  avons  voulu  faire, 
et  nous  avons  dû,  en  l'écrivant,  nous  imposer  d'au- 
tant plus  de  circonspection  ,  que  les  événcmens  sont 
plus  présens,  les  acteurs  plus  rapprochés  ,  les  passions 
plus  émues.  St.  A.  Berville. 


WVWSaWK^'V 


FouuTEEWTH  Report  qf  the  Directors  of  tue 
African  Ikstitition  ,  read  at  the  annual  gêne- 
rai meeting  ,  lield  on  the  17  ofniay  189,0-, 

Q^jATonziÊME  happout  des  divecteurs  de  TInstitu- 
ïioN  africaine,  lu  devant  l'assemblée  générale 
annuelle  du  ly  mai  1820  (i). 

Dans  l'adresse  présentée  au  congrès  d'Aix-la-Cha- 
pelle par  lord  Ca>llereagh  ,  il  fut  proposé  aux  souve- 
rains assemblés,  comme  moyen  aussi  simple  et  facile 
qu'indispensable,  pour  abolir  la  traite  des  noirs  d'A- 
frique, de  déclarer  qu'elle  était  une  infraction  à  la  loi 
générale  des  nations,  et  «jue  le  marchand  d'esclaves 

(1)  Londres,  iS^io.  Hatciiard  «lUIs,  Piccadill}. 


I 


ET  POLITIQUES.  539 

serait  assimilé  au  pirate  ,et  encourrait  les  mêmes  peines 
que  les  autres  pirates. 

Cette  proposition  ne  fut  point  alors  adoptée  ;  mais 
il  y  fut  reconnu  ,  en  principe,  que  la  traite  des  noirs 
était  une  violation  de  la  morale  universelle,  un  crime 
odieux,  la  honte  des  peuples  civilisés;  qu'il  était  ur- 
gent de  mettre  fin  à  jamais  à  ce  fléau  qui  avait  si  long- 
tems  désolé  V Afrique  ,  dégradé  V Europe  et  affligé 
Vhuwaniié. 

En  conséquence  de  cette  déclaration,  la  plupart 
des  souverains  prirent  l'engagement  d'interdire  en 
tiërement  à  leurs  sujets  la  traite  des  noirs  sur  la  cote 
d'Afrique,  au  nord  de  l'équaleur.  L'Espagne  demanda 
vin  délai,  qui  vient  d'expirer  le  3o  mai  1820.  Le  Portu- 
gal ,  seul,  ne  voulut  pas  fixer  l'époque  de  l'abolition 
de  cet  odieux  trafic.  Les  Etats-Unis  de  l'Amérique 
septentrionale  s'empressèrent  de  promulguer  des  lois 
sévères  de  prohibition  ,  et  même,  postérieurement ,  une 
Société  Africaine  de  colonisai! on  ^\l  les  frais  d'une  expé- 
dition dont  l'objet  était  de  former  un  établissement 
sur  les  côtes  d'Afrique,  ou  elle  pourrait  réexporter  les 
Nègres  et  les  hommes  de  couleur  libres  qui  voudraient, 
en  retournant  dans  leur  patrie,  s'y  livrer  aux  travaux 
de  l'agriculture  et  au  commerce. 

La  France  ne  fut  pas  moins  empressée  de  prendre 
l'engagement  d'abolir  la  traite  dans  toutes  ses  colonies , 
et  annonça  même  au  congrès  son  intention  d'adopter 
les  mesures  que  l'Angleterre  avait  elle-même  adoptées, 
entre  autres  le  bill  d'enregistrement  des  esclaves  exis- 
tans,  lors  de  la  publication  qui  serait  faite  des  lois 
prohibitives.  Ce  bill  d'enregistrement  était  regardé 
comme  le  moyen  le  plus  sûr  de  prévenir  l'introduction 
frauduleuse  de  nouveaux  esclaves,  et  de  s'assurer  de 


54o  SCIETvCES  MORALES 

ceux  qui  auraient  été  clandestinement  introduits  (i). 

Dè's  le  mois  dr  juillet  i8i5,  observe  le  rapporteur 
d'une  commission  spéciale  de  la  Chambre  des  dépu- 
tés (2) ,  par  suite  des  ordonnances  du  roi ,  des  instruc- 
tions furent  Irausmiscs  aux  colonies  et  dans  les  ])orts 
de  France,  pour  qu'aucune  expédition  ne  fût  autorisée 
et  aucun  trafic  toléré  désormais,  et  que  tout  bâtiment 
pris  en  contravention  fût  confisqué,  et  le  capitaine 
interdit.  Ces  mesurps  étaient  nécessaires  ;  car,  à  peine 
la  pnix  avail-elle  été  proclamée  ,  que  les  traficans  du 
sang  humain  de  tous  les  pays  arrivèrent  en  foule  sur 
les  côtes  d'Afrique,  et  se  livrèrent  de  nouveau  à  leurs 
anciens  crimes  ,  avec  une  cupidité  d'autant  plus  active 
qu'elle  avait  été  long-tems  réprimée.  Parmi  eux  ,  les 
Français  qui  ,  depuis  plus  de  vingt  ans,  n'avaient  pu 
prendre  aucune  part  directe  à  cet  infâme  commerce, 
avaient  recommencé  avec  une  ardeur  qui ,  pour  avoir 
••Le  momentanément  suspendue  par  l'occupation  ,  n'en 
fut  que  plus  dévorante,  et  qui  eut  les  suites  les  plus 
désastreuses  (3). 

Les  ordonnances  du  roi  se  trouvant  insufiisantcs  , 
une  circulaire  du  3o  janvier  1818,  prescrivit  aux  ad- 
ministrateurs des  ports  une  vigilance  exacte  sur  les 
navires,  les  équipages,  les  capitaines  et  les  circons- 
tances des  voyages.  —  La  loi  du  i5  avril  1818  vint 
confirmer  ces  mesures.  —  Une  ordonnance  du  ?,|  juin  , 
même  année,  établit  une  croisière  sur  les  côtes  de  nos 

(1)  Rapport  spécial  de  la  Socicti^  y^fricftinc ,  dont  nous  avoni 
rendu  compte,  ci-dcssiis,  pag.  îG/î. 

(a)  Rapport  à  la  Chambre  des  députes,  dans  la  sc'ancc  du  iq 
juin  18-io. 

{i)  yl dresse  au  Cnri^i\>. 


ET  POLITIQUES.  54 1 

possessions  d'Afrique.  —  Une  nouvelle  circulaire  du 
département  de  la  marine,  du  27  novembre,  ordonne 
une  inspection  détaillée  de  la  distribution  des  navires 
qui  se  dirigent  vers  les  côtes  d'Afrique,  du  nombre 
d'hommes  d'équipage,  de  la  nature  de  la  cargaison, 
de  la  quantité  et  de  l'espèce  de  vivres,  des  objets  et 
des  ustensiles  d'aménagement  et  de  cuisine  ,  pour  s'as- 
surer que  rien  n'indique  une  opération  destinée  à  la 
traite.  —  Le  3o  décembre  ,  même  année  ,  des  instruc- 
lions  transmises  au  gouverneur  du  Sénégal,  défendent 
le  transport  à  Saint-Louis,  ou  ailleurs,  de  tout  indi- 
gène engagé  à  la  culture  comme  captif.  —  En  1819, 
un  commissaire-inspecteur  (le  baron  Mackau)  est  en- 
voyé au  Sénégal  ;  une  commission  est  établie  en  France 
pour  jnger  les  contraventions  à  la  traite,  et  cette 
commission  est  composée  de  membres  qui  doivent 
tous  inspirer  la  confiance.  — Enfin,  on  assure  que, 
dès  le  mois  de  mars  1820,  le  ministère  s'occupe  d'un 
projet  de  loi  (1)  qui  ajoute  aux  dispositions  prohibitives 
et  pénales  dont  on  reconnaît  aujourd'hui  l'insuffisance 
pour  arrêter  le  mal.  En  attendant  cette  nouvelle  loi, 
que  la  Société  Africaine  sollicite  aussi  de  son  gouverne- 
ment (2j,queM.  Mackau  juge  lui-même  être  nécessaire, 
(il  aurait  dû  dire  indispensable)  ,  qui  ne  peut  être 
remplacée  par  aucune  disposition  administrative,  le 
Gouvernement  français  a  renforcé  la  croisière,  armé 
une  ilotille  pour  garder  ce  fleuve  ;  et  si,  malgré  ces 
sages  précautions  ,  il  ne  peut  pas  encore  assurer  que  la 
traite  a  cessé  au  Sénégal  ,  il  peut  dire,  du  moins, 
comme  l'observe  le  député  rapporteur,  qiiil  na  rien 

(1)  Rapport  fait  ;i  la  Chambre  des  dr'piitcs. 

(2)  Quatorziè'iie  liappoit  de  la  Soc'u.té  yifricaiite. 


p 


54 î  SCItNCrS  IMOHALES 

négligé.  Il  aurait  pu  ajouter,  connue  une  nouvelle 
preuve  de  sa  vive  sollicilude  ,  qu'il  vient  de  rappeler  un 
gouverneur  accusé  par  la  voix  publique  d'une  tolé- 
rance coup^ible ,  et  d'une  négligence  marquée  dans 
l'exercice  de  ses  pouvoirs. 

Comment,  après  toutes  ces  preuves  de  la  bonne  foi 
du  (jouverneinent  français,  que  l'Institution  Africaine 
a  reconnue,  dans  son  i3'  rapport,  vir'ut-elle,  dans 
son  14*  ,  annoncer  à  l'Europe  entière  que  ,  si  la  traite 
des  noirs  continue  ses  ravages  en  Afrique,  c'est  à  la 
négligence  du  Goitvcrnenicnt  français ,  ou  à  \a  conni- 
vence de  ses  cmjjloj  es  dans  ses  ports  et  dans  ses  colonies, 
qu'on  doit  les  attribuer?  Voici,  en  effet,  dans  (juels 
termes  elle  s'exprime  ,  soit  dans  son  rapport,  soit  dans 
les  pièces  qu'elle  y  joint  à  l'appui  de  ses  assertions,  et 
qu'elle  paraît  approuver  par  le  seul  fait  de  leur  publi- 
cation : 

«  11  est  de  notoriété  publique  ,  et  les  preuves  en  sont 
nombreuses  ,  que  le  trafic  illicite  en  esclaves  se  fait  par 
les  Français, auSénégal  et  à  Goréc,  avec  une  incroyable 
activité  ,  et  en  grand  ;  et,  dans  plusieurs  cas,  presque 
sous  les  jeux ,  sin<  n  avec  la  participation  des  fonc- 
tionnaires publics  (i).  »  Le  rapporteur  renvoie,  pour 
le  détail  des  preuves  nombreuses  dont  il  parle,  à  nu 
3/f^m<'//r  transmis  à  l'Institution  par  un  corresj)ondant 
qui  était  au  Sénégal  en  i8ig ,  et  dont  le  caractère  res- 
pectable est  pour  lui  une  garantie  de  l'exactitude  des 
faits  allégués.  (Ces  faits  sont  à  peu  près  les  mêmes  que 
ceux  que  l'on  trouve  cités  dans  tine  pétition  adressée 
par  M.  Morenas  à  la  Chambre  des  députés.  )  Le  rap- 
porteur   ajoute  :  «    Ces  fail.s  représentent  fidèlement 

(i)  Quatorzième  Rapport- 


KT  POLITIQUES.  543 

l'état  déplorable   du   commerce    français  en  esclaves 
sur  la  côte  d'Afrique  ,  et  le  peu  de  soin  que  les  autori- 
tés françaises  apportent  à  eu  poursuivre  l'abolition.  Les 
directeurs  espéraient,  l'année  dernière  ,  que  la  France 
prendrait  des  mesures  plus  efficaces  pour  remplir  les 
engagemens  qu'elle  avait  contractés  avec  l'Angleterre. 
Ces  espérances  ne  se  sont  point  réalisées.  Les  rapports 
que  la  Société  a  reçus  des  îles  françaises,  des  Indes-Occi- 
dentales (  la  Guadeloupe elXai Martinique) ,  confirment 
ceux  qu'elle  a  reçus  delà  côte  d'Afrique,  et  démontrent 
que,  sans  un  système  d'enregistrement  vigoureusement 
suivi ,  il  est  impossible  de  prévenir  l'importation  d'es- 
claves dans  nos  propres  colonies,   tant  qu'elle  conti- 
nuera dans    les  colonies   voisines  des  autres  états.    » 
Le  rapporteur,  pour  justifier  cette  dernière  assertion, 
renvoie  à  un  appendice  contenant  une  lettre  datée  de 
la  Guadeloupe  ,  le  24  février  1820,  adressée  au  secré- 
taire de  la   Société  par  un  de  ses  correspondans  (  r  ). 
«  On  ne  doit  pas  être  étonné,  dit  ce  correspondant  à  la 
fin  de  sa  lettre,   des  succès  des  entrepreneurs  de   ce 
coupaWe    trafic  à  la  Guadeloupe  ,  lorsqu'on    le  voit 
autorisé  par  les  autorités  qui  devraient  le  supprimer. 
L'abolition  du  commerce  des  esclaves  par  la  France , 
est  une  pure  moquerie ,  et  les  choses  continueront  sur 
le  même  pied,  tant  qu'on  ne  prendra  pas,  dans  cette  île, 
des  mesures  préventives  des  achats  d'esclaves  ,  et  qu'on 
TLaura  pas  renvojé  des  places ,  des  fonctionnaires  sans 
conscience.  Le  collecteur  des  douanes  ne  peut  prétexter 
cause  d'ignorance  de  ce  qui  se  passe  publiquement;  le 
gouverneur  lui-même  doit  savoir  qu'on  trouve  presque 

(i)  y'ippendlce  D.  Extract  of  a  letter  to  the  secretary,  dated 
Guadeloupe ,  i4  ^'^^''"'^''y  i^^o- 


I 


5ii  SCILIXCES  MOKALES 

dans  chaque  maison  ,  Jes  Africains  uouveilcuieiit  im- 
portes ,  et  qu'il  V  a  peu  de  plaiilalious  ou  l'on  ne  puisse 
aisément  en  découvrir  plusieurs.  Ou  compte  que  ,  de- 
puis la  remise  de  l'île  à  la  France  ,  il  en  a  été  importé 
i)lus  de  vingt  mille.  »  —  "  Le  (iouxerncnicnl  français 
a  beaucoup  fait  valoir,  dans  le  tems ,  la  prise  et  la  con- 
damnation du  uaviie  négrier  le  PoahIIou  ,  comme  nnr 
])reuve  de  sa  bonne  foi  (i)  et  de  sa  feruje  xolonté  de 
remplir  ses  engageraens;  mais,  les  nombreuses  contra- 
ventions subséquentes  sehiblent  indicjner  que  cette  me- 
sure isolée  avait  été  calculée  plutôt  pour  servir  d'ar- 
gument dans  les  discussions  avec  l'Angleterre,  que 
pour  arrêter  le  commerce  français  de  la  traite.  »  — 
«  Tandis  que  l'Amérique  septentrionale  (2),  l'Espagne, 
]a  Hollande  et  le  Portugal  s'empressent  de  seconder  les 
mesures  du  gouvernement  anglais,  relatives  à  la  traite 
des  noirs  ,  en  autorisant  l'escadre  anglaise  en  croisière 
le  long  des  côtes  d'Afrique  à  visiter  les  navires  qui  lui 
jiaraisscnt  supects  ,  la  France  seule  desai'Otic  ,  par  sa 
conduite,  l'engagement  qu'elle  a  pris  d'anéantir,  dans 
ses  établissemens ,  ce  trafic  aussi  injuste  qu'inhumain.  » 
Sir  George  Collier,  qui  commande  l'escadre  d'obser- 
vation le  long  des  côtes  d'Afrique,  dans  son  dernier 
rapport  ofliciel  à  l'amirauté  ,  et  dans  un  rapport  dont 
la  Chambre  des  Communes  a  ordonné  l'impression  le 
20  mars,  déclare  :  «  Que,  pendant  les  six  premiers  mois 
de  cette  année,  1820,  il  a  rencontré  aS  à  3o  bàtimcns 
négriers  actuellement  employés  à  charger  des  esclaves 
sous  pui'illon  français  ;  qu'il  en  a  arrêté  deux  qu'il  s'est 
cru  autorisé  à  saisir;  qu'il  n'a  point  rru  devoir  arrêter 

(i)  ISole  à  l'Appenùice   U. 

(a)  Ga/.ctle  de  berra -Leone,  du  1-  juiu  iSao. 


ET  POLITIQUES.  515 

les  autres  ,  parce  que  les  capitaines  lui  avaient  montré 
des  papiers  français  et  un  pavillon  français.  Sir  George 
Collier  étant  ensuite  allé  à  la  Havane,  j  avait  trouvé 
plus  de  3o  navires  négriers  sous  pavillon  Jrançai.s,  dont 
les  lins  avaient  encore  leurs  cargaisons  à  bord  ;  les  an- 
tres les  débarquaient,  ou  les  avaient  débarquées,  et  se 
préparaient  à  de  nouveaux  voyages.  Il  ajoute  que  les 
marchands  d'esclaves  de  toutes  les  nations,  pour  cou- 
vrir leurs  pirateries  ,  cherchaient  à  se  procurer  des  cer- 
tificats français  ,  afin  de  justifier  l'usage  d'un  pavillon 
qui  était  seul  respecté  des  croisières  anglaises.  Enfin, 
sir  George  Collier  croit  que  ,  dans  les  quatorze  derniers 
mois ,  il  a  été  exporté  de  quarante  à  cinquante  mille 
Nègres  1  a  côte  d'Afrique  sous  payiîlon  français. 
M.  Macarty ,  gouverneur  de  Serra- Leone,  confirme 
ce  rapport  du  commodore  (i).  » 

Tel  est  l'acte  d'accusation  contre  le  Gouvornement 
français  ,  que  l'Institution  Africaine  s'e?t  permis  Je 
consigner  dans  son  i4*  rapport  du  l'j  mai  1820.  Quand 
tous  les  faits  qu'elle  signale  seraient  vrais,  il  nous 
semble  que  plusieurs  considérations  générales  auraient 
dû  adoucir  la  sévérité  de  celle  censure.  Nous  conve- 
nons ,  pour  me  servir  des  expressions  de  l'adresse  au 
Congrès  (2),  «  qu'en  dépit  des  déclarations  par  les- 
quelles le  Roi  de  France  a  interdit  le  commerce  d'es- 
claves à  ses  sujets,  ce  trafic  s'est  renouvelé,  depuis 
janvier  1817,  avec  une  ardeur  extraordinaire  ;  qu'il  est 
souvent  accompagné  de  circonstances  déshonorantes. 


(1)  Correspondance  particulière  de  Londres;  et  y4ppendice  H, 
du  Quatorzième  Rapport. 

(2)  Adresse  au  Congrès  d'Aix-la-Chapelle ,  présentée  par  lord 
Casllcreagh. 

TOME  VIU.  35 


54G  SCJF^CKb  MOH.\LF.S 

de  cruautés  pffroyabîps  ;  (ju'il  a  n'priiirlu  la  désolatinii 
et  la  misère  dans  les  étal)lis^eIllPns  du  Séfiéga!  pI  de 
Corée,  réveillé  les  f^uerres  des  chefs  Maures  contre 
les  peuplades  paisibles  de  P^ègre^i;  que  l'itifatigable 
et  insatiable  cupidité  des  traficaris  de  sarig  humait)  a 
trioinplié  de  toutes  les  déclarations  cl  ordonnances  du 
Gouverneiuent  français.  » 

Mais  ,  comme  l'observe  la  même  adresse,  <<  cet  épou- 
vantable fléau  ne  s'est  pas  appesanti  sur  l'Afrique, 
seulement  par  la  nvain  d' s  Français.  Des  armateurs 
portugais  ,  espagnols  ,  aiuf-ricains,  hollandais  ,  anpinis 
mcmc  (  ieinari|UO!is  cet  aveu  ) ,  ont  pris  une  part  rlcn- 
duc  à  ces  entreprises  criminelles,  sc)il  sous  b-nr  propre 
pavi'lon  ,  iinaud  ils  ont  pu  le  fairo  ini|iunénient  ,  soit 
sous  r. n  autre  (;).  » 

Lors<j'.:e,  par  une  convMition  jiosU'rieure,  la  croisii-re 
anglaise  sur  les  côtes  d'Afrii|i;e  a  été  .mtorisée  par 
l'I'.spagne ,  la  Hollande,  le  Portugal  ei  l'Amérii]ue,  à 
vis  ter  les  navires  de  ces  nations  (|n'«>Ile  y  renco?itrerait, 
et  à  détenir  cciir-h'i  .sfïtltnvcvt  à  bord  des(|nrlsse  trou- 
veraient des  esclaves,  les  hommes  sordides  (|ni  se  li- 
vrent à  ce  trafic  ont  dû  redoubler  d'activité  ,  en 
voyant  approcher  l'époque  de  son  abolition  définitive, 
et  ne  pas  se  faire  scrupule  d'arborer  un  pavillon  «'-tran- 
ger  qui  pourrait  les  mettre  à  l'abri  de  toute  recherche. 
Cette  perspective  de  la  cessation  til-s  prochaine  d'un 
commerce  qui  les  enrichissait,  puis(|n'uiie  seule  en- 
treprise ijui  réussit  est  un  ample  dédommagement  des 
perles  qu'on  peut  éprouver,  a  du  aussi  leur  faire  braver 
tous  lis  risques  des  amendes  et  des  confisf  ations. 


^O  ./Jrrsic  au  CoHgici  d'^Iix-lu-ChaiJcllc,  prJseuféc  par  lonl 
(iasllcrcM'ih. 


ET  POLITIQUES.  547 

Si  l'on  considère  encore  la  vaste  e'tendue  des  côtes 
d'Afrique,  l'impossibilité  de  lesgarder  sur  tous  lespoints, 
on  n'est  plus  surpris  que  tant  de  navires  négriers  aient 
pu  se  soustraire  à  la  surveillance  et  éviter  la  capture. 
Ces  contraventions  n'accusent  point  de  négligence  ou 
de  tolérance  les  autorités  et  les  agens  des  gouverne- 
mens  ;  elles  ne  prouvent  que  l'impuissance  des  lois  ré- 
pressives ,  et  la  nécessité  d'adopter  un  meilleur  système 
de  police  maritime.  Jusqu'à  ce  que  les  puissances  de 
l'Europe  qui  ont  un  pavillon  ,  l'aient  rédigé  et  adopté  , 
ou  ne  peut,  sans  injustice,  déverser  particulièrement 
sur  le  gouvernement  français  ,  des  infractions  que  les 
lois  existantes  ne  peuvent  prévenir  ni  empêcher. 

Mais  il  est  à  remarquer  que  l'Angleterre ,  qui  nous 
accuse,  n'a  pas  encore  pu  parvenir  elle-même  à  l'abo- 
lition totale  de  la  traite  ,  dans  ses  propres  colonies  des 
Indes  occidentales.  Le  bill  d'enregistrement ,  qu'elle 
regarde  comme  une  mesure  infaillible  contre  l'intro- 
duction frauduleuse  de  nouveaux  esclaves,  a  éprouvé 
de  la  part  des  autorités  coloniales  une  résistance  dont 
elle  n'a  pas  encore  triomphé  (i).  Le  gouvernement  et 
le  parlement ,  pour  en  forcer  l'exécution  ,  ont  été  obli- 
gés de  recourir ,  dans  la  dernière  session  ,  à  un  nouveau 
bill  qui  annule  ,  à  partir  du  i*'  janvier  i8?-0,  toute 
vente  de  propriété  avec  des  esclaves  ,  lorsque  ces  escla- 
ves n'auraient  pas  été  dûment  enregistrés.  Cette  me- 
sure sévère  et  contraire  aux  intérêts  des  colons ,  les  di- 
recteurs de  la  Société  Africaine  la  regardent  encore 
comme  insuffisante  (  inadéquate) ,  et  proposent  au  gou- 

(i)  Bei'lew  nf  ihe  colonial  sliife  regislralion  acls ,  etc.  aa  d.  of 
feliruary,  i8'20. 


s  jS  SUhNCKS  MORALES 

vernciiiciit  de  dcclarer  acte  de  piraterie,  crime  de  fé- 
lonie, tout  trafic  d'esclaves,  et  de  mettre  les  délinquans 
hors  de  la  loi  des  nations. 

Assurément,  il  serait  très  injusle  d'inipulcr  au  gou- 
vernement anglais  la  non-exécution  pleine  et  entière 
de  ses  lois  prohibitives  dans  ses  propres  colonies.  Il  a 
cru  devoir  respecter  l'autorité  législative  des  colonies  , 
en  lui  laissant  l'application  locale  des  mesures  qu'il 
avait  adoptées.  Cependant,  il  devait  connaître  asse» 
l'esprit  et  les  intérêts  de  ces  colonies  ,  pour  prévoir  , 
comme  l'avait  prévu  la  Société  Africaine,  que  ,  siVexé- 
culion  leur  était  conjîtc ,  elle  n  aurait  ccrlainetnent  au- 
cun rcsullat.  (  The  work,  iflcft  lo  ihem,  ccrtainlj-  would 
not  be  done.  ) 

Du  moins,  devait- on  s'attendre  à  voir  la  traite  abo- 
lie partout  où  le  gouvernement  anglais  ne  peut  Irouxcr 
([ue  des  autorités  soumises,  empressées,  intéressées  à 
faire  exécuter  ses  ordres!  Cependant,  là  même,  il  ne 
peut  se  flatter  d'un  succès  complet.  Il  est  vrai  qu'il  a 
aboli  la  traite  dans  l'île  de  la  Trinité  et  dans  tous  se* 
élablissemens  d'Afrique,  depuis  le  Cap-Vcrd  jusqu'au 
Cap-de-Bonnc-Espérauce,  même  au  Capc-Coa.st-Ca:<t!e , 
que,  dans  toutes  les  possessions  anglaises  ,  comme  dans 
la  mère-patrie,  la  loi  ne  reconnaît  aucun  esclave.  On 
doit  même  avouer  que  l'Angleterre  a  fuit  plus  que  d*a- 
holir  l'esclavage  en  Afrique  ;  elle  s'est  occupée  parlicu- 
lièremenl  et  avec  succès,  dajis  des  vues  d'humanité, 
aussi  bien  que  de  comuierce,  de  la  civilisation  des  peu- 
ples qui  environnent  ses  élablissemens-  Applaudi.ssou» 
surtout  au  zèle  bienfaisant  de  ces  sociétés  jibilautliro- 
piques  et  chrétiennes  de  Londres  ,  auxquelles  l'Afrique 
de\ra  un  jour  l'adoucissement  de  ses  mœurs,  les  bien- 


ET  POLITIQUES.  549 

faits  cle  la  vraie  religion  ,  elles  connaissances  de  la  vie 
civilisée  (1). 

Mais  le  commerce  d'esclaves,  gêné  par  les  croi- 
sières anglaises  sur  les  côtes  occidentales  de  l'Afrique  , 
s'est  transporté  presque  en  entier  sur  la  rive  orientale, 
au  Mozambique,  à  Madagascar;  c'est  l'île  Maiirùiiis 
(  naguëres  Ile  de  France  ) ,  qui  l'entretient,  et  cette 
île  est  sous  la  juridiction  sévère  de  TAngleterre.  \  oici 
comme  s'^exprime  le  rapport  dontnous  offrons  l'analyse: 

X  La  traite  entre  Vile  Maurice  et  Madagascar,  Mo- 
zambique et  d'autres  points  ,  a  repris  la  plus  grande 
activité,  depuis  le  départ  du  major-général  Hall  qui 
avait  su  la  réprimer  par  des  mesures  sévères.  Plusieurs 
petits  bâtimens  ,  écrit-on  en  date  du  mois  de  juillet 
1819,  ont  depuis  fait  plusieurs  voyages  à  la  côte  orien- 
tale d'Afrique  ,  en  ont  importé  des  esclaves  dont  le 
nombre  ,  seulement  dans  le  cours  de  juin  dernier,  était 
de  plus  de  sept  cents.  Les  habitans,  en  général  ,  pro- 
tègent les  contrebandiers  :  on  les  a  vus  attaquer  un 
détachement  militaire  qui  avait  arrêté  une  cargaison 
de  nègres  au  moment  du  débarquement,  s'emparer 
des  nègres  après  un  combat  sanglant,  et  les  emmener 
dans  les  bois  et  les  plantations.  »  Le  même  rapport 
cite  plusieurs  autres  faits  du  même  genre  ,  et  les  me- 
sures prises  par  le  général  Darling  pour  arrêter  de 
pareils  désordres,  les  tribunaux  de  l'île  étant  toujours  ' 
disposés  à  une  molle  indulgence  pour  les  coupables. 

Si  le  gouvernement  anglais  trouve  tant  de  difficultés  à 
faire  exécuter  ses  propres  lois,  et  s'il  ne  peut  triompher 
des  obstacles  que  lui  oppose  l'appât  d'un  gain  immense  , 

(i)  Chiirch  /Hiiiionary  Society  to  yljrica.  —  Bible  Society. 


55o  SCIENCES  MORALES 

pf»ur<[Uoi  reprocher  an  gouvenicinenl  franrais  de  n'a- 
\oir  pas  encore  fait  ce  (ju'il  n'a  ])ii  faire  encore  Iiii- 
ïiiêiTie?  On  ne  révoqne  pas  en  donlc  sa  bonne  foi; 
pourquoi  donc  lui  aUril)uer  la  iié^li^MMice  ou  la  con- 
nivence (s'il  en  existe  réelleuient)  des  autorités  établies 
dans  ses  colonies  ?  La  vigilance  la  plus  sévère  peut-elle 
toujours  surprendre  les  niantr-uvres  secrètes  de  ces  êtres 
dénaturés,  à  qui  la  soif  dévorante  de  l'or  fait  braver 
tons  les  dangers  et  mépriser  toutes  les  lois? 

Dans  une  vaste  administration,  il  est  inévitable  qu'il 
ji'y  ait  pas  quelques  mauvais  choix  ,  quelques  fonc- 
tionnaires plus  attentifs  à  leurs  intérêts  personnels 
qu'à  ceux  du  gouvernement  qui  les  emploie.  Tous  les 
])réfets  n'exécutent  pas  avec  la  même  exactitude  les 
ordres  du  ministre.  La  garde  qui  veille  sur  le  trésor 
roval  n'empêche  pas  toujours  qu'il  ne  soit  volé.  Le 
ministre  de  la  marine  peut  n'être  pas  secondé  par  tous 
les  employés  qu'il  a  placés  ;  il  suffit ,  pour  que  sa  con- 
duite soit  exempte  de  blâme  ,  <jn'il  remplace  ceux  dont 
îa  négligence  lui  est  démontrée. 

Mais,  si  nous  repoussons  les  inculpations  de  la  Société 
Africaine  et  des  correspondans  <|u'elle  entrelient  ."i 
grands  frais  dans  nos  colonies,  nous  ne  pouvons  lui 
savoir  mauvais  gré  de  recueillir  les  faits  (jui  échappent 
à  la  surveillance  du  Gouvernement,  de  signaler  les 
coupables,  d'appeler  la  réforme  d'abus  qu'il  con- 
damne, et  de  provoquer  la  jiromulgation  des  lois  pro- 
hibitives plus  propres  à  obtenir  l'abolition  désirée.  Elle 
en  reconnaît  elle-même  le  besoin  ;  l'inimanité  les  ré- 
clauie. 

Kn  attendant,  il  importe  à  l'honueur  de  la  France 
et  du  (iouvcrncment  de  mettre  au  grand  jour  les  for- 


ET  POLITIQUES.  5.^r 

faits  des  marchands  de  chair  humaine  :  cette  accusa- 
i  lion  publique  peut  devenir  un  moyen  de  réprimer  leur 
audace.  Le  soin  qu'ils  prennent  de  se  dérober  aux  re- 
gards du  public  ,  annonce  que  ,  s'ils  bravent  les  cris  de 
l'humanité  et  de  leur  conscience  ,  ils  redoutent  encore 
la  honte  et  l'infamie.  Ce  sont  ces  grands  coupa!)les  que 
les  amis  de  l'humanité  doivent  appeler  en  jugement. 
C'est  par  ce  motif,  que  nous  ne  saurions  approuver 
le  soin  qu'a  pris  l'honorable  rapporteur  déjà  cité  de 
notre  Chanibre  des  Députés  (  dont  nous  estimons  par- 
ticulièrement le  caractère  et  les  talens),  dans  son  rap- 
port du  ?,t)  juin  sur  l'importante  pétition  de  M  More- 
nas  ,  de  justifier  l'administralion  elle-même,  comme 
si  elle  se  trouvait  inculpée.  Deux  fonctionnaires  publics 
rapportent  des  faits,  et  vôusdiseut:  Voilà  ce  qiie  nous 
savons  de  science  certaine,  ce  que  nous  avons  entendu, 
ce  que  nous  avons  vu  de  nos  prop'es  yeux,  étant  sur 
les  lieux,  et  pendant  tout  le  teins  que  nous  y  avons 
été  (i).  On  peut  blâmer  la  forme  sous  laquelle  ces  dé- 
nonciations sont  présentées  ;  mais  il  nous  semble  (|ue 
ce  n'est  pas  y  répondre  d'une  manière  satisfaisante  , 
que  de  dire,  à  chaque  allégation  :  «  Cette  assortioa 
est  inexacte  :  au  surplus  ,  on  attend  une  réponse  de 
M.  Schmaitz.  —  On  a  demandé  des  renseignemens  ;  on 
attend  les  réponses  du  Sénégal  et  de  la  Guadeloupe.  — 
Cette  affaire  se  fait;  on  attend  les  réponses.  —  M.  Mac- 
kau  n'a  aucune  connaissance  du  fait  :  au  surplus,  on 
a  demandé  sur  ce  grief  un  rapport  à  l'administration 
du  Sénégal,  etc.  »  Le  rapporteur  doit  lui-même  sen- 

(i)  Pétition  contre  la  Traite  des  noirs ,   par  J.  Morenas.  Obser^ 
valions  sur  la  Traite  dts  noirs ^  par  i.M.  l'abbe  Giudicelli. 


r 


5J)2  SCIENCES  MOKA  LES 

tir  que  les  réponses  denjandees  à  des  fonctionnaires  in- 
culpés ,  ne  soiil  j)as  elles-inênies  très  péreiii])loircs.  il  y 
a  eiirore  dans  c»:  r.ipporl  une  plirase  (jue  nous  ne  pou-, 
vous  nous  enipt't  lier  de  leiever.  Pour  jusiifier  l'achat  et 
la  vente  des  esclaves  dans  l'intérieur  de  la  colonie,  le 
rapporteur  s'exprime  ainsi  :  «  Les  lois  ne  prohibent 
point  !a  vente  des  noirs  dans  l'intérieur  de  la  colonie  : 
on  les  vend  ,  on  les  achète,  sans  violer  aucune  loi  ;  les 
nrgrerics  de  Saint-Louis  ne  sont  pas  détruites.  »  M.  C. , 
en  écrivant  cette  phrase,  n'a  pas  fait  attention  que  le 
Roi  avait  pris  l'engagement  d'aAo///'  la  Iraitc  partout  ^ 
dans  les  colonies  françaises,  etjwur  toujours,  et  que  l'on 
ne  devait  plus  parler  de  ventes,  d'achats,  de  captifs. 
D'ailleurs,  on  n'a  pas  besoin,  à  Saint-Louis  ni  à  Oorée, 
d'une  surabondante  provision  d'esclaves  pour  la  cul- 
ture. Si  les  marchands  qui  y  sont  en  rassemblent  dans 
leurs  négreries ,  ce  n'est  pas  probablement  pour  les  y 
garder.  Nous  nous  permettons  ces  observations  dans 
l'inlérét  du  Gouvernement  et  de  l'humanité. 

Au  lieu  de  justifier  des  faits  aussi  criminels,  il  vaut 
mieux,  pour  l'honneur  de  la  nation  française,  les 
désavouer  hautement,  livrer  les  coupables  à  l'indigna-^ 
tion  publique  et  aux  tribunaux.  On  connaît  les  ports 
de  France  d'où  s'élancent  ces  prisons  obscures  qui  vont 
chercher  à  pleines  voiles  leurs  victimes  ;  on  connaît 
les  armateurs  et  les  négocians  qui  font  les  frais  de  ces 
cxpé<litions  coupables  ;  les  vils  agens  qui  vont  arracher 
à  leurs  f.iyers  de  paisibles  habifans,  les  chargent  de 
chaînes  et  les  entassent  au  fond  décale  des  négriers; 
on  connaît  les  ports,  les  baies  ,  les  anses  oii  ils  déposent 
leurs  infâmes  pirnteries;  les  forets  et  les  plantations  oii 
ils  les  cachcul  ;  les  consignataires  qui  président  à  la 


ET  POLITIQUES.  553 

Tente  ,  et  les  prix  coiirans  de  cet  horrible  commerce. 
Quel  intérêt  le  peuple  français  et  son  Gouvernement 
peuvent -ils  prendre  à  quelques  centaines  d'individus 
qui  ne  respectent  ni  les  lois  de  leur  pays  ,  ni  les  ordres 
de  leur  souverain  ,  ni  les  droits  sacrés  de  l'humanité? 
Qu'ils  deviennent  l'objet  de  l'exécration  publique,  ces 
marchands  de  chair  humaine  qui  jettent  à  la  mer,  par 
douzaines  ,  des.  malheureux  qui  ont  perdu  la  vue  au 
fond  de  la  cale  infecte  de  leurs  vaisseaux  ;  qui  renfer- 
ment dans  des  tonneaux  les  esclaves  qu'ils  veulent  sous- 
traire aux  recherches  ;  qui  font  pendre  ou  fusiller  ceux 
qui,  dans  le  désespoir  d'avoir  été  arrachés  à  leurs  amis, 
à  leurs  parens  ,  à  leur  patrie,  voudraient  se  précipiter 
dans  les  flots  pour  se  soustraire  aux  souffrances  qu'on 

I    leur  prépare  sous  le  fouet  de  leurs  bourreaux. 

i  L'exposé  afTligeant  de  ces  cruautés  sera  peut-être 
le  sujet  d'un  second  article.  IS'ous  ne  citerons  que  les 
faits  les  plus  récens  que  nous  trouvons  dans  le  rapport 
de  la  Société  Africaine  ,  ou  ceux  qui  nous  ont  été  trans- 
mis par  des  correspondans  bien  informés.  C'est  servir 
la  cause  de  l'humanité,  que  de  mettre  au  grand  jour 
tant  d'horreurs  ,  et  notre  recueil,  consacré  aux  progrès 
de  la  civilisation,  doit  épouser  et  défendre  celte  cause 
sacrée.  Babey. 


LITTÉRATURE. 

(loo  KJUn     ET     P  II  I  Lor.OCIF..  ) 

Mi^:TiionE  T'oiu  L'h>sEir.»KMi:>T  DES  i.Kî<GVV.s  .  par 
j\[.  .T. -T.  Or,  1)1  ^  A  IRE,  recteur  de  V  Académie  de 
Besançon.  Pieniière partie  (i). 

C'est  par  les  progrès  des  connaissances,  e1  par  ceux 
de  la  civilisation  qui  en  sont  la  suite,  que  l'espèce  hu- 
maine peut  obtenir  un  Jour  la  plus  grande  somme  de 
félicité  à  laquelle  sa  nature  lui  permette  d'aspirer.  Le 
perfectionnement  des  méthodes,  pour  rendre  moins 
diilîcilfset  plus  solides  les  diverses  études,  mérite  donc 
un  intérêt  égal  à  son  extrême  importance. 

Les  hommes  qui  reçoivent  l'enseignement  public,  se 
divisent  en  trois  classes.  La  plus  nombreuse,  obligée 
de  se  livrer  à  des  travaux  pénibles  pour  subvenir  à  ses 
besoins  journaliers,  ayant  peu  de  tems  pour  cultiver 
ses  facultés  intellectuelles,  se  borne  à  prendre  dans  les 
écoles  primaires  des  notions  utiles  au  développement 
de  so[i  industrie  et  à  l'accomplissement  de  ses  devoirs, 
lue  autre  classe  est  celle  des  élèves  qui  suivent  les  col- 
lèges, sans  avoir  le  dessein  de  porter  fort  loin  leur  ins- 
truction, les  états  qu'ils  doivent  exercer  ne  demandant 
des  connaissances  étendues  ni  dans  les  Sf'iences  ,  ni  dans 
la  littérature.  La  troisième  classe  ,  enfin  ,  se  compose  : 
i"  des  jeunes  gens  (|ui ,  nés  sans  fortune  ou  avec  une 
fortune  njédiocre  ,  veulent  fonder  leur  existence  ou 
levr  gloire  sur  leurs  lalens,  en  embrassant  les  profes- 

(•)  Paris,  i8.iO.  Inlroiluctinn  et  AJnitiifl,  i  vol.  in-ia,  Prix  , 
2  ti.  ;  i3o  tabl>>aiix  in-folio,  prix  on  friiilli-s,  3j  fr.  Livrets  in-i  , 
rnntin:inl  la  ri'péliii'iti  «les  l;iMiatix  ;  l'iix,  i  li .  5o  c.  Colas,  inipii- 
racur-libijiic,  rue  Dauplàuc,  n"  ii. 


LITTÉRATURE.  555 

sions  qui  exigent  le  plus  de  savoir,  telles  que  la  méde- 
cine, l'instruction  publique,  la  jurisprudence,  etc.; 
2°  de  ceux  qui ,  nés  dans  une  position  brillante ,  croient 
avec  raison  qu'ils  ne  sauraient  acquérir  trop  d'instruc- 
tion pour  exercer  dignement  les  emplois  auxquels  ils 
aspirent,  ou  pour  devenir  les  bienfaiteurs  de  l'huma- 
nité, en  répandant  les  lumières  et  les  richesses  sur  ceux 
que  le  sort  en  a  privés.  Cette  troisième  classe  doit  par- 
courir tous  les  degrés  de  l'enseignement,  et  trouve  dans 
lesjaciiltés  les  moyens  de  compléter  l'instruction  qu'elle 
a  déjà  reçue  dans  les  écoles  primaires  el^ans  \es  col- 
lèges. 

D'après  cette  division  ,  qui  est  généralement  adoptée, 
-il  est  facile  de  déterminer  quelles  sont  les  connaissances 
que  chaque  espèce  d'école  doit  donner.  Dans  les  écoles 
primaires ^  les  enfans  doivent  apprend» e  les  principes 
de  la  religion  et  de  la  morale  à  la  portée  de  leur  âge, 
la  lecture,  l'écriture,  les  élémens  de*  l'arithmétique , 
de  la  géométrie,  du  dessin  linéaire,  et  même  ceux  de 
la  musique ,  dont  l'étude  répandue  dans  le  peuple  adou- 
cirait les  moeurs,  en  même  tems  qu'elle  donnerait  les 
moyens  d'augmenter  l'éclat  de  nos  cérémonies  reli- 
gieuses. Je  pense  qu'il  conviendrait  d'y  ajouter  les  pre- 
miers exercices  de  la  gymnastique  ,  de  cet  art  si  propre 
à  conserver  la  santé  et  les  bonnes  mœurs.  L'enseigne- 
ment des  collèges  ,  qui  suppose  que  l'enseignement  pri- 
maire a  produit  tous  ses  résultats  dans  l'esprit  des  en- 
fans,  doit  comprendre  les  langues  latine,  grecque, 
française  ;  les  mathématiques  pures  ,  le  dessin,  les  élé- 
mens de  la  physique  ,  de  la  chimie,  de  l'histoire  natu- 
relle, de  la  géographie,  de  l'histoire,  de  la  jihiloso- 
phie,  dans  laquelle  je  comprends  la  religion;  il  serait 
utile  d'y  joindre  la  jnusiqueet  la  gymnastique.  Enfin, 


55G  LITTÉKATURE. 

\esfucul(vs  présentrronl  aux  jpiines  p;ens  des  cours  com- 
plets ,  non-seulpmeiit  des  sciences  dont  ils  ont  dû  ap- 
prendre les  élémens  dans  les  collèges,  mais  encore  de 
celles  d'un  ordre  plus  élevé,  qui,  s'appuyant  sur  les 
premières  ,  doivent  mettre  chacun  des  élevés  en  état  de 
parcourir  avec  honneur  la  carrière  dans  laquelle  il 
veut  entrer. 

11  est  nécessaire  non-seulement  que  clia{|ue  espèce 
d'écoles  offre  les  différens  genres  de  leçons  dont  je  viens 
de  parler,  mais  encore  qu'on  ait  la  garantie  que  l'en- 
seignement est  donné  de  la  manière  la  plus  propre  à 
communiquer  les  idées  que  les  maîtres  sont  char- 
gés de  transmettre  aux  élèves.  Cette  garantie,  déjà 
très  importante  pour  ceux  qui  ne  parcourent  qu'un 
ou  deux  degrés  de  l'instruction  publique  ,  l'est  encore 
plus  pour  ceux  qui  les  parcourent  tous  les  trois.  Il  ne 
faut  pas  que  les  élèves  des  collèges  soient  obligés  d'y 
apprendre  ce  qu'on  a  dû  leur  enseigner  dans  les  écoles 
primaires;  et  il  est  essentiel  qu'ils  arrivent  dans  les 
facultés,  avec  toutes  les  idées  et  toutes  les  notions, 
qui  forment  les  bases  de  renseignement  supérieur  qu'on 
y  donne.  Toutes  ces  conditions  sont-elles  aujourd'hui 
remplies? 

Grâce  aux  efforts  réunis  du  gouvernement  cl  de  la 
Société  pour  l'instruction  élémentaire,  l'enseignement 
primaire  ne  laissera  bientôt  plus  rien  à  désirer  aux 
amis  de  l'enfance.  Il  offre  toutes  les  garanties  possibles 
quand  il  est  donné,  soit  par  la  méthode  simultanée, 
spécialement  en  usage  chez  les  frères  de  la  doctrine 
chrétienne,  soit  parla  méthode  mutnelie,  qui  est  la 
plus  rapide  cl  la  ])lu.s  sûre  de  toutes.  Mais  l'enseigne- 
Hieul  des  collèges  ne  s'offre  pas  sous  un  aspect  aussi 
salis(\iisan(.  D'al»ord  ,  quoiqu'on  l'ait  auginc'nli.'dej)uis 


\ 


LITTÉRATURE.  55^ 

«juelqucs  années  ,  il  est  loin  d'être  complet  et  d'être 
en  rapport  avec  les  besoins  de  la  civilisation ,  qui  se 
sont  accrus  depuis  trente  ans  avec  le  nombre  et  l'éten- 
due des  sciences.  Je  puis  citer,  à  l'appui  de  cette  asser- 
tion ,  nue  brochure  publiée  par  l'uu  des  membres  les 
plus  distingués  de  l'instruction  publique,  M.  Rendu, 
oii  il  prouve  la  néceisité  de  faire  marclier  de  front 
l'étude  des  sciences  et  celle  des  langues.  Pour  atteindre 
ce  but ,  il  ne  suffirait  pas  de  créer  des  cbaites;  il  fau- 
drait encore  que  les  élèves  trouvassent  le  leuis  néces- 
saire pour  en  profiter  ;  et  le  nombre  des  heures  consa- 
crées au  travail  ne  pouvant  augmenter  à  volonté  ,  on  se- 
rait forcé,  avantd'établirde  nouveaux  cours,  de  réduire 
le  tenis  occupé  par  l'étude  des  langues  mortes;  étude  qui 
emploie  près  des  trois  quarts  des  dix  ou  douze  anriées  - 
passées  dans  les  collèges.  Ainsi ,  on  rendrait  déjà  un 
service  très  important  à  une  portion  considérable  de 
la  société  ,  en  trouvant  une  méthode  qui  abrégeât 
l'enseignement  du  latin  et  du  grec,  auquel  celui  des 
autres  sciences  est  évidemment  sacrifié. 

Quelque  grand  que  soit  un  tel  sacrifice  ,  on  le  sup- 
porterait encore  avec  quelque  résignation ,  s'il  était 
compensé  par  la  certitude  qu'après  avoir  aclievé  leurs 
classes,  les  jeunes  gens  posséderont  ces  langues  dont 
l'étude  leur  a  coûté  tant  de  travail  et  causé  tant  de 
dégoûts. 

Ici ,  j'en  appelle  à  tous  les. hommes  de  bonne  foi ,  et 
surtout  aux  pères  de  famille.  En  est-il  beaucoup  qui 
puissent  affirmer  qu'au  sortir  du  collège,  ils  savaient, 
je  ne  dirai  pas  les  principes  du  latin  et  du  grec  qui  se 
rapportent  à  la  grammaire  générale  ,  mais  seulement 
les  mots  de  ces  deux  langues,  de  manière  à  pouvoir 
traduire  un  auteur  quelconque  sans  dictionnaire  et 


558  litt^:ratuke. 

sans  grammaire?  La  rc'poii^e  du  plus  granu  nombre 
sérail  négative;  l'expérimce  est  là  j)our  le  prouver.  Lt 
n'est-ce  pas  nue  preuve  bien  forte  du  j)eii  de  succès  de 
renseignement  ne  luel ,  (jue  tous  ces  ouvrages  publiés 
depuis  ciin(uante  ans  sur  cette  uiatière,  par  des 
liuuiMies  du  plus  grand  nn-rite,  et  <jui  conunenceut 
tous  par  déclarer  que  ce  ^ont  les  tri^tes  effets  de  la 
méthode  suivie  ius(|u'à  ce  jour  pour  les  langues,  qui 
leur  ont  fait  prendre  la  plume?  Cette  méthode  est  donc 
vicieuse  :  i"  parce  qu'elle  emploie  un  teius  beaucouj) 
trop  considérable,  et  dont  une  grande  ])arlie  devrait 
être  consacrée  à  d'autres  ol)jets  ;  :>.°  parce  (jirelle  est 
insurtisante  pour  ap|)rcndre  le  latin  et  le  grec,  pour 
transmettre  les  notions  capitales  sans  lesfjuelles  on  ne 
peut  s'élever  jns(|u'aux  principes  de  ces  langues,  et 
qu'elle  ])orle  dans  l'esprit  des  jeunes  gens,  un  désordre 
dont  se  resseulent  les  travaux  de  tonte  leur  vie.  On 
doit  même  regarder  comme  un  bonheur  (pie  cette  pré- 
tendue méthode  n'ote  pas  it  tous  ce  goût  du  travail  , 
qui  leur  est  si  nécessaire  pour  recommencer  leurs  étu- 
des après  avoir  fini  leurs  classes. 

M.  Ordinaire,  recteur  de  l'académie  de  Besançon, 
frappé  de  ce  double  inconvénient,  a  long-tems  o\<- 
servé.et  réfléchi  pour  en  découvrir  la  cause  et  le  re- 
mède. Ce  n'est  ni  aux  maîtres ,  qui  sont  pour  la  plupart 
pleins  de  zèle,  ni  aux  élèves,  (|ui,  en  général,  ont  de 
la  bonne  volonté,  qu'il  a  pu  attribuer  les  tristes  résul- 
tats des  éludes;  c'est  dans  les  vices  de  la  méthode  qu'il 
en  a  \n  la  source.  Vn  examen  long  et  approfondi  lui  a 
prouvé  que  le  peu  de  succès  de  celle  méthode  provieiiL 
de  ce  qu'elle  veut  transmettre  à  la  fois  des  idées  de  na- 
ture différente,  ()ui,  étant  ainsi  présentées  intenipesti- 
vemenlel  sans  ordre,  jettent  dans  l'inlelligcnce  la  cou- 
fuiiou  ,  cl  le  dégoût  qui  eu  est  la  suite. 


LITTÉRATURE.  Sôg 

M.  Orflinnire  ne  trouve  dans  ]es  langues,  comme 
dans  toutes  les  sciences,  que  deux  espèces  d'idées  qui 
se  distinguent  prirlaileineul  les  unes  des  autres  par  le 
innde  el  l'époque  de  leur  formation.  La  première  espèce 
est  composée  des  idées  que  l'esprit  reçoit  immédiate- 
ment du  dehors ,  et  qui  ne  sont  (|ue  des  représentations 
plus  ou  moins  cosformes  aux  objets  extérieurs,  ou  aux 
signes  par  les;|uels  ou  désigne  ces  objets  ;  elles  sont  le 
résultat  direct  des  sensations  produites  dans  notre  in- 
telligence par  les  fa!ts  extérieurs  :  c'est  jiar  cette  raison 
que  l'auteur  les  appelle  iflécs  defnit. 

Les  i<1ées  de  la  deuxième  espèce  ne  peuvent  plus, 
comme  celles  de  la  première  ,  être  formées  ou  réveillées 
immédiatement  dans  l'esprit  parles  objets  ou  les  signes 
extérieurs;  elles  ne  se  forment  qu'à  la  suite  des  idées 
de  fait,  les  suppose  an  té  rie  a  rement  acjuises  et  classées  ; 
elles  sont  ce  produit  d'un  acte  spontané  de  l'esprit, 
d'u!ie  opération  particulière  que  l'intelligence  oxécutç 
par  sa  propre  puissance  sur  les  idées  de  fait  d'une 
même  classe,  et  par  laquelle  elle  les  compare  pour 
saisir  le  lien  qui  les  enchaîne  ,  pour  di'dnireXz  rapport 
qui  les  lie.  L'auteur  donne  à  cette  seconde  espèce  d'idées 
le  nom  aidées  de  déduclion. 

Voulant  déterminer  d'une  manière  encore  plus  pré- 
cise, s'il  est  possible,  la  nature  de  ces  deux  espèces 
d'idées,  fixer  la  limite  qui  les  sépare  et  le  point  intel- 
lectuel oii  commencent  les  idées  déductives,  M.  Ordi- 
iia  re  eut  recours  à  l'expérience  et  à  l'observation,  ces 
deux  guides  sûrs  que  l'homme  ne  doit  jamais  aban- 
donner dans  ses  travaux.  11  essaya  de  réveiller  en  lui- 
même  le  souvenir  du  développement  de  ses  premières 
connaissances  classiques,  et  s'assura  bientôt  qu'il  avait 
eu  lieu  sous  rinjQ.uence  de  deux  facultés  capitales,  et 


IGo  lATltWAïVhK. 

dont  les  protliiils  pcuvriil  rire  consitlôrcs  comme  for- 
mant deux  brandies  distinctes  de  l'intelligence.  I,a  jire- 
mière  ,  Vattcnlion  ,  conformément  à  l'étymologie  de  son 
nom  ,  Icnderc  ad ,  porte  les  forces  de  l'anie  sur  les  ob- 
jets extérieurs  qui  frappent  les  sens;  elle  préside  à  la 
formation  des  images  :  toutes  les  idées  de  fait  naissent 
et  restent  sons  son  empire.  Les  connaissances  qui  sont 
du  ressort  de  l'usage  dans  les  langues  ,  con:me  les  faits 
qui  sont  la  base  do  toutes  les  sciences  ,  n'ont  pas  d'autre 
origine.  La  deuxième  faculté ,  la  riflvxion  {Jlcclrrv 
relrà),  qui  suppose  que  l'exercice  de  l'attention  est  trè-s 
familier,  replie  les  forces  de  la  pensée  sur  la  pensée 
même  ,  et  lui  fait  connaître  ses  propres  actes  ;  elle  pro- 
duit les  déductions ,  les  rzo/Zon^,  qu'on  peut  encore  appe. 
]er  idées  rrjieclu'cs.  La  connaissance  des  principes  dans 
une  science  quelconque,  et  spt'cialement  en  gram- 
maire, suppose  l'emploi  antérieur  et  l'excicicc  de  la 
réflexion. 

L.n  séparation  des  idées  en  deux  espèces,  dont  chacune 
csldu  ressort  d'une  faculté  différente  ,  demande  (|ue  ren- 
seignement des  langTies  soit  divisé  en  deux  parties  bien 
distinctes.  La  première ,  consacrée  à  renseignement  des 
idf'cs  de  fait,  n'exige  (|ne  l'exercice  de  l'ntlention,  de 
cette  faculté  qui ,  chez  les  enfans ,  est  en  même  teins  si 
forte  et  si  mobile;  tandis  (pie  la  seconde  partie,  qni 
donne  les  moyens  de  traiismeltre  aux  élèves  les  déduc- 
tions ,  nécessite  de  plus  l'exer*  ice  de  la  réflexion  ,  dont 
les  opérations,  d'abord  Irl'S  lentes  chez  ces  niêmes  en- 
fins,  deviennent  de  plus  en  ]>lus  rapides  h  mesure 
cju'ils  avancent  en  âge.  I,a  réflexion  ne  peut  s'exercer 
fju'après  l'attention,  puisque  c'e»l  celle-ci  qui  rav- 
senilile  d.tns  l'intelligence  les  collections  d'idées  de  faits, 
dont  la  !«  flexion,  si  j'ose  ni'exprimer  ainsi  ,  fait  jaillir. 


LITTÉRATURE.  56 1 

en  les  pressant  les  unes  contre  les  antres,  l'idée  de  dé- 
duction. La  réflexion  agit  en  quelque  sorte  sur  les  idées 
de  fait,  comme  une  lentille  de  cristal  sur  les  rayons 
solaires,  lorsqu'elle  les  rassemble  en  un  seul  point ,  en 
lin  foyer  unique,  oii  réunis ,  ils  déterminent  une  roui,- 
bustion  qu'ils  n'avaient  pu  produire  isolément. 

Il  devient  désormais    très  facile  de  reconnaître  à 
quelle  espèce  appartient  une  idée  quelconque;  car  il 
sufEt  pour  cela  de  déterminer  qnel  est  l'acte  de  l'intel- 
ligence qui  préside  à  la  formation  de  cette  idée.  Si  ou 
applique  cette  règle  aux  dénominations  grammaticales, 
on  verra  qu'elles  sont  toutes  mixtes,  c'est-à-dire,  qu'elles 
renferment  à  la  fois  des  idées  de  fait  et  une  idée  de 
déduction.  Par  exemple,  le   nom  A' ablat(f  donné  au 
sixième  cas,  convient  à  toutes  les  terminaisons,  qui  le 
marquent  dans  les  déclinaisons  différentes  :  ce  sont-lk 
les  idées  de  fait;  mais  il  exprime  aussi  le  rapport  d'ex- 
tracUoni[ne  désigne  ce  cas,  et  voilà  l'idée  de  déduction. 
Celle-ci  ne  pouvant  résulter  que  de  la  connaissance  des 
premières,  si  le  maître  commence  par  présenter  l'idée 
de  déduction  à  son  élève,  celui-ci  répétera  les  mots  qui 
la  composent,  mais  il  n'y  attachera  point  un  sens  ré- 
gulier. Ainsi,  malgré  les  effoits  du  maître  et  la  bonne 
volonté  de  l'élève,  ils  arriveront  tous  les  deux  à  la  fin  d'un 
cours,  ayant  parlé  chacun  une  langue  différente  avec 
les  mêmes  mots.  Cet  exemple  prouve  à  la  fois  l'existence 
des  deux  espèces  d'idées ,  l'avantage  de  leur  séparation  , 
de  l'ordre  établi  dans   leur    présentation  successive  à 
l'esprit,  et  enfin  les  inconvéniens  qui  résultent  du  dé- 
rangement de  cet  ordre- 
Dans  toute  méthode,  soit  pour  les  sciences,  soit  pour 
les  langues  ,  on  doit  donc  éviter  avec  le  plus  grand  soin 
d'exciter  en  même  tems  les  deux  espèces  d'idées;  et  k 

TOME   YUI.  36 


:Gi  LU  TtRArUR}.. 

plus  forte  raison  de  conimpncer  l'enseignement  de^  dé- 
duclions,  avant  d'axoir  transmis  les  idres  de  fait  <|ui 
seules  peuvent  les  luire  naître.  C'est  à  ce  mélange,  ou 
à  ce  renversement  de  l'ordre  naturel  ,  «jui  afleclent 
plus  ou  moins  toutes  nos  grammaires,  r|u'i]  faut  attri- 
buer le  trouble,  le  dégoût  el  tous  les  autres  iiicouvéuiens 
qui  s'attachent  à  l'emploi  des  procédés  que  leurs  au- 
teurs indiquent.  Eu  eftet ,  lorsqu'on  présente  à  l'esprit 
des  eufans  les  déductions  avant  les  idées  de  fait ,  il  est 
impossible  que  les  premières  aient  un  sens  pour  lui  , 
puisqu'il  ne  connaît  pas  les  faits  dont  elles  expriment 
les  rapports.  Sa  mémoire  ne  recevra  donc  qu'une  suite 
de  mots,  ou  qu'elle  ne  conservera  pas,  ou  qui  seront 
pour  elle  un  fardeau  aussi  pesant  qu'inutile.  Car,  de 
deux  choses  l'une  : ,  ou  l'enfant  ne  recueille  jamais 
les  collections  de  faits  auxquelles  se  rapportent  les  dé- 
ductions, et  alors  l'inutilité  de  leur  expression  est  in- 
contestable ;  ou  le  hasard  ,  qui  préside  seul  à  l'enseigne- 
ment actuel  ,  lui  fournira  ces  collections  d'idées  dont 
les  déductions  expriment  les  rapports  ;  mais  ,  dans  ce 
dernier  cas,  qui  est  le  plus  favorable ,  on  n'avait  pas 
besoin  de  charger  sa  mémoire  d'une  formule  insigni- 
fiante ,  qu'il  est  obligé  de  retrouver  à  «ne  épo([UP 
éloignée  par  le  secours  de  la  réflexion.  Loin  de  lui 
épargner  aucune  peine,  on  l'a  inutilement  fatigué, 
tandis  qti'on  aurait  dû  l'exercer  sur  les  faits  qui  seul-, 
étaient  à  sa  portée. 

Maintenant  ,  si  nous  considérons  lesré^u!tals  du  mé- 
lange des  deux  espèces  d'i'ées ,  nous  les  trouverons  non 
moins  déplorables.  Lorsqu'elles  sont  offertes  sans  ordre, 
et  c'est  ce  (jui  arrive  par  nos  prétendues  niClhodes,  il  est 
évident  ([ue  les  déductions  ne  naissent  pas  plus  <|iie 
dans  le  cas  examiné  précédemment,  et  qu'elles  sont  de 


LlTTÉRATUnE.  563 

mèrBe  un  fardeau  inutile  pour  la  mémoire  ,  qui  ne  re- 
tiendra qu'un  petit  nombre  d'idées  de  fait  sans  liaison. 
Chacun  se  convaincra  de  là  justesse  de  ces  observations, 
s'il  veut  examiner  de  bonne  foi  quels  ont  été  les  ré- 
sultats de  ses  études  collégiales.  11  reconnaîtra  qu'à 
l'exception  des  idées  de  fait,  dont,  avec  le  teras ,  il  a 
acquis  ''usage  ,  et  au  moyen  desquelles  il  compose  par 
routine  des  thèmes  et  des  versions,  soit  en  latin,  soit 
en  grec,  il  ne  trouve  dans  son  intelligence  que  des 
notions  vagues  ,  incomplètes  et  sans  enchaînement. 

Quel  nom  donner  à  la  méthode  qui ,  en  intervertis- 
sant ainsi  l'ordre  qu'appelle  le  développement  naturel 
de  nos  facultés  ,  porte  la  confusion  et  le  trouble  dans 
les  idées  de  fait ,  sans  parvenir  à  exciter  nettement  les 
déductions ,  ni  à  transmettre  1«  principes  dont  elles 
sont  la  source  ,  et  à  la  recherche  desquels  dix.  années  de 
la  jeunesse  sont  cependant  consacrées?  Si  l'on  considère 
les  suites  d'une  tellte  lacune  ,  dans  les  classes  où  l'en- 
seignement s'élève  jusqu'à  la  littérature  et  à  la  philo- 
sophie, aperçoit-on,  dans  un  tel  état  de  choses,  quelque 
possibilité  de  succès?  Ces  sciences  supposent  la  connais- 
sance des  faits  classiques  et  des  notions  qui  doivent  en 
être  déduites  ;  si  ces  notions  n'existent  pas,  à  quoi  le 
professeur  rattachera-t-il  le  développement  des  hautes 
considérations,  qu'il  est  chargé  de  présentera  ses  élèves? 
Telle  est  la  véritable  raison  qui  fait  regarder  comme 
inutile  ,  à  quelques  bons  esprits  ,  l'étude  du  latin  et  du 
grec.  Ils  n'v  voient  qu'une  étude  de  mots;  tandis  que 
si  ces  langues  étaient  bien  enseignées  ,  ils  recon- 
naîtraient qu'eu  les  apprenant  aux  jeunes  gens  ,  on  a  un 
puissant  moyen  d'exercer  leur  réflexion,  de  leur  former 
un  jugement  droit  et  sûr,  qui  ne  leur  sera  pas  moins 
utile  dans  leur  conduite  morale,  que  dans  leurs  tra 

36* 


Mv'j  LITTÉKATURli:. 

vaux  intellccluols.  Telle  est  encore   la  vi\'iie  cause  du 

discrédit  oii  est  tombé    l'etiseiguenient  de  la  ])liiloso- 

phie ,  de  celle  science  qui  doit  coordonner  toutes  nos 

connaissances,  et  réveiller  les    rapports  qui   les   eu- 

chaîncnt. 

D'après  ce  qui  a  été  dit  précédemment  des  deux  es- 
jîèces  d'idées  et  de  l'ordre  de  leur  présentation  à  l'es- 
prit, il  est  évident  qu'elles  ne  peuvent  être  ni  transmises, 
ni  excitées  par  les  mêmes  procédés,  et  que  M.  Ordinaire 
a  dû  d'abord  diriger  ses  recherches  vers  ceux  dont  on 
doit  se  servir,  pour  enseigner  les  idées  de  fait.  Il  réflé- 
chissait sur  cet  important  sujet,  à  l'époque  où  rensei- 
gnement mutuel  se  répandit  en  France.  Alors  il  étudia 
avec  le  plus  grand  soin  cette  méthode  ,  ainsi  que  celle 
de  l'enseignement  simultané  :  il  vit  bientôt  qu'elles  doi- 
vent leur  succès  à  ce  que  les  idées  qii'elles  embrassent 
sont  toutes  de  même  nature,  sont  toutes  des  idées  de 
fait  ;  en  même  lems  il  reconnut  que  l'enseignement 
mutuel  est  supérieur  à  tous  les  autres  ,  par  la  rapidité 
et  la  sûreté  des  moyens  de  transmission  qu'il  emploie. 

Cette  méthode  présente  à  l'esprit  des  enfans  les  signes 
excitateurs  des  idées  de  fait  que  renferment  la  lecture 
et  l'écriture,  dans  l'ordre  le  plus  propre  à  rendre  ce"» 
signes  familiers,  à  les  faire  reconnaître  aussi  facilement 
dans  les  combinaisons  qu'ils  afl'ectent,  que  dans  leur 
isolement  élémentaire.  De  plus  ,  les  connaissances  de 
ce  genre  se  rangent  dans  l'esprit ,  et  se  manifestent  en- 
suite conformément  à  l'ordre  selon  leciuel  elles  ont 
été  excitées.  Ainsi,  toute  celte  méthode  repose  sur  la 
classification  extérieure  des  signes  dont  les  idées  de 
fa  il  sont  les  images.  Renia  rq  non  s  aussi  qu'elle  a  le  grand 
avaiit.ige  de  commander  et  d'obtenir  l'emploi  le  j)lui 
complet  de  l'allenlion  dei  élève». 


LITTÉRATUKE.  5.î> 

Si  M.  Ordinaire  a  des  obligations  à  l'enseignement 
mutuel,  cette  méthode  ne  lui  eu  aura  pas  moins  :  d'a- 
bord ,  parce  que  son  ouvrage  donne  les  bases  d'après 
lesquelles  ou  doit  appliquer  les  procédés  de  cet  ensei- 
gnement; ensuite,  parce  qu'il  prouve  que,  si  les  ap- 
plications qu'on  en  a  faites  à  diverses  sciences  n'ont: 
pas  réussi ,  c'est  non  à  la  méthode  qu'il  faut  s'en  pren- 
dre ,  mais  bien  à  ceux  qui  l'ont  employée  mal  à  propos. 
En  effet ,  ces  applications  ne  peuvent  avoir  aucun  suc- 
cès ,  si  l'on  n'a  séparé  préliminairement  les  idées  de 
déduction  des  idées  de  fait,  qui  sont  les  seules  pour  les- 
quelles les  procédés  de  l'enseignement  mutuel  puissent 
être  fructueux.  Les  tableaux  synoptiques  qu'on  forme 
avec  les  notions  et  les  principes  d'une  science  quelcon- 
que ,  ne  peuvent  donner  immédiatement  des  connais- 
sances qui  ne  s'acquièrent  que  par  un  acte  intérieur  de 
l'intelligence,  par  la  réflexion;  ils  ne  servent  qu'à 
maintenir  dans  l'esprit  l'ordre  qui  doit  exister  entre 
les  différentes  parties  d'une  science,  et  à  donner  les 
moyens  de  classer  les  nouvelles  idées  qui  se  rattachent 
à  l'une  de  ces  parties. 

M.  Ordinaire  ayant  ainsi  trouvé  les  bases  de  l'en- 
seignement des  idées  de  fuit,  pour  quelque  science  que 
ce  soit,  chercha  à  découvrir  quelles  sont  dans  les  lan- 
gues les  connaissances  de  ce  genre,  afin  d'y  appliquer 
les  procédés  de  l'enseignement  mutuel  ,  qui  rem- 
plissent toutes  les  conditions  nécessaires  pour  opérer 
la  transmission  de  cette  espèce  d'idées.  Considérant 
la  langue  latine  sous  ce  point  de  vue,  il  vit  bientôt 
que  les  significations  ,  les  désinences  et  les  formules 
énouciatives  des  règles  ,  sont  les  idées  de  fait  de  celte 
langue  ,  et  qu'elles  en  constituent  la  partie  positive  et 
malcricUe.  Eu  effet ,  les  connaissances  lelalives  à  la 


I 


C66  LIÏTKRATL'RE- 

signification  s'ocquièreiit  par  l'usage,  comme  colles 
qui  soal  rcialivrs  aux  Icllres  et  aux  syllabes  :  il  en  est 
de  même  des  désinences.  Je  fais  observer  ici  que  le  mot 
latin,  déclinable  .  présente  deux  choses  bien  différentes  : 
le  radical  ijui,  diargé  seul  de  la  signification  ,  demeure 
invariable  comme  elle  ;  et  la  désinence  qui  éprouve  di- 
vers cliangemeiis,  suivant  le  nombre  de  rapports  ({u'elle 
doit  in(]i([iur  entre  les  significations  :  l'un  et  l'autre 
son!  encore  des  faits  comme  les  lettres  ,  les  syllabes  et 
les  significations.  Ne  considérant  d'abord  la  règle  que 
relativement  à  l'acte  de  l'intelligence  nécessaire  pour 
en  connaître  la  valeur  et  en  généraliser  l'emploi ,  l'au- 
teur perdait  de  vue  l'expression  matérielle  destinée  à 
la  manifester.  Il  ne  tarda  pas  à  la  regarder  comme  une 
formule  palpable  ,  qui  offre  le  modèle  des  désinences 
précises  et  des  formes  déterminées  qu'on  doit  em- 
ployer pour  exprimer  correctement  sa  pensée,  dans 
toutes  les  circonstances  intellectuelles  semblables.  Sous 
ce  point  de  vue,  les  règles  peuvent  être  classées,  comme 
les  significations  et  les  désinences;  elles  doivent  l'être, 
pour  qi:e  ! 'esprit  sache  nii  les  prendre  dans  la  mémoire. 
Après  avoir  dégagé  les  idées  de  fait  relatives  à  la 
langi'c  lafinr*  ,  des  idées  de  déduction  qui  en  fout  éga- 
lenienl  partir,  bien  certain  que  les  preniiires ,  comme 
celles  que  tratiNtuet  l'enseignement  mutuel  ,  sont  im- 
méd:;it(  inrul  excitées  par  les  objets  (qu'elles  représen- 
tent,  «f  ré\ei!lées  par  les  signes  qui  remplacent  ces 
objets  ,  M.  Oi  l'inaire  sentit  le  besoin  de  placer  sur  des 
tableaux  distincts,  et  dans  l'ordre  le  p'us  favorable  à 
leur  excitation  et  à  leur  reproduction  ,  tous  les  faits 
relatifs  aux  signilications,  aux  désinences  et  aux  règles. 
Trois  espèces  de  tableaux  coutiennrnt  dnn<:  ,  dans  sa 
méthode  ,  le  genre  entier  des  faits  de  la  langue  latine  : 


LlTl'ERATURE.  S67 

i".  Tableaux  de  nomenclature  ou  de  radicaux ,  pour 
donner  la  connaissance  des  significations.  Ces  tableaux 
sont  destinés  à  remplacer  le  dictionnaire  ,  dans  l'em- 
ploi duquel  l'auteur  a  reconnu  de  graves  inconveniens. 
Il  a  jugé  au  moins  inutile  de  faire  connaître  ,  par  an- 
ticipation ,  aux  élèves,  des  significations,  dont  la  plu- 
part ne  leur  serviraient  que  plusieurs  années  après. 
Les  premières  qu'il  leur  importe  d'apprendre  sont 
celles  des  mots  employés  dans  le  premier  ouvrage  qu'ils 
auront  à  expliquer,  c'est-à-dire  ,  dans  VEpitome  Hïs- 
torice  Sacrœ.  Ce  livre  étant  dans  les  mains  de  tous  les 
élèves  des  classes  élémentaires,  M.  Ordinaire  n'a  jias 
cru  avoir  à  examiner  s'il  est  bien  ou  mal  choisi  sous  le 
rapport  de  la  pureté  du  style  ;  il  a  pensé  qu'en  lui  en 
substituant  un  autre,  quelque  bon  qu'il  fût,  il  com- 
promettrait l'amélioration  importante  qui  est  le  but 
iinmédiat  de  sa  méthode  ,  et  empêcherait  qu'elle  ne  fût 
profitable  au  nombre  immense  d'élèves  qui  fréquentent 
les  institutions  publiques.  C'est  donc  du  texte  de  V Epi- 
tome  que  M.  Ordinaire  a  extrait  les  premiers  mots  , 
dont  la  signification  doit  être  apprise  aux  enfans.  Après 
les  avoir  séparés  par  espèces ,  et  rapprochés  dans 
chacune  d'elles  par  familles,  il  les  a  places  sur  des  ta- 
bleaux distincts  ,  vis-à-vis  des  mots  français  qui  en  ex- 
priment le  sens. 

2°.  Tableaux  de  désinences.  Ces  tableaux  présentfnt 
toutes  les  terminaisons  tant  régulières  qu'irrégulières 
que  les  mots  variables  peuvent  recevoir,  et  les  termi- 
naisons fixes  que  les  mots  invariables  affectent.  Ils  com- 
prennent ainsi  l'ensemble  des  parties,  du  discours. 
Chacun  d'eux  porte  un  numéro  de  rappel  ;  ce  numéro 
est  répété  au-dessus  de  chaque  famille  de  mots,  ren- 
fermée dans  les  tableaux  de  nomenclature,  et  réveille 


568  LITTMRATURE. 

ainsi  les  désinences  du  lablcau-niodèle,  auquel  cette 

fiiiiiillc  se  rajiporlc. 

3".  Tableaux  dérègles.  Ils  no  doivent  être  présentés 
à  l'élève  <|uc  loixjue  les  pr<''cédcns  lui  sont  parfiiite- 
ïneul  familiers.  A  cette  époqne  du  cours  ,  l'ordic  dans 
lequel  les  cas  se  succèdent  clant  invariablement  fixé 
dans  la  ]iicii!oire  des  enfans,  Tautenr  a  choisi  cet  onlre 
pour  la  classification  des  règles.  Dix  tableaux  con- 
tiennent la  totalité  des  règles  épar>es  dans  le  rudiment 
de  Lhomond  :  ctiacujie  d'elles  ,  ])lacée  sous  renoncia- 
tion du  cas  précis  qu'elle  gouverne,  réveille  l'espîce  de 
désinence  particulière  à  ce  cas  ,  et  se  trouve  à  son  tour 
réveillée  par  la  désinence  qu'elle  déîerniiue.  (!e  pro- 
cédé a  l'avantage  d'exiger  de  l'élève  des  analyses  ré- 
gulières ,  jusque  dans  les  moindres  détails  ,  et  de  le 
familiariser  parfaitement  avec  la  syntaxe  purement 
pratique. 

Les  tableaux  de  désinences  et  de  ri-gles  sont  destinés 
à  remplacer  le  rudiment  de  Lhomond  ,  dans  lequel 
i'auteur  en  a  puisé  les  élémens.  M.  Ordinaire,  sans 
regarder  ce  livre  comme  digue  de  toute  la  confiance 
qu'on  lui  accorde,  l'a  employé  parce  qu'il  est,  comme 
YEphonui  IliAton'œ  Sacrai  ,  entre  les  mains  de  tous  les 
éludians  ;  et  que,  dans  ce  moment,  il  est  plus  important 
de  réformer  le  mode  d'enseignement  (jue  la  juatièi-c 
enseignée. 

Je  n'entrerai  pas  dans  tous  les  détails  (\uo  l'auteur 
donne  sur  la  formaliou  et  l'emploi  des  tableaux.  Pour 
rire  bien  compris,  ces  détails  doivent  être  étudiés  dans 
l'ouvrage  même.  Je  renvoie  donc  les  lecteurs  de  la  Revue 
à  la  ]>rcmière  jiartie  do  la  Méthode  pour  l'enscigncnwnl 
des  Ioniques. 

Cette  ])reiuicrc  partie,  la  seule  (jui  .s<jit  encore  pu- 


littératurt:.  569 

blide,  contient,  i"  une  Introduction  où  l'auteur  expose 
ses  principes;  2°  un  Manuel  qui  explique  la  manière 
d'employer  les  tableaux  et  d'enchaîner  les  exercices 
relatifs  à  leur  emploi  ;  3°  cent  trente  tableaux  in-folio , 
qui  sont,  comme  je  l'ai  déjà  dit,  de  trois  espèces; 
4°  enfin  des  livrets  in-12 ,  qui  sont  la  répétition  des  ta- 
bleaux. L'Introduction  et  le  Manuel  forment  un  vo- 
lume qui  peut  être  acheté  séparément. 

La  deuxième  partie,  dont  on  doit  désirer  la  prompte 
publication,  traitera  de  la  formation  des  idées  réflec- 
tiresou  déductives,  de  leur  classification,  et  des  moyens 
de  les  exciter  en  présence  des  chaînes  d'idées  de  fait 
auxquelles  elles  correspondent.  Elle  renfermera  les  prin- 
cipes de  \sl  grammaire  générale ,  ainsi  que  les  élémens 
de  la  philosophie. 

Pour  faire  encore  mieux  apprécier  l'importance  du 
service  que  M.  Ordinaire  a  rendu  à  l'enseignement  en 
publiant  la  première  partie  de  son  ouvrage,  j'indiquerai 
rapidement  ici  les  principaux  avantages  que  doit  pro- 
duire l'adoption  de  sa  Méthode. 

L'emploi  des  tableaux  donne  tous  les  moyens  de 
mettre  l'élève  en  état  de  traduire  spontanément,  à  la 
fin  d'une  année  d'étude,  V Epilomc  Historice  Sacrœ. 
Ainsi  ,  à  cette  époque,  il  pourrait  enirer  en  sixième  , 
résultat  qu'on  n'obtient  pas  en  deux  ou  trois  ans  ,  par 
la  Méthode  en  usage  aujourd'hui. 

Le  dictionnaire,  qui  fait  perdre  un  tems  considé- 
rable ,  est  remplacé,  delà  manière  la  plus  avantageuse, 
par  les  tableaux  de  nomenclature.  Les  excrrices ,  qui 
y  sont  relatifs  ,  n'exigent  pas  dans  la  première  année  , 
ûii  ils  emploient  plus  de  tems,  la  vingtième  partie  de 
celui  qui  serait  consacré  à  la  recîierche  des  mots  dans 
ie  dictionnaire.  Ils  n'en  exigent  pas  ensuite  la  centième, 


\ 


5:o  LITTÉRATURE. 

puisqu'à  mesure  qu'on  avance  dans  l'étude  du  latin  , 
les  nonienclalures  deviennent  moins  considcrablcs. 
Ajoutons  que  celte  Méthode  donne  aux  élèves  tant  de 
facilité  pour  traduire  ,  (^u'au  lieu  de  se  borner,  comme 
dans  nos  écoles,  à  expliquer  (juclques  pages  d'un  au- 
teur, ils  l'expliquent  en  entier. 

Au  moven  des  livrets  qui  offrent  la  représentation 
exacte  des  grands  tableaux,  et  que  chaque  élève  em- 
porte chez  lui,  il  emploie  utilement,  etd'aprcs  les  ordres 
du  maître,  le  tems  qui  s'écoule  entre  les  leçons.  Les 
parens  peuvent  être  eux-mêmes  les  répétiteurs  de  leurs 
enfans,  s'assurer  chaque  jour  de  leurs  progrès,  sans 
que  pour  ceja  l'uniformité  de  l'enseignement  soit  dé- 
truite. 

La  nouvelle  Méthode,  quoiqu'elle  exige  toute  l'at- 
tention des  élèves,  loin  de  les  ennuyer,  les  captive,  les 
intéresse,  et  influe  ainsi  de  la  manière  la  plus  favo- 
rable sur  leur  caractère  et  sur  leur  santé,  trop  souvent 
altérés  par  l'ennui. 

Il  paraît  qu'en  suivant  les  procédés  de  M.  Ordinaire, 
les  élèves  pourront,  en  trois  ans  ,  dans  une  école  bien 
dirigée,  être  mis  en  état  d'expliquer  Tite-Live  et  Tacite. 

Les  avantages  de  la  nouvelle  Méthode  sont  déjà 
prouvés  par  la  pratique.  M.  Ordinaire  établit,  il  y  a 
quelques  années,  une  école  à  Besançon.  Lorsque 
MM.  les  inspecteurs  généraux  des  études,  Rendu  et 
Ampère,  la  visitèrent,  elle  n'avait  encore  que  quatre 
mois  et  demi  d'existence.  Ils  reconnurent,  dans  un 
premier  examen,  que  les  élèves  de  la  division  la  ])!us 
avancée  reproduisaient,  avec  une  imperturbable  faci- 
lité, i"  toutes  les  désinences,  tant  régulières  qu'irré- 
gulières  ,  que  les  substantifs,  ])ronoms  ,  adjcclif>  et 
>erbcs  peuvent  alïcclcr;  2"  (qu'ils  savaient  la  signilica- 


LITTÉRATURE.  571 

lion  de  1,200  à  i,3oo  mots  latins,  malgré  les  chan- 
ceinens  faits  aux  tableaux ,  pendant  la  durée  du  cours  ; 
3°  que  l'un  d'eux,  plus  précoce,  avait  appris,  en 
outre ,  les  premiers  tableaux  de  règles  ,  et  qu'il  expli- 
quait correctement,  et  à  livre  ouvert,  les  passages  de 
VEpitome  Historiée  Sacrœ  ,  toutes  les  fois  que  ces  pas- 
sages n'offraient  pas  des  inversions  et  des  combinaisons 
de  phrases  étrangères  au  génie  de  la  langue  française  ; 
4"  que  les  élèves  du  deuxième  groupe  suivaient  ceux 
du  premier  à  une  assez  petite  distance.  Dans  un  second 
examen  ,  MM.  les  inspecteurs  généraux  cherchèrent  à 
recouuaitre  jusqu'à  quel  poiat  l'emploi  des  tableaux  , 
qui  avait  si  bien  développé  la  mémoire  ,  avait  mis  eu 
jeu  le  jugement:  ce  second  essai  ne  les  satisfit  pas 
moins  que  le  premier.  Ils  applaudirent  aux  travaux  de 
M.  Ordinaire,  à  ses  vues  pour  l'avenir,  et  l'engagè- 
rent ,  avec  la  plus  grande  chaleur  ,  à  persévérer  dans 
cette  belle  entreprise  qu'il  avait  si  bien  commencée  , 
et  dont  ils  rendirent  le  compte  le  plus  favorable  à  la 
commission  d'instmclion  publique. 

Je  ne  puis  mieux  faire  l'éloge  de  la  théorie  de 
M.  Ordinaire,  qu'en  disant  qu'elle  me  semble  avoir  la 
plus  grande  analogie  avec  la  méthode  expérimentale, 
ressuscitée  par  l'immorlel  Bacon  ,  long-tems  étouffée 
par  les  faux  systèmes  et  par  les  misérables  arguties  de 
l'école;  et  qui,  reparaissant  au  dix-huitième  siècle 
avec  une  nouvelle  vie,  a  imprimé,  aux  sciences  phy- 
si([ues  et  aux  arts  qui  en  dépendent,  ce  mouvement 
rapide  ,  auquel  ils  doivent  les  immenses  progrès  qu'ils 
ont  faits  depuis  trente  ans. 

Tous  les  amis  des  progrès  des  bonnes  études  forme- 
ront ,  sans  doute ,  avec  moi  des  vœux  ,  pour  que  les 
chefs  de  l'instruction  publique  examinent  attentive- 


5:1  UTTKHATliRE. 

nipnt ,  et  fassent  recevoir,  dans  les  écoles,  une  inr^hode 

dont  la  direction  logique  a  de  si  f^randà  résultats. 

Il  est  à  désirer  que  les  pères  de  fainiile,  les  institu- 
teurs et  tous  les  amis  de  la  jeunesse,  pienneiit  c.on- 
nai'^sancc  de  cotte  méthode.  En  l'étudiant  avec  soin  , 
qu'ils  écartent  surtout  de  leur  esprit  les  idées  poli- 
tiques qui,  dans  répo([ue  oii  nous  vivons,  se  luélent 
trop  souvent  à  des  objets  qui  leur  sont  absolument 
étrangers,  et  enipêclient  de  les  considérer  sons  leur 
véritable  point  de  vue.  1/auteur  ne  demande  l'appui 
d'aucun  parti  ;  il  désire  siraplemefit  iju'on  décide  s'il 
est  avantageux  pour  les  jeunes  gens  de  leur  faire  ajv 
jirendre  plus  promptemenl  et  plus  sûrement  les  lan- 
gues anciennes ,  à  l'étude  desquelles  ils  consacrent  la 
plus  grande  partie  du  tenis  destiné  aux  études,  et  de 
leur  permettre  par-là  d'avoir  une  éducation  plus  com- 
plète. C'est  une  question  qu'on  peut  examiner  avec 
impartialité  dans  tous  les  i)ays  et  sous  tous  lesgouver- 
nemens. 

Au  milieu  de  l'agitation  qui  se  manifeste  parmi  lea 
hommes,  rien  n'est  plus  utile  que  de  les  occuper  des 
améliorations  paisibles  qu'appelle  la  ]ihilanthropie. 
.l'emprunte  à  l'Introduction  de  ]M.  Ordinaire  ,  ce  pas- 
sage, qui  me  paraît  digne  de  l'attention  des  hommes 
il'Ktat  :  «  La  tendance  des  esprits  vers  les  recherches 
qui  peuvent  améliorer  les  nn'lhodes  ,  est  la  suite  lu'- 
cessairc  du  progrès  des  lumières.  L'homme  réiléchi, 
loin  de  s'en  effrayer,  doit  y  voir  le  germe  du  repos  de 
iKurope.  Ce  mouvement,  facile  à  régler,  ne  peut  jiro- 
•^luire  que  d'utiles  n-sultats;  il  fait  naturellement  di- 
rersion  à  d'autres  impulsions  contemporaines ,  dont  il 
prévient  les  excJ'S ,  dont  il  éloigne  le  danger;  mais, 
s'il  était  muladroitonicut  compriiiu;  ,  si  on  ôlait  ini- 


LITTÉRATURE.  5;3 

prudemment  à  la  prodigieuse  activité  des  esprits  les 
moyens  raisonnables  de  s'exercer  et  de  se  satisfaire, 
il  serait  à  craindre  qu'elle  ne  prît  des  routes  moins 
innocentes  ,  et  qu'elle  ne  fût  comme  reToulee  vers  de 
redoutables  aberrations.  » 

M.  Ordinaire  a  dédié  son  ouvrage  à  son  plus  an- 
cien .  à  son  ineilleur  ami,  M.  Droz,  auteur  de  VJEssai 
sur  l'art  cVêlre.  heureux ,  et  des  Études  sur  le  beau  dans 
les  arts. 

Les  rédacteurs  de  la  Revue  invitent  les  instituteurs 
français  et  étrangers  qui  adopteront  la  nouvelle  Mé- 
thode ,  à  leur  faire  connaître  les  succès  qu'ils  auront 
obtenus.  Nous  entretiendrons  nos  lecteurs  de  la  propa- 
gation d'une  méthode  qui  peut  produire,  dans  l'en- 
seignement public  ,  des  améliorations  de  la  plus  haute 
importance. 

A.  MiCHEI.OT  , 

ancien  élève  de  l'École  Polytechnique. 


A%^\VvX\\\\\\%\\\V\\V\V\\VVV\\\\\\V.\\\\W\VV\'\\\\V\\VVV\\X\\\\VVv\VV^\>\V\\\  \v% 

m.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

LIVRES  ÉTRANGERS  (i). 


AMERIQUE. 

ÉTÀTS-UMS. 

nf).  —  j4  geolf)s;ical  setlinn  of  l/ie  \ycst  banh  nf  thf  Utuhon 
ruii:  —  Coupe  giiologiijuc  <lc  la  rive  occiilcnlalc  du  IIliivc 
ilHuilson.  ]Ntw-York. 

if)-.  — .7  x-oynge  to  South- ytiiicrlca  ,  performcd  by  nrdcrnf  lin. 
auicrican  goi-emmeiit ,  in  i8i^  nnd  1818.  —  Voyage  dansTAme' 
ricpie  me'ridionaîe,  entrepris  par  ordre  Au  gcHvernement  dci 
Etals-Unis,  en  1817  et  )8i8.  Par  H.-ÎM.  Bn/rKE>Rini.F. ,  secrclairt 
de  la  mission.  Ballioiore,  i8ig.  2  vol.  in-S". 

198.  —  Travtls  through  the  ff'^esterti  country  y  etc.  —  ^  oyage 
par  les  contrées  de  l'Ouest  (de.s  Etats-Unis) ,  contenant  des  no 
fices  snr  l'iiistoire  naturelle,  la  topographie,  les  antiquités,  Ta- 
grirnltiire  ,  le  commerce  et  les  manufacturesj  }iar  Datul  'J'homas 
Pliiladelpliie  ,  i8mj. 

199.  —  u4  Mcmnir  on  the  commerce  and  nai'igntion  of  tht 
DlackSea ,  etc.  —  Mémoire  sur  le  commerce  et  la  navigatioi 
de  (a  Mer- Noire,  sur  le  trafic  et  sur  la  gi'Ograpliie  maritime  de  1; 
Turquie  et  de  PEgypte  j  avec  un  Tolume  de  c.tries.  Par  Jleiir 
Yir.KV.nory.  •>.  vol.  in-S".   Boston,  1819. 

C'est  seulement  en  1800  que,  pour  la  prrmièi'c  fois,  le  ])a\i!lo] 
americiin  parut  dans  le  poit  de  Constantinople.  Les  'Pures  de- 
mandèrent avec  etonnement  (jui'ilc  c'tail  la  nation  :'i  laf(uellt;  l< 
vaisseau  appartenait ,  et  si  elle  était  siiluec  dans  ce  qu'on  appelai! 
le  Nouveau-Monde.  Les  fonctionnaires  turcs  firent  des  politesse; 
au  capitaine,  et  on  lui  donna  à  entendre  <pie  le  goiiverneincDt  ver- 


(0  Nous  indiquerons,  par  un;-.^^l•risq^le  (*)  place  à  rùte  ilii  litre 
d<'  cliaqiic  ouvr.ige  ,  Ci'ux  dvs  livres  etr.mgers  ou  franrai»;  (|u 
j>ara!tr<ipt  tli^m  ;>  «l'une  attention  j)inticuliére ,  et  dont  non. 
rendrons  quelquefois  compte  dans  la  section  des  analyses. 


LIVRES  ETRAÎNGERS.  5^5 

rait  avec  plaisir  que  les  Atnéricains  envoyassent  un  ambassadeur 
à  Constantinople,  et  entamassent  une  ne'gociation  pour  conclure 
un  traite'  de  commerce. 

La  guerre,  qui  éclata  bientôt,  ne  permit  pas  aux  États-Unis 
de  donnor  suite  à  ces  avances.  Mais,  en  1810,  deux  bAtitai-us 
ni'ircliands  de  ces  Etats  ,  voulant  p;isser  par  le  de'lroit  des  Dar- 
danelles, ne  purent  continuer  leur  roule,  et  Tordre  fut  donne', 
par  le  gouvernement  turc,  de  ne  laisser  passer  aucun  bâiiment 
américain.  Les  Etats-Unis  attribuent  cette  défense  aux  intrigues 
"de  l'ambassadeur  britannique,  près  la  Sublime-Porte.  La  Russie, 
qui  trouverait  de  l'avantage  à  faciliter  au  commerce  nmericaia 
faccès  de  ses  ports  de  la  Mer-lVoire ,  a  fait  d'inutiles  dc'ma-.ches 
a  Constantinople  ,  pour  obtenir  qu'un  aml)as«adeur  des  Etats- 
Unis  fût  accre'difé  ,  et  que  ces  Etats  eussent  la  fà-ulté  de  navi- 
guer et  de  trafiquer  sur  la  Mer-Koire.  On  prétend  que  l'Angle- 
terre empêche  constammeut  que  ces  de'marohes  aient  du  succès. 
M.  Dearborn  ,  auteur  du  Mémoire  que  nous  annonçons,  fait  sen- 
tir les  grands  avantages  qui  résulteraient,  pour  l'Amérique,  du 
commerce  avec  la  Turquie  et  la  Mer-iNoire.  11  se  flatte  qu'après 
avoir  surmonté  tant  d'autres  obstacles,  les  Etats-Unis  réussiront 
aussi  à  écarter  ceux  qui  s'opposent  à  l'extension  de  leur  com- 
merce, et  que  la  jalousie  mutuelle  des  puissances  d'Europe  finira 
par  procurer  à  ceux-ci  des  avantages  que  chacune  en  par- 
ticulier ne  se  soucierait  peut-être  pas  de  leur  faire  obtenir. 

200.  —  The  Exiles  return ,  a.  taie  in  3  cantos;  witfi  other 
pièces^  hy  a  South  Carolinian. — Le  retour  de  l'exilé  ,  conte  ca 
3  chants  ;  suivi  d'autres  pièces.  Par  un  liabilant  de  la  Caroline 
méridionale.  Charles-ïown ,   i8iy. 

EUROPE. 

ANGLETERRE. 

201.  —  The  theoryand  praclice  oj'gas  lightiii^ ,  etc. — Théorie 
et  pratique  de  l'éclairage  parle  gaz  hydio^ène  :  avec  un  aperçu 
hislori(jue  sur  la  naissance  et  les  progrès  de  cette  découverte  ; 
des  théories  sur  la  lumière,  la  combustion  et  la  formatiou  du 
charbon  ;  et,  enfin  ,  une  description  claire  et  dét  .illée  du  meilleur 
appareil  à  employer  i>our  produire,  1  assembler  et  distribuer  le 


676  LIVRES  ETRA?s'CERS. 

gaz  destiné  à  rdclairagc;  orne  tic  quatorze  planches.  Par 
T. -S.  PEcii.sojr.  LuiuUes,  1820.  Colburn.  1  vol  iu-b"  ùe  .ptj  pag. 
Cot  ouvrage  est  un  manuel  pratique  d'une  grande  utilité  pour 
les  fondafours  ou  iHrecleurs  des  ctaljlis.semcns  d  éclairage  par  le 
gaz.  Li's  deux  preniiors  ciiapilrt-s  sont  consacres  à  <ievcloj>pcr  K» 
avantages  de  celle  nouvelle  uiclliode  sur  lancienne.  On  liouve 
ensuite  des  remarques  sur  les  qualités  du  charbon,  sur  la  ma- 
nière d'en  tirer  une  plus  grande  quantité  de  gaz ,  etc.  Le  reste  de 
Pouvrage  consiste  en  observa  lions  pratiques  sur  l'usage  des  re- 
fortes, des  cuves  dans  lesquelles  le  gaz  se  purifie  ,  des  gazomè- 
tre», des  vases  destinés  -à  recevoir  la  substance  liquide,  qui  de'- 
charge  le  j;az  ;  en  sortant  du  fourneau,  elle  est  noire,  épaisse  ,  ré- 
sineuse, et  les  Anglais  la  nomment  far  ^goudron).  On  trouve  en- 
core, dans  cet  ouvrage,  des  rcnscigncmcns  sur  les  réservoirs, 
les  vases  oîi ,  après  la  première  purification,  le  gaz  dépose  l'huile 
cmpvreumatique  j  sur  les  siphons  des  priucipaux  tuyaux  j  sur 
les  becs  par  oîi  sVchappe  le  gaz  cntlammé,  avec  des  détails 
exacts  sur  leur  construction,  la  dimension  qu'ils  doivent  avoir. 
L'auteur  donne  des  calculs  étendus  sur  la  dépense  de  ces  (-lablis- 
semens  ,  et  la  valeur  de  leurs  produits  j  savoir  :  le  gaz  ,  le  charbon 
brlMé,  le  gcudron  et  Ihuilc  erapyreumalique.  il  recommande  le 
rce^lateur  de  M.  Clegg,  pour  la  répartition  égale  du  gaz  dans  les 
tuvaux.  11  indique  la  manière  de  purifier  le  gaz,  en  le  distillant , 
des  matières  étrangères  qui  s'y  mêlent  ({uelquefois  ;  il  donne  aus>i 
la  méthode  à  suivre  pour  extraire  du  gaz  hydrogène  carboné  de 
diUércntcs  substances  ,  telles  que  le  papier  et  plusieurs  sortes  <le 
bois,  et  fait  connaître  le  résultat  (|u'ou  en  peut  obtenir  par  la 
quantité  de  gaz  qu'elles  produisent.  M.  Pfclv.'on  a  joint  à  sou 
travail  des  notes  intéressantes  sur  les  usages  auxquels  on  peut 
api)liquerlcsproJuitsdc  la  distillation  du  gaz.  (Voyez  ci-dessus, 

202.  — Th<-  F.niigronU  Ctiùli;  tn  f  /per  Ciinadn ,  etc.  —  L" 
(iuidcdes  Emiurans  dans  le  Haut-Canada,  ou  Esquisses  de  rd.il 
présent  de  cette  jirovince,  tracées  durant  les  années  1817,  iS 
«t  19^  par  C.  Stuart,  capitaim-  retiré,  un  des  juges  de  paix  du 
district  occidental  du  Haut-Canada.  Londres,  i8jo.  i  vol.  in-ia. 
8  hhel.  cartonné. 

aoj.  —  The  Emigranli'  truc  guide  lo  the  lirilit/t  scllleiiicnls  m 


LIVRES  ETRANGERS.  577 

Vpper  Canada ,  etc.  —  Le  véritable  guide  des  e'migrans  aux  éta- 
blissemens  anglais  du  Haut-Canada,  par  un  fermier  de  Lancastre, 
y  résidant,  précède  de  remarques  sur  l'émigration,  qui  démon- 
trent les  avantages  que  les  établissemens  anglais  ,  dans  les 
deux  Canadas,  ont  sur  ceux  du  Cap  de  Bonne  -Espérance. 
Londres,  1820. 

204.  — IVotes  on  Rio  Janeiro ,  and  the  soiithern  parts  oflirazil. 
—  Notes  sur  Rio  Janeiro,  et  sur  les  parties  sud  du  Brésil ,  prises 
pendant  un  séjour  de. dix  années  dans  ce  pays  ,  depuis  1808  jus- 
qu'à 1818,  avec  un  appendice  où  sont  décrits  les  signaux  néces- 
saires aux  vaisseaux  pour  entrer  dans  le  port  de  Rio  Grande  du 
Suij  avec  de  nombreuses  tables  de  commerce,  des  cartes  et  un 
plan,  etc.  j  par  John  Lcccock..  Londres,  1820.  Colburn.  i  vol. 
in-40 ,  639  pages. 

Ces  Notes  manquent  d'ordre;  l'auteur  a  rassemblé  toutes  ses 
observations  et  tous  les  faits  dont  il  a  été  témoin.  Auprès  de 
quelques  détails  puérils  ou  déjà  connus ,  on  en  rencontre  de  fort 
intéressans  ;  mais  le  cadre  de  l'ouvrage  est  vicieux. 

205.  —  Rides  proposed  for  the  gouernement  ofgaoh,  ftouses  of 
correction ,  etc.  —  Réglcmens  proposés  pour  le  régime  intérieur 
des  prisons,  maisons  de  correction,  tle  pénitence,  etc.,  suivis  de 
plans  pour  la  construction  des  prisons ,  et  d'une  description  d'uu 
moulin  à  blé  et  d'un  moulin  à  eau  pour  employer  les  prisonniers. 
Londres,  1820.  Hatchard.  i  vol.  in-8°  de  65  pages  ,  orné  de  plu- 
sieurs planches.  Prix,  9  shellings. 

Cet  ouvrage,  publié  par  une  association  éminemment  utile  et 
philanthropique  (  la  Société  pour  F  amélioration  des  prisons  et 
la  reformation  des  jeunes  malfaiteurs) ,  renferme  tous  les  actes 
du  Parlement  d'Angleterre,  relatifs  aux  prisons  et  à  leur  dis- 
cipline. La  plupart  de  ces  réglemens  n'étaient  plus  en  vigueur 
depuis  long-tems,  et  l'humanité,  ainsi  que  la  morale  publique, 
avaient  également  à  souffrir  de  l'état  de  misère  et  de  dépravation 
où  languissaient  les  prisonniers.  Les  membres  de  cette  respectable 
Société  ont  rassemblé  ici  tous  les  documens  qui  leur  sont  parvenus 
sur  l'intérieur  des  prisons  ;  ils  y  ont  joint  des  remarques  fort  jut 
dicieuses  sur  la  nécessité  d'introduire  des  travaux  réguliers  dans 
les  maisons  de  détention;  d'assainir  et  de  diviser  le  local  de  ma- 
nière à  éviter  les  communications  entre  les  prisonniers  des  deux 
TOMR   VIII.  37 


5;8  IJVRES  ÉTRAlVGtRS. 

scsfs,  et  à  classer  les  Diairiiilcui  s  suivant  leurs  degrcs  Jç  crimi- 
uulKe.  On  trouve  diins  l'aj^pcudire,  iildcc  à  la  fin  de  Touvrage, 
tinc  indication  lies  travuu&  (jui  conviennent  ])aiticuliireni(iit  aux 
détenus  j  ainsi  (jue  les  modèles  d'tin  niouiin  :i  blii  et  il'un  mou- 
lin à  eau,  jirojins  à  (  niplojer  jihisieurs  personnes  et  à  leur  don- 
ner un  e>crcice  utile  ù  leur  saute:  on  y  a  joint  plusieurs  plans 
proposes  ]:our  la  construction  des  prisons,  qui  se  recommandent 
par  di's  vues  sages,  morales  et  philanthropiques.  La  publication 
de  cet  ouvrage  est  un  nouveau  bienfait  de  la  bociete  britannique, 
rjiii  ne  se  borne  pas  ù  remédier  aux  maux  de  l'Angleterre,  mais 
qui  étend  sa  sollicitude  sur  riiumimile  en  gênerai. 

aoG.  — A  Si  item  oj'cducatinn  Jbr  the  injanl  K'mg  of  Rome , 
and  other  Jic/ich  juillets  oj  thc  btood ,  etc.  — Plan  d'éducation 
pour  le  Roi  de  Rome  et  les  autres  princes  du  sang,  dresse  par  le 
tJonseil-d'Efat  impeiial,  sous  rin-'^peclion  personm  Ile  de  l'em- 
pereur INajioWon.  Londres,  iSao.  Lon^raan.  i  vol.  in-b".  Piix  , 
8  shellings.  ^Voj-.  lieu.  Z./ifjt/.,  tome  VI,  pag.  0\i.) 

207.  —  Oisetvations  on  the  poliliccl,  moral,  etc.  — ^  Observa- 
tions sur  Telat  moial ,  politique  et  ri'ligieux  du  monde  civilise  , 
au  comraenceipent  du  dix-neuvième  siècle;  par  H.  ('•.  .Maoah, 
D.  M.,  etc.  Londres,  îSîo,  A  Paris,  chez  Galignaui,  rue  ^  i- 
•vicnne ,  n°  18. 

208.  —  AIcmoirs  nf  Granville  Sharp,  esq.  —  ?7t'a)oircs  dr 
Granvilie  Sharp  csq. ,  rëdipi's  d''ajirès  ses  manuscrits  originaH.T 
et  d'après  les  dorumens  authentiques  qui  sont  en  la  possession 
de  sa  famille  eldeTinstitution  africaine;  par  Piu^ceIIoare,  accom- 
pagnes d'observations  sur  les  écrits  de  critique  biblique  de 
M.Sharp,  parle  très  re'vei  end  lord,  evt^que  de  S.-David.  Lon- 
don,  printed  for  Henry  Colburn  ;uid  co.   i8io.  In-4*'- 

I\l.  Cranvillc  Sharp,  un  des  philaiilhiopes  les  plus  distingues 
de  l'Angleterre,  homme  relij;ieux  et  ami  de  la  liberté,  a  publie  sur 
ces  deux  obj^s  une  foule  d'ccrils  iul(fi°q.>san8;  mais  il  s'est  distin- 
gue spécialement  par  son  zèle  àdefendre  les  malheurcu.\  Africains. 
D'après  ses  efforts,  fut  adoptée  delînitivemcnt  la  maxime  qu'en 
mettant  le  pici)  sur  le  sol  de  la  Gramle-Brefagne  les  noirs  sont 
lil-res.  Quand  on  ajfjuit  qu'un  iulUme  ncgricr  (  L'ollingwooJ  ), 
vojanl   la  maladie  sur  son  biUimcul  charge  d'csclavçs,  en  avait 


LIVRES  ÉTRANGERS.  5:ç) 

fait  jeter  i32  à  la  mer,  M.Granville  Sharp  fit  retentir  dans  toute 
l'Europe  un  crid'horreur,  etcefut  pour  lui  une  occ.isionnouvelie 
de  déployer  ses  talenset  son  activité  en  faveur  dus  noirs.  Il  fut  ua 
des  principaux  coopërateurs  delà  fondation  de  la  colonie  de  Serra- 
Leone,  Cet  homme  de  bien  est  mort  à  Londres,  en  i8i3,  à  ^8  ans. 
La  société  intitule'e  I m litution  africaine  lui  a  érige,  en  iSifi,  un 
monument  à  Westminster.  Ses  Me'moires ,  publies  par  Prince 
Hoare,  sont  un  peu  difl'us,  c'est  le  défaut  de  la  plupait  des  bio- 
graphies anglaises  j  jnais  en  général  ils  sont  très  curieux,  et  riches 
en  documens. 

2og.  — iVotices  iliusiratifeofthedrn'^'ings. — Notices  servant  à 
expliquer  les  dessins  et  les  esquisses  de  quelques-uns  des  maîtres 
les  plus  distingue's  de  toutes  les  principales  écoles  de  dessin  5  par 
feu  Henry  Reyelet.  Londres  ,  1820.  Longraan  j  i  vol.  iu-S». 
378  pages. 

Cet  ouvrage  a  ete'  laissé  imparfait  par  l'auteur  dont  la  mort  est 
venue  arrêter  les  travaux  Son  fils  ,  M.  Reveley,  cédant  aux  solli- 
citations des  amis  des  beaux-arts,  a  consenti  à  faire  paraître  le 
manuscritqueluiavaitlégué  son  père j  mais  ce  n'est  qu'après  l'avoir 
fait  retoucher  par  un  littérateur  connu,  et  versé  dans  l'étude  de 
la  peinture.  Il  existait  déjà,  en  Angleterre ,  plusieurs  ouvrages 
remarquables  sur  cet  art,  et  sur  celui  de  la  gravure 5  mais,  per- 
sonne n'avait  encore  pensé  à  offrir  au  public  des  recherches  et 
des  remarques  sur  les  dessins  et  les  esquisses  des  grands  naaîtres. 
Quoique  ces  ébauches  soient  souvent  imparfaites ,  elles  ne  peu- 
vent manquer  d'intéresser  les  artistes,  en  leur  montrant,  pour 
ainsi  dire,  le  premier  jet  de  la  pensée  du  peintre.  Toute  l'inten- 
tion ,  toute  l'énergie  du  génie  se  retrouve  presque  toujours  dans 
l'esquisse  d'un  tableau,  où  le  fini  de  la  composition  n'affaiblit  pas 
l'expression  première.  On  regrette  que  l'auteur  n'ait  pas  eu  le 
ttms  ou  le  talent  de  développer  les  idées  que  nous  venons  d'ex- 
primer. Il  s'est  trop  souvent  borné  à  des  détails  arid<  s,  mais  qui 
sont  encore  précieux  pour. les  peintres.  Le  nombre  de  ces  notices 
comprend  les  œuvres  de  près  de  3oo  artistes  célèbres.  Elles  sont 
classées  dans  l'ordre  suivant:  1°  peintres  d'histoire  j  2"  peintres 
de  portraits;  'Jo  peintres  d'animaux  ;  j"  pnysagistes;  5o  peintres 
de  marines.  Cha([i:c  classe  est  rangée  rhronol(>gif|ncment;  et  un 
index  alphabétique  aide  les  rcrhcrchcs.  TNous  citerons  une  de  ces 


58o  LIVKES  LTKANGERS. 

Dotires,  pour  donner  à  nos  lecteurs  une  iJee  du  sljlc  et  du  mé- 
rite de  l'ouvrage. 

((  Jî^illiam  Un^crth  s'acquit  une  réputation  immortelle,  non- 
sculcment  en  .An};leterrc,  mais  dans  toute  ll'uropc,  par  la  ma- 
nière dont  il  exécuta  Dicureuse  et  originale  id(5e  d'instruire  et  de 
corriger  avec  son  pinceau  ,  en  représentant  les  incidens  gais  ou 
tristes  qui  composent  Ja  vie ,  et  en  les  rattachant  à  un  but  moral. 
Il  adoptait  un  sujet  qu'il  dirisait  en  scènes  dramatiques  ,  et 
conduisait  par  dogre's  les  spectateurs  à  un  dénouement  lialiile- 
«icnt  prépare.  Les  dessins  qui  nous  restent  de  ce  grand  maître 
«ont  en  petit  nombre  et  à  peine  ébauchés.  Ce  sont  presque  tou« 
des  figures  détachées,  choisies  çà  et  là  dans  le  monde,  et  desti- 
nées à  faire  partie  de  quelques-uns  de  ses  tableaux.  A  l'exposition 
des  dessins  appartenant  à  M.  Millington ,  à  Haymarket,  en  1784, 
on  remarquait  trois  dessins  historiques  de  cet  artiste  :  une  cs- 
(juisse  satirique  sur  les  arts ,  une  autre  sur  le  théâtre,  et  une 
troisième  représentant  l'apprenti  de  Londres.  La  première  était 
composée  de  ligures  grotesques,  esquissées  à  l'encre  de  Chine,  et 
fort  remarquables  par  une  expression  iine  et  plaisante.  La  seconde 
était  exécutée  au  crayon  noir,  sur  du  papier  bleu  \  mais,  il  était 
presque  impossiltle  de  découvrir  ce  qu'elle  devait  représenter. 
Sur  la  troisième,  dessinée  avec  de  la  mine  de  plomb  ,  on  voyait 
l'apprenti  attaché  à  une  croix.  » 

Sans  être  aussi  étendues  et  aussi  complètes  qu'on  pouvait  le 
désirer,  ces  notices  contiennent  des  faits  intéressans,  et  seront  aj)- 
préciées  par  les  artistes. 

P  OLOGNE. 

210.  —  Potlroz  do  fVloih,  etc.  —  Voyage  en  Italie  dans  les 
années  i8i5  et  1816  ,  par  le  Comte  Stanislas  DtM>  Borkowsri, 
I  vol.  in-  8°.  Varsovie,  K.  Gliicksberg,  1820. 

Malgré  le  grand  nombre  d'ouvrages  qui  existent  sur  l'Italie, 
on  lit  encore  celui-ci  avec  intérêt.  L'auteur  donne  souvent  du 
neuf,  et  montre  qu'il  est  aussi  profond  observateur  que  savant 
philologue  et  connaisseur  dans  les  arts. 

9.Ï  I .  — i  P'u-l^zym  w  Dobromilu,  etc.  —  Le  Pèlerin  ù  Dobro- 
mil,  ou  Leçons  champêtres,   suivies  de  Nouvelles  j  troisicma 


LIVRES  ÉTRANGERS.  58r 

édition,  i   vol.  in-12,  orne  de   fi  ligures  litliographie'es.  Var- 
sovie, j\.  Gliicksberg.  1820. 

Cet  ouvrage,  destine  à  servir  de  lecture  au  peuple  des  cam- 
pagnes, est  de  la  princesse  Isabelle  Czartoryska.  Il  contient 
un  abre'ge'  de  l'Histoire  de  Pologne  ,  avec  quelques  contes  mo- 
raux. Le  style  de  ce  livre  est  simple,  à  la  porte'e  des  lecteurs 
auxquels  il  est  destiné.  Un  second  volume  dans  lequel  seront 
exposés  sous  une  forme  agréable,  les  principes  de  la  morale,  est 
déjà  sous  presse,  et  paraîtra  incessamment. 

212. — Marzenia  Tassa,  etc,  — Les  veillées  du  Tasse,  traduites 
de  ritalicn  par  Adam  Kasperowski,  i  vol.  in-8°,  Varsovie,  im- 
primerie de  Kowolipie,   1820. 

Le  traducteur  a  rend  u  un  gra  nd  service  à  la  littérature  polonaise, en 
l'enrichissant  d'une  des  productions  de  l'immortel  poète  deFerrare. 

2i3.  —  Dziela  dramatyczne  Bogusla%vskiego ,  etc.  —  OEuvres 
dramatiques  de  Boguslawski  ,  i5  vol.  in-S",  avec  figures  et  por- 
traits. Varsovie,  imprimerie  de  IN.  Gliicksberg.  1820  . 

Cet  ouvrage  est  une  dos  plus  belles  entreprises  littéraires  qui 
aient  été  faites  en  Pologne  j  il  paraît  par  livraisons  de  trois  vo- 
lumes accompagnés  de  gravures.  La  première  est  déjà  en  vente  ; 
les  autres  paraîtront  successivement  de  trois  mois  en  trois  mois. 
Le  nom  de  l'auteur  se  recommande  principalement  par  les  ser- 
vices qu'il  a  rendus  à  la  nation  polonaise.  Ci -devant  directeur  du 
théâtre  national,  il  en  est  aussi  le  fondateur,  et  ce  sont  ses  ou- 
vrages qui  ont  servi  de  base  à  ce  monument  de  sa  gloire.  Le  prin- 
cipal mérite  de  ses  pièces  consiste  dans  leur  originalité  et  dans 
les  caractères  bien  tracés  des  personnages  qu'il  met  en  scène. 
Beaucoup  sont  traduites  du  français ,  de  l'italien  ,  de  l'anglais  et 
de  l'allemand,  et  ces  dernières  sont  principalement  remarquables 
par  la  vérité  avec  laquelle  elles  sont  rendues.  Chacune  d'elles  est 
précédée  d'une  notice  biographique  sur  leur  auteur  original , 
d'une  analyse  de  la  pièce  traduite,  et  d'une  critique  des  autres 
productions  du  même  auteur.  Dans  le  premier  volume  se  trouve 
l'histoire  de  la  fondation  et  des  progrès  du  Théâtre  polonais ,  et  à  ' 
la  fin  de  chacun  ,  une  biographie  d'un  des  principaux  acteurs  de 
ce  théiltre,  mort  ou  retiré  de  la  scène. 

L'auteur  n'a  rien  négligé  pour  rendre  l'édition  qu'il  donne  de 
fies  œuvres  digne  de  l'intérêt  du  public.  L'impression  surtout  est 


5S3  LIVRES  ÉTRAINGERS. 

exlrêmcmcnt  soi{;nee ,  et  prouve  que  lart  de  rimprimerie  ipii 
avait  été  si  long-ti  ms  m-glige  en  Pologne  ,  a  fait  aujourd'iiui  des 
progrîs  qui  rendent,  nos  presses  dignes  de  rivaliser  avec,  celles 
des  antres  pays  de  l'Europe.  Cette  amélioration  est  duc  surtout  à 
IM.  Gliick^bcrg,  qui ,  secondé  d'un  prête  qui  a  Iravaiile  à  Paris  , 
chez  lirniin  Didot,  est  parvenu  à  égaler  presque  la  lèauliide 
rextcution  des  livres  qui  sortent  des  presses  de  ce  célèbre  typo- 
graphe. 

21 4-  —  Syiwan,  dziennïh  nauk  Icsnyck ,  etc.  —  Sylvain,  jour- 
nal des  Forêts.  Varsovie,  K.  Gliicksberg,  1820. 

Cet  ouvrage,  qui  paraît  par  trimestre,  et  dont  il  a  ctc  déjà  publié 
trois  r.uni('ros  accompagnés  d'un  grand  nombre  de  planches,  est 
rcdif;é  par  plu.sieurs  savans,  et  par  les  principaux  professeurs  de 
rLniversilc  de  Varsovie.  Il  traite  de  la  zoologie,  de  l'arpentage  , 
«le  la  botanique,  de  re'conomie  rurale,  de  l'administration  des 
for«îts ,  etc.  Il  suffira,  pour  le  recommander,  de  nommer  son 
principal  rédacteur ,  M.  le  comte  Louis  Plater ,  déjà  connu  par 
ses  vastes  connaissances  et  sa  profonde  érudition. 

2i5.  —  Portrely  wstawlonych  Polatiow,  efc.  —  Portraits  des 
célèbres  Polonais.  Livraison;  i"^',  i'  et  3',  grand  in-folio,  pap- 
Tel.  Varsovie,  imprimerie  de  N.  Giiicksberg  ,  1820.  — Ouvrage 
rédigé  par   M.  le  comte  Cuodriewicz  et  M.  l'abbé  Czarmeckt. 

On  a  fait  de  ce  recueil  un  ouvrage  de  luxe  par  les  soins  qui  ont 
été  donnés  à  son  impression ,  ainsi  qu'aux  portraits  lithographies 
qui  renrichissent.  Les  derniers  sont  dune  ressemblance  parfaite, 
et  approchent  pour  le  Gni  de  la  taille-douce.  Ils  ont  clé  exécutés 
par  M.  SUwicki. 

ALLEMAGNE 

21G.  — yllgœ  aqunticœ.  —  Herbes  aquatiques  qui  se  trouvent 
surles  côtes  du  pays  de  Jcver  ,  et  de  la  Frise  orientale,  recueil- 
lies et  sécliees  par  O.  H.  B.  JrRCK>s,  de  Jevor.  i  —  i()  cahiers  , 
181G—  1819.  21  pa,;es  de  texte  in-folio,  et  1 00 algues  sécliées. 
Prix,  20  fr.  Hanovre,  Ham. 

M.  Jurgens  mérite  la  reconnaissance  de  tous  les  amateurs  de 
la  botanique,  surtout  de  ceux  c|ui  demeurent  à  une  grande  dis- 
tance (le  la  mer,  puisqu'il  leur  ofl're  le  moyen  de  renqilir,  à  peu 
de  frais  ,  une  lacune  ituportanle  qui  se  trouve  dans  la  plupart 


LIVRES  ETRANGERS.  583 

des  herbiers.  Pour  former  la  collection  d'une  si  grande  quantité 
de  plantes,  il  avait  plus  d'une  difilculté  à  vaincre,  surtout  en  les 
préparant  pour  être  conservées.  Elles  sont  sécbées  avec  un  soin 
extrême,  et  se  trouvent  placées  dans  les  cahiers,  entre  deux 
feuilles  blanches,  accompagnées  de  leur  description  en  langue 
latine.  Les  plus  fragiles  de  ces  algues  sont  collées  sur  une  feuille 
de  paj/ter  détachée,  et  les  plus  tendres  des  coaserves  sur  une 
feuille  de  verre  de  Moscovie. 

215.  —  Syntbolik  und  Mythologik —  Symbolique,  et  My- 
thologique des  anciens  peuples,  et  principalement  des  Grecs,  par 
frédéiich  Creutzer,  professeur  de  littérature  ancienne,  à  Hei- 
dclberg.  Tom.  Il,  1'  édition.  Leipsick,  1820. 

jM.  Creutzer,  justement  célèbre  par  les  leçons  qu'il  donne  à 
l'Université  de  Heidelberg,  a  créé  pour  la  ^Mythologie  une  ère 
nouvelle  :  ce  n'est  plus  une  série  incohérente  de  fables  ingé- 
nieuses, c'est  un  système  complet  de  fictions  utiles,  dont  la  base 
repose  toujours  sur  des  notions  d'agriculture,  ou  sur  des  pré- 
ceptes de  morale,  c'est  la  philosophie  elle-même  rendue  sensible 
par  des  images  ,  parlant  quelquefois  un  langage  intelligible  au 
vulgaire,  mais  conservant  toujours  toute  sa  majesté.  Plus 
d'une  fois,  INI.  Creutzer,  en  développant  cette  science.nouvcllc 
qui  lui  appartient,  a  excité  l'enthousiasme  et  l'étonnement  de 
ses  nombreux  auditeurs.  C'est  pour  eux  qu'il  a  publié  sa  première 
édition.  Il  voulait,  à  ce  qu'il  nous  apprend  modestement,  leur 
donner  un  <;uide  pour  l'étude  de  la  mythologie  ;  mais  ils  s'a- 
perçurent promptement  que  ces  premièi'es  esquisses  étaient  un 
traité  complet  sur  la  matière.  L'Allemagne  y  reconnut  partout 
la  main  du  maître.  De  toutes  parts  on  demandait  une  seconde 
édition;  M.  Creutzer  la  donna,  et  ce  fut  vraiment  un  ouvrage 
'  nouveau.  L'Inde  ,  la  Perse ,  l'Egypte  ,  remplirent  le  premier  vo- 
birne.  L'examen  que  l'auteur  fait  des  religions  de  ces  contrées, 
familiarise  son  lecteuravec  l'état  des  beaux-arts,  chez  les  peuples 
fjui  les  habitaient  :  les  monumens  de  l'archilecture  sont  décrits  5 
ceux  de  la  littérature  sont  analysés.  Tout  ce  qu'on  a  publié  ré- 
cemment, tant  en  Angleterre  qu'en  France,  sur  les  régions  orien- 
tales ,  a  été  soigneusement  mis  à  profit.  M.  Creutzer  ne  dit  rien 
qui  ne  soit  fondé  en  fait  :  il  a  pour  garans  les  auteurs  les  plus 
estimés ,  tels  que  le  président  Jones ,  Klonker ,  Heercn ,  Hammcr , 


584  LIVRES  ÉTRATVGERS. 

Policr,  Gœrrcs,  la  commission  d'Kgypte,  etc.,  etc.  Toutes  leur» 
rcclicrchcs  lui  appartiennent^  car  il  en  a  fait  une  étude  profonde, 
el  en  a  compose  nn  corps  de  doctrine  qui.  jusqu'à  ce  jour,  man- 
quait aux  sciences. 

Dans  le  second  volume,  l'auteur  s'arrête  encore  un  moment 
aux  religions  de  l'Asie.  Il  y  trouve  Vénas ,  Cybile  ,  Adonis. 
Aite'mise,  Priape  ,  etc.,  etc.  De-là  il  nous  conduit  à  Cartliiipe  ; 
puis  il  nous  fait  aborder  à  Lemuos  ,  et  nous  entretient  du  culte 
des  anciens  Pelai;es.  Deux  grands  poètes  paraissent  ensuite  sur 
la  scène  myfliolo{];ique  ;  ce  sont  Homère  et  Hésiode.  M.  Creuizer 
examine  surtout  les  changemens  que  la  Mythologie  a  subis  de  leur 
tems.  fcnfin  il  passe  en  revue  toutes  les  Divinités  grecques ,  el 
celles  qui  appartiennent  à  la  vieilK-  Italie.  L'on  s'occupe  de  tra- 
duire cet  ouvrage  en  français.  Ce  sera  un  véritable  service  rendu 
à  notre  littc'ralrre;  peut-être  conviendra-t-il  de  faire  d'assez 
nombreux  rctraDcbcmens:  si  les  lont^ucurs  ne  déplaisent  pas  aux 
Allemands,  elles  rebutent  les  lecteurs  français.       Ph.  Gomîf.ry. 

218 — Inhrbuch  dcr  h'àuslichen  Andacht,  etc.  —  Annuaire 
de. la  dévotion  domestique  et  de  l'clc'vation  du  coeur,  ))ublie  par 
F.  S.  \atlr,  pour  l'année  i8jo.  »  vol.  in-S"  de  .'i'\^  pages,  avec 
gravures  e\i  planches  de  musique.  Gotha,  Beckcr. 

Presqu'un  huitième  des  productions  littéraires,  qui  paraissent 
en  Allemagne,  sont  des  livres  thëolo^^iqucs  et  ascétiques  j  il 
n'est  donc  jioint  étonnant  que  l'on  ait  adepte  aussi  jiour  eux  l.i 
forme  de  publication  p<-riodique,  par  mois,  j)ar  trimestre  ou  j>:ii 
anne'e.  L'ouvrage  que  nous  annonçons  paraît  depuis  1819,  et  sci.i 
continue,  les  années  suivantes.  L'éditeur  et  le  plus  grand  nombre 
des  collaborateurs  occupent  de  hautes  dignités  ecclésiastiques  el 
jouissent  d'une  grande  réputation  littéraire.  Parmi  les  ilivers 
morc<-aux  qui  composent  cet  ouvrage,  nous  avons  remarque  deux 
traites  de  la  ])riére ,  l'un  par  Demme  et  l'autre  par  Neilloiltcr; 
plusieurs  méilitations  de  l'iedge  et  de  ÎNIunter  ;  un  cantique 
admirable  par  Rosenmùller;  et  plusieurs  prières  sublimes  par 
madame  de  Reck  ,  nce  comtesse  de  INIedem ,  «lont  le  nom  n'est  pas 
inconnu  en  France. 

■J19.  —  l'.ncyrlopnethe  Jer  gesammten  trcyinum-rey.  —  Knri 
clopédiv  de  loulc  la  franc-maçonucric  i.t  des  autres  sociotc»  ic- 


LIVRES  ETRANGEUS.  585 

nèfes  qui  s'y  rattachent;  par  G.  Lenning.  2  vol.  in-8°-  Leipsick, 

i8io   Cliez  Brorkhans. 

Depuis  que  le  rite  de  la  franc-maçonnerie  n'est  plus  un  mys- 
tère, les  livres  qui  divulguent  tout  ce  qui  se  passe  dans  le  sanc- 
tuaire des  loges  sont  en  si  grand  nombre,  qu'ils  forment  une 
brandie  de  la  littérature  allemande,  et  que  M.  Lenning  a  lîte'  à 
même  d'y  recurillir  environ  4ooo  articles  qui,  rangc's  par  ordre 
alphabétique,  font  connaître  l'origine,  Thistoire,  la  ge'ographie  , 
la  statistique,  le  systime,  les  sectes,  les  grades,  la  hiérarchie, 
les  hiéroglyphes  ,  les  symboles,  les  usages,  la  terminologie ,  la 
bibliographie  et  la  biographie  de  la  fraiic-maconnerie.  Comme 
IVl.  Lennmg  est  lui-même  membre  de  cette  société,  comme  il  a 
beaucoup  voyagé,  et  possède  les  nombreux  ouvrages  qui  traitent, 
dans  toutes  les  langues,  de  la  franc-maçonnerie,  il  est  à  présu- 
mer que  son  encyclopédie  offre  un  ensemble  complet. 

220.  — *  Der  t'tldherr  nach  f^orbildern  der  Allen.  —  Le  Chef 
d'armée,  d'après  le  modèle  des  anciens^  par  le  i^  en  é  ml  comte  du 
Bismark,  au  service  de  Wurtemberg.  1  vol.  in-8".  Carlsrhuc, 
chez  Millier.  <82o. 

L'auteur,  hanovrien  de  naissance,  et  ofilcier  dans  l'armée  d'un 
Etat  constitutionnel  ,  se  montre  dans  cet  ouvrage  en  penseur 
profond  ,  foulant  aux  pieds  les  préjugés  de  la  noblesse  de  son 
pays  natal.  Animé  de  principes  véritablement  nobles,  il  marche 
avec  son  siècle ,  professe  les  maximes  de  la  véritable  indépen- 
dance, et  rapporte  toutes  ses  pensées,  toutes  ses  actions,  au 
bien-être  général  de  la  société.  Pour  ne  pas  heurter  de  front  des 
préjugés  qui  ne  sont  encore  qu'à  peine  éteints,  et  des  pas.sions 
rjui ,  dans  ces  derniers  tems  ,  se  sont  rallumées  avec  assez  de  vi- 
vacité, M.  de  Bismark  a  eu  le  bon  esprit  de  développer  ses  idées 
par  des  exemples  tirés  de  l'histoire  ancienne  ,  en  leur  laissant  ce- 
pendant toute  leur  fraîcheur ,  et  en  mettant  le  lecteur  à  même 
d'en  faire  aisément  l'application  au  besoin  actuel.  11  considère  le 
chef  d'une  armée  comme  le  garant  de  la  sûreté  du  citoyen  et  de  la 
liberté  de  la  nation  dont  il  est  le  serviteur  jtrincipal ,  et  qui  lui  a 
confié  ce  qu'elle  a  de  plus  cher  et  de  plus  sacré;  il  le  considère 
comme  l'organe  de  la  divinité  qui  veut  incontestablement  que  les 
hommes,  tant  dans  leurs  rapports  individuels  que  nationaux, 
soient  en  tout  tcms  protégés,  libres  et  heureux»  Il  s'ensuit  qu'im 


58G  LIVRES  ETRANGERS. 

gênerai  ne  saurait  cire  l'inslriimcnt  de  l'oppression,  sans  déroger 

à  ses  dignitc's,  sans  flétrir  son  lionneur. 

321.  —  JoaniiU  Jxiiy  IClemcnta  ararnaicœ  linguœ.  —  Ele'mens 
de  la  langue  clialilao- syrienne  par  J.  Jaun,  traduits  de  l'alle- 
mand en  latin  par  A.  OberlIeuneb.  Vienne,  i8jo.  ScLmid. 
I  Toi.  in-8°. 

Déjà,  en  1793,  feu  le  professeur  Jalin  fit  paraître  en  langue  alle- 
mande la  première  édition  de  cette  grammaire.  Le  professeur 
Obcrlt'ilner,  en  publiant  cette  même  grammaire  en  langue  latine, 
la  entii'roment  refondue,  d'après  les  reclierclics  des  philologues 
modernes  les  plus  estimes.  Plusieurs  ctioses  superflues  ont  ctd 
supprimées,  et  l'ensemble  a  ète  mis  au  niveau  de  l'état  actuel  de 
la  science. 

223.  —  Mof/z^oi/ Ç/;.03-o4'Ct/  TTif-t  KXTXfxûv  rcccnsuil  ,  et  cum  an- 
notationibus  crilicis  edidit  Eduardus  Cjeuhardics.  Lipsiae.  i8ai. 

Maximus  était  contemporain  de  l'empereur  Julien  ,  qui  fut  son 
élève.  Il  nous  reste  de  lui  un  poëtnc  astrologique.  Just|u"ici  ce 
pociac  n'avait  pas  été  imprimé  s('parément  j  on  le  trouvait  dans  la 
hibiiothèque  grecque  de  Fabricius,  accompagné  d'une  détestable 
version  latine.  Le  texte  est  fort  altéré ,  sans  qu'on  puisse  y  remédier 
par  la  comparaison  des  manuscrits,  attendu  que  jusqu'à  ce  jour  on 
n'en  connaît  qu'un  seul,  celui  de  Médicis.  Les  imprimeurs  même 
avaient  conspiré  contre  cet  auteur,  en  ajoutant  leurs  fautes  à 
celles  des  copistes  et  des  traducteurs.  C'est  dans  cet  état  déplo- 
rable que  Ma&imus  fut  réimprimé  dans  la  seconde  é<!ifiondeIa 
Biblioiheca  grceca,  publiée  par  Harles.  Toutefois  ^Vesseliug  et 
Dorviilc  avaient  signale  un  grand  nombre  d'incorrections.  Sans 
doute  IVIaximus  est  un  auteur  bien  médioci  e  j  mais ,  il  y  aurai)  eu 
de  la  part  d'un  éditeur  quelque  mérite  à  proliler  des  remarques 
de  ses  devanciers,  en  y  ajoutant  les  siennes  :  il  nous  aurait  du 
moins  donné  un  texte  lisible  et  quelques  notes  utiles.  C'est  ce  que 
n'a  point  fait  M.  Gcbliard ,  <jui  d'ailleurs  laisse  apercevoir  une  né- 
gligence impardonnable.  Il  n'a  jias  même  jugé  à  propos  de  faire 
une  introduction  :  il  a  lancé  son  Maximus  dans  le  monde  comme 
s'il  était  connu  de  tous ,  et  que  sa  renommée  le  dispcnsïltde  tout 
avertissement  préalable.  Cependant,  l'on  peut  être  fort  instruit 
sans  connaître  IMaximus;  les  savans  même  sont  divisés  sur  lajjues- 
tion  de  savoir  si  le  poème  qu'on  lui  attribue  est  cflectivcmcnt  do 


LIVRES  ÉTRANGERS.  58? 

lui,  ou  si  Ton  doit  le  donner  à  quel((ue  jiocte  plus  ancien  du 
tenns  de  Callitnyqut;  ou  d'Apollonius.  C'est  un  point  qu'il  impor- 
tait d'examiner.  Autre  question  :  Les  fragmens  du  poème  des 
Travaux  et  des  Jours,  attribue  faussement  à  Orplie'e,  concor.'.ent 
))arfois  mot  pour  mot  avec  les  vers  de  Maximus.  Wcsseling  et 
'J'yrwhitt  en  concluent  que  ces  fraginens  appai'tiennent  eilcctive- 
ment  au  même  poëmc.  Lcnz  conteste  celte  conclusion.  Que  dé- 
cider? M.  Gebhard  se  tait...  Il  ne  s'occupe,  dans  le  cours  de  ces 
notes,  qu'à  enseigner  à  Maximus  les  rcj;les  de  la  grammaire  de 
Buttmann.  Après  cela,  il  s'inquiète  peu  de  de'ûgurer  son  auteur^ 
et  de  lui  enlever  la  seule  chose  qui  le  caractérise.  Je  veux  parler 
de  la  division  du  poème  en  chapitres  :  c'est  une  didormitc'  en 
poe'sie,  sans  doute  j  mais,  il  s'agit  bien  de  poésie  dans  l'ouvrage 
de  Maximus.  Il  n'a  de  prix  que  pour  l'histoire  littéraire  :  il  ne  fal- 
lait donc  pas  en  ôler  ce  qui  fait  le  cachet  des  poèmes  didactiques 
du  même  tems.  On  sait  que  le  poème  des  Pierres,  attribue'  à  Or- 
phée j  celui  des  Plantes,  dont  l'auteur  est  inconnu  j  enfin,  un 
fragment  de  Marcellus  Sidetes  ,  sont  pareillement  divise's  en  cha- 
pitres. Cette  division  était  à  l'écrit  ce  qu'est  une  inscription  à  un 
monument  de  mauvais  goût,  et  M.  Gebhard  a  arraché  l'inscrip- 
tion sans  réparer  le  monument.  Pour  conclure ,  Maximus  n'a  pas 
L  encore  reçu  les  honneurs  d'une  édition  ;  et  M.  Gebhard  ,  en  pu  • 
bliant  sou  opuscule  ,  n'a  fait  que  l'indiquer  à  des  hommes  plus 
habiles.  Ph.  GolbÉry. 

2-23.  — Pindanis  ff^erhe.  —  OEuvres  de  PinJare  ;  l'original  et 
la  traduction  métri<{ue|  avec  des  notes.  Par  T.  Tuierscu.  2  vol. 
grand  in-S".  Leipsik,  1820.  Chez  llilscher.  Prix,  22  fr. 

C'est  pour  la  première  fois  quç  les  œuvres  du  plus  dUficlle  des 
poètes  grecs  ont  été  complètement  traduites,  même  avec  lesfrag- 
mons,  en  vers  allemands  du  même  mètre  que  l'original.  M.  'i'hiersch 
s'est  acquitté  dii;ncm('nt  de  cette  entre|)rise  hardie.  La  traduction 
est  fidèle;  elle  rend  vers  par  vers  l'original,  et  cependant  rien 
n'y  paraît  forcé.  Le  texte  grec  est  conforme  aux  meilleures  édi- 
tions. L'introduction  traite  «le  la  musique  grecque  et  de  l'haruio- 
nie  rhythmique,  relativement  à  Pindarc;  elle  fait  connaître  le  su- 
jet et  l'occasion  de  chaque  ode. On  y  traite  en  généraLdc  l'origine 
de  la  poésie  dramatique  à  Athènes.  L'ouvrage  est  terminé  par  un 
tableau  chronologique  des  poésies  de  Pindarc. 


588  LIVRES  ÉTRANGERS. 

ii\.-^  'Meisls  Thealmlisches  Quodtibet.  — Collection  de  toutes 
les  piLCCs  cnmiqiics  ou  burlcsqurs,  c'critcs  pour  le  théâtre  de 
Leopoldstadt  à  Vicunej  ^ar  Charles  Meislj  6  vol.  in-8°.  Pe stli , 
Hartloben,  itiao. 

L'auteur  est  Tun  des  poètes  populaires  les  plus  en  voque  de 
Vienne.  Ses  proiluc'ions  consistent  pour  la  plupart  en  mc'lodra- 
mes,  parodies  et  farces.  Ce  sont  les  trois  derniers  volumes  de  la 
collection  que  nous  annonçons  comme  venant  de  paraître  :  la  pu- 
blication des  trois  premiers  date  d'urc  t^poque  anlérit-ure. 

225.  —  Eheits  a/fi^emi  inrs  biilio^rapltisches  I.exic^n.  — Dic- 
tionnaire gcneral  de  bibliographie^  par  Ebert;  3*  li>  raison  j  in-4*^ 
de  2^6  pages.  Leipsik,  1820.  Brockhaus. 

Kous  avons  déjà  fait  connaître  {Rei>.  Eiicycl. ,  vol.  V,  pag.  3.38; 
et  vol.  \I1,  pag.  I  17)  la  belle  entreprise  de  M.  Rrockliaus,  <le 
Dresde,  qui  publie  le  dictionnaire  bibliographique  le  plus  correct 
qui  soit  connu.  L'auteur  a  trouve  pour  ce  vaste  travail  une  assis- 
tance unique,  tant  dans  la  riche  collerljon  de  la  bibliothèque  de 
Dresde,  dont  il  est  le  directeur,  que  dans  le  zèle  de  l'éditeur  à 
lui  fournir,  au  moyen  de  sa  correspondance  dans  tous  le.s  pays 
civilises,  les  matériaux  les  plus  précieux.  La  troisième  livraison 
<[ue  nous  venons  de  recevoir,  s'étend  depuis  CUL,  juMpi'à 
F  A  H  R.  A  mesure  que  les  livraisons  se  succèdent ,  Tèdileur 
en  fait  préparer  à  Paris  une  édition  française,  revue  par  l'auteur. 

He>bicus. 
SUISSE. 

•216.  —  Essai  sur  la  péritonite  aiguë  ;  par  Jean-JVicnfas-J'ncin- 
ihe  DcPRÉ ,  de  Gruyères,  au  canton  de  Fribourg,  i8ao.  Brochure 
de  a4  P^o^^s  j  in-S".  Piller. 

Cet  ouvrage,  qui  est  le  coup  d'essai  d'un  jeune  mi-decin ,  fait 
bien  augurer  de  ses  talens.  La  doctrine  de  1  inflam'iiatinn  tlu  pé- 
ritoine y  est  développée  avec  ordre  et  méthode,  cl  d'ime  manière 
claire  et  précise,  d'après  les  meilleurs  auteurs.  M.  Diipré  y  a 
joint  des  observations  intéressantes ,  fruits  de  ses  propres  lu- 
mières et  de  sa  pratique. 

ii-j. — Lettres tcrites d'Italie,  en  1813  et  i8i.3,  à  M  CliarlcsPic- 
tet,  l'im  des  rédacteurs  de  la  Bibliothèque  biitann-<|'ie;  par  t'rv- 
.h'ric  Lci.i.iN  d<i  CuiTtxcviECx  ;   seconde  édition  ,  corrigée  et 


LIVRES  EÏRAIN'GERS.  SSg 

augmentée.  Genève  ,  1820.  Jn-80  de  3o  feuilles  un  quart.  Prix, 
6  francs. 

228.  — ^Mémorial pnur  les  travaux  de  guerre ,  par  G.  H.  Dofodr  , 
lieutenant -colonel  du  génie,  meoibre  de  la  le'gion- d'honneur; 
I  vol.  in-8°  de  \u  et  3^9  pag.  1820.  Genève,chez  J.  J.  Paschoud, 
imp.-lib.  j  et  à  Paris,  même  maison  de  commerce,  rue  de  Seine, 
n<>48. 

L'auteur,  charge'  par  la  commission  militaire  féde'rale  d'ensei- 
gner la  fortification  passagère  à  l'Ecole  centrale  de  Thoune  ,  ou- 
verte l'anne'e  dernière,  a  cru  devoir  publier  le  texte  de  ses  leçons , 
pour  faciliter  aux  jeunes  officiers  suisses  l'e'tude  de  cette  branche 
si  importante  de  l'état  de  la  guerre,  et  pour  leur  rappeler,  dans 
le  cours  de  leurs  services,  les  diflerens  objets  sur  lesquels  aurait 
roule'  l'instruction  qui  leur  est  donne'e.  Il  n'a  point  eu  la  préten- 
tion de  faire  un  ouvrage  meilleur  que  ceux  déjà  connus;  il  a  seu- 
lement cherché  à  rassembler,  dans  un  volume  portatif,  tout  ce 
qui  est  strictement  nécessaire  à  l'oflicier  du  génie  ou  de  l'état- 
major  ,  lorsqu'il  est  en  campagne.  Pour  diminuer  un  peu  la  sé- 
cheresse du  sujet,  il  a  joint  quelques  citations  à  l'appui  des  pré- 
ceptes qu'il  développe;  il  a  tracé  rapidement  l'attaque  et  la 
.défense des  retraochemens;  il  a  mis  les  troupes  en  action,  et  a 
saisi  avec  empressement  toutes  les  occasions  de  développer  quel- 
ques principes  de  tactique  générale.  La  marche  qu'il  a  suivie  a 
l'avantage  de  faire  sentir  qu'il  ne  peut  y  avoir  de  bon  officier  que 
celui  qui  n'est  point  exclusif,  et  qui  ne  reste  point  étranger  aux 
services  ditiérens  du  sien. 

L'ouvrage  est  divisé  en  quatorze  chapitres,  subdivisés  en  sec- 
tions ,  qui  le  sont,  à  leur  tour ,  en  paragraphes.  L'auteur,  ci-de- 
vant commandant  de  son  arme  à  Corfou,  et  qui  a  reçu  ,  cette 
année  ,  le  brevet  de  lieutenant- colonel-fédéral  du  génie,  juste  ré- 
compense de  ses  travaux,  termine  l'avertissement  qui  précède 
son  ouvrage  d'une  manière  qui  fait  l'éloge  de  son  rœur,  et  atteste 
sa  modestie.  «  Si  j'atteins  ,  dit  il,  le  but  que  je  me  propose  5  si  mes 
faibles  connaissances  me  permettent  de  rendre  quelques  services  à 
ma  patrie;  c'est  aux  précieuses  communications  de  mes  anciens 
camarades  et  de  mes  chefs ,  que  je  le  dois ,  bien  plus  qu'à  ma  pro- 
pre expérience  et  à  mes  moyens  personnels.  Qu'ils  sachent  donc , 
&i  jamais  ils  lisent  cette  pa^e,  que  leur  ancien  frère  d'armes  n'a 


Tgo  LIVRES  ETKANGERS. 

point  oiil)(it'  leurs  bons  oflicfs  j  (jit'il  porte  un  cœur  rcconnaissynt, 
et  qu'il  se  glorifiera  toujours  de  partager  avec  eux  le  litre  d'iin- 
cicn  e'icvc  de  l'Ecole  polytechnique.  » 

L'ouvrage  est  iircomp;tgno  de  sept  planclies  j  on  les  doit  au  bu- 
rin de  M.M.  Drville  et  A.  Bouvier,  eit  ves  distingues  de  l'Ecole  de 
gravure,  institut'c  par  les  soins  de  la  Société  pour  rijvur)c>.'mcut 
des  arts,  sous  la  direction  du  celtbre  graveur  INicolas  hclicnker. 
Ces  jeunes  artistes  ont  ete  couronnes  tous  deux  au  concours  de 
celle  anne'e.  Ce  n'est  assurément  pas  un  des  nnoindrcs  services 
rendus  à  Genève,  depuis  sa  restauration,   que  rétiibli«scmcnt 
dans  ses  mur  s ,  d'une  école  de  cette  espèce  ;  en  eflet ,  dans  un  pay  s 
où  Ton  cultive  ,  avec  autant  de  succès  et  un  zèle  aussi  soutenu  , 
les  arts  et  les  sciences,  il  était  plus  qu'extraordinaire  de  ne  pas  trou- 
ver un  seul  artiste  en  elal  de  graver  convenablement  les  jiianchts 
des  ouvrages  scientifiques  ou  autres  qui  sortent  journelltment  de 
nos  presses,  et  d'être,  sous  ce  rapport ,  tributaires  de  pays  étran- 
gers que  nous  sommes  accoutumés  à  en\isag(r  conmic  les  noires, 
en  matière  d'objet  d'art.  Grâce  à  l'intéièl  i)icnveillant  que  !■  gou- 
vernement et  la  hocictc  des  Arts  témoignent  à  cette  nouvelle  ins- 
titution j  grâce  à  l'babileté  du  maître,  it  à  l'émulation  desélcvcs, 
il  y  a  lieu  d'espérer  que  sous  très  peu  d'années  nous  posséderons 
plusieurs  bons  artistes  dans  le  genre  de  la  gravure.  A. 

22g.  —  Le  Lac  de  (Jcncue,  imitation  libre  de  l'allemand  ;  avec 
celle  épigraphe:  xt/on  lac  est  le  premier —  Voltaire.  Brocluirc 
in-S"  de  3J  pages.  Genève,  au  magasin  de  Tiiùtel  du  Musée,  itij-». 
Prix,  1  fr. 

La  présence  récente  de  M.  Matihisson,  à  Genève,  a  fait  relire, 
au  traducteur,  la  charmante  pièce  de  vers  que  notic  lac  a  inspirée 
à  cet  aimable  poète  5  regreltant  qu'un  si  petit  nombre  des  habi- 
tans  de  ses  rives  fût  à  même  d'en  jouir,  il  a  essa3é  de  leur  en 
donner  une  idée.  Sachons  d<inc  gré  au  spirituel  traducteur  d'avoir 
fait  connaître  aux  lecleiu-s  franr;;iis  cette  jolie  production,  qui  , 
f|uolcjuc  composée  par  IM.  Malthisson  ,  pres«|ue  au  commence- 
ment de  sa  carrière  poétique ,  n'en  passe  pas  moins ,  avec  raison, 
pour  un  de  ses  chefs-d'oeuvre.  Les  poésies  de  IM.  Matihisson  ont 
clé  réimprimées  à  plusieurs  reprises;  la  pièce  dont  nous  nous  oc- 
cupons aujourd'hui,  n'avait,  dans  le  piinci]>c,  que  trrutc-six 
strophes;  l'auteur  la  augmentée,  depuis,  de  sept  autres,  qui 


LIVRES  ÉTRANGERS.  091 

ne  sont  pas  les  moins  intéressantes  de  l'ouvrage.  Ce  sont  les  j" , 
5"=,  6',  32^,  33»,  34'  et  35'^  des  dernières  éditions.  Les  notes  se 
sont  aussi  accrues  à  proportion.  Ce  n'est  pas,  comme  on  sait , 
le  seul  poème  dans  lequel  M.  Matlbisson  ait  consacre'  ses  ac- 
cens  à  décrire  notre  belle  contrée.  Le  recueil  de  ses  poésies  est 
parsemé  de  plusieurs  autres  pièces  de  vers,  qui  célèbrent  soit 
notre  lac,  soit  des  villes  ou  villages  situés  sur  ses  bords.  Rare- 
ment sa  muse  entreprend  des  travaux  d'une  si  longue  haleine  que 
le  petit  poème  dont  nous  rendons  compte;  le  plus  souvent,  elle 
se  plait  à  briller  dans  ce  genre  vague  et  gracieux,  dans  lequel  les 
Allemands  excellent,  et  sont  si  riches;  dans  ce  genre,  en  un  mot, 
dont  les  productions  exhalées  au  moment  d'une  émotion  un  peu 
vive,  semblent  ne  pas  devoir  dépasser  la  durée  du  soupir  qui  les 
a  fait  naître.  Les  morceaux  enchanteurs  des  lances  de  renfonce 
et  de  VElysf-'e ,  sont  des  modèles  de  grâce  et  de  naïveté.  L'n  sa- 
vant allemand  ,  Hcinsius,  en  donnant  à  M.  3Iatthisson  une  place 
distinguée  ,  parmi  ses  rivaux  ,  dans  Tode,  l'élégie  et  la  chanson , 
le  place  à  leur  tète  dans  la  partie  de  la  poésie  descriptive  qu'il  ap- 
pelle poésie  du  pay.sage. 

L'imitation,  dont  nous  avons  à  rendre  compte,  n'est  pas  très 
riclie  de  poésie  \  cependant,  elle  n'est  pas  sans  mérite ,  quoiqu'on 
y  rencontre  plusieurs  négligences  et  quelques  expressions  pro- 
saïques. Le  traducteur  ayant  écrit  son  poè'me  en  strophes  de  sis: 
vers,  tandis  que  celles  de  son  auteur  n'en  onl([ue  quatre,  il  s'est 
vu  tics  souvent  dans  la  nécessité  d'ajouter  au  texte.  Au  reste,  ces 
additions  ne  déparent  nullement  l'ouvrage ,  puisque  le  traducteur 
a  su  y  faire  contribuer  les  diverses  autres  pièces  de  l'auteur 
sur  le  même  sujet.  11  a  le  mérite  d'avoir  enrichi  sa  traduction 
de  notes  intéressantes ,  et  dune  espèce  de  nomenclature  assez 
agréable  des  écrivains  qui,  soit  en  prose  ,  soit  en  vers,  ont  cé- 
lébré le  lac  de  Genève,  ou  ses  environs.  Une  jolie  vignette  ,  due 
à  M.  Ansparh,  jeune  graveur  qui  donne  beaucoup  d'espérarice , 
orne  le  titre  de  l'ouvrage  ;  elle  représente  le  lac  de  Genève,  et  la 
chaîne  des  Alpes,  vus  du  joli  village  de  Pregny,  près  Genève. 

ITALIE. 

aSo.  —  L'electrornotoie  perpeluo ,  etc.  —  L'élcctromotcur  per- 
pe'tuel.  Traité  de  l'abbé  G  JHie/^pe  Zamboki,  professeur  de  physique 


Sgi  LIVRES  ETRANGERS. 

;iu  lycée  Imp.  Roy.  di;  Vérone.    \'cioDe,   1820.  In-S*"  avec  des 

planclies. 

L'ouvrage  est  divise  en  deux  parties,  dont  il  n'a  paru  jusque 
pjésent  que  la  première.  L'auteur  est  avantageusement  connu  par 
ses  découvertes,  et  par  sa  pila  elettrica  secco ,  qu'on  voudrait 
ait^^clcr  c'iectroinoteur  perpcluel.  11  avait  publie,  dès  1812,  une 
dissertation  sur  ce  sujet  i  il  l'a  reproduite  ,  en  y  joignant  tout  ce 
qu'il  y  a  de  favorable  à  sa  découverte  jusqu'à  présent.  On  lui 
impute  un  peu  de  redondance  et  quelques  superfluilés  j  c'est 
qu'en  s'adressant  aux  professeurs  de  la  science,  il  n'a  pas  oublie 
les  élèves.  Au  reste,  on  ne  pourra  lui  refuser  le  mérite  d'avoir 
exposé  les  idées  d'autrui  avec  assez  de  précision ,  et  d'y  avoir 
ajouté  plusieurs  observations  toutes  neuves  et  très  curieuses. 

23i .  —  Deir  emanazione  dei  fluidi  aerijormi  dalla  terra ,  etc. — 
Des  fluides  aériformes  qui  émanent  de  la  terre ,  et  de  leur  analogie 
avec  la  matière  rayonnante  qui  émane  des  astres  d.iués  d'une  lu- 
mière propre  5  théorie  d'y/(/o/^/je  ConTi.  Venise,  1820.  In-S". 

L'auteur,  s'appuyant  sur  l'élasticité  parfaite  de  l'air,  et  sur 
son  extrême  raréfaction  vers  sa  circonférence,  prétend  que  le 
mouvement  le  plus  léger,  communiqué  aux  parties  inférieures  de 
l'air,  doit  devenir  excessif  dans  les  parties  supérieures.  De-là  , 
il  déduit,  avec  un  peu  trop  de  conûance,  qu'une  quantité  d'air 
est  continûment  lancée  au-delà  de  l'atmosphère  ,  et  assez  loin 
pour  qu'attirée  par  des  globes  voisins,  elle  ne  retourne  plus  au 
nôtre.  Quelleque  soit  la  probabilité  de  sa  théorie,  ÏNl.Corti  ne  rend 
pas  raison  pourquoi  notre  atmosphère  n'a  pas  été  ,  depuis  long- 
tcms,  épuisé.  11  n'a  ni  calculé  ni  déterminé  le  tems  qui  serait  né- 
cessaire pour  apercevoir  une  sensible  diminution  de  l'atmosphère. 
•ïii.  —  De  contagi  et  dclla  cura  de'  lori  efft^tù  ,  etc.  —  Des 
contagions  et  du  traitement  de  leurs  eflefs  :  leçons  médicales 
pratiques,  par  I\l.  f'aleriano-Luigi  BnERi,  professeur  dans  l'Uni- 
versité L  R.  de  Fadoue,  etc.  Padoue,  1818.  i'''  vol.  in-8''. 

On  distingue,  dans  ce  Traite,  l'esprit  de  sagesse  et  de  prudence 
de  l'auteur.  Il  suit  toujours  les  faits  et  les  observations^  mais, 
parfois  ,  il  avance  quelque  théorie  que  ne  sauraient  adopter  ses 
collègues.  Malgré  f[uelqucs  ide'es  hypothétiques  ,  les  praticiens 
pourront  puiser,  dans  cet  ouvrage  ,  des  leçons  fort  utiles. 

333.  —  Huila  rcitituzione  dcL  naio,  etc.  —  Sur  la  reproduction 


LIVRES  ÉTRANGERS.  SgS 

du  liez.  Rapport  fait  par  M.  Albert  de  Schowberg.  Naples,  1819  ; 
avec  des  planches. 

Cette  opération  chirurgicale  e'tait  jadis  connue  et  pratique'e, 
dès  le  seizième  siècle  ,  dans  la  Sicile,  par  les  deux  Branca ,  père 
et  fils 5  et,  dans  la  Calabre,  par  les  familles  Vianco  et  Rojano. 
Ensuite,  Ci.ispare  Taghacozzi  la  pi'atiqua  à  Bologne  ,  et  Cortesi , 
après  lui,  vers  la  moitié  du  dix-septième  siècle  {voy-  Portai, 
Histoire  de  la  chirurgie).  Une  méthode  difte'rente,  pour  parvenir 
au  même  but,  est  usitée,  dit-on,  dans  les  Indes,  et  vient  d'être 
introduite  en  Europe  par  M.  Carpue,  At;glais;  elle  a  été  beau- 
coup perfectionnée  par  Graéfe,  chirurgien  prussien.  M.  de  Schon- 
berg  a  préféré,  à  la  méthode  indienne  ,  malgré  les  améliorations 
qu'elle  a  subies ,  la  méthode  ancienne  des  Italiens  5  il  en  donne  les 
motifs  dans  son  opuscule. 

234.  —  Sulla  nécessita  di  proibire  le  cii.azioni  degV  interprcti ,  etc. 
—  Sur  la  nécessité  de  prohiber  les  citations  des  interprètes  et  des 
docteurs,  dans  les  allégations  et  dans  les  sentences.  Réflexions 
logiques  et  légales  de  l'avocat  Odoardo-Miclieli  Pellegrini,  etc. 
Lucques,  1820.  ln-8°. 

La  prohibition  que  réclame  l'auteur,  d'après  plusieurs  législa- 
teurs anciens,  a  été  renouvelée,  parmi  les  modernes  ,  par  Fré- 
déric II,  et  surtout  par  le  roi  de  Napies ,  au  tems  du  marquis 
ïanucci,  son  ministre.  Ce  fut  alors  que  le  cc'èbre  Filangieri  sou- 
tînt la  nouvelle  ordonnance  du  roi,  contre  les  tumultueuses  dé- 
clamations des  avocats  napolitains.  On  a  depuis  proclamé  Ja 
même  règle ,  pour  les  États  de  l'Autriche  et  pour  le  Piémont. 
M.  Pellegrini,  comme  jadis  Filangieri,  s'étudie  à  démontrer  le 
nouveau  la  nécessité  de  cette  règle,  et  à  en  inculquer  la  pratique  j 
ce  qui  montre  combien  l'état  de  la  jurisprudeuce  a  besoin  d'être 
réformé  en  Italie. 

235.  —  Délie  rivotuzioni  d''Italia  ,  etc.  —  Des  révolutions 
(l'Italie  ,  par  Carlo  Dekina  j  avec  des  additions  et  des  corrections 
inédites  de  l'auteur.  Milan,  1820.  3  vol.  in-8". 

La  continuation  des  réuolulions  d'Italie,  depuis  i^i3  jusqu'à 
i'j92,  sous  le  titre  d'/ta/i'e  moJeme  ,  avait  paru  pleine  d'erreurs. 
L'auteur  entreprit  de  les  corriger  sur  un  exemplaire  de  l'édition 
faite  à  Venise,  en  1793.  A  cette  occasion,  il  retoucha  l'ouvraqe 
«ntier  des  iîeVo/wtj'o/M.  Après  sa  mort,  cet  exemplaire,  corrigé 
[  TOME  VIII.  38 


594  LIVKKS  ÉIKAINGKUS. 

tl  amcllorc  ,  tomba  entre  les  mains  de  Giusf)ipe  Micali,  connu 
par  son  Histoire  (V Italie  m-aiil  la  domination  des  Humains.  La 
Société  typographique  des  classiques  italiens  a  eu  le  bonheur 
d'acquérir  ce  précieux  travail,  et  Ta  bienlôt  publié  avec  assez 
d'exactitude  et  de  correction. 

236.  —  ylbrégé  de  r Histoire  de  Sai'oie ,  depuis  les  Romains 
jusqu'à  1.1  restitution  du"  duché,  à  S.  M.  le  roi  i!e  SarJiiigne.  An- 
necy, 1820.  Petit  vol.  in-iijde  107  pages.  Alexis  Bnrdet,  im- 
primeur; et  se  trouve  à  Chambéry ,  chez  Puthod,  libraire. 

Ij'auleurn'a  eu  probablement  en  vue  que  le  premier  d»  gré  «le 
l'instruction  ('lémentairc.  11  commence  par  un  précis  de  l'Histoire 
de  Savoie  avant  Tcrold  ;  c'e.st-à-dire ,  depuis  répor|ue  où  les  peu- 
ples de  iavoie  furent  soumis  aux  Romains  ,  jiist|u':i  l'an  998.  En 
suite,  il  divise  son  Abrège'  historique  en  trois  parties,  dont  la 
première  contient  les  comtes  de  Savoie,  la  seconde  les  ducs  ,  et 
la  troisième,  les  rois.  La  première  période  est  de  418  ans  ;  la  se 
condc,  de  3o2  ans  j  et  la  dernière,  de  97  ans.  L'antenr  a  consacré 
six  chapitres  à  l'état  de  la  religion,  du  gouvciuement ,  de  lad 
mini  s  t  rat  ion  de  la  justice  ,des  revenus  publics,  de  la  force -ai  mee, 
de  l'industrie,  du  commeico,  de  la  liltéralin-e  et  de  rinsfruetion 
publique,  aux  diverses  époques  de   Ihistoire  du   pays;  et  huit 
chapitres  aux  évtuemens  de  la  révolution,  depuis  l'entrée  des 
Français  en  Savoie.  Il  est  présumable  que  cette  dernière  parti» 
n'obtiendra  pas  l'approbation  de  toutes  les  classes  de  lecteurs 
Cet  Abrégé,  tout  resserré  qu'il  est  d.-ins  ses  étroites  limites,  peut 
donner  une  preraièn;  idée  de  l'Histoire  de  Savoie,  et  inspirer  le 
désir  de  connaître  plu<  amplement  les  annales  de  ce  pays  tt  de 
la  maison  f|ui  y  règne. 

237.  —  Mcuiorie  délia  R.  ylcademia  délie  Scienze  di  7 orino. 
—  ^Mémoires  de  l'Académie  royale  do  Turin,  tom.  XXIV.  Tu- 
rin ,  1820.  In-/}». 

La  section  des  sciences  physiques  et  mathématiques  contient 
les  .Mémoires  suivans:  1°  sur  l'époque  du  retour  au  périhélie  de 
la  comète  de  l'an  ly'ig,  par  M.  Damoiseau  ;  2°  sur  les  formules 
de  M.  Causs  pour  déterminer  lo  jour  de  Pâques  suivant  les  deux 
calendriers,  julien  et  grégorien ,  par  M.  de  Grésy;  30  sur  l'éler-  , 
tririlé  du  sangdans  les  maladies,  par  M.  Be'.lingcri  ;  4"  ^u""  l  i^l'JC 
tùcité  des  riiuéraux  liquides,  par  M.  Bellingcri;  5"  ^ur  des  m3- 


LIVRES  ETRAÏNGERS.  693 

choires  et  des  dcots  fossiles  du  mastodoule  ou  mamnioutb , 
trouvées  en  Piémont,  par  M.  Borson^  6"  sur  les  ailes  des  hj-me- 
noplères,  par  M.  Jurine;  ^"  sur  le  pe'ritoioe  et  sur  laplcutire, 
par  M.  Rolando  ;  8"  sur  la  ratite'orologie  de  Turin,  de  î^S^  à  i8t^, 
par  31.  Yassali-Landi  ;  9°  sur  les  transcendantes  elliptiques,  par 
M.  Bidone  j  100  sur  la  monographie  iclineumonique  du  Piémont  , 
par  M.  Gravenhorst;  iio  sur  la  solution  des  differens  proi)lêmes 
relatifs  à  la  loi  re'sultànte  de  rattraction  exercée  sur  un  point  ma- 
te'riel  par  le  cercle,  les  couches  cylindriques  et  quelques  autres 
corps  qui  en  de'pendent  par  la  forme  de  leurs  elëmens,  par 
M.  Plana  j  12°  e'Ioge  du  professeur  Brugnonc  ,  par  M.  Caréna  ; 
ij"  sur  rc'lectricite' de  l'urine,  par  M.  Bellingeri;  i4°  sur  les  pro- 
duits du  prunus  lauro-cerasus  de  Linnée,  par  M.  Lavinij 
i5°  sur  une  nouvelle  espèce  de  poissons  de  la  Méditerranée,  ap- 
partenant au  genre  trachyptère,  par  M.  Bonelli  j  iG"  sur  le  mou- 
vement de  rotation ,  par  M.  Cisa  de  Grésy  j  1 7°  sur  la  description 
à'nnPhjteuma  Charmelioides ,  T^&rlSl.  Biroli.  — La  section  des 
sciences  morales ,  historiques  et  philologiques  contient  trois  Mc'- 
moires.  Le  i"^  est  de  INL  le  G.  G.  F.  Galcani  Napione,  et  roule 
iur  l'examen  critique  du  premier  voyage  d'Ame'ric  Vespuce  au 
Nouveau  Monde.  Le  a""  traite  d«  la  fertilité  du  Piémont  j  il 
st  de  M.  C.  P.  Balbo.  Le  3"  est  de  M.  G.  Grassi,  sur  un  ou- 
rrage  inédit  du  prince  Raimond  Montecuccoli.  M.  le  C.  iNfaj)ione, 
^ui  s'était  étudié  à  prouver,  dans  une  brochure ,  que  Christophe 
jolomb  n'était  pas  Génois ,  cherche,  dans  le  Mémoire  que  nous 
irenons  de  citer,  à  revendiquer  pour  lui  la  gloire  de  la  décou- 
verte du  Nouveau  Monde,  contre  le  P.  Canovai,  quia  voulu, 
omrae  quelques  autres,  l'attribuer  à  Améric  Vespuce.  Les  ob- 
ervations  que  présente  M.  le  C.  Napione  semblent  très  solides  et 
tes  justes,  et  l'on  ne  devrait  plus  insister  sur  une  question  qui 
)ourrait  faire  plus  de  tort  que  d'honneur  à  la  mémoire  de  Ves- 
)uce  lui-même.  S. 

ESPAGNE. 

238.  —  Arle  de  pensary  ohrar  bien.  —  L'art  de  bien  penser  et 
\c  bien  agir,  ou  philosophie  rationnelle  et  morale.  6  volumes  in-8°- 
4adrid  ,  1820.  Chez  Qiiiros.  Prix,  afi  sols. 

L'auteur  anonyme  pubhc  actuellement  son  second  volume  par 

38* 


59e  LIVRES  ETRANGERS. 

souscription.  I^  expose  brièvement  et  simplement  l'ordre  des 
idées  et  des  actions ,  d'accord  avec  le  droit  naturel,  le  droit  des 
gens  et  le  droit  civil. 

aSg.  —  Ulemoria  premiada  por  la  Junta  suprenui  de  caridad, 
etc.  —  Mc'moire  sur  le  traitement  à  domicile  des  pauvres  malades, 
qui  a  remporte',  le  3o  mai  1819,  le  prix  proposé  par  le  suprême 
comité  de  charité  de  Madrid ,  en  faveur  du  meilleur  ouvrage  sur 
ce  sujet;  par  dom  Joseph  Antoine  Piquer  ,  médecin  de  la  famille 
royale.  1  vol.  in-S".  IMadrid,   1820.  Cliez  Bailo. 

L'auteur  a  dédié  son  livre  au  souverain  congrès  des  Cortès;  il 
y  a  joint  i"  l'analyse  de  onze  Mémoires  qui  avaient  été  présentés 
au  comité  de  charité  pour  obtenir  le  prix  ;  1°  la  réponse  aux  ob- 
jections publiées  par  J.  V.  C.  en  1819.  L'avis  du  docteur  Piquei 
est  que  les  malades  pauvres  sont  traités  dans  leur  domicile  01 
dans  une  autre  maison  particulière,  beaucoup  plus  avantageuse- 
ment que  dans  les  hôpitaux,  même  les  mieux  dirigés  et  ailminis- 
très,  ce  qu'il  prouve  non-seulement  par  l'autorité  des  écrivains 
mais  par  l'expérience  commencée  à  Madrid  le   1"  janvier  i8it 
«t  suivie  dans  plusieurs  villes  de  la  monarchie,  comme  elle  de 
vrait  l'être  dans  toutes. 

a4o.  —  Arte  natiiial  de  escribir  curswn  y  libéral.  —  L'ar 
naturel  d'écrire  couramment  et  vite  ;  par  dom  l^inccnl  Naharro 
I  vol.  in-8°.  Madrid  ,  1820.  Chez  Ramos. 

L'auteur  a  présenté  cet  ouvrage  aux  Cortês  d'I'lspagne  ,  en  as 
burant  que  chaque  père  de  famille,  pourra  apprendre  lui-même 
ses  enfans  à  bien  écrire,  d'après  la  méthode  qu'il  explique.  Pou 
moi,  je  pense  que  son  idée  n'a  rien  de  nouveau  ,  ni  (jni  soit  capa 
blc  de  produire  de  grands  avantages.  Un  très  grand  nombre  d 
pères  de  famille  a  rempli  le  même  objet  par  la  méthode  simpl 
de  faire  copier  de  bons  modèles.  L'auteur  veut  persuader  (|uc 
par  sa  méthode,  l'on  ajiprcndra  à  écrire  dans  la  moitié  du  tcro 
que  Tony  emploie  ordinairement.  Il  me  semble  que  cela  dépendr 
de  l'application  de  l'enfant  au  travail,  du  zèle  de  son  père,  e 
de  bcaucouj»  d'autres  circonstances  réunies.  D'ailleurs,  il  y  a  bie 
pou  d'hommes  qui  soient  assez  libres  pour  se  consacrer  peiiclan 
tout  le  jour  à  diriger  les  éludes  tie  leurs  (Ils;  et  c'est  pourcjuoi  il 
•nt  coutume  de  les  envoyer  aux  écoles  publiques. 

J.  A.  LLor.EnrE. 


LIVRES  ÉTRANGERS.  597 

ROYAUME     DES    PAYS-BAS. 

241-  —  Letlieuallen  en  vroegere  zeereison.  —  Aventures  et  pre- 
mitre  navigation  de  J.  Haafner.  Amsterdam.  C.  Vander  Hej, 
1820.  In-80. 

Feu  M.  Jansen  a  fait  connaître,  par  une  traduction  française, 
les  f^oyages  dans  la  Péninsule  occidentale  de  l'Inde ,  et  dans  l'île 
de  Ceylan,  du  même  auteur  (  2  vol.  in-80.  Paris,  181 1  ).  La  vie 
passablement  aventurière,  et  les  navigations  antérieures  de Z/(2«/^ 
/îer,  publiées  d'après  ses  papiers  par  C.  M.  Haajner,  son  fils,  font 
le  sujet  du  volume  que  nous  annonçons ,  qui  offre  une  lecture 
plutôt  attachante  qu'instructive. 

242.  —  Eerznil,  etc.  —  Monument  ea  l'honneur  du  second  ju- 
bile' du  Synode  de  Dordrecht ,  par  Nicolas  Schotsman,  pasteur  à 
Leyde.  2'édit.  Leyde,  chez  J.  VanThoir;  1819;  in-80  de  ii5pag. 

Le  silence  sur  ce  trop  fameux  Synode  eût  mieux  valu,  selon 
nous,  dans  la  conjoncture  actuelle,  que  le  monument  qu'a  ima- 
giné de  lui  ériger  M.  Schotsman.  Il  n'y  a  peut-être  que  lui  qui 
ait  songé  à  célébrer  le  jubilé.  Quelques  journalistes  avaient  mal- 
traité son  ouvrage  dans  sa  nouveauté  :  il  en  fait ,  dans  cette  se- 
conde édition  un  terrible  exemple  : 

Discite  conscriptos ,  moniti,  non  temne repaires! 

Nous  croyons  que  l'auteur  aurait  mieux  fait  de  prendre  cette  de- 
vise que  celle  inscrite  sur  le  frontispice  de  son  prétendu  monu- 
ment pyramidal  ; 

IVon  ego  sum  veterum  ,  non  assecla ,  crede ,  novorum  : 
Seu  vêtus  est ,  verum  diligo,  si^e  nowuni. 

243.  —  Redevoering  ouer  het  oogpunt,  etc.  —  Discours  sur  lo 
point  de  vue,  sous  lequel,  dans  les  circonstances  où  nous  vivons, 
il  faut  considérer  l'histoire  de  la  patrie  5  par  Jean-PierreVAix  Cap- 
PELLE  ,  prononcé  à  Amsterdam  ,  le  12  novembre  i8rg ,  à  sa  prise 
de  possession  de  sa  chaire  de  professeur  de  l'histoire  de  la  patrie. 
Amsterdam,  imprimerie  de  la  ville,  1819.  In-4*'  de  5^  pages. 

Il  paraît  que  M.  Van  Cappelle  vient  d'être  appelé  à  réunir  la 
chaire  d'histoire  nationale  à  celle  de  la  langue  et  de  la  littérature 
hollandaise,  pour  laquelle  son  discours  inaugural  a  été  publié 
dans  le  même  format,  en  i8i6j  il  traite  des  nu'riles distingués  des 
Amsierdamois  dans  la  fixation  et  le  perfectionnement  de  la  langue 


fîpg  LIVRES  ÉTHAINGERS. 

hollandaise.  Les  deux  discours  font  également  honneur  à  Irur 
savant  auteur,  que  l'on  auniit  cru  trouver  dans  une  autre  car- 
rière ,  à  en  juger  par  sa  prcmitre  production  ,  publiée  à  Amster- 
dam, en  i8i3,  smif  ce  iUrc  :  yîristotelis  (/ufvstionrs  mrcfu'iiiciv , 
Chez  Pierre  l)en  Ilcnj^sf  et  fils  j  in-8°. 

2Jj.  —  Disse rtalio  historico^politica  inauguralis,  —  Thèse  his- 
torico-politique  de  droit  public  sur  Guillaume  III,  prince  d'O- 
range ,  vengeur  de  la  libeité  de  l'Europe  contre  le  despotisme  \ 
par  (l uillaume  Van  Hocr.>Dor,p  ,  pour  sa  promotion  publique  au 
doctorat  en  droit  à  l'Universitc  de  Leyde,  le  27  mai  18 19.  Ltyde, 
Hazenberg  jeune.  1819;  in-8°  de  a36  pag. 

M.  de  Hogendorp,  llls  de  celui  qui  a  si  honorablement  contri- 
bué au  dernier  affranchissement  de  sa  patrie,  a  eu  le  bonheur 
d'échîipper  aux  dangers  de  cette  gnrde  d'honneur,  dans  laquelle  , 
en  i8ia  ,  il  ne  s'eniùla  pas  plus  librement  <jue  ses  autres  jeunes 
concitoyens.  Sous  d'autres  auspices,  il  n'a  rien  eu  de  plus  presse 
que  (le  retourner  à  des  études  auxquelles  il  n'avait  étéarrachc  que 
par  la  violence.  Quoi  que  l'on  puisse  penser  de  son  système  poli- 
tique, on  doit  rendre  justice  à  l'étendue  des  connaissances  l:is> 
toriques  du  jeune  publiciste,  et  reconnaître  qu'il  s'est  applique  à 
les  puiser  aux  meilleures  sources.  Après  une  introduction,  où  il 
est  principalement  question  du  fameux  système  de  la  balance  de 
l'Europe ,  M.  de  II.  fait,  pour  ainsi  dire,  trois  comparlimens  de 
l'époque  qu'il  a  pris  à  tâche  de  décrire.  Son  premier  chapitre  va 
de  1668  à  1678  ;  le  second  ,  de  iCj8  à  1697;  le  troisième,  de  1C97 
à  171 3;  et  il  termine  son  ouvrage  par  quelques  corollaires,  qui 
tendent  essentiellement  à  l'apothéose  de  son  héros,  que  tous  les 
historiens  n'ont  pas  jugé  avec  la  même  faveur. 

2'|5.  —  Perihlcs  van  ylUicnc,  parC  J.  Vas  Asse;»',  docteur  en 
droit.  La  Haye.  Veuve  Ailart  et  compagnie;  1819;  in-B^de  95  pag. 

M.  Van  Assen  ,  qui ,  en  prenant  ses  degrés  en  droit  à  l'Univer- 
RJté  de  Leyde  ,  commença  à  se  faire  connaître  avantagetisemcnt , 
en  1809,  par  sa  Disputnlinjuridiro-litleroria  de  RI.  Tullli  Cice- 
roms  nrntione  pro  yliiht  Clurntin  ^uilo,  nous  offre  ici  une  monogra- 
phie très  intéressante  pour  riii-.loire  de  l'ancienne  Grèce.  Ce  sont 
deux  Mémoires  présentés,  en  1816  et  en  1818,  à  la  Société  phi- 
lologique hollandaise  de  Leyde  ,  et  dont  la  lecture  y  produisit  un 
^raod  intérêt.  Le  premier  nou.src]  résente  Pcriclès,  à  l'époque  me- 


LIVRES  FRANÇAIS.  599 

morable  où  il  parut  j  pendant  ses  études,  avec  ses  grands  falens 
et  ses  e'minentes  qualités,  dans  sa  carrière  politique,  dans  ses 
relationsavccAspasie,  dans  sa  mort  véritablement  philosophique. 
Le  second  est  un  plaidoyer  supposé  prononcé  par  Périclès  lui- 
même,  contre  les  accusations  qui  lui  étaient  intentées  par  Lacré- 
tidès;  et  nous  ne  ferons  pas  un  trop  grand  éloge  de  ce  morceau,  en  le 
déclarant  digne  du  grand  personnage  auquel  il  est  attribué;  per- 
sonnage à  la  fois  si  remarquable  par  l'élévation  de  son  caractère 
et  par  son  rare  talent  pour  l'éloquence.  M. 

LIVRES  FRANÇAIS. 

246.  — jinnuaire  présente  au  roi  par  le  bureau  des  longitudes , 
pour  l'an  i8ai.  Paris,  1820.  In-i8de  cinq  feuilles,  (^hez  madame 
veuve  Courcier.  Prix,  i  fr. 

245. — Mémoire  sur  la  conservation  des  blés  -^  par  M.  d'ARTiGCEs, 
membre  du  conseil  général  des  manufactures  et  propriétaire  de 
diflérentes  fabriques;  lu  à  la  séance  de  la  Société  royale  et  cen- 
trale d'agriculture,  le  i5  décembre  1819,  et  imprimé  par  ses  or- 
dres. A  Paris  ,  chez  madame  Huzard. 

248. — Le  Guide  du  cultivateur  et  du  fleuriste ,  annuaire  de  la 
Société  linnéennè  d'émulation  de  Bordeaux,  pour  l'an  de  grâce 
1821.  In- 12  de  cinq  feuilles.  Bordeaux,  1821.  Brossier. 

249.  —  Mémoires  sur  le  Brésil-^  pour  servir  de  guide  à  ceux  qui 
désirent  s'y  établir.  Par  M.  le  chnvaîier  G.  de  Laivgsdorf,  con- 
sul-général de  Russie  au  Brésil.  Paris,  1820.  In-4°  de  deux  feuilles 
et  demie.  Imprimerie  de  Denugon  ,  à  Paris. 

aSo. — Histoire  des  vampires  et  des  spectres  malfaisans  :,  avec  un 
examen  du  vampirisme.  Paris ,  1820.  Chez  Masson,  libraire,  quai 
des  Augustins,  n»  19.  1  vol.  in-12.  Prix,  3  fr. 

Après  les  romans  et  les  pièces  de  théâtre  sur  les  vampires,  il 
est  juste  que  l'on  fasse  aussi  leur  histoire  et  leur  bibliograpliie. 
C'est  à  quoi  est  destiné  ce  petit  volume,  extrait  en  grande  partie 
de  la  compilation  de  dom  Calmet.  On  a  fait  suivre  cet  abrégé  de 
l'article  spirituel  de  Voltaire  sur  le  vampirisme  ,  qui  vaut  les 
deux  volumes  du  compilateur  bénédictin;  et  d'une  notice  sur  les 
ouvrages  que  la  vogue  des  vampires  a  fait  naître ,  ou  qui  en  ont 
parlé  précédemment.  L'auteur  aurait  pu  pousser  ses  recherches 
plus  loin;  peut-être  aurail-il  alors  approché  davantage  de  l'ori- 


6oo  LIVRES  FRANÇAIS. 

ginc  des  usages  barbares  jiar  lescjULls  on  a  prétendu  prévenir 
l'état  de  vampirisme  chez  les  morts.  11  a  négligé ,  entre  autres 
pays,  la  Scandiuavie,  qui  pourtant  offre  des  exemples  plus  an- 
ciens de  cette  supcr:,tilion  que  d'autres  contrées.  JV-n  citerai  deux 
qui  sont  remarquables  jiar  les  circonstances  qui  les  ont  accompa- 
gnées j  ils  jtoiuroiil  servir  de  suppli-iuent  à  l'article  du  /  am- 
pirisme  ius('ré  dans  la  Revue,  tom.  VII ,  pag.  aaS  (i). 

Le  premier  de  ces  exemples  remonte  jusqu'au  sixième  siècle. 
Deux  jeunes  princes  danois,  compagnons  d'armes  ,  Asmond  et 
Asuite,  s'f'taient  juié  une  amitié  éternelle.  Dans  l'enthousiasme 
de  leur  attachement,  ils  s'étaient  même  promis  de  se  faire  ense- 
velir ensemble.  Asuite  étant  mort,  on  le  déposa  dans  une 
de  ces  tomlielles  communes  dans  le  nord,  et  percées  fréquem- 
ment d  iinr  chambre  ou  caverne  sépulcrale,  Asmond  se  fit  enfer- 
mer dans  ce  tombeau  auprès  du  corps  di-  son  ami,  après  s'être 
muni  de  provisions  qui  ne  devaient  servir  qu'à  prolonger  sa 
vie  de  quelques  semaines,  ou  peut-être  de  quelques  jours.  Ce 
fut  alors  que  la  superstition  engagea  le  jeune  guerrier  à  empê- 
cher son  défunt  ami  de  devenir  vampire.  11  lui  coupa  la  tète,  lui 
perça  le  coi'ps  d'un  pieu  et  attendit  lui-même  patiemment  la  fin 
de  ses  tristes  jours.  Quelque  tems  après,  des  Suédois  ayant  débar- 
qué sur  la  côte,  et  a-, ant  aperçu  la  tombelle,  pensèrent  qu'elle 
pourrait  renfermer  un  trésor,  parce  que  les  anciens  Scandinaves 
ensevelissaient  souvent  avec  le  mort  les  effets  les  plus  précieux 
qu'il  avait  possétlés.  Ils  résolurent  en  conséquence  d'ouvrir  le 
tombeau.  Ils  pratiquèrent,  dans  le  haut,  une  ouverture  par  la- 
quelle ils  firent  descendre,  le  long  tl'nnc  corde ,  un  des  leurs.  As- 
mond vivait  encore.  Quand  un  rayon  de  jour  vint  luire  dans 
cette  caverne  affreuse,  l'amour  de  la  vie  se  ranima  dans  son  amcj 
il  repousse  le  Suédois,  s'empare  de  la  corde,  et  se  fait  hisser 
jusqu'au  haut  de  la  butte.  A  la  vue  de  cet  homme  inconnu,  plus 
semblable  à  un  spectre  qu'à  un  être  vivant,  (|ui  remonte  au  lieu 
du  compagnon  qu'ils  ont  fait  descendre,  les  Suédois  sont  saisis 
de  frayeur  \  s'imaginant  que  c'est  le  mort  qui  les  poursuit  pour 
avoir  violé  sa  tombe,  ils  prennent  la  fuite.  Asmond  les  rappelle  et 

fi)  Cet  article  a  été  traduit  et  inséré  depuis  dans  des  journaux 
allemands  et  anglais;  mais  aucun  d'eux  n'a  cité  ni  l'auteur,  ni  la 
Revue  F.nry-i^lopéJique,  d'où  ils  l'ont  tiré. 


LIVRES  FKANCAIS.  60 1 

ne  parvient  qiravec  beaucoup  de  peine  à  leur  persuader  qu'il  est 
un  être  vivantcommc  eux,  et  à  leur  expliquer  son  aventure. 

L'autre  exemple  est  du  treizième  siècle,  et  n'est  remarquable 
que  par  le  haut  rang  du  personnage  que  l'on  voulut  empêcher  de 
devenir  un  des  vampires,  appelés  daiigen,  dans  le  langage  du 
INord.  Ce  fut  le  roi  Abel,  odieux  par  l'assassinat  de  son  frère 
Eric  ,  à  ({ui ,  après  la  mort ,  on  coupa  la  tête  ,  et  dont  on  attacha 
le  corps  à  la  terre  par  un  pieu,  pour  qu'il  ne  pût  point  tourmenter 
ses  sujets.  11  fallait  que  la  superstition  fût  bienforlc  pour  qu'on  osât 
proce'der  à  une  paieille  opération  sur  les  restes  d'un  souverain. 
On  voit,  par  ces  deux  exemples,  que  les  habitans  du  Nord  prati- 
quaient dès  le  ([iiatrième  siècle  les  mêmes  usages  barbares  qui 
firent  tant  de  bruit,  pendant  le  dix-septième,  en  Hongrie  et  en 
Moravie.  Comment  cette  superstition  absurde  s'est-clle  n-jiandue 
dans  des  pays  qui  n'ont  point  entre  eux  de  communication  i' 
Voilà  une  question  qu'il  ne  serait  pas  facile  de  re'soudre. 

Deppikg. 

aSi.  —  De  r  Influence  de  F  instruction  élémentaire  du  peuple  sur 
sa  manière  d''elre  ,  et  sur  les  institutions  politiques  j  discours  qui  a 
remporte  le  prix  à  la  Société'  royale  d'Arras,  en  i8jîo;  par 
F. -A.  Bérel-Desforges,  avocat  à  Saint-Malo.  In-S"  de  4  feuilles. 
Paris,  1820,  A.-A.  Kenouard,. 

a52.  — Cours  de  Lecture  Alnémonique ,  ou  l'art  d'apprendre  à 
lire  les  mots,  les  syllabes  et  les  sons  par  soixante-(juatrc  gravures, 
et  l'histoire  des  objets  qui  y  sont  figurés,  à  l'usage  du  pensionnat 
de  l'Abbaye-Saint-Germain  5  par  M.  Euscbe  Gorgehet,  chevalier 
de  la  légion-d'honneur,  bachelier  ès-lettres,  chef  d'institution. 
Paris,  1820.  I  vol.  in-S"  de  162  pag.  Chez  l'auteur  ,  en  sou  pen- 
sionnat, rue  de  l'Abbaye-Saint-Germain  ,  jiaiais  Abbatial ,  n"  3  ; 
etEymery,  libr;iire,  rue  Mazarine,  n"  3o. 

253. —  Conseils  a  mon  amie,  sur  l'éducation  physique  et  mo- 
rale des  enfans;  par  Madame  Fabre  d'Olivet.  Paris,  1820.  i  vol. 
in-i2  de  3o3  p.  Cliez  Delaunay  ,Eymery  et  Bossange,  libraires. 

•î\^\.  —  L'Aimable  Enfant,  ou  Conversations  d'Edouard^  imité 
àeV  Education  pratujne  lia  missEdgewortb;  par  madame  A7/s«Z;e//i 
de  Bo!».  Paris,  1820J  2  vol.  in-12  ;  avec  gravures.  Grandin,  li- 
braire, Palais-Royal,  galerie  de  bois ,  d°  235.  Prix ,  fi  fr. ,  <:\  7  fr. 
5o  cent,   franc  de  port. 


6oa  LIVRES  FKAKÇAIS. 

Cet  ouvrage  offre  une  leclnre  très  instructive,  utile  et  aiuii 
sanle  pour  les  enfans. 

•ï55. — Agenda  cÉ^ÉnAL,  ou  Mémorial  portatif  uniuersel  pour 
Tannée  18...  Livret  pratique  d'emploi  du  tcms,  compose  de 
tablettes  utiles it  commodes,  d'un  usage  journalier;  par  M.  M.  A. 
Jl'li.ie>,  auteur  de  l'Hissai  sur  l'cmploidu  tems.  i  vol.  in- 12.  Avec 
tablettes  pour  les  six  principales  divisions  de  la  vie.  Ilelie.  l'rix,5fr. 

aSn.  —  MÉMORIAL  HORAïKE,  OU  TliemioincUe  fFeniploi  du  tenu  , 
soit  Biomètre,  instrument  pour  mesurer  la  vie,  compose  de  ta- 
blettes destinées  à  procurer  le  moyen  de  recueillir,  en  une  minute 
et  sur  une  seule  ligne,  pour  chaque  intervalle  de  vingt-quatre 
heures,  les  divers  emplois  et  les  principaux  résultats  de  la  vie, 
pendant  le  même  intervalle  de  tems.  i  vol.  in-12,  relié.  Prix,  5  fr. 
^ubureau  de  la  Revue  Encyclopcdiqun',  rue  d'Enfer-Saint-Michel, 
no  18,  et  chez  J.-J.  Paschoud,  libraire,  rue  de  Seine,  n"  48- 

Au  renouvellement  de  Tannée,  il  paraît  utile  de  rappeîer  deux 
livrets  specialementdestinés  aux  jeunes  gens,  qui  ont  pour  objet  de 
leur  procurer  un  moyen  facile  de  se  rendre  compte,  jour  par  jour, 
des  principaux  résultats  de  leur  vie;  d'avoir  ainsi,  ù  mesure  qu'ils 
avancent  dans  Tannée,  un  recueil  intéressant  et  instructif  de  sou- 
venirs, d'expériences,  d'observations.  Ces  deux  livrets,  dont  on 
se  borne  à  donner  ici  les  titres  et  la  destination  ,  fournissent  des 
instrumens  pratiques  pour  l'application  d'une  méthode  qui  se 
trouve  développée  dans  l'ouvrage  du  même  auteur  intitulé  : 
Essai  sur  remploi  du  tems,  etc.,  dont  il  a  paru  trois  éditions, 
deux  en  France  et  une  en  Allemagne,  et  que  Ton  trouve  aux 
adresses  déjà  indi(|uées. 

(*)  257.  —  Guide  aux  droitscifilselcommerciiiur  des  étrangers  en 
Espaf^ne f  ou  Recueil  chronologique  des  traités,  pactes ,  con- 
ventions et  autres  actes  royaux  et  des  cortès,  émanés  du  cabinet 
de  Madrid,  depuis  le  commencement  du  dix-sepli«iue  siècle 
jusqu'à  la  fin  du  mois  d'octobre  i^^ig;  par  M.  Cuiltaumc  LonÉ  , 
consul  de  S.  M.  le  roi  des  Pays-Bas  à  Cadix.  Paris,  i8ao.  Un  gros 
vol.  in-S".  Prix  ,  7  fr.  Tto  c. ,  à  Paris.  Chez  Hodriguez,  à  la  librairie 
espagnole  ,  cour  des  Fontaines,  n"  4- 

(*)  a58.  —  Science  du  publiciste,  ouTrarilé  des  principes  élémen- 
taires du  droit,  considéré  dans  ses  principales  divisions,  etc. 
Tixf  M.  A.    Fritot,  avocat;  tom.    III,   in-8".  Paris ,  Bossap.ge. 


LIVRES  FRANÇAIS.  6o3 

Nous  avons  donne,  depuis  peu,  dans  la  Pievue,  une  ide'e  de 
ce  volume,  en  fiiisant  l'annonce  du  tome  second. 

(*)  259.  —  De  r Organisation  Je  ta  puissance  ciuiledans  l'intérêt 
monurchique,  ou  de  la  nécessite  d'instituer  les  administrations 
departeinenfales  et  municipales  en  agences  collectives.  Paris,  i8'2o. 
In-S",  38o  p.  \ 

En  vain  un  génie  malfaisant  paraît  nous  agiter,  au  dehors  etau-de- 
dans  :  l'amour  de  la  justice  et  de  la  liberté'  soutient  le  courage  «les 
bons  citoyens,  etdo.uble,  en  quelque  sorte,  leurs  forces  intellectuel- 
les et  morales.  Nos  patriotes,  très  royalistes,  puisqu'ils  sontles  amis 
de  la  Charte,  obtiennent  des  succès  dans  toutes  les  branches  du 
savoir  et  de  l'industrie;  ils  publient  d'utiles  ouvrages ,  ils  culti- 
vent glorieusement  toutes  les  parties  de  la  politique.  Envisagé 
sous  ce  point  de  vue ,  l'ouvrage  que  nous  annonçons  sur  Torga- 
ni.sation  de  Tadministration  et  de  la  justice  dans  l'intérêt  des  mo- 
narques, est  une  production  très  remarquable.  Ce  livre  est  subs- 
tantiel,  bien  écrit,  bien  conçu,  exécute  sur  un  bon  plan;  il 
abonde  en  recherches  savantes  et  en  vues  administratives  les  plus 
sages.  —  Dans  son  premier  livre ,  l'auteur  établit,  par  la  nature  des 
choses,  par  le  raisonnement,  enfin,  par  l'autorité  de  plusieurs 
grands  ministres  ,  que,  dans  les  monarchies,  les  magistratures 
collectives,  administratives  et  judiciaires,  sont  les  sculis  conve- 
nables aux  intérêts  du  prince  et  du  peuple;  en  un  mot,  qu'elles  sont 
des  instrumens  fidèles,  énergiques,  et  les  plus  faciles  à  manier. 
—  Dans  les  livres  second  et  troisième,  il  trace  l'histoire  de  nos 
établissemens  judiciaires  et  administratifs.  Les  principaux  incon- 
véniens  inséparables  des  agences  simples  ,  qui  ruinent  le  pouvoir 
monarchique,  sont  exposés  dans  le  quatrième  livre.  Le  cinquième 
ds'crit,  en  opposition ,  les  avantages  des  agences  composées.  En- 
fin ,  dans  le  sixième  livre ,  l'auteur  tire  ses  consé(|  uences  ;  et ,  après 
avoir  rappelé  les  réformes  qu'il  croit  désirables,  il  propose  un 
plan  d'organisation  administrative  complet,  depuis  le  Conseil 
d'État  jusqu'aux  mairies.  Il  insiste,  dans  plusieurs  chapitres,  sur 
la  nécessité  de  rédiger  un  Code  administratif,  et  d'en  rendre  l'é- 
tude obligatoire. 

Nous  croyons  cet  ouvrage  digne  d'être  lu  et  médité  par  tous 
li3S  hommes  d'Etat.  L'auteur  dit  que  la  dernière  loi  sur  les  élec- 
tions ,  en  date  du  29  juin  1820  ,  est  la  première  et  la  seule  loi  qui 


6o4  LIVRES  FRANÇAIS. 

mentionne  notre  Conseil  d'État  :  c'est  une  erreur.  11  a  e'te  men- 
tionne, sans  discussion,  dans  la  mémorable  loi  du  5te'vricr  18175 
mais  cela  ne  suflit  point  pour  lui  communiquer  une  existence 
constitutionnelle.  Làxjl'i>ais. 

260.  — ■  f^ues  politiques  sur  les  chanqemens  afiire  h  la  Consti- 
tution de  r F.sjiagne ,  afin  de  la  consolider,  spécialement  dans  le 
royaume  di-s  Dcux-Siciles  5  par  M.  LA.^JCISAIs,  pair  de  France. 
Paris,  i8io.  Brocliure  in-8°  de  72  pages.  Baudouin  frères,  impri- 
meurs-libraires, rue  de  Vaiij^irard,  ri°  36. 

Cet  ouvrage  est  d'un  grand  intérêt  dans  les  circonstances  ac- 
tuelles. La  constitution  des  Cortès  de  1812  ,  si  admirable  au  fond, 
présente  une  foule  d'imperfections  dans  la  rédaction ,  qui  pro- 
viennent de  ce  que  la  philosophie  du  langage,  l'analyse  delà  parole 
n'avaient  pas  été  encore  suffisamment  approfondies  t-n  Kspagne. 
Tout  ce  qui  concerne  cette  partie  est  traité  par  M.  Lanjuinais, 
avec  cette  supériorité  qu'on  devait  attendre  dnn  aussi  célèbre 
légiste.  Quant  à  certaines  questions  politiques,  elles  seraient 
susceptibles  de  contestation.  Ce  n'est  point  ici  le  lieu  d'en  élever 
aucune.  On  cite  avec  éloge  un  écrit  sur  le  même  sujet ,  par  le  cé^ 
lèbre  publiciste  Bentham.  M. 

(*;  aGi. —  Du  gouvernement  lie  la  France  depuis  la  restauration , 
et  du  ministère  actuel^  par  F.  Glizot.  Troisième  éiUtion,  in-S"*. 
I  vol.  382  pag.  Paris,  chez  Ladvocat.  Prix,  5  fr. 

Cet  ouvrage,  très  remarquable ,  et  qui  honore  son  auteur,  est 
écrit  avec  élégance,  et  renferme  des  idées  quelquefois  plus 
utiles  qu'exactes,  et  des  choses  présentées  d'une  manière  plus 
adroite  qu'ingénue.  L. 

262. — Lettres  de  M.  Grégoire,  ancien  évéque  de  Blois,  adressées, 
Tune  à  tous  les  journalistes,  l'autre  à  M.  de  Richelieu  ;  précédées 
et  suivies  de  considérations  sur  l'ouvrage  de  M.  Gtiizot ,  intitulé  : 
Du  gouvernement  de  la  France  depuis  la  restauration  ,  etc.  ;  par 
BenjaminhjLtiOCHZ.  Troisième  édition.  ln-8ode/(fouil.  Paris,  i8ao. 
263.  —  De  la  liberté  des  'J'héâlivs ,  dans  ses  rapports  avec  la 
liberté  de  la  presse,  à  l'occasion  de  l'analyse  de  Lt  Démence  de 
C/ta; /e5  A^/,  tragédie  de  ]M.  Lemorcicr.  Paris,  1820.  Brochure 
in-8"  de  28  pages. 

L'auteur  recherche  la  cause,  la  nature  et  les  effets  des  obstacles 
qu'éprouve,  sous  une  monarchie  constitutionuelie,  1  auteur  d'une 


LIVRES  FRANÇAIS.  6o5 

tragédie  «  où  se  montre  la  hardiesse  du  génie,  et  pleine  d'un  in- 
térêt pathétique,  de  retours  sinistres  et  amers  sur  le  cœur  hu- 
main, mais  surtout  de  sentimcns  profonds  sur  l'amour  de  la  pa- 
trie, et  sur  la  haine  de  la  domination  étrangère,  w  II  s'agit  ici 
d'une  question  de  législation  qui  navait  e'té  traitée  nulle  part, 
bien  qu'elle  intéresse  les  auteurs,  les  ihéûtres,  la  patrie  et  les 
princes.  La  discussion  de  cette  question  doit  fixer  Taltention  des 
Chambres  et  du  gouvernement. 

264. — Calendrier jiuhi'Ujue  pour  Pan  du  monde  558 1.  Paris,  1820. 
Chez  Sétier ,  rue  du  Cimetière-Saint-André-des-Arts  ,  no  j  j  et 
D.  Drach,  rue  des  Singes,  no  3.  In-i8. 

265.  — JYotice  et  dissertation  sur  Provins.  —  Est  -  il  V^gendi~ 
cum  des  Commentaires  de  César?  Question  de  point  de  fait  his- 
torique ,  proposée  pour  prix  par  la  Société  libre  d'Agriculture , 
Sciences  et  Arts  de  Provins  ,  à  sa  séance  publique  du  2G  juin  1820; 
par  le  secrétaire  perpétuel  de  la  Société  bibliothécaire  de  la  ville. 
Provins,  1820.  ln-8°  de  i5  feuilles  et  demie.  A  Paris  ,  chez  Ma- 
dame Huzard. 

2G6.  — IVotice  sur  la  constitution  de  Sicile  de  fannce  1812  ,  et 
sur  l'acte  d'union  donné  à  Caserte,  en  l'année  181G  ,  par  S.  M.  le 
roi  des  Deux-Siciles.  Paria.,..  1820.  ln-8°  de  2  feuilles  trois  quarts. 
Chez  Rousseau  et  Ponthieu.  Prix,  i  fr.  5o  cenlimcs.  ^ 

(*)  26^ — Histoire  physique ,  ciuile  et  morale  de  Paris,  depuis  les 
premiers  tems  historiques iusqu'"a  nos  jours  ;  contenant,  par  ordre 
chronologique,  la  description  des  accroissemens  successifs  de 
cette  ville  et  de  ses  raonumens  anciens  et  modernes  j  la  notice  de 
toutes  ses  institutions,  tant  civiles  que  religieuses;  et,  à  chaque 
période,  le  tableau  des  mœurs,  des  usages  el  des  progrès  de  la 
civilisation  j  ornée  de  gravures  représentant  divers  plans  de  Pa- 
ris, et  ses  monumens  et  édifices  principaux;  par  J.  A.  Dulacre, 
de  la  Société  royale  des  antiquaires  de  France.  ïomel",  in-S"  de 
32  feuilles  ,  plus  dos  planches.  A  Paris ,  chez  Guillaume  et  com- 
pagnie. Prix ,  8  fr. 

L'ouvr.Tge  formera  G  vol.  iu-S"  ,  et  ne  dépassera  pas  le  prix  de 
48  fr.  pour  les  souscripteurs,  qui  paieront  un  tiers  de  moins  que 
les  non-souscripteurs.  On  paiera  d'avance  5  fr.  ,  dont  Usera  tenu 
compte  sur  le  prix  du  dernier  volume,  et  ensuite  chaque  volume, 
aussitôt  qu'il  paraîtra. 


6o6  LfN'RES  FRAiVrAlS. 

Il  a  été  publié  de  gros  ouvrages  sur  l'iiistoiip  il'uiie  capital' 
quiassurénii-nt  ofl're  assez  tic  maticres  ;i  un  historien  j  mais  ces  ou - 
•vmgcs  ont  cte  écrits  dans  un  tems  où  une  critique  judicieuse  n-* 
présidait  pas  encore  au  travail  ties  savans,  où  Ton  admettait 
beaucoup  de  fables  sur  la  foi  des  traditions,  et  où  d'ailleurs  il 
était  imprudent,  même  dangereux  de  dire  toujours  la  vérité, 
surtout  si  l'historien  appartenait  à  quelque  corporation.  Il  en  ré- 
sultait que  bi'aucoup  défaits  restaient  mal  écluircis,  et  que  la 
Terilé  se  trouvait  toujours  mêlée  au  mensonge  ,  tantôt  ofllciel  , 
tantôt  gratuit.  C'était  donc  une  entreprise  méritoire  que  d'i'rrir* 
de  nouveau  pour  des  lecteurs  éclairés  l'histoire  de  la  métropole 
de  la  France,  l'histoire  d'une  ville  qui  a  toujours  été  féconde  en 
événemens,  et  dont  le  sort  a  plusieurs  fois  décidé  celui  de  tout 
le  royaume.  IM.Dulaure,  qui  a  voué  toute  sa  vie  à  l'étude  de  l'his- 
toire et  des  antiquités  de  sa  patrie,  a  commencé  à  remplir  cette 
tâche  ,  d'une  manière  qui  ne  pourra  que  lui  mériter  Tapprobalion 
de  tous  les  hommes  de  bonne  foi.  Appuyé  fur  les  monumens  iiis- 
toriques  qu'il  cite  toujours  fidèlement ,  le  nouvel  historien  de 
Paris  s'est  proposé  de  retracer  sans  déguisement  tous  les  faits  qui 
tiennent  à  l'histoire  civile  et  morale  de  cette  capitale.  Son  his- 
toire est  divisée  en  autant  de  chapitres  qu'il  y  a  d'époques  mé- 
morables, et  ces  chapitres  sont  subdivisés  en  sections  analogues 
aux  règnes  des  rois.  (Chacun  des  cliaj^ilres  est  terminé  par  uu 
aperçu  de  l'état  phjsiquc,  civil  cl  moral  de  Paris,  pendant  l.i 
même  époque.  Ces  aperçus  sont  généralement  remplis  de  faits 
curieux,  tous  appuyés  de  preuves.  Ils  ne  nous  persuadent  pas  que  ce 
qu'on  veut  bleu  aj^peler  le  bon  vieux  tems  a'iiiiXc  un  tems  heureux, 
ri  pour  le  peuple,  ni  pour  les  gouvernrmen*. 

Le  premier  volume  de  cet  ouvrage  important,  qui  vient  de 
paraître,  conduit  Thistoire  de  Paris  jus(ju'au  règne  de  Philippe 
Auguste.  Il  est  divisé  en  six  chapitres  intitulés:  statLlitjue  phy- 
sique  (dénomination  qui  n'est  pas  très  exacte,  puisqu'il  s'agit 
dans  ce  chapitre  seulement  de  l'état  physique  de  Paris),  Ont^ine 
de  In  nation  parisienne ,  les  Parisiens  sons  la  domination  irjm.^inr , 
Paris  sons  la  première  race  des  rois  francs,  Paris  sous  la  sccoiuJe 
race,  Paris  depuis  Hugues  Capel  jusqtia  Philippe  Au:;uslc.  On 
f  ensc  bien  (jue  l'auteur  n'adopte  pas  les  rêveries  qu'on  a  détiitres 
long-tems  ^iir  l'origine  de  Parisj  on  croyait  autrefois  que  des  in* 


LIVRES  FRANÇAIS.  607 

dividus  et  des  lieux,  illustres  gagnaient  à  une  origine  merveil- 
leuse. M.  Dulaure  fait  voir  que  Jes  Parisiens  n^étaient  qu'une  très 
faible  peuplade,  quand  Cësar ,  «  le  fléau  de  son  siècle ,  dévoré 
par  la  soif  du  pouvoir  et  des  richesses,  malheureusement  doué 
du  génie  et  des  lalens  propres  à  satisfaire  ces  passions  funesles,  » 
conquit  la  Gaule  sous  les  Romains  j  Paris  obtint  peu  d'importance 
sous  les  empereurs,  elle  eut  pourtant  un  palais,  celui  des  Ther- 
mes ,  dont  iM.  Dulaure  ,  dans  une  savante  discussion,  attribue  îa 
construction  à  Constance  Chlore,  et  non  à  Julien,  à  qui  en  effet 
aucun  auteur  ancien  ne  l'a  attribuée.  Il  y  avait  un  grand  autel, 
situé  à  Texlrémité  orientale  de  l'île  Notre-Dame ,  et  dont  les  bas- 
reliefs,  retrouvés  sur  l'emplacement  de  la  cathédrale  actuelle, 
existent  au  musée  ;  il  y  avait  un  camp  romain  qui ,  selon  M.  Du- 
laure, occupait  la  terrasse  orientale  du  jardin  du  Luxembourg  , 
où  l'on  a  retrouvé  dans  ce  siècle  beaucoup  d'objets  antiques  pa- 
raissant avoir  appartenu  à  des  militaires.  On  a  trouvé  aussi  des 
antiquités  romaines  dans  la  rue  Vivienne,  des  restes  d'un  aque- 
duc qui  aboutissait  au  jardin  du  Palais-Royal.  Tout  le  quartier  de 
la  Montagne  de  Sainte-Geneviève  paraît  avoir  été  un  cimetière 
antique,  puisqu'on  y  a  trouvé  ,  dans  diverses  fouilles,  un  grand 
nombre  de  tombeaux.  IMais  nulle  part  on  n'a  vu  les  traces  du 
prétendu  temple  dTsis ,  dont  on  a  voulu  faire  dériver  le  nom  de 
Parisiens.  M.  Dulaure  présume  qu'ils  s'appelaient  d'abord  IJarisii 
ou  habitans  de  la  Barre ,  ou  frontière  de  la  Gaule  du  côté  de  la 
Belgique.  Il  y  a  plusieurs  peuplades  limitrophes  qui  avaient  une 
dénomination  dans  laquelle  était  exprimé  le  mot  de  Bar.  Paris 
devenue  chrétienne  donne  à  l'historien  l'occasion  de  discuter  la 
prétendue  histoire  de  la  dJcapifalion  de  «aint  Denis,  que  les 
moines  de  l'abbaje  de  ce  nom  s'étaient  donné  beaucoup  de  peine 
pour  accréditer,  malgré  son  absurdité.  On  a  écrit  une  soixantaine 
d'ouvraj;es  sur  ce  sujet  5  il  est  probable  qu'on  aimei-a  mieux  lire 
le  résumé  de  M.  Dulaure  que  cette  collection  volumineuse,  pres- 
que oubliée  aujourd'hui  comme  tant  d'autres  querelles  ecclésias- 
tiques ou  monacales.  On  vénérait ,  avant  la  révolution,  en  sept 
lieux  ditlérens  le  chei  véritabfe  de  saint  Denis  j  mais,  depuis  ce 
tems  ,  on  croit  s'être  assuré  que  le  culte  de  saint  Denis,  en  grec 
Dtonyslos ,  n'a  été  institué  que  pour  remplacer  le  culte  de  13ac- 
chus  qui  portait  le  nicmc  nom,  et  dont  la  fêle  se  célébrait,  .1  la 


Go8  LlVm-S  FRANÇAIS, 

même  époque  de  ranncV,  c*est-ù-<1ire,  au  tems  des  vendanges.  On 
vunciait  aussi  dans  Tr^^lise  de  Saint-lienoît  un  saint  Bacclnis  , 
dont  l'iiistoire  ecclésiastique  et  même  les  légendes  ne  parlent 
pas  j  il  est  à  pre'sumer  que  c'est  tout  simplement  le  Racchus  de 
Tantiquitë;  en  cHet,  Téglise  de  Saint-Renoîl  avait  ete  fondée  sur 
l'emplacement  d'un  ancien  vignoble. 

Paris,  sous  la  première  race  des  Francs,  n'offrit  qu'une  seine 
de  meurtres,  de  pillages,  doppression.  Les  chefs  de  tribus 
Francs,  leurs  Icudes,  ou  compagnons  d'armes,  et  les  eM'ques 
gaulois  ,  dont  la  tiabison  avait  appel»;  ces  étrangers  dans  la  Gaule  , 
exerçaient,  chaque  classe  de  son  cott-,  une  autorite  presque  illi- 
mitée sur  les  malheureux  hahitans.  Aussi,  quand  le  peuple  trou- 
vait quelque  encouragement ,  il  secouait  avec  fureur  le  joug  in- 
supportable qu'on  lui  avait  imposé  ,  et  rien  n'était  plus  commun 
<j!ie  les  guerres  civiles.  Cependant,  on  Itlllissait  beaiicou|) d'églises; 
c'était  une  manière  d'expier  des  forfaits  ,  et  de  gaj;ner  le  ciel  , 
jualgvé  la  vie  la  plus  infectée  de  vices.  IM.  Dulaurc  fait  connaître 
tous  les  ëtablisseraens  religieux  dont  Paris ,  fut  orné,  à  celte  épo- 
«jue  désastreuse. 

Sous  la  seconde  race,  les  IN'ormantls  viennent  infester  les  envi- 
rons de  la  capitale ,  et  y  mettre  le  siège.  Les  Carlovingiens  mon- 
tri'rent  qu'ils  étaient  incapables  de  tenir  le  sceptre  j  et  un  usur- 
pateur  heureux  ,  Hugues  Capet ,  prit  leiu"  place.  Dès-lors ,  le 
royaume  ne  fut  plus  partagé  entre  plusieurs  (ils;  et  c'est  en 
grande  partie  à  cette  politique  que  M.  Dulaure  attribue  la  lon- 
gue durée  de  la  troisième  l'ace.  Toutes  ces  épotjues  tirent  naîtro 
<lans  Paris  une  foule;  d'édilices  religieux,  et  l'on  commiiua  aussi 
.1  l'cndiellir  sous  d'autres  rapports.  IMais,  le  régime  féodal  déso- 
lait encore  la  cai)italc  et  la  monarchie;  les  nobles  infestaient  les 
grands  chemins;  les  prêtres  se  livraient  à  des  fraudes  pieuses; 
les  rois  souffraient  de  l'ari^ogance  des  uns  et  des  autres,  et  n'a- 
vaient pas  assez  de  lumièreâk  pour  rechercher  l'appui  du  peuple 
contre  ce  double  Oèau.  Des  famines  et  des  pestes  ajoutaient  fré- 
quemuu'nt  à  la  misère  géniirale. 

ÎNous  nous  arrêtons  ici  avec  l'auteur,  pour  rfpremlrc  son  récit, 
à  la  publication  prochaine  de  son  second  volume.  IVous  ajoute- 
rons seulement  que  le  premier  est  orné  d'un  plan  de  Paris  dans 
les  tems  anciens,  et  de  gravures  qui  ont  le  méiilc  de  r'préseuler 


\ 


LIVRES  FRANÇAIS.  609 

lus  (iilèlement  les  monumens  dos  premières  époques  qui  existent 
encore.  Depping. 

(■•')  268.  —  Biographie  nouvelle  des  Contemporains  ,  ou  Diction- 
naire historique  et  raisonné  de  tous  les  hommes  qui ,  depuis  la 
re'volution  française,  ont  acquis  de  la  célébrité  par  leurs  actions  , 
leurs  écrits,  leurs  erreurs  ou  leurs  crimes,  soit  en  France  soit 
dans  les  pays  étrangers;  précédée  d'un  tableau,  par  ordre  chronolo- 
gique, des  époques  célèbres  et  des  événemens  remarquables,  tant 
en  France  qu'à  l'étranger  ,  depuis  1587  jusqu'à  ce  jour  ,  et  d'une 
table  alpliabétique  des  assemblées  législatives,  à  partir  de  l'As- 
semblée constituante  jusqu'aux  dernières  chambres  des  pairs  et 
des  députés.  Par  MM.  A.-V.  Arnaci-t,  ancien  membre  de  l'Insti- 
tut j  A.  Jay  j  E.  Jout,  de  l'Académie  française  ;  J.  NoRvms ,  et 
autres  hommes  de  lettres,  magistrats  et  militaires.  Orné  de 
240  portraits  au  burin,  d'après  les  plus  célèbres  artistes.  Paris, 
1820.  Tome  1"  (A).  In-S"  de  33  feuilles  et  demie;  plus,  des  por- 
traits. A  la  librairie  historique,  rue  Saint-Honoré.  n"   i23. 

Cet  ouvrage,  si  les  auteurs  continuent  à  remplir  exactement 
leurs  promesses,  paraît  appelé  à  réparer  de  grandes  injustices, 
et  à  substituer  un  monument  véritablement  Ixistorique  aux  ré- 
pertoires de  diffamations  et  de  calomnies,  publiés  jusquici,  et 
voués  au  mépris  de  tous  les  hommes  de  bien. 

269.  —  Épître  a  M.  Grégoire,  ancien  évêque  de  Blois  ;  par  Au- 
DiGDiER.  In-8°.  Paris,  1820.  Delaunay  et  Mongie. 

270. — La  f^accine ,  poè'me,  par  Anttielme  Petsson,  médecin  de 
l'hôpital  militaire  de  Cannbray,  lu  le  i5  août  à  la  séance  de  la 
Société  d'émulation  de  cette  ville.  Cambray.  1820.  in-8'',  23  pag 
A.  F.  Hurez. —  M.  Alexandre  Soumet  a  déjà  remporté  un  prix  pour 
un  poè'mesurladécouvertedela  vaccine,  sujet  proposé,  il  y  a  quel- 
ques années,  par  l'Académie  française.  M.  Peysson  a  fait  preuve  de 
talent  poétique  ,  en  traitant  le  même  sujet.  Les  notes  révèlent  un 
médecin  philosophe  et  plein  d'enthousiasme  pour  son  art. 

271.  —  fragment  tT un  poënie  imilédu  Tasse;  in-80  d'une  demi- 
feuille.  Imprimerie  de  A.  F.  Hurez.  Cambray,  1820. 

272.  —  L'Homme  heureux  dans  toutes  les  situations  de  la  vie , 
ou  les  Aventures  de  Missétio;  poème  portugais,  du  P.Théodore 
de  Almeyda;  traduit  par  l'abbé  Jamet.  Cacn  ,  1820;  2  vol  in-i-i. 
V.  Poisson.  Prix,  5  fr. 

TOME    VIH.  39 


Gio  LIVRES  FRANÇAIS. 

Ce  poème,  écrit  en  prose  et  d'une  morale  sublime,  a  quelques 
traits  de  ressemblance  avec  le  IVlt-'mafjuc ,  dont  il  est  une  iieurcuse 
imitation.  Des  Iraguiens  «le  la  traduction ,  lus  à  rAcademie  de 
Caen,  y  ont  obtenu  des  éloges  et  des  applaudisscmens. 

2^3. —  Don  Carlos  ,  infant  d' Espagne ,  tragédie  en  cinq  actes. 
Paris,  1820.  In-8°  de  4  feuilles  un  buitièmc.  Imprimerie  de  Vic- 
tor Mangin  ,  à  INantes.  Paris,  Ladvocat,  libraire,  Palais-Rojal. 
2^4-  *"■  Uy-fiine  a  trois  voix ,  en  vers  rh}  ihmiques  latins  et  ita- 
liens, sur  la  naissance  de  monseigneur  le  duc  de  Rordeaux  j  pa- 
roles et  musique  de  IM.  Gérard ,  professeur  à  lEcole  royale  de 
musique ,  et  membre  de  la  Socie'té  d'émulation  de  Liège.  Paris  , 
1810.  Klefl'er,  libraire,  rue  d'Enfer,  n°  a.  Prix,  3  fr. 

Cet  bymne  se  vend  au  proGt  du  noviciat  des  sœurs  de  Saint- 
André,  établi  à  Issy,  sous  la  protection  spéciale  de  S.  A.  R.  Ma- 
dame la  duchesse  de  Rerry. 

2ij5. — Recueil  de  vers  lutins,  composés  par  les  élèves  du  col- 
lège de  Meaux,  dans  le  courant  de  l'année  1820.  IMeaux,  1820. 
Brochure  in-8°  de  85  pages.  A  Meaux,  Dubois-Bcrthault,  im- 
primeur. 

Trois  recueils  de  vers  latins,  composés  par  les  élèves,  ont  suc- 
cessivement paru,  depuis  le  rétablissement  du  collège  de  Meaux, 
et  le  public  a  applaudi  au  zèle  éclairé  des  professeurs,  comme 
aux  heureuses  dispositions  des  élèves.  INul  doute  que  le  qua- 
trième recueil  ne  soit  également  bien  apprécie'  par  toutes  les 
personnes  qui  s'intéressent  aux  progrès  des  études  classiques. 

276. — Cent  fables  de  quatre  vers  cJiacune  ;  par  M.  Mollevact, 
de  l'Institut  de  France.  Paris,  1820.  t  vol.  in-i8,  sur  papier  vé- 
lin, imprimerie  de  Didot  aîné;  orné  de  quatre  jolies  figures  en 
taille  doXicc  et  d'un  frontispice  gravé  avec  une  (igurc  allégorique. 
Arthus-Bertrand,  libraire,  rue  Hautefeuille  ,  u"  23.  Prix,  3  fr. , 
et  3  fr.  5o  c. 

Nottï.  On  trouve  à  la  même  adresse  les  autres  ouvrages  de 
M.  MoUevaut,  dont  Catulle,  Tibulle,  Properce,  V Enéide,  en 
prose,  les  E leurs,  poème,  avec  des  figures  en  couleurs. 

a^y. — Le  comte  de  SaintHéreni ,  ou  Ala  cinquantième  anni'c , 
suivi  des  /y/cmoircs  de  la  comtesse  d"" yl Ibcstrophc ,  mère  de  la  du- 
chesse d'Albany  {Charlotte  Htuart).,  orne  Uunc  gravure;  par 


LIVRES  FK  ANC  Aïs.  6it 

madame  la  comtesse  A.  de  Macheco.  Paris,'  1820.  n  vol.  in-12. 
Kleffer,  libraire,  rue  d'Eufer-Saiot-Michcl ,  n°  a.  Pris,  5  fr. 

278.  —  Les  Missionnaires ,  ou  la  t'amille  Dujtlcssi.s ;  par  M.  de 
RouGEMONT.  2  vol.  iu-i2,  ornës  de  deux  jolies  gravures.  Pris,  5  fr. 
et  6  fr.  5o  c.  franc  de  port. 

279. — fiaphaë!.  d\JguUnr ,  on  les  Moines  portugais  ;  histoire 
véritable  du  dii-huitième  siècle,  publiée  par  M.  de  Rougemoxt 
(ouvrage  faisant  suite  aux  ^hssionnaires).  2  vol.  in-ia.  Prix,  5  fr., 
et  C)  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

Ces  deux  ouvrages,  qui  sont  d'un  grand  intérêt  ,  se  trouvent  à 
Paris,  cbez  Th.  Grandin,  libraire  ,  Palais-Koyal ,  galerie  de  bois, 
n"  235. 

280. — Lord  Ruthwen,  ou  les  varapires.  Roman  de  C.  B.  (^v- 
prien  BÉRARn\  publie'  par  l'auteur  de  Jean  Sbogard  et  de  'J'hèrèse 
Hubert.  Deuxième  éditioti ,  augmenle'e  de  notes  sur  le  vampi- 
risme. Pa:is,  i8ao.  2  vol.  in- 12.  Ladvocat,  libraire,  Palais-Royal, 
galerie  de  bois  ,  nos  jg^ — itj8.  Prix,  5fr. ,  et  6  fr.  franc  de  port. 

«  Nous  sommes  trop  loin ,  dit  M.  Charles  Nodier  dans  ses  ob- 
servalioDS  préliminaires,  des  ide'es  naïves  du  premier  âge,  pour 
prendre  plaisir  aux  pastorales  amours  des  he'ros  de  Longus,  ail- 
leurs que  dans  cette  histoire  délicieuse  de  Dciphnis  et  Ckloé ,  qui 
a  perdu  chez  nous  toutefois  sa  vraisemblance  avec  .ses  modèles. 
Grâce  au  perfectionnement  de  nos  mœur.s ,  le  grand  nombre  des 
lecteurs  ordinaires  de  romans  repousseraient  les  peintures  cyni- 
ques des  imitateurs  les  plus  élégans  de  Lucien  ou  de  Pétrone.  Si 
l'un  de  ces  genres  a  cessé  depuis  lon,"-tems  d'être  classique,  parce 
qu'il  a  crssé  d'être  vrai;  si  l'autre  n'a  jamais  été  classique  pour 
les  honnêtes  gens,  parce  qu'il  n'a  jamais  été  moral,  il  faut  cher- 
cher au  roman  moderne  un  autre  type  dans  le  caractère  actuel  de 
notre  civilisation ,  et  une  autre  source  d'inspiration  dans  nos  sen- 
timens  les  plus  habituels ,  dans  nos  passions  les  plus  prononcées  , 
dans  nos  superstitions  le.  plus  poétiques.  » 

«  Je  suis  loin,  dit-il  ailleurs,  de  considérer  comme  un  thème  bien 
favorable  à  rima;^inationetau  goût,  celles  de  ces  superstitions  qui, 
admises  comme  à  regret  par  les  peuples,  n'od'rent  à  la  pens«"'e  qu« 
des  scènes  de  terreur.  De  tels  sujets  ne  peuvent  et*,  e  abordés  sans 

doute  qu'avec  une  timide  sobriété C'est  peut-être  assez 

qu'elles  aient  fourni  une  composition  développée  à  notre  raoycnnt 

39* 


Gia  LiVRKS  FRANÇAIS. 

littérature,  et  la  cirrouspcclion  délicate  qui  distingue  l'esprit 
fiançais  prescrira  ncccssairenicnl  à  nos  ccrivains  d'être  avares  ;i 
l'avenir  de  cette  ressource  téme'raire,  utile  tout  au  plus  pour 
«■mouvoir  une  sensibilité  blasée  ,  ou  pour  irriter  une  curiosité 
difficile  en  sensations.  »  M.  Charles  Nodier  prouict  une  suite  de 
lord  Rutbwen  ,  sous  le  titre  d' Histoire  de  ma  pre-.ièiv  lie. 

281.  —  Rappcrls  sur  les  concours  tTcloiiutncc  el  Je  poésie,  à  la 
Socicté  d'émulation  de  Cambrai,  le  16  août  1820-  suivis  des  mo- 
tifs qui  ont  détermine  la  Société  dans  le  choix  des  sujets  de  prix 
proposés  pour  l'année  1821  ;  par  !M.  F.  Delcroix,  membre  de  la 
Société.  In-S"  de  deux  feuilles  et  demie.  Cambray  ,  1820.  impri- 
merie de  A.  F.  Hurcz. 

•2^1.^  JYouv eaux  mélanges  de  littérature  Jiançnise  ,  à  l'usagi* 
du  gymnase  de  Strasbourg  j  par  J\T.  Drunner.  T.  le'.  Strasbojrg, 
Hcitz,  1821.  In-i2. 

Familiariser  les  élèves  avec  la  langue  française ,  leur  faire  con- 
naître la  noblesse  et  la  variété  des  expressions,  former  leur  gciM 
en  leur  ofl'rant  à  la  fois  le  vrai  et  le  beau,  enrichir  leur  esprit 
de  connaissances  utiles,  les  aider  à  se  faciliter  les  moyens  de 
raisonner  juste,  leur  inspirer  des  sentimens  élevés,  leur  faire 
chérir  la  vertu  par  les  leçons  et  par  l'exemple  d'hommes  géné- 
reux, telle  est  la  tâche  que  l'auteur  s'est  prescrite  dans  son  tra- 
vail, et  il  Ta  parfaitement  remplie.  M.  Brunnerne  s'est  pas  borne 
à  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur  de  simples  fuigmens  délo- 
qurnre;  il  s'est  encore  appliqué  à  lui  montrer  les  tons  oratoires 
au  milieu  de  l'enchaînement  des  idées  qui  concourent  avec  ces 
derniers  à  former  un  tout,  et  il  a  préféré,  à  une  multitude  de  traits 
saillans,  un  nombre  moins  grand  de  passages  qui,  par  la  force  des 
preuves  autant  que  par  le  charme  de  la  diction  ,  tendent  à  con- 
vaincre et  à  persuader.  On  n'a  pas  besoin  de  dire  que,  pour  at- 
teindre à  son  but,  il  a  été  souvent  réduit  à  faire  de  nombreux  ex- 
traits de  plusieurs  ouvrages  très  voluminciux  j  cependant ,  eu  re- 
trancliant  toutes  les  discussions  arides  et  tout  ce  qui  peut  efl'a- 
roucher  la  décence,  il  a  eu  soin  de  lit-r  les  pensées  de  chaque  au- 
teur par  ses  propres  expressions.  11  s'agissait  enfla  de  fixer  l'ortho- 
graphe que  l'on  devait  suivre  dans  cet  ouvrage  ;  connaissant  1rs 
titres  de  l'ancienne  et  de  la  nouvelle,  et  regarilanf  l'orlhograplie 
de  chaque  auteur  comme  sa  propritté,  M.  Brunner  a  fait  iuni 


LIVRES  FRAISTAIS.  fii3 

mer  chaque  extrait  avec  celle  qui  liii  est  particulière,  sans  crain- 
dre de  jeter  la  confusioD  dans  l'esprit  des  élèves,  puisqu'à  chaque 
instaut  ils  lisent  des  livres  français  diversement  orthographiés.     K. 

283. — Rappori  sur  les  fouilles  exécutées  dans  Celé  de  1S19  ,  sur 
le  plateau  du  Alont-^'iuxois ,  par  .M.  GirAdlt  ,  président  de  la 
commission  permanente  établie  pour  la  recherche  des  antiquités 
du  départcmeut  de  la  Cote-d'Or.  In-8"  de  deux  feuilles.  Dijon, 
iî<20.  Imprimerie  dé  Franlin. 

284.  —  Lettre  h  M.  le  baron  Sili^estre  de  Sacy^  par  M.  Ci.bbé 
Reiitadd  ,  sur  la  Collection  des  monumens  orientaux  de  M.  le 
comte  de  Blacas.  Paris,  1820.  In-8°  de  iG  pages.  Firmin  Didot. 

Cette  lettre  a  pour  but  de  faire  connaître  au  public  les  travaux 
que  prépare  M.  l'abbé  Keinaud.  Il  a  été  chargé  par  M.  le  comte 
,de  Blacas,  de  la  publication  de  son  riche  cabinet,  dans  lequel  sont 
réunis  des  cylindres  persépolitains  ,  des  pierres  et  des  médailles 
sassanides,  coutlques ,  arabes,  arméniennes  et  persanes  moder- 
nes. Cette  collection  renferme  un  grand  nombre  de  variétés  dans 
toutes  les  branches  de  la  numismatique  couûquc  ,  depuis  l'Espa- 
gne jusqu'aux  extrémités  orientales  de  l'empire  des  premiers 
Khaiyfes.  Plusieurs  sont  inédites.  Ce  sera  rendre  un  grand  ser- 
vice à  la  littérature  orientale  que  d'attirer  l'attention  des  savacs 
pur  ce  genre  de  monumens.  M.  l'abbc  Reinaud ,  qui  se  prépare  à 
cet  important  travail,  a  obtenu  de  M.M.  les  conservateurs  du  ca  • 
binet  des  médailles  de  la  Bibliothèque  du  roi,  toutes  les  facilités 
pour  étudier  la  suite  des  médailles  coufiques,  que  possède  cet  éta- 
blissement. 11  se  propose  d'étudier  encore  pendant  deux  ans  les 
livres  et  les  monumens  qui  peuvent  augmenter  ses  connaissances 
déjà  étendues  dans  cette  partie,  avant  de  commencer  la  publica- 
tion de  son  ouvrage  sur  la  collection  dont  il  s'occupe.  Il  annonce 
qu'aucune  dépense  ne  sera  épargnée  pour  que  les  monumens  les 
plus  intéressans  de  celte  collection  soient  gravés,  et  mis  par  ce 
moyen  sous  les  yeux  des  savaiis.  Cette  lettre,  qui  est  une  espèce 
de  prospectus  de  l'ouvrage,  annonce  d.ms  M.  l'abbé  Keinaud, 
élève  de  IN!,  de  Sacy,  les  talens  nécessaires  pour  donner  à  sou  en- 
treprise tout  l'intérêt  dont  elle  est  susceptible.         DuMERSitr. 

285. — •liunahefli  le  runic  rimstoh ,  ou  Calendrier  runique ,  avec 
l'explication  des  divers  caractères,  fêtes,  etc.,  qui  sont  gravés 
sur  ces  anciens  l)âtons.  auquel  est  ajoutée  une  ode  tirée  de  l'Ed'Ia 


6t4  livres  français. 

sœmundar,  appelée  Thryms-Quifla ,  ou  le  rapt  du  marteau  du 
Tljof,  composée  dans  le  ony.'u'nie  siècle;  traduit'  en  francai?  de  la 
langue  islaudaise;  suivie  d^  fjiielqups  remarques  sur  la  mvlliologie 
du  ISord.  Ou  y  a  joiut  quelques  j.|.:nrhi;s  reprcspulant  ilcsmonn- 
mens  runi<|ucs  dont  on  donne  rex|'lif:afion  ;  par  Jf.jis  AVolff,  ci- 
devant  consul  de  Dariemarck,  etc.  ln-8o  de  qu;itre  fcuillrs  et 
demie,  plus  les  (.lanches.  Paris,  iSao.  Imprimerie  de  Kou/.ou. 

a86. — Calendrier  des J'emnies  ce/èAre*, impiimé  sur  papier  jesiis 
■véliii.  Taris,  1820.  Caillot,  lihraire,  rue  Saiiit-Andre-<1es-Arcs, 
no  5'j.  Prix .  cartonne'  et  borde  en  j  apier  iilacë ,  tï  fr.  ;  idem,  avec 
bordure  dentelle  or .  2  fr.  5o  c.  ;  idem  ,  avre  !arî;c  dorure  ,  3  fr. 

287.  —  Deux  f'ict'jir.':s  par  Jour,  almanach  militaire  deilie  aux 
braves,  par  Ladvocat.  Tabbau  in-folio  oblong.  Paris,  1820.  3' 
édition.  Ladvocat ,  libraire,  éditeur  des  I^'nstes  de  la  Gloire  ,  Pa- 
lais-Ro^ial,  galerie  de  bois,  n°'  197  et  198. 

Ouvrages  périodiques . 

288  — Recueil  agronomique  ,  public  par  les  soins  de  la  Société 
des  sciences,  agriculture  et  belles-lettres  du  département  de 
Tam-et-Garonne.Tome  1",  n°  1  (septembre  1820).  In-S"  d'une 
feui'le  et  demie ,  plus  une  planche.  Blontauban,  1820.  Foutancl 
et  chez  Lafargue. 

(■•')  289.  — Bibliothèque  physico -économique ,  instructive  et 
amusante  ,  ou  Recueil  périodique  de  tout  ce  que  l'agriculture  ,  les 
sciences  et  les  arts  qui  s'y  rapportent ,  offrent  de  plus  intéres- 
sant; par  une  société  de  savans  et  de  propriétaires,  et  rédigée 
par  A.  THiÉBAUT-nE-BERrrEAUD ,  membre  de  plusieurs  Sociétés 
savantes  et  d'agriculture,  nationales  et  étrangères. 

La  Bibliotlièq-,ie  jihysico-économique  paraît  exactement  tous 
les  mois.  A  la  fin  fie  Tannée,  les  douze  cahiers  forment  deux  vo- 
limies  iivec  des  planches,  (chaque  volume  contient  une  table  sys- 
tématique des  matières  qui  y  sont  contenues.  L'abonnement  est 
de  12  fr.  pour  les  douze  cahiers,  que  l'on  reçoit,  francs  de  port, 
parla  poste.  La  lettre  d'avis  et  l'argcut  que  l'on  enverra  par  les 
directeurs  des  postes,  doivent  être  all'ranchis  et  adressés  à  Paris, 
à  ]M.  Arthus-Rerlrand,  libraire,  rue  Hautefcuille,  n°  23.  On  peut 
encore,  pour  éviter  les  frais,  envoyer  l'argent  put  un  mandat  sur 
Paris. 


LIVRES  FRANÇAIS.  GiS 

(*)  ago.  —  Journal  des  cours  publics  tic  jurispruelence  ,  histoire 
et  belles-lettres. 

Les  rédacteurs  de  ce  Recueil  s'engagent  à  présenter  à  leurs  lec- 
teurs une  anal3'se  complète  et  misonnée  des  huit  cours  suivans  : 
Faculté  de  droit.  Droit  naturel,  droit  des  gens  et  droit  public 
général.  Professeur,  M.  de  Poutets.  —  Histoire  du  droit  romain 
et  du  droit  français,  M.  Poncelet.  —  Droit  administratif,  M.  dr 
GÉRANDo.  Collège  de  France.  De  la  manière  d'écrire  l'histoire, 
M.  Daunou.  —  Poésie  latine ,  M.  Ïissot.  Faculté  des  lettres. 
Histoire  ancienne,  M.  Lacretelle  jeunej — histoire  du  gouverne- 
ment représentatif,  M.  Guizot. 

La  plupart  des  professeurs  ont  bien  -voulu  promettre  au  Jour- 
nal des  Cours  publics  des  notes  et  communications  qui  contribue- 
ront à  la  fidélité  des  analyses. 

L'ouvrage  formera  huit  volumes,  format  in-8°.  Chaque  Cours 
paraîtra  en  douze  livraisons,  qui  feront  ensemble  un  volume  d'en- 
viron 4^0  pages ,  de  telle  sorte  que  chaque  volume  se  trouvera 
compléta  la  fin  de  l'année.  Le  prix  de  l'abonnement  total  pour 
l'année  classique,  c'est-à-dire,  pour  la  collection  des  huit  Cours  , 
est  de  4»  fi'. ,  et  de  49  fr-  Go  c. ,  franc  de  port. 

Pour  une  collection  de  sept  cours,  Sj  fr.  et  45  fr-  4*^  ^'i  ^^ 
six,  33  fr.  et  4o  fr.  20  c.j  de  cinq,  ag  fr.  et  34  fr.;  de  quatre,  24  fr. 
et  28  fi'.  80  c.  ;  de  trois ,  19  fr.  et  22  fr.  60  c.  ;  de  deux,  i4  fr.  et 
i6  fr.  40  c.  5  et  pour  chaque  cours  séparément,  8  fr.  et  9  fr.  20  c. 
Les  abonnemens  peuvent  être  faits  par  semestre. 

On  s'abonne  à  Paris,  au  bureau  du  Journa(,  rue  Saint-Jacques, 
n°  5i  ,  et  dans  les  départemens,  chez  tous  les  libraires  des  aca- 
démies et  des  cqWéges.  ^  l'étranger.  A  Edimbourg,  chez  Cons- 
table  et  chez  Manners  et  Millers.  A  Londres,  au  dépôt  du  Jour- 
nal, chez  A.  Roi,  Dean-street,  n°  35,  Soho  sq. 


En  annonçant  dans  le  dernier  cahier,  pag.  36i ,  art.  iSgdu 
Bulletin  Bibliographicjue ,  la  nouvelle  et  magnifique  édition  des 
OEu^res  de  Pétrarque,  on  a  oublié  d'ajouter  qu'elle  se  vend  chez 
Debure  frères,  libraires,  rue  Serpente,  n°  7,  au  prix  de  i5ofr., 
sur  très  be^xi  papier  ;  çt  de  aSo  fr. ,  sur  grand  papier  vélin. 


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IV.  NOUVELLES  LITTERAIRES 

ET    SCIENTIFIQUES. 

AMÉRIQUE. 
ÉTATS-UNIS. 

Washinctom.  —  Statistique  politique  (les  Etats-Unis,  —  Deux 
mois  avant  rclection  d'un  nouveau  président  et  d'un  nouveau 
vice-pre'sident  du  gouvernement  général  des  Etals-Unis  ,  chaque 
État  doit  avoir  choisi  le  nombre  délecleurs  détermine  par  la  loi 
j)our  procéder  à  celte  nomination.  Ce  nombre  est,  pour  tous  les 
Etats  cnsimblc,  de  23a.  Dans  la  plupart  des  États,  ils  sonl  nom- 
més par  le  peuple  réuni  en  districts  ;  dans  d'autres  ,  il  n'y  a  qu'un 
seul  scrutin  ,  et ,  dans  deux  seulement  {New-Yorh  et  la  Caroline 
du  Sud) ,  la  nomination  de  ces  électeurs  est  dévolue  à  la  législa- 
ture locale.  iVew-i  o;A  en  fournit  vingt-neuf;  la  Pensyhanic , 
vingt-cinq;  la  /^iromj'e,  vingt-cinq;  \a.  Caroline  septentrionale, 
quinze;  le  Jilai,s/iisuchets,  vingt-((uatre;  le  Maine ,  vingt-quatre; 
le  A'e/i/ncAfV, 'iouze;  le  JfJaryland ,  onze;  la  Caroline  méridionale, 
onze  ;  le  Connecticul ,  neuf;  \e  j\ew-Hanipshire ,  f^ermont,  A'^cw- 
Jersey,  Tennessee  el  la  Gcoigie ,  chacun  huit  ;  IV/e  de  lihodeet  la 
Uelawarc  ,  chacun  quatre  ;  et  l'^//nia/wa,  V Illinois,  Vlndiana , 
la  Lnuiii  ne  et  le  âJissi!>sipi ,  chacun  trois.  Le  Ji'/issouri  n'a  pas  en- 
core de  voix,  parce  que  ni  sa  constitulion  ,  ni  la  forme  de  son 
gouvernement  ne  sont  encore  apjirouvées  par  le  Congrès. 

—  Quatre  nouveaux  États  ont  été  ajoutés  à  l'union  pendant  la 
dernière  session  du  congrès,  savoir  :  Illinois  ,  Alubama ,  Maine 
et  Missouri,  qui,  avec  les  territoires  de  Michigan  et  Arhanson, 
qui  auront  bientôt  assez  de  population  pour  devenir  litats  indé- 
pendans,  doubleront  le  nombre  des  Litats  qui  se  sont  déchirés  in- 
dépendans  de  la  Graiidc-Firetagne  le  i\  juillet  1776.  Ils  n'étaient 
alors  qu'au  nombre  de  treize;  ils  sont  maintenant  vingt- quatre , 
et,  avec  le  nouvel  accroissement ,  ils  seront  vingt-six. 

AMÉRIQUE     DU     SUD. 

RiENOs-ArnES.  —  Botanique.  —  M.  ISonpIand,  naturaliste  dis- 
tingue, et  compagnon  de  voyage  de  M.  de  llumboldt,  s'est  établi 


AMERIQUE.  — ASIE.  —  AFTJQLIE.  617 

avec  sa  famille  dans  cette  ville,  où  il  ,s\)ccup(;  de  former  im  jar- 
din compose'  de  plantes  rares  et  curieuses.  Il  en  a  déjà  réuni  un 
grand  noiubre  :  ses  recherches  lui  ont  fait  découvrir  une  pLmte 
qui  croît  dans  Teau  ,  et  qui  contient  une  grande  quanfitti  de 
tannin  ;  il  se  propose  d'eu  proUler  pour  former  une  tannerie  sur 
la  Purana. 

ASIE. 

ILES    DE    LA    SONDE. 

Java.  —  antiquités.  —  Depuis  que  les  Anglais  ont  rendu  Tîle 
de  Java  aux  Hollandais ,  ces  derniers  se  sont  occupés  à  rassem- 
bler toutes  les  antiquités  (fu'iis  ont  pu  découvrir  dans  le  pays  j  et 
ils  ont  fait  des  préparatifs  pour  le^  transporter  en  Europe.  Parmi 
ce.s  restes  précieux,  sont  quatre  statues  en  pierre,  de  grandeur 
naturelle  ;  elles  ont  été  trouvées  au  milieu  d  -s  ruines  de  Malang, 
où  elles  avaient  probablement  servi  à  orner  quelque  édifice  con- 
sidérable. Trois  sont  déjà  en  route  pour  Amsterdam.  La  pre- 
mière, qu'on  suppose  représenter  la  divinité' Z)w/rfl,  a  huit  mains; 
elle  est  assise  sur  un  bufle  qui  foule  aux  pieds  une  figure  du 
vice;  la  seconde,  appelée  par  les  Javanais  Gana  Singa  Jaga, 
est  la  Genesa  de  la  mythologie  des  Indous;  elle  a  la  tête  d'un  élé- 
phant. La  troisième  divinité  lYamli  est  ici»ri'sen'ée  sous  la  (orme 
tTun  taureau.  Le  travail  de  cette  dernière  statue  est,  iiil-on,d'uu 
fiai  admirable. 

RUSSIE    ASIATIQUE. 

Oreseocrg.  —  f^nyaqe  commercial.  —  I/exji>;ditioa  destinée 
pour  la  Bucharie  s'est  mise  en  roule,  le  10  octobre  1820;  elle 
est  escortée  de  deux  cents  cosaques  et  de  deux  pièces  d'artillerie 
légère,  et -dirigée  par  le  conseiller  Negri,  homme  versé  dans  les 
'  langues  orientales  et  distingué  par  ses  connaissances.  Elle  a  pour 
objet  d'établir  des  relations  commerciales  sûres  et  avantageuses, 
et  de  prendre  des  connaissances  plus  détaillées  sur  un  pays  inté- 
ressant et  voisin ,  mais  séparé  de  nous  par  des  déserts  de  saijlc. 

AFRIQUE. 

EGYPTE. 

y oyage  scientifique  de  M.  l'rcd.  CaiUiaiul ,   en  Nulie.  (Voy. 
T.  1,'  pag.  347;  T.  IV,  pag.  37.  ;  T.  V,  pag.  372  ;  T.  VI,  pag. 


(îiS  AFRIQUE. 

3y6;  T.  VIII,  pag.  169.  —  Des  lettres  d'Eléphantine ,  du  23 
août,  nous  annoncent  que  cinq  mille  liniumes  étaient  rassemblé^ , 
dans  les  environs,  pour  remonter  le  Kil ,  sous  la  conduite  d^Is- 
raail  Paoha  et  d'Alnîy  Bey.  M.  Freil.  Cuilliaud,  qui  acconipagno 
Texpcdilion  pour  se  rendre  au  Dongolali  et  sur  les  bords  de 
la  Mer  Rouge  ,  a  profite  de  son  séjour  à  Tlièbes,  pour  faire  cxe'- 
culer  de  nouvelles  fouilles.  Ce  voyage  à  Tbèbes  est  le  septième. 
Il  vient  d'y  faire,  le  17  du  mois  d'août  dernier,  une  découverte 
d'un  grand  intérêt  pour  l'bistoire  de  l'Egypte.  Dans  un  des 
hypogées  de  cette  ancienne  capitale  ,  il  a  trouve  une  momie 
du  tcms  des  Grecs  j  le  personnage  embaumé  a  sur  la  tête  une 
couronne  dorée  en  forme  de  lotus  ;  le  corps  est  enveloppé  de 
ban.lcle'.les  à  la  mani;;re  égyptienne  j  sur  la  caisse  du  sarco- 
phage, dans  lequel  est  renfermé  la  momie  ,  sont  tracées  des  ins- 
criptions en  grec ,  et  d'autres  en  hiéroglyphes.  A  la  partie  droite  , 
est  attaché,  avec  des  bandelettes ,  un  manuscrit  sur  papyrus  j  et 
ce  manuscrit  est  encore  en  langue  grecque.  La  toile  qui  recouvre 
la  morai'î,  est  couvtrte  de  sujets  ég} ptiens  et  de  signes  hiéro- 
glyphiques. Dans'l'intérieur  de  la  caisse,  on  a  représenté  les  li- 
gures du  Zodiaque. 

Ce  monument  précieux  est  heureusement  bien  conservé;  mais, 
le  dessin  ,  les  ornrmens  et  les  couleurs  ne  sont  pas  aussi  parfaits 
que  dans  les  ouvrages  plus  anciens.  Cette  perfection  de  travail 
est  précisément  le  cachet  de  la  haute  antiquité  égyptienne.  C'est 
ce  que  les  voyageurs  français  ont  reconnu  et  constaté,  pendant 
l'expédition. 

il  paraît  démontré,  par  cette  découverte  de  M.  Cailliaud, 
qu'on  avait  encore  sous  les  Grecs  une  certaine  intelligence  des 
hiéroglyphes.  La  fameuse  pierre  de  Rosette  l'avait  prouvé  déjà 
pour  l'époque  de  Ptolémée  Kpipliane,  et  les  inscriptions  trouvées 
récemment  au  pied  du  Sphinx,  dans  les  fouilles  qu'on  doit  à  la 
persévérance  et  au  dévouement  du  capitaine  Cuviglia  ,  autorisent 
à  penser  que  ,  sous  les  Romains  même,  on  avait  conservé,  jus- 
qu'à un  certain  point ,  l'art  d'écrire  ces  hiéroglyphes.  Toutefois, 
je  suis  loin  de  conclure  de  ces  faits,  que  les  notions  des  Rouiains 
ou  des  Grecs,  sur  les  hiéroglyphes,  pourraient,  si  nous  les  possé- 
ilions  aujourd'Imi  au  même  tiégré  qu'eux  ,  nous  sudire  pour  com- 
prendre les  inscriptions  de  Thèbcs  et  des  tombeaux  des  Rois,  ou 


AFRIQUE.  619 

celles  des  obe'lisques;  mais,  il  n'en  est  pas  moins  extrêmement 
curieux  de  trouver  réunis ,  sur  un  monument  poste'rieur  à  Farri- 
ve'e  des  Grecs  en  Egypte,  ou  peut-être  beaucoup  plus  récent, 
des  inscriptions  de  deux  espèces  ,  dont  les  unes  sont  jusqu'à  pré- 
sent restées  indeciiiflVables ,  et  les  autres  peuvent  être  lues  sans 
difficulté'. 

On  pourrait  pre'senter  ici  des  conjectures  qui  viennent  aisément 
à  l'esprit  5  mais  elles  seraient  prémature'es,  et  il  est  préférable  d'at- 
tendre l'arrivée  du  monument.  11  est  à  croire  que  le  possesseur 
prendra  tous  les  moyens  pour  en  assurer  la  conservation  et  le 
transport  à  Paris. 

jNI.  Cailliaud  a  encore  trouvé  dans  les  catacombes  de  Thèbes  , 
quantité  d'objets  qui  jettent  un  nouveau  jour  sur  les  mœurs  et  les 
usages  des  anciens,  tels  que  des  meubles,  des  chaussures,  des 
ornemens  de  toilette  ,  et  jusqu'à  du  pain  antique  conservé.  Le  ca- 
binet de  M.  Drovetti ,  fruit  de  quinze  années  de  recherches  ,  ren- 
ferme un  grand  nomI>re  de  ces  objets  curieux,  qui  ajoutent  en- 
core du  prix  à  la  plus  belle  et  à  la  plus  riche  collection  qu'on  ait 
jamais  formée  en  antiquités  égyptiennes;  collection  digne  d'orner 
le  premier  musée  de  l'Europe,  et  qui  est  ardemment  convoitée 
par  plusieurs  puissances. 

M.  Cailliaud  et  son  compagnon  de  voyage  M.  Letorzec  conti- 
nuent de  se  livrer  avec  zèle  aux  recherches  géographiques.  Tous 
les  points  qu'ils  ont  visités  ont  été  déterminés  en  longitude  et 
en  latitude,  par  une  grande  quantité  d'observations  célestes,  qui 
ne  diffèrent  l'une  de  l'autre  que  dans  les  secondes.  C'est  par  les 
distances  qu'ils  prennent  les  longitudes  ,  et  non  avec  le  chrono- 
mètre, dont  ils  ne  peuvent  plus  se  servir  utilement  dans  des 
températures  a«issi  élevées  et  aussi  variables. 

Les  nouveaux  fîrmans  que  M.  Cailiiaud  a  obtenus  dn  pacha  ,  lui 
assurent  les  escortes  et  les  ouvriers  dont  il  aura  besoin  pour  cou- 
rir le  pays  qui  sépare  la  Mer  Ronge  du  ]\il  supérieur,  et  pour 
explorer  les  métalliques  que  les  anciens  auteurs  assurent  avoir 
existé  dans  l'île  de  Méroë.  Jomard,  de  l'Institut. 

—  Le  pacha  vient  de  faire  présent  au  roi  d'Angleterre  de  la 
fameuse  colonne  d'Alexandrie,  connue  sous  le  nom  A'aiguille  Je 
Cléopdlrc.  Le  poids  de  cette  colonne  est  de  200  tonneaux  (quatre 
eents  milliers)  ;  son  diamètre,  près  de  la  base,  est  de  sept  pieds. 


620  IX'KOPE. 

Ce  mominicnt  sera  place  en  face  du  palais  Je  Carlton-House,  à 
Londres. 

EUROPE. 

GRANDE-BRETAGNE. 

Médecine.— RcmcJc  contre  F cnij^oisonnement  par  le  dcuio-mu- 
riate  fie  mercure. — Un  enfant  de  deux  ans  ayant  avale  une  dissolu- 
lion  de  siddiiuc  rnrrnsij,  dont  on  comptait  se  servir  pour  détruire 
les  rats,  fut  pris  instantane'meut  de  voniissemens.  On  lui  Gt  boire 
de  riiuile  d'olive  en  grande  quantité'.  M.  John  3Iortimer ,  chirur- 
giou,  le  voit  au  hou  l  de  six  heures;  le  vomissement  ne  s'arrêtait  point, 
le  pouls  était  accéle're  ,  la  peau  devenait  froide ,  la  soif  excessive  ; 
il  fit  dissoudre  un  gros  de  sulfure  de  potasse  dans  une  pinte  et 
tlemie  d'eau  sucrée  litde  qu'il  fit  boire  au  malade  alternativement 
avec  douze  blancs  d'œufs  lialtus  ;  il  prescrivit  aussi  les  lavemens 
d'eau  de  savon.  Dans  l'espace  de  vingt-quatre  heures  environ, 
l'enfant  avala  soixante-sept  blancs  d'œufs  et  but  toute  la  disso- 
lution de  sulfure  de  potasse  :  dès  le  troisième  jour,  il  était  pres- 
que dans  sou  état  !ial)itucl  de  santé. 

Wor.AviCH. — Cnnsirwtious  navales. —  On  a  construit  dernière- 
ment, dans  notre  chantier,  trois  corvettes  de  20  canons,  a^atit 
exactement  les  mêmes  dimensions  ,  et  bâties  ,  la  première  eu 
chêne,  la  seconde  en  sapin  cie  Higa,  et  la  troisii'me  en  sajiin  tiré 
d'une  forêt  qui  fait  partie  du  domaine  du  duc  d'Athol,  en  Pcrts- 
hire.  Le  premier  de  ces  bâtimer.s,  nommé  YJ'Anile  du  JS'ord , 
sera  rais  à  l'eau  très  incessamment;  le  second,  nomme  le  Niciimn , 
a  été  lancé  lundi  dernier,  cl  le  troisième,  nommé  l'^ltliol,  mer- 
credi. Le  but  du  gouvernement  est  de  déterminer,  d'une  manière 
précise ,  le  rapport  entre  la  force  et  la  durée  des  navires  cons- 
truits avec  ces  trois  esiièces  ce  bois,  ainsi  que  les  dépenses  qu'exi- 
gent leur  construction  et  leur  entrcfiin. 

Londres  —  Sociitc  roya'e.  —  Le  3o  novembre  dernier,  jour 
de  St.-André  ,  cette  Société  a  tenu  sa  séance  annuelle ,  à  Som- 
nier>et-Placc.  La  médaille  d'or  a  été  «lécernée  au  professeur  J<nn 
Chrétien  Ocrsled ,  pour  ses  découvertes  clectro- magnétiques 
(voyez  ci-dessus  page  i80-  La  Société  a  procédé  ensuite  à  la 
nomination  du  président ,  en  rrmi>lacement  de  feu  Sir  Joseph 
Banhs  ;  tous  les  sutliages  se  sont  réunis  sur  le  célèbre  chimiste 
Sir  llnnij'hry  Dayy. 


EUROPE.  6îï 

EniMBOCRG.  —  Société  royale  d'Ecosse.  —  JVomination.  —  Sii" 
Jaiiies  tiall,  ayant  donné  sa  démission  des  fonctions  de  président 
tk"  cette  Société  ,  les  membres  qui  la  composent  ont  choisi  pour 
le  remplacer  Sir  Jf^alter  Scott.  Ce  chois  honorable  est  la  digne 
récompense  des  travaux  littéraires  du  peintre  célèbre  des  mœurs 
écossaises. 

POLOGNE. 

Cracovie.  —  Monument  en  Vlionneurde Kosciusho.  —  Le  iG  no- 
vembre dernier  ,  le  monument  élevé  aux  mânes  de  Rosciusko  ,  a 
été  consacré  sur  la  montagne  de  Bronislnra  ,  voisine  de  cette 
ville.  On  ne  pouvait  choisir  un  emplacement  plus  convenable 
pour  déposer  les  restes  du  héros  défenseur  et  victime  de  la  cause 
de  la  liberté  polonaise.  Cette  cérémonie  avait  réuni  plus  de 
13,000  personnes  de  fout  sexe  et  de  tout  état.  On  y  voyait  les 
fonctionnaires  publics  à  côté  des  citoyens,  les  moines  parmi  les 
soldats,  et  partout  le  même  esprit,  le  même  enthousiasme. — 
Après  le  discours  funèbre  ,  prononcé  par  le  général  Paskowski, 
le  président  du  sénat,  Stanislas  Wodiski  ,  a  déposé  le  procès- 
verbal  et  autres  documens  dans  un  vase  de  terre  renfermé  dans 
une  boîte  d'étain  j  le  tout,  placé  dans  une  urne  de  pierre,  a  été 
mis  dans  le  caveau  préparé  à  cet  effet.  En  ce  moment,  la  multi- 
tude des  assistans  ,  cédant  à  la  vivacité  des  sentimens  dont  elle 
était  pénétrée ,  s'est  élancée  vers  le  monument;  chacun  voulait 
remplir  le  devoir  pieux  de  jeter  une  poignée  de  terre  pour  re- 
couvrir Turne  du  héros  polonais.  Alors  la  musique  a  fait  entendre 
les  airs  nationaux  :  la  Polonaise  de  Rosciusko  ,  la  marche  de 
Dombrowski ,  aux  armes  ,  mes  frères  !  A  l'entrée  de  la  nuit ,  les 
I  hauteurs  voisines  étaient  couvertes  de  feux.  Au  théâtre ,  une  pièce 
analogue  à  la  circonstance  a  terminé  cette  journée  vraiment  pa- 
triotique. 

Varsovie.  —  Société  royale  littéraire.  —  Extrait  d'un  rapport 
dé  31.  le  conseiller  d'Etat  Stanislas  Staszie,  président,  sur  les 
travaux  de  la  Société  pendant  huit  années.  —  Cet  exposé  donne 
l'idée  la  plus  avantageuse  du  but  que  s'est  proposé  cette  réimion 
de  savans,  et  de  l'activité  déployée  i)ar  la  plupart  d'entre  eux 
pour  ralteindre.  Fondée  en  1800,  sous  le  gouvernement  dti  roi 
de  Prusse,  encouragée  par  le  roi  de  Saxe,  et  protégée  mainte- 


rvîi  i:uROPK. 

n:mt  jmr  rempireur  de  Russie,  elle  a  pour  objet  «  tle  fixer  ot 
dépurer  la  lan'^iie  nationale,  de  conserver  et  de  perfectionner 
rhistoire  du  pays,  de  Tétudier  à  fond  sous  le  rapport  de  la  tojio- 
graphie ,  de  la  statistique ,  de  l'histoire  naturelle  et  du  commerce  j 
et  enlin  de  répandre  parmi  les  Polonais  les  arts  et  les  ctmnais- 
sances  nécessaires  au  bonheur  et  à  la  prospérité  de  la  nation.  » 
—  Les  ti'avaux  de  la  Société,  relatifs  à  la  langue  nationale,  ont 
tendu  principalement  à  faire  adopter  un  même  système  d'orlo- 
graphe  et  de  prononciation  :  elle  a  charge'  un  de  ses  membres 
de  la  confection  d'une  grammaire  qui  pût  servir  de  règle , 
et  se  propose  de  donner  elle-même  à  la  nation  un  diction- 
naii'e  comj>let  de  la  langue  polonaise.  Relativement  à  Thistoire 
nationale,  les  travaux  ont  été  repartis  entre  plusieurs  membres, 
qui  se  sont  chargés  chacun  d'une  époque  ou  d  un  point  particu- 
lier j  on  a  fait  fouiller  dans  les  archives  du  pays  et  dans  celles 
des  pays  voisins  ;  on  a  consulté  les  anciens  monuraens  ,  les  mé- 
moires de  familles,  les  médailles ,  etc.  ;  rien  n'a  été  négligé  pour 
se  procurer  un  corps  complet  de  documens  historiques.  La  So- 
ciété a  de  plus  fait  publier  ,  à  l'usage  de  la  jeunesse ,  un  abrégé 
de  rhistoire  de  Pologne,  et  à  l'imitation  de  Lavât er  en  Suisse, 
a  répandu  parmi  le  peuple  un  recueil  de  chansons  nationales  où 
sont  retracés  les  hauts  faits  et  les  belles  actions  des  Polonais.  — 
La  section  des  sciences  s'est  principalement  occupée  de  recher- 
ches utiles  au  pays  ]  il  a  été  ptiblié  divers  mémoires  sur  la  nature 
du  sol  et  sur  les  diilércntcs  mines  de  cette  contrée  :  on  s'occupe 
en  ce  moment  d'une  carte  géognosfique  de  la  Pologne  :  on  a 
donné  une  attention  particulière  à  la  cochenille  quittait  autre- 
fois un  objet  important  pour  le  commerce  extérieur,  et  qui  main- 
tenant sert  encore  à  la  teinture  des  étofTes  grossières  j  plusieurs 
membres  de  la  Société  pensent  que  cette  branche  pourrait  être  ra- 
nimi-cau  moyen  de  soins  et  d'encouragemcns.  L'ambrejaune,  dont 
la  formation  est  encore  un  proiilêmc,  aaussi  occujiéla  Société.  Ln 
de  ses  membres,  ])Ossesseur  dimc  mine  considérable  de  celte 
substance,  a  proiivé  qu'elle  n'était  qu'une  résine  fossile  découlant 
dune  espèce  d'arbre  dont  le  fruit  ressemble  à  une  pomme  de  ]>in  , 
et  que  l'ambre  en  grande  masse  se  trouvait  ordinairement  près 
des  troncs  de  ces  arbres.  —  La  section  d'agriculture  a  mis  le  plus 
grand  soin  à  faire  connaître  les  nouvelles  niclhodes  de  culture  ,  et 


EUKOÎ^E.  G23 

tes  instrumens  aratoires  que  l'expe'rience  a  juge's  propres  à  rem- 
placer les  anciens  avec  avantage.  Elle  a  cherche'  à  bien  de'termi- 
ner  les  causes  et  les  symptômes  des  epizooties  si  fre'quentes  en 
Pologne,  et  les  moyens  les  plus  efficaces  pour  les  faire  cesser. — 
Enfin  la  section  de  médecine  a  dirigé  ses  travaux  sur  les  maladies 
propres  au  pays,  et  en  particulier  sur  la  plique.  —  Telle  est  Tes- 
quisse  rapide  des  travaux  nombreux  et  variés  de  cette  Société 
savante,  qui  paraît  animée  du  patriotisme  le  plus  pur,  et  du 
zèle  le  plus  ardent  pour  l'avancement  des  arts  et  des  sciences. 
Indépenilamment  de  l'impulsion  saiutairequ'une  telle  Société  doit 
donner  aux  esprits,  par  sa  seule  existence,  les  moyens  auxiliaires 
pour  atteindre  le  but  qu'elle  s'est  proposé,  sont  i°des  médailles  et 
des  prix  destinés  à  ceux  qui  ont  présenté  les  meilleurs  Mémoires 
sur  des  questions  proposées  j  2°  une  bibliothèque  publique  ou- 
verte à  toutes  les  personnes  qui  désirent  y  puiser  de  l'instruction^ 
3"  un  cabinet  d'histoire  naturelle  ;  \°  enfin,  plus  que  tout  cela  , 
le  soin  d'entourer  d'honneurs  et  de  gloire  les  noms  de  ceux  qui 
ont  illustré  leur  pays  par  leurs  talens  et  leurs  grandes  décou- 
vertes. C'est  dans  ce  but  que  la  Société  vient  de  faire  un  appel  à 
la  nation  pour  l'érection  d'un  monument  à  l'honneur  de  Coper- 
nic (  né  à  Thorn  ).  Cut  appel  ne  peut  être  fait  en  vain  ,  lorsqu'il 
est  adressé  à  un  tel  peuple ,  et  pour  un  tel  génie.  —  INous  donne- 
rons dans  un  prochain  numéro  l'extrait  d'un  discours  fait  à  ce 
sujet. 

DANEMARCK. 

Médecine.  — Progrès  de  la  vacciiialion.  —  La  vaccine  produit 
dans  ce  pays  les  plus  heureux  résultats.  D'après  un  rapport  de  la 
commission  nommée  par  le  gouvernement ,  en  1818  ,  pour  sur- 
veiller cette  branche  de  la  médecine,  il  paraît  que  le  nombre  des 
cnfans  vaccinés  s'élevait,  dans  cette  seule  année,  à  2^,09^ ,  dont 
22,638  avaient  été  vaccinés  par  des  hommes  de  l'art;  3,688,  par 
des  ecclésiastiques,  et  i,j68  par  diflérens  individus.  Suivant  un 
calcul  approximatif ,  le  pays  avait  perdu  par  la  petite  vérole, 
dans  l'espace  de  cinquante  ans,  depuis  i;;jg  jusqu'à  1798, 
3,100,000  personnes:  Ainsi  ^a  vaccine,  qui  y  a  été  introduite 
en  1802  ,  aurait  conservé  la  vie  à  78,000  créatures  humaines. 

Islande.  —  Littérature  Islandaise.  —  D'après  un  rapport  de  la 


Cl  \  EUROPE. 

Société  lilU'rnire  iVIsIande  ,  il  paraît  que  le  grand  ouvragp  isl.m- 
dais  ,  nommé  Sturùrin^a  sega  ,  et  formiint  cent  vingt  feuilles 
d'impression ,  vient  d  être  achevé.  On  a  aussi  publié  ,  depuis  peu  , 
iiDe  Géographie  générale  de  l'Islande,  et  on  imprime  dans  ce 
moment  une  collection  des  OEuvres  des  poètes  qui  ont  illustré 
ce  pays. 

A  LLEMAGNE. 

AVrRTznocRG.  —  Programme  îles  cours  oui'erls  ,  à  rtinifersilé  (Jç 
celle  ville,  le  2  novembre.  —  Trois  professeurs  enseignent  la  phi- 
losophie ;  sept  cours  sont  destinés  aux  sciences  exactes  et  natu- 
relles. Parmi  les  cours  d'histoire ,  au  nombre  de  dix ,  on.en  remar- 
que un,  dont  runi([ue  but  est  de  développer  le  sjrslèmc  actuel 
des  États  de  l'Europe,  surtout  en  ce  qui  concerne  ririfliience  de 
la  révolution  française.  Les  piofesseurs  ,  Hlum  et  IMathias,  don- 
neront des  détails  sur  l'Histoire  littéraire  des  Grecs  et  des  Romains. 
Enfin,  les  matliématiques  elles-mêmes  auront  leur  historien.  Le 
programme  annonce  de  plus  deux  cours  de  philologie;  neuf  de 
ihéologie  j  quinze  de  droit.  Quatorze  cours  sont  compris  sous  la 
dénomination  de  sUiats  vijsen  Schail  (sciences  des  Etats^ ,  quoi- 
(|ue,  paruii  ces  derniers,  huit  seulement  aient  pour  but  le.s 
sciences  politiques,  et  que  les  autres  s'occupent  de  choses  qui  y 
ont  un  rapport  moins  direct;  par  exemple,  des  mines, des  foiêts, 
de  réconomie  rurale.  Enfin,  dix-sept  cours  sont  ouverts  aux 
élèves  en  médecine.  Des  maîtres  particuliers  enseignent  l'ai  t  du 
graveur,  le  dessin,  la  musique,  etc.,  etc. 

rÎERi.i\.  —  n l f nii'ersilé  a  repris  ses  exercices  dès  le  iG  octobre. 
A'oici  le  détail  des  leçons  qu'on  y  donne  :  il  y  a  dix  cours  de  théo- 
logie; dix -huit  de  droit;  soixante  de  médecine;  onze  de  philoso- 
pfile;  Seize  de  matliématiques  ;  ([uinzede  sciences  naturelles  ;  six 
de  sciences  économi(jues  et  politiques;  deux  de  beaux-aits  ;  dis 
d'histoire  ;  vingt  de  philologie.  La  bihliolhè(|ue  royale,  le  mnsét; 
et  le  jardin  botanique  sont  à  la  ilisposilion  tli's  él»  vos.  Parmi  les 
noms  des  professeurs  de  cette  Dniversilé,  on  cite  ceux  d«; 
>1M.  de  Sauigny ,  Hufet<ind,  Fichle  et  Osnnn.  < je  dernier  a  ré- 
cemment publié  des  idées  neuves  sur  la  tragédie  d'Ajax ,  assez 
mal  jugée  jusqu'à  ce  jour.  M.  Osann  Ta  vengée  à  la  fois  des  iu- 
justici.'s  de  ses  détracteurs  et  des  nuladresie^  de  ses  dcfcnseuis. 


EUROPE.  625 

Ainsi,  dans  le  même  tems,  Ja  France  et  l'Allemagne  ont  vu  re- 
mettre, à  la  place  qu'ils  doivent  occufer,  deux,  chefs-d'œuvre 
anciens.  Qui  ne  se  rappelle  ,  avec  plaisir,  le  charmant  morceau 
lu  par  M.  Andrieux  à  l'Acade'mie ?  Il  appartenait  à  celui  quia 
«nrichi  la  scène  française  d'ouvrages  classiques,  de  faire  rendre 
justice  au  Prome'the'e  d'Eschjle.  Ph.  Goleért. 

Munich.  —  Société  pour  Pimilation  des  manuscrits  orientaux. 
—  Il  s'est  formé  dans  cette  ville  une  Société'  qui  va  faire  lithogra- 
phier,  sur  les  meilleurs  manuscrits,  les  ouvrages  les  plus  estimés 
qui  existent  en  turc,  en  arabe  ,  en  persan  et  en  langue  tartare  , 
pour  les  répandre  dans  tout  l'Orient ,  par  la  voie  de  ïrieste.  Ce 
qui  s'est  opposé  à  l'introduction  de  limprimerie,  chez  les  orien- 
taux, ce  sont  d'abord  les  cabales  des  copistes  de  profession; 
mais  bien  plus  encore  l'impossibilité  pu  l'on  est  de  rendre,  au 
moyen  de  caractères  fondus,  les  divers  ornemens  que  les  Turcs 
et  les  Arabes  sont  habitués  à  voir  accompagner  chacun  des  ca- 
ractères écrits.  La  lithographie  oflre  de  grandes  ressources  à  cet 
e'gard,  et  l'on  va  s'appliquer  à  imiter  parfaitement,  tant  la  cal- 
ligraphie, que  la  reliure  des  manuscrits.  Il  y  a  tout  lieu  de 
croire  que  le  prix  modique,  auquel  on  pourra  fournir  les  exem- 
plaires lithographies,  leur  procurera  un  grand  débit,  et  que 
le  nouvel  établissement  contribuera  beaucoup  à  répandre  les 
lumières  dans  l'Orient. 

Publications  nouvelles.  —  Tubingew.  —  Traduction  d''un  ou- 
trage français. —  M.  Jean  Charles  Hoeck,  conseiller  aulique  de 
régence  à  Gaildorf,  a  publié  à  Tubingen,  chez  le  libraire  Hopfer 
de  l'Orme,  une  traductionallemande  de  l'ouvrage  de^.  M.A.Jul- 
lien,  de  Paris,  intitulé  :  Agenda  général ,  ou  Mémorial  portatif 
universel,  dont  la  troisième  édition  a  été  imprimée  à  Paris  ,  en 
181 5.  Le  traducteur  a  adapté  son  ouvrage  à  l'année  1821 ,  et  y  a 
ajoute  quelques  observations  ,  ainsi  qu'un  supplément. 

Leipsick.  —  Poésie.  —  L'Allemagne  continue  à  s'enrichir  de 
traductions  des  grands  poètes  de  l'antiquité  :  les  comédies  de 
Plante,  les  fables  de  Phèdre,  les  odes  de  Pindare  et  celles  d'Ho- 
race ont  été  récemment  mises  envers  allemands,  et  les  auteurs 
de  ces  traductions  ont  partout  conservé  le  mérite  de  l'original. 
C^et  avantage  de  lallemand  sur  les  antres  langues  est  inappié- 
fiable.  Les  Français  n'ont  pas  réellement  une  seule  traduction 
TOME  viir.  4o 


626  EUROPE. 

des  poètes  anciens  :  ]a  prose  ne  leur  en  a  donné  que  des  copies 
de'colorees,  la  poésie  ne  nous  les  a  montre's  (|ue  dans  des  imita- 
tions quelquefois  cic'gantes  ,  mais  toujours  iuliiltles.  Chez  les 
Allemands,  au  contraire,  quand  on  fait  parler  Pindare  ou  Ho- 
race, c'est  lui-même  qui  parle.  Le  traducteur  n'est  là  que  pour 
substituer  au\  mots  grecs  ou  latins  des  mots  allemands  de  même 
mesure  :  son  mérite  consiste  dans  l'tle'gance  et  la  iidélité  de  ce 
choix  ,  et  la  difiicultc  de  ce  travail  est  encore  fort  grande  ,  puis- 
qu'il faut,  pour  la  vaincre,  que  le  traducteur  soit  poète  lui- 
même.  Aussi  voit-on  que  les  hommes  qui  se  sont  distingués  par  des 
ouvrages  d'imagination,  sont  précisément  ceux  qui  ont  le  mieux 
traduit  les  anciens.  Pour  le  prouver,  il  suffirait  de  nommer  f^oss, 
et  de  rappeler  que  l'auteur  de  Louise  a  été  l'interprète  d'un  grand 
nombre  de  chefs-d'œuvre.  Phèdre  vient  d'être  traduit  par  M.  Vo- 
gelsang  Son  style  est  en  général  facile  et  élégant.  Quant  à  Pin- 
dare ,  c'est  la  première  fois  que  ses  odes  ont  été  rendues  en  vers 
de  la  même  mesure.  M.  Tiersch  n'a  pas  craint  de  faire  imprimer 
en  regard  le  texte  grec,  il  y  a  joint  un  Traité  sur  les  vers  de  Pin- 
dare, et  plusieurs  savantes  dissertations  non  moins  intéres- 
santes. M.  'liersch  a  été  plus  que  traducteur  :  il  s'est  montré 
poète  ,  de  telle  sorte  que  les  chants  de  Pindare  sont  natura- 
lisés en  Allemagne.  L'interprète  d'Horace  a  suivi  deux  fois  pour 
une  le  précepte  nonum  prematur  in  annuin,  car  c'est  depuis  i8o3 
({ue  M.  KJammer  Scbmidt  est  occupé  à  polir  son  livre.  II  n'en 
fallait  pas  moins  pour  entrer  en  lice  avec  Hammler ,  Eschon  et 
Voss.  Le  dernier  surfont  est  un  terrible  adversaire,  devant  lequel 
M.  Si'hmidt  paraît  avoir  s^uccombé.  On  lui  fait  aussi  le  reproche 
d'avoir  dénaturé  son  auteur  par  un  excès  de  scrupule  ,  et  d'avoir 
substitué  des  noms  de  filles  ù  ceux  de  garçons,  partout  où  il 
était  question  d'une  espèce  d'amour  que  la  nature  réprouve. 

M.  Voss,  cet  infatigable  traducteur  des  chefs-d'œuvre  anciens, 
vient  d'être  rais  lui-même  en  vers  latins.  I\I.  Fischer  a  publié  sa 
Ionise,  avec  le  texte  allemand.  INous  recommandons  cet  opus- 
cule aux  français  <pii  veulent  connaître  Louise  :  aucune  tra- 
duction française  ne  pourrait  mieux  les  satisfaire.  M.  \  oss  tra- 
vaille aussi  à  une  tiaduclion  importantcjil  ne  s'agitdenen  moins 
que  de  faire  parler  Shakespeare  en  vers  allemands. 

—M.  Buttmann  s'occupceu  ce  moment  de  i»ul)lier  un  recueil  d« 


EUROPE.  6*7 

Scolies  d^ Homère.  S'in  but  est  tle  rassembler  tout  ce  que  Jes 
grammnii  itns ,  autres  (\w' Eusthathe ,  ont  dit  sur  ce  prince  des 
poètes.  En  s'aidant  des  travaux  de  ses  devanciers,  >I.  Buttaiann 
donnera  beaucoup  de  scolies  inédites,  tirées  d'un  manuscrit  de 
Heidelberg.  Ce  manuscrit  avait  déjà  été  indiqué  par  le  savant 
professeur  Creutzer,  qui  en  parle  dans  ses  â/eletemata  d^  anti~ 
quilale.  M.  Bultmann  rend  un  véritable  service  aux  amis  des 
lettres  qui  pourront,  en  joignant  Z^u5{/i</t/ie  à  sa  collection ,  se 
procurer  facilement  un  cours  complet  d'érudition  sur  les  poésies 
d'Homère. 

—  M.  Muller  a  publié  un  petit  écrit  intitulé  :  Car  i.-inuni  nec 
latinorum  spécimen.  Les  journaux  allemands  prétendent  qu'il 
s'est  servi  avec  succès  des  vers  employés  par  Horace.  Us  louent 
surtout  les  stropnes  sur  le  voyage  du  prince  de  Hardemberg 
à  Karlsbad;  cependant  ces  strophes  nous  ont  paru  prosaïques. 
Veut-on  savoir  comment  l'auteur  désigne  le  wist  et  le  vin  de  l? 
comète: 

Gœna  nos  simplex  variusque  pictis 

Regibus  lusus  tacitos  habebat , 

£t  JVotœ  undenœ  pia  testajundens 

Pocula  Rheni. 

Va.  G. 

\ikv.yi%T: kviT .—Archéologie.  — M.  Moller  fait  paraître  une  collec- 
tion de  dessins  des  mnnumens  du  moyen  âge.  Les  9^  et  loe  cahiers 
représentent  le  couvent  de  Lorsch  ,  que  l'on  dit  être  du  temps  de 
Charlemagne;  on  y  voit  aussi  le  clottre  ilu  chapitre  d'Aschaffen- 
burg,  le  dôme  de  AVorms,  l'hôtel  de  ville  d'Hanovre,  etc.  ,  etc. 

Berlin.  — Bennx-Arts. —  fondation  d^ua  musée.  —  On  a 
fondé  dans  cette  ville  un  musée,  où  Ton  doit  réunir  les  sta- 
tues les  plus  remarquables,  les  médailles  les  plus  curieuses  et  les 
plus  beaux  tableaux ,  dispersés  dans  difTérens  édifices.  Le  roi  pro- 
tège cet  établissement,  et  a  nommé  M.  le  conseiller  Hirt  pour 
présider  au  choix  et  au  placement  des  divers  objets  qui  doivent 
composer  cette  collection. 

"ViEKNE.  —  Architecture.  —  Erection  d'un  temple.  —  L'empe- 
reur d'Autriche  a  donné  de»  ordres  pour  faire  construire  dans 
eette  ville  un  temple,  qui  doit  être  en  tout  semblable  à  celui  de 

4o* 


GiS  EUROPE. 

Thésée  érige  à  At!iènp<!.  Le  célèbre  j^roupe  de  Thésée,  par  Ca- 

nova  ,  doit  orner  rinlerieiir  de  cet  édifice. 

Leipsick.  —  J'/iedlre.  —  Colitçny.  —  M.  Marschncr  vient  de 
donner  une  tragédie  de  Coligny ,  que  l'on  dit  écrite  avec  bea»i- 
coup  de  force.  L'auteur  s'est  attache  à  peindre  dans  toute  leur 
horreur  les  exccs  du  fanatisme  religieux.  On  assure  que  cet  ou- 
vrage est  surtout  remarquable  par  la  fidélité  historique  des  ca- 
ractères ,  parla  vérité  des  images,  et  par  la  chaleur  toujours 
soutenue  ihi  dialogue. 

Munich.  —  Nécrologie.  —  Le  lo  avril  nous  a  enlevé  deux 
hommes  distingués.  — Le  premier,  M.  de  liitlershausen,  rédi- 
geait autrefois  un  journal  intitulé  :  /Jie  Pfalzhaicrische  muse; 
plus  récemment  (de  1804  a  1808),  il  en  avait  public  un  autre 
sous  le  titre  de  Deulschlands-ylujhlarung.  —  Le  savant  qui  est 
mort  le  même  jour  est  M.  Sebastien  Gûnther,  connu  par  d'excel- 
Icns  travaux  historiques  sur  la  Bavière. 

AuGSBOURG.  —  Charles  ylrbuthnoth ,  Ecossai»  de  naissance  ,  et 
prélat  du  chapitre  écossais  de  Saint- Jacob  ,  est  mort  le  19  avril , 
à  l'âge  de  84  ans.  Dans  le  cours  de  sa  longue  et  honorable  car- 
rière ,  il  avait  cueilli  plusieurs  palmes  académiques.  Il  était  fort 
jeune  encore  lorsqu'il  entra  au  chapitre  écossais  ,  dont  il  fut  en- 
suite le  directeur  pendant  dix-sept  ans.   "yi.  Arbuthnoth  était 

membre  de  l'Académie  des  sciences  de  ]Munich. 

Ph.  Golbért. 

SUISSE. 

Gei»Ève.  —  Iflalson  Je  force  péiûtenliaire .  —  Le  conseil  d'Etat  m 
prolongé  de  deux  moi»  le  terme  dans  lequel  devaient  être  déposés 
Ifes  plans  et  devis  d'Hwc  maison  dejbrce  pcnitenliairc  ,  au  sujet  de 
laquelle  il  a  été  publié  des  progianmies  dans  le  commencement 
de  cette  année.  Par  le  premier ,  on  oflTrait  un  prix  d'environ 
Goo  fr.  à  l'auteur  du  meilleur  projet  d'une  maison  de  détention 
pour  45  à  5o  criminels,  jirojet  qui  devait  être  adapté  à  un  édifice 
déjà  existant.  Les  auteurs,  disposés  à  se  servir  des  prisons  actuelles, 
étaient  avertis  qu'ils  devaient  y  eonserver  uneplacesuflisante  j>our 
pouvoir  vrenfenner,  indépendamment  des  45  à  5o  malfaiteurs  ci- 
dessus,  un  nombre  à  peu  près  égal  de  prévenus,  de  détenus  pour 
dettes  ou  d  individus  condamnés  à  l'emprisonnement,  et  qu'ils  de- 


EUROPE.  629 

yaient ,  en  outre,  pourvoir,  autant  qu'il  serait  possible ,  à  la  sépa- 
ration de  ces  diverses  classes  de  prisonniers,  en  ayant  e'gard  à  leur 
sexe.  Par  le  second  programme ,  on  mettait  aussi  au  concours  un 
prix  d'environ  5oo  fr.  pour  l'auteur  du  meilleur  projet  d'une  mai- 
son du  même  genre  à  construire  à  neuf  pour  une  cinquantaine  de 
criminels.  Quatorze  conditions  princij)ales  devaient  être  rem- 
plies indispensablement  par  ces  deux  programmes.  On  exigeait, 
entre  autres,  au  moins  deux  grandes  salles  de  travail,  suscepti- 
bles d'être  divisées'  en  cas  de  besoin  5  un  réfectoire  j  une  chapelle , 
commune  aux  deux  cultes  j  une  chambre  de  bain,  etc.,  etc.  On 
recommandait  surtout  aux  concurrens  qui  n'adopteraient  pas  le 
système  panoptique,  ou  tout  autre  analogue  ,  de  disposer  les 
chambres  des  guichetiers  et  des  inspecteurs  du  travail,  de  ma- 
nière à  faciliter  la  surveillance  des  diflérentes  parties  de  l'admi- 
nistration. Tous  les  renseignemens  de  quelque  utihté,  ainsi  que 
les  meilleurs  ouvrages  publiés,  sur  ce  sujet,  tant  en  France  que 
dans  d'autres  pays ,  avaient  été  mis  à  la  disposition  des  personnes 
qui  étaient  dans  l'intention  de  disputer  les  prix.  Un  assez  grand 
nombre  de  projets  ont  été  envoyés  au  concours  ,  et,  quoiqu'il 
soit  fermé  depuis  le  i^''  novembre  dernier,  on  n'en  connaît  pas 
encore  le  résultat. 

Publications  nouvelles.  —  Glaris.  —  Le  docteur  Hegets- 
chweiler  vient  de  faire  paraître  une  notice  intéressante  sur  la 
composition ,  l'usage  et  les  facultés  de  l'eau  minérale  qu'on  trouve 
près  de  Linthlhal,  dans  notre  canton. 

—  Histoire  de  la  Suisse.  —  MM.  I  iissli  et  compagnie  viennent 
de  publier  le  cinquième  cahier  des  principales  scènes  de  l'Histoire 
des  Suisses  j  le  sixième  et  dernier  cahier  paraîtra  incessamment. 
Cet  ouvrage  soutient  la  réputation  qu'il  s'est  acquise. 

—  Zurich.  —  Traduction  d'un  ouvrage  Jrancais.  —  Les  li- 
braires ,  Orell ,  Fiissli  et  compagnie ,  annoncent  une  traduction 
allemande  de  l'ouvrage  que  IM.  le  docteur  Joseph  Coullon  a 
publié,  à  Paris,  en  1819,  sous  le  titre  de  Recherches  et  considé- 
rations médicales  sur  Cacide  hydrncyiinujuc,  son  radical,  ses 
composés  et  ses  anlidoles. 

—  Bersce.  —  La  publication  de  la  Chronique  suisse  de  Jultin- 
ger  a  été  si  bien  accueillie ,  que  les  éditeurs  se  sont  déterminés  à 
faire  imprimer  les  écrits  historiques  des  autres  chroniqueurs  du 


63o  EUROPE. 

tems,   Tschachtiau,  Scftilsin^  et  f^alerius  Anshc/m.  L'ouvrag* 
de  Tscbacliilau  est  di-jà  sous  presse. 

ITALIE. 

Pavie.  —  Bateau  a  vapeur.  —  Lne  Société  de  Milanais  a  fait 
venir  à  Pavie,  un  bateau  à  vapeur,  construit  dans  les  chantiers 
de  Gênes.  La  machine  a  été  faite  par  M.  Botton  de  Birmingham. 

—  Vekisk.  —  Le  bateau  à  vapeur  de  M.  Fs.  .\llen,  qui  va  de 
Venise  à  Trieste,  ne  paraît  pas  d'une  bonne  construction;  il  a 
même  éprouve'  un  accident  assez  grave  cette  année. 

Progrès  de  renseignement  mutuel  en  Italie  et  h  Af aile. —  La 
méthode  de  renseignement  mutuel  fait  chaque  jour  de  nouveaux 
progrès  en  Italie.  Une  école,  où  Ton  suit  ce  .système  d'instruc- 
tion ,  vient  de  s'ouvrir  à  Malte ,  sous  la  surveillance  de  Joseph 
Standi,  qui  a  fait  un  voyage  en  Angleterre,  afin  d'acquérir  une 
connaissance  plus  approfondie  de  la  méthode  de  Lancastre.  Une 
autre  s"e.-.t  formée  près  de  La  Valette  par  les  soins  d'un  ecclésias- 
titjue  nommé  Don  Luigi,  qui  se  montre  très  empressé  à  seconder 
ce  plan  d'éducation.  A  Kaples ,  le  nouveau  système  a  reçu  les 
plus  grands  encouragemens  de  la  noblesse,  des  hommes  de 
lettres,  et  des  individus  de  presque  toutes  les  classes.  D  y  a,  dans 
«ette  ville,  une  école  d'enseignement  mutuel,  où  trois  cent* 
enfans  pauvres  sont  instruits  aux  frais  du  gouvernement.  Plu- 
sieurs ctablissemens  du  même  genre  vont,  dit-on,  s'ouvrira 
Rome  et  .'i  Gènes  :  IMilsn,  Brcscia ,  Florence,  en  possèdent  déjà. 
Dans  cette  dernière  ville,  l'institution  est  encouragée  par  des 
personnes  d'une  grande  distinction.  M.  Gallini,  qui  a  parcouru 
la  France  et  l'Angleterre  dans  la  vue  de  s'instruire  des  procédés 
de  la  méthode  ,  vient  de  fonder  une  de  ces  écoles  à  Voghera,  en 
Piémont.  Le  prince  Carignano  en  avait  déjà  établi  cinq  dans  le 
même  pays,  où  elles  prosjièrent  d'une  manière  suqirenante,  et 
où  le  clergé  se  plait  à  les  encourager.  D'autres  viennent  de  se 
former  à  Nice  et  dans  ses  environs,  grâces  au  rèle  de  MM.  l'abbé 
Cessola ,  et  Caupin. 

FI,oRE^cE.  —  Instiliit  d'' enseigne  ment  public.  —  C'est  une  réu- 
nion de  plusieurs  écoles  destinées  à  l'instruction  de  la  jeunesse. 
M.  Attilio  Ziuccagni  Orlandini  ert  à  la  tête  de  cet  établissement , 
dont  il  a  conçu   le   projet;   il  »   pour  collègues  Luigi  Borrini, 


EUROPE.  fj3t 

Giuseppa  Pierottiniet  AgostinoGiuliani,  tous  jeunes  gens  e'gale- 
inent  anime's  de  l'amour  de  la  gloire  et  de  la  patrie.  Les  écoles 
qu'embrasse  cet  Institut,  sont  :  1°  celle  de  préparation;  2°  de 
calligraphie  et  d'arithmétique  e'iëmpntairc;  3"  de  dessin;  4°  ^t 
5"  de  géographie;  6°  d'histoire  sacrée;  ^°  d'histoire  civile; 
8**  d'histoire  littéraire;  9°  de  grammaire  générale  appliquée  à  la 
langue  italienne;  lo*  de  langue  française;  11"  et  12°  écoles  infé- 
rieures de  littérature;  i3**de  littérature  supérieure;  14"  de  logi- 
que et  de  géométrie;  i5°  d'élémens  d'histoire  naturelle  et  de 
physique.  Cet  établissement  a  mérité  la  protection  du  gouverne- 
ment. Les  fondateurs  ont  encore  établi ,  à  peu  de  distance  ,  un 
pensionnat  qui  s'ouvrira  au  mois  de  janvier  1821 ,  pour  les  jeunes 
gens  ,  surtout  pour  les  étrangers  qui  désireront  profiter  des  cours 
de  l'Institut  Florentin.  On  a  publié  à  Florence,  les  Constitutions 
t:t  réglemens  de  l'Institut  florentin. 

Rome.  —  Découverte  bibliographique.  —  On  a  annoncé  au 
monde  savant  des  découvertes  assez  importantes,  faites  dans  un 
manuscrit  du  onzième  siècle,  de  la  bibliothèque  du  Vatican.  Il 
contient  des  morceaux  inconnus  de  Polybe ,  de  Diodore  de 
Sicile  ,  de  Dion  Cassius  et  autres.  C'est  le  fruit  des  soins  et  des 
connaissances  de  l'estimable  conservateur  de  cette  bibliothèque, 
auquel  on  doit  encore  des  morceaux  d'Eusèbe  et  de  Philon  ,  sept 
livres  du  médecin  Oribaze  :  des  extraits  des  pères  grecs  et  la- 
tins, antérieurs  à  saint  Jérôme  ,  et  dont  on  n'avait  point  recueilli 
les  ouvrages,  et  plusieurs  autres  fragmens  de  l'antiquité. 

Hommages  rendus  a  la  mémoire  de  f'isronti.  —  A  Icxcmpie 
de  la  France  (i)  ,  l'Italie  croit  ne  pouvoir  trop  honorer  la  mé- 
moire de  Visconti.  M.  Gherardo  de  Rossi  a  prononcé  son  éloge 
â  l'Académie  d'archéologie  de  Rome.  Les  artistes  romains  ont 
consacré  au  même  sujet  une  de  leur  réunion  dans  lAcadémie  de 
Saint- Luc.  —  Dans  une  séance  publique,  tenue  à  Bologne, 
IVl.  Dionigi  Strocohi  a  lu  un  Éloge  du  célèbre  antiquaire, 
écrit  avec  son  élégance  ordinaire  ,  et  qui  a  été  publié,  en  1819, 
avec  une  Canzone,  de  G.  Marchctti.  Des  hommages  semblables 
ont  été  rendus  à  la  mémoire  de  Visconti,  dans  la  plupart  des 


(i)  Voy.  ci-dessus,  pag.  206  et  ci-apvès,  l'art.  Paris. 


I 


GJ2  EUROPE. 

villes  savantes  dltalie.  Parmi  tous  ces  ouvrages,  on  dislingue 
]a  N otlce  bioi^raphique .  par  INI.  J.  Labey,  qui  a  e'te  traduite  de 
l'italien  par  M.  Sergent  Marceau.  Cette  notice,  qui  a  devancé 
presque  toutes  les  autres,  est  très  étendue  :  c'est  Jà  qu'ont  puisé 
tous  les  autres  biographes  de  Visconti. 

Royaume  de  INaples.  —  Académie  des  Beaux-Arts.  —  Celte 
Académie  propose ,  pour  sujet  du  prix  de  peinture  à  dc'cerner 
en  1821 ,  J\J tdée Jlottanl  entre  la  pitié  et  la  rage,  au  moment  où 
elle  me'dite  la  mort  de  ses  enfans.  Le  tableau  devra  avoir  quatre 
pieds  de  haut  sur  trois  de  large ,  et  le  prix  sera  une  médaille  d'or 
de  la  valeur  de  600  ducats. 

Rome.  — Sculpture.  — Giovanni  Ccccarini,  jeune  sculpteur 
lomain ,  élève  de  Canova ,  a  témoigne  sa  reconnaissance  à  ce 
grand  maître,  en  exécutant  sa  statue.  Elle  est  de  grandeur  colos- 
sale :  Canova  est  assis  devant  un  torse  de  Jupiter,  dont  il  paraît 
admirer  le  travail.  On  a  beaucoup  vante  dans  ce  groupe  la  dignité 
de  l'expression ,  son  originalité,  et  lart  avec  lequel  les  drape- 
ries sont  disposées. 

TURQUIE    d'eUROPE. 

Valachie.  —  Ijckarest.  —  Instruction  publique.  —  Le  grand 
collège  de  celte  ville  vient  d'éprouver  une  amélioration  sensible, 
sous  la  protection  du  prince  actuel,  Alcxandros  Soulzos ,  natif 
de  Conslantinople,  et  qui  se  propose,  dit-on,  de  civiliser 
toute  la  Valachie,  pays  très  fertile,  en  y  faisant  propager 
les  lumières  de  l'iustruction.  On  assure  aussi  que  ce  prince  va 
donner  aux  Valaques  un  code  de  lois  ,  et  qu'il  contribuera  puis- 
samment à  l'abolition  de  la  féodalité,  institution  monstrueuse, 
qui  a  toujours  écrasé  les  paisibles  paysans. Cequ'ily  a  decertain, 
c'est  qu'on  vient  d'établir,  dans  ce  même  collège  ,  une  école  d'en- 
seignement mutuel,  et  que  le  fils  aîné  du  prince,  <jui  se  nomme 
JYicolaos  Soutzos ,  et  qui  est  un  jeune  homme  plein  de  mérite  ,  a 
dernièrement  assisté  à  l'ouverture  du  cours ,  pour  encourager  les 
élèves  au  nom  de  son  père.  Le  jeune  prince  a  prononcé,  après 
le  directeur,  !M.  Vardalachos ,  un  discours  simple  et  naif,  dans 
l((|ii<l  on  a  surtout  remarque  le  passage  suivant:  «  (Jhcrs  élèves, 
il  n'appartient  à  mon  Agv  de  vous  donner  des  conseils;  mais, 
j'adresse  du  fonJ  de  mon  cœur  des  vœux  ardens  au  père  des  lu- 


EUROPE.  633 

mières  et(îe  la  vérité,  pour  qu'il  vous  conduise  dans  le  sentier 
de  la  vraie  philosophie  et  de  la  vertu  ,  sans  lesquelles  toutes  les 
institutions  humaines  finissent  par  s'écrouler,  etc.,  etc.  w  Le 
discours  du  jeune  Soutzos  a  fait  beaucoup  de  sensation  sur  Tau- 
ditoire,  et  a  été  couvert  d'applaudissemcns.  Il  est  question  d'éta- 
blir aussi  à  Bukarest  une  bibliothèque  publique  bien  composée. 
Ce  grand  bienfait,  qu'on  attend  de  la  puissante  énergie  du  nou- 
veau prince ,  ne  peut  qu'ajouter  à  sa  gloire,  d'autant  plus  que  les 
livres  utiles  sont  très  rares  en  Valachie.  Le  prince  est  aidé  dans 
ses  grands  projets  par  INI.  Spiridioa  Valétas,  homme  plein  de 
savoir  et  de  vertus,  et  que  tous  les  habitans  regardent  comme  le 
plus  bel  oraement  de  la  cour.  C'est  lui  qui,  sous  le  nom  d'Aris- 
tomènes ,  a  publié,  il  y  a  deux  ans,  une  élégante  traduction  ,  en 
grec  moderne,  du  célèbre  discours  de  Rousseau,  sur  F  Inégalité 
des  conditions.  Cette  traduction  passe  dans  toute  la  Grèce  pour 
un  modèle  de  style.  IM.  Valétas  est  nalif  d'ios  ,  l'une  des  îles  cy- 
clades  de  l'Archipel ,  et  appartient  à  une  des  familles  les  plus 
distinguées. 

—  Le  théâtre,  établi  depuis  peu  à  Bukarest,  sous  la  direction  de 
M.  Jean  INicolo-Poulo ,  l'un  des  plus  riches  négocians  grecs, 
fait  toujours  des  progrès  5  on  vient  d'y  ajouter  une  troupe  de  mu- 
siciens italiens  ;  et  tout  fait  espérer  que  le  goût  de  la  bonne 
musique  se  propagera  bientôt  dans  toute  la  Valachie,  ainsi  que 
dans  toute  la  Grèce.  11  viendra  peut  être  ce  teras  heureux ,  où  l'on 
entendra  de  jeunes  Grecs  chanter  avec  enthousiasme  les  chœurs 
sublimes  d'Eschyle  ,  d'Euripide  et  de  Sophocle  !!.'  C.  N. 

G  n  È  C  E . 

Iles  Iosiesnes.  —  Sainte-Maure.  —  Enseignement  mutuel.  — 
Circulaire  adressée ,  en  1 820 ,  aux  habitans  de  celte  île,  par  M.  Ma- 
carius  ,  ci-devant  évêque  de  Bogous  ,  coadjuteur  de  P archevêque 
de  Corcyre.  —  «  Il  est  notoire  que  beaucoup  de  savans,  frappés 
des  obstacles  qui  s'opposent  à  l'instruction  de  la  jeunesse,  dans 
le  mode  actuel  d'enseignement,  et  prenant  en  considération  la 
perle  de  tems  ,  le  dégoût  de  l'étude ,  et  tous  les  maux  qui  en  sont 
la  suite  ,  se  sont  occupés  sérieusement  des  moyens  de  remédier  à 
ces  graves  inconvéniens.  Déjà  ces  savans  voient  leurs  nobles  ef- 
forts couronnés  de  succès,  par  l'introduction  de  la  précieuse 


G34  EUROPE. 

mëtliode  de  V enseignement  mutuel,  dont  la  découverte  a  fait 
radmiralion  de  l'Europe  civilisée ,  et  qui  a  été  accueillie  avec 
transport  partout  où  elle  a  pénétré.  Elle  vient  de  vous  être 
oflérte  par  M.  Atlianasc  Politc  ,  votre  compatriote,  aussi  recom- 
mandahle  par  ses  lumières  que  par  le  désintéressement  avec  le- 
quel il  a  sacrifié  ses  intérêts  pour  être  utile  aux  jeunes  gens  «V 
votre  pays.  Cependant ,  comme  la  jalousie  s^attachc  à  toutt- 
innovation,  quelque  utile  qu'elle  %o'\t ,V enseignement  mutuel. \  àtk 
rencontrer  de  l'opposition.  Des  personnes  ignorantes,  ou  enne- 
mies du  progrès  des  lumières ,  ont  représenté  la  nouvelle  méthode 
comme  incompatible  avec  les  sentimens  religieux^  et  chaque  jour, 
on  les  voit  détourner  les  jeunes  gens  de  fréquenter  les  écoles  ,  et 
dissuader  leurs  parens  de  les  y  envoyer. 

V  Pour  dissiper  ces  fâcheuses  préventions  ,  ou  en  neutraliseï' 
l'cflet ,  il  est  de  notre  devoir  de  déclarer  que  cette  précieuse  in- 
novation doit  être  embrassée  avec  zèle  et  reconnaissance  i°i)arcc 
que,  loin  d'être  contraire  à  la  religion,  elle  facilite  à  la  Jeunesse 
la  connaissance  de  ses  devoirs  envers  Dieu ,  et  envers  les  hommes  j 
'.«»  parce  qu'elle  épargne  beaucoup  de  tems,  que  Tancienne  mé- 
thode faisait  perdre  aux  jeunes  gens,  en  leur  causant  inutilement 
des  peines  et  de  l'ennui  j  et  (ju'ainsi  ils  apprendront  plus  promp-. 
tement,  plus  sûrement,  et  d'une  manière  plus  agréable,  à  lire,  à 
écrire,  à  orthographier,  etc.,  etc.  INou»  vous  conseillons  donc 
paternellement  de  vous  rassurer,  à  cet  égard,  et  de  ne  tenir  nul 
compte  des  insinuations  perfides  des  ennemis  de  l'enseignement 
mutuel.  Croyez-nous,  ce  n'est  pas  par  zèle  pour  la  religion,  mais 
par  ignorance  et  par  jalo»isie  ,  qu'ils  veulent  vous  éloigner  de  la 
seule  méthode  qui  puisse  instruire  facilement  vos  enfans  de  leurs 
devoirs  religieux  et  moraux.  Suivez  les  conseils  de  votre  arche- 
vêque, et  t[ue  chacun  di;  vous  s'empresse  d'envoyer  ses  enfans 
aux  nouvelles  écoles.  Vous  ne  sauriez  leur  rendre  un  plus  grand 
service ,  et  donner  un  exemple  plus  louable  aux  habitans  des 
autres  îles  ,  qui  s'empressent  déjà  d'adopter  la  nouvelle  mé- 
thode. 

"Faites  ce  que  je  vous  conseille,  et  la  grâce  de  Dieu  sera 
avec  vous.  » 


EUROPE.  635 

ESPAGNE. 

Enseignement  mutuel. — Au  commencement  de  iSt^,  lorsque 
M.  de  Pizarro  était  ministre  des  affaires  e'trangères,  un  officier 
espagnol  (ne  en  Irlande),  M.  Kerney,  fut  envoyé  en  Angleterre 
pour  y  apprendre  les  méthodes  de  Bell  et  Lancaster.  Cet  officier, 
en  retournant  à  Madrid  ,  s'arrêta  quelque  tems  à  Paris  et  y  prit 
connaissance  de  la  nouvelle  méthode  perfectionnée;  méthode 
qu'il  préféri  pour  l'école  espagnole. 

A  son  arrivée  à  Madrid  ,  on  nomma  un  comité  (junta  )  protec- 
teur, dont  M.  le  duc  de  V Injantado  fut  le  président,  et  dont  le 
marquis  de  Santa-Cruz,  actuellement  ambassadeur,  et  plusieurs 
autres  grands  d'Espagne,  furent  membres.  L'enseignement  mu- 
tuel trouva  peu  d'opposition  en  Espagne.  Quelques  maîtres 
d'école  se  déclarèrent  contre;  et  les  escolupios  (ordre  religieux 
particulièrement  dévoué  à  l'instruction  primaire  ,  et  qui ,  par 
son  excellent  esprit,  a  mérité  d'être  exempté  de  la  mesure  d'abo- 
lition récemment  adoptée  par  le  gouvernement)  firent  quelques 
démarches  j;our  décréditer  le  nouvel  élablissement;  mais  bientôt 
ils  prirent  le  parti  de  l'adopter  pour  rarithmétique  et  la  lecture  , 
mais  non  pas  pour  l'écriture,  parce  qu'ils  prétendaient  que  la 
méthode  d'enseignement  mutuel  n'était  pas  assez  brilUtnte.  Cette 
faible  opposition  ne  put  par  conséquent  arrêter  les  progrès  de  la 
nouvelle  méthode  :  l'école  compta  bientôt  plus  de  trois  cents 
élèves  ,  et  en  1819  de  nouvelles  écoles  furent  ouvertes  à  Barce- 
lone, Cadix,  Valence,  Valladolid,  la  Corogne  et  quelques  au- 
tres endroits.  Au  commencement  de  cette  année  1820,  le  corps 
royal  du  génie  a  établi  la  première  école  régiinentaire  à  Alcala  ; 
au  mois  de  juin ,  le  roi  a  voulu  répandre  et  multiplier  ces  établis- 
t  eemens  militaires ,  et  si  ce  projet  ne  s'est  pas  encore  exécuté,  ce 
n'est  point  par  l'opposition  d'un  parti,  mais  par  la  suite  de  chan- 
gemens  qui  obligent  à  créer  de  nouvelles  bases  d'organisation 
militaire.  Cependant  le  régiment  de  Cordoue,  en  garnison  à  Bar- 
celone ,  a  une  école  d'enseignement  mutuel  :  et  je  crois  que  le 
régiment  de  Lorraine,  et  deux  autres  quifircnt  partie  de  la  petite 
armée  du  général  Quiroga  ,  en  ont  aussi.  Le  comte  de  l'Abisbal 
avait  eu  l'idée  d'établir  à  l'île  de  Léon  (quartier  général  de  l'ar- 
mée expéditionnaire  en  1818  et  1819)  des  écoles  régimentairf); 


636  FUROPE. 

et  avait  déjà  créé  une  école  normale.  J'ai  lu  le  Mémoire  écrit  û 
ce  sujet  par  Tofficier  directeur.  L'n  professeur  de  grammaire, 
près  de  Madrid,  fait  des  essais  pour  enseigner  les  principes  de  la 
grammaire  espagnole  et  latine  d'après  la  nouvelle  méthode.  Le 
gouvernement  espagnol  fait  imprimer  en  ce  moment  une  instruc- 
tion destinée  à  répandre  la  méthode  générale  et  uniforme  en  Es- 
pagne. ]VT.  le  marquis  de  Santa-Cruz  a  bien  voulu  promettre  ,  à 
l'auteur  de  cet  article,  de  lui  donner  un  exemplaire  de  cet  intéres- 
sant ouvrage ,  aussitôt  qu'il  aura  paru.  B.  Appert. 

Cadix.  —  Instructinn  publique. — La  constitution  est  l'objet  de 
l'instruction  publique  dans  toutes  les  écoles  primaires.  Dans  les 
couvens  de  Saint-Dominique  et  de  Saint-François,  les  religieux 
servent  de  professeurs  et  y  mettent  beaucoup  de  zèle.  Les  capu- 
cins ne  veulent  pas  encore  imiter  cet  exemple. 

PORTUGAL. 

Lisbonne.  —  Enseignement  mutuel.  — Le  directeur  général  des 
écoles  portugaises,  M.  de  Conto-e-âJelo ,  a  envoyé  à  la  Société 
de  Paris,  une  collection  de  petits  ouvrages  élémentaires  qu'il  a 
composes  à  l'usage  des  écoles  ,  accompagnés  de  tableaux  de  lec- 
ture et  de  calcul  j  l'ordre  et  la  méthode  se  font  remarquer  dans 
ces  écrits,  et  les  matières  y  sont  assujellies  à  une  marche  analy- 
tique. 

ROYAUME    DES    PAYS-BAS. 

Bruxelles. —  Chimie.  —  Wonuelle  préparation  des  animaux.  — 
M.  Drapiez,  professeur  de  chimie  et  d'histoire  naturelle,  l'un 
des  rédacteurs  dfs  Annales  générales  des  sciences  physiques ,  a 
substitué  avec  succès,  aux  matières  vénéneuses,  dont  Teniploi  e.<t 
si  souvent  dangereux  dans  la  préparation  des  animaux  pour  la 
collection  d'histoire  naturelle  ,  un  savon  composé  de  potasse  et 
d'huile  de  poisson.  Il  dissout  une  partie  de  potasse  caustique 
dans  une  suffisante  quantité  d'eau  j  il  ajoute  à  cette  dissolution 
une  partie  d'huile  de  poisson  5  il  triture  le  mélange  jusqu'à  ce 
qu'il  en  résulte  une  masse  assez  ferme.  ()uand  ce  savon  est  à  un 
<|pgré  complet  de  dessication,  il  le  réduit  en  poudre  au  moyen 
d'une  râpe;  une  partie  de  celte  jiouihe  est  employée  à  former 
une  pûte  molle  ou  savon  liquide  ,   au  mo}'Vn  duuc  quantité  éguU 


EUROPE.  637 

de  camphre  dissoute  dans  l'alcool  musqué.  Ce  savon  liquide  sert 
à  enduire  la  peau  bien  de'graissee  de  l'oiseau,  et  l'autre  partie  du 
savon  en  poudre  est  parsemée  entre  les  plumes  de  Toiseau  en  la 
plus  fjrande quantité' possible.  Lorsque  l'oiseau  est  ainsi  pre'pare  , 
On  le  porte  dans  un  lieu  humide  ,  afin  que  les  particules  de  savon 
venant  à  se  ramollir,  se  collent  parfaitement  contre  les  parois 
des  plumes,  du  duvet  et  de  la  peau  :  on  le  met  ensuite  sécher.  Par 
ce  moyen,  il  résiste,  complètement  aux  attaques  des  larves,  et 
n'oflVe  point  les  dangers  ni  les  inconveniens  des  })re'parations 
arsenicales,  qui,  comme  l'on  sait,  salissent  les  extrémités  des 
plumes  et  des  poils. 

Publication  nouvelle. — Législation  — Le  quatrième  volume  de 
l'ouvrage  intitulé:  Esprit,  origine  et  progrès  des  institutions  judi- 
ciaires ,  va  paraître.  Il  traite  des  Institutions  judiciaires  des  Pays- 
Bas.  Cet  ouvrage,  écrit  en  langue  française,  est  également  impor- 
tant pour  l'histoire ,  pour  la  politique  et  pour  la  législation.  Son 
auteur,  M.  Meyer,  n'est  point  Allemand,  comme  on  l'a  dit  dans 
plusieurs  journaux  étrangers;  il  est  d'origine  juive  et  ré  à  Ar- 
nheim  en  1786.  La  plupart  de  ses  ouvrages  sont  écrits  en  français 
comme  celui-ci. 

Amsterdam.  —  Théâtre. — Don  Carlos  ,  tragédie.  —  Le  journal 
hollandais,  intitulé  Le  Censeur,  même  des  censeurs  (  De  Recen- 
sent,  von  der  recensenten)  (tome  XIII,  n°  8 ,  p.  ^■2'^ — 4^*^)  > 
nous  apprend  que  la  tragédie  de  la  mort  de  dpn  Carlos ,  dont 
nous  avons  rendu  compte  dans  la  dix-septième  livraison  de  la 
Revue,  et  qui  a  paru  anonyme ,  est  de  M.  Jï^iselius  ,  dont  nous 
nous  proposons  de  faire  connaître  incessamment  les  Poésies  mê- 
lées et  dramatiques  (Mengel  en  tooncel-poézy^  ,  publiées  à  Ams- 
terdam, chez  Gartman  et  Van  der  Hey,  1818.  /f  vol.  in-8".  La 
Mort  de  don  Carlos  n'en  fait  point  partie,  et  elle  a  été,  depuis 
notre  article,  représentée  avec  un  grand  succès  sur  le  théâtre 
d'Amsterdam.  Le  journal  cité  censure  les  journalistes  hollandais 
de  s'être  laisse  prévenir  par  un  journaliste  étranger,  dans  Tan- 
nonce  de  celte  pièce,  et  il  nous  fuit  l'honneur  d'adopter  notre 
analyse  en  entier,  en  l'accompagnant  seulement  de  quelques 
•bscrvations,  et  de  la  citation  de  quelques  scènes  de  l'original. 

M. 


638  EUROPE. 

FRANCE. 

Calvados.  —  Caen.  —  Modèle  anatoviique  le/'icscnuint  parti' 
culière/iienl  lu  myologie  humaine.  —  M.  Auieline ,  professeur 
d'anatomie  à  l'Ecole  d'instruction  de  cette  ville ,  vient  d'inventer 
et  de  composer  un  modèle  anatomique  représentant  un  corps  hu- 
main de  grandeur  naturelle.  Ce  modèle  e.st  forme  lo  d'os  véri- 
tables (jui  en  constituent  le  squelette  ;  i°  de  muscles  faits  avec  du 
carton  qui,  après  avoir  éle'  ramolli  et  modelé  d'après  nature,  est 
recouvert  de  brins  de  chanvre  lin ,  destinés  à  imiter  les  libres 
musculaires ,  et  peint  ensuite  de  couleur  naturelle  j  o»  de  fils  et  de 
cordes  à  boyau ,  enduits  dun  vernis  coloré,  et  qui  simulent  les  ar- 
tères ,  les  veines  et  les  nerfs;  4°  enfin,  de  poUs  véritables  pour 
les  parties  qui  doivent  en  être  jMJurvues. 

Au  moyen  de  cette  image  exacte  de  la  structure  et  de  la  cou- 
leur des  organes  qui  composent  le  corps  humain ,  on  peut  étudier 
avec  facilité  des  parties  qu'on  a  beaucoup  de  peine  à  bien  observer 
sur  un  cadavre.  Ce  modèle  présente  les  parties  sous  toutes  les 
faces,  permet  qu'on  les  touche  ,  qu'on  les  détache,  et  qu'on  les 
étudie  séparément,  sans  altérer  leurs  formes  naturelles  j  il  peut 
seivir  aux  di  monstrations  ,  dans  des  tems  où  la  chaleiur  est  un 
obstacle  aux  dissections  et  surtout  pour  les  personnes  à  qui  ces 
opérations  causent  de  la  répugnance. 

Moselle.  —  f-^'acci,  e.  —  Malgré  les  mesures  prises  par  l'auto- 
rité ,  dans  ce  département ,  j>our  détruire  la  petite  vérole  par  le 
moyen  de  la  vaccine,  cette  cruelle  maladie  n"a  pas  laissé  d'y 
exercer  cette  année  ses  ravages  dans  plusieuis  communes.  Rencon- 
trant sans  cesse  de  funestes  préventions ,  le  zèle  des  vaccinateurs 
a  besoin  d'être  plus  fortement  soutenu  et  encouragé  par  l'admi- 
nistration. Pour  parvenir  à  ce  but,  M.  le  préfet  vient  de  prendre 
un  arrêté  fort  sage  ,  qui  divise  son  département ,  pour  la  pratique 
de  la  vaccination  ,  en  arrondissemens,  à  chacun  desquels  il  sera 
attaché  un  vaccinateur  cantonnai,  choisi  parmi  les  docteurs  en 
médecine  ou  en  chirurgie,  les  ofiiciers  de  santé  et  les  sages- 
femmes  qui  se  livrent  avec  le  plus  de  zèle  et  de  succès  à  la  vacci- 
nation. Les  vaccinateurs  cantonnaux  se  rendront ,  deux  fois  par 
an,  dans  chacune  des  communes  de  leur  arrondissement,  et  ils 
recevront  pour  honoraires  une  indemuité  de  cinquante  centime* 


EUROPE.  639 

par  chaque  individu  vacciné ,  laquelle  dépense  sera  à  la  charge  de 
la  commune ,  et  acquittée  sur  le  fonds  de  charité  ou  des  dépenses 
imprévues.  Les  personnes  qui  auront  refusé  de  faire  vacciner  leurs 
enfans ,  ne  seront  point  admises  à  profiter  des  secours  accordés 
aux  indigens. 

Metz.  —  Instruction  des  Israélites.  —  L'Ecole  israélite  ouverte, 
depuis  deux  ans,  dans  cette  ville  ,  aux  enfans  peu  aisés  qui  pro- 
fessent cette  religion  ,  ofl're  aujourd  hui  de  tels  résultats,  qu'on  a  la 
certitudede  voir  un  jour  les  anciennes  habitudes  de  ces  enfans  entiè- 
rement changées,  et  tout-à-fait  conformes  aux  mœurs  de  la  France , 
depuis  sa  régénération  politique.  (  Voy.  ci-après  l'art.  Paris.  ) 

Loire -LïFÉRiECRE.  —  Enseignement  mutuel.  —  L'Ecole  de 
KERVALETCst  destinée  à  recevoir  les  enfans  des  paludiers  du.  pays, 
ouvriers  occupés  des  travaux  des  marais  salans.  Il  est  encore  plus 
nécessaire  aux  paludiers  de  savoir  bien  lire,  écrire  et  compter,  et 
même  d'avoir  quelques  notions  du  dessin  linéaire,  qu'à  toute 
autre  classe  du  peuple,  et  le  gouvernement,  qui  en  a  senti  l'im- 
portance ,  accorde  sa  protection  à  l'école  de  Kervalet ,  forte  de 
soixante  élèves,  pendant  la  saison  d'hiver.  M.  le  curé  de  Batz  en 
n.  aussi  reconnu  toute  l'utilité ,  et  il  se  fait  compter  parmi  ceux 
qui  l'encouragent  hautement. 

Seixe-Inférieure.  —  D'après  le  tableau  présenté  à  la  Société 
d'encouragement  pour  l'enseignement  mutuel  dans  ce  départe- 
ment, il  y  a  maintenant  3o  écoles  en  pleine  activité,  et  2,000 
enfans  y  reçoivent  le  bienfait  de  l'instruction  primaire.  Ces  éta- 
blissemens  se  subdivisent  ainsi  qu'il  suit  :  Arrondissement  de 
Rouen ,  8  écoles  ,  dont  une  de  Glles.  —  Arrondissement  de  INeuf- 
châtel,  5  écoles  j  —  d'Yvetot,  3j  —  de  DMppe,  4>  —  du  Ha- 
vre ,  y.  C'est  au  zèle  et  à  la  protection  de  mT  le  baron  Malouet , 
à  qui  l'administration  de  ce  département  était  précédemment 
conliée,  que  ces  progrès  sont  particulièrement  dus.  M,  JJamel, 
qui  parcourt  l'Europe  avec  une  mission  de  l'empereur  de  Russie 
pour  examiner  toutes  les  écoles  d'enseignement  mutuel,  a  consigné 
sur  les  registres  de  celle  de  Rouen,  qu'elle  était  une  des  plus 
belles  et  des  mieux  tenues  qu'il  eût  encore  visitées. 

IJouBs.  —  Maxdeube.  — Antiquitcs.  —  Mandeure,  appelée 
Epamnnihnduruni  dans  l'itinéraire  d'Antonin  ,  était  une  ville 
considérable  de  la.  Gaule«celtique ,  sur  le  Dulns  fie  Doubs),  à 


G/fO  EUROPE. 

quelque  distance  au  nonl-est  de  f^esontio  (Besanron).  Julcs- 
Ce'sar  j>arle  souvent  dans  ses  Commentaires  des  >Iandubicns,  ha- 
h\\.M\%àl:]tanianilondurnm,  qui  fut  successivement  nomrae'e  Man- 
duùia,  AJaiuluzin ,  et  enfin Mandeure.  Cette  ville  était  très  consi- 
dérable dans  la  Gaule  celtique,  puisqu'on  y  remarquait  des  palais, 
des  temples,  des  bains,  et  un  beau  jiont  sur  le  Doubs  :  on  croit 
qu'elle  fui  détruite  par  Attila. 

D'après  cela,  il  n'est  pas  étonnant  qu'on  découvre  aujourd'hni 
un  monument  considérable  sur  l'antique  emplacement  d'Kpa- 
mandondurum ,  dans  le  voisinage  de  Mandeure.  Celui  dont  une 
partie  vient  d  être  débla^  ée  par  les  soins  de  M.  le  sous-préfet  de 
Montbeillard ,  n'est  ni  un  cirque,  ni  un  amphithéâtre  ,  mais  un 
beau  et  vaste  théâtre.  Les  immenses  débris  de  ce  théâtre  ont  été 
successivement  recouveits,  non  parla  culture  (la  main  de  1  homme 
ne  travaille  pas  ainsi  en  grand),  mais  par  la  marche  lente,  uni- 
forme et  constante  du  tenis,  qui  a  entraîné  les  terres  de  la  partie 
supérieure  de  la  raonta;;ne  sur  les  restes  de  cet  édiflce,  échappés 
à  la  baibarie  et  au  vandalisme  des  siècles  précédens. 

Les  princes  de  Montbeillard  avaient  fait  exécuter,  de  1780 
à  1789,  quelques  fouilles,  mais  irrégulières  et  incomplètes,  et  qui 
leur  avaient  seulement  procuré  diflérens  ol)jcts  d'arts  en  usaçe 
chez  les  Romains,  et  plusieurs  médailles.  C'est  à  M.  de  Villiers 
du  Terrage,  préfet  du  département  du  Doubs  en  1818,  parfaite- 
ment secondé  par  M.  de  Montrond,  sous-préfet  de  Montbeillard, 
que  Ion  doit  les  premières  recherches  régulières  qui  ont  mis  sur 
la  voie  de  la  découverte  actuelle.  Le  conseil  général  du  départe- 
ment du  Doubs,  dans  sa  session  de  1820,  a  voté  une  somme  de 
1200  fr.  pour  contÏJMier  ces  fouilles,  et  a  témoigné  le  désir  ((ue 
5o,ooo  fr.  provenant  de  recouvremens  arriérés  du  département 
fussent  employés  au  même  objet.  Espérons  que  ces  belles  ruines 
seront  entièrement  mises  à  découvert.  Cette  opération  doit  pro- 
duire des  résultats  précieux  sous  le  rapport  des  arts ,  soit  en  iso- 
lant toutes  ces  constructions  antiques  pour  faire  juger  de  leur 
ensemble;  soit  en  exhumant  des  statues,  des  marbres  précieux  et 
des  inscriptions  qui  ornaient  toujours  les  théâtres  des  peuples  de 
l'antiquité.  Mais  pour  obtenir  de  pareils  résultats,  il  faut  que  les 
fonds  soient  proportionnés  à  l'entreprise  ;  et  le  gouvernement , 
instruit  de  Timportancc  de  cette  rech«-che  ,  ne  manquera  sans 


EUROPE.  641 

doute  pas  de  consacrer  la  somme  que  le  conseil  général  du  dépai- 
teiasnt  du  Doùbs  a  désigne'e  à  cet  effet.  Nous  instruirons  nos  lec- 
teurs des  re'sultat  s  ultérieurs  de  ces  recherches,  en  leur  donnant 
quelques  détails  sur  les  dimensions  du  bel  édifice  dont  nous  ve- 
nons de  parler. 

SOCIÉTÉS   SA.YA.VTES   ET   d'uTILITÉ    PUBLIQUE. 

Besancom  {Doubs).  — La  Société  royale  (Tngriculture ,  dont 
les  séances  avaient  été  interrompues  pendant  plusieurs  années, 
les  a  reprises  depuis  1819,  avec  une  activité  nouvelle.  Cotre  So- 
ciété ,  composée  comme  elle  l'est  aujourd'hui ,  ayant  reçu  une 
somme  de  i,ooo  francs  du  gouvernement,  et  soutenue  par  le 
conseil  général  du  département  du  Doubs  qui  présag»*  toute  son 
utilité,  ne  peat  manquer  d'obtenir  d'heureux  résultats.  Elle  est 
présidée  par  INl.  Girod  de  Chantrans ,  membre  associé  de  l'Insti- 
tut ,  savant  aussi  distingué  que  modeste. 

Cette  Société,  désirant  ofi'rir  des  exemples  pratiques,  des  amé- 
liorations ,  et  des  assolemens  qu'il  importe  le  plus  de  propager 
dans  les  campagnes  ,  et  n'ayant  pas  des  fonds  assez  considérables 
pour  créer  et  entretenir  à  ses  frais  une  ferme  expérimentale  ,  est 
parvenue  à  en  recueillir  cependant  tous  les  résultats  par  une 
conception  simple  et  ingénieuse,  qui  mérite  de  trouver  des  imi- 
tateurs. M.  Bruand ,  l'un  de^  n^embres  de  la  Société ,  et  proprié- 
taire d'un  domaine  à  Woironte,  viila;^p  près  de  Besançon,  se 
contentant  de  retirer  de  son  domaine  l'ancien  prix  d'amodia- 
tion ,  a  laissé,  à  la  Société  d'.i^riculture,  la  tâche  de  régler 
toutes  les  conditions  de  culture  d'un  nouveau  bail.  L'ancien 
"ermier,  instruit  par  elle  ,  s'est  chargé  d'exécuter  les  conditions 
prescrites^  de  cette  manière,  la  Société,  seule  régulatrice  de  Tasso- 
ement  et  de  toutes  les  conditions  du  bail,  en  surveille  et  en 
onstate  les  résultats.  Le  fermier  en  solde  le  prix  au  pro}.ii  ;taire, 
!;t  la  S  jciété,  qui  se  charge  d'indemnistr  le  fermier ,  dans  le  cai 
)ù  il  serait  en  perte  par  l'effet  seul  des  assolemeris  et  des  procé- 
iés  le  culture  qu'elle  lui  rend  obligatoires  ,  oiire  par  ce  moyen 
une  ferme  d'expériences  agricoles,  qui  réunit  tous  les  avantages 
pratiques  à  toute  l'économie  possible  de  l'administration  et  des 
Mpitaux. 

Prix  proposés  pour  1821  et  1822.  —  1°.  La  Société  décernera , 
TOME   VIII.  4' 


I 


ÏS4a  EUROPE. 

dans  la  séance  du  qi  décembre  1821,  des  me'daillcs  d'honneur 
aux  cultivateurs  les  plus  ncnmmandablcs  du  depai tement j 
a°  en  décembre  iSui ,  ttne  mtdiiit/e  tfor,  de  deux  cenU francs  ,  au 
cultivatiur  piopi  ie'taire  du  departerainl ,  qui,  à  dater  de  la  pu- 
blication du  j)r<ij;ramiTie,  se  sera  occupe,  avec  le  plus  dr  succès, 
des  irrii^ntiorfs  de  pm  ou  de  terres  en  culture  ,  sur  une  etenduo  de 
deux  hectares  au  moins;  des  médailles  dVnc;ourageaienl  seront 
accordées  aux  diflérens  accessits.  Les  Me'moires  descriptifs  des 
travaux  pxccut(:s,  devront  être  adresse's  au  secrétariat  de  la  So- 
ciété, avant  le  i""  novembre  1822,  au  plus  tard;  3°  dans  la 
se'auce  publique  de  di'ccndire  1822,  une  médaille  d'or  de  la  valeui 
de  3ooJrancs  ,  à  l'agricuileur  qui  aura  le  mieux  décrit ,  dans  un 
IVlemoire,  les  eflets  que  produisent  sur  la  végétation  du  froment 
les  engrais  suivans  :  1°  les  recolles  enterrées  en  vert;  i°lesj'iunieri 
de  basse-cour-^  3"  le  parcage  des  moutons j  4°  '^*  composta 
anglais  ;  5°  la  gadoue;  6°  Curine  liquide  ou  Curale  calcaire  ;  -^o  lei 
tourteaux  qui  restent  après  Vexlraclion  de  Vlmilc  des  dij^'érentet 
graines;  bo  les  engrais  animaux  solides,  tels  que  rapurrs  de  cor- 
nes,d^os,  poils,  elc  Ceux  qui  ne  concourront  que  pour  une  parti» 
de  ces  engrais  ,  recevront ,  s'il  y  a  lieu  ,  des  médailles  d'encoura- 
gement. Les  Mémoires  devront  être  adressés  à  la  Société  ,  a  van 
le  i5  novembre  182a. 

—  u4cadémie  des  sciences ,  belles-lettres  et  arts.  —  Prix  proposi 
pour  le  i\  août  1821 .  —  Sujet  du  discours  :  n  Quelle  a  été ,  sous  h 
rapport  des  arts ,  des  sciences  et  des  lettres,  dans  le  comté  dt 
Bourgogne,  linfluence  de  la  réunion  de  cette  province  à  li 
France?  » 

L'étendue  de  chaque  discours  devra  ne  pas  excéder  trois  (juarti 
d'heure  de  lecture,  non  compris  les  notes.  Le  prix  consiste  et 
imemédailled'or ,  delavaleurde200  francs.  Lesouvrages  devron 
être  adressés  à  M.  le  secrétaire  perpétuel ,  avant  le  i""  juin  1S21 
Caen  (Cali'ados).  —  académie  royale  des  sciences  ,  arts  e 
belles -lettres.  —  Séance  du  10  no^'embre.  —  Extrait  d'une  note 
lue  par  M.  Pattu ,  sur  un  nouveau  procédé  pour  imprimer  des  des 
sins  avec  des  planches  de  porcelaine.  —  La  lithographie  oflVc  auj 
dessinateurs  les  moyens  de  multiplier  à  leur  gré  les  dessins  origi- 
naux ,  mais  elle  entraîne  ilc  grandes  difiJculfés  pour  le  tirage.  S 
les  pierres  sont  défectueuses,  si  rouvricr  n'a  pas  une  grande  in- 


EUROPE.  643 

telligcnce  et  une  longue  pratique,  les  dessins  sont  promptement 
aite'rës.  Aussi  les  directeurs  des  premières  imprimeries  lithogra- 
phiques de  Paris  sont-ils  oblige's  de  veiller  avec  le  plus  grand  soin 
aux  tirages ,  et  n'emploient  -ils  pour  les  dessins  précieux  que  des 
pierres  d^\llem;îgne.  On  désire  donc  gene'ralement  que  la  litho- 
graphie soit  rendue  plus  simple  ,  que  les  traits  ne  puissent  s'élar- 
gir ,  et  qu'il  soit  facile  de  nettoyer  les  parties  de  la  pierre  non  oc«- 
cupe'es  par  le  dessin.  On  a  lieu  de  croire  que  M.  Lnnglois ,  fa- 
bricant de  porcelaine  à  Bayeux,  a  résolu  ce  problême  qui  lui  a  été 
proposé  par  M.  Paltii ,  membre  de  l'Académie ,  après  plusieurs  en- 
tretiensque  celui -ci  a  eus  avec  ses  confrères,  ^I'*  Thierry  et  Hérault. 
M.  Langlois  a  découvertune  compositionparticulièrequiluidonne 
le  moyen  de  tracer  avec  le  pinceau  ,  et  de  tixer  par  une  seconde  cuis- 
son ,  des  dessins  sur  les  planches  de  porcelaine  couvertes  d'émail , 
et  de  rendre  les  traits  assez  rudes ,  pour  qu'ils  retiennent  l'encre 
d  impression  dans  le  tirage  ,  pendant  qu'on  nettoie  l'émail  qui  les 
entoure.  Par  ce  moyen ,  on  peut  multiplier  les  épreuves  à  l'infini , 
sans  altérer  les  dessins.  Ceux  que  M.  Paltu  a  piésentés  à  l'Aca- 
démie ont  prouvé  qu'on  obtient  par  ce  procédé  des  traits  extrê- 
■  mement  déliés ,  des  graines  fins  et  même  des  teintes  plates. 
I  M.  Langlois ,  dont  les  talens  sont  connus ,  poursuit  ses  recher- 
ches, et  on  a  lieu  d'espérer  qu'il  portera  ce  nouvel  art  à  un  degr« 
(  de  perfection,  qui  le  rendra  extrêmement  utile  atix  artistes. 

Maco.\  [Saône  -et-  Loire).  —  La  Société  des  sciences,  arts  et 
I  belles-lettres  avait  proposé,  en  1830,  un  prix  pour  la  meilleure 
I  ode  sur  ce  sujet  :  Louis  XI  f^  vengé  de  ses  détracteurs  ;  elle  n'a 
pu  accorder  c{ue  deux  mentions  honorables  ;  la  première  à  l'od« 
ayant  pour  épigraphe  :  Heupielasl  heu  prisai  Jîdes  !  la  seconde  à 
\  l'ode  dont  l'épigraphe  commence  par  ces  mots  :  J«  ne  considèr» 
1  pas  seulement  Louis  XIV  ,  etc. 

La  même  Société  met  au  concours  cette  question  :  «  L'éduca- 
1  tion  publique  ofl're-t-elle  assez  de  garantie,  lorsqu'elle  n'est  pas 
î  confiée  Ji  un  ou  plusieurs  corps  qui  tiennent  de  la  loi  une  indé- 
!  pendance  suffisante ,  qui  aient  un  pouvoir  spécial  sur  leurs  mem- 
1  bres,  et  qui  soient  dépositaires  des  doctrines  religieuses,  morales 
t  et  politiques  ?  »  Le  prix  sera  uni;  médaille  d'or  de  la  valeur  de 
!  3oo  francs.  Les  M<;mnires  doivent  être  remis,  avant  la  fin  du  mois 
de  juillet  1821 ,  à  M.  le  secrétaire  perpétuel  à  Afâcon. 


644  FrnoPE. 

PARIS. 
Socicté  d'encouragement  de  rinilustrie  nationale.  —  t'abricallnn 
des  rasoirs.  —  Plus  cette  Soci(*té  se  raontre  difficile  pour  accor- 
der son  approl'ation  aux  inventions  des  arts ,  plus  son  siifTragc 
nie'rite  d'in'^pircr  la  con.'iance.  Célr.i  qu'elle  vient  de  donner  aur 
rasoirs  de  M.  Prcdier  (rue  Bourg-rAi^be',  n"  9.-ï)  e.-t  fonde'  sur  les 
considérations  suivantiS.  (RiiU«  tin  de  la  Socie'îe,  no  d'août  1820, 
page  '^o.)  La  bonté  d'un  rasoir  ne  dépend  pas  seulement  de  la 
qualité  deTacier  dont  il  e^t  fait  et  de  sa  trempe  :  il  y  a  des  rela- 
tions nécessaires  entre  la  largeur  de  la  lame  et  l'épaisseur  du  dos. 
L'ouvrier  qui  pas?e  le  rasoir  sur  la  raeule ,  la  pose  à  plat  et  l'use 
également  sur  toute  sa  surface.  Si  li  dos  est  trop  épais,  le  biseau 
du  (ninchant  sera  court,  et  le  tube  do  la  barbe  pliera  sans  être 
coupé  :  si  le  dos  est  trop  mince,  le  biseau  sera  long  et  faible,  il 
pliera  ef  s'émoussera.  M.  Pradicr  fait  faire  tous  ses  rasoirs  sur 
des  modèles  de  mêmes  dimensions,  il  les  trempe  lui- même  :  et 
comme  il  assure  qu'il  a  des  movins  d'obtenir  un  degré  constant 
de  clialeur  et  de  refroidi--sement  ,  on  voit  que  ses  lames  sont 
toutes  identiques,  et  qu'il  lui  est  aussi  impossible  d'en  donner 
une  moins  bonne,  qu'une  meilleure.  M.  Pradier,  déjà  honoré  du 
suffrage  de  la  Société  d'encouragement  pour  sa  belle  fabriqiie  de 
nacre  de  perle,  fait  encore  des  cuirs  à  rasoirs,  ainsi  qu'une 
poudre  propre  à  rendre  à  ces  instrumens  leur  ardeur  lorsque  l'u- 
sage l'a  afl'aiblie.  Le  Comité  des  arts  mécaniques  a  propose' de  ré- 
compenser cet  artiste  par  une  médaille  d'or,  à  raison  de  l'excel- 
lente qualité  de  ses  lames,  et  de  la  grande  extension  qu'il  a  donnée 
à  celte  branche  d'industrie  :  il  en  fabrique  plus  de  trois  mille 
par  mois ,  qu'il  livre  au  commerce  à  des  prix  très  modérés. 

—  C'est  ici  le  lieu  de  parler  d'un  IVouveau  procedt-  pouradcucir 
le  tranchant  des  n soirs ,  trouvé  par  M.  .l/é/7//ni' ,  et  bien  sup»'- 
rieur  au  rouge  à  polir,  à  l'émeri ,  à  la  plombagine,  etc.  11  con- 
siste dans  l'emploi  d'un  Iriloxide  dvj'er cristallise,  appelé  par  les 
minéralogistes, yéi"  oligiste  Sfcciilaire:,  il  se  trouve  dans  les  mines 
On  en  prépare  d'artificief  de  la  manière  suivante  :  on  prend 
parties  égales  de  sulfate  de  fer  (couperose  verte)  et  d'hydrochlo- 
rate  de  soude  (sel  commun)^  on  les  broie  légèrt  nient  ensemble 
pour  les  mêler,  et  l'on  en  remplit  un  creuset  que  i'«n  rlianlV.'  ji- 
qu'au  j'ougc.  Quand  il  ne  s'élève  plus  de  vapeurs  de  la  matici  ■ 


EUROPE,  645 

on  la  laisse  [refroidir ,  on  la  lave  ensuite  pour  enlever  les  sels ,  et 
on  recueille  les  paillettes  biillantes ,  violettes  et  micacées  qui 
tombent  au  fond,  les  premières  ;  ce  sont  elles  qui ,  e'tendues  sur 
un  cuir ,  adoucissent  le  tranchant  du  rasoir  et  le  font  couper  par- 
faitement. On  trouve  de  cette  [poudre  préparée  chez  ]M.  Cur- 
deilhai  ,couteher,  rue  du  Roule,  no  4,  à  Paris. 

—  La  Société  biblique  protestante  s'est  réunie,  le  4  décembre, 
en  assemblée  générale,  sous  la  présidence  de  M.  le  marquis  de 
Jaucourt,  pair  de  France,  dans  les  salons  qui  avaient  été  mis  à 
sa  disposition  par  la  Société  d'encouragement  de  l'industrie  na- 
tionale. On  y  a  entendu  ,  avec  le  plus  grand  intérêt ,  un  rapport 
sur  les  travaux  du  comité,  par  M.  Vincent  Saint-Laurent, 
secrétaire  en  fonction ,  et  im  morceau  sur  les  bienfaits  de  la  lec- 
ture intégrale  des  livres  saints,  par  M.  Stapfer. 

Société  pour  l'enseignement  élémentaire.  —  Cahiers  lithogra- 
phies. —  Les  six  premiers  numéros  des  cahiers  lithographies,  des- 
tinés à  apprendre  à  lire  dans  l'éciiture,  ont  été  adressés  au  con- 
seil de  la  Société  par  M.  Selves  fils,  qui  a  exécuté  l'heureuse 
idée  de  composer  ces  lectures  de  manière  à  donner  en  même  tems 
des  notions  utiles,  tel  que  l'arpentage  et  l'art  de  lever  les  plans  j 
les  élémens  de  l'agriculture,  la  connaissance  des  céréales  et  l'amé- 
nagement des  terres.  Ces  cahiers  sont  déjà  en  usage  dans  les  école» 
fondées  par  M.  le  préfet  de  la  Seine.  Ils  vont  être  essayés  dans 
celles  de  la  Société. 


Instruction  publique.  —  Ecoles  israélites.  —  Les  écoles  élé- 
mentaires ,  pour  la  jeunesse  israélite  ,  continuent  de  s'établir  sur 
tous  les  points  du  royaume  où  cette  classe  de  citoyens  est  répan- 
due. Une  distribution  solennelle  de  prix  a  eu  lieu  ,  pour  la  pre- 
mière fois,  à  Paris,  le  3i  octobre,  à  l'école  israélite  de  la  rue  Av% 
Singes.  M.  le  chevalier  Japhé,  maire-adjoint  du  7=  arrondisse- 
ment, a  prononcé,  dans  cette  cérémonie  intéressante  par  sa  nou- 
veauté, un  discours  plein  de  sagesse  et  de  philanthropie.  M.  le 
chevalier  Cologna,  grand-rabbin,  président  de  la  CommissioH 
consistoriale  de  surveillance  et  d'administration  de  cette  école, 
(  commission  dans  laquelle  siègent  plusieurs  des  israélites  les  plus 
éclairés  de  la  capitale,  tels  que  MM.  A.  Cerfberr ,  Michel  Berr , 
E.  Halévy,  etc.),  et  M.  B.  Rodrigues,  membre  laïque  du  con..i^- 


646  EUROPE. 

toire  départemental ,  ont  aussi  prononce  des  discours  dans  les- 
quels ils  ont  fait  sentir  avec  force  combien  les  israelitcs  français 
doivent  de  rcconnaissiinre  à  ceux  qui ,  les  premiers ,  réclamèrent 
en  leui-  faveur  ces  ))rincipes  de  tolérance  et  de  justice  universelle 
dont  Tapplication  leur  est  maintenant  assurée  par  le  bienfait  com- 
mun à  tous  les  Français,  celui  de  la  Charte  conslilutii>nnclle. 
M.  Cologna  a  payé  aussi  un  juste  tribut  d'éloges  au  professeur  de 
l'école,  31.  D.  Drach;  ce  jeune  rabbin  vient  de  publier,  eu  hébreu 
et  en  franL;ais,  YOdc  qu'il  a  eu  Ihonncur  de  })résenler  à  S.  IM.  le 
roi,  sur  la  naissance  de  S.  A.  R.  Mgr.  le  duc  de  Bordeaux.  Il 
marche  honorablement  sur  les  traces  de  ceux  de  ses  co-religion- 
naires,  qui,  de  nos  jours,  en  France  et  en  Allemagne,  ont  culti>é 
aTec  succès,  et  dans  leur  pureté,  la  langue  et  la  littérature  hé- 
braïque. 11  vient  de  pubUer  aussi  un  Almanach  Israélite,  en  fran- 
çais, le  premier  qui  parait  dans  cette  langue,  avec  un  avertisse- 
ment fort  curieux  pour  ceux  qui  aiment  à  connaître  les  dilierentes 
manières  de  mesurer  le  tems,  usitées  chez  les  diverses  nations  et  à 
diverses  époques.  11  s'était  fait  connaître  précédemment  par  une 
traduction  complète  des  prières  juiwes.  Tous  ces  ouvrages  ont  été 
imprimés,  et  se  trouvent  chez  Sétier,  imprimeur  des  langues 
orientales,  rue  Cimetière  Saint-André-des-Arts,  n"  ^.  Les  élèves 
ont  récité  en  fi-ançais ,  comme  synibufe  de  la  foi  juii'e ,  l'extrait 
des  treize  articles  fondamentaux,  rédigés  par  le  célèbre  Maï- 
monide,  rabbin  du  \i'  siècle.  Ces  articles  étaient  originairement 
destinés  à  cet  usage,  et  commencent  à  y  être  consacrés  dans  le» 
synagogues  les  plus  éclairées. 

A  Metz  et  à  Nancy,  les  élèves  israelitcs  des  écoles  des  deux 
sexes  ont  reçu  dans  les  distributions  de  prix,  et  pour  la  seconde 
fois,  Vabrcgé  (le  la  Bible,  avec  un  choir  de  morceaux  de  pieté  et 
de  morale  ,  pulilié  à  l^usage  des  Israélites  français,  ]>ar  INI.  Michel 
Eerr,  et  dont  nous  avons  déjà  eu  occasion  de  parler.  Une  école 
9  été  instituée  aussi  à  Strasbourg,  par  les  soins  du  consistoire 
israélite  du  Bas- Rhin ,  pour  les  Israélites  de  cette  contrée  où  le 
besoin  d'un  établissement  semblable  se  fai-ait  jiarticulièrement 
sentir. —  L'école  israélite  de  Bordeaux,  inslitiu-e  la  première, 
continue  aussi  de  prosjiérer.  On  assure  qu'une  école  semblable  est 
établie  à  Marseille.  L'heureuse  amélioialion  qui  s'opère  ainsi  dans 
l'éduc.ilion  de  la  jeunesse  Israélite,  assure,  à  cette  classe  de  reli- 
j^ionnaires,  si  long -tems  jiersécutéi- ,  les  bienfaits  qui  résultent 


ELiROPE.  647 

«l'une  des  plus  utiles  conquêtes   du  siècle  de   la  philosophie. 

Publications  nouvelles.  —  Bibliothèque  de  famille ,  ou  Choix 
d'instriicHons  faniilicres  sur  la  religion  ,  la  morale  ,  les  e'iémens 
des  connaissances  les  plus  essentielles  ,  et  sur  l'industrie  et  les 
arts.  — i  Recueil  périodique,  public  par  livraisons  mensuelles, 
'\n-\i  de  73  pa;;es;  à  compter  du  premier  janvier  1821.  Prix  de 
l'abonnement  pour  l'année  ,  13  fr.  pour  Paris  ,  i4  fr.  pour  les  de'- 
parfemcn!!. 

De'sirant  combiner  dans  un  même  plan  Tessentiel  ,  l'utile  et 
l'agre'abie,  les  rêJacleurs  ont  classe  leurs  sujets  dafts  l'ordre  sui- 
vant :  t"  Iteliginn  et  morale.  — Cette  première  partie  se  compo- 
sera de  fragmens  tirés  des  ouvrages  religieux  et  moraux  les  plus 
estimés  ,  de  notices  sur  des  hommes  hienfaisans  dont  les  vertus 
honorent  l'humanité  ;  on  y  trouvera  le  re'cit  de  quelques  bellesac- 
tions,  recueillies  surtout  dansles  classes  industrieuses;  en  un  mot, 
tout  ce  qui  peut  tendre  à  élever  l'ame  et  à  faire  aimer  le  bien. 

20  La  seconde  partie,  consacrée  dux  arts  mécaniques  et  indus- 
triels,  présentera  des  extraits  des  meilleurs  journaux  écrits  sur 
ces  matières  ,  et  les  observations  des  bommes  instruits ,  des  mé- 
caniciens ,  des  artistes  qui  voudront  bien  donner  leurs  conseils. 

3o.  Mélanges.  —  Cette  troisième  et  dernière  partie  compren- 
dra tour  à  tour  des  contes  ou  des  anecdotes  tirés  des  meilleurs 
ouvrages  populaires  de  la  France  et  des  pays  étrangers  ,  et  les 
principaux  actes  de  l'autorité  qui  auront  pour  objet  le  soulage- 
ment des  classes  pauvres  et  laborieuses  :  on  annoncera  aussi  avee 
soin  les  ouvrages  du  même  genre,  propres  à  intércs'îer  les  lecteurs. 

On  invite  toutes  les  personnes  qui  désireraient  concourir  à 
cette  entreprise,  à  s'adresser  directement ,  par  lettres_/iv7ncAe5  de 
port,  à  la  direction  de  la  Bibliothèque  de  famille,  cliez  Artuus  Ber- 
trand ,  libraire  ,  rue  Hautefeiiille,n°  2.>,  où  l'on  souscrit,  ainsiqu* 
chez  Colas,  libraire  de  la  Société  d'éducation,  rue  Dauphine,  n°3a. 

Nota.  On  accordera  une  remise  particulière  aux  chefs  d'insti- 
tutions ,  aux  Sociétés  d'éducation,  et  aux  personnes  (jui  souscri- 
ront, à  la  fois  ,  pour  cinquante  exemplaires. 

. —  Les  f^auT-de-f^ire  d'Olivier  Basselin,  poète  normand  du 
coratnencement  du  xv«  siècle,  suivis  d'un  c^0(a:(^'(ï/2C(c/j/iesCAa«- 
$ons  normandes  inédites,  publiées  avec  des  dissertations  et  de» 
notes,  par  il/.  Louis  Du «01  s  ,  ancien  bibliothécaire,  membre  d« 
plusieurs  académi«s.  — Ce  recueil  intéressiint ,  dont  une  grande 


G48  EUROPE. 

partie  n'a  jamais  tu  le  jour,  est  ilcstim'e  à  faire  suite  à  celte  belle 
Colieclioa  de  nos  a  ieux  poètes  français,  dont  lJarl)azan  ,  Levesque 
de  la  Havallicre,  M.  de  Roquefort,  etc.,  ont  enrichi  notre  litté- 
rature. L'édition,  impriméeavcc  beaucoup  de  soin  sur  beau  papier, 
paraîtra,  d'ici  à  3  mois,  en  un  volume  in-8",  dont  le  prix,  pour 
Jes  souscripteurs,  sera  de5  fr.,  et, pour  les  personnes  quin'aurout 
pas  souscrit,  de  ^  fr.  La  liste  des  souscripteurs  sera  imprimée,  à 
la  fia  de  Touvragc.  On  souscrit:  ù  Paris,  chez  M.  Pluquet,  li- 
br.iire,  rue  de  'l'ournon  ,  n°  4  j  ^  Caen,  chvï  'S\.  Poisson,  rue 
Froide;  à  Lisieux,  chez  madame  Du  Bois  du  Désert,  libraire,  rue 
des  Boucheries. 

IVota.  Les  personnes  qui  auraient  ([uelques  renseigncmens  sur 
Basselin  et  les  Vaux-de-Vire,  sont  priées  de  les  faire  déposer, 
sans  frais,  pour  M.  Louis  Dubois,  à  Tune  des  trois  adresses  in- 
di<fuées  ci-dessus. 

ylrchéologie  et  beaiix-arts.  —  Hommages  rendus  à  yisconti.  — 
En  honorant  la  mémoire  de  ce  célèbre  antiquaire,  rifalie  n'a  fait 
que  suivre  l'exemple  de  la  France,  dont  Visconti  avait  fait  sa 
patrie  adoptive.  Wous  avons  déjà  parlé  ci-dessus,  pag.  2o5,  du 
bel  éloge  que  IM.  Quatremère  de  Qnincy  a  prononcé  à  Tlnstitut. 
Deux  bustes  en  marbre  ont  été  commandés  par  le  ministre  de 
rinlcrieur,  l'un  à  M.  Farini,  pour  la  ville  de  Dinan;  l'autre  à  M. 
David,  pour  la  bibliolhèquedu  roi.  Une  médaille  a  été  frappée  par 
M.  Durand,  éditeur  d'une  collection  de  médailles  d'hommes  cé- 
lèbres; INI.  Donadio,  artiste  piémontais  ,  eu  a  fait  une  autre,  qui 
a  été  achetée  pour  la  collecliou  mclallicjue  des  grand>  hounnes 
français.  —  Lu  beau  monument  a  été  érigé  au  cimetière  du  P.  La- 
chaise  ,  par  la  familleVisconti.il  représente  un  autel  antique, 
surmonté  d'un  hémicj'cle  dans  l'enfoncement  duquel  se  voit  le 
buste  sculpté  d'après  celui  de  M.  David ,  avec  une  inscription 
latine.  (  Voir  ci-dessus,  p.  Gjc  ) 

—  Beaux-^rls.  —  Icnnographle  de  V Institut  royal  de  France, 
ou  collection  des  portraits  des  membres  qui  composent  les  qua- 
tre Académies  ,  dessinés  et  publiés  par  M.  Jules  Bnilty  jils. 

Tous  ces  dessins  seront  lithO',ra|iliiés  avec  le  plus  grand  soin 
par  l'auteur  lui-même  ;  ce  qui  garantit  une  égalité  de  travail  peu 
comtmme  dans  les  ouvrages  de  ce  genre.  Au  tas  de  chaque  por- 
trait, sciont  iiidif(iiés  avec  exactitude  les  noms  etjjrcnomsde  laca- 
démiciea,  lu  lieu  el  la  date  de  sa  auissance,  l'époquede  sOQelecliou. 


EUROPE.  ^^() 

La  collection  entière  sera  composée  de  deux  cents  portraits 
environ,  qui  seront  publie's  par  livraisons  ou  cahiers  de  huit  por- 
traits. Il  paraîtra  un  cahier  tous  les  mois.  Le  nombre  des  cahiers 
sera  de  24  ou  de  aS  au  plus.  Chaque  livraison  est  du  prix  de 
12  francs.  On  ne  peut  souscrire  que  pour  l'ouvrage  entier. 

Le  bureau  de  souscription  est  chez  l'auteur,  M.  Boilly,  rue 
Mesle'e,  n"  12,  et  chez  M.  Bénard,  marchand  d'estampes,  boule- 
vard des  Italiens,  Hq  h.  Le  tirage  des  épreuves  est  confié  aux 
presses  lithographiques  de  M.  Viliain,  rue  de  Sèvres,  n°  11. 

Théâtres.  —  TlLécitre-t^rancais.  —  Le  Duc  de  Bourgogne ,  tra- 
gédie en  cinq  actes  de  M.  de  Formont  (i).  — Ala  première  repré- 
sentation de  cette  pièce,  les  quatre  premiers  actes  ont  complète- 
ment réussi  ;  au  cinquième,  quelques  scènes  trop  longues,  qui 
semblaient  former  le  commencement  d'une  seconde  action  et 
qui  ont  été  retranchées  aux  représentations  suivantes,  ont  fait 
naître  une  opposition  qui  a  troublé  un  moment  le  triomphe  dei'au- 
teur.  M.  de  Forment  avait  attendu  pendant  quatorze  ans  que  les 
comédiens  voulussent  bien  lui  accorder  un  tour  de  faveur.  C'est 
donc  à  un  poète  dramatique  de  vingt  ans  que  j'attribue  la  viola- 
tion des  règles  fondamentales  de  la  tragédie  française,  qui,  dans 
la  pièce  nouvelle,  n'ont  pas  été  plus  respectées  que  la  vérité  histo- 
rique. Ainsi,  sans  être  accusé  d'ans  i\s,\xe\\v  ultt a- classique  ,  je 
crois  pouvoir  dire  que  M.  de  Formont  a  plutôt  présenté  un  ta- 
bleau animé  des  événemens  qui  remplissent  les  dix  années  les  plus 
désastreuses  de  notre  histoire,  qu'il  n'a  fait  une  véritable  tragédie. 

Pour  rendre  moins  sensible  le  défaut  d'unité  de  tems  et  d'u- 
nité de  lieu,  il  a  été  obligé  de  remplir  les  deux  actes ,  qui  se  pas- 
sent entre  le  départ  du  dauphin  et  l'assassinat  du  duc  de  Bour- 
gogne ,  par  des  scènes  épisoJiques  ,  que  la  présence  de  Valentine 
de  Milan  rend  intéressantes,  mais  qui  ne  ralentissent  pas  moins 
la  marche  de  l'action  principale.  Après  ces  reproches,  peut-être 
sévères  ,  je  reconnais  que  le  caractère  donné  par  l'auteur  au  duo 
de  Bourgogne  est  vraiment  tragique,  et  que  Tanneguy  Duchâtel, 
Valcntme  de  Milan,  le  Dauphin  et  le  chancelier  de  Marie  qui , 
dans  la  pièce,  sont  des  personnages  secondaires,  ont  chacun  dan.s 

(0  Cette  tragédie  vient  d'être  imprimée  ,  et  se  trouve  au  cabi- 
net  littéraire  de  madame  Ccllis,  libraire-éditeur,  rucduCherche- 
Midi ,  no  1,  où  l'on  trouve  aussi  toutes  les  nouveautés  politiques 
et  littéraires. 

TOME    Ylir.  4  2 


65o  KlIKOPE. 

leur  rôle  des  parties  remarquables.  Le  style  a  parfois  de  la  force 
et  de  l'ëclat  ^  mais  il  manque  presque  toujours  de  naturel  j  je  ferai 
aussi  observer  que  le  premier  hémistiche  d'un  vers  très  applaudi  : 
<t  Le  trône  est  déserté,  jy  monte,  je  suis  roi  » ,  est  incorrect  ,  et 
que  M.  de  Forment  doit  se  défier  d'applaudissemens  obtenus  aux 
dépens  de  la  pureté  du  langage.  J'avoue  qu'en  sortant  de  la  re- 
présentation du  duc  de  Bourgogne,  je  n'ai  pu  m'empi^eher  de  me 
demander  :  Pourquoi  a-t-on  défendu  à  M.  Lemcrcier  de  faire 
jouer  la  Démence  de  Charles  f^l  ? 

—  TJ Amour  et  le  Procès ,  comédie  en  un  acte  et  en  vers  par 
M.  Kanteuil.  —  L'auteur  de  cette  pièce  semblait  avoir  renoncé 
au  tliéûtre.  Ilv  a  reparu,  le  même  jour  où  ISI.  de  Formont  s'y  est 
montré  pour  la  première  fois.  Je  ne  pense  pas  que  son  nouvel 
ouvrage  ajoute  à  sa  réputation  :  le  fond  en  est  très  léger;  le  style 
est  prétentieux,  et  rappelle  trop  l'école  de  Dorât;  cependant  , 
quelfjues  jolis  mots  dits  par  une  excellente  actrice ,  ont  déterminé 
le  succès  de  cet  acte,  qui  n'aura  probablement  que  très  peu  de 
représentations. 

—  Odéon. — Eugène  et  Guillaume  ou  /e5  Amis  d^ enfance ,  co- 
médie en  quatre  actes  et  en  prose.  Cette  pièce  est  tirée  de  l'ou- 
vrage de  M.  Picard,  qui  porte  le  même  titre.  La  conception  du 
roman  est  fort  heureuse  ,  mais  c'était  une  entreprise  impru- 
dente que  de  vouloir  la  resserrer  dans  les  bornes  étroites  de  la 
comédie.  Il  faut  dire  cependant  que  la  punition  a  surpassé  la 
faute  ;  et  que  la  prévention  défavorable  ,  dont  une  partie  du  pu- 
blic paraissait  animée,  n'aurait  pas  dA  la  rendre  sévère  et  même 
injuste ,  au  point  de  refuser  d'entendre  deux  actes  entiers.  Il  y 
avait  de  la  gaieté  et  de  l'esprit ,  dans  le  premier  acte  j  et  si  dans 
le  second  quelques  scènes  longues  et  froides  ont  indispose  les 
spectateurs  ,  l'auteur  pouvait  les  dédommager  dans  les  actes  sui- 
vans.  D'ailleurs,  il  me  semble  qu'on  devrait  témoigner  j^ltis  d'é- 
gard» et  plus  de  bienveillance  à  ceux  qui  travaillent  pour  nos 
plaisirs  et  qu'il  faudrait  écouter  leurs  ouvrages,  ou  au  moins  les 
laisser  écouler  à  ceux  qui  veulent  juger  d'une  manière  équitable. 

— Don  Carlos ,  tragédie  en  cinq  actes  ,  par  feu  Lcfèvre  ,  auteur 
de  Zuina.  —  Cette  pièce ,  reçue  il  y  a  trente-sept  ans  au  premier 
Thé;Ure-Francais ,  et  imprimée  depuis  long-t(-ms  ,  vient  d'être 
jouée  avec  succès  à  l'Odéon.  Le  sujet  a  été  traité  si  souvent  et  il 
est  si  coDDu,  qu'il  serait  inutile  d'en  faire  l'analyse.    Les  deux 


EUROPE.  65 1 

premiers  actes  sont  intéressans,  et  renferment  des  vers  remar- 
quables ;  l'intérêt  diminue  déjà  au  troisième  ^  le  quatrième  est  un 
peu  obscur  j  et  le  cinquième  a  excité  quelques  marques  d'im- 
probatioQ  :  mais  de  légers  changemens  ont  suffi  pour  qu'à  la 
deuxième  représentation  la  pièce  n'ait  reçu  que  des  applaudisse- 
meus.  Il  y  a  un  grand  charme  dans  le  rôle  de  la  reine,  beaucoup 
de  noblesse  et  de  sensibilité  dans  celui  de  dnn  Carlos.  Le  style  est 
facile  ,  quelquefois  recherché,  ce  qui  tient  au  tems  où  l'ouvrage 
a  été  écrit;  mais  on  y  trouve  beaucoup  de  vers  de  sentiment,  et 
plusieurs  morceaux  pleins  de  force  et  de  noblesse.  Jl  serait  inté- 
ressant de  comparer  cette  pièce  avec  celles  qu'Alûéri,  Schiller 
et  Chénier  ont  faites  sur  le  même  sujet.  On  sait  que  M.  Ray- 
nouard  a  dans  son  porte-feuille  une  tragédie  de  Philippe  II  :  tous 
les  amis  de  l'art  dramatique  désirent  vivement  qu'il  se  détermine 
«  la  donner  au  théâtre.  (Voir  ci-dessus  ,  pag.  Cil'].  ) 

Nécrologie.  —  Petersen.  —  La  ville  de  Stiasbourg  a  perdu, 
il  y  a  quelque  tems,  un  de  ses  citoyens  les  plus  distingués  ,  l'E- 
glise réformée  un  de  ses  plus  dignes  pasteurs ,  les  sciences  physi- 
ques et  naturelles,  un  des  hommes  qui  les  cultivaient  avec  le 
plus  de  succès,  dans  la  personne  de  M.  H.  Petersen,  prési- 
dent du  consistoire  calviniste  de  cette  ville  ,  et  professeur  de  phy- 
sique. L'éloquence  de  M.  Petersen,  dont  les  discours  étaient 
écrits  ou  prononcés  en  allemand,  était  douce,  onctueuse  ,  per- 
suasive ;  son  style  plein  d'élégance  et  de  simplicité.  Sa  charité 
était  ardente ,  ingénieuse ,  infatigable.  Son  zèle  philanthropique 
à  multiplier  les  témoignages  de  son  amitié  envers  les  hommes 
vertueux  de  toutes  les  croyances ,  était  au-dessus  de  tout  éloge. 
Celui  qui  trace  à  la  hâte  cette  faible  expression  des  regrets  pu- 
blics et  des  siens,  peut  l'attester  par  son  pi-opre  exemple  :  disci- 
ple de  la  loi  de  Moïse,  il  a  i-eçu  les  preuves  de  l'amitié  la  plus 
sincère  de  ce  digne  ministre  de  la  loi  de  Luther  et  de  Calvin  ;  et 
il  lui  doit ,  en  partie ,  les  relations  les  plus  chères  à  son  esprit  et 
à   son  cœur. 

A  l'époque  où  nous  vivons,  la  reconnaissance  des  contempo- 
rains doit  surtout  s'adresser  aux  hommes  qui ,  satisfaisant  au  vé- 
ritable besoin  du  siècle ,  cimentent  l'union  de  la  tolérance  la  plus 
imiverselle,  et  des  vertus  sociales  avec  toutes  les  croyances  et  les 
vertus  religieuses  :  H.  Petersen  a  occupé  une  place  distinguée 
parmi  ces  hommes.  Le  Recueil  de  ses  terrnons  et  de  ses  travaux 


652  EUROPE. 

religieux  mérite  dètre  recherché  avec  empressement  par  les  amis 
des  lettres  ,  de  l'histoire  et  de  la  religion  ;  les  amis  des  science» 
physiques  et  naturelles  accueilleraient ,  on  peut  le  croire  ,  avec 
intérêt ,  le  Recueil  de  ses  principales  observations  sur  le  ^aluanis- 
me,  dont  il  s'est  particulièrement  occupé.  Né  en  Suisse,  où, 
dans  ses  premières  années,  il  avait  connu  Lavatcr,  dont  le 
caractère  avait  quelque  analogie  avec  le  sien ,  il  était  venu  de 
bonne  heure  à  Strasbourg  s'instruire  dans  les  institutions  savan- 
tes, et  sous  les  auspices  des  hommes  célèbres  dont  cette  ville 
peut  s'enorgueillir.  Il  était  âgé  d'environ  55  ans  ,  il  laisse  une 
Teuve  inconsolable  et  des  enfans  pour  qui  le  nom  et  le  souvenir 
de  leur  père  sont ,  dès  ce  moment ,  dans  les  contrées  qu'il  a  ha- 
bitées, la  recommandation  la  plus  honorable. 

Michel  Bebr,  de  Turlque. 

—  Saint-Aci!!!*.  —  Cet  écrivain  politique  est  mort,  le  8  dé- 
cembre ,  âgé  de  G8  ans.  Il  était  né  aux  Deux-Ponts.  Il  vint  en 
France  ,  avant  la  révolution  j  et  il  établit  à  Sens,  pour  les  lan- 
gues vivantes,  im  lycée  où  il  commença  sa  réputation.  Amené 
dans  les  prisons  de  Paris,  par  les  persécutions  révolutionnaires  , 
il  se  fixa  dans  cette  ville,  lorsqu'il  fut  rendu  à  la  liberté.  Il  s'y  fit 
d'abord  connaître  par  une  petite  brochure  pleine  de  sel  et  d'ori- 
ginalité ,  intitulée  :  De  l'expcilition  Je  U.  Quichotte  contre  les 
moulins  à  vent,  ou  des  causes  de  Vagiotage  et  de  F  inutilité  des 
poursuites  contre  les  agioteurs.  Cet  opuscule  ayant  attiré  Tatten- 
tion  de  quelques  hommes  d'État  ,  ils  cherchèrent  à  se  lier  avec 
l'auteur,  qui,  peu  de  teras  après  ,  publia,  sous  ce  titre:  Donnons 
notre  bilan,  un  écrit  excellent ,  sur  la  situation  financière  de  la 
France.  Sa  réputation  croissant  tous  les  jours,  les  créanciers  de 
l'Etat  recherchèrent  sa  plume.  Il  plaida  leur  cause  avec  énergie 
et  persévérance  ,  dans  une  foule  de  pamphlets  tous  remarqua- 
bles par  un  ton  d'originalité  et  de  plaisanterie  dont  ces  mafièrcs 
ne  paraissaient  guères  susceptibles.  A  l'époque  du  Consulat, 
M.  de  Saint- Aubin  fut  nommé  tribun;  mais,  ayant  pris  rang 
dans  l'opposition,  avec  AIM.  13.  Constant,  Andrieux,  Chénier, 
Ginguené,  etc. ,  il  fut  éliminé  comme  eux.  Depuis,  il  ne  remplit 
plus  aucune  fonction  publique;  mais,  il  continua  d'exercer  fiucl- 
qu'influence  par  ses  écrits. 

Fl.if    DU    UDITlÈMr.    von  ME. 


9i5    4 


AP 
20 
R53' 
t.8 


Revue  encyclopédique 


1 


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